Le travail indépendant passé 50 ans : le rôle de la richesse individuelle et des coûts de création d'entreprise - article ; n°1 ; vol.403, pg 63-82

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Economie et statistique - Année 2007 - Volume 403 - Numéro 1 - Pages 63-82
Dans une économie avec contraintes de liquidité, les individus ont plus de difficultés à créer leur entreprise faute d'un financement suffisant de la part des banques. Nous étudions l'effet de telles contraintes et aussi celle des coûts de création d'entreprise sur la relation entre la richesse individuelle et la proportion de travailleurs indépendants dans l'économie. Les banques acceptent d'accorder des crédits dès lors que la richesse individuelle est susceptible de constituer une garantie suffisante aux prêts. Dans une telle économie, la probabilité de se mettre à son compte augmente donc avec la richesse individuelle. Le modèle dynamique de choix de création d'entreprise, développé dans cet article, prédit effectivement une relation croissante entre le niveau de richesse et la proportion de travailleurs indépendants dans l'économie. Il prédit également que cette relation croissante s'affaiblit lorsque nous tenons compte des coûts de création d'entreprise. Trois bases de données (Share, Elsa et HRS) fournissent des informations comparables sur les individus de plus de 50 ans dans neuf pays caractérisés par des niveaux semblant très hétérogènes de coûts de création d'entreprise et de contraintes de liquidité. Les estimations tendent à confirmer que les contraintes de liquidité pèsent effectivement sur la décision de se mettre à son compte. De plus, les coûts de création d'entreprise affaiblissent la relation entre la richesse individuelle et la probabilité d'être travailleur indépendant : l'influence des contraintes de liquidité sur la création d'entreprise est moins grande quand les coûts de création d'entreprise sont plus importants. Notre résultat souligne l'importance de l'impact conjoint des contraintes de liquidité et des coûts de création d'entreprise dans la décision de se mettre à son compte. Une politique d'aide financière aux entrepreneurs serait peu efficace si les coûts de création d'entreprise demeurent élevés.
El autónomo superados los 50 años: el papel de la riqueza individual y de los costes de creación de empresa. En una economía con restricciones de liquidez, los individuos tienen más difi cultades para crear su empresa a falta de fi nanciación sufi ciente por parte de la banca. Estudiamos el efecto de estas restricciones y el de los costes de creación de empresa en base a la relación entre la riqueza individual y la proporción de trabajadores autónomos en la economía. La banca acepta conceder créditos cuando la riqueza individual puede constituir una garantía sufi ciente para el préstamo. En tal economía, la probabilidad de independizarse aumenta, por tanto, con la riqueza individual. El modelo dinámico de elección de creación de empresa, desarrollado en este artículo, predice una relación creciente entre el nivel de riqueza y la proporción de trabajadores autónomos en la economía. Predice también que esta relación creciente se recude al considerar los costes de creación de empresa. Tres bases de datos (Share, Elsa y HRS) proporcionan informaciones comparables sobre los individuos de más de 50 años en nueve países caracterizados por niveles muy heterogéneos de costes de creación de empresa y de restricciones de liquidez. Las estimaciones confi rman que las restricciones de liquidez pesan, en efecto, sobre la decisión de independizarse. Además, los costes de creación de empresa debilitan la relación entre la riqueza individual y la probabilidad de ser trabajador autónomo: la infl uencia de las restricciones de liquidez sobre la creación de empresa es menor cuando los costes de creación son más importantes. Nuestro resultado destaca la importancia del impacto conjunto de las restricciones de liquidez y de los costes de creación de empresa en la decisión de independizarse. Una política de ayuda fi nanciera a los empresarios sería inefi caz si los costes de creación de empresa permanecen elevados.
Self-Employment among the over 50s: the Role of Individual Wealth and Business Start-Up Costs. In an economy with restrictions on liquidity, individuals have greater diffi culty starting their business because of a lack of suffi cient fi nancing from banks. We study the impact of such constraints, and also the effect of business start-up costs, on the relationship between individual wealth and the proportion of self-employed individuals in the economy. Banks agree to grant credits provided individual wealth is likely to constitute a suffi cient guarantee against loans. In such an economy, the probability of becoming self-employed therefore increases with individual wealth. The dynamic model of business start-up choice, developed in this paper, actually predicts a growing correlation between wealth and the proportion of self-employed workers in the economy. It also predicts that this growing correlation will weaken when business start-up costs are taken into account. Three databases (Share, Elsa and HRS)
provide comparable information on over 50-year-olds in nine countries characterised by apparently similar levels of business start-up costs and restrictions on liquidity. The estimates tend to confi rm that the restrictions on liquidity do indeed infl uence the decision to go selfemployed. Moreover, business start-up costs weaken the relationship between individual wealth and the probability of being self-employed: the infl uence of liquidity restrictions on business start-ups is greater when business start-up costs are higher. Our results underline the importance of the combined impact of liquidity restrictions and business start-up costs on the decision to become self-employed. A policy of fi nancial assistance for entrepreneurs would be of little use if business startup costs remain high.
Selbständige Erwerbstätigkeit nach Vollendung des 50 Lebensjahrs: Rolle des persönlichen Vermögens und der Kosten der Existenzgründung. In einer Volkswirtschaft mit Liquiditätsengpässen ist eine Existenzgründung bei unzulänglicher Finanzierung durch die Banken schwieriger. Wir untersuchen den Effekt solcher Engpässe wie auch denjenigen der Kosten der Existenzgründung auf das Verhältnis zwischen persönlichem Vermögen und Anteil der Selbständigen in der Volkswirtschaft. Banken gewähren Kredite, wenn das persönliche Vermögen eine ausreichende Sicherheit bietet. In einer solchen Wirtschaft nimmt die Wahrscheinlichkeit einer Existenzgründung daher mit dem persönlichen Vermögen zu. Das in diesem Artikel entwickelte dynamische Modell der Wahl der Existenzgründung zeigt, dass zwischen Höhe des Vermögens und Anteil der Selbständigen in der Wirtschaft effektiv ein Zusammenhang besteht. Ferner zeigt es, dass diese zunehmende Beziehung bei Berücksichtigung der Kosten der Existenzgründung abnimmt. Drei Datenbasen (Share, Elsa und HRS) liefern vergleichbare Informationen zu den Individuen von über 50 Jahren in neun Ländern, in denen die Kosten der Existenzgründung und die Liquiditätsengpässe ein sehr heterogenes Niveau aufweisen. Die Schätzungen bestätigen, dass Liquiditätsprobleme die Entscheidung, sich selbständig zu machen, effektiv beeinfl ussen. Zudem schwächen die Kosten der Existenzgründung die Beziehungen zwischen persönlichem Vermögen und der Wahrscheinlichkeit, selbständig zu sein: die Auswirkung der Liquiditätsengpässe auf die Existenzgründung ist geringer, wenn die Kosten der Existenzgründung höher sind. Unser Ergebnis zeigt, dass die Liquiditätsengpässe und die Kosten der Existenzgründung einen erheblichen Einfl uss auf die Entscheidung haben, sich selbständig zu machen. Eine Politik zur fi nanziellen Unterstützung der Unternehmer ist wenig wirksam, wenn die Kosten der Existenzgründung hoch bleiben.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 2007
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Langue Français
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ENTREPRISE
Le travail indépendant passé 50 ans : lerôledelarichesseindividuelleetdescoûts de création d’entreprise Raquel Fonseca*, Pierre-Carl Michaud * et Thepthida Sopraseuth **
Dans une économie avec contraintes de liquidité, les individus ont plus de diffi cultés à créer leur entreprise faute d’un fi nancement suffisant de la part des banques. Nous étudions l’effet de telles contraintes et aussi celui des coûts de création d’entreprise sur la relation entre la richesse individuelle et la proportion de travailleurs indépendants dans l’économie. Les banques acceptent d’accorder des crédits dès lors que la richesse individuelle est susceptible de constituer une garantie suffi sante aux prêts. Dans une telle économie, la probabilité de se mettre à son compte augmente donc avec la richesse individuelle. Le modèle dynamique de choix de création d’entreprise, développé dans cet article, prédit effectivement une relation croissante entre le niveau de richesse et la proportion de travailleurs indépendants dans l’économie. Il prédit également que cette relation croissante s’affaiblit lorsque nous tenons compte des coûts de création d’entreprise. Trois bases de données ( Share , Elsa et HRS )fournissentdesinformationscomparables sur les individus de plus de 50 ans dans neuf pays caractérisés par des niveaux semblant très hétérogènes de coûts de création d’entreprise et de contraintes de liquidité. Les estimations tendent à confi rmer que les contraintes de liquidité pèsent effectivement sur la décision de se mettre à son compte. De plus, les coûts de création d’entreprise affaiblissent la relation entre la richesse individuelle et la probabilité d’être travailleur indépendant : l’infl uence des contraintes de liquidité sur la création d’entre-prise est moins grande quand les coûts de création d’entreprise sont plus importants. Notre résultat souligne l’importance de l’impact conjoint des contraintes de liquidité et des coûts de création d’entreprise dans la décision de se mettre à son compte. Une politique d’aide financière aux entrepreneurs serait peu effi cace si les coûts de création d’entreprise demeurent élevés.
* RAND, Santa Monica, États-Unis. ** EPEE, Université d’Evry, CEPREMAP et PSE, EN (Paris-Jourdan Sciences Économiques). Nous remercions pour leurs commentaires Thierry Debrand, Anne Laferrère, les deux rapporteurs anonymes ainsi que les participan ts au RTN Ageing (Paris, mai 2006), à la conférence consacrée aux bases de données HRS-Elsa-Share (RAND, Santa Monica, juillet 200 6) et à la journée consacrée à Share à l’Irdes (janvier 2007).
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 403-404, 2007
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ucoursdesdeuxdernièresdécennies,laA création d’entreprise ainsi que le travail indépendant n’ont cessé de susciter l’intérêt des autorités publiques. En effet, la création d’entre-prise ainsi que le travail indépendant pourraient constituer une porte de sortie au chômage, voire une alternative au retrait d’activité précoce des travailleurs âgés. Il est donc important de com-prendre les déterminants de la décision de se mettre à son compte. Cet article analyse le rôle potentiel des institu-tions et imperfections de marché dans la déci-sion de se mettre à son compte. La littérature met l’accent sur la présence d’asymétries d’informa-tion sur le marché du crédit, celle-ci engendrant une contrainte de liquidité qui vient peser sur la création d’entreprise (1). Les travailleurs indé-pendants doivent emprunter auprès des banques s’ils souhaitent créer leur entreprise ou accroître leur activité. Les banques ne peuvent connaître parfaitement leur capacité de remboursement et restreignent l’accès au crédit à ceux d’entre eux qui peuvent fournir une garantie suffi sante. Cet article étudie comment les coûts de créa-tion d’entreprise affectent la décision de devenir travailleur indépendant dans un environnement où les individus subissent une telle contrainte de liquidité. Il peut paraître trop évident de montrer que les contraintes de liquidité et les coûts de création d’entreprise pèsent sur la créa-tion d’entreprise. Toutefois, ce point n’est pas admis dans la littérature. En particulier, Hurst et Lusardi (2004) contestent, sur données améri-caines, la pertinence d’une approche fondée sur des contraintes de liquidité en soulignant que la décision de se mettre à son compte ne semble pas être affectée par le niveau de richesse de l’indi-vidu. Si les contraintes de liquidité pesaient sur la création d’entreprise, on observerait une rela-tion croissante entre ces deux variables. Nous répondons à Hurst et Lusardi (2004) en mon-trant d’abord que les États-Unis sont caractéri-sés par des contraintes de liquidité, certes fai-bles. De plus, la relation entre la proportion de travailleurs indépendants et la richesse dépend également des coûts de création d’entreprise. L’originalité de cet article est de proposer un modèle théorique pour l’étude des interactions possibles entre les contraintes de liquidité et les coûts de création d’entreprise. Notre modèle prédit que, dans un environnement dans lequel les travailleurs indépendants sont contraints par les possibilités d’endettement, la probabilité de créer son entreprise dépend positivement de sa richesse individuelle, cette dernière intervenant
comme une garantie pour la banque. Ce résul-tat est souligné dans la littérature par Cagetti et De Nardi (2005) et Luo (2005). Nous mettons en évidence comment cette relation croissante entre la proportion de travailleurs indépendants et la richesse individuelle est affectée par l’in-troduction des coûts de création d’entreprise. En particulier, la relation croissante entre la pro-babilité de se mettre à son compte et la richesse individuelle « s’aplatit » au milieu de la distri-bution de richesse uniquement. Notre résultat souligne l’importance de l’impact conjoint des contraintes de liquidité et des coûts de création d’entreprise dans la décision de se mettre à son compte. Une politique d’aide fi nancière aux entrepreneurs sera peu effi cace si les coûts de création d’entreprise demeurent élevés. Nous testons cette prévision sur nos données d’enquête. Nous nous appuyons sur une vue d’ensemble de ce que sont les travailleurs indé-pendants en Europe continentale ainsi que dans les pays anglo-saxons, à partir des trois bases de données HRS , Share et Elsa ,quifournissentdesinformations comparables sur la population des plus de 50 ans dans neuf pays. 1 Les pays de notre échantillon diffèrent par les niveaux des coûts de création d’entreprise et l’in-tensité des contraintes de liquidité. Nous mesu-rons ces éléments institutionnels et leurs diffé-rences entre pays à l’aide d’indicateurs connus (La Porta et al. , 1998 ; Nicoletti et al. , 1999 ; Fonseca et al., 2001 ; Reynolds et al., 2005 ; Acs et al., 2004). Les résultats confi rmeront les prévisions du modèle. Les contraintes de liqui-dité pèsent effectivement sur la décision de se mettre à son compte et expliquent une relation positive entre la proportion de travailleurs indé-pendants et la richesse individuelle tandis que la présence de coûts de création d’entreprise affai-blit cette relation au milieu de la distribution de richesse. Il y a interaction entre contraintes individuelles (la richesse) et contraintes institu-tionnelles (financières et réglementaires). Les travailleurs indépendants en Europe et aux États-Unis esdonnéesissuesdesenquêtesHealth and L Retirement Study ( HRS ,2002),lEnglish Longitudinal Study of Ageing ( Elsa , 2003) et 1. Evans et Jovanovic, 1989 ; Blanchfl ower et Oswald, 1998 ; Guiso et al ., 2002 ; Hurst et Lusardi, 2004 ; Cagetti et De Nardi, 2003 et 2006.
ÉCONOMIE ET STATISTIQUE N° 403-404, 2007