Les temples d'?lampur et de ses environs au temps des C??ukya de B?d?mi - article ; n°1 ; vol.24, pg 51-101

-

Documents
52 pages
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Arts asiatiques - Année 1971 - Volume 24 - Numéro 1 - Pages 51-101
51 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

Sujets

Informations

Publié par
Publié le 01 janvier 1971
Nombre de lectures 15
Langue Français
Signaler un problème

Odile Divakaran
Les temples d'Ālampur et de ses environs au temps des Cāukya
de Bādāmi
In: Arts asiatiques. Tome 24, 1971. pp. 51-101.
Citer ce document / Cite this document :
Divakaran Odile. Les temples d'Ālampur et de ses environs au temps des Cāukya de Bādāmi. In: Arts asiatiques. Tome 24,
1971. pp. 51-101.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/arasi_0004-3958_1971_num_24_1_1040LES TEMPLES D'ÀLAMPUR ET DE SES ENVIRONS
AU TEMPS DES CÂLCKYA DE BÀDÂMI
par Odile DIVÀKÀRÀN
Introduction
Les campagnes militaires qui se succèdent après l'établissement de la dynastie
des Câlukya de Bâdâmi au Karnâtaka sous les règnes de Pulakesin I, Kïrtivarman I
et Mangalesa, à partir de 545 A.D., ne sont qu'un prélude aux ambitions impériales
de Pulakesin II dont les conquêtes poursuivies systématiquement entre 609-10 et
620 donnent au royaume Câlukya des dimensions rappelant celles de l'empire
Sâtavâhana. Les frontières de ce royaume sont repoussées si haut vers le Nord qu'un
contact direct est désormais assuré entre la civilisation du Karnâtaka et celle des
provinces centrales et gangétiques où survivent des formes d'art gupta et s'élabore
le style pratïhâra dont il est donc naturel que des échos parviennent dès le début du
vne siècle dans les 2 grands centres de création Câlukya : la région de Bâdâmi et celle
d'Âlampur à la limite orientale du Karnâtaka, qu'on n'a pas encore l'habitude d'asso
cier communément l'une à l'autre (1).
Pourtant, l'histoire politique de la région d'Âlampur est liée à celle du royaume
de Bâdâmi depuis au moins 620 A.D. En effet, après avoir acquis entre 609 et 616
(1) Percy Brown, dans « Indian Architecture (Buddhist and Hindu) », Bombay, 4e éd., 1964, p. 70,
après avoir observé les affinités présentées par les centres Câjukya de la région de Bâdâmi et d'Âlampur, s'en
étonne et les juge inexplicables : « in a straight line, a hundred miles away, to find a small replica of the main
movement, but with no accountable association ». Krishna Deva, dans « Temples of North India », Delhi 1969,
p. 20, semble admettre avec hésitation l'appartenance des temples d'Âlampur au style Câlukya occidental :
« these temples, therefore, appear to have been erected under the patronage of the early Câjukya rulers of
Bâdâmi during the 7th-8th centuries ». K. V. Soundara Rajan, dans « Early Temple Architecture in Karnâtaka
and its Ramifications », Dharwar 1969, attribue les temples de la région d'Âlampur aux Câjukya orientaux de
Vehgi. Cependant, Rama Rao, dans « Early Câjukyan Temples of Ândhra Deéa », Hyderabad 1965, et
B. R. Prasad, dans une thèse (non publiée) « The Chalukyan Architecture of Mahabubnagar District », Poona
1967, avaient déjà reconnu que ces temples sont liés à la dynastie des Câjukya de Bâdâmi. 52 ODILE DIVAKARAN
A.D. le Konkan et les « trois Mahârastra », et après avoir atteint la Narmadâ, Pulakesin
II étend ses conquêtes vers l'Est (au Kosala et au Kalinga contre les Ganga et les
Somavamsï) et le Sud-Est. Répétant la marche triomphale de Samudragupta qui,
vers 350 A.D., parcourut les mêmes régions, il renverse une à une les principautés de
l'Andhradesa, en particulier celle des Visnukundin de Vengï et plus au Sud, dans les
districts de Guntur, Nellore et Cuddapah, il soumet les dynasties vassales des Pallava.
Son incursion dans le royaume Pallava est d'ailleurs poussée jusqu'aux portes de
la capitale, Kâficïpuram. Ainsi, dès 616 A.D. (1), l'empire de Pulakesin se déploie
de la côte occidentale à la côte orientale de la péninsule, englobant la plus grande
partie de l'actuel Andhra Pradesh et par conséquent Âlampur et sa région, d'où
provient une inscription due à Pulakesin en personne. Cette inscription (2) sur plaques
de cuivre commémore la donation d'un village situé dans le « Câlukya visaya »,
c'est-à-dire le doâb de Raichûr inscrit entre les fleuves Krsnâ et Tungabhadrâ (qui
comprend Âlampur) et mentionne le dieu de Sangamesvara qui pourrait être, vraisem
blablement, celui de Kùdaveli-Sangamesvara à moins de 15 kilomètres d'Alanipur.
Il serait donc raisonnable d'attribuer des temples à cette première période d'occupat
ion Câhikya (3).
Mais en 641, l'invasion Pallava menée par Narasimhavarman I désorganise
cet empire. Au cours de ce désastre, Pulakesin perd la vie et le pouvoir se divise, passant
aux mains de ses frères ou de ses fils (4). Un frère de Pulakesin, Kubja Visnuvard-
hana, tout d'abord gouverneur à Sâtârâ, transféré ensuite à Vengï dans les provinces
orientales constituant la facade maritime de l' Andhra Pradesh, se déclare à la mort
de son frère aîné souverain de plein droit (5) devenant le fondateur d'une lignée
Câhikya collatérale. A ce moment, le Câhikya visaya (dont faisaient partie les environs
d'Alampiir et certaines régions des districts de Bellary et Chitradurga) est gouverné
par un fils de Pulakesin, Âdityavarman, et un fils de ce dernier, Abhinavâditya (6;,
assistés peut-être d'un prince Sendraka dont la présence dans la région de Kurnool
est mentionnée un peu plus tard en 667 A.D. Lorsqu'après 12 ans de confusion dans
le reste de l'empire, Vikramâditya I, le fils préféré de Pulakesin disent les inscriptions,
parvient à imposer une réunification, les nouvelles frontières du royaume reflètent
ces bouleversements : elles excluent le Lâta (Gujarat) où une branche Câlukya cadette
(1) N. Ramesan, Copper Plate Inscriptions of Andhra Pradesh Government Museum, vol. I, Hyderabad
1962, p. 25.
(2) N. Ramesan, op. cit., p. 40-15.
(3) Un patronage royal accordé de bonne heure à cette région s'expliquerait par une association très
ancienne des Câlukya à l'Andhra Pradesh. Les « Chalkyas » sont mentionnés dans une inscription de Nâgârjuna-
konda (N. Ramesan, op. cit., p. 42-43). Leur origine semble être liée aux districts de Cuddapah, Kurnool et
Mahabubnagar (N. Ramesan, op. cit., p. 2).
(4) R. G. Bhandarkar, Early History of the Deccan, Calcutta 1957, p. 63-64.
(5) N. Ramesan, op. cit., p. 30.
(6) Maharashtra State Gazetteers, History, Part 1, Ancient Period, Bombay 1969, p. 219. LES TEMPLES D'ÀLAMPUR ET DE SES ENVIRONS 53
règne de fait sans doute depuis l'effondrement de Bâdâmi (1), de droit depuis 671 (2),
et les provinces côtières de l'Andhra Pradesh, où la dynastie sœur de Vengï
demeurée à l'écart des troubles est solidement installée pour 3 siècles. En revanche,
Vikramâditya I, par ses campagnes victorieuses contre 3 rois Pallava (Narasimhavar-
man I, Mahendravarman II, Paramesvara) agrandit probablement son royaume vers
le Sud-Est en annexant des territoires ayant appartenu à la sphère politique des
Pallava dans les districts de Cuddapah, Ghittoor et Anantapur. Ses invasions répétées
en territoire pallava, dont l'une est poussée jusqu'à URaiyûr, l'ancienne cité Cola,
sont peut-être chacune une démonstration de force propre à lui assurer la loyauté de
dynasties locales indécises, autant qu'une expédition punitive. Ces contacts répétés
entre Câjukya et Pallava expliquent un grand nombre de rapports artistiques, et
même religieux, si le culte de Ganesa dans le Sud doit sa diffusion à des influences
Câlukya.
Désormais, les 2 royaumes de Vengï et de Bâdâmi, ont donc en Andhra Pradesh
une frontière commune. La numismatique indique la présence des Câlukya de Vengï
dans le district de Nalgonda (3). Mais à l'Ouest et au Sud-Ouest de ce district, ceux de
Bâdâmi occupent les districts de Mahâbubnagar, Kurnool, Anantapur, Cuddapah,
selon les témoignages de l'épigraphie (4). La région d'Alampur continue donc de
faire partie du royaume Câlukya de Bâdâmi, et il semble probable que les monts
Velikonda (5) au-delà des Nallamalai, aient servi de frontière naturelle entre les
2 royaumes, frontière qui devient sans doute ensuite celle du royaume Râstrakûta
après 755 A.D. Les successeurs de Vikramâditya, son fils Vinayâditya (680-696)
et le fils de ce dernier, Vijayâditya (696-733) sont d'ailleurs associés à Âlampur et à
Satyavolu par des inscriptions (6). Sous leurs règnes, la puissance des Câhikya est
à son comble. Établie sur tout le Dekkan, elle favorise la création d'un milieu culturel
qui absorbe tous les courants, toutes les traditions, celles du Nord comme celles du
Sud. Les expéditions menées contre le Sud continuent d'éclipser les autres. Cependant,
les hostilités avec le Nord se poursuivent. Ainsi, Vinayâditya célèbre une grande
victoire remportée sur un souverain du Nord appelé Vajrâta, dont l'identité est
sujette à hypothèses. Vijayâditya, alors yuvarâja, participe à ces hauts faits. Or, la
phase d'activité créatrice la plus importante à Àlampur correspond au règne de
(1) J. F. Fleet, Dynasties of the Kanarese Districts, p. 360.
(2) Maharashtra State Gazetteers, op. cit., p. 221.
(3) M. Rama Rao, Eastern Câlukyan Coins in the Andhra Pradesh Government Museum, Hyderabad 1063,
p. 4.
(4) N. Ramesan, op. cit., p. 54-63.
(5) Les Velikondas séparent le district de Kurnool de celui de Nellore. Ce dernier fut souvent disputé
par les Câjukya et les Pallava ; voir T. V. Mahalingam, Kâncipuram in Early South Indian History, Bombay
1969, p. 103-104.
(6) Epiyraphia Indica, vol. XXXV, Part III, July 1963, p. 121. Annual Report on Indian Epiyraphy
for 1059-60, 1963, ins. n° 159, p. 60. N. Venkataramanayya, Andhra Pradesh Government Report on
for 1965, Hyderabad, 1968, p. 6 ; ins. n° 11, p. 50 ; ins. n° 208 ; p. 53 ; ins. 221, p. 88-89. 54 ODILE DIVAKARAN
Vinayâditya et se distingue de manière significative par de nouveaux apports évoquant
les arts gupta et pratïhâra.
En montrant des éléments stylistiques provenant du Nord, les monuments de
la région d'Âlampur proclament leur appartenance à l'aire culturelle des Câlukya
de Bâdâmi, confirmant les données de l'histoire politique. En effet, tandis que les
Câlukya de Vengï sous l'influence de survivances Visnukundin et Pallava développent
un style nettement apparenté à l'art Pallava, ceux de Bâdâmi, de goût plus éclectique,
introduisent à Aihoje et Pattadakal un grand nombre de motifs gupta ou post-gupta.
Percy Brown (1), Krishna Deva (2), remarquant leurs affinités stylistiques ont
suggéré des rapprochements entre les temples d'Âlampur et de Pattadakal. Ces rappro
chements sont justifiés à plus d'un titre : l'art Câlukya est formé par l'ensemble
de ces monuments, art, qui si varié qu'il soit, reste dominé par des constantes ; des
comparaisons entre les différents sites Câlukya sont essentielles pour éclairer la chronol
ogie et l'origine de certains modes architecturaux. Ainsi, à Pattadakal, l'adoption
d'un sukanâsa développé en hauteur et en profondeur, celle d'un sikhara à 4 étages
portant un décor d'édicules entre les projections, l'addition de porches à colonnes
dans le prolongement des niches du garbhagrha, et de porches ouverts sur les murs
latéraux du mandapa, semblent-elles influencées par l'apparition à Âlampur et Satya-
volu de formes très semblables. Parfois, les rapports s'établissent entre 2 temples
particuliers de manière précise, par exemple entre le Kumâra Brahma à Àlampur et
le Tchiki gudi à Aiho}e. Âlampur doit donc figurer dans toute perspective générale
de l'art Câlukya et également dans toute perspective des mouvements architecturaux
dans le Nord de l'Inde. Car, en s'ajoutant aux témoignages d'autres temples contempor
ains tels que ceux de Bhuvanesvara ou Jâgesvara, l'information que nous donnent
les temples d'Âlampur permet de combler une lacune stylistique due à la disparition
de la plupart des grands temples du vne siècle dans l'Inde du Nord et du Centre.
Les monuments
Les monuments sont répartis entre plusieurs sites (fig. 1) dont Âlampur (3) qui
groupe ses 9 temples connus sous le nom de Navabrahma sur la rive gauche de la
Tungabhadrâ, est le principal. A environ 15 kilomètres vers l'Est, au point de conflu
ence des fleuves Krsnâ et Tungabhadrâ, se dresse, isolé sur le promontoire qui sépare
les 2 fleuves, le temple de Sangamesvara, à quelque distance du village de Kûdaveli (4).
(1) P. Brown, op. cit., p. 70.
(2) Krishna Deva, op. cit., p. 19-20.
(3) Voir bibliographie.
(4) Indian Archaeology, 1967-68. A Review, p. 82. Kûdaveli y est mentionné. B. R. Prasad, op. cit.,
le décrit succinctement et le date de la lre moitié du vme s. Dans les environs de Kûdaveli se trouvent 2 temples,
appelés tous deux Sangameévar. L'un est parfois appelé Kûdal Sangamessvar et l'autre Rûpâla SaïigamesVar. LES TEMPLES D'ÂLAMPUIl ET DE SES ENVIRONS 55
Ensuite, le long de la route qui relie le doâb fertile de Raichûr aux régions côtières et
méridionales, aujourd'hui la route de Kurnool à Giddalûr traversant le district de
Kurnool, on rencontre à moins de 10 kilomètres de Kurnool le temple de Siva à
Tandrapadu (1), puis celui de Mahânandi à 100 kilomètres de Kurnool au-delà de
Nandyfd au pied des Nallamalai (2), enfin le groupe de Satyavolu, à 6 km environ
au Nord-Est de Giddalûr (3). Partout, les temples, exceptés ceux de Tandrapadu et
de Târaka Brahma à Alampur, sont munis d'une tour curvilinéaire, c'est-à-dire un
sikhara rekhâ-nâgara, qui les apparente et confère à l'ensemble une marque d'homogén
éité.
Ce sikhara rekhâ-nâgara, facteur principal d'unité du style, montre un plan carré
muni d'une projection centrale entre 2 projections latérales (Iriralha) et, sauf au
Kumâra Brahma, possède 4 étages distingués par 4 âmalaka aux angles. La base du
sikhara sur la façade est pourvue d'un fronton (sukanâsa) projeté en avant, sauf au
Kumâra Brahma et au Sangamesvara de Kûdaveli (4). Un Natesa (aux Svarga Brahma
et Vira à Alampur ; au Râmalingesvara et Bhïmalingesvara à Satyavolu)
en décore souvent l'arcature centrale. A cause de leur sikhara si différent des autres,
le Târaka Brahma à Alampur et le temple de Siva à Tandrapadu seraient facilement
pris pour des aberrations, s'ils n'avaient des équivalents dans les autres centres
câlukya. Le sikhara à demi ruiné du Târaka Brahma (fig. 2), formé de 2 ou 3 étages
décroissants, portant des réductions d'édifices en forme de kûla et sala disposés
en alternance, évoque le sikhara du Mahâkûtesvara ; celui de Tandrapadu, de profil
pyramidal, formé d'une succession de corniches reposant sur une rangée de pilastres-
miniatures, marqué verticalement par une projection centrale et coiffé d'une coupole
de plan carré, rappelle le sikhara du temple vishnouite sur le Fort Nord à Bâdâmi
et en particulier un des sanctuaires alignés à l'Ouest du bassin de Mahâkûta. Les
exemples fournis par 2 temples en brique pré-câjukya à Pitikayagulla dans cette même
région, dont les sikhara annoncent ceux de Târaka Brahma et Tandrapadu, permettent
de qualifier ces derniers d'archaïques. De plus, comme aux temples de Mahânandi
et Satyavolu, il leur manque un autre facteur d'unité du style : la formule du temple-
mandapa, traduite dans le plan par un mandapa rectangulaire intégrant à son extré
mité Ouest le garbhagrha, formule dont les architectes explorent à Alampur toutes
les possibilités. En effet, tant dans la manière d'élever un sikhara que dans celle d'orga
niser un plan, Alampur joue le rôle d'un centre de création et de diffusion où s'élaborent
avec cohérence les caractéristiques d'une version locale de l'art câlukya.
(1) K. V. Soundara Rajan, op. cit., p. 21.
(2) M. Kama Rao, Early Cûlukijnn Temples of Andhru Desa, op. cil., p. 35-39.
(3) M. Rama Rao, op. cil., p. 29-31. Intuitivement, sans avoir saisi les points essentiels de leur architec
ture, il date correctement les temples de Mahânandi et de Satyavohi du vne siècle.
(1) Mais le j-ikhara du Sangame^vara à Kûdaveli a été restauré. 56 ODILE DIVAKARAN
Le groupe des monuments câlukya à Âlampur.
Le groupe d'Âlampur comprend 9 temples dont 3 sont à demi ruinés ou inachevés :
le Padma Brahma, le Târaka Brahma, l'Arka Brahma ; et 6 ont survécu intacts : le
Kumâra le Bâla Brahma, le Vira Brahma, le Svarga Brahma, le Visva Brahma
et le Garuda Brahma (1). Ces six temples sont le produit d'une inspiration architecturale
poursuivie avec constance, d'une verve créatrice si puissamment exprimée que des
échos en seront propagés jusqu'à Pattadakal aussi bien que dans les environs, à
Mahânandi, Satyavolu et Kïidaveli (si le sikhara d'aujourd'hui, restauré, reflète sa
forme originale).
Soulignons tout d'abord leurs caractéristiques fondamentales qui, reprises d'un
temple à l'autre, rendent leur style exceptionnellement homogène : la présence
constante d'un sikhara rekhânâgara à trois projections, le choix d'une formule de
plan répétée par tous les temples où le garbhagrha est situé à l'intérieur d'un mandapa,'
un extérieur très orné, l'emploi d'un décor à affinités gupta-pratïhâra, l'usage de
triples-fenêtres situées en regard des niches du garbhagrha, des bases et des niches à
frontons dérivées de formes post-gupta, un attachement au thème iconographique
des dikpâla, une technique de renforcement des plafonds utilisant un carré de poutres
au-dessus de 4 colonnes libres à l'intérieur du garbhagrha et 2 poutres en T aux angles
du mandapa dans \ cas. L'importance accordée au développement des triples-fenêtres,
parfois transformées en portiques destinés à abriter une sculpture, est particulièrement
digne d'être notée ; de même l'apparition du sukanâsa au-dessus d'un vestibule et
sa transformation progressive d'élément tout d'abord insignifiant en appendice
monumental devenant un des signes distinctifs de l'art Câlukya.
Le Kumâra Brahma, par sa simplicité et ses modestes proportions trahit son
ancienneté. Mais par son plan et son élévation il contient déjà la promesse du style
développé par les autres temples. On peut donc y voir le prototype du style. Tandis
que 3 temples plus évolués : le Bâla Brahma, le Svarga Brahma et le Visva Brahma,
représenteraient trois moments du style, ancien, classique, baroque. En effet, le Bâla
Brahma introduit des éléments qui manquaient au Kumâra Brahma et jouent un très
grand rôle dans l'évolution du style, tels que : un sukanâsa au-dessus de Vantarâla,
une série de niches abritant des dikpâlas sur les murs extérieurs. Le Bâla Brahma
serait donc le premier exemple du style. Dans les temples qui suivent (Arka Brahma,
Vira Brahma), le décor extérieur est enrichi, les proportions sont agrandies, mais
c'est au Svarga Brahma que s'accomplit la réussite du style où structure et décor sont
(1) Les 6 temples sont nommés d'après un ordre chronologique personnel ins-piré p;ir leur évolution
stylistique. La chronologie relative de B. H. Prasad en diffère surtout par la position trop tardive accordée
au Bala Brahma et celle trop récente accordée au Garuda Brahma. De plus, le témoignage des inscriptions conduit
à resserrer la durée chronologique correspondant à la période d'activité architecturale, allant plutôt de 630-40
à 700-13 que de 660 à la fin du vme comme le suggère B. R. Prasad. LES TEMPLES D'ALAMPUR ET DE SES ENVIRONS 57
parfaitement intégrés et équilibrés. Le Svarga Brahma représente donc le moment
classique du style et sans doute son chef-d'œuvre. Parmi les temples suivants, le
Visva Brahma se distingue par un délire d'ornementation et un paroxysme de complica
tion dans le plan et l'élévation qui ne peuvent être dépassés. Si bien que les formes
ensuite, ne font guère que survivre sans pouvoir s'enrichir. Le Garurla Brahma, où
les murs extérieurs s'allègent et se simplifient, témoigne d'un manque d'invention
qui annonce peut-être une décadence. Une description limitée à ces 4 temples :
Kumâra Brahma, Bâla Brahma, Visva Brahma et Svarga Brahma, suffirait donc pour
l'introduction à l'étude du style d'Alampur qui est ici proposée.
Le prototype du style d'Alampur et les trois temples correspondant
aux moments-clefs du style
Le Kumâra Brahma.
D'apparence et de dimensions modestes, le Kumâra Brahma (fig. 3 et 4) s'élève
sur une terrasse dallée, à demi enterrée, bordée par une corniche décorée de nâsikâ,
reposant sans doute sur une rangée de pilastres-miniatures, par analogie avec les
terrasses mieux conservées aux : Bâla Brahma et Târaka Brahma à Alampur, Galaga-
nâtha à Pattadakal, Mahânandi, temples qui sont également pourvus de cet élément
d'origine septentrionale repris plus tard par les Hoysala. Dans la région d'Aihoie,
lorsqu'un effet de hauteur est recherché, c'est en général la base même du temple
qui est haussée, ce qui rend superflu l'emploi d'une terrasse. Les temples de Gaudar
gudi et Durgâ à Aihole, le Mahâkûtesvara à Mahâkûta, le Vïrûpâksa et le Mallikârjuna
à Pattadakal présentent tous des bases élevées. Au contraire, les grands temples
d'Alampur tels que le Vïra Brahma, le Svarga Brahma et le Visva Brahma ne visent
pas cet effet.
Si la terrasse ne joue pas de rôle significatif dans l'évolution du style, il convient
cependant de souligner que toutes les autres caractéristiques du Kumâra Brahma en
joueront un dans les phases de développement ultérieures.
Le temple, ouvert à l'Est, comprend un porche à 4 colonnes libres sans la balus
trade ni le banc de pierre si fréquents dans la région d'Aihoie. L'idée de porche est
reprise aux Svarga Brahma et Garuda Brahma, de nouveau sans la balustrade ni le
banc. Le porche est suivi d'un mandapa rectangulaire renfermant une cella à son
extrémité Ouest. Une nef à 2 rangées de piliers prolonge la cella. Des bas-côtés entou
rent la nef et la cella. Une toiture inclinée les couvre, tandis qu'une toiture plate est
surhaussée par une architrave au-dessus de la nef. Sur le plafond de la cella repose
la masse du sikhara. Les murs du mandapa sont renforcés à l'intérieur par des pilastres
et ajourés par 2 catégories de fenêtres : une modeste lucarne de chaque côté de la nef,
une triple-fenêtre en face de chacune des trois niches ménagées dans le mur du 58 ODILE DIVAKAlïAN
garbhagrha (les niches étant ultérieurement toujours projetées). La triple-fenêtre
est destinée à devenir un élément caractéristique du style d'Âlampur. Elle se compose
ici d'un treillis en pierre maintenu par des pilastres «à fûts interrompus et chapiteaux
en console décorés d'enroulements (laranga). La fenêtre centrale est plus large que
les fenêtres latérales. Les triples-fenêtres du Tchikigudi (fig. 5) à Aihole reproduisent
exactement cette disposition, ainsi que celles du Bâla Brahma (fig. 6). Au Svarga
Brahma, la triple-fenêtre subit une transformation d'importance capitale lorsque le
panneau central, laissé plein, supporte un bas-relief que vient abriter un porche à
2 colonnes (fig. 7). Cette forme nouvelle est adoptée au Visva Brahma et inspire les
architectes du Pâpanâtha et du Galagnâtha à Pattadakal. Au Garuda Brahma et
au Padma Brahma ou de manière générale les thèmes se dévitalisent, un portique
demeure dans le prolongement de fenêtres à treillis sans sculptures (fig. 8). Le plan
et l'élévation du Kumâra Brahma qui viennent d'être décrits dans leurs grandes lignes,
seront repris par tous les temples d'Âlampur, excepté le Târaka Brahma.
Cependant, un certain nombre de détails qui trahissent l'ancienneté du monument
ne reparaîtront que peu ou point du tout. Ainsi, la base d'inspiration Pallava, compre
nant de bas en haut : une moulure en doucine (khura), un tore octogonal (Iripatta-
kumuda), un bandeau (pattikâ), cédera la place à une base d'inspiration gupta-
pratïhâra.
La corniche de la toiture, sans décor, à courbure accentuée, est uniforme tout
autour de l'édifice, un signe d'ancienneté également observé au Gaudar gudi à Aihole.
Elle disparaît à Âlampur, mais se maintient à Aihole où elle est réservée aux toitures
de porche. Les piliers du porche et de la nef ont des fûts interrompus aux trois quarts
de la hauteur, une caractéristique appartenant aussi aux piliers du Bâla Brahma et
de l'Arka Brahma, tandis qu'elle se trouve schématisée sur les piliers du Vïra Brahma.
Le décor très riche qui orne ces fûts (guirlandes, hamsa, nidhi, divinités, kîrlimukha
crachant des perlages) évoque les délicates ciselures de l'art rupestre de Bâdâmi.
Quant aux chapiteaux en console surmontant les colonnes du porche, ils rappellent
ceux du temple de Mukandarra (ve siècle, près de Kotah, Râjasthân). Dans la nef, les
chapiteaux à palmes, motif parvenu au Dekkan dès la fin du ve dans l'art Vâkâ-
taka (1), indiquent également une influence de l'Inde centrale. Les piliers du Tchiki
gudi et Huchhimalligudi à Aihole, pourvus de chapiteaux à palmes et de fûts interrom
pus ressemblent de très près à ceux du Kumâra Brahma.
L'encadrement de porte montre au-dessus de l'entrée du garbhagrha un sikhara
miniaturisé de part et d'autre d'une nâsikâ dédoublée qui forme le motif central
au-dessus d'un Garuda tenant les queues de deux nâga dont les bustes humains
occupent l'abattement d'une moulure à la base de la porte. Cette base montre deux
panneaux en réserve qui abritent une divinité fluviale et un dvârapâla. Des moulures
(1) Odette Viennot, Le problème des temples à loit plal dans l'Inde du Nord, Arts Asiatiques, tome XVIII,
l'J68, fiç. 67 et 68. LES TEMPLES D'ALAMPUR ET DE SES ENVIRONS 59
verticales sont décorées de rinceaux de feuillage dont le traitement rappelle une fois
de plus l'art des grottes. Par la suite, l'encadrement de porte se développe en hauteur
et les divinités fluviales se libèrent du cadre imposé ici par les panneaux en réserve (1).
Le sikhara manifeste également des signes d'ancienneté. A trois projections, de
courbe un peu trapue, il est formé d'une succession de corniches réparties en 3 étages
distingués chacun par un âmalnka. Entre les projections, un décor timide de pilastres-
miniatures est introduit qui deviendra une caractéristique essentielle des sikhara
d'Âlampur, alors qu'à Aihole ce détail reste ignoré. La façade ne montre pas trace
de fronton, alors que tous les sikhara d'Aihole sont pourvus d'un fronton plaqué et
celui des autres temples à Âlampur est muni d'un fronton projeté en avant.
Cette absence complète de fronton, ainsi que le caractère très défini du dessin
des parties (corniches, nâsikâ) et le nombre d'étages limité à trois (tous les autres
temples à Alampur ont quatre étages) suggèrent une date très ancienne pour ce temple
qui pourrait appartenir au temps de Pulakesin II et serait le premier exemple
Câlukya d'un sikhara rekhâ-nâgara, sikhara dont les Câlukya eurent une connaissance
au moins théorique dès la fin du vie siècle puisque l'encadrement de porte du garbha-
grha de la grotte 2 à Bâdâmi est décoré par trois sikhara nâgara miniaturisés au-dessus
de l'entrée (fig. 9).
Le Bâla Brahma.
Le Bâla Brahma (2), marque une telle avance sur le Kumâra Brahma par l'adoption
de nouveautés aussi importantes que celles de niches abritant des dikpâla sur les murs
extérieurs, d'un vestibule (anlarâla) supportant un sukanâsa, d'un sikhara à quatre
étages, qu'il est juste de le considérer comme étant le premier exemple du style
d'Alampur. Les traits nouveaux qu'il présente sont en effet développés par les temples
qui suivent.
Le plan et l'élévation restent fondamentalement identiques à ceux du Kumâra
Brahma : une cella supportant un sikhara est contenue à l'extrémité Ouest d'un
mandapa qui comprend une allée centrale à 2 rangées de piliers entourée de bas-côtés
qui se continuent autour de la cella, l'intérieur recevant air et lumière par l'entremise
de fenêtres simples et de fenêtres triples.
Mais, un vestibule précède la cella dont le plafond est renforcé par 4 colonnes
libres, invention technique reprise au temple de Mahânandi, à Tandrapadu, aux
Svarga-, Visva- et Garuda Brahma ; les potentialités plastiques de la cella sont explor
ées, et son plan modifié ; les proportions de l'édifice agrandies ; la hauteur du sikhara
accentuée par l'addition d'un quatrième étage, et sa façade distinguée par l'addition
d'un sukanâsa.
(1) Odette Viennot, Les divinités fluviales Oangâ et Yamunâ, Paris 11)64, pi. 58 et 59.
(2) Le plan du Bâla Brahma (en exercice de culte) n'a jamais été publié.