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Mobilité féminine par le mariage et dot scolaire : l'exemple nantais - article ; n°1 ; vol.91, pg 33-44

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Economie et statistique - Année 1977 - Volume 91 - Numéro 1 - Pages 33-44
Un « bon » niveau d'études ouvre pour une fille le chemin à un « bon » mariage : ce qui apparaît comme une évidence aux yeux de la plupart des parents méritait d'être vérifié. C'est ce qui est tenté ici, à la lumière d'une enquête effectuée en 1972 par la Direction Régionale des Pays de la Loire sur l'emploi féminin, et qui ne concerne que les femmes de l'agglomération de Nantes. Bien qu'elle porte sur un échantillon restreint, cette enquête rejoint dans ses conclusions d'autres études sur le choix du conjoint réalisée au niveau de la France entière ou des États-Unis. A l'heure actuelle, la formation scolaire des filles occupe une place croissante dans leur dot et constitue désormais un moyen privilégié d'obtenir une amélioration de la position sociale de la lignée familiale : on voit en effet, pour chaque groupe social, que les filles qui en se mariant «montent » dans l'échelle sociale, ont un meilleur niveau scolaire que celles qui restent dans la même position ou régressent. Mais l'influence de la dotation scolaire sur le placement matrimonial d'une fille est fonction de son groupe social d'origine : plus celui-ci se situe bas dans l'échelle sociale, plus le niveau d'études atteint est déterminant.
The mobility of women through marriage and education : the example of Nantes - A « good » education opens the way to a « good » marriage for a young woman: this statement, which is held to be an obvious truth by the majority of parents, nevertheless merits investigation. This is what has been attempted in this article, based on a study of women's employment made in 1972 by the Direction Régionale des Pays de la Loire. This study dealt exclusively with the women of the region of greater Nantes. Although only a limited sample was studied, the conclusions reached coincided with the results of nation-wide marital choice studies undertaken in France or the United States. At present, education is an increasingly important asset for young women and constitutes a pri- viledged means of improving the social position of families. For it can be observed within each social group that those women who « rise » on the social scale through marriage have a higher educational level than those who retain the same position or regress socially. However, the influence of educational background on the marriage of a woman is a function of her social group of origin : the lower she is situated on the social scale, the more decisive will the level of education attained be.
Movilidad femenina a raiz de contraer matrimonio y dote escolar : el ejemplo de la region de Nantes - Un « buen » grado de ensenanza abre el paso a una joven para contraer un « buen » matrimonio : era menester verificar lo que parece cosa evidente a los ojos de los padres. Es lo que aquf se intenta por medio de una encuesta realizada en 1972 por la Direction Regional de los países de la cuenca del Loire relativa al empleo femenino y que abarca solamente la poblacíon femenina del conglomerado de Nantes. Si bien no comprende mas que una muestra reducida, dicha encuesta, en sus conclusiones, se incorpora a otros estudios relativos al escogimiento del conyuge realizados a nivel de Francia entera o de los Estados Unidos. En la actualidad, la formation escolar de las jóvenes ocupa de día en día un lugar mas importante en su dote y constituye de hoy en adelante un medio privilegiado para conseguir un mejoramiento de la posición social del linaje: es factible presenciar, en efecto, para cada categoria social, que las jóvenes que al contraer matrimonio se « elevan » en la esfera social gozan de un mejor grado de ensenanza que las que permanecen en la misma posición o las que retroceden. Mas la influenda de la dotación escolar en el matrimonio de una jóven es función de su categoría social de origen : cuanto mas abajo se situa en la esfera social, tanto mas déterminante es el grado de ensenanza.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1977
Nombre de lectures 79
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Monsieur François de Singly
Mobilité féminine par le mariage et dot scolaire : l'exemple
nantais
In: Economie et statistique, N°91, Juillet-Août 1977. pp. 33-44.
Citer ce document / Cite this document :
de Singly François. Mobilité féminine par le mariage et dot scolaire : l'exemple nantais. In: Economie et statistique, N°91, Juillet-
Août 1977. pp. 33-44.
doi : 10.3406/estat.1977.3123
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/estat_0336-1454_1977_num_91_1_3123Résumé
Un « bon » niveau d'études ouvre pour une fille le chemin à un « bon » mariage : ce qui apparaît
comme une évidence aux yeux de la plupart des parents méritait d'être vérifié. C'est ce qui est tenté ici,
à la lumière d'une enquête effectuée en 1972 par la Direction Régionale des Pays de la Loire sur
l'emploi féminin, et qui ne concerne que les femmes de l'agglomération de Nantes. Bien qu'elle porte
sur un échantillon restreint, cette enquête rejoint dans ses conclusions d'autres études sur le choix du
conjoint réalisée au niveau de la France entière ou des États-Unis. A l'heure actuelle, la formation
scolaire des filles occupe une place croissante dans leur dot et constitue désormais un moyen privilégié
d'obtenir une amélioration de la position sociale de la lignée familiale : on voit en effet, pour chaque
groupe social, que les filles qui en se mariant «montent » dans l'échelle sociale, ont un meilleur niveau
scolaire que celles qui restent dans la même position ou régressent. Mais l'influence de la dotation sur le placement matrimonial d'une fille est fonction de son groupe social d'origine : plus celui-ci
se situe bas dans l'échelle sociale, plus le niveau d'études atteint est déterminant.
Abstract
The mobility of women through marriage and education : the example of Nantes - A « good » education
opens the way to a « good » for a young woman: this statement, which is held to be an
obvious truth by the majority of parents, nevertheless merits investigation. This is what has been
attempted in this article, based on a study of women's employment made in 1972 by the Direction
Régionale des Pays de la Loire. This study dealt exclusively with the women of the region of greater
Nantes. Although only a limited sample was studied, the conclusions reached coincided with the results
of nation-wide marital choice studies undertaken in France or the United States. At present, education is
an increasingly important asset for young women and constitutes a pri- viledged means of improving the
social position of families. For it can be observed within each social group that those women who « rise
» on the social scale through marriage have a higher educational level than those who retain the same
position or regress socially. However, the influence of background on the marriage of a
woman is a function of her social group of origin : the lower she is situated on the social scale, the more
decisive will the level of education attained be.
Resumen
Movilidad femenina a raiz de contraer matrimonio y dote escolar : el ejemplo de la region de Nantes -
Un « buen » grado de ensenanza abre el paso a una joven para contraer un « buen » matrimonio : era
menester verificar lo que parece cosa evidente a los ojos de los padres. Es lo que aquf se intenta por
medio de una encuesta realizada en 1972 por la Direction Regional de los países de la cuenca del
Loire relativa al empleo femenino y que abarca solamente la poblacíon femenina del conglomerado de
Nantes. Si bien no comprende mas que una muestra reducida, dicha encuesta, en sus conclusiones, se
incorpora a otros estudios relativos al escogimiento del conyuge realizados a nivel de Francia entera o
de los Estados Unidos. En la actualidad, la formation escolar de las jóvenes ocupa de día en día un
lugar mas importante en su dote y constituye de hoy en adelante un medio privilegiado para conseguir
un mejoramiento de la posición social del linaje: es factible presenciar, en efecto, para cada categoria
social, que las jóvenes que al contraer matrimonio se « elevan » en la esfera social gozan de un mejor
grado de ensenanza que las que permanecen en la misma posición o las que retroceden. Mas la
influenda de la dotación escolar en el matrimonio de una jóven es función de su categoría social de
origen : cuanto mas abajo se situa en la esfera social, tanto mas déterminante es el grado de
ensenanza.Mobilité féminine par le mariage
et dot scolaire : l'exemple nantais
François de SINGLY *
Un « bon » niveau d'études ouvre le chemin à un « bon » mariage. Ainsi, plus de deux années
d'études supplémentaires séparent les filles d'ouvriers mariées à des cadres supérieurs de celles qui se
sont mariées avec des ouvriers. Telles sont les données que l'on peut tirer d'une enquête effectuée
à Nantes en décembre 1972.
La famille cherche toujours à maintenir ou améliorer, par Outre sa petite taille (1 068 femmes), cet échantillon pose
sa descendance, l'acquis de ses positions sociales. Le marché le problème de la non-coïncidence entre^l'aire géogra
du travail par l'insertion professionnelle des enfants appar phique des pères (sans limites) et celles des maris (limité à
aît comme le champ privilégié de la réalisation de ce projet. l'agglomération de Nantes), tout au moins pour certains
Mais les chances de réussite y sont différentes selon les sexes. milieux. Ainsi, par exemple, les filles d'agriculteurs qui, une
En effet, on constate qu'à niveau social équivalent, les filles fois, mariées, habitent l'agglomération nantaise, ont peut-
obtiennent souvent une place moins favorable1 que les être épousé des conjoints très différents des maris des filles
garçons. Ainsi, par exemple, alors que 52 % des fils de cadres d'agriculteurs qui demeurent dans de moins grandes com
supérieurs deviennent eux-mêmes cadres supérieurs, cela munes [3].
n'est observé que pour 18 % des filles de la même origine. Ces biais ont paru suffisamment importants pour qu'on Le maintien des situations acquises par l'activité profes compare les résultats nantais sur le choix du conjoint à sionnelle s'opère donc moins bien pour les filles que pour ceux de la France entière et des États-Unis 7, ceci afin les garçons. de vérifier que Nantes ne constitue pas un cas original
au point de compromettre les conclusions portant sur la C'est pourquoi le mariage de la fille demeure important
relation entre dot scolaire et stratégie matrimoniale. pour la lignée familiale, le choix du mari offrant également
une possibilité de mobilité sociale2. Par son mariage, la
femme passe, en effet, du statut de « fille de » à celui de * François de Singly est enseignant à PUER de Sciences humaines de l'Université de Nantes. « de », tandis que l'homme conserve, à cette occa Les chiffres entre crochets renvoient à la bibliographie. 1. Lorsqu'elles occupent un emploi. En 1975, 56 % des femmes mariées ne sion, la même identité, le changement principal ayant lieu, travaillent pas (INSEE, enquête emploi, avril-mai 1975). pour lui, quand il occupe un emploi. 2. Alain Girard a resitué le choix du conjoint dans la problématique de la mobilité sociale dans la préface intitulée « Choix du conjoint et mobilité sociale » de la nouvelle édition de son ouvrage [2]. Après avoir examiné l'ampleur et la nature de cette 3. Les stratégies matrimoniales font partie des stratégies de reproduction définies comme des « séquences objectivement ordonnées et orientées de pramobilité sociale de la femme par le mariage, nous montre tiques que tout groupe doit produire pour se reproduire en tant que groupe »[1], rons en quoi la stratégie matrimoniale3 qui produit cette 4. La perspective adoptée dans cet article pour étudier le mariage de la femme est celle des intérêts sociaux en jeu de sa lignée familiale, notamment en relation mobilité implique une stratégie d'investissement scolaire, avec les investissements scolaires. Ce point de vue n'est pas celui présenté dans « Mariage et divorce : l'impasse à double face », Les Temps modernes, 1974, visant à faire en sorte que le choix du mari soit le plus favo n°* 333-334, p. 1815-1829, qui analyse les effets différentiels du mariage pour la rable possible à la lignée familiale4. femme et pour l'homme. Comparant la carrière du mari à celle qu'il aurait eue en étant célibataire et celle de la femme mariée à celle qu'elle aurait eue en restant célibataire, l'auteur estime que « le mariage amène une mobilité L'approche adoptée étudie les relations entre dotation descendante de la femme et au contraire une mobilité ascendante de l'homme ». scolaire de la fille, stratégie matrimoniale et choix du mari. 5. Une première exploitation de ce tableau a été publiée dans Statistique et développement (revue de la direction régionale de Nantes de l'INSEE), F. de Singly, Dans ce but, on met en regard le groupe socioprofessionnel « Le mariage : une redistribution sociale », 1975, n" 19. Pour les résultats concernant l'objet propre de l'enquête, voir N. Constant, du père, celui du mari et l'âge de fin d'études de l'épouse. « La femme mène difficilement de front vie familiale et activité professionnelle », Statistique et développement, 1974, n° 14. Les données utilisées dans cet article sont tirées d'une 6. Les remarques qui suivent ne valent que pour les salariés. enquête du service des études de la direction régionale de 7. Nous avons procédé à une exploitation secondaire des tableaux d'A. Girard, « Le choix du conjoint » [2] et de N. Glenn, A. Ross, et J. Tully, « Patterns of l'INSEE des pays de la Loire sur le travail professionnel de intergenerational mobility of females through marriage », American Sociological la femme5 et ne concernent que les femmes6 de l'agglomé Review, 1974, n° 39. Ces tableaux croisent les catégories socioprofessionnelles du père de l'épouse et de l'époux. Faute de place ces comparaisons n'ont pas été ration nantaise (encadré, page 34). insérées dans la version définitive de cet article.
88 L'ENQUÊTE EMPLOI FÉMININ
C'est une enquête de type local, réalisée à la fin de l'année 1972
par la direction régionale de l'INSEE et l'échelon régional de
l'Emploi de Nantes. Elle porte sur un échantillon d'environ groupe familial de la fille. « L'ascension de certaines familles 2 000 femmes de 17 à 55 ans, représentatif de femmes de cet
s'explique par une stratégie résolue d'alliances matrimonâge dans l'agglomération nantaise.
iales » souligne J. Schumpeter [5].
L'échantillon se décompose en trois groupes de femmes, définis
en fonction de leur situation lors de l'enquête : Pour assurer la continuité de la famille, deux stratégies
sont possibles : se marier dans son milieu et ainsi maintenir • celles qui ont un emploi,
la position acquise ou s'élever par le mariage et amél• celles qui ont eu un emploi,
iorer cette position. La régression familiale qui se produit • celles qui n'ont jamais eu d'emploi. quand l'alliance est conclue entre une fille et un homme
moins bien placé socialement que son beau-père ne peut-être A chaque groupe correspond un questionnaire spécifique, mais
toutes les femmes ont eu à répondre à des questions communes assimilée dans ces conditions à un projet familial original, portant sur leur âge, les enfants, la formation générale et profes elle est l'échec d'une stratégie de reproduction. Avant sionnelle, l'origine sociale, la catégorie socioprofessionnelle d'en arriver là, tout porte à croire que bien des essais du mari.
(de récupération) ont été effectués pour substituer à la dot C'est à partir de ces données, et en se limitant aux femmes initiale défaillante une dot de remplacement, à moins que, mariées, que les résultats présentés ici ont été obtenus.
par exemple, par une « faute » (mère célibataire) la fille
n'ait été bannie du groupe familial ou qu'elle ne s'en soit
exclue elle-même (enfant prodigue).
Enfin, toute étude de la mobilité sociale (par le mariage
ou par le travail) est soumise à certaines contraintes métho
dologiques [4]. L'observation des mouvements sociaux
par le mariage a nécessité, en outre, la définition d'hypo Les contraintes de la structure thèses supplémentaires (encadré, p. 36).
des emplois
Mais le choix du conjoint n'est pas seulement déterminé
par les stratégies de placement matrimonial, il l'est aussi
par l'évolution des structures de la population active
(diminution du nombre des agriculteurs et croissance de
l'importance des employés, par exemple); les marges du fruit matrimoniale Le choix d'une du stratégie mari, tableau 2 représentent les contraintes de la structure sociale
qui doivent nécessairement être prises en compte par les
projets familiaux. î
Quelles que soient les stratégies familiales des divers
groupes sociaux, seules 119 pourront s'achever par une
alliance avec des hommes cadres supérieurs. Aussi, pour
Sur les 1 068 cas examinés, pour l'agglomération de Nantes mieux saisir les formes dominantes des projets, use-t-on
(tableau 1), 387 couples sont homogames (diagonale du d'un modèle de référence qui est nommé dans les travaux
tableau), c'est-à-dire que le mari appartient au même groupe sur la mobilité par le travail, modèle de la mobilité parfaite
socioprofessionnel que son beau-père. Tous les autres ou pure, et ici, modèle de la panmixie [6]. Il n'est pas utilisé
sont hétérogames; ainsi parmi les 486 filles d'ouvriers, pour mettre en valeur l'écart entre la réalité du mariage
3 ont épousé un agriculteur, 22 un patron, 59 un employé, et un idéal de l'égalité des chances dans le choix du conjoint
99 un cadre moyen et 26 un cadre supérieur. mais pour pouvoir comparer les poids des différentes stra
tégies à un modèle hypothétique d'absence de stratégie Les deux tiers des femmes mariées ont donc épousé
matrimoniale. Dans le modèle de la panmixie, pour toute un conjoint dont la définition sociale n'est pas identique
fille le choix d'un mari est indépendant de la position sociale à celle de leur père, proportion qui tempère « l'évidence »
de son père, il ne dépend que des contraintes liées à la de l'homogamie. Le mariage redistribue les filles dans l'espace
structure de la population active et à ses transformations : social, dont les frontières ne sont pas nécessairement
une fille d'ouvrier a autant de chances d'épouser un homme intraversables, même si leur degré de perméabilité varie
cadre supérieur qu'une fille d'employé ou même qu'une fortement.
fille de cadre supérieur. Le modèle de référence définit Le registre de la norme sociale, à savoir que les contraintes donc une matrice où seules interviennent les contraintes sociales pèseraient sur les mariages homogames et s'all de la structure sociale des pères et de la structure sociale égeraient au fur et à mesure qu'on s'en éloignerait, doit être des maris et d'où sont exclus les projets familiaux (encaabandonné au profit d'une théorie du projet familial. Si le dré, p. 40). choix du conjoint est une stratégie mise en œuvre pour
défendre les intérêts de la lignée familiale et l'intégrité de Reste le problème de la variation des marges du tableau
son patrimoine, le mariage hétérogamique n'apparaît plus qui reflète les changements survenus sur le marché de
comme une anomalie; il peut traduire un profit pour le l'emploi entre la génération des pères et celle des maris.
34 TABLEAU 1 N. Catégorie
>^ socio- \. professionnelle Le choix du conjoint dans N. du mari
Cadre Cadra l'agglomération nantaise
Patron Ouvrier Employé Total
culteur moyen supérieur
Pour les filles de salariés Catégorie socio- \^ \
professionnelle \ du père \> Mariage homogamique
Mariage hétérogamique : Agriculteur 11 24 105 22 28 4 194
Ascension par le mariage /
Régression par le \ Patron 3 13 53 10 42 23 144
■ Autre mobilité
3 ' 22 " Ouvrier 277 486 59/ 99/ 26/
Total Agri 0 ' 5 ■ Employé 19 86 29\ 14/ 19/
o ■ 8 " 37 100 22\ 11\ 22/
5 ■ o ■ Cadre supérieur 30 58 4\ 3\ 16\
77 17 490 124 241 119 1068
Si la différence entre les distributions marginales implique plus haut que leur père et un dixième avec un homme dont
nécessairement une « mobilité structurelle »; toutes les la position sociale est moins bonne que celle du père. Mais
filles d'artisans et de commerçants (144) ne pourront pas que se serait-il passé dans un monde où ne régneraient
épouser des artisans et des commerçants (77), ce concept que les contraintes imposées par la structure du marché
de mobilité structurelle, tout comme celui de mobilité du travail? Seulement un peu plus d'un tiers des mariages
aurait été homogame, un autre tiers aurait entraîné une nette, qui, au contraire, fait abstraction des contraintes
structurelles, ne peuvent pas pour autant servir dans une mobilité ascendante des femmes et deux dixièmes une
étude centrée sur les stratégies matrimoniales. « II est descendante.
impossible de distinguer parmi les mobiles ceux qui sont Si on rapporte la distribution observée à la distribution nets et ceux qui sont structurels (...) La distinction n'a pas théorique obtenue avec le modèle de référence, on s'aperde sens au niveau individuel » [7]; il est donc vain de cher çoit que la stratégie de maintien de la position familiale cher à séparer les familles « contraintes » par les changements l'emporte (tableau 2), puisque le rapport entre la distrde la structure du travail et les autres. On ne peut que ibution observée et la distribution théorique est de 1,40. saisir la manière dont les lignées familiales essaient La continuité familiale par le mariage de la fille s'effectue de conclure au mieux les alliances matrimoniales dans le donc plutôt sans mobilité. Mais si le changement se produit, cadre de cette structure des emplois. celui-ci manifeste davantage une amélioration familiale
qu'une détérioration, le nombre des ratés stratégiques
étant presque de moitié inférieur (11,7) à celui estimé
par le modèle de référence (19,7). En termes de mobilité, Amplitude et directions
le choix du mari se traduit donc par une plus forte tendance de la mobilité féminine à l'immobilité sociale de la fille qu'à la mobilité et une plus
forte tendance à la mobilité ascendante qu'à la mobilité
Quel est le poids respectif des deux formes de placement descendante. Traitées de façon identique, les enquêtes
matrimonial (maintien ou amélioration) des filles? Quelle France entière et États-Unis donnent des résultats très
est l'importance du raté stratégique? Pour les familles de proches ; ainsi les rapports pour la France sont 0,7
salariés, la moitié des filles réalise un mariage homo- pour la régression par le mariage; 1,4 pour l'immobilité
game, un tiers se marie avec un homme situé socialement et 0,8 pour l'ascension.
MOBILITÉ FÉMININE ET DOT SCOLAIRE 35 SOCIALE RETENUE : HYPOTHÈSES L'ÉCHELLE
Au nombre de cinq, ces hypothèses ont été élaborées dans le but de Mari pouvoir juger des mouvements sociaux à l'occasion du mariage et cadre sont schématisés par le tableau ci<ontre. mari supérieur — L'existence d'une échelle sociale unique pour tous les groupes
sociaux. Tous les agents sociaux sont situés sur la même échelle, £ Mari Mari par seul le barreau sur lequel ils sont change. Le jeu social de la mobilité + cadre cadre + est d'essayer de changer de barreau (si origine sociale « basse ») moyen supérieur 0 ou de rester sur le même (si origine sociale « haute »). scensi
Mari Mari Mari — L'ordre des barreaux de l'échelle. Les quatre catégories de cadre cadre + salariés considérés sont hiérarchisées « de haut en bas » : cadres employé moyen supérieur supérieurs, cadres moyens, employés, ouvriers. Immob<
— L'identité des écarts entre les barreaux. La distance sociale Mari Mari ilité Mari Mari entre l'ouvrier et l'employé est la même que la distance entre l'employé 0 cadre cadre ouvrier employé supérieur et le cadre moyen... moyen
— La réversibilité des écarts entre les barreaux. La distance sociale Mari Mari Mari qui sépare l'ouvrier de l'employé est la même que celle qui sépare 8. cadre maria l'employé de l'ouvrier. Monter d'un barreau ou en descendre un, ouvrier employé moyen constitue le même exercice \ e 1 — La stabilité temporelle de l'échelle sociale. L'employé d'au Mari Mari par . jourd'hui occupe la même position sociale que l'employé d'hier. Entre ouvrier employé la structure active des pères et celle des maris — hormis le poids ion
jress des groupes qui varie — l'échelle sociale ne change pas. Elle conserve
les mêmes barreaux, dans le même ordre et avec les mêmes écarts; Mari et à chaque barreau est attaché le même « sens » social 2. - ouvrier
1. Ce postulat est, bien sûr, à nuancer dans la mesure où, au contraire, Père Père Père Père la vision sociale « d'en haut » et « d'en bas » varie fortement avec la posi cadre cadre tion occupée dans l'échelle sociale. ouvrier employé moyen supérieur 2. Sur la critique de ce postulat, voir [14].
TABLEAU 2
Mouvements Autre Régression Immobilité Ascension Total mobilité ' matrimoniaux : Mobilité
des filles de salariés
par le mariage
Distribution observée (%).. 11,7 49,7 32,8 5,8 100
Distribution théorique 2(%). 19,7 35,9 35,6 8,8 100
Rapport3 0,6 1,4 0,9 0,7 1
1. L'autre mobilité est définie par le mariage des filles de salariés avec des agriculteurs ou des patrons de l'industrie et du commerce. 2. La distribution théorique est celle que l'on aurait si le choix du mari par une femme ne dépendait que des contraintes de la structure de la population active (encadré, p. 3). 3. Le sens de ces rapports doit se comprendre de la façon suivante : si, r = 1, le nombre de mariages des femmes d'une origine sociale donnée avec des maris de la même origine correspond au nombre de mariages qui seraient déterminés par les seules contraintes marginales. Quand r >. 1, la fréquence des cas observés traduit l'importance de cette forme de stratégie matrimoniale (dans ce tableau, c'est le cas pour l'immobilité). Quand r -c 1, il y a refus de cette stratégie.
36 TABLEAU 3 Régression Ascension
Distance sociale
parcourue
par les filles de salariés -• - - - - Distance parcourue ' + + + + + à l'occasion +
de leur mariage
0,6 3,4 7,7 Distribution observée 13,7 15.5 3,6
%
Distribution théorique2 3,6 8.2 8.9 11.9 16,3 7,4
o/ /o
Rapport 3 0,9 1,1 0,9 0,5 0,2 0,5
1. La distance parcourue est définie grâce à l'échelle sociale représentée dans le tableau de l'encadré, page 2. Ainsi un signe +, correspondant à une petite ascension, recouvre tous les cas de mariage suivants : filles d'ouvriers avec employés, filles d'employés avec cadres moyens et filles de cadres moyens avec cadres supérieurs. 2. Voir note 2, tableau 2. 3. 3, 2.
C'est sans doute qu'indépendamment même du montant matrimoniales avantageuses pour la lignée. Autrement
de la dot (voir infra) nécessaire pour contracter une bonne dit, les systèmes de freinage sont sans doute socialement
plus perfectionnés que ceux d'accélération. alliance, tout n'est pas possible. La faiblesse de la mobilité
sociale par le mariage ne s'explique pas seulement par le Plus précisément, les groupes familiaux des cadres supécoût des projets familiaux. Réussir à conclure un mariage rieurs se différencient des autres groupes de salariés par ne suffit point, encore faut-il que ce mariage réussisse [8]. un niveau très élevé de stabilité matrimoniale (le rapport Les contraintes du bon fonctionnement conjugal intervien du flux observé au flux théorique étant de 4,6 dans ce cas nent : les rapports conjugaux ne doivent pas reposer sur contre 1,6 pour les filles de cadres moyens, 1,9 pour les des conjoints trop dissemblables sinon leurs relations se filles d'employés et 1,2 pour les filles d'ouvriers) mais cette détériorent [9]. L'harmonie conjugale impose toujours particularité traduit un effet de position, puisque, tout au une certaine homogamie 8. Impossibles à séparer dans la moins dans le découpage retenu, c'est la seule stratégie réalité du choix du conjoint, ces deux composantes de toute possible, l'ascension par le mariage étant impossible alliance matrimoniale — les coûts du projet familial et les (tableau 4). contraintes du fonctionnement conjugal — contribuent
Pour les filles de cadres moyens le rapport du flux observé à donner à la mobilité sociale de la femme par le mariage
au flux théorique en cas de maintien de la lignée familiale une fréquence réduite, et quand la mobilité se produit
(1,6) est plus faible que le rapport relatif aux alliances favoune amplitude limitée.
rables à la lignée (2,0). C'est le seul groupe social où la
mobilité ascendante est plus élevée (comparativement au
modèle de référence) que l'immobilité. La relation inverse
entre fréquence et longueur des trajets ne se remarque
Attractions et répulsions matrimoniales pas chez les filles d'employés ; le rapport pour les mariages
avec des cadres supérieurs (1,5) est plus élevé que celui des groupes sociaux
pour les alliances avec des cadres moyens (1,0). Par contre,
cette relation inverse est bien respectée chez les filles
d'ouvriers où la valeur du rapport flux observé sur flux Quand on la mesure approximativement, la distance
théorique est d'autant plus faible que le groupe social des parcourue à l'occasion des mariages hétérogames est courte.
Les trajets des femmes dans l'espace social, quand ils existent, maris est situé plus loin, dans l'échelle sociale, du groupe
des pères. ne sont pas très longs; plutôt un pas que deux ou trois.
Les rapports des flux observés de mobilité aux flux théo
riques décroissent quand la distance entre la classe d'origine
8. On fait l'hypothèse que des couples à forte hétérogamie sociale ou cultuet l'appartenance sociale d'arrivée s'accroît (tableau 3) et relle doivent être, sous un autre rapport, à homogamie, par exemple, religieuse ou politique; inversement, les couples sans distance sociale ou culturelle tous les rapports obtenus par les mésalliances (à distance peuvent s'autoriser des écarts dans d'autres domaines. Les distances conjugales estimée équivalente) sont plus faibles que ceux des alliances seraient compensées par des proximités.
MOBILITÉ FÉMININE ET DOT SCOLAIRE 37
6 7 671010 5 50 4. Distance parcourue, par le mariage, selon les groupes sociaux TABLEAU
Régression Immobilité Ascension
Autres
mobilités _____ i - - + + + + + +
Mari Mari Mari Pire cadre Mari Mari cadre agriculteur cadre ouvrier employé supérieur moyen supérieur ou patron
Flux obser
6,9 5.2 27,6 51,7 8,6 vé
Flux théorique* 45,9 11.6 22,6 11,1 8,8
Rapport •. . 0,1 0,4 1.2 4,6 1,0
Mari Mari Mari Mari Mari Pire cadre cadre agriculteur cadre moyen ouvrier employé moyen supérieur ou patron
Flux obser
vé 22.0 11.0 37.0 22,0 8,0
Flux théori
que 45,9 11,6 22.6 11.1 8,8
Rapport 0.5 0,9 1,6 2.0 0.9
Mari Mari Mari Mari Mari agriculteur Père employé cadre cadre ouvrier employé moyen supérieur ou patron
Flux obser
vé 33,7 22,0 22,0 16.2 6,1
Flux théori
que 45,9 11,6 22.6 11.1 8,8
1.9 Rapport . . 0,7 1,0 1,5 0,6
Mari Mari Mari Mari Mari cadre agriculteur Pire ouvrier cadre ouvrier employé moyen supérieur ou patron
Flux obser
57.0 12,1 20.3 5.3 5,3 vé
Flux théori
que 45,9 11,6 22.5 11,1 8,8
1.2 1,0 0.9 0,5 Rapport. . . 0,6
1. Pour la compréhension des distances sociales correspondant à cas signes, se reporter à la note 1 du tableau 3. 2. Voir note 2, tableau 2. 3.3, 2.
38 GRAPHIQUE I
Attractions et répulsions matrimoniales
entre les groupes sociaux
Chaque groupe social peut être caractérisé, très sommai
rement, par la nature de ses relations matrimoniales avec
les autres groupes. On construit un schéma appelé « socio-
gramme », pour chaque groupe social, dont les choix
matrimoniaux reflètent les stratégies dominantes de plac
ement des filles. Sur celui-ci figurent aussi bien les « rejets »
que les « choix positifs ». Les profils ne peuvent se confondre
même s'ils sont sans surprise. Les deux groupes situés
aux extrêmes de l'échelle sociale des salariés — les ouvriers ouvrier cadre supérieur
et les cadres supérieurs — se caractérisent par le fait
qu'aucun groupe, sinon le leur, n'entre dans leur zone
de forte attraction matrimoniale. Par contre, ils se démar
quent par leurs exclusions : pour les filles de cadres supé
rieurs, rejets des maris employés ou ouvriers; pour les
filles d'ouvriers, rejets des hommes cadres supérieurs.
Les régions matrimoniales attractives des groupes interméd
iaires — les employés et les cadres moyens — ne sont pas
désertes; elles comprennent les hommes cadres supérieurs
(graphique ci-contre).
LEGENDE
la préparé Le dotation projet par matrimonial scolaire
2
Le caractère fort ou faible des mouvements matrimoniaux entre les grou
pes sociaux est déterminé à partir du rapport entre le flux observé et le flux
théorique (voir tableau 5) et du choix d'une valeur-seuil pour chaque Si, comme on en a fait l'hypothèse, le placement de la cas : fille par le mariage est l'objet d'un projet matrimonial,
— forte attraction; au-dessus de 1£; ce dernier n'est lui-même que l'aboutissement d'une série — faible attraction : de 1 ,2 à 1 ,4; de stratégies de dotation. —répulsion : de 0,6 à 0,8;
— forte : moins de 0,5.
Toutes les valeurs qui se situent entre 0,8 et 1,2 sont considérées comme
moyennes et ne sont pas représentées sur le schéma {par exemple,
entre cadres moyens et employés). La dot scolaire des filles...
La formation scolaire féminine, désormais aussi impor
tante que celle des garçons occupe une place croissante dans Cette variation entre titre scolaire et situation profession
la dot de la femme. Mais pour un niveau scolaire équivalent, nelle suivant le sexe est pressentie très tôt par les parents
quels sont les destins professionnels des filles et des gar puisque dès la fin du 1 *r cycle secondaire, ceux-ci appréhen
çons? En premier lieu, même quand les femmes ont un dent que la relation entre succès scolaire et réussite profes
diplôme élevé, toutes ne l'utilisent pas : ainsi, 41 % de celles sionnelle est nettement plus forte pour les garçons que pour
qui sont mariées et dont le niveau est supérieur au bacca les filles [12].
lauréat ne travaillent pas professionnellement [18]. Ensuite, Le projet d'une lignée familiale quant au mariage de sa ou parmi celles qui travaillent, la « rentabilité » de leurs de ses filles ne serait donc pas indépendant de sa propension diplômes est moins importante que pour les hommes. Avec à l'investissement scolaire. C'est cette relation qu'il importe le niveau du baccalauréat, 65 % des filles deviennent cadres d'analyser maintenant. moyens contre 46 % des garçons, mais 6 % seulement
d'entre elles rentrent dans la catégorie cadres supérieurs Mais auparavant, une question de méthode se pose, car
pour 21 % des garçons [17]. dotation scolaire (encadré, p. 41) et placement matrimonial se
MOBILITÉ FÉMININE ET DOT SCOLAIRE 39
6. LE MODÈLE DE RÉFÉRENCE
Le modèle de référence correspond à une situation hypothétique
dans laquelle l'élection du mari par une femme est complètement
indépendante de la position sociale du père de cette femme et
dans laquelle cette élection dépend exclusivement des contraintes TABLEAU 5 : - •:•.:<,. v de la structure de la population active.
Les couples sont constitués comme un échantillon tiré au hasard Age moyen de fin d'études et mobilité de la femme dans deux urnes, avec pour seules déterminations les deux struc
tures socioprofessionnelles, celle des pères des filles et celle des par le mariage
maris. La proportion des couples composés d'un homme de la caté
gorie i et d'une femme dont le père est de la catégorie j sera égale au
produit des proportions des hommes i dans l'ensemble des hom
mes par la proportion des j dans des hommes. ^Vs\s^ Mobilité
A partir des marges d'une matrice de mariages observés on établit Régression Immobilité Ascension
une matrice théorique dans laquelle le nombre p.ij correspondant Catégorie du sociale père ^~Svv. ^s. N^ à la case « mari i, père j » est calculé d'après la relation
P i j __ t. x t, — — — — où tj est le nombre total de maris de la catégorie
i , t . celui des pères des femmes de la catégorie j et T le total général. Cadre supérieur 19,0 20,1
Par exemple, le nombre théorique des couples composés des filles
de cadres supérieurs et de maris cadres supérieurs est 6,5 et Cadre moyen. 15,3 17,6 19,3
celui des couples composés de filles de cadres supérieurs et de
maris ouvriers est de 26,6 1. Chacune des lignes du tableau 15,7 Employé , . . 15,2 18,1
théorique correspondant au tableau 1 est identique à la marge
du bas qui représente la « chance » moyenne d'avoir tel mari. Ouvrier 14,8 15,9
La confrontation des effectifs observés aux effectifs théoriques
permet d'approcher les formes dominantes des stratégies famil
iales. Cette comparaison peut s'exprimer au moyen de coeffi
cients qui « rapportent les flux réellement observés aux tailles
relatives des catégories qu'ils relient, ce qui revient à les rapporter
aux flux théoriques » [15].
• Si la valeur du rapport effectif observé sur effectif théorique ... un investissement rentable est égale à 1,1e nombre de mariages des femmes dételle origine
sociale avec tels maris correspond au nombre de mariages
qui seraient déterminés par les seules contraintes marginales. Sous couvert de rationalité, certains esprits déplorent
• Quand la valeur du rapport dépasse 1, la fréquence des cas le gaspillage entraîné par une scolarisation poussée des
observés traduit la force de cette forme de stratégie matrimon filles; à quoi bon puisque l'investissement n'est pas rentabiale. Si cette valeur correspond à des couples de même milieu, ilisé par une vie active aussi brève. C'est que la logique c'est l'effet d'un projet de maintien de la lignée familiale; et interne au groupe familial est tout autre. Même non explisi elle correspond à des couples de milieux différents, c'est soit
l'effet d'une stratégie d'ascension sociale, soit l'échec d'une cités, les motifs d'une telle dotation scolaire pour les filles ne
stratégie de stabilité domestique. sont pas irrationnels. Consentir à investir scolairement pour
• Quand la valeur du rapport est inférieure à 1, la fréquence une fille qui sera pourtant très peu « active » ne figure pas
des cas observés traduit un refus de cette forme de projet familial. nécessairement dans les comptes de la lignée au titre des En reprenant l'exemple des filles de cadres supérieurs, 6,9 % dépenses ostentatoires ou ne traduit pas une prodigalité se marient avec des ouvriers, alors que la distribution théorique familiale. Car, au moyen de sa dot scolaire la fille peut sur donne 45,9 %, le coefficient est donc de 0,15. Pour celles qui se
marient avec des cadres supérieurs, on obtient les chiffres res le marché matrimonial obtenir une position sociale qui
pectifs suivants : 51,7 %, 11,2 % et 4,62 de coefficient. Pour maintiendra ou améliorera la pente de la lignée familiale. cette catégorie sociale, la stratégie de stabilité familiale — A l'intérieur d'une classe sociale, les différences repérée par l'immobilité de la fille par le mariage — est nette entre les groupes familiaux quant à la dotation scolaire ment mise en œuvre.
de leurs filles se retrouveraient donc, tout au moins
en partie, au moment de la conclusion des alliances matri
moniales. C'est ainsi que les filles qui par leur mariage 1. Chiffres obtenus en multipliant les deux valeurs observées des réalisent une amélioration des lignées familiales, se distimarges correspondantes, soit 58 et 119, soit 58 et 490, et en divisant par le nombre total des couples 1 068. ngueraient de celles qui sont immobiles par un meilleur
avoir scolaire; et inversement les filles dont le mariage
traduit une régression sociale disposeraient d'une moindre
dot que les femmes homogames ou a fortiori les femmes en
ascension sociale par le mariage.
déroulent dans le temps. L'idéal, afin de saisir leur interrela Les données nantaises viennent tout à fait à l'appui
tion, serait de reconstituer des histoires matrimoniales qui de cette hypothèse : pour chaque groupe social, les filles qui
comprendraient pour chaque lignée la succession réelle en contractant l'alliance effectuent une mobilité ascendante
de tous les mécanismes de dotation précédant le mariage disposent d'un meilleur niveau scolaire que les filles qui
des filles. Il semble néanmoins possible d'approcher ce sont immobiles ou en mobilité descendante (tableau 5).
cheminement dans l'enquête nantaise, malgré les limites Un an de scolarité sépare dans la classe ouvrière les femmes
inhérentes à toute enquête transversale [10], en mettant mobiles par leur mariage (15,9) et les femmes immobiles
en regard l'âge de fin d'études de la fille, « l'investissement (14,8). A la suite de leur mariage, les filles de cadres moyens
scolaire », et la distance parcourue entre la position sociale en ascension sociale ont une dot supplémentaire de quatre
du père et celle du mari. années de scolarité (19,3) par rapport aux filles de même
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