Notes sur la topographie de l

Notes sur la topographie de l'ancienne Kandahar - article ; n°1 ; vol.13, pg 33-57

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Arts asiatiques - Année 1966 - Volume 13 - Numéro 1 - Pages 33-57
25 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Ajouté le 01 janvier 1966
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Gérard Fussman
Notes sur la topographie de l'ancienne Kandahar
In: Arts asiatiques. Tome 13, 1966. pp. 33-57.
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Fussman Gérard. Notes sur la topographie de l'ancienne Kandahar. In: Arts asiatiques. Tome 13, 1966. pp. 33-57.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/arasi_0004-3958_1966_num_13_1_946NOTES SUR LA TOPOGRAPHIE
DE L'ANCIENNE KANDAHAR
par Gérard FUSSMÀN
En février 1964, M. A. A. Motamedi, Directeur Général du Service des Antiquités
d'Afghanistan, demanda à M. Le Berre, architecte de la Délégation Archéologique
Française en Afghanistan, et à moi-même de l'accompagner à Kandahar où avait été
trouvée une inscription grecque d'Asoka (1). L'étude que l'on va lire ci-dessous est le
résultat d'une prospection de surface menée du 22 au 28-11-1964 sur les ruines de
l'ancienne Kandahar (2) par M. Le Berre et moi-même. Aux observations sur le terrain
s'est ajouté à Caboul l'examen de photographies aériennes à grande échelle prises par
la compagnie Fairchild pour le compte du gouvernement afghan et aimablement
mises à notre disposition par M. le Ministre des Mines (3). Il a ainsi été possible
de discerner les diverses phases de la vie du site et d'en suivre les agrandissements
successifs. L'absence de toute fouille fait que la chronologie relative que nous proposons
n'a qu'une valeur de vraisemblance.
I. Description d'ensemble
A l'Ouest de la ville moderne, au pied d'un éperon rocheux, le Qaitul, dont la
route Kandahar-Hérat longe l'extrémité Nord, s'étend un vaste champ de ruines
(1) Cette inscription a été publiée par M. D. Schlumberger, Comptes Rendus de l'Académie des Inscriptions
et Belles-Lettres, séance du 22 mai 1964, avec des observations de M. L. Robert.
(2) Nous adoptons l'orthographe pa^tu Kandahar. Qandahar est l'orthographe du persan. On pourra lire
avec profit, sur l'ancienne et la nouvelle Kandahar,les quelques pages que K. Fischer a consacré à ce sujet :
« Kandahar in Arachosien », Wissenschaflliche Zeitschrift der Martin-Luther- U niversital Ilalle-Wittenberg, VII,
1958, pp. 1151-1164. On y trouvera dans les notes 1, 2 et 13 les éléments d'une bibliographie du site, à laquelle
on doit toutefois ajouter l'article Kandahar dans l'Encyclopédie de l'Islam, Ie éd., par M. Longworth Darnes.
Pour une description de la ville au début du xixe siècle, voir Masson, Narrative of various journeys in Balochislan
Afghanistan and the Panjab, Londres, 1842, I, pp. 279-282 ; pour une description des mines, voir Bellew, Journal
of a political mission to Afghanistan in 1857, Londres, 1872, pp. 232-233 et Le Messurier, Kandahar in 1879,
Londres, 1880, pp. 245-246.
(3) Nous voudrions remerceir S. E. M. le Ministre des Mines et M. Said Hachern Mirza, Directeur au
Ministère des Mines, qui nous ont toujours facilité l'accès et l'emploi des photographies aériennes dont nous
avions besoin. g En Ann fussman 34
connu sous le nom de Sahr-i Kohna, « la vieille ville » (PI. IV) : c'est le site de l'ancienne
Kandahar, déserté depuis plus de deux siècles (1), et dont les traces sont condamnées
à bientôt disparaître. Depuis l'abandon du site, en effet, les paysans viennent y chercher
de la terre d'amendement pour les champs. Sitôt qu'à la suite de ce travail continuel
de fouille (2) une partie du site a été arasée jusqu'au niveau des terres irrigables, elle
est remise en culture. On distingue ainsi sur la vue panoramique de la PI. VII, à l'inté
rieur même des anciennes murailles, des champs labourés entourés de surfaces rongées
par la fouille. Et cependant les ruines surprennent encore par leur ampleur.
Elles commencent dès que, quittant la route Kandahar-Hérat. on prend le sentier
semi-carrossable J qui longe la face Est du Qaitul (Plan I). Un premier champ de
ruines s'étend jusqu'aux murailles de la ville ancienne et est signalé sur le plan par un
quadrillé oblique et la lettre G. Toute cette partie du site est aujourd'hui soit couverte
de maisons, soit mise en culture (PI. V et VI). Il est sûr cependant que nous avons là
les décombres d'un faubourg antique, probablement pré-islamique : çà et là subsistent
des pans de muraille en briques de grandes dimensions (en moyenne 40x40x9 cm.)
ou en pakhsa (pisé) d'aspect fort ancien ; ailleurs des tombes musulmanes modernes
sont couvertes de grandes briques antiques en remploi (mêmes dimensions) posées
l'une contre l'autre à la façon d'un faîte. Les paysans continuent à prélever de la
terre et c'est ainsi que, tout près de la grotte de Cehel Zina (3) dont l'emplacement
est indiqué par la lettre G, a été découverte en 1958 une inscription rupestre en
grec et araméen d'Asoka (I) (4). La présence à cet endroit de cette inscription laisse
supposer que nous sommes sur l'une des voies d'accès antiques de la cité.
Pour aborder la ville proprement dite (A), il faut franchir un très large fossé (3)
creusé à une telle profondeur qu'il fait office de drain et est encore partiellement
sous eau. Une large brèche s'ouvre dans l'enceinte, qui laisse passer le sentier J. On
a alors devant soi un spectacle de désolation. Le sol, là où il n'est pas cultivé, est criblé
de mille trous, jonché de tessons et de débris de toutes sortes et de toutes époques. Les
ruines sont à ce point rongées, le sol bouleversé que des remparts il ne reste qu'une
masse informe où l'on ne peut distinguer ni portes (5) ni tours, et dont le couronnement
semble avoir entièrement disparu. Au milieu des ruines s'élève un énorme tépé (B)
qui portait la citadelle. Gontre sa face Sud, entourée de champs, une petite ziya-
rat (II) (6) : c'est là qu'un paysan avait apporté l'inscription d'Asoka découverte
(1) Depuis la prise de la ville par Nadir Shah en 1738. Sur cet événement, voir L. Lockhart, Nadir Shah,
Londres, 1938, chap. XI, pp. 111-120.
(2) Auquel nous sommes redevables des deux inscriptions d'Aioka découvertes à ce jour.
(3) On pourra lire l'inscription de Cehel Zina dans Darmesteter, J. A. 1890, 8e série, XV, pp. 195-230.
Voir aussi Beames, JEAS 1898, pp. 795-808 (non vidi).
(4) D. Schlumberger, L. Robert, A. Dupont-Sommer et E. Benveniste, J.A., 1958, pp. 1-48. L'inscription
vient d'être republiée par G. Tucci, U. Scerrato, G. Pugliese Carratelli et G. Garbini, A bilingual graeco-aramaïc
edict by Asolca, Série Orientale Roma, XXIX, 1964. On trouvera la nombreuse bibliographie rassemblée
par G. Pugliese Carratelli pp. 29-30 (texte grec) et G. Barbini p. 41 (texte araméen).
(fi) On remarquera cependant sur le Plan I trois brèches dans la muraille : une au Nord, une à l'Est et une
au Sud. Il est possible que ce soit là l'emplacement des portes principales. Mais le terrain est tellement bouleversé
que l'on ne saurait rien aflirmer.
(6) Tombe de saint musulman. NOTES SUR LA TOPOGRAPHIE DE L'ANCIENNE KANDAHAR 35
en 1964. Au Sud de la ville des murailles (1) escaladent la montagne et aboutissent à un
petit fortin qui domine toute l'étendue du site (PI. VIII, 1). Nous avons pu reconnaître
que c'était la réutilisation à l'époque islamique d'un stûpa et d'un monastère boud
dhiques antiques, marqués III sur le plan.
Le chemin J traverse la ville et en sort par une brèche du rempart Sud. On pénètre
alors dans une bande de terrain archéologique hors-les-murs, rendue sur le plan I par
un semis de petites croix marqué de la lettre D. C'est une série de mouton
nements dont la nature peut difficilement être précisée. On rencontre çà et là
des tombes islamiques d'aspect ancien, mais il ne semble pas que la seule existence
d'une nécropole puisse rendre compte de mouvements de terrain aussi accusés.
Là où les paysans retirent de la terre, on peut remarquer quelques traces de
murs. Aussi peut-on avancer l'hypothèse qu'il y avait là un faubourg de la ville,
recouvert à une date assez ancienne par un cimetière musulman. Ce pourrait
être contemporain de la ville préislamique.
II. La ville préislamkjue
Bien que la vieille ville de Kandahar ait été continuellement habitée jusqu'au
début du xvme siècle, il est encore possible de se former une idée de son tracé antique.
On en trouvera l'expression schématique dans le plan II. Les considérations suivantes
nous ont amené à juger d'époque préislamique un certain nombre de ruines. On est
d'abord frappé par l'ampleur et la régularité de tracé de certains ouvrages : la largeur
du fossé, sa profondeur, sont choses énormes ; les anciennes fortifications dont il ne
reste aujourd'hui que des vestiges affreusement dégradés sont d'une épaisseur et
d'une conception imposantes. Or ces parties qu'à cela seul nous aurions présumées
anciennes se trouvent bâties en grandes briques crues d'environ 40x40x 10 cm dont
on peut admettre qu'à l'époque ghaznévide l'usage a disparu d'Afghanistan (1).
Les murailles antiques étant certainement pré-ghaznévides (voir plus bas la description
de vestiges ghaznévides) il faut remonter assez haut pour trouver un pouvoir capable
d'élever un ensemble aussi puissant. Il nous est difficile de croire qu'après l'époque
kusane des travaux de cette importance aient été possibles. La présence d'inscriptions
d'Asoka nous assurant que la ville existait à l'époque grecque, il ne nous semble guère
vraisemblable que le système de remparts indiqué par le plan II soit autre que grec
ou kusan.
A l'époque préislamique nous avons donc à Kandahar (Plan II) :
1) une ville ceinte de murailles (1), entourée d'un large fossé (3) et dominée par
une citadelle (B) ;
(1) Sur la disparition de la brique crue de grandes dimensions en Afghanistan, voir D. Schlumberger,
Remparts de Dacires, p. 88 dans Dagens, Le Berre et Schlumberger, Monuments Préislamiques d'Afghanistan,
Mém. DAFA XIX, Paris 1964. GÉRARD FUSSMAN 36
2) deux extensions G et D dont la nature et l'âge ont été discutés plus haut ;
?>) un monastère bouddhique et son stupa (III) que nous décrirons plus loin.
Pour la ville proprement dite on distingue deux périodes. Une grande dépression
Est-Ouest, visible même sur les photos aériennes, coupe la ville en deux. C'est tout ce
qui subsiste d'un ancien tracé du fossé (4). Immédiatement au Sud de cette dépression
un mouvement de terrain très important cache sans doute la muraille que bordait ce
fossé. Nous restituerons donc un état A de la ville, désigné par un quadrillé oblique.
Le plan semble rectangulaire et, comme il est normal, la citadelle B occupe un des
angles (Nord-Est). La ville s'agrandissant, on entoura de murailles l'extension AA,
indiquée en larges hachures. Il est impossible de dire si le fossé 4 cessa alors d'être
en usage ou non.
Indiquons les limites de nos restitutions. Le rempart Ouest de l'extension AA
a presque entièrement disparu. Néanmoins l'alignement en est encore marqué sur les
vues aériennes et l'examen des chicots qui en subsistent ne laisse aucun doute sur son
ancienneté. Les mêmes vues aériennes ont aidé à restituer le tracé du restant de
l'enceinte. L'état de dégradation du site est tel que l'on ne peut estimer l'épaisseur
des murailles. Il est cependant loisible de constater que la muraille de la ville A était
bâtie de briques crues de grandes dimensions et fondée sur un énorme massif de pakhsa
(pisé) taluté extérieurement et formant glacis devant le fossé. Certains éléments de
cette muraille subsistent qui, bien que mangés intérieurement et extérieurement, ont
encore plus de quatre mètres d'épaisseur. Le rempart de l'extension AA semble
construit de la même façon, mais l'on y distingue des pans entiers bâtis de gros blocs
de pisé noyés dans un mortier de glaise où nous verrions volontiers des réfections de
date inconnue. Aux angles de l'enceinte, et à la jonction de A et de AA, se remarquent
les traces d'importants ouvrages trop ruinés pour qu'en puisse être précisée la nature
exacte. Rappelons que les murailles sont trop rongées pour qu'il soit possible d'y repérer
même une seule tour. Enfin il n'est pas possible d'assurer l'existence ou la non-existence
du fossé sur la face Ouest de la ville.
III. Le tépé central
L'énorme tépé central portait la citadelle. Il semble bien être entièrement arti
ficiel. C'est la carrière favorite des paysans en quête de terre et les contours en sont
tellement rongés qu'il nous a paru préférable de ne pas les restituer, même schémati-
quement, sur le plan II. Le travail continuel de récupération de matériaux a mis au
jour des pans entiers de muraille. Ainsi au Nord ont été dégagées la base d'une tour
ronde et une courtine bâties de lits successifs de pakhsa (PI. VIII, 2 et IX, 1). Le pied
de cette paroi est encore enseveli sous les déblais. La hauteur de ce qui en est visible
peut être estimé à une vingtaine de mètres. L'enduit a été appliqué par bandes étroites
au fur et à mesure de la pose de chaque lit de pakhsa, selon une technique que l'on NOTES SUR LA TOPOGRAPHIE DE L'ANCIENNE KANDAHAR 37
retrouve dans certains châteaux de l' Hindou- Kouch central (1) attribuables au
vi-vne siècles de notre ère.
Sur la face Est du tépé apparaissent d'imposants pans de murs en briques crues
de grandes dimensions (PI. IX, 2). Il semble que l'on puisse y voir la face extérieure
d'un énorme mur de soutènement contre-buté par une série de massifs rectangulaires
très rapprochés faisant office de contreforts. On note aussi, un peu partout, des él
éments bâtis de moellons ou de pierraille. La face Ouest du tépé est encore trop recou
verte de décombres pour révéler des détails intéressants. On y remarque beaucoup de
galets. Un sentier très raide l'escalade, qui permet d'accéder au sommet du tépé.
Là se dressent encore quelques arcatures du xvine siècle (PI. VIII, 2) (2).
IV. Le monastère bouddhique et son stupa
Au Sud de la ville se dresse sur un éperon rocheux (PI. X, 1) un monument que
l'on a longtemps pris pour un fortin islamique. Il s'agit en fait d'un stûpa en assez
mauvais état, flanqué au Sud par un monastère, les deux constructions ayant été
réoccupées, reliées entre elles, et incluses dans le système de défense islamique.
Du stûpa il subsiste encore les deux bases carrées de la face Est (PI. X, 2) (3) et
une partie du tambour circulaire. La maçonnerie extérieure des bases est faite de
pierres brutes liées par un mortier de terre (PI. XI, 1). Le tambour est constitué d'un
béton de pierres et de glaise revêtu d'un parement de gros moellons. Les intervalles
entre moellons sont occupés par de fines lamelles de pierre empilées horizontalement
(maçonnerie diaprée). On notera le léger encorbellement de la partie supérieure du
tambour (PI. XII, 1) dont le diamètre peut être estimé à dix mètres cinquante. On
ne remarque aucune trace d'effraction.
La raideur des pentes sur lesquelles s'accroche le stûpa fait que le seul accès pos
sible était à l'Ouest. Si, comme il est vraisemblable, un escalier menait à la plateforme
supérieure, il s'accrochait sur la face Ouest, maintenant cachée par un massif de
petites briques crues d'époque musulmane, de niveau avec l'étage (disparu) du monast
ère et reliant celui-ci au stûpa (PI. XI, 1). On y voit encore les restes d'un petit bassin
en briques cuites et mortier de chaux.
Du monastère subsiste le rez-de-chaussée dont nous donnons dans le plan III
un relevé. Les parties détruites sont indiquées en pointillé. Pour édifier le bâtiment
il a d'abord été nécessaire d'aménager sur la crête une terrasse dont les parements
extérieurs sont de pierres brutes liées au mortier de terre (PI. XII, 2 et XIII, 2).
La pente s'inclinant d'Est en Ouest, le maximum de hauteur de la terrasse est à l'Ouest
(1) L'exemple le plus frappant est fourni par un chateau situé près de la rive droite de l'Hilmand, au
départ de la route qui mène au col de Hadjigak.
(2) Autres photos dans Fischer, op. cit., p. 1162 et Lockhart, op. cil., p. 120.
(3) Le stûpa est bâti sur une pente très raide descendant d'Ouest en Est. Probablement n'y avait-il
qu'une base à l'Ouest. 38 GERARD FUSS M AN
(PI. XII, 2). La terrasse a dû être étayée à plusieurs reprises : sur la face Ouest, par
toute une série de pans de mur, à fruit très prononcé, faisant office de contreforts ;
à l'angle Sud-Ouest par un petit massif conique (PL XII, 2) qui ne monte pas plus
haut que la terrasse ; à l'angle Sud-Est par une tour, à fruit très prononcé et liée aux
murailles proprement dites du monastère (PI. XIV, 1). Il est impossible de déterminer
l'Age de ces renforts. Certains sont probablement d'époque islamique ; la tour Sud-Est
est peut-être d'origine.
Sur la terrasse s'élevaient les murailles, montées de briques crues de grandes
dimensions (42x42x9 cm.) reposant sur un soubassement de pierres brutes liées au
mortier de terre. La porte a disparu, mais son seul emplacement possible est indiqué
sur le plan III. Elle donnait accès à un long passage (A etB) couvert d'un berceau dont
la plus grande partie est encore en place. La voûte est montée sans cintre, suivant le
procédé habituel des constructions sassanides : par tranches successives fortement
inclinées, la précédente servant d'appui à la suivante. Chaque tranche comprend
quatre briques crues, moulées spécialement pour ce besoin et précintrées suivant la
courbure de la voûte (dimensions : 82x24x11 cm.). Ce procédé curieux, que nous
rencontrons pour la première fois, fait que les joints ne se chevauchent pas. Ils sont
continus sur toute la longueur de la voûte, l'un à la clé et les deux autres à mi-courbe
du berceau. Les trois dernières assises de briques des murs sont en léger encorbellement
et la voûte repose sur elles.
La voûte ayant tenu, l'accumulation de décombres est assez faible dans le couloir
B. Les pièces C, D et E sont par contre presque entièrement ensevelies. Les pièces C
et E étaient couvertes de coupoles dont les trompes subsistent. La pièce D était sans
doute couverte d'un berceau aujourd'hui entièrement disparu. De E part ce que nous
croyons être un escalier F permettant d'accéder à un étage dont il ne reste aucune
trace.
Ce plan ne laisse pas d'être énigmatique. L'épaisseur (3,20 m.) des murs de la
pièce G surprend. Ni la poussée relativement faible de la coupole, ni le poids de l'étage
ne semblent imposer des murs aussi importants (1). La même anomalie existe dans
l'atesh-kadé de Neisar en Iran où « les poussées exercées par la voûte légère et surhauss
ée d'une salle carrée de 6,20 m. de côté, ne nécessitaient aucunement, du point de vue
statique, des murs de trois mètres d'épaisseur ». (2). M. Godard tente de rendre compte
de l'épaisseur des murs de ce monument en supposant que le maçon construisant
sans échafaudages, s'était ménagé une « sorte de galerie de service, large de plus de
deux mètres, qui entoure la coupole » sur laquelle il circulait et entreposait ses matér
iaux. Une telle explication semble difficile à admettre à Kandahar : pareil gaspillage
(1) La forteresse de àahr-i Zohak, située à l'entrée de la vallée de Bàmiyân et datée des vi-vne siècles de
notre ère, fournit un élément de comparaison : dans une tour de plan carré, construite en briques crues de grandes
dimensions, couverte en coupole et ayant porté au moins un étage, les murs ont deux mètres d'épaisseur ; la
pièce fait 5,40 m. de côté.
(2) Godard, L'Art de VIrnn, Paris 1962, p. 206. NOTES SUR LA TOPOGRAPHIE DE L'ANCIENNE KANDAHAR 39
volontaire des matériaux est peu vraisemblable lorsque l'on voit combien est escarpé
le chemin par lequel on apportait les briques crues, façonnées dans la plaine, à l'empla
cement du monastère. Il est possible que leur transport ait dû se faire à dos d'homme.
On préférera croire qu'un architecte sans expérience ou sans audace a surestimé la
poussée de la coupole et de l'étage et exagéré en conséquence l'épaisseur des murs
qui les portent.
Intrigant aussi est ce grand couloir B, entièrement aveugle semble-t-il, qui paraît
n'avoir d'autre rôle que d'entourer une pièce G également aveugle. On pense à un rite
de circumambulation ( pradaksinâ ) et G serait une chapelle. Mais la circumambulation
se serait faite à l'extérieur de la chapelle, ce qui paraît curieux.
La technique primitive de la voûte, les maladresses que nous supposons dans la
conception de la coupole en G semblent indiquer une date assez haute. Nous daterions
volontiers le monastère du ive siècle de notre ère. Le stûpa, qui n'offre aucun élément
de datation, doit avoir sensiblement le môme âge. A l'époque islamique le monastère
a été inclus dans les défenses de la ville (infra). Les décombres du premier étage ont
été arasés, mais le rez de chaussée ne semble pas avoir été touché. Nous avons noté
dans le couloir B quelques réfections du berceau, en briques crues de petites dimensions.
Les pans de murs ravinés par les pluies et les eaux d'écoulement ont été réparés par un
bourrage de pierres brutes (PI. XIII, 2).
V. La ville islamique
Des fortifications d'époque islamique, il ne reste pour ainsi dire rien. Les murs
soit ont disparu complètement, soit sont réduits à quelques assises. Les causes de cet
état de choses sont triples :
1) Après la prise de la ville, « Nadir Shah fit déplacer les habitants de Kandahar
à Nadirabad dont il fit la capitale de la province de Qandahar, et donna alors des
ordres pour que l'on rasât jusqu'au sol la forteresse Ghilzaï » (1). Ce dernier ordre eut
beau n'être pas entièrement exécuté, une grande partie des défenses fut alors démolie.
2) Pour les murailles perchées sur les crêtes du Qaitul, l'érosion a achevé l'œuvre
des démolisseurs de Nadir Shah ;
3) Enfin les remparts de la ville ont servi pendant deux siècles de carrière aux
habitants de Kandahar. Les destructions ont été telles que nous n'avons pu repérer
ni sur le terrain, ni sur les photos aériennes, la triple muraille que voyait encore Le
Messurier en 1879 (2).
Pour la ville elle-même (A), fortifications islamiques et fortifications antiques
semblent s'être en grande partie superposées. Bien que les remparts musulmans aient
(1) Lockhart, op. cit., p. 120. Par « Ghalzaï fortress », il faut entendre, sernble-t-il, la ville de Kandahar
et non pas seulement le tépé central. Les traces de l'enceinte carrée de Nadirabad se voient dans l'angle Sud-Est
de la photographie aérienne PI. IV.
(2) Op. cit., p. 246. 40 GERARD FUSS M AN
presque partout entièrement disparu, il est logique d'admettre que 'es remparts
anciens soit ont été réutilisés après réparation, soit ont servi de soubassement à des
ouvrages nouveaux. Cette dernière hypothèse, qui permet de rendre compte du triple
rempart observé par Le Messurier, nous semble la plus probable.
Dans leur partie Ouest tout au moins les défenses antiques étaient vraisembla
blement fort ruinées lorsque fut construite l'enceinte islamique. On remarquera en
effet sur le Plan I que cette portion des remparts (ruines marquées 1) n'a pas été réuti
lisée dans la fortification d'époque islamique. A la place on trouve, au Nord, reliant
la muraille Nord à l'angle Nord-Est de la citadelle, un mur musulman en pakhsa
d'épaisseur très faible, visible à gauche sur la photo PI. VIII, 1. Il ne semble y avoir
rien eu entre la citadelle et le mur Sud.
C'est aussi que la conception d'ensemble des fortifications n'était plus la môme.
Dans la Kandahar antique seule la ville était ceinte de murailles ; dans la Kandahar
islamique, les remparts escaladent le Qaitul et courent le long de la crête. Le dernier
centre de résistance en cas d'attaque extérieure n'est plus la citadelle B, mais le réduit
E avec son monastère-fortin III. On distingue nettement sur la vue aérienne de la
PI. VI les traces claires de la muraille (5) accrochée à la montagne. Partant de l'extré
mité Nord-Ouest de la ville, elle monte droit vers la crête qu'elle va suivre jusqu'à ce
que celle-ci soit interrompue par un petit défilé. Elle revient alors vers le stùpa et
descend vers l'angle Sud-Ouest de la ville. L'enceinte se trouve ainsi enfermer une
gorge (partie claire du réduit E) d'où dévale sur la ville, en cas de fortes pluies, un
petit torrent. C'est là sans doute qu'il faut chercher l'explication de la double muraille
avec vannage (5 a) qui relie l'angle Sud-Ouest de la ville à l'éperon du stupa. A mi-
hauteur la gorge est barrée par une muraille délimitant un réduit E. Ce mur « de refend »
est lui-même relié à l'angle Sud-Ouest de la citadelle par une autre muraille, établie
sur le versant Ouest de la gorge.
Le réduit E, dont toutes les murailles dominent des pentes extrêmement raides,
était le point le plus solide du système défensif. Sa garnison se tenait dans le monast
ère III transformé en forteresse. Trois citernes couvertes (6, 7 et 8. PI. XIV, 2 et
XV, 1-2) captant les eaux de ruissellement l'alimentaient en eau. Elles étaient bâties,
à l'extérieur de pierres brutes liées au mortier de terre, à l'intérieur de briques cuites
de petites dimensions enduites d'un de chaux. Le mode de construction des
voûtes d'arêtes qui supportaient la couverture, la dimension des briques, rendent
vraisemblable que ces ouvrages soient d'époque ghaznévide ou ghouride (1).
Sur les crêtes les murailles ont presque totalement disparu. Elles ne se laissent
le plus souvent deviner que par des traces claires telles qu'on en voit PI. XIII, 1 et
XIV, 2, parfois par une ou deux assises de leur soubassement de pierres brutes. Contre
(1) II semble bien que les fortifications islamiques de Kandahar aient été établies d'après un plan d'en
semble bien arrêté. Dans ce cas la date de l'enceinte serait la même que celle des citernes : ghaznévide ou ghour
ide. NOTES SUR LA TOPOGRAPHIE DE L'ANCIENNE KANDAHAR 41
la face Sud du monastère (à droite sur la PI. XII, 2) subsiste un morceau de rempart
relativement bien conservé, bâti de petites briques crues reposant sur un soubassement
de pierres brutes liées au mortier de terre et surmonté de ce qui semble être des merlons
erodes percés d'archères. Par ailleurs nulle trace des « tours reliées par des courtines »
que Le Messurier ( 1 ) voyait sur ces mêmes crêtes, ni de la tour de pierre que mentionnent
les sources de Lockhart (2).
Enfin on distingue sur le Qaitul, entre Cehel Zina et la face Nord de l'enceinte
une muraille de pierres brutes (9) qui barre un petit ravin. Nous n'y sommes pas
monté ; ce pourrait fort bien être les restes d'une citerne.
IV. CONCLUSION
Les ruines viennent donc en quelque sorte corroborer le témoignage des inscrip
tions. L'importance du site est telle que l'on comprend fort bien qu'Asoka ait jugé
bon d'y faire graver une série (complète ?) des édits sur rocher : c'est là sans aucun
doute l'emplacement de la (r/jTpoTioX'ç 'ApaycoStaç dont parle Isidore de Charax (3). La
date de l'enceinte antique ne peut malheureusement être assurée. Il serait tentant
de voir dans A la ville grecque, agrandie de l'extension AA à l'époque kusane, mais ce
serait pure hypothèse. Seules des fouilles permettraient de répondre à ce problème,
entre autres.
La prorogation du bouddhisme en Arachosie ne peut, en l'état de nos connais
sances, être attribuée certainement à l'inlluence d'Asoka. Le monastère et le stupa
sont les seuls témoins sûrs (4) de la conversion d'une partie au moins de la population
(1) P. 215.
(2) Op. cit., p. 118. Bien que nous ne puissions plus les vérifier, nous n'avons mienne raison de douter de
l'exactitude de ces renseignements. Sur une vue de la ville en 1738, publiée par Fischer, op. cit., p. 1 163, il semble
que l'on puisse reconnaître les tours qui défendaient la crête du Qaitul. Nous n'aflirmerons pas qu'elles aient
été entièrement bâties de pierres, mais leur soubassement l'était sûrement. Par ailleurs la description du siège
de la ville par Nadir Shah, telle qu'on peut la lire dans Lockhart, est assez cohérente pour qu'on en puisse
situer les principaux épisodes sur le plan I. Le 9 Shawwal 1150 (30-1-1738) les Persans, partant d'un endroit
situé non loin de Cehel Zina, prirent, sur la crête du Qaitul, la tour d'angle Nord-Ouest. De là ils purent bombarder
une grande partie de la ville A, dont une très forte tour nommée Burj-i Dada. Celle-ci, s'il fallait en croire les
sources qui la situent « further to the South- West » par rapport à la tour d'angle Nord-Ouest, ne pourrait guère
être placée ailleurs que sur la crête. Mais l'artillerie de Nadir Shah la bombarde à partir de cette même tour
d'angle et surtout sa chute, le 23 mars 1738, entraîne celle de la ville. Il faut donc y voir une tour de la plaine,
appartenant au rempart (Ouest ?) de la ville A. Quant à la citadelle du Qaitul où se réfugia Husain après la
prise de la ville, c'est évidemment le réduit E.
(3) Isidore de Charax, 19. C'est un dillicile problème que de savoir quel était le nom antique de la ville :
Alexandrie (d'Arachosie) ou Alexandropolis. Voir en dernier lieu II. Scerrato, A bilingual graeco-aramaic
edict by Asoka, pp. 19-22. La question ne sera résolue que par l'apparition de documents nouveaux.
(4) De Kandahar provient également un grand bassin de pierre, signalé par Bellew, décrit par Le Messurier,
op. cit., pp. 239-241, aujourd'hui au Musée de Caboul. Il porte à sa base un décor inachevé de pétales de lotus.
Cunningham, qui donne un dessin assez fidèle de l'objet (ASIR, XVI, 1883, pp. 8-11 et PI. III) ne semble pas
douter que ce soit là le bol à aumônes du Buddha qui, au temps de Fa-Hsien, faisait la gloire de Peshawar
(The travels of Fa-Hsien, retranslated by H. A. Giles, Londres 1959, p. 11 ; aussi p. 71) d'où il avait disparu
lorsque Hiuan Tsang y passa : « In the North-East part of the capital were the remains of the building which
once contained the Buddha's Alms-bowl. After the Buddha's decease the Bowl had wandered to this country,