Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus (1561) - article ; n°1 ; vol.33, pg 43-72

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Bulletin de l'Association d'étude sur l'humanisme, la réforme et la renaissance - Année 1991 - Volume 33 - Numéro 1 - Pages 43-72
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1991
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Jacques Halbronn
Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus (1561)
In: Bulletin de l'Association d'étude sur l'humanisme, la réforme et la renaissance. N°33, 1991. pp. 43-72.
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Halbronn Jacques. Une attaque réformée oubliée contre Nostradamus (1561). In: Bulletin de l'Association d'étude sur
l'humanisme, la réforme et la renaissance. N°33, 1991. pp. 43-72.
doi : 10.3406/rhren.1991.1808
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhren_0181-6799_1991_num_33_1_1808UNE ATTAQUE REFORMÉE OUBLIEE
CONTRE NOSTRADAMUS (1561)
«Alors sera Nostradamus
Fort Estonné et bien camus»
Nostradamus et le Pape Pie IV
Les relations entre Nostradamus et Pie IV (1559-1565) n'ont pas fait
l'objet d'une monographie1, si bien que l'on a généralement privilégié ses
Epîtres au pouvoir temporel. C'est ainsi qu'en 1556, Nostradamus s'adressa
coup sur coup à Catherine de Médicis, à Henri II, et à Antoine de Navarre2.
La découverte de la Contrepronostication nous a amené à examiner la
nature des relations entre Nostradamus et le Pape. Pourquoi y reprochait-on
notamment à l'auteur des Prophéties d'être en quelque sorte à la solde du
souverain pontife ? De fait, en cette année 1561, Nostradamus rédigea deux
Epîtres au Pape et l'année précédente, il lui accorde un passage significatif de
son Almanach pour ladite année 1561.
Nous avons trouvé un passage des Satyres Chrétiennes de la Cuisine
Papale (Conrad Badius, Genève, 1560)3 qui va dans le même sens que cette
Contrepronostication dirigée contre les astrologues Papistes du temps :
«Tout & tout & toujours papisent
Et tout & tout ce Pape prisent
Et toute leur gastrologie
S'ensuyt que par anagogie
Ils font un merveilleux devoir
Pour la grâce du Pape avoir
Par leurs prédicacations (sic)»
in Troisième satyre (Des officiers de la cuisine, sires & Messires)
1 Signalons toutefois l'article de R. Amadou in Revue L'Autre Monde : De Nostradamus au
Pape Pie IV (n° 103 Février 86), qui n'a pas fait l'objet des critiques nécessaires de la part de
Benazxa (Répertoire Chronologique Nostradamique Paris, 1990, p. 618).
2 Curieusement, ni Benazra, ni Chomarat, dans leurs bibliographies respectives (cf. infra) ne
signalent cette dernière Epître. cf. Musée Arbaud (Aix en Provence).
3 Réédition Genève, Fick, 1857, BN 8°Ye 10675. 44
Présentation de la Contrepronostication du Pape Pie IV
Avec la Declination des Papes ou Contrepronostication à celle de
Nostradamus de Pie Quatrième (Reims, 1561) nous avons affaire à une pièce
ayant jusqu'alors échappé aux spécialistes de Nostradamus, sinon aux
bibliographes non concernés par la littérature prophétique ou astrologique et
qui ne se présente pas tout à fait de la même façon que les autres documents
relatifs à Nostradamus1. La Contrepronostication2 fait partie, en effet, d'un
ensemble de pièces qui se réfèrent, outre à Nostradamus, à de grands
personnages tels Pie IV, Condé, le Cardinal de Lorraine, etc...3 Et surtout, ce
document est explicitement d'origine réformée et accuse Nostradamus d'être au
service du Pape.
Le fait qu'à cette époque le nom de Nostradamus figure dans un tel cadre
est beaucoup plus significatif d'une certaine intégration dans le jeu politique
que ne pourraient l'être les divers pamphlets isolés de tout contexte qui nous
étaient jusque là parvenus4.
Le titre complet est assez alambiqué - et d'aucuns ont été tentés de le
raccourcir au grand dam des Nostradamistes - même si l'on ne s'en tient qu'à
la dernière pièce du recueil dans lequel figure le texte qui nous intéresse au
premier chef. L'expression «contrepronostication» n'est en fait qu'un sous-
titre. Nous avons préféré mettre en avant ce dernier.
Le texte de Nostradamus incriminé
II est intéressant qu'à une pronostication vienne répondre une «contre
pronostication», ce qui n'est pas sans évoquer les «contredits» de Du Pavillon,
l'année précédente5. La question est de découvrir de quelle pronostication il
s'agissait : nous pensons que le texte incriminé par la Contrepronostication
1 L'on peut supposer que les Vertus de nostre Maître Nostradamus, en rimes par Conrad
Badius aient pu figurer également en appendice d'un autre texte.
2 Notons que le titre complet n'apparaît pas dans le détail initial du recueil : Contre
Pronostication de Nostradamus sans mention de Pie IV.
3 On connaît un autre Cantique Spirituel tel celui consacré à Théodore de Bèze «mort de
contagion» en 1605 - BN Ms Fr 13959.
4 Olivier Millet, Feux Croisés sur Nostradamus in Divination et Controverse religieuse en
France au XVIe siècle, Paris, 1987, ignore cette pièce, dont le caractère réformé est beaucoup
plus évident que celui des autres attaques dirigées contre Nostradamus.
5 Les Contredictz du Seigneur du Pavillon auxfaulses & abusifves prophéties de Nostradamus
6 autres astrologues, Paris, Charles Langelier, BNV21815. L'exemplaire de la B. Sorbonne
est également de 1560 malgré ce qu'en note le Catalogue imprimé, 1564 n'étant qu'une mention
manuscrite. 45
serait un passage d'une prédiction mensuelle de X Almanack pour 1561,
récemment découvert à la Bibliothèque Sainte Geneviève1.
«La Sainteté de notre Saint père le Pape Pius 4(ème). de ce nom, je treuve par le jour de
son élection & par le jour & heure du siège, qu'il demeurera longuement en son siège, en
toute félicité & heureuse prospérité, aymé d'un chacun, mesme de tous les bons & rendra
le Sénat & peuple de Rome sain, sauf, libre & en tranquille pacification & par Sa Sainteté
la Chrétienté sera réunie & mise en sa parfaite tranquilité. Et natus ad eternitatem Rom.
nominis & combien qu'aucuns supputateurs astronomiques ayent supputé que Cancer erat
ascendens in hora & die electionis, qui manifestait un souverain thrésor en l'Eglise
Romaine, si est ce que par mes calculations, je trouvois Capricorne & aussi est-il,
désignant principium sine fine ce qui est vray aussi avant son élection par le jour de la S.
Martin, je trouvois» (in Prédiction pour Juin 1561).
On peut donc admettre que c'est ce texte qui mit le feu aux poudres étant
donné que les Epîtres rédigées en 1561 mais pour 1562 ne paraîtront qu'à la
fin de l'année 1561.
Composition du Cantique Spirituel & consolatif
La pièce qui nous intéresse fait partie d'un recueil, ce qui explique en
partie qu'elle n'ait pas été répertoriée sous le nom de Nostradamus d'autant que
ce recueil porte un titre singulièrement alambiqué (cf. reproduction).
L'unicwn de cette Declination se trouve au Cabinet des Manuscrits
Français de la B.N.. Il s'agit cependant d'un imprimé qui se présente comme
édité à Reims en 15612. Le choix de cette ville - probablement fictif bien que
certains textes aient effectivement à l'époque paru dans cette ville - pourrait
être considéré, selon nous, comme contrepoint aux cérémonies du sacre de
Charles IX qui se déroulèrent, il se doit, à Reims, en cette même année
1561. Charles de Guise, cardinal de Lorraine (1524-1574), premier Pair de
France, qui en fut un des principaux acteurs, apparaît également dans notre
recueil qui est donc, très vraisemblablement, postérieur au mois de mai 15613.
L'Echo sur l'Adieu au Cardinal y fait d'ailleurs explicitement référence :
«Le temps n'est plus qu'un rouge enluminé
Guidait les pas d'un jeune couronné»
1 Texte signalé par Robert Amadou qui en prépare une édition.
2 Une autre voie serait Genève. Weller, qui propose Lyon pour le recueil «rémois» de 1561, ne
situe-t-il pas à Genève un texte paru en 1 568 à «Reims» : Brief discours sur les moyens que le
Cardinal de Lorraine a tenus & tient encore Pour accroitre sa maison dans la ruine du Royaume
en France ?
3 Le Catalogue de l'Histoire de France a placé à la cote suivant celle du Cantique Spirituel, un
texte intitulé L'Entrée, Sacre et Couronnement du roy Charles neuvième. Faite en la ville de
Reims, le mercredi XIV de Mai 1561. Lequel fut reçu en grand honneur Par Messieurs de
ladicte ville, Paris, J. Chrestien et J. Coulomp, 1561 (Cote Lb33 24). 46
On est donc déjà loin du Printemps 1561...
Il pourrait s'agir en fait des retombées du Colloque de Poissy qui se tint
en Septembre de la même année, voulu par le Chancelier Michel de L'Hospital
(qui avait été nommé à ce poste en 1560) pour réconcilier les opposants
religieux, et auquel Théodore de Bèze participa activement. Cette rencontre
n'eut guère les effets attendus et les divergences s'y exaspérèrent.
Hormis son titre Contrepronostication à celle de Nostradamus de Pie
quatrième, le contenu de ce texte ne se réfère pas autrement à Nostradamus
sinon par un distique (cf. supra) qui fait rimer le nom de l'astrophile avec
«camus»1. Il s'agit simplement de neutraliser les effets de sa Pronostication
pro-papale Voilà bien en tout cas Nostradamus associé, s'il restait un doute, on
ne peut plus clairement, au camp papiste. Ce texte est quant à lui violemment
anti-papal et certainement l'oeuvre d'un auteur Réformé, ce qui est moins
avéré pour d'autres attaques.
Dès 1561, on notera que l'on ne prend même pas la peine de préciser son
prénom : Nostradamus et non pas Michel Nostradamus, signe sinon de sa
popularité, en tout cas d'une certaine familiarité.
Qu'en est-il des trois premières pièces du recueil, de ce Cantique
Spirituel & consolatif2 à Monseigneur le Prince de Condé avec un Echo sur
l'adieu du Cardinal de Lorraine ? On remarque qu'il existe en réalité non point
trois mais quatre pièces contrairement à ce qu'indique le titre.
La première et la deuxième pièces s'adressent au camp Réformé, qui est
celui des auteurs du recueil, tandis que la troisième s'adresse aux «Guisards», à
la tête du parti Catholique, tout comme la quatrième qui est dirigée contre les
partisans du Pape. Il existe donc deux volets dans ce recueil.
Pièce I
Cantique sur le chant du psal(miste) Sus sus mon âme il te faut dire bien,
signée N.B.D.B.. Weller identifie ainsi l'auteur de cette première pièce - sans
1 Le fait que Nostradamus rime avec «camus» ou avec «abus» (monstre d'abus) nous amène à
penser que le «s» final ne se prononçait qu'au sein d'un contexte latin. Il conviendrait donc de
lire «Michel de Nostradamu(s)» et de respecter le bilinguisme phonique de l'époque. Par
ailleurs, le «us» en latin se prononce «ousse» et ne rime donc pas avec le «us» français.
2 La «consolation» est à l'ordre du jour à la suite de la mort du jeune roi. Par exemple : François
Habert - La Consolation du Peuple Gaulois, ou Consolation à la Reine. ..sur le trépas de
Francois H. 47
rapport probablement avec celui de la Contrepronostication : Nicolas Barnaud
du Béarn.
Louis de Condé (Louis 1er de Bourbon, 1530-1569) fut soupçonné, lors
de la Conjuration d'Amboise et seule la mort de François II, dit-on, lui permit
d'échapper à l'exécution1.
Pièce II
A Très Illustre et très généreuse Princesse, Madame la Princesse de
Condé .
Pièce m
Echo sur l'Adieu du Cardinal - Charles de Guise (1524-1574)2.
Pièce IV
Declination des Papes. Contrepronostication3
Ces textes montrent fort clairement la rivalité entre les Condés et les
Guises, et notamment François de Guise (qui sera assassiné en 1563), sous
François II. Nous apprenons ainsi que la Contrepronostication à celle de
Nostradamus est probablement issue de l'entourage du parti Condé.
Cette Contrepronostication vient rejoindre la série des pamphlets dirigés
contre Nostradamus: Jean de La Daguenière, Hercule Le François, Laurent
1 Signalons cette Chanson du Prince de Condé (1563) :
«Mais encontre lui s'esleva
Un Guyse qui mal s'en trouva
Défendant le pape de Romme
Dieu gard'de mal le petit homme
Le pape, prévoyant ce mal
Et sentant monsieur l'Amiral
Menasser le siège de Romme
Dieu gard'de mal le petit homme»
(Recueil de Chants historiques français op.cit.).
2 Signalons en 1574 une Epître au Cardinal de Lorraine, Archevêque Duc de Reims in
Prédictions pour Trente Cinq ans des choses Plus mémorables... extraites des Eclipses et
grosses Ephémérides de Cyprian Leovitie, Lyon, Benoist Rigaud.
3 Les pièces d'un recueil, d'une façon générale, ont fort bien pu paraître préalablement à son
élaboration et de façon séparée ou dans un autre cadre. L'on peut supposer que l'on y a
rassemblé des textes divers ayant déjà circulé, sous forme imprimée ou manuscrite. Dater
Y Adieu au Cardinal ne nous permet ddnc pas de dater à coup sûr la Contrepronostication mais
seulement de situer la parution dudit recueil. 48
Videl, Antoine Couillard Du Pavillon. Sa présentation en vers l'apparenterait
davantage à la Satyre attribuée à Conrad Badius, parue en 1562 et dont nous ne
connaissons guère que quelques lignes au demeurant peu significatives par la
transcription d'Antoine Du Verdier (reprise par Buget).
La construction de ce texte est assez remarquable : il faut prendre le
terme de «declination» à la lettre puisque l'auteur jouera sur les différents cas
de la déclinaison latine. C'est ainsi que Pie IV va correspondre avec l'ablatif :
«Pape Pie iceluy sera
Qui l'ablatif déclinera
Ainsi il lui sera osté
Le reste de la papauté
Ou pour le moins toute la France
Dieu tout puissant ainsi le face (sic)
Par sa vertu & digne grâce
Alors sera Nostadramus
Fort estonné & bien camus»
Les trois Epîtres de Nostradamus à Pie IV
Une des Epîtres à Pie IV figure dans l'Almanach Nouveau pour 1562,
l'autre - dont on ne connaît pas d'édition imprimée en français ou en traduction
- introduit le manuscrit des Prédictions de l'Almanach pour 1 562-1 563 -15641.
Il s'agirait donc d'un projet comportant le second volet (cf. plus haut) des
almanachs à paraître pour les années respectives2. Quant à la troisième Epître,
on en connaît des versions italiennes et son attribution à Nostradamus est
douteuse, elle pourrait être l'oeuvre d'un de ceux qui emprunteront son nom
dans les années soixante, avant même son décès.
L'une est de mars, l'autre d'avril 1561, ce qui a entraîné de fâcheuses
confusions chez Lucien Scheler3 et à sa suite chez R.Amadou qui a édité
YEpître d'Avril 1561 des Prédictions de l'Almanach comme s'il s'agissait de
1 Dans l'Almanach Nouveau pour 1562, l'epître à Pie IV figure sous le titre suivant : Les
prédictions de l'almanach de l'année 1562 Contenant les déclarations d'un chascun moys de
l'an. Consacrez à nostre sainctpère, le pape Pie quatriesme de ce nom, composez & calculez
Par M. Michel Nostradamus (Archives Générales du Royaume. Bruxelles).
2 L'on peut raisonnablement penser que Nostradamus avait voulu ainsi rédiger à l'avance des
prédictions, qu'il aurait publiées ensuite année par année. Ce serait donc un document de
travail. Sur la question des publications couvrant plusieurs années, nous avons préféré laisser
ce problème de côté.
3 On peut supposer que c'est Lucien Scheler, auteur d'études sur les almanachs de Rabelais et
non Georges Blaizot, l'autre expert, qui a rédigé la notice sur Nostradamus. 49
YEpître figurant dans X Almanack pour 1562, qui, elle, est datée de mars
15611.
Ce qui déroute en la circonstance, c'est que l'épître non imprimée est
postérieure à l'épître imprimée. On se serait attendu à ce que l'une soit le
brouillon de l'autre. Mais Nostradamus - on le sait par sa correspondance avec
ses libraires - était également coutumier de produire plusieurs versions entre
lesquels on choisirait plus tard.
L'Epître de Mars 1561
D'une part (Ruzo, op.cit. Chomarat n°48), YEpître de Mars figure dans
Y Almanack Nouveau pour 1562 : Pie llll Pontifîce Max. - (A Très Saint Père
Pape Pie IV, Michel de Nostredame, son très obéissant fils , désir, paix et
félicité perpétuelle), datée du 17 Mars 156 12, chez Guillaume Le Noir et Jean
Bonfons. De l'autre, la Pronostication comporte également une Epître datée
simplement du 18 Avril 1561 adressée à Jean de Vauzelles qui fait d'ailleurs
référence à celle de YAlmanachh «Et pour ce que je dédie mon Almanach à
nostre sainct Père à présent nommé Pie quatrième».
Henri Douchet, en 1903, à propos des Centuries, les décrit comme «le
seul ouvrage d'astrologie qui n'ait jamais été condamné par Pie IV en 1553
(sic) et par le Concile d'Orléans en 1560 et si l'on considère que Nostradamus
dédiait des ouvrages à Pie IV, on ne peut dire qu'ils étaient ignorés en haut
lieu». Il existe en effet, bien que Douchet ne s'en explique pas davantage,
plusieurs Epîtres de Nostradamus au Pape4.
Un exemplaire de Y Almanach nouveau a été retrouvé par Paul St Hilaire
à la Bibliothèque des Archives Générales de Belgique (A 4890), à Bruxelles
(Ains.i parla Nostradamus, Bruxelles, Ed. Rossel, 1982), ce qui nous permet de
comparer les deux Epîtres au Pape de mars et avril 1561.
Une lettre de Rosenberg de décembre 1561 laisse entendre en effet - à
moins qu'il ne se fasse que l'écho de projets de Nostradamus - que la présence
d'une Epître au Pape en tête d'un almanach pour 1562 avait intrigué.
1 Cf. L'Autre Monde Février 1986 : Nostradamus au Pape Pie IV. Lettre ouverte. Pourtant
Ruzo (Testament de Nostradamus auquel il se réfère) précise bien la date de lEpître de
Y Almanach nouveau p. 342 note 6.
2 D. Ruzo, Le Testament de Nostradamus, Ed. du Rocher, p.342.
3 Cf. Chomarat, Bibliographie Nostradamus n°49. On ne connaît, imprimée, qu'une Epitre
tronquée et non datée de la Pronostication pour 1562 (Bayerische staatsbibliothek de Munich).
4 Les Prophéties de Michel (Ed. Chevillot, 1611), Intr. H. Douchet, 1903,
Méricourt l'Abbé (Somme), BN 8 Ye 21148. 50
L'Epître du 20 Avril 1561
Abordons l'Epître manuscrite au Pape, qui date d'avril. Nous ne
possédons pas d'imprimé français mais nous avons connaissance du manuscrit1
reproduit par Robert Amadou - qui l'attribue faussement à l'Almanach
nouveau2.
Nostradamus parle dans cette épître d'avril de cette «mienne éphéméride
en laquelle est contenue l'universelle déclaration de l'année 1562», mais dans
l'Epître d'Avril 1561 il s'engage vers les années suivantes. Il semble que
Nostradamus ait voulu réaliser un ouvrage plus ambitieux et couvrir un champ
plus large sans parvenir à publier ce travail. Témoin un des rares passages
figurant dans la notice du catalogue de ventes de 1966 : «Par la conjonction
que sera l'année 1563 au (et non pas du) mois de Septembre de Saturne à
Jupiter sortant de la triplicité aquatique et entrant (f° 41) dans la triplicité
ignée, le monde sera tout perverti et troublé pour le fait de la religion et l'an
1603 sera la fin de la centième et XIX conjonction».
Il est intéressant d'étudier de quelle façon Nostradamus avait jugé bon de
corriger ou de compléter le texte de mars 1561, si tant est que ce dernier lui
soit vraiment antérieur.
Ci-dessous quelques comparaisons des deux textes :
«Jupiter étant enfermé (sic : lire dans l'imprimé «inférieur») prédit (présage) pour le fait
spirituel (de la spiritualité) plusieurs tristes et incroyables aventures non guère
dissemblables aux grandes conjonctions de Saturne et Jupiter au commencement d'Anes
qui se font de 960 (en 960) ans et (par) à la seconde qui se fait au d'une
chacune triplicité comme sont celles qui s'ensuivent et s'approchent de deux cent quarante
ans»3.
Le passage suivant (p.69 du Catalogue) sera conservé dans la version
imprimée:
«Considéré que la totale signification de ladite année gît et consiste au fait de la religion
chrétienne, je n'ai pu ni ai du adresser ce mien petit labeur à autre qu'à la Sainteté de celui
1 Les catalogues de la succession Rigaux (1931) et le Catalogue Scheler (1966) nous
fournissent la photographie, l'un de la page de titre et du début de l'Epître, l'autre de la fin de
l'Epître et du début du corpus de l'ouvrage.
2 Benazra en donne, dans son Répertoire Chronologique Nostradamique une description assez
détaillée à partir d'une copie.
3 L'on trouve d'autres exemples de dates figurant au sein d'une épître et différant de la date de
la signature. Ainsi, pour YEpître à Henri II la date du 14 Mars 1557 apparaît-elle «accomençant
depuis le temps présent qui est...» alors qu'en conclusion du texte, l'on peut lire «De Salon, ce
27 de Juin 1558». Combien de temps s'est-il écoulé entre les deux dates, selon le style de
calendrier, quelques mois ou près de quinze ? 51
qui plus le fait touche et qui est le seul appui et soutènement, l'Atlas de notre République
Chrétienne»
En revanche, cet autre passage n'a pas été repris:
«Et c'est ce jour d'hiri Samedi premier (du) mois de Février à 6 heures du soir 1 561 pour
l'an 1562 et 1563 que m'apparaissent tant de grandes désolations... pour cause de cette
année ici redondant par intelligence de l'année 1564 qui sera l'année que la substance de
l'Eglise rendra à une si grande dévalée pour le fait de la temporalité que jamais elle ait
fait.»
Nous avons joint à cette étude une reproduction du texte manuscrit, qui
pourrait être de la main de Nostradamus. On peut y lire:
«(Cependant je prierai le dit Seigneur....que par sa divine clémence et bonté soyez vu par
longtemps gouverner, régir, dominer et régner entour l'universelle pacification de la
pauvre et affligée chrétienté, laquelle (...) n'a autre phare, autre recours (...) et espérance
qu'en la prudence (de) infinie de Vostre Sainteté laquelle accompagnée de la faveur du
Supernel puisse réduire l'univers en paix, union, amour, concorde et perpétuelle
tranquillité ; chose autant désirée comme nécessaire en ces jours pleins de pleurs et
calamités inénarrables. De Salon de Oraux en Provence, ce XX Avril 1561.» (suit un
Faciebat)
Notre citation emprunte pour les premières phrases à llipître imprimée
mais à partir de «et espérance» le manuscrit est bel et bien identique au texte
qui sera imprimé ; l'on note seulement que, dans un premier temps,
Nostradamus n'avait pas songé à accompagner «prudence» d'un épithète. Le
«de» après prudence est barré, prudence se raccordait, dans le premier
mouvement d'écriture, directement à «votre Sainteté».
Nostradamus semble avoir agi avec une certaine précipitation comme il
le note dans le manuscrit: «Je me suis avancé de mettre mon almanach en
lumière devant temps pour donner avertissement aux Monarques, si tel
sinistres événements se pourraient divertir. Et par ceci je connais de plusieurs
le défïnement approcher : laquelle chose si je voulais mettre par écrit comme
bien je pourrais clairement, il en pourrait advenir grand mouvement.»
En tout état de cause, les deux Epîtres sont conçues sur le même moule et
le texte proprement dit de l'Almanach Nouveau pour 1562 n'est pas celui du
manuscrit. Nous n'avons certes pas pu prendre connaissance de ce gros
manuscrit de plus de 200 pages, lequel n'est pas déposé dans une bibliothèque
publique mais une copie de la première page faisant suite à lTEpître figure dans
le catalogue de la Bibliothèque d'un Humaniste (1966). Cela commence ainsi:
«Loué soit nostre Seigneur Jésus Christ...», texte qui ne figure pas dans
l'Almanach pour 1562 ni dans la Pronostication pour la même année. Il ne