Une rencontre des dioramas, pas seulement visuelle  - article ; n°1 ; vol.11, pg 214-224
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Description

Publics et Musées - Année 1997 - Volume 11 - Numéro 1 - Pages 214-224
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié par
Publié le 01 janvier 1997
Nombre de lectures 53
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Exrait

Betty Davidson
Une rencontre des dioramas, pas seulement visuelle
In: Publics et Musées. N°11-12, 1997. pp. 214-224.
Citer ce document / Cite this document :
Davidson Betty. Une rencontre des dioramas, pas seulement visuelle . In: Publics et Musées. N°11-12, 1997. pp. 214-224.
doi : 10.3406/pumus.1997.1307
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pumus_1164-5385_1997_num_11_1_1307Expériences
thèmes traités dans l'expôt. Ceci permet de UNE RENCONTRE
préserver l'essence du diorama tout en
DES DIORAMAS,
laissant les visiteurs choisir la manière dont
PAS SEULEMENT VISUELLE ils vont vivre cette expérience. Cet article
Une expérience d'évaluation de dioramas se propose de décrire les étapes qui ont
au musée de Science (Boston, États-Unis) permis de mettre en place les divers él
Betty Davidson éments interactifs multi-sensoriels dans le
cadre du diorama sur les habitats en
Nouvelle-Angleterre, une galerie diorama
« ± arce que je n'aurai jamais l'occa traditionnelle du musée des sciences de
sion d'en voir un vrai. » Ce commenta
Boston. Nous nous sommes aperçus que le
ire à la fois réaliste et poignant d'un fait d'offrir des choix permettait d'attirer un
élève de troisième dans une école du éventail plus large de visiteurs et d'obtenir,
centre-ville illustre parfaitement le rôle en outre, de meilleurs résultats sur le plan
et la valeur des dioramas. de l'apprentissage. L'ensemble du projet
Au cours des dernières années, les est décrit en détail dans New Dimensions
dioramas ont été vivement critiqués
for Traditional Dioramas (Davidson,
comme étant des expôts statiques et 1991).
démodés, parfaitement inadaptés au Il est important de noter que pratique
public d'aujourd'hui imprégné de vidéo, et ment aucune modification n'a été apportée
ne possédant donc aucun intérêt éducatif. à l'expôt d'origine au cours du projet qui
Or, je ne suis pas d'accord; de même que va être décrit. Mises à part les modificat
ne seraient sans doute pas d'accord les ions apportées aux cartels et à l'emplace
écoliers qui, tous les jours, viennent ment des spots permettant d'identifier les
contempler, ébahis, l'énorme orignal de la oiseaux, nous nous sommes contentés
galerie diorama sur les habitats en d'ajouter des éléments à l'expôt existant
Nouvelle-Angleterre. déjà sur les habitats en Nouvelle-
Ceci étant dit, je n'en reconnais pas Angleterre (qui s'appelait à l'origine Aires
moins que la plupart des dioramas de vie en Nouvelle-Angleterre).
n'exploitent pas réellement tout leur
potentiel éducatif. Un diorama, de même Historique de la démarche d'évaluation
qu'un livre, est une invitation au voyage,
une fenêtre ouverte sur d'autres temps et Le musée a commencé par demander
d'autres lieux, auxquels les visiteurs une expertise de certains de ses expôts et
n'auraient pas accès autrement. Visiter un programmes, dont la galerie diorama sur
diorama n'est pas une activité passive. Il les aires de vie en Nouvelle-Angleterre
faut une certaine participation intellec finalement retenue pour ce projet.
tuelle pour pouvoir accéder à toutes ces Quatre consultants ont été recrutés sur
connaissances de l'autre côté de la fenêtre. ce projet. Ils étaient tous professionnels
Le défi auquel sont confrontés les profes dans le domaine des musées et possé
sionnels du musée consiste à faire passer daient chacun un handicap spécifique. En
davantage de gens de l'autre côté de la tant qu'experts des musées et des médias
vitre et, une fois qu'ils sont passés de de l'éducation dans le domaine des
l'autre côté, à faire en sorte qu'ils remar sciences, ils étaient à même d'évaluer les
quent davantage de choses. expôts du point de vue d'un visiteur ayant
Une de ces approches consiste à incor le même handicap qu'eux, et dans le
porer des choses à sentir, à toucher et à même temps de suggérer des solutions
entendre, en relation avec les principaux pratiques pour améliorer l'accès aux élé-
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NOUVELLES
PUBLICS & MUSÉES N° 11-12 présentés sans pour autant altérer le L'exposition d'origine ments
contenu scientifique et éducatif.
Les consultants ont ainsi évalué les aires Avant la mise en œuvre du projet, Aires
d'exposition, émis des suggestions afin de vie en Nouvelle-Angleterre était une
d'améliorer les conditions d'accès aux per galerie diorama traditionnelle, faiblement
sonnes handicapées, résumé l'ensemble éclairée, d'environ 10 mètres sur 20. Divers
de leurs commentaires et passé environ habitats typiques de Nouvelle-Angleterre y
trois heures à effectuer une seconde visite, étaient présentés, avec chacun sa faune et
déambulant à travers les aires évaluées par sa flore caractéristique, sous forme de six
eux en compagnie de membres du person dioramas à grande paroi vitrée et d'un dio
nel du musée. Leurs services ont été rétr rama à petite vitre. Les seuls éléments
ibués au moyen d'une somme forfaitaire. interactifs étaient des spots que le visiteur
Une description détaillée des différentes activait en appuyant sur des boutons, lui
étapes de l'évaluation est parue dans un permettant ainsi d'identifier des oiseaux
bulletin de ressources de The American dans des dioramas d'habitat de bord de
Association for the Advancement of mer.
Science — Association américaine pour le
progrès des sciences (Davidson, 1986). Qu'est-ce que les visiteurs sont suscep
Grâce à cet audit sur l'accessibilité du tibles d'apprendre grâce aux diora
diorama, le musée a pu obtenir des sub mas?
ventions de la National Science
Foundation — Fondation nationale pour Les décors peints et les premiers plans
les sciences — afin de modifier l'un des soigneusement agencés de ces dioramas
expôts, avec pour objectif premier d'amél recèlent un très grand nombre d'informat
iorer les conditions d'accès pour les visi ions. Le visiteur y découvre les animaux et
les végétaux propres à chaque habitat. Au- teurs handicapés. C'est la galerie diorama
Aires de vie en Nouvelle-Angleterre qui a delà de cela, les activités des animaux, les
été retenue, car l'accès aux dioramas est modèles de croissance et les cycles d'exis
finalement un problème qui concerne tence des végétaux fournissent des indica
l'ensemble des visiteurs : les personnes tions concernant les saisons, le climat et le
ayant réalisé l'évaluation se sont aperçues moment de la journée.
que toute personne souffrant de graves Des personnes travaillant dans le ser
problèmes de vue n'avait du coup virtue vice d'éducation et dans le service des
llement pas accès aux dioramas. Des per expôts du musée ont inventorié les info
sonnes souffrant d'autres handicaps ont rmations contenues dans chacun des diora
également rencontré un certain nombre de mas. Par exemple, dans le diorama des
problèmes. En fait, à part dire que c'étaient castors, les visiteurs voient à quoi res
de belles représentations tri-dimension- semble un castor, ainsi que quelques-uns
nelles de la nature, la majorité des visiteurs de ses comportements typiques (abattre
n'a pas semblé retirer grand-chose des dio des arbres, construire des barrages, se
ramas. répandre une huile imperméable à l'eau
Dès lors, il s'agissait pour nous non sur la fourrure). Ils voient à quoi ressemble
seulement de créer les conditions d'accès son habitat et découvrent quelques-uns
minimales pour de nombreux visiteurs des animaux vivant dans le même habitat.
handicapés, mais également d'améliorer Les constructions des castors y sont mont
l'accès pour le grand public, afin de rendre rées, y compris l'intérieur d'une hutte de
les dioramas plus attractifs et de leur castors. Pour peu qu'on les y incite, les
visiteurs pourraient observer quelques- redonner du sens.
215
NOUVELLES
PUBLICS & MUSÉES N° 11-12 unes des adaptations morphologiques des sol, rédigés en caractères pâles, de 18
castors : les dents biseautées afin d'abattre points, sur un fond sombre avec un éclai
les arbres, les pattes avant qui leur servent à rage arrière. L'éclairage faible, la faiblesse
attraper les choses et à creuser, les pattes des contrastes et la petite taille des carac
arrière palmées pour nager et leur corps tères rendaient toute lecture impossible
trapu en forme de torpille terminé par une pour des personnes n'y voyant plus que
queue plate, de forme aéro-dynamique et très peu. Placés à cette hauteur et impri
dénuée de poils, afin de pouvoir nager sous més en caractères 18, les textes étaient
l'eau. De même, si on les y incitait, les visi également très difficiles à lire pour des
teurs se rendraient compte que la végéta visiteurs en chaise roulante. Les textes
tion et la présence de castors nouveaux-nés étaient littéralement incompréhensibles à
indiquent que la saison est le printemps. toute personne ayant du mal à lire
l'anglais, car ils étaient rédigés dans une
Qu'est-ce que les visiteurs apprenaient langue compliquée et livraient une grande
réellement grâce aux dioramas ? masse d'informations. Parmi ces personnes
on dénombre toutes celles atteintes de sur
Les visiteurs handicapés : en l'absence dité profonde et pré-langagière, celles
d'aménagements permettant d'accéder aux atteintes de troubles d'apprentissage et
dioramas, de nombreux visiteurs handica tous les visiteurs ne parlant pas couram
pés, tout particulièrement les aveugles, ment l'anglais.
n'étaient pas en mesure d'apprendre de Le grand public : des observations réali
manière efficace. sées par des évaluateurs indépendants ont
L'expôt étant en effet entièrement visuel confirmé ce dont se doutait déjà le person
et placé dans un endroit très peu éclairé, il nel du musée. Les dioramas étaient géné
était littéralement innaccessible à toute ralement perçus comme d'attrayantes
personne souffrant d'un déficit visuel présentations d'animaux empaillés et les
grave. C'était ce qui préoccupait le plus les visiteurs ne s'y attardaient guère. Le com
personnes travaillant au musée, et cela portement typique du visiteur consistait à
reste le souci majeur dès lors qu'il s'agit de parcourir nonchalamment la salle, s'arrê-
planifier un expôt interactif. tant de temps à autre pour émettre un
Les boutons servant à actionner les commentaire sur la taille de l'orignal ou les
spots qui permettent d'éclairer les oiseaux activités du castor, allant parfois jusqu'à
étaient minuscules (moins d'un centimètre s'attarder pour identifier quelques-uns des
de diamètre) et faiblement espacés. Des oiseaux. 30% des visiteurs ne passaient
personnes souffrant d'atrophie musculaire, pas plus d'une minute dans la salle, et
ou ayant des problèmes de coordination, moins de 20% d'entre eux dégageaient les
ne pouvaient donc pas les actionner. Ces principaux messages de l'expôt concer
boutons étaient placés sur un des côtés nant la diversité des habitats en Nouvelle-
des dioramas, assez haut, en sorte qu'il Angleterre et la façon dont les animaux et
était pratiquement impossible, pour les végétaux se sont adaptés à leur milieu.
n'importe quel visiteur, de voir certaines
parties du diorama tout en appuyant sur Qu'est-ce que nous souhaitions que les
les boutons. Placés à 1,40 mètre du sol, ils visiteurs apprennent?
étaient littéralement hors de portée des
jeunes enfants et de nombreux adultes en L'objectif d'ensemble était que tous les
chaise roulante. visiteurs prennent un certain plaisir tout en
Les cartels accompagnant les dioramas apprenant quelque chose grâce à l'expôt,
étaient également placés à 1,40 mètre du et ce, indépendamment de tout handicap.
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NOUVELLES
PUBLICS & MUSÉES N° 11-12 Nous voulions donc tout simplement que premier compte-rendu, suivi d'un second,
les visiteurs aveugles se rendent compte et ce, à chacune des étapes du projet.
de ce qu'il y a derrière les parois vitrées, et Nous avons conçu des prototypes, les
que les personnes avec d'autres handicaps avons testés à la fois auprès du grand
puissent elles aussi avoir accès aux él public et des visiteurs ayant des besoins
éments exposés. spécifiques, puis nous avons modifié les
Nous avons par ailleurs formulé un cer éléments en conséquence.
tain nombre d'objectifs sur le plan éducatif
pour l'ensemble des visiteurs, concernant Évaluateurs extérieurs
la diversité des milieux en Nouvelle-
Angleterre et la manière dont les animaux Nous avons travaillé en collaboration
se sont adaptés à leur environnement pour avec le Program Evaluation Research
chacun des habitats. Group — Groupe de recherche sur l'évalua
Le projet a consisté à s'appuyer sur les tion des programmes — du Lesley Collège
dioramas existants, en ajoutant des activi de Cambridge, dans le Massachusetts. Les
tés qui permettent de jeter un meilleur chercheurs de ce groupe ont réalisé des
éclairage sur les messages passés jusque-là évaluations aux différentes phases du
inaperçus. Ces activités devaient être projet : avant, pendant et après. Les don
accessibles à des personnes handicapées. nées qu'ils nous ont fournies nous ont per
mis d'évaluer les composantes des
Plan de travail prototypes, particulièrement au cours de la
phase intermédiaire, et de réaliser des
Les choix modifications quand c'était nécessaire.
Le projet prévoyait d'intégrer aux diora Ajouts à la galerie
mas de nouvelles composantes sous forme
d'activités multi-sensorielles. Cela nous Les nouvelles composantes des expôts
permettait ainsi de répondre aux besoins se rangent en deux catégories : celles qui
spécifiques et souvent divergents des diffé servent à expliquer, amplifier la portée et
rents visiteurs. Pour les mal-voyants, par interpréter chacun des dioramas, ce sont
exemple, il est nécessaire de présenter les composantes liées aux dioramas
l'information sous forme sonore et non (Diorama Related Components), et celles
visuelle, alors que c'est le contraire pour qui permettent d'établir des liens entre les
des mal-entendants. Une approche privilé dioramas en illustrant le thème commun
giant les activités multi-sensorielles permet de l'adaptation animale, ce sont les pôles
également aux autres visiteurs de choisir, d'activités (Activity Stations). De plus, un
selon leurs préférences, entre diverses kiosque d'introduction, situé à l'entrée de
manières d'apprendre. la galerie, propose aux visiteurs des gr
aphiques et des enregistrements sonores
Prototypes d'expôts et conseillers leur donnant des informations concernant
Parrière-plan, ainsi que des instructions
Les utilisateurs potentiels nous ont aidé sonores afin de permettre aux aveugles de
à chacune des étapes de la mise en œuvre s'orienter. L'ensemble de ces éléments sont
du projet. Un noyau de consultants (des à la portée immédiate des visiteurs et de
individus ayant à la fois l'expérience pro maniement très simple, afin de permettre à
fessionnelle appropriée et un handicap) a un enfant, assis ou debout, ainsi qu'aux
pris part à la phase d'élaboration des él visiteurs dont la motricité des membres
éments d'exposition, en a ensuite réalisé un supérieurs est limitée, de les utiliser. Des
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NOUVELLES
PUBLICS & MUSÉES N° 11-12 instructions et des informations concer Éléments tactiles : un spécimen d'ours
nant l'interprétation des éléments d'expo noir et un spécimen de castor ont été pla
sition sont disponibles sous forme cés devant leurs dioramas respectifs, ainsi
d'enregistrements sonores et de gra que des reproductions grandeur nature en
phiques, et les activités sont tactiles. bronze d'un cormoran et d'une barge (un
oiseau côtier de grande taille de la famille
Éléments liés aux dioramas des bécasseaux). Les éléments tactiles des
dioramas sur le cerf et l'orignal se compos
À chacun des dioramas est associé un ent d'une paire de bois de cerf à queue
élément tactile, un cartel facile à déchiffrer blanche et d'un sabot du même cerf et
d'un orignal montés sur un support et à comprendre, un commentaire sonore,
afin de pouvoir les comparer. ainsi qu'une «boîte à odeurs». Les éléments
sonores et odorifères sont intégrés à une Panneaux-textes : les panneaux mesur
console basse placée devant chaque dio- ent 25 x 34 cm et sont accrochés au mur à
rama. environ 1,40 mètre de hauteur. La taille des
Enregistrements sonores : ils servent à caractères est de 40 points pour les titres,
situer la scène et donnent des informations 36 pour les informations principales et 28
permettant d'interpréter les dioramas. Ils pour les secondaires. Les
comprennent des bruits d'ambiance spéci informations du premier paragraphe visent
fiques au milieu présenté dans chaque dio- davantage à situer la scène et à susciter la
rama. Pour tenir compte des commentaires curiosité des visiteurs qu'à présenter un
faits par des auditeurs aveugles, ces enre cours d'histoire naturelle, ce qui est plutôt
gistrements n'excèdent pas 1 minute 30. l'objet des paragraphes suivants.
Boîtes à odeurs : des petites boîtes Les textes sont imprimés en un style
contenant un système actionné par un sans fioritures (Helvetica), avec un fort
ventilateur diffusent l'odeur d'un animal contraste (lettres blanches sur fond noir)
ou d'une plante associé au diorama. afin d'en rendre la lecture plus facile pour
Consoles : une console basse, placée des personnes mal-voyantes ou éprouvant
devant le diorama, répond à la nécessité des difficultés à lire. Les textes sont, autant
d'accéder facilement aux éléments interact que possible, rédigés en phrases courtes,
ifs tout en leur conférant un emplacement grammaticalement simples, dans un voca
cohérent. Les boîtes à odeurs sont ainsi bulaire courant et elles n'expriment guère
toujours placées sur la gauche, à une hau plus d'une idée à la fois. La définition des
teur de 68 cm, et les écouteurs sur la termes peu courants est donnée dans le
droite, à une hauteur de 56 cm. Le centre texte ou dans un glossaire disponible au
de chaque console varie cependant en kiosque situé à l'entrée. Des éléments pi
fonction du diorama : tantôt on y trouve cturaux (cartes, silhouettes d'animaux,
des éléments tactiles, des boutons schémas...) sont insérés à l'intérieur du
servant à actionner des spots permettant texte. Ces aménagements rendent les
d'identifier des oiseaux, tantôt encore sim textes plus accessibles aux visiteurs éprou
plement du texte. Il est important de res vant des difficultés à lire (personnes souf
pecter une certaine cohérence pour ce qui frant de graves troubles auditifs ou de
relève de l'emplacement et de la forme. certains troubles d'apprentissage).
Les visiteurs aveugles ou souffrant de han Plusieurs de nos consultants mal
dicaps sur le plan cognitif ont en effet voyants nous ont fortement conseillé d'évi
besoin, afin de n'être pas désorientés, de ter toute forme d'éclairage arrière pour les
pouvoir localiser facilement des éléments panneaux-textes. Dans le cas présent
d'expôt qui se répètent. cependant, parce qu'il était nécessaire de
218
NOUVELLES
PUBLICS & MUSÉES N° 11-12 garder un éclairage assez faible dans la une comparaison entre des «outils» an
galerie et aussi parce que nous avions mis imaux (fonctions particulières de certaines
en place une solution alternative (les com parties de la bouche et des pattes) et des
mentaires sonores), nous avons utilisé outils dont se servent les hommes pour
l'éclairage arrière pour les panneaux- accomplir des tâches similaires.
textes.
L'apport des visiteurs : nous avons fait RÉALISATION DE L'EXPO! — ÉVALUATION FORMA-
comparer les panneaux-textes d'origine TIVE
aux panneaux-textes réécrits par un
groupe de lycéens mal-entendants au Nous avons réalisé une version
cours de la période des tests interméd approximative de certaines des compos
iaires. Voici certains de leurs commenta antes de l'expôt, y compris des textes, et
ires : «les panneaux blancs (réécrits) sont nous les avons testées auprès du grand
destinés aux gens sourds, les noirs (ceux public et des visiteurs ayant des besoins
d'origine) ne sont destinés qu'aux gens qui spécifiques. Cette procédure d'évaluation
entendent bien»; «Je n'ai eu à lire les pan formative nous a été extrêmement utile.
neaux blancs qu'une fois pour com Quelques heures passées à observer les
prendre. Même après avoir lu les visiteurs et à discuter avec eux ont suffi
panneaux noirs trois fois je n'avais tou pour obtenir les informations dont nous
jours pas compris». Les panneaux qui ont avions besoin afin de procéder aux chan
finalement été retenus ont été lus et comp gements nécessaires. Nous nous sommes
ris par des enfants souffrant à la fois de servis de ce que nous avions appris lors de
problèmes auditifs et de troubles d'apprent l'élaboration du reste de l'expôt. Le temps
issage. que nous avons consacré à retravailler cer
tains aspects à été largement récompensé
Pôles d'activités par le résultat final.
II y a trois pôles d'activités et chacun La procédure d'évaluation formative
du pôle d'activités « se protéger des illustre un aspect différent de l'adaptation
intempéries en Nouvelle-Angleterre» : animale, thème commun à l'ensemble des
dioramas. Tout comme pour les éléments vers une meilleure conception
liés aux dioramas, ces activités sont tact
iles, les textes figurant dans ces activités Ce pôle d'activités se composait
sont présentés à la fois sous forme d'enre d'échantillons de fourrure à toucher de
gistrements sonores et sous de car trois animaux faisant l'objet d'un diorama
tels faciles à lire, et elles sont accessibles à (l'ours noir, le cerf à queue blanche et le
un enfant en chaise roulante. Ces trois castor), d'un microscope stéréo permettant
pôles consistent en : d'observer la micro-structure de ces four
1) «se protéger des intempéries en rures et de textes présentés à la fois sous
Nouvelle-Angleterre» : voir comment, grâce forme de cartels et d'enregistrements
à son poil, un animal se protège du froid et sonores.
des intempéries pendant l'hiver en Au début, les échantillons de fourrure
Nouvelle-Angleterre. étaient présentés verticalement, montés
2) «fabriquer un animal sur le côté droit de l'élément. Les parents
adapté/contours d'animaux» : voir en devaient soulever les enfants dans leurs
quoi la forme générale d'un animal est liée bras pour leur permettre de toucher les
à son mode de vie. échantillons du haut. Seul l'échantillon le
3) «un outil adapté à la tâche» : établir plus bas était à la portée des gens inca-
219
NOUVELLES
PUBLICS & MUSÉES N° 11-12 pables de lever le bras. C'est pourquoi que nous ayons conçu. Nous nous
nous avons redisposé les fourrures hor sommes inspirés de ce que nous avions
izontalement dans la partie inférieure de appris lors de la conception des proto
types pour les deux autres pôles d'activil'élément.
Le microscope était placé près d'un tés. Du coup, la première version des
«outils» a relativement bien marché auprès angle, dans le bas du même élément. Il a
été placé de manière inclinée, avec la lor des visiteurs et il n'a pas été nécessaire d'y
gnette dépassant du côté le plus bas, afin apporter de modifications structurelles :
— Le socle dispose d'une ouverture qu'un enfant assis puisse regarder dedans.
Après avoir observé les visiteurs qui l'ont d'environ un mètre de haut.
— La partie inférieure du bloc est réserutilisé et avoir discuté avec quelques per
sonnes ayant des handicaps affectant la vée aux éléments tactiles et la partie supé
partie supérieure du corps, nous avons rieure aux panneaux-textes.
— Une bande en relief parcourt le sol augmenté l'inclinaison du microscope.
Pour mieux répondre aux besoins indivi pour indiquer l'emplacement du bloc aux
duels, le microscope pouvait pivoter de utilisateurs se guidant au moyen d'une
gauche à droite. Ce dispositif a permis canne d'aveugle.
— Les écouteurs sont placés de façon d'améliorer le confort des visiteurs en
chaise roulante et des enfants, mais s'est cohérente sur le côté droit, à environ
révélé inconfortable pour les gens de 80 cm du sol.
grande taille. Tout cela a pu être arrangé
RÉSULTATS DE L'ÉVALUATION DU PROJET au moyen d'un tabouret. Tout comme
pour les éléments de la phase interméd
iaire, ce pôle d'activités a été conçu au Cette partie résume quelques-uns des
moyen d'un socle plein avec des plans de résultats obtenus par le Groupe de
travail en surplomb d'environ 23 cm. Nous recherche et d'évaluation de programmes
nous sommes dit que la grande majorité du Lesley Collège. Ces résultats ont été
des utilisateurs en chaise roulante parvien confirmés par les observations réalisées de
draient à se servir des éléments en y accé manière informelle par le personnel du
dant par le côté. Au cours des tests nous musée. Pour les détails de cette évaluation,
nous sommes aperçus que nous nous on peut consulter le chapitre 5 de New
étions trompés. En effet, de nombreuses Dimensions For Traditional Dioramas
personnes en chaise roulante souffrent en (Davidson, 1991) et la revue Curator
réalité de handicaps affectant la partie Heald & Hein, 1991). L'expôt
supérieure du corps. Dès lors, ces visiteurs tel qu'il a été réaménagé est finalement
se trouvaient gênés par le socle plein. Pour mieux pour tout le monde. On constate
toute activité faisant intervenir des manip qu'un plus grand nombre de visiteurs uti
ulations, ce type de visiteurs a besoin de lise la galerie qu'auparavant, du temps des
pouvoir s'approcher de très près et de dioramas d'origine. Ils y passent plus de
front. Les blocs ont finalement été conçus temps et apprennent davantage de choses.
avec un espace ouvert d'environ un mètre Les catégories de visiteurs ont également
sous le plan de travail. changé. Alors qu'auparavant on relevait
Le pôle d'activités «un outil adapté à la une prépondérance d'adultes, désormais
tâche», composé «d'outils» animaux à tou on trouve surtout des familles composées
cher (parties buccales et parties de pattes) d'adultes et d'enfants. Autrefois plutôt
mis en regard d'outils de structure et de silencieuse, la galerie est devenue un lieu
fonction analogues dont se servent les animé, bruyant, et on y relève de nomb
reuses interactions entre visiteurs. Grâce humains, est l'un des derniers éléments
220
NOUVELLES
PUBLICS & MUSÉES N° 11-12 aux diverses activités qui leur sont propos tion de l'orignal ou du castor à son envi
ées, les gens peuvent désormais choisir ronnement, ce qui suggère que leurs info
parmi plusieurs manières d'explorer la rmations provenaient d'autres sources que
les panneaux-textes accompagnant les dio- galerie. Ils partagent leurs découvertes
avec d'autres, ce qui crée un effet syner ramas. Les visiteurs savaient plus de
gique sur le plan de l'apprentissage. choses, mais ces connaissances ont été
acquises par des biais divers. Par exemple,
un visiteur auquel on a demandé s'il lisait Quelques exemples d'interactions
entre visiteurs les panneaux a répondu «non», mais
lorsqu'on lui a demandé de citer quelque
Nous avons pu constater que les visi chose de nouveau, il a pratiquement
teurs se font part de leur découverte des répété mot pour mot le texte enregistré
écouteurs en se les faisant passer. Ils concernant le castor. D'autres visiteurs
ayant répondu «non» concernant la lecture s'interpellent à travers la galerie pour dire
aux autres de venir sentir, ils font partager des panneaux ont en revanche indiqué
la manière dont ils perçoivent les odeurs : « comme étant des nouveautés «des choses
mets ton nez ici», «c'est comme ça que ça lues concernant les outils», «les odeurs»,
sent les ours?», «c'est quoi ça, d'après toi?». «le poil des castors doux au toucher».
Les éléments tactiles suscitent des propos
Connaissances relatives à l'adaptation allant de simples questions telles que :
«est-ce que tu as touché le castor?» à des
remarques telles que : «touche pour voir Dans les données de base, seules 20%
comme c'est doux. . . » et «la queue leur sert des personnes interrogées ont été capables
à tasser la boue». de nommer un des signes d'adaptation de
Le nombre d'informations retenues a l'un des animaux représentés, alors que
augmenté à proportion du nombre dans les données sommatives leur proport
d'options offertes. Dans l'expôt d'origine, ion est passée à 100%.
la plupart des visiteurs (65%) renonçaient Cette évolution quant aux connaissances
à lire les panneaux-textes. Seuls 20% relatives à l'adaptation animale apparaît
d'entre eux étaient en mesure de citer un non seulement dans les réponses des gens
exemple d'adaptation de l'orignal ou du aux questions, mais également dans les
castor à son environnement. Au cours de propos qu'ils échangeaient entre-eux. Dans
l'une des phases de tests intermédiaires, 65 les données de base, les seuls commenta
% des visiteurs interrogés ont déclaré avoir ires des visiteurs concernant l'adaptation
lu les panneaux, et 65% ont su donner un avaient trait à la taille de l'orignal ou aux
exemple d'adaptation de l'orignal ou du oiseaux. Dans les données recueillies au
castor. Au cours de la phase finale de tests, moment de l'évaluation sommative, le
alors que les visiteurs avaient le choix nombre de commentaires et leur diversité
entre panneaux et enregistrements ont considérablement augmenté. Le barrage
sonores, le nombre de groupes de visiteurs des castors a alimenté de nombreuses
observés en train d'écouter les enregistr conversations : «c'est grand comme ça un
ements sonores était plus du double de castor? Je croyais que c'était de toutes
ceux qui lisaient les panneaux. En fait, la petites bestioles ». Une dame a dit en
proportion des visiteurs déclarant avoir lu s'adressant à une fillette : «oh, regarde il a
les panneaux est passée de 65 à 51% au les pattes palmées». Un père a dit à ses
cours de cette période. Et pourtant, 100% enfants : «Vous avez vu sa queue, ce n'est
des visiteurs interrogés ont cette fois été pas étonnant qu'ils sachent construire...».
capables de donner un exemple Un autre a demandé à son fils : «pourquoi,
221
NOUVELLES
PUBLICS & MUSÉES N° 11-12 d'après toi, est-ce-qu'ils ont des pattes Conséquences pour le musée
comme ça?», et son fils lui a répondu :
«pour nager». Une petite fille s'est exclamé Nous avions certains objectifs en enta
en voyant le moulage d'un castor : «oh, une mant ce travail. Notre but était que davan
marmotte!»; la dame qui l'accompagnait lui tage de visiteurs aillent voir l'expôt, et que
a alors demandé : «mais alors pourquoi est- par ailleurs ils sortent en ayant retenu
ce que l'animal a des pattes palmées? Pour quelques messages simples concernant les
quoi faire une marmotte aurait-elle des habitats et l'adaptation des animaux. Nous
pattes palmées?». Une enseignante a dit à visions tout particulièrement la catégorie
ses élèves : «la queue leur sert à bâtir, les des visiteurs handicapés. Notre but était
pattes servent à nager sous l'eau. Il est que le nouvel expôt leur soit destiné
important de s'en souvenir quand je vous autant qu'aux autres visiteurs. Nous espé
demanderai ce dont se servent les animaux. rions qu'en offrant un éventail de choix
Tout comme vous, les animaux sont adapt plus vaste davantage de gens s'implique
és à la vie dans un certain milieu...». Un raient dans l'expôt, et c'est effectivement
monsieur d'un certain âge a dit en s'adres- ce qui s'est produit. À combien revient une
sant à la personne qui l'accompagnait : telle approche, en termes de coûts et de
«leurs dents continuent de pousser tout au temps? Certainement plus qu'une simple
long de leur vie, c'est pour ça qu'ils ont présentation visuelle, mais moins que ce
besoin de ronger». Le barrage des castors que nous avions prévu au départ.
fonctionnait également en conjonction avec Tous les ans, environ 500 000 visiteurs
traversent l'expôt Habitats en Nouvelle- le diorama. Un père a ainsi dit à son fils : «la
queue leur sert à tasser la boue. . . », puis ils Angleterre; les monts aux ours et aux cas
tors (les deux éléments qui nous se sont dirigés vers le diorama : «voici les
castors, et ils construisent leur maison dans préoccupaient le plus) ont une durée de
les cours d'eau». La table à outils a égale vie d'environ un an et demi, selon la qual
ment suscité de nombreux commentaires : ité des fourrures exposées. Les longs poils
«voilà ce qui permet aux canards de nager», qui recouvrent le dos du castor s'usent très
«c'est chouette que les animaux se servent rapidement sous l'effet des caresses des
du même genre d'outils que nous...». Un visiteurs, mais la peau elle-même est rela
monsieur s'est rendu de la table à outils, où tivement résistante. Les échantillons de
les dents de castor sont comparées à un fourrure et les odeurs doivent être renou
velés toutes les 4 à 6 semaines. Le poil de ciseau de charpentier, au diorama : «tu vois
Mat, voilà ce qu'ils font avec les arbres... et cerf est de loin le plus fragile, c'est pour
après ils construisent des barrages avec les quoi il convient de le remplacer plus sou
arbres». Deux petits garçons en train de vent, idéalement toutes les trois semaines.
jouer avec les spots servant à éclairer les Les organismes chargés de la protection
des poissons et des espèces sauvages en oiseaux côtiers discutaient ainsi entre eux :
«moi, mon oiseau vole», «le mien il patauge Nouvelle-Angleterre nous ont fait don de
dans l'eau». Un groupe d'adultes handica nombreux spécimens et nous ont commun
pés s'est assemblé autour des spots permett iqué une grande quantité d'informations
ant d'éclairer les oiseaux côtiers, leur guide précieuses. Dans l'ensemble, l'entretien et
leur a dit : «observez bien les différences le remplacement des composants d'un
entre les oiseaux», les membres du groupe expôt interactif très fréquenté ne revien
ont répondu en parlant de « petits » et nent pas trop cher.
«grands» oiseaux, et elle leur a dit : «obser Le musée a mis en pratique les ense
vez donc leurs pattes, notamment leur lon ignements retirés lors de la mise en œuvre
gueur. . . » du projet sur les habitats. L'évaluation for-
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PUBLICS & MUSÉES N° 11-12