Sepúlveda, Théry, Velut
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1. Pancarte photographiÈe ˆ Quillota, au nord de la VallÈe centrale: distances qui sÈparent cette ville de quelques grandes villes mondiales, mais aussi de la ville la plus septentrionale du pays, Arica, et de la plus mÈridionale, Punta Arenas (clichÈ H. ThÈry).
Jorge Negrete Sepúlveda*, Hervé Théry**, Sébastien Velut**
CHILI,UN MODÈLE AU CARRÉ
Mappemonde 65 (2002.1)
¥ CHILE ¥ CUADRADO ¥ MODELOS TERRI-TORIALES ¥ REGIONALIZACI”N
En revanche, sÕil est un domaine dans lequel le Chili ne fait pasa priorifigure de modËle cÕest bien celui de son organi-sation spatiale, tant cette figure maigre et allongÈe, comme celle de Don Quichotte, intrigue et paraÓt surtout poser de sÈrieux problËmes dÕamÈnagement.
* UniversitÈ catholique de Valparaiso ; E-mail : jnegrete@ucv.cl ** …cole normale supÈrieure ; E-mail : herve.thery@ens.fr. Ð sebastien.velut@ens.fr
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RESUMEN.Chile es para algunos un modelo econÛmico, pero puede ser tambiÈn un ejemplo instructivo para el ordenamiento del territorio, una suerte de modelo al cua-drado. Y justamente, inscribiendo en un cua-drado el modelo gr∙fico muestra las estructuras del paÌs, se pueden dejar de lado por un momento las consecuencias de la forma peculiar de Chile, tom∙ndolas en cuenta en una segunda etapa.
J. Negrete Sepúlveda, H. Théry, S. Velut
A P P E M ONDE 652002.1
ABSTRACT.model ªAn economic ´for some, Chile can also be an interesting example for those interested in land plan-ning, a ´square ªmodel of sorts. Drawing the graphical model highlighting the countryÕs structures inside a square enables us to temporarily put aside the constraints of its shape, so as to return to them afresh later.
Si le Chili est souvent prÈsentÈ comme un ´modËle ª,cÕest le plus souvent par certains Èconomistes et les organisations internationales, qui voient dans les principes du libÈralisme et de lÕÈconomie de marchÈ Ð clÈs selon eux du dÈcollage Èconomique chilien Ð un ensemble de recettes dont dÕautres …tats auraient avantage ‡ sÕinspirer.
En rÈalitÈ, le Chili constitue sans doute un exemple de terri-toire dont la forme masque la structure. LÕÈtirement latitudi-nal sur prËs de quarante degrÈs, soit plus de 5000 km entre Arica et Punta Arenas (fig. 1), et lÕÈtroitesse de la dimension
R…SUM….Le Chili est pour certains un ´ modËleª Èconomique, mais il peut aussi Ítre un exemple instructif pour qui sÕintÈ-resse ‡ lÕamÈnagement du territoire, un modËle au carrÈ en quelque sorte. Et cÕest prÈcisÈment en inscrivant dans un carrÈ le modËle graphique qui dÈgage ses structures principales que lÕon peut sÕaffranchir de sa forme, pour mieux y revenir ensuite.
¥ CARR… ¥ CHILI ¥ MOD»LES TERRITO-RIAUX ¥ R…GIONALISATION
¥ CHILI ¥ REGIONAL DIVISION ¥ SQUARE ¥ TERRITORIAL MODELS
est-ouest (qui ne dÈpasse La Paz pas 400 km dans sa partie Villes et la plus large, au droitTacna transports Arica dÕAntofagasta) lui donnent sa figure si particuliËre, et Iquique font de la position en lati-tude le principal paramËtre de diffÈrenciation, la capi-Antofagasta Chuquicamata tale se trouvant ´naturelle-Salta ment ªau centre. Ce sont dÕailleurs ces principes qui ont guidÈ le dÈcoupage du Copiapó Chili en treize rÈgions, amorcÈ par des orga-nismes de planification La Serena dans les annÈes 1960, entÈrinÈ par le rÈgime Mendoza militaire et rÈemployÈ Valparaiso dans lÕactuel Chili dÈmo-Santiago San Antonio cratique (Amilhat-Szary, Rancagua 1999). Talca Chillán Concepción ModÈliser le Chili (2) en commenÁant par le Temuco ramener ‡ une surface Valdivia neutre comme un carrÈ, Osorno mettant ainsi de cÙtÈ Puerto Montt le caractËre particulier de ications Routes la forme, permet de faireprincipales Routes ressortir dÕautres structures secondaires spatiales. Loin de conduireChemins de fer Puerto Aisen principaux ‡ une caricature, lÕopÈra-Coihaique tion permet dÕenrichir au contraire lÕinterprÈtation de lÕespace chilien, dont, ‡ lÕÈvidence, certains des traits dÈpendent du modËleRio Gallegos Èconomique. Punta Arenas Ushuaia Les modËles de base
Un premier ensemble de 2. Transports et population au Chili modËles distingue deux partitions croisÈes. DÕune part, Nord, Centre et Sud et, dÕautre part, Chili andin, Chili central et Chili pacifique. La premiËre distinction rÈpond ‡ une distinction climatique entre un Nord tropical, un Centre aux affinitÈs mÈditerranÈennes et un Sud frais et humide.
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Taux d'urbanisation et population en 1992
Population des municipios >50 000 hab.) 329 304 188 580  50622 Taux d'urbanisation 99,7 94,4 69,7 57,3 28,8
Source : INE Recensement 1992
Densités de population
Nombre d'habitants 2 par km 2 528 2 127 33 18 4 0,4 0,2
© SVHT - ENS 2001
Mais elle correspond Ègalement ‡ des diffÈrences marquÈes de peuplement et de mise en valeur, la principale zone de peuplement dense et continu se trouvant au centre du pays. Le Nord et le Sud rÈsultent quant ‡ eux de processus
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e dÕoccupation et de conquÍte ‡ la fin duXIXla guerresiËcle : du Pacifique, qui agrandit le territoire vers le nord, et vers le sud, la colonisation de lÕAraucanie.
par lÕArgentine. Sur cet axe vertÈbrant se greffent des transversales dÈbouchant vers lÕest sur des passages fronta-liers et vers lÕouest sur des terminaux portuaires.
CombinÈe avec la division mÈridienne, cette partition metLe groupe suivant de modËles individualise quatre coins en lumiËre le rÙle du secteur central ‡ la charniËre non seu-et montre lÕinsertion du Chili dans des ensembles plus lement du Nord et du Sud, mais Ègalement entre les Andesvastes dÈbordant sur les pays voisins. Au nord-ouest, et lÕOcÈan. La vallÈe centrale constitue lÕespace le pluslÕariditÈ est marquÈe: elle se fait sentir dËs Santiago, et anciennement occupÈ par les Espagnols qui en firent la prin-sÕaccentue ‡ mesure que lÕon se dirige vers le PÈrou, au cipale rÈgion de production agricole. RÈgion cÈrÈalicole dËsnord. Elle a conditionnÈ la disposition du peuplement et e leXVIIIcelle qui reÁoit dÕimpor- des cultures, soit sur le littoral, soit en fond de vallÈe o˘siËcle, cÕest aujourdÕhui tants investissements dans les secteurs agricoles qui ont faitlÕirrigation Ètait possible. Le secteur nord-est sÕintËgre ‡ une partie du succËs du modËle chilien (vigne, primeurs).lÕespace des hauts plateauxa(ltiplano), ou espace aymara, CÕest l‡ que se situe Santiago dont lÕagglomÈration rassem-qui dÈborde sur la Bolivie, o˘ il est un facteur majeur blait au dernier recensement (1992) un bon tiers des quinzedÕorganisation de lÕespace. Au Chili, cette prÈsence se millions de Chiliens.traduit par le nombre de personnes disant faire partie de la population aymara et par des formes de mise en valeur et Ces trois modËles ÈlÈmentaires ne diffËrent guËre de ceuxde peuplement traditionnels. Le secteur sud-ouest reste le proposÈs pour dÕautres …tats latino-amÈricains (Deler, 1988; plusinhospitalier du Chili: au sud de Puerto Montt la cÙte Fulano de Thal, 1988; ThÈry, 1986; Velut, 2000), hormis lase fragmente en une multitude de petites Óles, battues par position centrale de la capitale, qui singularise le Chili. Maisles vents et les pluies, et de fjords, rÈsultats de lÕennoie-il faut faire intervenir dÕautres modËles pour rendre comptement dÕanciennes vallÈes glaciaires. Ce Chili hyper-mari-au mieux de lÕorganisation de lÕespace chilien.time est particuliËrement vide, mais il constitue aussi un espace dÕexpansion pour de nouvelles activitÈs, parfois p r È d a t r i c e s ,n o t a m m e n tl Õ e x p l o i t a t i o nf o r e s t i Ë r e Des modËles spÈcifiques (Guerrero, 1991). Enfin, la Patagonie est partagÈe entre La situation centrale de la capitale a plusieurs consÈ-Argentine et Chili depuis 1882. Avant cet accord de quences :dÕune part, la nÈcessitÈ dÕun dÈbouchÈ portuairepartage, les deux pays sÕÈtaient livrÈs en parallËle ‡ une indispensable pour un pays issu dÕune histoire colonialecourse vers le sud, source de tensions importantes. Il en prolongÈe par une tradition dÕouverture sur les marchÈsest restÈ une certaine mÈfiance rÈciproque, mais aussi des internationaux. Port et projection balnÈaire de Santiago,migrations en particulier de travailleurs chiliens se Valparaiso et ViÒa del Mar ont constituÈ une agglomÈra-dirigeant vers lÕArgentine. tion complexe de prËs dÕun million dÕhabitants; dÕautre part, lÕexistence de relais, que lÕon situe en premiËre La composition des modËles et la carte approche en position littorale ‡ Ègale distance de la capi-tale. On peut y reconnaÓtre ConcepciÛn et Antofagasta.La combinaison des modËles ÈlÈmentaires est ‡ lÕorigine dÕinterfÈrences que lÕon peut suivre dans la figure 3. Les Un troisiËme modËle dÈcrit circulations et ouvertures, lespremiers croisements viennent souligner le poids duvalle premiËres assurant lÕintÈgration des rÈgions danscentral, centre gÈomÈtrique et capitale. LÕintervention des lÕensemble national, les secondes celle du pays dans lesquatre coins soulignent les positions particuliËres des relais, flux internationaux. Dans un modËle carrÈ on peut mettremais provoque aussi lÕinterruption de certains passages vers en place un croisement routier convergeant vers la capi-le sud. Le modËle obtenu met en rÈsonance les spÈcificitÈs tale. Ce sont les itinÈraires suivis autrefois par le cheminrÈgionales liÈes ‡ la fois aux situations (le centre et les de fer et aujourdÕhui par les routes principales, notammentquatre angles), aux circulations (internes et externes) et aux la route panamÈricaine dÕArica ‡ Puerto Montt, rÈcemmentpositions urbaines. Avoir choisi la figure du carrÈ aide sans prolongÈe vers le sud par lacarretera australqui atteint laaucun doute ‡ les percevoir plus facilement, notamment rÈgion dÕAisÈn mais ne parvient pas, loin sÕen faut, ‡ lapour les organisations mÈridiennes, que masque dÕhabitude Terre de Feu, accessible par bateau ou au prix dÕun dÈtourla forme du pays.
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Il faut toutefois y revenir, pour deux raisons. La premiËre est que la forme du territoire est une donnÈe rÈelle de lÕorganisation spatiale, la premiËre des contingences ‡ prendre en compte. CÕest tout particuliËrement vrai dans le cas du Chili, o˘ lÕÈtirement en latitude joue ‡ la fois positivement, par la diversitÈ des milieux, et nÈgativement, par les co˚ts liÈs aux distances ‡ franchir au long dÕun unique axe nord-sud. La seconde est que le contour du territoire est lÕune des figures fortes de lÕidentification dÕun pays (et, peut-on ajouter, de lÕidentification ‡ un pays), dÕordre symbo-lique et emblÈmatique (3), ce qui explique que les plus fortes rÈsistances ‡ la modÈlisa-tion portent presque toujours sur ce point, somme toute secondaire.
Une simple transformation gÈomÈtrique (fig. 4) permet de passer du carrÈ au rec-tangle qui est aisÈment ramenÈ ‡ la carte, sans perdre trop dÕinformations ni sacrifier la lisibilitÈ ‡ la prÈcision rÈfÈrentielle: lÕessentiel y est et ‡ sa place. La prise en compte de la forme ÈtirÈe du Chili rap-proche cependant certaines structures: le Sud est ‡ la fois patagon et hypermaritime alors que lÕaltiplano du Nord est Ègalement dÈsertique. De mÍme, les axes mÈridiens se 3. Les modËles ÈlÈmentaires et leur composition confondent pour ne laisser subsister que la route panamÈricaine. On peut cependant noter que lÕon rÈalise en ce moment dans le secteur central de nouvelles routes orientÈes nord-sud: lesupport de communication, lÕaller-retour de lÕÏil de la carte Chili se rapproche de son modËle. ¿ lÕinverse, lÕextensionaux modËles permettant de profiter des avantages de lÕune et en latitude explique la multiplication des itinÈraires trans-des autres. versaux, dÈbouchant ou non sur des ports ‡ lÕouest et des cols ‡ lÕest. Elle Èloigne Ègalement de Santiago ses relais Conclusion principaux et justifie lÕexistence dÕautres mÈtropoles rÈgio-nales repÈrables sur la carte.La modÈlisation du Chili contraint donc ‡ un effort dÕabs-traction supÈrieur ‡ celui que demandent des territoires, On notera toutefois que ce double passage, sÕil permet decomme la Pologne ou lÕEspagne, dont la forme est plus tester le modËle (au prix de quelques itÈrations) et de rassurerproche dÕune figure gÈomÈtrique simple et sÕy laisse plus les anxieux, ne doit pas faire oublier lÕeffort dÕabstraction quifacilement ramener par Èpuration. La rupture quÕintroduit le avait permis de construire le modËle carrÈ: les structures etcarrÈ permet de mettre en lumiËre des ÈlÈments dÕorganisa-les passages sÕy lisent mieux, et lui seul permet la comparai-tion et de fonctionnement de lÕespace chilien qui resteraient son avec dÕautres espaces, dont la forme externe peut Ítresinon peu apparents. La confrontation avec la carte en est trËs diffÈrente de celle du Chili. Le retour ‡ la carte nÕest pasdÕautant plus nÈcessaire et Èclairante quÕelle redonne toute un abandon, mais une vÈrification finale et la crÈation dÕunson importance au facteur distance.
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4. Du modËle ˆ la carte
On notera que les actuels choix de dveloppement chiliens rendent plus utile cette analyse des spÈcificitÈs, car ils contribuent ‡ accroÓtre le poids de la capitale et ‡ renforcer lÕautonomie Èconomique de chacune des rÈgions. Celles-ci sÕarticulent davantage aux marchÈs mondiaux quÕaux Èchanges internes, par leurs terminaux portuaires et leurs
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passages frontaliers. Le modËle territorial tÈmoigne de cette ten-dance, mais il souligne Ègalement les enjeux que reprÈsente la cohÈ-sion interne de chacune des rÈgions. Mais ceci est une autre histoire, ‡ poursuivre ‡ dÕautres Èchelles.
(1) La base de cet article est le rÈsultat dÕun travail collectif menÈ avec les Ètu-diants et les enseignants de lÕUniversitÈ catholique de Valparaiso lors du sÈmi-naire ´Territoires et mondialisationª tenu en avril 2001 dans cette universitÈ.
(2) LÕexercice proposÈ porte sur le seul territoire amÈricain du Chili, et ne prend en compte ni le secteur antarctique ni lÕÓle de P‚ques.
(3) Nous empruntons ces deux notions ‡ Bernard Debarbieux.
RÈfÈrences bibliographiques
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