L intégration des immigrants au Canada
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L'intégration des immigrants au Canada , livre ebook

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Description

Cet essai scrute l'univers sociologique des immigrants au Canada en analysant leurs interactions passives et actives dans leur société d'accueil. Mwamba Tshibangu étudie la vie au sein des familles immigrantes, particulièrement dans les situations atypiques, paradoxales ou conflictuelles, alimentées par deux problèmes majeurs : le conflit intergénérationnel et les difficultés émanant de l'intégration différenciée des immigrants.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mars 2015
Nombre de lectures 12
EAN13 9782336370804
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Titre

Mwamba Tshibangu





L’intégration des immigrants au Canada
Conflits de valeurs
et problématiques d’adaptation



Préface de Thomas Banjikila Bakajika
Copyright

Du même auteur

Kabila, la vérité étouffée , L’Harmattan, 2005.
Congo-Kinshasa ou la dictature en série , L’Harmattan, 2007.
Joseph Kabila, la congolité en question , Muhoka, 2009.
Etienne Tshisekedi, la trajectoire vers la présidence (co-écrit avec Alexis Kabambi), L’Harmattan, 2013.

















© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
EAN Epub : 978-2-336-72091-3
Dédicaces


À mes enfants. Qu’ils sachent intégrer et valoriser le choix de vie que nous avons fait pour leur assurer un avenir des plus prometteurs sur cette terre d’asile. Qu’ils l’assument sans perdre leur âme afin qu’à leur tour, ils puissent transmettre le legs de l’africanité que nous portons en nous, toujours huilé et toujours renouvelé, d’une progéniture à l’autre.
Remerciements
Au terme de cette étude, il me sied de reconnaître d’entrée de jeu qu’elle ne pouvait aboutir et parvenir au résultat auquel nous sommes arrivés, n’eût été la participation active de beaucoup de personnes. Les informations récoltées ont été l’œuvre de nombreuses personnes qui se sont livrées à nous à cœur ouvert, permettant ainsi que nous puissions disposer d’une base de données suffisamment importante pour étoffer ce travail.
Plus intimement encore, je tiens à remercier deux amis qui ont accepté volontiers de lire le manuscrit et de nous soumettre leur appréciation. Alexis Kabambi s’est attelé à la tâche avec ardeur et dévotion. Notre partenariat désormais consolidé est une assurance qui nous permet d’être à l’aise, sachant au départ que nous pourrions compter sur une personne qui est non seulement fidèle dans l’amitié qui nous lie depuis de longues années, mais qui est aussi capable de formuler des suggestions très intéressantes qui apportent toujours un plus au travail. Ses observations en qualité de travailleur social nous ont éclairés sur bien des points.
Mes sincères remerciements vont également à Thomas B. Bakajika qui nous a fait une démonstration d’une part, du respect de l’engagement pris et d’autre part, de l’efficacité avec laquelle il est capable de se mettre à l’œuvre, de donner sa contribution. Tout en étant pris par ses occupations professionnelles, il a lu le manuscrit en un temps record, circonscrivant au passage la thématique dans son contexte propre en nous indiquant plusieurs sources intéressantes reliées au sujet. Bien plus encore, il a, dans sa préface, mis en lumière la philosophie de l’immigration à travers le temps dans le contexte nord-américain, démontrant par là la maîtrise du sujet qui a de nombreuses causes et des ramifications certainement lointaines.
Ce livre a été façonné dans sa forme et sa mise en page par une main experte. Nous adressons toute notre gratitude à madame Françoise Labelle pour sa patience, sa disponibilité et pour l’éclairage qu’elle nous a apporté dans son domaine de compétence.
Nous remercions de tout cœur Nicole Rainville, artiste-peintre québécoise, qui a si bien trouvé, dans ses nombreuses toiles, une illustration pour notre page couverture au titre révélateur : « Pourquoi partir si loin ? ». Nous lui en sommes reconnaissants pour son intuition artistique et son sens du réel.
Notre sentiment de gratitude va tout aussi naturellement à madame Solange Pinot qui, en dépit de son état de santé débilitant, a courageusement consenti à relire notre manuscrit. Son geste héroïque et amical l’élève considérablement dans notre cœur.
Enfin, mes remerciements vont à toute ma famille pour le temps qu’elle m’accorde et la patience qu’elle démontre à mon égard afin que je puisse continuer à m’occuper des œuvres de l’esprit.
Préface
L’arrivée massive des populations européennes et africaines aux Amériques, depuis le XVI e siècle, a posé le problème des contacts de cultures , qui a généré, à son tour, ceux de l’intégration et de la tolérance.
Les experts affirment que toute personne vivant à l’étranger (et quelle que soit la durée de son séjour) subit avec plus ou moins d’intensité les effets du « choc culturel », une expression introduite, pour la première fois, par l’anthropologue Kalvero Oberg en 1954, et qui se réfère au sentiment d’anxiété provoqué par le fait de se retrouver plongé dans un contexte à la fois étranger et étrange. Selon Oberg, voici les phases d’un choc culturel :
Lune de miel : période qui peut s’étendre aux premiers jours, aux premières semaines, voire aux six premiers mois du séjour. Elle se caractérise par un sentiment d’euphorie et de curiosité provoqué par la nouveauté.
Crise : celle-ci se déclenche lorsque l’individu est conscient que certains des aspects qui, au début, l’avaient conquis minent à présent sa confiance en lui. Il peut s’agir de la différence de la langue, de la façon de se comporter, etc. Il se sent en exil et cela peut l’amener à une attitude de rejet envers la culture d’accueil. Au cours de cette période, l’individu peut devenir agressif, il se réunit avec des compatriotes et critique nombre d’aspects de la nouvelle culture. Il est fréquent que surgissent alors clichés et stéréotypes.
Récupération : si l’individu surmonte cette crise, approfondit sa connaissance de la langue et élargit le cercle de ses connaissances, il s’ouvrira alors à la nouvelle culture. Certes, toutes les difficultés ne seront pas résolues pour autant, mais il pourra raisonner pour trouver des solutions. Dans cette phase, il sera aussi capable d’empathie avec les autres.
Adaptation : une fois conclues les étapes précédentes, au cours de cette ultime phase, l’individu sera capable de s’exprimer sans difficulté. Il acceptera les usages de la nouvelle culture et prendra plaisir à ses propres expériences. Et comme le fait remarquer Oberg, ce n’est pas que le milieu ait changé, c’est l’attitude de l’individu envers lui qui a changé. C’est alors que l’on peut vraiment parler d’adaptation (Cl. DENIS & Cie, Individu et société , Montréal, Chenelière, 2001, 334 p.).
Outre ces étapes, il convient de noter que les variations physiques existent et les déplacements des hommes ont abouti à la naissance de grandes distances entre les langues, les mœurs, les coutumes ou encore les organisations des différentes sociétés humaines. Ces différences culturelles peuvent être à l’origine d’incompréhensions, qui, lorsqu’aucun effort n’est fait pour les dépasser, aboutissent parfois à des conflits sanglants.
Aux États-Unis, face au manque de représentativité des classiques figurant au programme des humanités (départements de philosophie et des lettres) qui, pour un certain nombre d’étudiants, étaient tous euro-américains et donc non représentatives de la diversité culturelle de la société américaine, les étudiants américains d’origine non européenne lancèrent le multiculturalisme qui allait rapidement devenir un mouvement politique, une pratique discursive et une critique des démocraties contemporaines. Ce mouvement critique qui, dans certains départements, allait prendre toutes les allures d’une intifada culturelle des minorités contre la monoculture euraméricaine, la vision homogénéisante de la société américaine, remonte au début du XX e siècle, et s’est radicalisé au cours des années soixante. Il est contemporain aussi bien du mouvement pour les droits civils que des luttes anticoloniales.
De ce point de vue, du moins s’agissant des États-Unis, le multiculturalisme a émergé comme une réponse active à l’échec de la politique assimilationniste du « melting pot » auquel il était censé s’opposer (D. LACORNE, La Crise de l’identité américaine. Du Melting pot au multiculturalisme , Fayard, Paris, 1997).
Pour faire front à la conception monoculturelle d’un pays multiculturel de fait, ceux qui ne sont pas d’origine européenne ont suggéré d’intégrer quelques auteurs, provenant d’horizons culturels autres que celui de la culture euraméricaine. Les cultures non représentées au plan des études universitaires et socialement marginalisées, cultures occultées aussi bien au plan social que politique des États-Unis, correspondaient à celles dont les porteurs faisaient l’objet de discrimination et d’exclusion de toutes sortes. C’était des cultures de ceux qui, au nom de leur identité raciale et culturelle, étaient les grands ignorés, les grands oubliés de la prospérité et de l’humanité américaines. Ils étaient rejetés en vertu de leur ethnie, de leur culture, de leur couleur. Ils ont revendiqué ce au nom de quoi ils (ou leurs parents) avaient été socialement, économiquement et surtout politiquement pénalisés : leur ethnie, leur culture, leur couleur. Du coup, le multiculturalisme apparaissait à ses débuts aux États-Unis comme un mouvement politique subversif qui s’est exprimé en termes de politique culturelle au plan universitaire et non universitaire, porté par les voix qui ne jouissaient d’aucune reconnaissance.
Il n’en était pas de même au Canada en général, et au Québec en particulier. Alors que le gouvernement fédéral canadien prit l’initiative de mettre en place depuis la fin des années soixante une politique du multiculturalisme où toutes les cultures locales, comme celles qui sont issues de l’immigration, pouvaient cohabiter dans un respect mutuel et développer, non seulement en privé, mais encore dans l’espace public, ce qui constituait leur originalité, le Québec mettait l’accent sur la culture et la langue française et optait pour une politique interculturelle. Il s’agissait, outre le projet de vivre dans une société francophone qui doit cimenter l’unité d’une nation québécoise, de rapprocher l’ensemble des groupes ou communautés culturelles représentées au Québec autour de l’idéal d’une communauté de langue et de culture française. Dans les deux cas, le multiculturalisme et l’interculturalisme québécois provenaient d’initiatives gouvernementales, d’initiatives politiques.
Mais dans l’ensemble du Canada au niveau fédéral, le multiculturalisme est fondé sur le relativisme culturel qui tend à observer les autres cultures en respectant leur point de vue, car il suppose que des sociétés différentes produisent des valeurs, des normes et des modèles culturels différents. Cette position ne signifie pas accepter n’importe quel comportement d’ailleurs ; elle requiert un effort de compréhension des autres cultures.
Enfin, le relativisme culturel est nécessaire aujourd’hui parce qu’il permet de mieux comprendre les limites de nos propres normes et valeurs sociales. Il favorise la tolérance parce qu’il met en relief la grande variation dans les modèles culturels. C’est ce que tente d’analyser et de comprendre Mwamba Tshibangu, auteur du présent ouvrage.
Thomas Banjikila BAKAJIKA, Ph. D. Directeur du Centre d’études africaines Sed et Professeur.
Avant-propos
Le thème de l’immigration nous tenait à cœur. C’est une réalité dans laquelle nous sommes plongés jusqu’au cou. Nous nous sommes rendu compte que nous n’étions pas les seuls à devoir affronter cette réalité aux visages multiples. Nous nous sommes également rendu compte qu’en dépit d’une vaste gamme de littérature sur le sujet, un aspect le plus important, selon notre point de vue, méritait d’être abordé, d’être analysé pour mieux saisir la dynamique sous-jacente des diverses problématiques vécues par les immigrants.
Puisque le sujet est vaste et les angles sous lesquels il peut être développé sont nombreux comme le sont les diverses composantes de l’immigration venues de tous les horizons, nous avons opté d’orienter notre essai sur l’intégration asymétrique. Celle-ci nous donnait un ample champ de vision sur la manière concrète dont se vit et s’opère l’intégration au sein de la nouvelle société d’accueil par les immigrants.
Cherchant de circonscrire davantage notre sujet, nous avons focalisé nos investigations sur la situation au sein d’une famille nucléaire. À la lumière de nos observations, nous avions compris que l’intégration asymétrique pouvait résulter, par sa dynamique et de par la différenciation dont elle est porteuse, une source potentielle de conflits. Ces conflits relèvent, par ailleurs, de l’ordre naturel des choses. Selon qu’on les épingle avec souplesse ou fermeté, elles peuvent engendrer des conséquences sur l’intégration tant sur le plan vertical qu’horizontal.
L’immigration, comme phénomène des masses, est une ressource qui comporte bon nombre d’avantages, mais apporte aussi autant des défis à relever. Voilà pourquoi ce sujet domine l’actualité et ne cesse d’alimenter des discussions de tout genre tant au niveau de la population que des autorités devant réglementer et gérer le flux d’immigrants. En dépit de nombreuses difficultés qui peuvent surgir sur le chemin de l’intégration, les immigrants ont un réel besoin de recommencer leur vie. Ils ont envie de bâtir un autre avenir, de tourner le dos au passé tout en maintenant le pont avec leur patrie d’origine.
La fascination du phénomène migratoire est que l’on assume une dimension binationale. On désire ardemment être canadien ou américain par exemple, mais dans le même temps on reste attaché à ses origines. Les événements sportifs de grande envergure régionale ou mondiale révèlent des moments où les supporters manifestent joyeusement leur appartenance binationale en arborant tantôt le drapeau de leur pays d’origine tantôt celui de leur pays d’accueil. Du foisonnement des êtres dans un monde qui est géographiquement divisé, mais dont les frontières ne sont que des lignes imaginaires qui n’empêchent pas les personnes qui le veulent de communier avec une autre culture ou de changer de nationalité en devenant citoyen et citoyenne à part entière d’un autre pays. D’une patrie nouvelle qu’on intègre et qu’on aime par-dessus tout.
Première partie La dynamique de l’immigration
Chapitre 1 Introduction
1.1. Liminaire
L’immigration est devenue le défi majeur de ce XXI e siècle. On ne sait compter le nombre de personnes qui se déplacent en délaissant tout derrière elles pour aller chercher une vie présumée meilleure ailleurs. La carte de l’immigration se joue sur plusieurs échelles : pays voisins ou lointains ou encore, à l’intérieur d’un même pays. Mouvement récurrent depuis des siècles, on comprendra aisément que le flux migratoire, avec les problèmes qu’il pose au niveau de l’intégration et de la gestion de la cité, soit abordé abondamment sous des angles variés. Les faits sur le terrain démontrent que la dynamique migratoire ne semble pas s’estomper et va plutôt en s’accroissant en dépit des mesures imposées pour endiguer le flux de nouveaux arrivants. Dans ce contexte précis, il faut relever l’arsenal de mesures politico-juridiques prises par différents gouvernements, de manière isolée ou concertée, pour encadrer ledit phénomène. Le défi est de taille et la problématique très complexe du fait que l’immigration se présente en réalité sous plusieurs facettes. En dépit des efforts déployés et des moyens qui y sont alloués par divers gouvernements pour le contenir dans des dimensions acceptables, à défaut de l’éradiquer complètement, le phénomène migratoire est quasiment incontrôlable.
Le sujet de l’immigration demeure d’actualité. Il demeure aussi un sujet de préoccupation presque pérenne, que cela soit pour les gouvernements ou pour les immigrants. Notre étude s’insère dans le sillon des analyses qui cherchent à comprendre ledit phénomène et ensuite, à l’expliquer selon notre propre angle d’interprétation. Tout en brossant le cadre général de la situation, nous allons chercher à appréhender cette thématique sous un angle particulier. Plus précisément, nous focaliserons notre attention sur l’analyse de l’intégration différenciée des membres composant la cellule familiale. En tant que phénomène de déplacement des masses, l’immigration comporte les germes d’un changement substantiel du fait de devoir s’accommoder aux usages et exigences qu’on trouve dans le nouveau milieu d’accueil. En réalité, l’intégration des individus ne s’opère pas de la même façon pour tous. Elle est, par sa dynamique et par son essence, souvent tributaire des facteurs endogènes reliés à son être, c’est-à-dire à son vécu personnel d’une part, et d’autre part, reliés aux facteurs exogènes sous-jacents à l’environnement qu’on trouve sur place. Les variables susmentionnées sont très importantes dans le cadre d’une analyse globale du phénomène de l’immigration.
En fait, si l’on veut mesurer adéquatement le niveau d’intégration en termes de satisfaction, d’adaptation ou d’adaptabilité des gens à leur nouveau milieu, il semble logique de tenir compte de différents types de conditionnements psychologique, sociologique, religieux, financier, etc., auxquels ils sont assujettis. Car ils représentent les épreuves de différentes réalités vécues par les immigrants en fournissant de manière éclairée la clé de lecture de leur intégration. On peut s’imprégner de la situation réelle des gens sur le terrain par le biais d’expériences participatives, par des témoignages rendus ou sollicités, par des enquêtes ou par des sondages élaborés à cet effet.
1.2. Approche méthodologique
Le sujet étant vaste et la différenciation elle-même multiforme selon que l’on provienne de tel ou tel autre pays et suivant les usages des uns et des autres, nous allons, dans notre approche méthodologique, faire référence de manière plus étendue aux ressortissants francophones d’origine africaine vivant au Canada et, plus particulièrement, à la communauté congolaise de laquelle nous sommes issus. N’étant pas dans les conditions de mener une enquête quantitative de vaste portée, notre choix est allé en priorité vers les cibles que nous avons l’opportunité d’observer au quotidien par notre immersion dans le milieu. De manière plus extensive, notre choix a convergé aussi vers des cibles que nous pouvions atteindre facilement de par l’accessibilité au niveau de la langue ou par la faveur de contacts divers qui se forgent au gré des circonstances.
Toutefois, il sied de faire observer que les portraits dégagés ainsi que certaines conclusions pourraient avoir un champ d’application ne se limitant pas seulement à ces ressortissants. En ligne théorique, la thématique telle qu’appréhendée dans cet essai a une extension beaucoup plus large. Elle est, sous certains aspects, globale et globalisante. Car les faits abordés se vérifient dans beaucoup de communautés au-delà des appartenances ethniques, régionales ou encore, au-delà du type de locution utilisée. De plus, en se basant sur les deux types de différenciations majeures, soit le sexe et l’âge, les attitudes ou les types de comportement qui en découlent forgent des similitudes susceptibles d’être appliquées à un grand nombre de personnes et à une multitude de cellules familiales de tout horizon ethnoculturel.
Au-delà de ce postulat, notre étude cherche à brosser la vie au sein des familles immigrantes en mettant en relief les études des cas où l’on dénote plusieurs situations atypiques, paradoxales ou conflictuelles qui alimentent par moment ou de manière permanente la cadence de leur vie au quotidien. Qu’à cela ne tienne, ces genres de situations ne sont pas seulement l’apanage des populations immigrantes. Elles peuvent survenir dans n’importe quelle famille et dans les strates sociales les plus différenciées. Deux problèmes majeurs semblent en être la cause : le conflit intergénérationnel et les difficultés évidentes émanant de la problématique de l’intégration différenciée des immigrants. La clé de voûte de ce conflit apparent résulte être le modus operandi qui n’est pas forcément le même pour toutes les différentes composantes de la famille.
En définitive, nous avons tenté de scruter singulièrement l’univers sociologique des immigrants en analysant leurs interactions passives ou actives dans la société d’accueil, non sans jeter un regard à la cohorte des problèmes qui les surplombe, selon notre appréhension des faits sociaux. Plus précisément, nous avons mené des sondages non structurés sous forme d’interviews dirigées. Cette méthodologie nous a permis d’orienter les discussions vers des sujets pour lesquels nous cherchions des informations ou encore des vérifications. La quête était généralement positive, car les gens abordés nous en disaient plus, manifestant la bonne disposition de discuter du sujet qui apparemment les intéressait. Nous avons par la suite condensé de manière parcellaire chaque histoire en rapport avec les thèmes développés dans le corpus du travail. Cependant, pour compléter tout le cadre, nous avons effectué de nombreuses recherches pour étayer ou pour réfuter notre point de vue ou celui exprimé par nos enquêtés lors de sondages.
1.3. Niveaux d’intégration
En axant notre étude sur la différenciation, nous reconnaissons d’emblée qu’il y a plusieurs niveaux d’intégration. Nous pourrions le schématiser en trois parties : l’intégration indifférenciée, l’intégration par paliers et l’intégration de fond.
L’intégration indifférenciée est la voie obligée pour tous. Elle est la première étape qui sanctionne et matérialise le changement d’état. C’est l’acquisition du nouveau statut d’immigré. Elle n’appelle en pratique aucune différenciation. Indistinctement, elle concerne hommes, femmes, personnes âgées et enfants. C’est la situation optimale qui voit tout le monde se conformer, s’assujettir aux normes sociales, aux us et coutumes du nouveau milieu d’accueil. C’est l’intégration par la grande porte. Elle permet à tous de s’accommoder sans problèmes, sans préambules et sans autres obligations particulières. À titre d’exemple, évoquons le cas des formalités administratives que tout le monde doit remplir pour obtenir le droit de séjour ou le permis de travail.
L’intégration par paliers ne touche pas l’ensemble de la population immigrante. Elle se base sur la différenciation du sexe ou de l’âge. Par sa nature, elle crée des clivages et recourt à un recentrement par rapport à la spécificité de chaque individu en fonction de l’un ou des deux facteurs indiqués. Elle se caractérise en fonction de ces attributs tout en se greffant sur l’intégration indifférenciée. Les enfants en âge de scolarité par exemple, puisque celle-ci est obligatoire au Canada 1 , doivent être inscrits dans les écoles.
Enfin, nous trouvons l’intégration de fond. Celle-ci outre-passe l’intégration par paliers et se base sur la spécialisation professionnelle ou académique. Naturellement, elle crée aussi des clivages d’autant plus qu’elle n’intéresse pas tout le monde de la même façon. Seules les personnes se trouvant dans cette catégorie sont concernées. Comme la différenciation par paliers, elle se greffe aussi sur l’intégration indifférenciée qui est la matrice commune de tous les immigrants.
Cette classification basée sur des critères d’intégration différenciée offre l’avantage de comprendre à fond les genres de problèmes ou de difficultés auxquels peuvent être confrontés les uns par rapport aux autres. Dans le cas d’espèce, on pourrait comprendre en filigrane une certaine tendance auprès des femmes 2 plus que chez les hommes, à changer rapidement leurs attitudes, une fois arrivées au Canada. En fait, l’appropriation et l’identification aux coutumes locales constituent le point de divergence entre les différentes composantes d’une famille. Dans cette logique, on pourrait trouver, par exemple, les éléments d’interprétation du comportement des enfants qui changeraient aussi facilement leurs modes de vie par rapport aux coutumes de leurs géniteurs. Ainsi, croyons-nous que c’est en allant au fond de la problématique, en l’analysant suivant l’optique de la différenciation que l’on peut comprendre facilement les motivations sous-tendant les agissements des uns et des autres et la clé de réussite ou de l’insuccès de l’intégration de certaines couches de la population immigrante au Canada.
1.4. Intérêt de l’étude
Une mention mérite d’être faite pour bien saisir la portée et l’intérêt de cette étude : totalisant une superficie de 9 984 670 kilomètres carrés dont 9 093 807 kilomètres carrés de terre et 891 163 kilomètres carrés d’eau douce, le Canada est le deuxième plus grand pays au monde après la Russie. Toutefois, sa population s’élève, selon les estimations de Statistiques Canada effectuées en avril 2013, à 35 141 542 habitants, alors qu’en 2011, elle était de l’ordre de 33 476 688 habitants 3 . L’analyse des chiffres permet de comprendre en détail l’accroissement de la population qui est dû principalement à « une hausse de l’immigration internationale 4 ». En fait, le taux de croissance annuelle en 2006 était de + 5,4 %. À la lumière du taux d’accroissement naturel (0,22 % en 2012) contre le taux d’immigration (5,66 % en 2012), l’on peut en déduire que la croissance démographique repose aux deux tiers sur le solde migratoire international, faisant du Canada un pays par excellence d’immigration. Il est réellement difficile d’entrevoir un avenir radieux tant sur les plans économique que démographique sans les immigrants 5 qui sont accueillis en grand nombre. Cette prémisse justifie, en elle-même, tout l’intérêt à accorder au secteur de l’immigration. De nombreuses études effectuées par des spécialistes dans ce domaine existent. Nous tentons, quant à nous, d’apporter notre pierre à la construction de l’édifice, étant nous-mêmes issus de l’immigration. Nous croyons fortement qu’il faille multiplier, sous des aspects variés, les études dans ce domaine afin de faire ponctuellement le point sur l’intégration des nouveaux arrivants. L’immigration étant une nécessité plus qu’un choix pour le Canada, les politiques gouvernementales devraient s’assurer qu’elle soit une réussite plutôt qu’un calvaire. Les nombreuses personnes qui ont opté de venir s’installer au Canada ou y ont été convoyées par les circonstances, y viennent nourries de bonnes intentions avec la ferme volonté d’y réaliser des rêves mirobolants.
La perspective exceptionnelle et circonstancielle qui amène les gens à immigrer au Canada ouvre la voie à quelques questions qu’on ne peut s’empêcher de se poser : Quels sont les problèmes récurrents liés au phénomène migratoire ? Quel est le regard que la société d’accueil jette sur les immigrants ? L’intégration des immigrants au Canada est-elle positive dans son ensemble ? Et enfin, quelle est la perspective que les immigrants ont eux-mêmes de leur aventure ou projet d’établissement dans le nouveau milieu d’accueil ? Voilà, à nos yeux, quelques-unes des questions qui témoignent de l’intérêt sur ce sujet. En explorant ces pistes, l’étude cherche à jeter un éclairage nouveau sur ces questions qui sont, sans doute, fondamentales dans la dynamique d’une nation confrontée à la mondialisation en ayant conscience de la concurrence implacable que celle-ci engendre sur tous les plans. En tout cas, sans prétendre apporter les réponses toutes faites, l’étude se propose néanmoins de fouiner dans le vaste chantier d’expériences qu’alimente le terrain de l’immigration pour en tirer les conclusions qui s’imposent. Car, comme on peut l’imaginer, chaque immigrant amène avec lui un bagage d’expériences multiformes qui sont enfouies dans le microcosme de différentes communautés. Naturellement, les attitudes et comportements qui seront l’objet d’analyses sont des faits courants, apparents. Dans ce contexte, l’effort consiste à aller chercher la ou les causes qui les sous-tendent pour en comprendre le sens et en tirer des explications rationnelles au-delà de certains préjugés. Cela présuppose de ne point recourir aux explications basées sur sa propre subjectivité en prenant en référence ses propres valeurs, mais plutôt d’opter pour une méthodologie qui va à la rencontre des valeurs de l’autre pour les comprendre exactement dans leur portée ontologique et sociologique. Cela présume également de ne pas préjuger son comportement sur la base de ses propres lunettes sociologiques, mais en endossant les lunettes de l’autre pour entrer ou pénétrer dans son propre univers culturel.
Le multiculturalisme canadien 6 ne peut idéalement se caractériser que par la cohabitation pacifique et harmonieuse de diverses ethnies issues de l’immigration avec les populations locales. La place et le rôle des communautés ethnoculturelles iront en grandissant dans la mesure où les peuples fondateurs du Canada, qui étaient au départ une grande majorité, sont en train de subir la poussée démographique de nouveaux venus. Pour bien illustrer ces propos, référons-nous au diagramme élaboré par Statistiques Canada qui nous donne l’effectif et la proportion de la population née à l’étranger à dater de 1901 jusqu’en 2006.
Effectif et proportion de la population du Canada née à l’étranger, 1901 à 2006

Source : Statistiques Canada, recensements de la population, 1901 à 2006.
« Cette figure présente les effectifs, ainsi que la proportion de la population totale du Canada, de la population née à l’étranger au cours des 105 dernières année s. Le recensement de 2006 a permis de dénombrer 6 186 950 personnes nées à l’étranger. Aussi, c ette figure montre que la proportion de la population du Canada née à l’extérieur du pays a atteint son niveau le plus élevé en 75 ans. En 2006, 19,8 % de la population était né à l’extérieur du pays. Il s’agit de la plus forte proportion observée depuis 1931, alors que les personnes nées à l’étranger représentaient 22,2 % de la population 7 ».
La poussée démographique des immigrants ci-dessus illustrée change naturellement la donne sur plusieurs plans. Désormais, il faudrait plus d’effort et plus de souplesse pour savoir conjuguer et habiller d’une étoffe nouvelle le paysage démographique qui prend corps peu à peu dans la société canadienne. L’intérêt pour comprendre l’autre ou les autres devient un impératif de cohabitation sociale. La mosaïque canadienne devrait se nourrir de l’intérêt réciproque vers la découverte de l’autre. Cet essai se veut être un outil pour la connaissance réciproque des autres dans leur diversité, mais également dans l’appréhension et la compréhension mutuelle de leurs problèmes et de leurs vécus. Le chapitre combien instructif qui a éclaté au Québec avec le problème des accommodements raisonnables 8 est révélateur de l’importance à accorder à la problématique de l’intégration des nouveaux immigrants. Il sied non seulement d’appeler les nouveaux arrivants à s’intégrer, encore faut-il qu’on sache comment les intégrer partant de leurs problèmes et de leurs préoccupations majeures.
Ce manuel, en se basant sur des faits courants et parfois anodins, offre aux lecteurs un cadre transparent qui reflète une certaine réalité. À cette fin, il pourrait être utile sur le plan pédagogique en fournissant les enseignements nécessaires aptes à connaître l’autre. Il peut être aussi utile à divers services. Ceux-ci pourraient s’en servir comme outil de référence en vue de mettre en place les stratégies adéquates pour intégrer les nouveaux arrivants en respectant leurs identités sociales et leurs valeurs, sans ménager les efforts nécessaires afin de les amener à adhérer, par une approche réflexive et intégrative et non par l’acculturation 9 à tout prix, à la nouvelle culture. Avant d’être un problème politique qui hante et envenime parfois des discussions entre partis politiques, le phénomène migratoire est un problème humain qui affecte une cohorte de personnes. C’est un problème à ne pas traiter à la légère sur base des statistiques et des chiffres qu’on peut exhiber ou manipuler à volonté. On devrait restituer à la problématique, sans doute importante et passionnante, sa dimension humaine et internationale. Celle-ci est reliée à plusieurs paramètres qu’on ne pourrait éluder au risque de perdre de vue les causes ayant motivé ces déplacements de masse. Il faut cheminer vers des horizons nouveaux en étant à l’écoute de la détresse des autres, en évitant d’être insensibles aux cris d’autrui, pour paraphraser le pape François, qui aboutit à une globalisation de l’indifférence.
1 Loi sur l’éducation. L.R.O. 1990, CHAPITRE E. 2.Scolarité obligatoire. 21.1. Publié sur le Web in : http://www.elaws.gov.on.ca/html/statutes/french/elaws_statutes_90e02_f.htm
2 Il y aurait une ambiguïté entre le rôle de gardienne des traditions familiales jadis dévolu à la femme et la malléabilité avec laquelle certaines d’entre elles troqueraient ce rôle au profit des valeurs nouvelles.
3 Canada statistiques. Publié sur le Web in :
http://www.statistiques-mondiales.com/canada.htm
4 Statistique Canada. Portrait de la population canadienne en 2006 : faits saillants. Publié sur le Web in :
http://www12.statcan.ca/francais/census06/analysis/popdwell/highlights.cfm
5 Bon an, mal an, les chiffres oscillent entre 150 000 et 200 000 personnes qui émigrent au Canada. Beaucoup de facteurs sont à la base du choix des immigrants vers le Canada.
6 Ce concept a évolué très rapidement pour assumer un contour clair avec l’adoption de la Loi sur le multiculturalisme par le Parlement en juillet 1988. Celle-ci, étant institutionnalisée, devait faire partie intégrante du processus de prise de décisions à l’échelon fédéral. Cf., Le multiculturalisme canadien. Publié sur le Web in :
http://www.parl.gc.ca/information/library/PRBpubs/936-f.htm
7 Effectif et proportion de la population du Canada née à l’étranger, 1901 à 2006. Publié sur le Web in : http://www12.statcan.ca/census-recensement/2006/as-sa/97-557/figures/c1-fra.cfm
8 Une commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles a été instituée par M. Jean Charest, alors Premier ministre du Québec, le 8 février 2007. Elle fut co-présidée par Gérard Bouchard et Charles Taylor. Nous revenons sur ce point aux pages 87-94.
9 Problème réel, souvent débattu, l’acculturation ne cesse d’interpeller et de susciter les interrogations diverses. Prenons pour exemple ce questionnement qui répond bien à notre préoccupation : « Dans un choc culturel, quelle culture va se laisser apprivoiser par l’autre ? Quelle culture va percevoir l’autre comme un enrichissement et non comme une menace ? Comment éviter d’entrer dans un processus d’adaptation plus ou moins forcé qui devient, non plus de l’inculturation, mais de l’acculturation ? » Questions extraites de : Alice Gombault : Dossier sur l’inculturation et les recherches d’identité. Revue Parvis n°12, Paris, (Décembre 2001). Publié sur le Web in : http://reseaux.parvis.free.fr/2001_n12.htm
Chapitre 2 Les causes de l’immigration
Plusieurs raisons sont à la base du déplacement des gens dans l’espace d’un même pays ou vers d’autres terres d’asile. Le phénomène migratoire observé au cours de ces dernières décennies est dû essentiellement à quatre raisons : les guerres, la faim, les calamités naturelles et les causes politiques.
2.1. Les guerres
L’aspiration à la paix est un idéal qui est et reste difficile à réaliser parmi les humains. Un monde sans guerre et sans conflits meurtriers est-il possible ? Autrement dit, pourrions-nous rêver de vivre dans un monde totalement pacifique, non pour l’éternité, ne fût-ce que pour une période limitée de temps ? Au vu des faits et du comportement humain, cette perspective semble largement utopique. Les conflits comme les guerres font partie du décor de la vie quotidienne. Cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas les éviter. Au contraire, tout effort devrait être entrepris dans ce sens. Cependant, force est de reconnaître qu’il y a d’une part un esprit pervers qui habite les humains, faisant en sorte qu’il y aura toujours ceux ou celles qui voudront exercer une certaine domination sur les autres ; ou encore, qui prétendront, au nom de croyances réelles ou supposées, avoir une suprématie sur d’autres individus. Et d’autre part, il y aura toujours un groupe de gens prêts à embarquer les autres dans des revendications qui n’en finissent point. Dans des revendications qui, au lieu d’unir et de cimenter ce qui est là, ce qui existe ou qui est précaire, visent souvent la division et élargissent le fossé d’une entente probable, d’une cohabitation saine et fructueuse pour tous. Ces comportements sont diffus et constituent l’essence ontologique de l’humanité. C’est déplorable. Des situations pareilles ne peuvent que générer beaucoup de problèmes à l’intérieur d’une nation, entre nations ou encore entre un pays et une coalition de pays. Telle est la réalité du monde dans lequel nous vivons. Un monde difficile. Un monde fait d’intérêts qui sont les plus souvent divergents. En dépit de l’existence des Nations unies qui pouvaient régler et arbitrer les différends 10 ou les contentieux entre pays, nous assistons impuissants à l’éclosion de plusieurs conflits. Qu’ils soient mineurs ou de vaste portée, ils provoquent inéluctablement le mouvement de rébellion à l’interne ou carrément l’engagement militaire de certains pays qui débouche sur des guerres de basse ou haute intensité.
Bien que les conflits armés soient en diminution de 50 % dans le monde depuis la fin des années quatre-vingt 11 , on ne peut en dire des atrocités, du climat d’intolérance qu’ils engendrent, sans évoquer l’insécurité qui s’implante et se généralise, car tous ces aspects déstabilisent profondément la vie des paisibles citoyens qui en deviennent les premières victimes. Ainsi, pour se mettre à l’abri des conséquences fâcheuses de ces guerres, les gens cherchent refuge ailleurs, loin des conflits, occasionnant dans la vague le déplacement massif des populations. Si, dans un premier temps, l’instinct de survie pousse les gens à s’éloigner du champ de bataille sans aucun choix a priori, dans un deuxième temps, celui-ci est porté sur des pays qui offrent les conditions d’une relative stabilité en matière de paix.
Les traumatismes et les séquelles endurés justifient amplement la volonté de ne plus revivre les mêmes événements hideux, la détermination d’épargner au plus haut point leurs progénitures d’une vie sans lendemain, d’une vie d’écueils et des ruines. Bien que le champ d’intervention soit étendu à plusieurs foyers de tension sur la planète, les organismes de l’ONU déploient des efforts, en fonction du budget et de la volonté politique, pour assurer le déplacement des communautés entières ou en tout cas, des personnes ayant besoin de protection en vue de prémunir leur sécurité et les mettre ainsi à l’abri de tout danger.
2.2. La faim
Évoquer la faim comme une des raisons principales du mouvement migratoire dans le monde, c’est, à vrai dire, soulever le problème de développement des Nations. L’autosuffisance alimentaire est un problème crucial au niveau planétaire. Il s’agit véritablement d’un fléau qu’on tente, en vain, d’endiguer. Les chiffres sont éloquents. Ils présentent une réalité difficilement acceptable au XXI e siècle. Qu’il y ait plus de 20 000 personnes qui meurent chaque jour à cause de la faim ou de la malnutrition ou encore, qu’au cours des cinquante dernières années, qu’on ait constaté la mort de quatre cents millions de personnes dans le monde entier 12 toujours à cause de la faim et du manque d’hygiène, cela ne peut qu’interpeller la conscience de tous. Sans toucher directement aux raisons qui sont à la base de ce fléau, ce qui nous intéresse ici c’est la conséquence indue de cette défaillance. Le sous-équipement, phénomène qui frappe surtout les pays jadis dits du tiers-monde, est à l’origine du phénomène migratoire d’une ampleur inégalée. Hommes et femmes quittent les pays démunis à la recherche de la nourriture ou, de façon plus générale, à la recherche des conditions de vie décentes. Tous les moyens sont employés pour y parvenir. C’est un sauve-qui-peut qui est déclenché pour se mettre à l’abri des catastrophes de vaste portée que vivent souvent les pays en détresse. Les gens affectés par ce cataclysme cherchent désespérément des voies pour s’en sortir. Des fortunes entières sont englouties dans des tentatives d’expatriation dont les chances de réussite sont minimes. Certains parviennent à trouver des moyens sûrs pour gagner les rives ou côtes des pays nantis, d’autres s’investissent dans des aventures périlleuses au risque de leur vie. L’on ne pourra compter le nombre de cargaisons ou bateaux de fortune qui ont fait naufrage dans les mers et océans dans la tentative de débarquer clandestinement dans un autre pays. 13 L’Espagne et l’Italie en font les frais. Mais c’est une situation qui est généralisée et frappe beaucoup de pays. L’immigration a un prix cher à payer et les gens n’hésitent pas à parier sur la chance de réussite de leurs aventures se sachant, dans tous les cas, en danger de mort. Autant vaut la peine de tenter le grand coup qui pourrait, si dame chance vous soutient, vous permettre de survivre et de faire vivre votre famille. Car la dislocation douloureuse d’avec sa terre natale n’est pas entreprise seulement par les hommes. Les enfants comme les femmes y sont embarqués. C’est la survie de tout le groupe qui est en cause. L’instinct de survie prédominant, le groupe ou du moins ceux qui ont la possibilité ou la capacité de se déplacer essaient de se soustraire à la contrainte de la faim, aux contre-coups de la misère, à l’antichambre des mouroirs collectifs. En un mot, on tente de fuir les effets funestes, voire corrosifs, de la paupérisation.
Pour clore ce point, mentionnons la tragédie qui avait frappé deux adolescents guinéens en quête du bonheur en Europe. L’histoire de Yaguine Koita et Fodé Tounkara avait touché l’humanité entière du fait qu’ils avaient adressé, à titre prémonitoire, une lettre aux autorités européennes comme s’ils redoutaient déjà le sort qui les attendait. La lettre en question ( publiée par Le Soir de Bruxelles le 4/08/99) fut découverte dans la poche de l’un d’entre eux. Sa teneur est non seulement importante, mais émouvante compte tenu de leur âge, respectivement 14 et 15 ans. Référons seulement un passage qui touche justement le problème de la faim et de la guerre que nous avons déjà évoqué :
« … nous, les enfants et jeunes Africains, vous demandons de faire une grande organisation efficace pour l’Afrique pour nous permettre de progresser. Donc, si vous voyez que nous nous sacrifions et exposons notre vie, c’est parce qu’on souffre trop en Afrique et qu’on a besoin de vous pour lutter contre la pauvreté et pour mettre fin à la guerre en Afrique. Néanmoins, nous voulons étudier, et nous vous demandons de nous aider à étudier pour être comme vous en Afrique. 14 »
À la lumière de ces quelques éléments contenus dans leur message, il est évident que si toutes les conditions étaient réunies en Afrique, Yaguine et Fodé n’auraient pas pris le risque de sacrifier leur vie. Autant on peut en dire pour leurs parents. S’ils disposaient des moyens adéquats, ils ne pouvaient naturellement pas se payer le martyre de leurs enfants comme cela est advenu. La conjoncture économique et sociale de leur pays qui se juxtapose aux circonstances particulières de leurs vies a scellé le sort de leur progéniture infortunée, comme par ailleurs, en généralisant le sort de beaucoup d’autres immigrants qui meurent parfois dans l’anonymat total, loin de leurs familles. Ces tragédies sont là pour nous rappeler l’ampleur du problème et le chemin qui reste encore à parcourir si l’on veut bâtir des conditions de vie adéquates pour tous.
2.3. Les calamités naturelles
Facteurs inévitables parfois, les désastres naturels sont l’une des causes principales du phénomène migratoire observé aujourd’hui à travers le monde. Cet aspect, longtemps ignoré dans le décompte de déplacements humains, a pris un certain relief avec les vagues des calamités naturelles qui ont contraint de nombreuses populations à se réfugier ailleurs que dans les territoires où elles habitaient régulièrement. En effet, l’on commence à épiloguer, non sans raison, sur une nouvelle catégorie de réfugiés :
« Les calamités naturelles, les destructions intentionnelles ou accidentelles de l’environnement, les politiques environnementales sont sources de déplacements plus ou moins contraints de populations considérées depuis peu comme une catégorie de réfugiés appelée “réfugiés de l’environnement” ou “réfugiés écologiques 15 ” » .
Les calamités naturelles assument plusieurs dimensions. La désertification et les tremblements de terre sont les phénomènes les plus connus qui sont à la base du déplacement de milliers et de milliers de personnes. Il est difficile, humainement parlant, de rester à un endroit où les conditions de vie se dégradent ou menacent votre existence. Déjà, dès l’aube de la civilisation, tout établissement humain était conditionné par la présence ou non des conditions minimales pouvant satisfaire leurs besoins élémentaires. Ainsi, les éclaireurs devant aller à la recherche des sites adéquats choisissaient des endroits potentiellement fertiles et souvent à proximité des cours d’eau. C’est dans cette logique que les plus grandes civilisations mondiales ont vu le jour le long des fleuves ou des mers afin de satisfaire les besoins de subsistance de leurs habitants. Le fleuve Saint-Laurent et la région des Grands Lacs comptent parmi les bassins de l’établissement humain les plus importants du Canada. Advenant un changement radical de l’écosystème, les gens prendraient sûrement d’autres dispositions pour s’adapter ou pour carrément s’éloigner en allant chercher ailleurs des conditions adéquates de survie.
Dès lors, beaucoup de personnes qui se sentiraient menacées à la suite de la détérioration des conditions de leur milieu de vie n’auront, en dehors de précautions possibles, à prendre dans le sens de l’aménagement du site, pas beaucoup de choix sinon d’émigrer quelque part ailleurs. Cette option, indéniablement délicate et dévastatrice sur le plan moral et affectif, est – c’est important de le souligner – plutôt subie que choisie. De ce fait, elle est exécutée souvent dans la précipitation suite aux circonstances délétères. Les gens se déplacent au gré de leurs possibilités ou sont aidés par des organismes ad hoc pour être relocalisés ailleurs, dans les limites de leur pays ou bien en dehors de celui-ci, s’il le faut. Nonobstant ceci, certaines personnes ont des plans préétablis d’endroits ou des pays où elles pensent pouvoir trouver une meilleure situation pour leur avenir ou en tout cas, des conditions d’accueil plus favorables. Souvent, ces catastrophes naturelles vont s’ajouter à d’autres causes faisant en sorte que la justification du déplacement ne soit due à un seul facteur, mais plutôt à plusieurs facteurs reliés entre eux. Dans ce contexte, il apparaît clairement que les raisons de l’immigration sont plus que jamais interdépendantes. Cette allégation est soutenue par l’ancien Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés ( UNHCR ), M. António Guterres. Il attire l’attention de la communauté internationale sur les nouvelles causes des déplacements massifs de population. En fait, il soutient sans ambages qu’« il nous faut reconnaître la nature mixte des nombreux mouvements de population contemporains 16 ». À ce propos, faut-il préciser que, quoique non concordants, les cas de déplacements massifs sont chiffrés en millions de personnes. Concrètement, les statistiques indiquent que le nombre de catastrophes naturelles a doublé au cours des vingt dernières années. De plus, chaque année, trente millions de personnes dans le monde sont obligées de se déplacer en raison de la très nette dégradation des conditions climatiques, des catastrophes naturelles et de la diminution des ressources naturelles. Certaines sources 17 avancent même, en termes de pourcentage, un nombre plus élevé sur l’ensemble de tous les réfugiés, soit 58 %. C’est dire combien les questions reliées à l’écologie suite notamment au réchauffement climatique de la planète continueront à avoir un impact majeur dans la problématique de la migration dans son ensemble.
2.4. Les causes politiques
Beaucoup de personnes quittent leurs pays respectifs pour des raisons politiques. Les politiciens, en plus de fomenter les guerres, sont à la base des régimes répressifs qui oppriment les peuples et les poussent à se réfugier ailleurs pour préserver leur intégrité physique. Nous n’évoquerons pas spécifiquement les guerres de sécession ou les mouvements de rébellions ayant causé, dans divers endroits du monde, la mort des milliers de personnes et provoqué des vagues majeures de déplacés en quête d’un refuge sûr. En sus de ces situations délétères, se sont juxtaposés dans certains pays des régimes militaires et civils, d’essence dictatoriale. Exerçant un pouvoir totalitaire, autocratique, ces régimes sont à la base de l’exode massif des gens qui se trouvent à l’extérieur. Le cas du peuple congolais peut être cité en exemple. Il est très éloquent. Avant le régime de Mobutu, on pouvait compter sur les bouts des doigts le nombre de personnes qui avaient quitté le pays pour des raisons politiques. Du temps de Kasa-Vubu, le premier président de la République démocratique du Congo, le paysage politique était autre. L’émigration était plus interne qu’externe. La mobilité de personnes s’opérait plus pour des raisons professionnelles : déplacement avec la famille en cas de mutation ou encore, pour la recherche de l’amélioration des conditions de vie. Le mouvement migratoire se faisait de la campagne vers les centres urbains, les villes étant réputées offrir de meilleures conditions d’emploi qu’à la campagne, où la seule activité importante demeure l’agriculture. Avec l’instauration de la dictature de Mobutu qui a duré trois décennies, le nombre de réfugiés politiques est monté en flèche. L’on peut estimer à plus ou moins six millions 18 de personnes qui ont quitté le pays pour ces raisons et qui vivent à l’étranger plus en situation irrégulière que régulière. Le Congo-Kinshasa, s’il compte un grand nombre de réfugiés politiques, n’est pas le seul pays qui a sur ses épaules ce triste record.
Demandes d’asile (de ressortissants de pays tiers) dans les États membres de l’UE-27, 2000-2010 (en milliers )

Ce tableau 19 fournit des indications sur les pays tiers dont les membres ont demandé l’asile politique dans des pays européens. Plusieurs autres pays comptent des personnes qui ont trouvé refuge à l’étranger pour échapper aux sévices ou aux violations massives des droits de l’homme. Les personnes qui en sont victimes choisissent le chemin de la migration avec l’espoir de trouver ailleurs des conditions meilleures.
10 Concernant le rôle des Nations unies et de la « Communauté internationale », il est à souligner les efforts de médiation qui sont déployés soit pour éviter l’éclosion des guerres, soit encore pour en empêcher l’évolution ou la recrudescence. C’est dans cette optique que l’on signale une certaine diminution de 40 % de conflits dans le monde depuis le début des années quatre-vingt-dix. Lire à ce propos : Mathieu Tremblay. Un monde moins violent. Publié sur le Web in : http://www.cipuf.org/spip.php?article1452
11 Mathieu Tremblay. Un monde moins violent. Publié sur le Web in : http://www.regardcritique.ulaval.ca/fileadmin/regard_critique/documents/
12 Lire à ce propos : L’état des lieux dressé par le Programme alimentaire mondial, février 2003. LA FAIM DANS LE MONDE. Publié sur le Web in : http://www.aidh.org/alimentation/4_etatlieux.htm
13 Dans son article : Réfugiés de la faim publié au mois de mars 2008 dans le Monde Diplomatique , Jean Ziegler mentionne « qu’on estime que, chaque année, quelque deux millions de personnes essaient d’entrer illégalement sur le territoire de l’Union européenne et que, sur ce nombre, environ 2 000 périssent en Méditerranée, et autant dans les flots de l’Atlantique . » Par ailleurs, de façon globale, on estime qu’entre « 2,5 à 4 millions de migrants franchiraient illégalement les frontières internationales chaque année. » Lire à ce propos : « Les faits saillants du passage clandestin de migrants au Canada. GRC Directions des Renseignements Criminels, Non classifié, Octobre 2006. Publié sur le Web in : http://www.rcmp-grc.gc.ca/imm-passp/hum-smuggling-clandestin-fra.pdf
14 MRD. Hommage à Yaguine Koita et Fode Tounkara, morts de froid dans le train d’atterrissage d’un avion. Publié sur le Web in : http://justice-medecine.blog.droitfondamental.eu/wordpress/?p=491
15 Patrick Gonin et Véronique Lassailly-Jacob. Les réfugiés de l’environnement. Une nouvelle catégorie de migrants forcés ? Publié en ligne le 9 juin 2006 in : http://remi.revues.org/document1654.html
16 Centre d’actualités de l’ONU. HCR : « Le XXI e siècle est celui du déplacement humain », affirme António Guterres. Publié sur le Web, le 1er octobre 2007, in :
http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp? NewsID=14905&Cr=HCR&Cr1=
17 « Le rapport de la Croix-Rouge de 2001 estime que 58 % des réfugiés dans le monde sont des réfugiés environnementaux . » Cité par Bétaille, Julien in : Les déplacements environnementaux : un défi pour le droit international, mai 2009. Publié sur le Web in : http://encyclopedie-dd.org/Les-deplacements-environnementaux
18 Cette estimation semble plausible. Elle est corroborée par le ministère des Affaires étrangères d’après les données avancées dans cette étude : « Migration en République Démocratique du Congo. PROFIL NATIONAL 2009. Préparé pour l’OIM par Germain Ngoie et David Lelu. Publié sur le Web in : http://publications.iom.int/bookstore/free/DRC_Profile_2009.pdf
19 Statistiques sur l’asile. Publié sur le Web in : http://epp.eurostat.ec.europa.eu/statistics_explained/index.php/Asylum
Chapitre 3 La problématique de l’insertion dans le nouveau milieu
3.1. Le rêve
Quelles que soient les raisons qui sont à la base du déplacement des uns et des autres, pour tout immigrant qui arrive dans son nouveau milieu d’accueil, son rêve le plus cher est celui de trouver des conditions de vie meilleures que celles qu’il avait dans son pays d’origine. Cela présuppose de se trouver face aux conditions idéales d’insertion tant dans les milieux sociaux que professionnels. Est-ce toujours le cas ? Dans ce chapitre, nous allons essayer de fournir les éléments pour étayer cet aspect des choses. D’emblée, on peut dire que le rêve se réalise déjà dans la mesure où on a trouvé refuge en sa nouvelle terre d’asile. Cela se traduit plus concrètement par la façon dont on est accueilli ou plus exactement, par la manière dont on se sent accueilli dans son nouveau milieu. Indépendamment de l’accueil ou du sentiment que l’on se fait sur celui-ci, chaque immigrant a au fond de lui-même son rêve, ses objectifs à atteindre pour réussir son examen dans le processus d’insertion. Ainsi, le but poursuivi par chaque nouvel arrivant diffère selon la catégorie à laquelle il appartient. Sommairement, pour le besoin de l’analyse, on peut diviser les types d’immigrants en quatre catégories :
– les investisseurs indépendants ;
– les étudiants et autres bénéficiaires de bourses d’études ;
– les demandeurs d’asile ou réfugiés politiques ;
– les clandestins.
3.2. Les investisseurs indépendants
C’est la catégorie des femmes et des hommes d’affaires. Elle est théoriquement celle qui devrait avoir moins de problèmes concernant la situation d’emploi. Car ils viennent eux-mêmes au Canada avec des moyens financiers dans le but de les investir. Sur ce plan, leur insertion serait moins douloureuse que les autres catégories. Toutefois, le monde des affaires n’est pas aussi facile qu’on le croirait. Il comporte des risques majeurs. Il faut savoir jongler avec toutes sortes d’écueils pour y trouver son compte. Toute la question est là : il est par ailleurs difficile de mesurer la satisfaction individuelle si ce n’est qu’à travers une grande étude. Toutefois, l’important pour chaque nouvel investisseur de cette catégorie serait de faire une autoévaluation afin de mesurer, à travers des résultats concrets, le fruit de ses attentes initiales. Ainsi pourrait-il apporter son propre jugement sur son projet d’investissement. Il pourrait, par exemple, jauger si toutes les conditions étaient réunies pour faciliter son insertion. Et puis, ce qui est plus important, il pourrait décréter, à la lumière de son propre constat et examen de la situation, dans quelle mesure il est parvenu à réaliser le rêve de prospérer dans son domaine spécifique d’investissement.

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