La légende du réel et de la vie
402 pages
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La légende du réel et de la vie , livre ebook

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Description

Le paradigme d'énergie n'a cessé d'être appliqué à des domaines scientifiques de plus en plus variés, sinon hétérogènes, pour expliquer et maîtriser les phénomènes les plus complexes. Il s'est imposé récemment en biologie, et il est devenu opportun de l'introduire dans les sciences humaines, comme le tente le présent ouvrage, à la suite d'illustres prédécesseurs (Freud, Laborit, Teilhard de Chardin, Lupasco, Morin). Il est accouplé au paradigme d'information dont l'importance naissante est passée par le règne de l'informatique et l'évènement de l'ADN.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 15 octobre 2015
Nombre de lectures 11
EAN13 9782336393834
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

LA LÉGENDE DU RÉEL ET DE LA VIE
André de PerettiLe paradigme d’énergie n’a cessé, au cours des siècles, d’être appliqué à des
domaines scientifi ques de plus en plus variés, sinon hétérogènes, pour expliquer
et maîtriser les phénomènes les plus complexes. Il s’est imposé récemment en
biologie, et il est devenu opportun de l’introduire dans les sciences humaines,
comme le tente le présent ouvrage, à la suite d’illustres prédécesseurs (Freud,
Laborit, Teilhard de Chardin, Lupasco, Morin).
Il est, à ce propos, accouplé au paradigme d’information, dont l’importance est
désormais croissante dans la nouvelle civilisation en voie d’émergence, poussée
par le règne de l’informatique, et l’avènement de l’ADN et des 4 ARN.
Le jeu des interactions entre énergies et informations, projetées ou reçues, LA LÉGENDE DU RÉEL ET DE LA VIE
peut, en effet, intervenir dans les échanges entre les individus comme dans leurs
structurations personnelles. Les institutions, sociales et culturelles, apparaissent
alors comme susceptibles de réguler les échanges et les réactions psychiques : en
amortissant les risques de violence émotionnelle et de désarroi affectif.
Toutefois, les mouvements énergétiques et informationnels, régis par les
multiples institutions sociales et culturelles, sont soumis aux lois de l’inertie.
Celle-ci entraîne donc des effets pervers, provoquant des processus d’aliénation
et d’altération.
Ces processus peuvent être distingués et modélisés dans des événements
historiques tels que la colonisation et la décolonisation, la mondialisation et les
précarités, la crise de l’enseignement. Leur prise en considération autorise à
proposer des principes d’une dialectique de la pensée et de l’action, selon une
meilleure organisation étayée sur la Complexité et les Dialogiques en leurs
Boucles.
André de Peretti, polytechnicien, docteur ès lettres et sciences humaines,
auteur de nombreux ouvrages (scientifi ques, pédagogiques, littéraires), a exercé
des responsabilités multiples : parlementaire, ingénieur, psychosociologue et
formateur. Il a été conseiller de nombreux ministres de l’Éducation, en France
et dans le monde.
En couverture: le tàijí tú , symbole de la dualité
du Yin et du Yang.
ISBN : 978-2-343-05474-2
39 €
André de Peretti
LA LÉGENDE DU RÉEL ET DE LA VIE






La légende
du réel et de la vie




















ère1 édition : Énergétique personnelle et sociale
© L’Harmattan, 1999






© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-05474-2
EAN : 9782343054742
André de Peretti




La légende
du réel et de la vie





































Du même auteur

Œuvres scientifiques
L’Administration, phénomène humain, Berger-Levrault, Paris, 1968.
Risques et chances de la vie collective, Epi, Paris, 1972.
Pensée et Vérité de Carl Rogers, Privat, Toulouse, 1974.
Du changement à l’inertie, Dunod, Paris, 1981.
Mini-psychologie de l’ad-mini-stration, Journal des psychologues, Hommes et
perspectives, Marseille 1990.
Présence de Carl Rogers, Erès, Ramonville, 1997.
Energétique personnelle et sociale, L’Harmattan, Paris, 1999.
Le Sens du Sens, Lavoisier, Paris, 2011.
La Double Hélice des Civilisations, Chronique Sociale, 2015

Œuvres pédagogiques
eLiberté et Relations Humaines, Epi, Paris, 1966 (7 édition, 1975). (Traduit en
espagnol)
eLes Contradictions de la culture et de la pédagogie. Epi, Paris, 1969 (2 édition,
1972).
Les Techniques de groupe dans la formation, Unesco, Paris, 1976. (Traduit en
anglais et en espagnol)
Rapport au Ministre de l’Éducation Nationale sur la formation des Personnels de
l’Éducation Nationale, La Documentation Française, Paris, 1982.
Pour une École plurielle, Larousse, Paris, 1987.
Organiser des formations, Hachette Éducation, Paris, 1991.
Controverses en Éducation, Hachcation, Paris, 1993.
Techniques pour communiquer (avec Jean A. Legrand et Jean Boniface), Hachette
Éducation, Paris, 1994.
Encyclopédie de l’Évaluation en Formation et en Éducation, (avec Jean A. Legrand
et Jean Boniface), ESF, Paris, 1998.
Pour l’Honneur de l’école, Hachette, Paris, 2000.
Pertinences en Education, ESF, Paris, tomes 1 et 2, 2001.
Contes et Fables pour l’enseignant moderne (avec F. Muller), Hachette Education,
2006.
Mille et une propositions pédagogiques pour animer un cours et innover en classe,
ESF, Issy- les- Moulineaux, 2008

Œuvres littéraires
La Légende du Chevalier, inédit, pièce montée en 1943 à la Comédie Française
puis en 1944 Salle Pleyel à Paris. Prix Toirac de l’Académie française (1943).
Cantique d’amour au Maroc, Seghers, Paris, 1952.
La Jeunesse et la Machine, inédit, poème dramatique joué au stade de Lourdes,
1952.
Le jugement d’Œdipe, inédit, 1953.
Le jeu de l’espérance, inédit, texte monté en enregistrement par Jo Tréhard et animé
par des équipes de jeunes ruraux, 1954.

Colloque au chevet d’une basilique, spectacle son et lumière, musique et chœurs de
Georges Delerue, monté à Lisieux, 1955.
Poème sur Abraham, inédit, 1956.
Parole dans Chartres, Poème enregistré et représenté dans la cathédrale, 1957.
Lumière sur le Monde, Oratorio mis en musique par Georges Delerue et présenté
sur l’étang de Berre, I960 à l’occasion du festival d’Aix-en-Provence.
Le sextuor d’Orly, inédit, 1961.
Itinéraires, Oratorio mis en musique par Raymond Depraz, diffusé sur les antennes
de France Musique et France Culture, 1973.
Oratorio, Epi. Paris. 1970.
Odes et Cris, Epi. Paris. 1977.
Naïves ovations, Paris, 1996.
Ode à l’automne, Oratorio, musique de Philippe Mazé, joué en première mondiale
en 1991, par les chœurs et l’orchestre du conservatoire du XVIIIe arrondissement de
Paris, sous la direction de G. Pernoi.
Essai sur l’humour du Christ dans les Evangiles, Paris, Cerf, 2004.
Trilogie Thébaine (Le Jugement d’Œdipe, Œdipe à Colonne, l’Eternité d’Antigone),
inédit, 2013.

Œuvres historiques
L’indépendance Marocaine et la France : 1946-1956. Mémoires et témoignages,
Royaume du Maroc, Rabat, édité par le Haut Commissariat aux Anciens Résistants
et Anciens Membres de l’Armée de Libération. 2006.
Deux tiers de siècle de relations Franco-Marocaines, Royaume du Maroc, Rabat,
édité par le Haut Commissariat aux Anciens Résistants et Anciens Membres de
l’Armée de Libération. 2007.

Sous la direction d’A. de Peretti
Recueil d’instruments et de processus d’Évaluation Formative, INRP, Paris 1981.
Rapport de recherche sur les Points d’Appui de l’Enseignant, INRP, Paris 1985.

Ouvrages collectifs
Les enjeux de la Fin du Siècle (présentation de René Rémond), D.D.B., 1986
École et Culture en Europe (avec Éric Bouchez), Savoir-lire, Belin, Paris, 1990.
Les polytechniciens dans le siècle, Dunod, Paris, 1994.
Louis Massignon et le dialogue des cultures, Cerf, 1996.
Penser l’hétérogène, en dialogue avec Jacques Ardoino, 1998.

Cognition et Formation
créée par Georges Lerbet et Jean-Claude Sallaberry
dirigée par Jean-Claude Sallaberry et Jean Vannereau

Les situations de formation sont complexes. Elles s'appuient sur des
processus cognitifs eux aussi complexes.
Appréhender ces situations et ces processus signifie que les sujets
(chercheurs, formateurs, "apprenants"...), leurs milieux et leurs relations sont
considérés comme des systèmes autonomes en interactions. Cela conduit à
mettre l'accent sur une nouvelle pragmatique éducative développée au fil des
volumes de la collection.

Déjà parus

Jean-Philippe GILLIER (coord.), Se former par un travail de modélisation. Une
expérience collective à l’œuvre, 2014.
C. GERARD, G. MUNOZ, M. ROUSSEAU, Du paysage au territoire de
l’alternance, 2013.
F. ANCIAUX, T. FORISSIER et L. F. PRUDENT, Contextualisations
didactiques. Approches théoriques, 2013.
Philippe CLERMONT, Darwinisme et littérature de science-fiction, 2011.
B. CLAVERIE, L’homme augmenté, Néotechnologies pour un dépassement du
corps et de la pensée, 2010.
B. CLAVERIE, J.-C. SALLABERRY, J.-F. TRINQUECOSTE, Management et
cognition. Pilotage des organisations : questions de représentations, 2009.
Guy BOY et Jean PINET, L’être technologique. Une discussion entre un
chercheur et un pilote d’essais, 2008.
Max PAGÈS, L’implication dans les sciences humaines. Une clinique de la
complexité, 2006.
Mylène ANQUETIL-CALLAC, L’accueil de l’expérience, 2006.
Bernard CLAVERIE, Cognitique, 2005.
Franck VIALLE, La construction paradoxale de l’autonomie en formations
alternées, 2005.
F. MORANDI et J.C. SALLABERRY (Coord.) Théorisation des pratiques, 2005.
Jean-Claude SALLABERRY, Dynamique des représentations et construction
des concepts scientifiques, 2004.
Yvette VAVASSEUR, Relation pédagogique et médiation de la voix, 2003.
Martine BEAUVAIS, « Savoirs-enseignés » - Question(s) de légitimité(s),
2003.
Christian GERARD, Jean-Philippe GILLIER (coord.), Se former par la
recherche en atlernance, 2001.
Pierre PEYRÉ, Compétences sociales et relations à autrui, 2000.
André de PERETTI, Energétique personnelle et sociale, 1999.


Remerciements

Ce livre est, au-delà de la confusion de l’auteur, mais en amitié et en
compagnonnage vivaces, dédié à toutes celles et tous ceux qui l’ont soutenu,
“saisi”, et même “formaté”, pour la reprise et l’approfondissement d’un
périple à la découverte des “boucles étranges” selon lesquelles l’Énergie et
l’Information s’immiscent incessamment entre nos Personnes et les
Systèmes Sociaux  !, oui, dédié notamment, en quelque ordre alphabétique mais
qui peut être décliné et repris en boucles reconnaissantes simultanément à  :
Mlle et Mmes Nadia Bechna Annick Gilbert Pierrette Saiz
Et toute l’équipe du Centre National Pédagogique des Maisons Familiales
Rurales pour l’édition de 1999 ainsi qu’à Isabelle de Peretti, Anouk et Vanda
pour la présente édition.



PREAMBULE

Amis, m’entendriez-vous ? Ou, plutôt, m’accompagneriez-vous ?... Je
vais vous proposer de nous laisser aller à faire une “promenade” de
“rêveurs”, non point “solitaires” mais “solidaires”, s’il se peut : et qui veulent
bien se mettre à "jouer", au passage, ensemble, avec des “Mots”. Car ceux-ci
ne demandent que ça ! Entre nous, en vertu des charmes qui leur ont été
civilisationnellement affectés : aux fins d’approcher et d’“apprivoiser” pour
1nous, avec le “Petit Prince” et le “Renard”, son rusé conseiller , les
Mystères, ou Panthères (roses), du “Réel” jusqu’entre nos cœurs romantiques et
nos institutions sociétales.
Entendons-nous. J’entends vous inviter à une promenade, non point sur le
Massif de tous les mots, ni par les sentiers multiples de leurs formulations
2dans 6 700 Langues du Monde : ce qui ne pourrait plus être une balade !,
3même si j’ai tenté ailleurs, dans mon essai sur Le Sens du Sens , d’en
explorer quelques talwegs et nombre de reliefs escarpés, mais c’était alors en vue
de situer quelques poteaux-indicateurs ou de retrouver des mots-clefs sinon
des remonte-pentes et des “camélias” “romanesques” !
Non, ce n’est point l’abord montueux (je ne dis pas “monstrueux”) du
Massif linguistique qui est en vue pour ma ou notre promenade, mais
4quelques sentes de Termes “à charge existentielle” choisis dans leurs
fécondes interactions. Quelques sentes, quelques termes…

Mots-clefs et Quadrilles
Oui, sans tarder davantage, j’avoue que mon choix de rêveur, - puisque je
me suis avancé jusqu’à tourner et ruser autour du mot Réel– va me conduire
à correspondre illico à l’alerte que fit, en 1908, le chimiste allemand
Wilhelm Ostwald, Prix Nobel 1909 : “C’est dans l’énergie que s’incarne le réel,
elle est le réel en ce qu’elle est ce qui agit… on n’a jamais trouvé
5d’incarnation aussi vivante du savoir humain” . Incarnation vivante
l’Energie ? Et l’Information alors ?

1 Cf. Saint-Exupéry, Le Petit Prince : “On ne connaît que les choses que l’on apprivoise, dit le
Renard”, en “approche” patiente…
2 Cf. Hélène Trocmé-Fabre, Le Langage du vivant, Auxerre, Précursion, 2013, p.21.
3 Hermès Sciences-Lavoisier ed. , France 2011.
4 L’expression est de Paulo Freire, parmi les “mots-clefs du vivant”, in Le Langage du vivant,
op. cit., p.45.
5 Cité in J-L Le Moigne, L’économique entre énergétique et pragmatique : évolution,
rationalité et téléologie, in Economie Appliquée, tome L, 1997, n°3, p.54.
9

Il m’agréa oncques, et il m’agrée toujours, de vouloir avec vous, si vous
le voulez bien, “apprivoiser” l’Energie, côte à côte aux flancs du Réel et de
6la Vie, et de jouer “trialectiquement” avec ces trois mots-clefs. Ne sont-ce
des pôles d’interactions et de dandinements pour observer et approcher nos
relations humaines, fédérées dans nos institutions apprivoisantes : quitte à en
subir quelques revers inattendus dont nous reparlerons.
Toutefois, un premier et digne autre paradigme s’empresse et s’interpose,
- il ne veut pas attendre -, nous rappelant que les “Trois
Mousquetaires” étaient quatre (Ah ! d’Artagnan !). Et c’est l’Information qui vient
elle, me et nous obliger à “jouer” “quadrialectiquement” avec elle et les trois
précédents mots-clefs !
Soumettons-nous à ce caprice !, qui nous invite à cadrer en leurs
quadrilles, selon leurs six interactions, nos quatre prédicats :

Réel Energie


Vie Information

Revenons alors buissonner dans les Plates-bandes, vers lesquelles les
Mots quels qu’ils soient nous attirent, pour nous jouer des tours. Nous
croyons les bien connaître, nous pensons les dominer, les courber sous notre
férule, au gré de nos instructions et convictions sémantiques. En fait, nombre
de leurs complexités nous échappent. Aux propos vers lesquels nous les
conduisons, tranquilles, ils ajoutent des gambades non prévues, des joutes
d’incompréhension, des glissades d’inexactitude… Je suppose que vous vous
en êtes aperçus, placides lecteurs : sachant que le mot, en soi, peut même
désoler les linguistes. “Ne parvenant pas”, en effet, “à le définir, les
linguistes ont tenté maintes fois de l’expulser de leur terminologie et de leurs
préoccupations : chaque fois il a su revenir sous d’autres accoutrements,
7pour reposer les mêmes problèmes” .
Diantre ! On voit ce à quoi il faut s’attendre en nous promenant avec
certains mots, même si nous les cajolons, les drapons en dignité “paradigma-

6 Cf. Gérard Gigand, Se cultiver en complexité. La trialectique : un outil transdisciplinaire,
Lyon, Chronique Sociale, 2010. Cf. p.14, Introduction : “Par un jeu ternaire, depuis
moimême, les mots se parlent, s’infléchissent, se démultiplient, se complètent, s’engendrent et
s’englobent dans une grande imprévisibilité et notamment selon des règles qui s’avèrent
rigoureuses”. Avec trois invariants-limites : incomplétude, autoréférence et indetermination.
7 A. J. Greimas, J. Courtés, Sémiotique, dictionnaire raisonné de la théorie du langage, Paris,
Hachette Université, 1979, p.237.
10

8tique” ou en prééminence classificatrice, par rapport à d’autres “termes”
annexés ou attroupés par eux.
Que nous les exprimions ou que nous les écrivions, ils peuvent
inopinément traduire, extérieurement à nous, d’autres “caractères” que ceux que
nous croyons et désirons leur faire signifier : encore oui, ils peuvent nous
jouer des tours ! Leur fréquentation ne saurait être de tout repos, ou de toute
confiance ; l’éclat que nous leur prêtons peut se ternir. J’aurai, chemin
faisant, à en buissonner quelques personnels exemples.

Les Mots nous “appellant”
Auparavant, avant de nous consacrer aux quatre mots-clefs (j’aime aussi
“mots-moteurs”) ci-dessus choisis, arrêtons-nous sur notre humaine
compromission avec tout langage, avec tout mot ou signe, liés à nos pulsions de
désignation et/ou d’émotion, et, au premier chef, de re-présentation des
choses à notre gré.
Chaque mot est d’abord un cri, un appel. Etymologiquement, le bas latin
muttum signifie un son émis, grommelé, un appel. L’Art Poétique de Paul
Claudel indique, à cet égard : “… les mots sont les signes dont nous nous
servons pour appeler les choses ; nous les appelons, en effet, nous les
évoquons en constituant en nous l’état de co-naissance qui répond à leur
pré9sence sensible” . Appeler ? : Aux multiples sens de ce verbe !
Mais il n’y a pas que l’homme qui ait un langage et qui appelle : tout
“vivant” par toute “Vie” s’exprime face à nous, en différentes façons que nous
cherchons, non seulement populairement, mais épistémologiquement, et
poétiquement (que d’aventures !), à comprendre ou deviner sinon mimer : ne
serait-ce qu’en métaphores ou allitérations et scénarios. La “Vie” parle, les
Vivants s’impliquent et s’expliquent sur le “Réel” qu’ils décorent !
Les Fables, en effet, ne nous ont-elles pas enseigné que les Animaux et
10les Plantes nous parlent, avec un féerique réalisme, du Réel, hétérogène ,
répondant réalistement ou royalement à nos Rêves… Réel, Féerie, Rêve,
Règne, que de R ou Ré, avez-vous remarqué ?, accordés au redoublement ou
à l’allongement de la voyelle E ! Leur rythme sonore peut doctement

8 Ibid., p.388 : “le terme est la dénomination (l’étiquette) d’un point d’intersection de relations
(ou d’un croisement à l’intérieur d’un réseau relationnel)… ”. Complexité ! Broussailles…
9 P. Claudel, Art Poétique, in Œuvres poétiques, Gallimard, 1967, p.178. Ibid. : “… nous
pouvons produire cet état de nous […], un être artificiel, uniforme, s’imprimant toujours sur
nos sens de même. Cet être est ce que nous appelons un mot”. Ibid., p.195, “le mot, le
mouvement particulier qui est le motif de chaque être et dont l’émotion de celui qui l’énonce est
l’image”.
10 Cf. B. Tricoine, in Agir et Penser en complexité avec Jean-Louis Le Moigne, Paris,
L’Harmattan, 2012, p.295 : “Jean-Louis Le Moigne nous a habitués à cette appréhension
‘raisonnée’ du réel multiple, hétérogène, contradictoire, imprévisible, indécidable. Non sans
insister sur l’‘obstinée rigueur’ exigée ni se lamenter devant ‘l’inculture épistémologique’.”
11

accompagner la mélodie de nos réflexions imaginatives ou de nos
rétroactions, au creux de nos gorges.
Et le Roi Ré peut directement nous parler en tant que “Préfixe qui
carac11térise la restitution biologique” : signifiant “toujours, encore, à nouveau” ,
le Vivant, appelé en évolution en même temps qu’en retour en arrière, en
répétition ou en reproduction.
Et j’aime à penser que cette syllabe Ré a pu, sans doute, et peut simuler,
par la gorge, un son canin ou félin (les panthères, encore !) d’avertissement
et de distance : appelant à un “apprivoisement” éventuel, imaginé ou
raisonné, modélisant des circonvolutions éventuelles de détours et de “forces”,
dont je m’autorise, cheminant avec vous, à rêver, comme il peut en
apparaître.
Mais ces considérations impliquent bien, par le rappel des “forces”,
l’opportunité de remettre en confidence, sans plus errer, côte à côte,
l’Energie qu’elles manifestent et le Réel qui les absorbe avec le Vivant qui
postule, à la pointe de l’Humanisme, leur Régulation : par des Institutions
civilisationnelles, épaulées sur la voirie de l’“Information”.
C’est cette opportunité que je me suis évertué à saisir en quatre “Temps”.

Freud et une Quantification du Psychisme
Tout d’abord, dans un premier Temps, je l’ai tâtée, cette opportunité, par
le fait d’une soutenance doctorale tardive : en débat universitaire avec des
amis, mais en un sage rajeunissement pour mon compte.
La thèse que je présentais, pour mes soixante ans, se situait dès l’abord,
en écho, ou en prolongement, de l’“Esquisse d’une psychologie scientifique”
de Freud datée de 1895. Cet auteur tentait alors “de représenter les processus
psychiques comme des états quantitativement déterminés de particules
matérielles distinguables”, selon des unités de “quantité ( Ϙ) soumise aux lois
12générales du mouvement” .
Chercher à quantifier les mouvements ou escapades du Psychisme ? Mais
par quels traits mesurables ? Les notions, sous-jacentes, d’Energie et/ou
d’Information, qui commençaient à peine à se faufiler pour bientôt se
déployer dans les Sciences une à une, manquèrent, en son époque, à Freud.
Mais elles allaient, trois quarts de siècle plus tard, faire florès et j’étais
naturellement tenté, avec d’autres amis, de profiter de leur fertilité et des re-

11 In Marius Mukungu Kakangu, Vocabulaire de la complexité, Post-scriptum à la Méthode
d’Edgar Morin, Paris, L’Harmattan, 2007, p.391. Cf. p.392 : “L’organisme vivant, grâce au
processus de Re-génération, de Re-organisation permanente maintient son homéostasie, ses
structures, ses formes. En l’espace de deux ans, un organisme humain renouvelle
pratiquement toutes ses cellules. ”
12 ème S. Freud, La naissance de la psychanalyse, Paris, PUF, 2 ed., 1973, p.315.
12

liances qu’elles engendraient entre les Sciences physiques ou humaines :
explicitant, notamment, les interactions observables entre les psychismes
indivisibles et les Sociétés ou Institutions, en une émergeante
Psychosociologie.
Ce cheminement de concert avec l’Energie et l’Information se déroula
aussi pour moi en contact, avec la pensée de Michel Foucault, dans Les Mots
13et les Choses , comme avec celle de mon ami Max Pagès (qui m’avait relié
à Carl Rogers). Max, entre autres, explicita “l’impulsion” positive,
14“d’échanges avec l’environnement” des organismes, dans Le travail
amoureux, éloge de l’incertitude. Et j’étais également en compagnonnage fidèle
avec Pierre Teilhard de Chardin, pour lequel “sans aucun doute, par quelque
chose, Energie matérielle et Energie spirituelle se tiennent et se prolongent.
Tout au fond, en quelque manière, il ne doit y avoir, jouant dans le Monde,
15qu’une Energie unique” .
Je pus, en conséquence et congruence, cinq ans après la soutenance,
traduire l’esprit et le fond de ma thèse dans une publication, en 1981, d’un
ouvrage au titre clair : Du changement à l’inertie, dialectique de la personne et
des systèmes sociaux, aux éditions Dunod. Le sommaire en répertoriait trois
parties : “Energie et Institutions ; Inertie et Institutions ; Dialectisation et
Principes Pratiques”. J’y développais notamment la dualité des sens, peu
soulignée me semble-t-il, de l’Inertie – d’entraînement ou de résistance –
accouplée à l’Energie : souvent oubliée ou méconnue.
L’édition de cet essai eut une diffusion au cours d’une dizaine d’années
avant de disparaître. Mais je ne l’oubliais pas. Ainsi fut le premier “Temps”.

Antagonisme et “Méthode”
Cependant, depuis lors, en une vingtaine d’années (et plus d’un
demisiècle après Freud), non seulement l’Energie et ses propriétés se sont
répandues et imposées dans toutes les Sciences, atteignant les Disciplines
économiques et la Biologie, mais il se développait une théorisation rayonnante de
l’Information qui, accompagnée de la Néguentropie, se liait, avec celle-ci,
dans l’“organisation”.
Plus étonnamment, des jeux d’“Antagonismes”, de “Dialogiques” et de
“non-séparabilité” se manifestaient dans le “Vivant” et dans “la recherche du
Réel” (plus ou moins “voilé” selon d’Espagnat). La Logique séparative,
faussement cartésienne, allait devoir s’éclipser, et la Science de l’Homme, en
Méthode, apparaissait devoir être articulée à la Science de la Nature, nouées
par le “Nœud Gordien de la Complexité qui lie inextricablement tous les

13 M. Foucault, Les Mots et les choses, Paris, NRF, 1966.
14 M. Pagès, Le travail amoureux, éloge de l’incertitude, Paris, Dunod, 1977, p.32.
15 P. Teilhard de Chardin, Le phénomène humain, Paris, Le Seuil, 1955, p.60.
13

problèmes de la connaissance non seulement les uns aux autres, mais aussi
16aux problèmes sociaux et historiques” .
Et les Paradoxes allaient fleurir ! Attiré par leur éclat, reflétant les
péripéties selon lesquelles s’infiltraient et s’imposaient l’Energie et l’Information
avec leurs jouxtes, comblant mes rêves et mes déambulations, je me décidais
à témoigner de ma stupéfaction.
Et je rédigeais alors une longue première “Brève histoire” de la Notion
d’Energie, en clin de sourcil à Stephen Hawking, suivie par une transaction
De l’Energie à l’Information, amenant à L’Information-Energie entre
Physique et Sémantique, pour aboutir à Antagonismes et assertions, ces
dernières s’énonçant de “Dissymétrie structurante”, de “Moindre Action” (à ma
façon) et d’“Inertie double”.
Et je me retrouvais pile en état de placer ces quatre chapitres en une
Première Partie apposée aux trois Parties, déjà citées, d’“Energies et
Institutions", d’“Inertie et Institutions”, de “Dialectisation et Principes pratiques”,
toutefois convenablement complétées : en sorte de présenter à la Publication,
chez L’Harmattan, un ouvrage auquel je crus naturel de donner pour titre
Energétique personnelle et sociale, ponctuant ainsi mon second “Temps”.

Un bon “tour”
Mais là, en ce rond-point, allait se placer le bon tour que jouerait ce
paradigme Energie pour lequel je venais de redoubler mes efforts de célébration
sinon d’actualisation.
Loin d’apparaître, attrayant et attirant, d’actualité aux yeux d’un Public
curieux, le titre-appel d’Energétique, même ouvert entre “personnelle et
sociale”, allait apparaître largement dissuasif : au point de faire qu’en dix
ans, à peine plus de deux centaines d’exemplaires du livre fussent diffusées.
Devrais-je m’en étonner ? Je dois plutôt faire amende honorable ! Car dès
la parution, amicalement, Edgar Morin m’avait écrit, louant l’ouvrage mais
déplorant son titre. Et voici sa lettre interpellante du 3 juillet 1999 :
“Cher André de Peretti,
Mettant votre livre de côté pour l’emporter en vacances, j’ai regardé le
début, puis me laissant emporter, j’ai dévoré les 86 premières pages… Elles
se lisent comme un roman, la "légende" du réel, et tout cela se fait avec un
art et une culture que je tiens à saluer avant d’aller plus avant… Et quel
plaisir de me voir utilement cité par vous…
Amicalement”.

16 E. Morin, La Méthode, Les idées, Paris, Le Seuil, 1951, p.100. Cf. La Méthode 1, La Nature
de la Nature, Paris, Le Seuil, 1977, p. 50 : “Il nous faut concevoir une relation
fondamentalement complexe, c’est-à-dire à la fois complémentaire, concurrente, antagoniste et
incertaine”… entre ordres et désordre.
14

Mais Edgar Morin ajoutait en post-scriptum (prophétique !) : “Votre titre
est rébarbatif… et ne laisse rien deviner de la richesse, énergétique, de votre
discours…”.
Titre “rébarbatif”, et donc inapproprié pour annoncer un “Roman” : La
Légende du Réel, puisqu’aussi bien Réel et Vivant ont apprivoisé l’Energie
et l’Information, au long d’une Féerie d’Approches, d’Analogies, et
d’Approximations…
Pourquoi n’ai-je pas de suite envisagé de faire quelque chose, pour
répondre à la pertinente remarque du cher Edgar Morin ? Il m’a fallu encore
recevoir les observations d’un autre ami, Jean-Louis Le Moigne, qui
dénonçait, dans le cadre de l’Economique, les raideurs, la “perversité” de
l’Energétique. Il m’avait d’ailleurs parlé, dans une lettre du 20 août 1997,
d’un “paradigme alternatif INFO-ORG-Ethique qui autorise un ‘Principe
d’Action Intelligente’, alternative plausible au trop prégnant ‘Principe de
17moindre action’” .
Je ne me suis cependant point troublé du fait que les économistes se
soient mis à ruer dans les brancards de l’Energie en lesquels ils s’étaient
longuement attelés. J’avais déjà, à partir de l’exploration des Civilisations,
pris mes distances, - en une dialectisation limitant thèses et antithèses -, avec
les assertions mécaniques, physico-chimiques, énergétiques, trop
“prégnantes”.
Et j’avais pris carrément position pour des Principes assouplis,
d’“Economie d’organisation”, et de “Continuité-interaction”, conjugués à un
Principe de “Pluralité Harmonique”, préservant les multiplicités même
oppo18sées et les “tâches ouvertes et non pas fermées” . Le cheminement de
l’Energie apprivoisée continuait à me fasciner : c’est une fabuleuse
aventurière ! Mais je ne me doutais pas de sa perte de crédit nominal. J’en prends
acte. Troisième “Temps” ! On lui préférerait, encore et à nouveau, par force,
la Force : à la Newton !





17 Cf. son article paru dans la revue Economie Appliquée, tome L, 1997, n°3, p.53, invitant
dans son introduction à “reconnaître désormais la progressive émergence d’une ‘économie
pragmatique’ qui ne s’enferme plus dans les paradigmes de l’énergétique ou de l’évolution
biologique”…
18 ème Cf. le discours inaugural, par mon ami Paul Fraisse, du XXI Congrès international de
Psychologie, en juillet 1976 à Paris. Egalement, Cf. Umberto Eco, dans l’Œuvre Ouverte :
“l’Univers est devenu mobile et changeant ; contradiction et opposition ne sont plus le mal
qu’il faut éliminer par les formules abstraites de l’ordre…”. A revoir, ci-après.
15

Esprit et Fables
Du coup, je puis incurver ma promenade. Je peux maintenir mes
propositions sur l’“Energétique personnelle et sociale”. Mais j’en viens à
reconnaître que l’Aventure de l’Esprit Humain accouplé à la Matière (depuis
quelques temps se révélant même “noire” - on en reparlera) continue à nous
surprendre dans l’Univers en expansion depuis son Big-bang : stimulant nos
attentes romanesques, et portant l’astrophysicien Hubert Reeves à conter La
plus belle histoire du Monde, en collaboration avec Yves Coppens, Joël de
Rosnay et Dominique Simonnet.
La plus belle histoire du Monde ! Voilà un titre annonciateur qui peut me
et nous faire songer à la Légende dorée de Jacques de Voragine, aux Temps
moyenâgeux : cependant, or pour or, qu’en notre Temps “instant”, un
astrophysicien peut nous conter que “nous sommes à l’aube d’un nouvel âge d’or
19de la Cosmologie” . Et alors que les Médias (Arte, quelle alerte !)
s’entremettent jusqu’à nous raconter La Fabuleuse Histoire de la Science…
20Science et Fable, Age d’or et Mythe ?... Ainsi nous est rappelé que le
Réel ne peut être accessible autrement qu’en une modélisation légendaire :
en clignant du regard vers la valse des analogies qui dansent : en complicité
avec la Musique sémantique des Mots, pour nous encourager à consentir au
spectacle, à la représentation, d’une “Invention de la Réalité” promue par
Watzlawick (en 1988) ou d’une “Construction” d’icelle reconnue, dix ans
plus tard, par Von Foerster.
En leur écho et à leur suite, Edgar Morin nous a rappelé que “le but
même de l’activité cognitive est de ‘simuler’ le réel perçu en construisant un
analogon mental (la représentation) et de simuler le réel conçu en élaborant
21en analogon idéal (théorie) ” .

Analogies et sciences
Nos contemporains rejoignent ainsi le grand physicien Maxwell, qui nous
econfia plus anciennement, à la mi-XIX siècle, que, “par analogie physique
j’entends cette similitude partielle entre les lois d’une science et celles d’une

19 Aurélien Barrau, astronome au Laboratoire de physique subatomique et de cosmologie de
Grenoble, in Les Mondes possibles de l’astrophysique, de la philosophie et de l’imaginaire,
Collecty, Editions La ville brûle, 2010. Cité in Cosmos, les ultimes défis, Sciences et Vie,
Hors Série, juin 2012. Ibid., du même auteur : “Nous espérons que nous verrons dans l’image
de Planck”, satellite récent, “les milliardièmes de seconde après le Big-bang !”
20 Cf. F. Lerbet Séréni, Mythes et Education, Paris, L’Harmattan, 2012, Introduction générale,
p.22 : “Le mythe contribue à la production de savoir nouveau… […]. Le mythe m’augmente
[…] de ce qu’il me limite, et me limite de ce qu’il m’augmente”.
21 E. Morin, La Méthode 3, la connaissance de la connaissance, Le Seuil, 1983, p.140. C’est
moi qui ai souligné “construisant”. Ibidem : “Dans ces conditions, l’analogie qui nous
apparaît au début et au terme de la connaissance, en est à la fois le moyen et la fin”.
16

22autre qui permet à chacune d’illustrer l’autre” . “Illustrer” ! Et par
“construction” et/ou “simulation” selon un jeu et une emprise de l’Information.
L’auteur de la neuve “Méthode” a su en conséquence, nous resituer
civilisationnellement : “La sphère des choses de l’esprit est et demeure
inséparable de la sphère de la culture : mythes, religions, croyances, théories,
23idées” . Quatrième “Temps” !
Je ne puis alors m’empêcher de penser, en illustration de ces propos, qu’à
la même époque que celle en laquelle théorise Maxwell, c’est bien un
romancier français, Jules Verne, qui, en De la Terre à la Lune (1865) et par ses
Vingt mille lieux sous les mers (1878) a précédé, analogiquement, experts et
savants : inspirant en l’illustrant d’avance, un avenir technoscientifique
accomplissant nos rêves autant que nos raisons.
Plus que jamais les “Inventions” scientifiques, et les “Constructions”
poétiques ou technologiques, nous dotent, en effet, d’incroyables moyens d’être
informés et de paradoxales ou inimaginables possibilités de conceptualiser et
d’agir. Sans oublier les “Big Data” !
Au coup de cymbales du Big Bang, ou par la quête d’obscures Galaxies,
jusqu’aux poursuites d’infiniment petites particules perçues à coup
d’énormes énergies, la Science et la Pensée ou l’Art nous offrent, en effet, de
quoi être épiquement médusés, si on le veut bien. Le voudriez-vous ?...
Car en ce quatrième “Temps” (nous y sommes ! Y venez-vous ? C’est le
vôtre !), il va falloir se et nous hasarder, - fut-ce furtivement ou à
clochepied sur la nouvelle marelle du Réel -, nous hasarder, dirais-je, à nuancer ou
prolonger, à rééquilibrer ou mieux romancer, nos propos venus des autres
“Temps”.
Nous sommes, en effet, bel et bien houspillés, bousculés, par des
changements intenses, incessants et accélérés, qui s’effectuent dans des
dévoilements d’Informations conquérantes (même minimes) autant que dans des
flashs d’Energies conquises (même énormes !)
Nous devons admettre que des jeux complexes d’informations codées
s’effectuent jusque dans les noyaux des plus simples cellules vivantes :
s’immisçant immanquablement entre les gènes, calés dans leur double hélice
repliée, et les mitochondries chargées des stockages et mises en œuvre des
énergies (ou d’acter des oxydations) dans les cytoplasmes cellulaires. En
telle sorte que tout (ou presque, d’aventure) deviendrait “lisible”, jusqu’en
toutes les inexorables “Evolutions”.
Inversement, tout récemment encore, il a fallu jouer avec des circulations
accélérées et des collusions amplifiées d’Energies pharaoniques, sous la

22 Cité in Analogie et Connaissance, Paris, Maloine, tome I (direction André Lichnerowicz,
François Perroux, Gilbert Gadoffre), 1978, p.195.
23 E. Morin, La Méthode 3, op. cit., p.75.
17

garde de milliers de savants associés pour leur faire mettre un doigt sur
l’existence mondiale des “Bosons de Higgs” : éperdument enfouis et cachés,
mais en poste pour assurer immensément, à notre Univers, une digne Masse
de Réel et de Vie : Car l’Energie agrège la Vie !
Mais nous ne pourrons en rester là, côté Information. Nos modes de
conception, de considération, de qualification, bougent ! Ainsi la Mort ne
resterait plus fixée nettement dans son rôle : elle se révélerait, en même temps
que “destructrice” de la Vie, “protectrice” de celle-ci quand ladite Vie s’en
prendrait mortellement à elle-même !

La vie… mais la mort ?
C’est ce paradoxe d’inversances entre la Vie et la Mort, pour s’équilibrer,
que met en lumière le grand immunologue Jean-Claude Ameisen : “Nous
sommes, à tout moment, pour partie en train de mourir et pour partie en train
24de renaître” . Car le “suicide cellulaire” est lié à la survie et à l’évolution, à
la sculpture des organes ou organismes auxquels sont associées, intégrées,
les cellules.
Plus précisément ou plus fabuleusement, “le suicide cellulaire est à
l’œuvre dans les sculptures des corps des animaux et des plantes, dont les
premiers ancêtres sont apparus il y a environ un milliard d’années. Mais il
sculpte aussi la complexité des innombrables formes de sociétés – invisibles
à l’œil nu – que bâtissent les êtres vivants les plus simples – les bactéries –
dont les premiers ancêtres sont nés il y a environ quatre milliards d’années.
Le pouvoir de s’autodétruire semble être profondément ancré au cœur du
25vivant” .
Apparaît ainsi, “aux frontières de la science”, “un univers étrange où des
idées contradictoires peuvent perdurer, s’affronter et se côtoyer… Un
uni26vers dangereux…” dont nous aurons à reparler, au-delà des chapitres dus
aux trois premiers Temps et, selon une “Double hélice des Civilisations et de
leur Devenir”, à saluer.
En attendant, il nous faut, sans plus tarder, revenir à présenter ce qui va
succéder, par la grâce successive des “trois Temps” justement rappelés, au
terme de ma et notre déambulation dans le présent préambule.

Table de nos Fables
Au départ, adviendra comme se doit, une Première Partie, titrée
ENERGIE et ASSERTIONS. Elle débute par une “Brève Histoire de la Notion

24 J. C. Ameisen, La sculpture du vivant - Le suicide cellulaire ou la mort créatrice, Le Seuil,
septembre 1999 et janvier 2003, p.17.
25 Ibid, p.18.
26 Ibid, p.444.
18

d’Energie”, puis expose les démêlés historiques de la dite Energie avec sa
cadette l’Information : suivant des nouages en complexité les plaçant entre
Physique et Sémantique ; et poussant à explorer la vertu paradoxale des
Antagonismes et à nous munir d’assertions synthétiques (de dissymétrie, de
moindre action et d’inertie).
La Deuxième Partie, ENERGIE et INSTITUTIONS, vise à approfondir,
ou romancer les relations physico-psychiques de chaque humain avec le Réel
et la Vie. Un chapitre, “Rencontres et Stress”, analyse d’abord les
oscillations émotionnelles vécues par chacun face aux Energies, potentielles ou
actualisées, matérielles et humaines rencontrées : nous les ressentons, nous y
réagissons autant que nous les prévoyons et les craignons ! Un chapitre
suivant, intitulé “Influences et Désarroi”, s’applique à raconter les recherches
de régulation des interactions informationnelles, cette fois : par le
développement d’“accointances” entre les Etres, et l’apparition, modératrice, de
Systèmes culturels. Il s’ensuit le recours à des “Objets et Cadres”, rassurants
ou armant chaque individu : jusqu’à l’usage de mots ainsi que de techniques
appelant des Normes. Il en ressort, cette fois pour les groupes sociaux,
l’émergence de systèmes et donc un développement de “Structurations
systémiques”. En celles-ci, tendent à se réguler “Pouvoirs et Autorités”, Valeurs
et Droit, “Légitimations” et “Protections”, non sans défauts ni risques
perceptibles dans les déboires des civilisations qu’il convient d’étudier.
Dans cette logique se situe la Troisième Partie intitulée INERTIE et
INSTITUTIONS. Au départ de cette Partie, un chapitre, intitulé “Réductions
et Effets de fermeture”, présente ces phénomènes et leur impact, aux plans
personnels, jusque dans les Langages ou les Cultures. Succède alors un
second chapitre présentant, mais cette fois aux plans sociétaux, les
“Fermetures dans les Institutions”, touchant “Pouvoir et Autorités” : qui, engoncés
dans le “Phénomène bureaucratique”, sont menacés par les risques
d’“aliénations” matérielles des Masses (dénoncées par Karl Marx), ainsi que
par les troubles d’altérations psychiques déséquilibrant les mesures
interpersonnelles des nécessaires “accointances”. La théorisation sur les méfaits de
l’Inertie conduit à en dénoncer, à en “romancer”, les avatars,
d’“entraînement” et de “résistances”, dans toutes les Sciences
physicobiologiques, mais aussi sociétales et institutionnelles. Le chapitre “Inertie et
Structures” explore, en effet, les “effets pervers”, les “cercles vicieux”
bureaucratiques (Michel Crozier) qui peuvent apparaître au plus près de
l’Histoire des Civilisations. A celle-ci est consacré le chapitre qui clôt cette
Troisième Partie : “Aliénation, Altération et Colonialisme”.
Une Quatrième Partie, - titrée DIALECTISATION ET PRINCIPES
PRATIQUES -, est enfin consacrée à un Essai de dialectisation
“hégélienne", amorçant une dialogisation “morinienne”, des “Changements dans
les Systèmes Sociaux”. Sont successivement développés des chapitres dont
19

les énoncés martèlent le terme “pratique”. Ainsi se succèdent : “Une Thèse
Pratique : Le Principe de Continuité-Interaction” ; “Une Hypothèse
Pratique : Le Principe de l’Economie dans la Formalisation” ; “Une Synthèse
Pratique : Le Principe de Pluralité Harmonique”.

Conclusion ?
Une Conclusion s’ouvrira alors : en une provisoire approximation (qui
sera développée par ailleurs). En son esquisse, une Dialogisation théorique
accolera l’un à l’autre deux systèmes antagonistes qui fonderaient et
marqueraient le Réel et la Vie : en s’opposant, en se limitant, tout en se fructifiant et
en se densifiant ontologiquement, mais aussi paradoxalement !
Ces Systèmes seront présentés, phénoménologiquement en une
Simulation hélicoïdale, à la façon éloquente de l’ADN. Un Système pourrait
présenter selon neuf “Génératrices”, les Positivités par lesquelles les formes ou
combinaisons multiples, et changeantes, d’Energies et d’Informations
“réaliseraient” le Réel et “vitaliseraient” la Vie.
L’autre Système, sur les mêmes neuf “Génératrices”, exposerait,
révélerait les inéluctables Négativités, d’Inertie double et d’Entropie ou de
Fermeture, qui tempèrent l’expansion des Positivités : en risque de déséquilibres
surmontés, toujours de justesse (ou d’injustice), au long des Histoires et des
Messages laissés par les Civilisations.
Enfin, il y aura un Excursus !

Lecteurs patients, ou impatients, vous faudrait-il lire les développements
qui suivent ce préambule ? “Légende” veut bien dire, depuis le latin, “ce qui
doit être lu”, jusqu’entre les lignes (et jusqu’aux interstices). Bon courage à
ceux qui aiment les aventures…


André de Peretti

Paris, 2 novembre 2013
20



PREMIÈRE PARTIE





ÉNERGIE ET ASSERTIONS




CHAPITRE PREMIER
1“BRÈVE HISTOIRE” DE LA NOTION D’ÉNERGIE


Avant de lui faire recours, en vue d’assurer une modélisation des rapports
humains, il est bon de nous interroger, même de façon cavalière ou
impertinente, sur l’émergence de la notion d’énergie : au moins en Occident.

Omniprésence en Orient et autres lieux  ?
L’Orient, Extrême ou Moyen, pourrait l’avoir plus anciennement, et plus
continuellement, évoquée ou invoquée, en variété. On peut la voir désignée
“dans l’Hindouisme, d’une part comme Kundalini (‘l’enroulée’  ; la ‘lovée’)
signifiant l’énergie humaine  ; ou d’autre part, comme ‘Shakti, l’Énergie
omniprésente’ dans le monde ‘manifesté’, dont elle est ‘la source’”, assure
Alain Daniélou – celui-ci précise : “aussitôt que la manifestation s’amorce,
l’énergie apparaît partout, en tout, comme la substance de tout. On la
repré2sente comme le pouvoir de Shiva ou de Vishnu ou de Brahma” . Déesse
3
“souveraine” ou “fille-sauvage”, “terrible” ou “bénéfique” .
On pourrait la soupçonner dans les échanges antagonistes, autour du Tao,
voie ou pouvoir tendus entre le Ying et le Yang chinois. Sa circulation ou
son blocage, son va-et-vient, seraient impliqués dans l’enroulement des
systèmes de points sensibles reconnus en acuponcture. Mais, plus généralement,
Lao-Tseu dit du Tao qu’“elle est la mère du monde, mais qu’on ne saurait la
nommer, le mot Tao n’étant pas son nom véritable, mais une simple
appellation pratique”  ; Max Kaltenmark en déduit : “Si le Tao est une mère, ou se-

1 En clin d’œil respectueux à La brève histoire du temps de Stephen Hawking, Paris,
Flammarion, 1989, cf. p.9 : “J’ai décidé d’écrire un livre sur l’espace et le temps à l’intention du grand
public…”  ; ibidem, p.213 : “Si nous découvrons une théorie complète, elle devrait un jour être
compréhensible, dans ses grandes lignes par tout le monde, et non par une poignée de
scientifiques. ”
2 A. Daniélou, Le Polythéisme Hindou, Paris, Buchet-Chastel, 1975, pp.387-388. Notons que
“La déesse apparaît à la source des trois aspects de l’existence comme la réalité, la conscience
et l’expérience”, ibidem, p.395. On peut prendre attention au rapport à la conscience, et, en
principe, à l’information, comme nous aurons à y revenir.
3 Ibid., p.407 et 408. Cette déité féminine a pu s’imposer même aux aryens nordiques, qui
formaient une société patriarcale (cf. p.392).
23

lon un autre passage de Lao-Tseu, une ‘Femelle Mystérieuse’, c’est qu’il est
4
la source de toute vie” .
Sous ses formes multiples, l’énergie a pu être conçue comme “solaire” ou
comme “lunaire”. Elle peut être suggérée dans l’enroulement des serpents
enlacés, en équilibre, pour former le Caducée (cher aux médecins). Et elle
fut (ou est encore), en tant que force qui anime l’Univers, invoquée
obscurément : sous les aspects pluriels des “puissances ‘impersonnelles’
inhérentes aux choses, par le terme mélanésien de mana (et à ceux, en partie
analogues, des différents peuples indigènes américains : orenda, wakan,
5manitou) ” .
Personnalisée, on la retrouve comme “mère divine”, “grande déesse”,
di6vinité stellaire : de Sumer à la Chaldée, sans oublier des lieux multiples de
la préhistoire. Il est piquant de constater qu’elle est toujours célébrée, ou
générée, au féminin : mais tout comme dans notre occident rationaliste et ses
modes profanes  ! Elle semble bien s’y mêler d’agitation et de repos ou
d’équilibre, de propagation et de conservation  ; et elle paraît, selon les temps,
émerger en puissance ou se sous-entendre… Il faut y voir.

Émergence en “Occident”
Car il faut bien nous interroger sur la mise, progressive, sinon
intermittente, de l’énergie, en Occident, sur le devant de la scène : que celle-ci soit
technique ou scientifique, pratique ou philosophique. Elle s’enchevêtre ou
s’interpose (dea ex machina  !  ?) dès qu’il est question de force et de travail,
d’équilibre et de mouvement, de maintenance ou d’altération, de matière (ou
de masse) et de forme, de substance ou de sens, de manifestation et de
mutation : de façon toujours plus extensive.
Au fil des temps, elle a anastomosé ou infiltré des phénomènes aussi
étrangers, apparemment disjoints, que la gravitation, la chaleur, la lumière,
les affinités chimiques, le magnétisme, l’électricité, les rayonnements, les
signes, la vie… Et elle nous fait immanquablement virevolter, bifurquer,
entre “le fixe et le mobile” (comme le remarque Michel Serres pour
Coper7nic), suivant des révolutions successives .

4 M. Kaltenmark, “Le Taoïsme religieux”, in Histoire des religions, Paris, Gallimard, tome I,
p.1220.
5 Angelo Brelich, “Prolégomènes à une histoire des religions”, in Histoire des religions, tome
I, op.cit. , p.17.
6 Raymond Jestin, “La religion Sumérienne”, in Histoire des religions, tome I, op. cit., p.196 :
“La personnalité de la déesse Inanna est l’une des mieux marquées et des plus fortes du
panthéon sumérien. Elle paraît symboliser en elle, bien qu’uniquement féminine, les deux aspects
du comportement exigé par la nature même de la vie dans son expansion éternelle  ! La lutte
pour l’homme, la reproduction pour la femme”.
7 M. Serres (dir.), Préface, Eléments d'histoire des sciences, Paris, Bordas, 1989, p.10. Cf.
ibidem : “Des révolutions successives s’accomplissent en cascades où les savoirs incertains
24

On ne peut donc négliger ou omettre, à propos de sa compréhension, les
fluctuations qui se sont effectuées et s’effectuent, au long de l’histoire :
entre, d’une part, des conceptions ou mesures , rassurantes, assises statiques
géométriquement sur l’espace et l’immuabilité, et, d’autre part, des projets
dynamiques, physiquement plus ou moins “loin de l’équilibre”, en
porte-à8 faux sur le devenir et l’imprévisible ou la vie .
Avant de retracer les principales péripéties auxquelles a été soumis, en
Occident, le concept d’énergie, il importe de préciser son moment
d’émergence, au moins dans son actuelle forme verbale. Le mérite initial
pourrait en être reconnu à Aristote. Physicien autant que métaphysicien (et
pas seulement géomètre), il eut besoin d’y avoir recours pour affirmer, et
clairement dégager, dans la réalité et les phénomènes, le mouvement et les
changements niés par les Eléates.

Pour ou contre le mouvement et le changement
Ces philosophes (et poètes) présocratiques furent de redoutables
débatteurs : Socrate et Platon s’étaient déjà opposés à eux. Pour Parménide, la
pensée ne peut expliciter ou révéler qu’un être qui soit sans passé ni avenir
ou devenir : “Un, Homogène, Immobile”. Car : “a) ce qui est ne peut pas
avoir commencé d’être et ne peut pas cesser d’être  ; b) ce qui est ne peut pas
changer : s’il devenait autre, en effet, quelque chose qui n’était pas
commen9cerait d’être . L’expérience vécue, le mouvement ou les phénomènes
peuvent donc être dénoncés comme illusions.
C’est à quoi s’employa aussi Zénon d’Elée. Ses paradoxes restent bien
connus, dans son dessein de démontrer rationnellement (?) l’impossibilité du
mouvement. Achille ne pourrait jamais atteindre que des positions que la
tortue qu’il poursuit aurait déjà dépassées, indéfiniment, et ne pourrait donc
la rattraper. La flèche, décochée, dans son vol resterait immobile, d’instants
en instants indéfiniment séparés. De tels paradoxes, ou plutôt paralogismes,
n’ont perdu que lentement leur crédit (ou leur lustre) : avec 1’avènement, en
e
XVIIfin siècle, du calcul infinitésimal dont on reparlera.

empruntent tour à tour le chemin de la science : la mathématique commence, puis la physique,
etc. Ainsi Copernic, en changeant le fixe et le mobile, fonde l’astronomie scientifique”.
8 Cf. Ilya Prigogine, Les lois du chaos, Paris, Flammarion, 1994, p.37 : “Sans les corrélations
à longue portée dues au non-équilibre, il n’y aurait ni vie ni cerveau. Dès lors, les
phénomènes de non-équilibre conduisent à une résurgence du paradoxe du temps. Nous y
voyons, avant tout, le rôle constructif du temps”  ; cf. p.33 : les “structures stationnaires de
non-équilibre”.
9 Cité par Clémence Rannoux, “Les Présocratiques”, in Histoire de la philosophie, tome I,
Paris, Gallimard, 1969, p.431. Cf. Yoav Ben-Dov, Invitation à la physique, Paris. Seuil, 1995,
p.87, une autre formulation : “ce qui est, est”  ; “ce qui n’est pas n’est pas”  ; “ce qui peut
devenir n’est pas”  ; et “ce qui n’est pas ne peut pas devenir ce qui est”.
25

Mais à ces réductions ultimes de la pensée (ou du discours) par les
Eléates, à ces extrêmes divisions de l’espace et du temps, Aristote, physicien
naturaliste conséquent (Phusis, la nature) autant que spéculateur précis, sut
opposer une articulation de conceptions antagonistes, aussi dynamiquement
séparées qu’assemblées. Pour un tel assemblage, il fallait une forte logique :
ce qui lui convenait. On sait qu’il traita magistralement d’une clarification et
d’une classification des “syllogismes” et de leur usage : mais,
étymologiquement, syllogisme vient du verbe grec “sullegein” qui signifie justement
“assembler” ou “rassembler”.
Ce faisant, l’assemblage même des concepts antagonistes qu’il conduisait
lui permettait d’en faire sortir logiquement un entrechamp de relation,
redonnant discursivement un lieu de passage au mouvement. En ce que “le
syllogisme est un discours dans lequel certaines choses étant posées, quelque
chose d’autre que les données en résulte nécessairement par le fait des
don10 nées” .

Où l’énergie apparaît et disparaît
Le Stagirite sut, ainsi, distinguer “entélécheïa” (étymologiquement,
l’action qui a -echei- sa fin -telos- en soi -en) et “dunamis” (la force en
attente, en “puissance”) : mais afin de mieux les articuler pour faire émerger
“energeia” au cours d’un travail [en - ergon, en grec  ; ergon nous donnera
“erg”, unité de mesure du travail]. Le mouvement, résultant du passage, au
travail, de la “puissance” à l’“acte”, dégageait l’énergie, conceptuellement,
et matériellement. On sait assez qu’Aristote avait, de même distingué et
assemblé, en mouvement, “matière” et “forme”. De telles distinctions auront la
vertu (l’énergie  !) de passer à la postérité.
Cependant, comme on l’a vu, nous sommes déjà passés du grec au latin.
Par les traductions en latin, “entelecheia” et “energeia” nous apparaissent
contractées en “actus”, devenu “acte” pour nous  ; de même, “dunamis” allait
être (à la mode romaine  !) placée sous le vocable de “potential”, “puissance”
pour nous. Parallèlement, la “matière” (soit l’être en “puissance”) relayait
l’“hylè” grecque, et la “forme” (soit l’être en “acte”) désignait la “morphè”.
Le mouvement devenait bien alors la recherche incessante, par la “matière”,
de la “forme” qui l’organise et lui confère attributs ainsi que spécificité : car,
11
“c’est l’acte plus la puissance qui caractérise la nature d’une chose” .
Ravaisson pourrait insister : “C’est dans le mouvement que nous avons
vu se manifester l’opposition universelle de la puissance et de l’acte. C’est

10 B Aristote, Premières analytiques, 24   .
11 Aristote, Phys. II, 1, 193b6 – Cité in La notion de finalité chez Aristote, par Michel Pierre
Lemer, Paris, PUF, 1969, p.69 – cf. ibidem, p.96 : “l’âme est l’entéléchie première d’un corps
possédant la vie en puissance”.
26

en partant du mouvement que nous nous élevons à l’idée de la fin, où la
puissance se réalise dans l’acte de la forme : c’est encore du mouvement
12qu’il nous faut remonter au principe universel de toute chose” . Le
mouvement, entraînant avec lui l’énergie, aurait-il éclipsé celle-ci  ?
Car Latins et Scolastiques du Moyen Âge ont bien conservé les rapports
tendus et structurants entre puissance et acte, entre matière et forme, entre
nature et finalité. Ils ont aussi adopté les axiomes tels que : “le mouvement
est l’acte commun du moteur et du mobile”  ; ou que “tout être en
mouvement est mû par un autre”  ; sans oublier celui d’un “Premier Moteur
Immobile”. Ils ont pris soin également des “quatre causes” qu’Aristote avait
présentées en substantifs et auxquelles ils ont donné des qualifications de :
13“formelle, matérielle, efficiente et finale” .
ePar Buridan enfin, au XIV siècle, (et sans son âne), fut aussi préservée la
“force” sous la forme masculine de “l’impetus” : “tandis que le moteur meut
le mobile”  ; énonçait-il, “il lui imprime un certain impetus, une certaine
14puissance capable de mouvoir ce mobile…” . Mais “l’énergeia”, notre
énergie conservative et tenace, fut bel et bien occultée. Elle ne ferait un
retour, progressif, vers nous, qu’au travers des Temps Modernes : quand la
dynamique serait libérée.

Statique contre dynamique
Car la physique grecque, comme la philosophie sensible à la géométrie
(“que nul n’entre ici…”) avait eu une prédilection pour la Statique :
c’est-àdire pour une “science de l’équilibre” entre des forces, et donc pour une
science portée à subtiliser le mouvement (Kinesis). Il fallait bien, alors,
œuvrer et penser les yeux levés vers l’invariance, la constance, manifestées
selon la voûte céleste, ou reposées sur l’immobilité apparente de la terre : si
l’on voulait être inspiré convenablement, ou fouler la certitude sous ses
pieds  !
Le Moyen Âge avait obtempéré. Mais, avec la Renaissance, les grands
voyages et les découvertes astronomiques mirent la Terre en branle. Il y eut
Copernic et Képler, entre autres, mais aussi le premier “ingénieur”, (au sens
moderne), génial, que fut Léonard de Vinci, doué de plusieurs modes de

12 F. Ravaisson, Essai sur la métaphysique d’Aristote, Paris, 1837-1840, t. I, pp.538-539, cité
par M. P. Lemer, op. cit., p.129.
13 Cf. M. P. Lemer, op. cit., p.31 : “Ulé, eidos, to poioun. Telos”.
14 Jean Buridan, questiones octavi libri physicorum, cité par Jean Fabre, in Les origines de la
notion d’énergie, le Progrès Technique, n° 14, Paris, 1979. Ibidem : “Plus grande est la
vitesse avec laquelle le moteur meut le mobile, plus puissant est l’impetus qu’il imprime en lui.
C’est cet impetus qui meut la pierre après que celui qui la lance a cessé de la mouvoir. ” On le
voit, impetus et vitesse sont unis, avec quelque idée d’inertie. La notion de masse n’est pas
loin : “plus un corps reçoit de matière, plus il peut recevoir de cet impetus et plus grande est
l’intensité avec laquelle il peut la recevoir. ”
27

15mouvement (dit, de lui, Paul Valéry ) et qui rêva de l’aviation avec sa
devise de “rigueur obstinée” (Hostinato rigore). Les choses bougeaient. Les
temps s’animaient. Il en était fini de calculer, à la façon de Ptolémée, selon
des figures circulaires, réputées pures, pour suivre les astres avec
complication. Par la grâce de Képler, l’ellipse, avec son déhanchement simple,
signifiait le mouvement et ses variations ou inconstances : sur la voûte céleste. Et
quant à la terre, et à sa statique benoîte et supposée (ou imposée), un certain
Galileo Galilei, ajoutait en riposte nostalgique : “Et pourtant, elle se meut  !”.
La Dynamique s’imposait alors, urbi et orbi  ! Elle libérait le mouvement hors
des liens de la certitude régulière, sécurisante.
De l’immobilisme culturel scolastique, Descartes, pour sa part et de
quelque trente-deux ans le cadet de Galilée, se dégageait aussi. Il osait taxer
les “doctes” “de proférer des paroles magiques” quand ils disent que “le
mouvement qui est une chose bien connue de tout le monde, est l’acte d’un
être en puissance, en tant qu’il est en puissance  ? Car qui comprend ces
16mots” . On n’allait plus “arrêter” le mouvement, en esprit ni en mécanique  !

L’élan de Galilée
II était temps  ! En raison du crédit qui fut trop longtemps accordé aux
Anciens par les “Doctes”, les “Mécaniques” d’Aristote avaient pu, en effet,
retarder, “arrêter”, la Dynamique, en assurant : “Le corps en mouvement
s’arrête quand la force qui le pousse ne peut plus agir de façon à le
pous17
ser” . Mais pour Galilée, c’était là une dérive d’abstraction qui pouvait
rassurer mais qui ne résistait pas à l’audace expérimentaliste qu’il mit en œuvre.
On sait assez qu’il procéda par plans lisses et inclinés ou horizontaux,
ainsi que par le jet d’objets lancés du haut d’une tour. Ses expérimentations
lui permirent d’énoncer : “Une vitesse quelconque imprimée à un corps se
conserve rigoureusement aussi longtemps que les causes extérieures
d’accélération ou de ralentissement sont écartées, condition qui se réalise
18 seulement dans le plan horizontal” .
Par les observations de Galilée, l’inertie était ainsi détectée : en même
temps que l’accélération était décelée dans le mouvement même. Einstein et
Infeld, penchés sur “l’évolution des idées en physique” pouvaient donc
commenter les résultats obtenus : “Nous avons vu que cette loi de l’inertie ne

15 P. Valéry, Variété, Paris, Gallimard, 1925, p.193. Cf. p.194 : “Mais Léonard, de recherche
en recherche, se fait très simplement toujours plus admirable écuyer de sa propre nature.”
16 R. Descartes, Règles pour la direction de l’Esprit, Règles XII, in Œuvres et Lettres, Paris,
Gallimard, 1949, p.55.
17 Cité par Albert Einstein et Léopold Infels, L’évolution des idées en physique, paru en
anglais à Princeton en 1936, trad. française en 1983, Paris, Flammarion, Ed. Club France
Loisirs, 1990, p.26.
18 Ibid., p.29.
28

peut pas être dérivée directement de l’expérience, mais seulement par la
19
pensée spéculative compatible avec l’observation” .
Alors que, par carence d’expérimentation raisonnée, la pensée
scientifique avait dû s’arrêter à mi-chemin dans le traitement de la force et de la
vitesse d’un mobile, Galilée lui fit faire un pas de plus, décisif. Il introduisit
aussi l’idée du “Moment”, produit du poids par la vitesse : cette notion allait
préfigurer celle de quantité de mouvement qui séduirait René Descartes.

Descartes, pour ou contre Galilée
Tout en la critiquant, celui-ci allait, en effet, poursuivre cette démarche :
toutefois, il n’irait pas jusqu’à son terme, c’est-à-dire à la prise en
considération de l’accélération. Car il s’attacherait à la vitesse “imprimée” dans un
mouvement et à son maintien en quelque constance, décidant à tort : “Ce que
dit Galilée, que les corps qui descendent passent par tous les degrés de la
vitesse, je ne crois point qu’il arrive ainsi ordinairement, mais bien qu’il
20n’est pas impossible qu’il arrive quelquefois” .
Une fois encore, une avancée serait freinée par quelque arrêt conceptuel,
un certain “je ne crois point”  ! Ce que le mouvement pris au sérieux pouvait
révéler se voyait contrarié par une oscillation pendulaire vers des pauses
stationnaires, vers une révérence faite à la Statique, selon une apnée mentale.
Descartes s’attacherait, en effet, à énoncer des lois sur la conservation du
mouvement et de la vitesse : mais en se retenant d’introduire, à nouveau sur
celle-ci le mouvement même, le changement sur le changement, pour qu’en
émerge l’accélération. II partait du “principe” : “que Dieu est la première
cause du mouvement, et qu’il en conserve toujours une égale quantité en
21
l’univers” . Il en déduisait alors une conservation de la “quantité de
mouvement” (masse multipliée par la vitesse (mv)).
Mais, aussitôt, il postulerait une permanence des choses, et,
géométriquement, des vitesses : en raison d’une perfection inhérente à Dieu et “non
seulement de ce qu’il est immuable en sa nature, mais encore de ce qu’il agit
22
d’une façon qu’il ne change jamais” .

19 Ibid. , p.27.
20 R. Descartes, Œuvres et Lettres, op. cit., p.814. Cf. à propos d’une page d’un livre de
Galilée, p.805 : “Tout ce qu’il dit de la vitesse des corps qui descendent dans le vide, etc., est bâti
sans fondement : car il aurait dû déterminer ce que c’est que la pesanteur  ; et s’il en savait la
vérité, il saurait qu’elle est nulle dans le vide”. Autre erreur  ! Ou alors quel vide  ?
21 Ibidem, p.491.
22 R. Descartes, Les principes de la Philosophie, n° 36, in Œuvres et Lettres de Descartes, op.
cit., p.495. Cf. ibidem, p.494 : “C’est pourquoi, lorsqu’une partie de la matière se meut deux
fois plus vite qu’une autre, et que cette autre est deux fois plus grande que la première, nous
devons penser qu’il y a tout autant de mouvement dans la plus petite que dans la plus grande  ;
29

Aussi bien, soucieux d’immuabilité, de permanence et de persistance de
la rectitude dans les choses, il énoncerait “trois lois de la nature” : “que
23  chaque chose demeure en l’état qu’elle est, pendant que rien ne le change” ;
“que tout corps qui se meut, tend à continuer son mouvement en ligne
24
droite” . “Que si un corps se meut en rencontre un autre plus fort que soi, il
ne perd rien de son mouvement, et s’il en rencontre un plus faible qu’il
25puisse mouvoir, il en perd autant qu’il lui en donne” . On notera la
centration sur “un corps” en quelque supériorité sur “un autre”.
Cette troisième “loi de la nature” serait à juste titre contestée, notamment
par Leibniz, comme on le verra ci-après. Sa formulation retiendrait
Descartes d’aller observer de plus près l’énergie dans les corps matériels, en
mouvement ou en chocs (sinon en repos), solides ou déformables. Il serait,
de même, arrêté par sa conception centrale de l’étendue à laquelle il réduirait
sa considération de la matière : en ce “que la nature de la substance
maté26rielle ou du corps ne consiste qu’en ce qu’il est quelque chose d’étendu” .
L’étendue, consistante, masquerait sans doute pour sa vision de grand
géomètre, l’importance, moins “évidente”, moins “distincte”, des forces
accélérantes. Elle lui occulterait, par suite, la primauté souterraine de
l’énergie et de sa conservation, soutenant la dynamique des corps. À force de
le voir considérer “en général toutes les notions claires et distinctes qui
peuvent être en notre entendement touchant les choses matérielles, et n’en ayant
point trouvé d’autres sinon celles que nous avons des figures, des grandeurs
27et des mouvements” , il me semble raisonnable de dire que Descartes s’est
moins intéressé aux “forces” et aux changements d’état  ; il a donc rétréci son
étude des mouvements à une cinématique établie sur un temps neutralisé.
Il est vrai qu’il voyait assez clair avec sa “dioptrique” : pour la réfraction
de lumière, au plus visible entre l’air et l’eau, proches, et en vue
corpusculaire, sans autre changement. Newton, lui, né presqu’un demi-siècle plus
tard, pousserait la recherche du changement dans la lumière jusqu’à sa
décomposition par un prisme. Se démarquant de Descartes, il oserait aussi
pousser à son aboutissement ce qu’avait pressenti Galilée à propos du
mouvement.

et que toutes fois et quantes que le mouvement d’une partie diminue, celui dont quelque autre
partie augmente à proportion”.
23 Ibidem, p.495.
24 Ibid., p.496.
25 Ibid., p.498.
26 Ibid., pp.483-484. Fixé aux idées “claires et distinctes”. Descartes “concluait”, dans sa règle
XIV “pour la Direction de l’Esprit”. Ibid., p.65, que l’étendue est “l’espèce de grandeur qui
entre toutes se représentera la plus facilement et le plus distinctement à notre imagination”, et
qu’il y aura “grand profit” à lui rapporter “ce que nous disons des grandeurs en général”.
27 e Ibid., p.527, Principe 203 de la 4 partie : “Comment on peut parvenir à la connaissance des
figures, grandeurs et mouvements des corps insensibles”.
30


Newton et le retour des “forces”
Newton affinerait, en effet, la formulation de la loi d’inertie : “tout corps
persévère dans son état de repos ou de mouvement uniforme en ligne droite,
à moins qu’il ne soit déterminé à changer cet état par des forces agissant sur
28
lui” . Les forces, détachées des corps et de l’étendue resurgissaient à
nouveau (en force  !) au cœur du mouvement  !
Leur prise en considération venait de loin pour Newton. Chimiste
(alchimiste  ?), son étude première était celle des mouvements d’associations et de
dissociation entre corps chimiques, celle des affinités et attractions entre
ceux-ci. “Ce serait, en fait”, nous précise Isabelle Stengers, “pour tenter de
mathématiser les attractions entre corps que Newton se serait d’abord
intéressé à l’astronomie, en tant que cas particulier et, espérait-il, plus simple, et
cette notion, anti-mécaniste, d’attraction lui serait venue de la chimie. Mais
la mathématisation du ciel aurait provoqué cette gigantesque surprise : une
29seule force, universelle, suffit à rendre compte de tous les mouvements” .
Mais cette force, “imprimée” dit Newton, “réside uniquement dans
l’action”, précise-t-il, “et ne reste plus dans le corps quand cette dernière est
finie. Car le corps conserve tout état nouveau qu’il acquiert par sa vis
iner30
tiae seulement” . Et cette force s’insinue entre les corps, selon une
attraction mutuelle, réciproque : qu’il s’agisse de mouvements de la terre et de la
lune, du soleil ou d’une pomme  !
Mais relier force et “action exercée” dans les mouvements des astres
comme dans la chute ou le lancer de corps observables et maîtrisables,
conduisait à constater que les vitesses changent : l’accélération, par les ellipses
célestes ou par la pesanteur, était mise en “cause”  ! Et le problème du rapport
des forces aux distances et aux masses pouvait être posé dans sa généralité
2(aussi bien F = M.M´ : D que F = Mg, on peut s’en souvenir  !).
Les forces mises en branle n’allaient pas être arrêtées aux seuls
mouvements extérieurs des objets palpables ou des astres hors de portée. “Dès
l’époque de Newton”, reconnaît Robert Oppenheimer, “on se rendait compte
que des forces énormes entraient en jeu pour prêter aux objets matériels leur
31solidité” . Et ces forces intervenaient dans un espace agrandi, amplifié par
Newton, ne serait-ce que par son étude de ce qui le traverse sans masse, la
lumière.

28 Cité par Einstein et Infeld, op. cit., p.27.
29 e I. Stengers, L'affinité ambiguë : le rêve newtonien de la chimie du XVIII , in Éléments
d’Histoire des Sciences, op. cit., p.301.
30op. cit., p.30.
31 R. Oppenheimer, La Science et le Bon sens, Paris, Gallimard, 1955, p.23.
31

e XIXPourtant, remarque Oppenheimer, “Ce n’est qu’au siècle, avec
Faraday, que l’on commença à comprendre toute la plénitude de l’espace et qu’il
pouvait être le siège, non seulement de forces de gravitation produites par la
masse des particules matérielles, mais de forces électriques et magnétiques
32
dues à leurs charges” .

Déjà les ondes  !
La lumière, en attendant, faisait des signes annonciateurs des
compréhensions (ou énigmes) ultérieures. Car l’astronome danois Roemer, observant
les éclipses des lunes de Jupiter découvertes par Galilée, démontrait en 1676,
qu’elle se meut, ou voyage, à une vitesse finie (dont il avait donné une
estimation honorable), “clôturant ainsi la dispute bimillénaire sur la propagation
33instantanée ou pas” . Einstein s’en souviendrait  !
Dans le même temps, Huygens, après avoir travaillé au perfectionnement
des verres optiques et donné les lois de la force centrifuge, décrivait la
propagation de la lumière en s’opposant à la théorie corpusculaire approfondie
par Descartes et Newton.
Dans son Traité de la lumière, paru en 1690, Huygens pouvait, en effet,
écrire à propos du mouvement “imprimé à la matière” : “il s’étend, ainsi que
celui du son, par des surfaces et des ondes sphériques : car je les appelle
ondes à la ressemblance de celles que l’on voit se former dans l’eau quand
34on y jette une pierre” . L’alerte vibrante était donnée  ! Les ondes
“donneraient”.
Einstein et Infeld commentaient alors cette “naissance” ou
“annonciation” de la théorie ondulatoire : “selon Huygens, la lumière est une onde, un
35
transport d’énergie et non de substance” . Ainsi donc, l’énergie (comme
Vénus  !) pourrait sortir des “ondes”, en naître ou en renaître : “transportée”,
hors ou entre des “substances”  ; comme les forces  ! Et par les ondes,
l’énergie, tout comme la lumière, alimenterait face aux “corps” ou
“corpuscules” de vives querelles entre théoriciens et mécaniciens  !
Notons qu’en 1690, concurremment aux travaux de Huygens, il faut
retenir la présentation par Denis Papin de la “machine à vapeur”. La chaleur
allait nécessairement relayer la lumière dans la traque de l’énergie. Mais
Huygens avait eu l’intuition prémonitoire d’un “rapprochement des
pro36blèmes de la matière et de ceux de la lumière” .

32 Ibidem.
33 Michel Authier, La réfraction et l’“oubli” cartésien, in Éléments d’histoire des Sciences,
op. cit., p.264.
34 Cité par Einstein et Infeld, op. cit., p.124.
35 Ibidem.
36 re M. Serres, Le système de Leibniz et ses modèles mathématiques, Paris, PUF, 1 éd. 1968.
e3 éd., 1990, p.387, en note.
32

Par celle-ci, Leibniz, de son côté, entre autres œuvres dynamiques, se
préoccuperait de faire de sa physique “une science de la propagation en
37” : par suite, une prescience de la communication (“cette communi-général
cation”, énoncerait-il, “fait que chaque chose tient à toutes les autres et en est
38
affectée” ), comme le remarqua deux siècles et demi plus tard, Norbert
39Wiener, pour la création de la cybernétique .

Leibniz et l’“action motrice” selon les “quarrés” des vitesses
Soucieux de la généralité de la “propagation” ne tolérant aucune
limitation, ni aucun arrêt par quelque centre fixe du mouvement, Leibniz pouvait
écrire en 1698 : “le soleil ne saurait être le centre de l’univers, parce qu’il y a
40
une infinité de soleils aussi grands et aussi beaux que le nôtre” . C’était un
univers désabsolutisé et décentré, mais “harmonisé”, encore plus amplifié
que celui de Newton, qu’il désignait.
Et il scrutait cet univers relativisé (déjà  !) selon la variété d’une pensée en
mouvements multiples, réitérant ses “calculs” selon une harmonie de
combinatoires plurielles, à l’opposé de l’“évidence” cartésienne. Michel Serres
déduirait de la Monadologie que, pour lui, “la vérité est l’exhaustion des
choses et de leurs relations, elle est l’analogie des lois de passage dans
41
l’itération infinie des passages différents” . Le mouvement s’enroulerait
harmonieusement dans le fonctionnement même de la pensée, incessant.
Au cours d’un séjour à Paris, de 1672 à 1676, Leibniz s’était préoccupé
contre Descartes, de la variété différentiable dans le mouvement d’un corps
qui tombe : et qui passe, précisément par “tous les degrés de la vitesse”. II en
vint donc, concurremment à Newton (qui avait conçu, en 1664, le “calcul des
fluxions”), à inventer le calcul infinitésimal (différentiel et intégral).
Mais il ne pouvait donc se satisfaire du lestage que Descartes, en
géomètre, effectuait sur le mouvement par “l’étendue”. Car, assurait-il, “le
mouvement est une chose successive, laquelle n’existe jamais non plus que
le temps parce que ses parties n’existent jamais… (il) n’est pas une chose
42
entièrement réelle” .

37 Ibid., p.352.
38 Cité ibid., p.352.
39 Cf. ibid., p.353 : “Wiener analyse quelques thèmes du leibnizianisme en indiquant leur
signification pour la théorie de la circulation des messages. Le texte est rapide et très
incomplet, mais il est juste et suggestif”  ; le texte est dans le chapitre I de The human use of human
beings.
40 Cité ibidem, p.632, en note.
41 M. Serres, ibid., p.636.
42 Leibniz, Discours de Métaphysique, cité par Jean Fabre dans Les origines de la notion
d’énergie, le progrès technique, Paris n° 14, 1979.
33

Il fallait bien, dès lors, bousculant le placage de l’étendue, faire ressortir
du mouvement, l’“impetus” et la force cachée. Car, découvrait-il, “la force
est double : la force élémentaire que j’appelle morte parce qu’elle n’existe
pas encore dans le mouvement mais est seulement une sollicitation au
mouvement comme celle d’un globe dans un tube en rotation ou d’une pierre
dans la fronde. L’autre est la force ordinaire, unie au mouvement et que
43j’appelle vive” . Leibniz exhumait ainsi ce qui se définirait comme énergie
potentielle, conjuguée à la “force vive” ou, plus tard, énergie cinétique : vues
pionnières, décisives, même si elles seraient quelques temps combattues.
Poursuivant sa démarche, Leibniz s’attacherait à envisager tous les cas,
non seulement de “figure” mais surtout d’“action”. Contrairement à
Descartes, étudiant les mouvements et les chocs entre les corps, il ne se placerait
pas du côté d’un seul corps mais dans la relation entre deux ou plusieurs
corps, c’est à dire dans le phénomène de leurs échanges réciproques de
vitesses ou de forces.
Il pouvait définir entre deux corps (disons de masses M et M’  ; de
vitesses initiales, V et V’ ; de vitesses respectives V et V’ , après leur choc), 0 0   1 1
une “loi linéale” de conservation des vitesses respectives
(V – V’ = V’ – V ). Il définissait aussi une “loi plane” de la “conservation 0 0 1 1
du progrès commun”, où intervenait en maintenance ce que les vitesses
apportaient aux masses avant comme après leur choc
44
(M  V + M’ V’ = M V + M’ V’ ) . Il retrouvait donc bien la conservation 0 0 1 1
cartésienne de la “quantité de mouvement”, mais en deçà de la généralisation
extrapolée par Descartes.
Car, il lui fallait ajouter, en raison de “l’harmonie, du donné”, une
troisième loi dite “solide”, en opposition à la troisième “loi de la nature” de
Descartes (qui restait au niveau des vitesses). Cette loi exprime “la
conservation de la force totale absolue ou de la force motrice”. Il déduisait
logi45quement cette loi de la multiplication des deux précédentes lois :
2 2 2 2M  V + M’  V’ = M  V + M’  V’ . 0 0 1 1
Il pouvait donc écrire à Bayle, en 1702, que “les actions sont comme les
quarrés des vitesses”. Et il ajoutait comme loi : “Il s’ensuit qu’il se conserve
46aussi, la même quantité de l’action motrice dans le monde” . Henri
Poincaré, qui cite ces propositions, observait que “Leibniz a fait voir au contraire”

43 Ibidem.
44 Cf. M. Serres, Le système de Leibniz, op. cit., p.486, l’auteur a transcrit les notations
(vieillies) de Leibniz en signes lisibles “pour notre époque”.
45 La première loi V – V’ = V’ – V , peut s’écrire : V + V = V’ + V’ . La deuxième loi 0 0 1 1 0 1 0 1
M  V + M’  V’ = M V + M’  V’ peut s’écrire M (V – V ) = M’ (V’ V’ ). En multipliant 0 0 1 1 0 l 1 0
2 2 2membre à membre on obtient bien M (V – V ) = M’ (V’ – V’ ), c’est-à-dire 0 1 1 0
2 2 2 2M  V + M’  V’ = M  V + M’V’ . Cf. op. cit., p.487. 0 1 1
46 In H. Poincaré, Note sur les Principes de la Mécanique dans Descartes et dans Leibniz, in
Leibniz, La Monadologie, Paris, Delagrave, 1880, réédition de 1989, p.226.
34

(des principes de Descartes) “que, dans un système matériel soustrait à toute
action extérieure ce n’est pas la quantité de mouvement qui reste invariable,
mais (que l’on appelle aujourd’hui énergie), et, la quantité d’action motrice
d’autre part, la quantité de progrès, ou quantitas progressus (que les
méca47
niciens modernes appellent projection de la quantité de mouvement)” .
Leibniz avait énoncé, avec sa conception de la force “double” (“vive et
morte”) et celle de “l’action motrice” selon les carrés des vitesses, une loi
qui serait celle de la conservation de l’énergie : “aussi complètement qu’on
pouvait le faire en son temps” dit Poincaré, même si “ne soupçonnant pas la
théorie mécanique de la chaleur, (il) ne pouvait se rendre un compte exact du
48
sens et de la portée de la loi qu’il avait découverte” .
L’auteur de la Monadologie (1714) et d’un Système nouveau de la nature
et de la communication des substances (1695) avait cependant pressenti le
freinage des forces (et donc la déperdition d’énergie) par les frottements. Il
écrivait à Bayle, à propos de sa loi : dès lors qu’“aucune partie de la force
n’étant absorbée par la friction, par le milieu ou les parties insensibles des
49
corps, je jugeais”… . Il fallait aller juger au-delà des “frictions”. Il
convenait de développer la pensée “révolutionnaire” sur le mouvement et la
conservation des “actions motrices” selon des cercles de généralisation
successifs : reliant et entrelaçant plus finement Dynamique et Statique.

Lavoisier, pour qui “tout se transforme”
La recherche scientifique allait s’intéresser à la propagation de la chaleur,
énigmatique, obscure : en contre-jour de la lumière  ! Mais il fallait d’abord
revenir à la combustion, donc à l’œuvre (au “grand-œuvre”) des chimistes.
Presqu’un demi-siècle après Leibniz, Georges Stahl tentait d’expliquer les
phénomènes de chaleur et de lumière émanant d’une combustion, par la
libération, hors du corps combustible, d’un “phlogistique”, invisible, universel,
caché car toujours combiné. Et il mettait en doute que les quatre éléments
(feu, air, eau et terre) d’Aristote soient simples et non décomposables.
Mais bientôt, Lavoisier, fermier général habitué à compter et peser avec
précision, proposait un mouvement inverse. La combustion engrange de l'air
dans les corps en combustion : “la source de chaleur n’est plus dans le
combustible (phlogistique), mais dans l'air (calorique)”, note un commentateur
50expert . Laquelle ajoute : “après avoir porté un coup au phlogistique,
Lavoisier entreprend de créer un nouveau système de chimie”. Il provoquait
(comme il l’affirme lui même en 1773) “une révolution en physique et en

47 Ibidem, p.225.
48 , p.230.
49 Ibidem.
50 Bernadette Bensaude-Vincent, Lavoisier : une révolution scientifique, in Eléments
d’Histoire des Sciences, op. cit., p.372.
35

chimie”… Car dans la foulée, il bouscule les quatre éléments aristotéliciens
au-delà de Stahl, il décompose et recompose l’eau en 1783  ; il construit une
en 1787  ; il classe déjà trente-trois corps Méthode de nomenclature chimique
simples : mais il ouvre dans le même temps la voie à leur décomposition
possible, et publie en 1789 un Traité élémentaire de chimie. Pour finir,
abandonné par quelques uns de ses pairs, il meurt à l’échafaud en 1794 :
pour être vénéré cependant, dès 1795 et depuis lors.
Car il avait bien su annoncer, en pionnier : “Rien ne se perd, rien ne se
crée, tout se transforme”. Ainsi le changement et le mouvement se
déployaient en “transformation”, toutes “conservations” étant conservées. Mais
quel était ce “rien”, qui irait loin  !  !  !
Stéphane Lupasco pouvait constater que ce “fameux postulat de Lavoisier
est la clef de voûte de tout l’appareil scientifique qui se propose l’induction
des lois exactes de l’énergie, de la science donc elle-même, puisque tout se
51réduit, en dernière analyse, à des phénomènes énergétiques” .Postulat  ? Ou
premier principe de la thermodynamique  ? Ou plus  ?
L’énergie devait patienter encore : mais elle avait pointé son nez. Et ce
serait par la chaleur, et non plus par la géométrie et la mécanique, qu’elle se
ferait davantage reconnaître, c’est-à-dire par la physique, talonnée par la
chimie (si on accepte un tel langage de prosopopée  !).

Après la Dynamique, la Thermodynamique : entre théoriciens
et praticiens  !
Dans un premier temps, Joseph Fourier, en 1822, établit une loi
mathématique sur la vitesse avec laquelle la chaleur diffuse entre deux points d’un
corps en fonction de leur différence de température. Et cette diffusion,
analysée grâce aux célèbres “séries de Fourier”, s’arrête quand les températures
sont uniformisées : ce qui suscitera d’autres suspicions, et la constatation de
processus irréversibles, sentis comme irrationnels.
Dès 1824, Sadi Carnot enfonce le clou : il passe d’une étude de la
propagation de la chaleur, à son utilisation comme puissance motrice. Il établit
alors un lien entre la chaleur et le travail (rappelons, “ergon”, en grec). Et il
énonce, le premier, le deuxième principe de la thermodynamique : “il existe
une limite supérieure de rendement, qu’aucun moteur thermique ne peut
52
dépasser” .
En un second temps, on sait que l’allemand Rudolf Clausius théorisera ce
deuxième principe : annonçant en 1850 “la dégradation de l’énergie” qu’il
exprime. Et il inventait, déjà pour la thermodynamique, en 1865, le concept

51 S. Lupasco, L’énergie et la matière vivante, Monaco, Rocher, 1987, pp.74-75.
52 Yoav Ben-Dov, Invitation à la physique, op. cit., p.67.
36

(le paradigme) d’“entropie”, qui accompagnerait comme son ombre attentive
celui d’énergie : mais, en ne cessant de croître (au moins dans un système
isolé).
Cette même année 1865, l’anglais James Clerck Maxwell, autre
théoricien, publierait “une véritable théorie de la propagation de la lumière”
réussissant “à unifier les théories partielles qui jusqu’alors avaient été utilisées
53pour décrire les forces de l’électricité et du magnétisme” .
Mais, entre temps, il fallait, par une ironie du sort relevée par Einstein et
Infeld, que ce soient des “physiciens non professionnels” qui accomplirent
54“tout le travail fondamental se rapportant à la nature de la chaleur” . Et ils
précisent  : “Ce furent l’Écossais versatile Black, le médecin allemand Mayer
et le Comte Rumford, le grand aventurier américain qui vivait ensuite en
Europe, et qui, parmi d’autres fonctions remplit celle de Ministre de la
Guerre en Bavière. Il y avait aussi le brasseur anglais Joule qui, dans ses
rares moments de loisir, fit quelques unes des expériences les plus
impor58tantes concernant la conservation de l’énergie” .
Sans doute fallait-il cette effervescence d’empressements inattendus de la
part de personnalités diverses, appartenant à des nationalités et des
professions multiples, pour que soit mimé le mystère interne de la chaleur  : qui
serait bientôt démasqué comme celui de l’énergie cinétique d’agitation des
molécules variées qui composent chaque système  ! Le mouvement et
l’énergie allaient loin…
Dans la symbolique de l’histoire, le brasseur de bière Joule eut l’idée,
naturelle pour lui, de brasser V d’un réservoir par V elle-même  : au lieu du eau eau
jeu de Lavoisier jouant avec le feu  ! Il utilisa, mécaniquement, un jeu de
palettes animées par le travail de deux poids descendants. D’un côté, il
mesura ce travail  ; d’un autre côté, il mesura l’élévation de température de
l’eau. Connaissant la chaleur spécifique de l’eau (alors déterminée), il
détermina la quantité de chaleur absorbée.
Conjuguant ainsi mécanique et chaleur, thermomètres et dynamomètres,
Joule déterminait un “équivalent mécanique de la chaleur” qui porterait son
7 nom (unité de travail valant 10 ergs). Un paradigme d’“équivalence” venait
ainsi s’insinuer dans celui de “conservation”. Et on n’arrêterait plus de sitôt
l’expansion de l’équivalence  !

Conversions et constance  !
Car, “une fois ce travail important accompli”, commentent Einstein et
Infeld, “le progrès ultérieur fut rapide. Il fut reconnu bientôt que ces espèces
d’énergies, mécanique et thermique, ne présentent que deux formes entre

53 St. Hawkins, Une brève histoire du temps, op. cit., p.39.
54 Einstein et Infeld, op. cit., p.69 et 70.
37

beaucoup d’autres. Tout ce qui peut être converti en l’une ou l’autre est aussi
55
une forme d’énergie” . Et les “conversions” se multiplieraient de tous les
côtés, et pas toujours dans tous les sens. Mais les coquetteries de l’énergie ne
la masqueraient plus…
Elle était, en effet, dévoilée aussi bien dans les radiations émises par le
soleil (en attendant d’autres radiations et rayonnements) que dans la chaleur
dégagée par le passage d’un courant électrique (Ah  ! Ampère). Elle était
détectée, comme énergie chimique potentielle, dans un morceau de charbon
disposé à brûler : de même qu’elle s’était révélée dans les travaux
mécaniques. On la découvrirait, tapie ou bondissante, partout  : potentielle et
cinétique, matérielle et ondulatoire… Elle se présenterait ou se cacherait sous de
multiples formes, comme une vive et folle fille de Protée, “Substance” rivale
de la Matière  : et donc, attentive à sa conservation au travers de ses
“conversions” ou métamorphoses  !
En ce qui concerne cette conservation revendiquée, l’essentiel de son
universalisation avait bien été notifié par Hermann von Helmholtz, physicien
et physiologiste allemand. S’il mesura la vitesse de l’influx nerveux et
interpréta le timbre des sons par l’existence d’harmoniques superposés, il sut
interpréter les phénomènes physiques comme changements de forme de
l’énergie et définit clairement l’énergie potentielle. En 1847, son ouvrage
Über die Erhaltung der Kraft, énonçait dans toute sa généralité le principe
de la conservation de l’énergie  : sous le vocable de “Kraft” ou celui,
émergeant à nouveau d’énergeia”  ?
eXIXAu fait, qui donc, au siècle, aurait remis en honneur, en usage
cou56
rant, le terme construit par les Grecs  ? Ce fut, nous assure Nino Boccara ,
Thomas Young, médecin et physicien anglais, en 1807. Ce personnage, féru
de langues anciennes (grecque bien sûr, et latine), égyptologue, s’intéressa
aux phénomènes des interférences  : il expliqua à leur propos, la formation
des anneaux de Newton. Il contribua à l’explication du mécanisme des
sensations colorées, selon une théorie justement appelée Young-Helmholtz  : ces
deux physiologues-physiciens devaient bien être conjoints, énergie aidant
par son vocable ennobli et qui fait à nouveau sensation  !
Ainsi l’énergie, identifiée, dévisagée, allait pouvoir se donner à toutes les
57
audaces. Dans le “roman à mystères” où elle nous entraîne, elle ne
s’attarderait pas indéfiniment aux bons soins de la chaleur, sans toutefois
l’abandonner. Mais elle rejoindrait derechef la lumière et l’électricité  ; elle

55 Ibid., p.72. Cf. : “Dans un système clos, c’est à dire à l’abri des influences extérieures,
l’énergie se conserve et se comporte ainsi comme substance. La somme de toutes les formes
possibles d’énergie est, dans un tel système, constante, bien que la valeur de chacune puisse
varier… Nos deux concepts de substance sont donc la matière et l’énergie. Toutes les deux
obéissent aux lois de la conservation”.
56 N. Boccara, Les principes de la Thermodynamique classique, PUF, 1968, p.2 en note.
57 Einstein et Infeld, op. cit., p.56.
38

s’intégrerait à tous les rayonnements, visibles et invisibles  ; elle
s’aventurerait à nouveau dans l’espace cosmique  ; elle s’investirait selon des
“champs de potentiel”  ; elle s’infiltrerait en vibrations dans la matière
même  ; elle se livrerait bientôt à de fantastiques fantasias autour ou dans les
molécules, les atomes, les noyaux, comme entre électrons et photons, entre
58 59 “fermions” et “bosons” , entre “quarks” et “gluons”  !
Quant à sa conservation, Einstein devait remarquer  : “on peut dire que le
principe de la conservation de l’énergie, après avoir absorbé celui de la
conservation de la chaleur a fini par absorber celui de la conservation de la
60masse et occupe seul le terrain” . Conservation et absorption boulimiques  ?
Attentif à récapituler benoîtement les faits et les théories accumulés au
eXIX  siècle, le pacifique Einstein n’allait pas être étranger à
l’expansionnisme, à l’impérialisme, de cette entité redoutable, voilée et
dévoilée  : l’énergie entrée dans l’histoire.

58 Fermions, particules de matière (à spin demi-entier) : électron, proton, neutron, neutrinos.
Bosons, particules de transfert, médiateurs des forces de la nature (à spin entier): Photon
(électromagnétisme)  ; Graviton (gravitation)  ; Gluon (interaction nucléaire forte)  ; W et Z
(interaction nucléaire faible).
59 Cf. Basarab Nicolescu, Nous la particule et le monde, Le Mail, 1985, p.84: “Le messager”
de l’interaction forte, le “gluon” (qui colle “comme de la glue”, les quarks entre eux).
60 A. Einstein, Conceptions scientifiques, morales et sociales, Paris, Flammarion, 1952, p.58.
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