Le destin sans frontière
170 pages
Français

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Description

Ce récit aborde le dur sujet de la guerre et ses conséquences à travers la vie et les souvenirs d'enfance de l'auteur. Nous découvrons l'arrivée en France, avec le choc des cultures puis la nostalgie de cet ouvrier immigré qui espère jusqu'à la retraite un retour au pays natal avec ses enfants; ses questionnements quant à ce pays, l'Algérie, tant aimée qui pourtant désenchante sa jeunesse...

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2012
Nombre de lectures 35
EAN13 9782296481695
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0096€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Le destin sans frontière
Lettres du monde arabe
Collection dirigée par Maguy Albet
et Emmanuelle Moysan


Gérard BEJJANI, La parenthèse , 2011.
Abdelkader BENARAB, La bataille de Sétif , 2011.
Mohamed ARHAB, Les Aumônières de Dieu , 2011.
Ridha SMINE, Tout lecteur est un ennemi , 2011.
Sami AL NASRAWI, Fissures dans les murailles de Bagdad , 2011.
Fouzia OUKAZI, L’Âge de la Révélation , 2011.
Rachida NACIRI, Nanna ou… les racines , 2011.
Abdelaaziz BEHRI, Moha en couleurs , couscous light et autres récits …, 2011.
Myriam JEBBOR, Des histoires de grands , 2011.
Moustapha BOUCHAREB, La troisième moitié de soi , 2011.
Ahmed-Habib LARABA, L’Ange de feu , 2011.
Mohamed DIOURI, Chroniques du quartier , 2011.
Nadia BEDOREH FAR, Les aléas de ma destinée , 2010.
Sami Al Nasrawi, L’autre rive , 2010.
Lahsen BOUGDAL, La petite bonne de Casablanca , 2010.
El Hassane AÏT MOH, Le Captif de Mabrouka , 2010.
Wajih RAYYAN, De Jordanie en Flandre. Ombres et lumières d’une vie ailleurs , 2010.
Mustapha KHARMOUDI, La Saison des Figues , 2010.
Haytam ANDALOUSSY, Le pain de l’amertume , 2010.
Halima BEN HADDOU, L’Orgueil du père , 2010.
Amir TAGELSIR, Le Parfum français , 2010.
Ahmed ISMAÏLI, Dialogue au bout de la nuit , 2010.
Mohamed BOUKACI, Le Transfuge , 2009.
Hocéïn FARAJ, Les dauphins jouent et gagnent , 2009.
Mohammed TALBI, Rêves brûlés , 2009.
Karim JAAFAR, Le calame et l’esprit , 2009.
Mustapha KHARMOUDI, Ô Besançon. Une jeunesse 70 , 2009.
Abubaker BAGADER, Par-delà les dunes , 2009.
Mounir FERRAM, Les Racines de l’espoir , 2009.


Dernières parutions dans la collection écritures arabes


N° 233 Rachid OULESBIR, Le rêve des momies , 2011.
N° 232 El Hassane AÏT MOH, Le thé n’a plus la même saveur , 2009.
Ahcène Azzoug


Le destin sans frontière


L’émigration : dernier espoir d’un Algérien


L’H ARMATTAN
© L’H ARMATTAN , 2012
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-96183-8
EAN : 9782296961838

Fabrication numérique : Actissia Services, 2012
Je dédie mon livre à tous ceux qui ont souffert
des guerres et à ceux qui luttent pour la paix
dans le monde.
*1*
Quelque chose a changé dans ce village grouillant de gens et d’animaux. Les femmes réduisent leur temps et leurs commentaires à la fontaine, leur agence d’information. Les hommes ne rentrent pas trop tard le soir du travail ou de la mosquée. Les gens se parlent moins, chuchotent. Le regard et le pincement des lèvres deviennent un nouveau langage, imprécis pour les non encore initiés. De la méfiance peut-être ? De quoi ? Drôles de conversations pour des Méditerranéens aux fortes tonalités, précipitées, toujours accompagnées de signes agiles des mains. D’habitude, du levé au couché du soleil, les bergers se font entendre, lancent des appels stridents d’une colline à l’autre, poussent leur bétail haut dans la montagne jusqu’aux versants accessibles riches en herbes, jouent de la flûte en roseau de leur propre fabrication. Dans les champs les paysans s’envoient des compliments, des bénédictions de réussites pour la journée de labeur. Dans les foyers on entend les cris des mamans qui éduquent et des enfants qui ont faim.
Maintenant on apprend de nos aînés une nouvelle langue de signes faciaux et manuels. Les murs, les arbres ont-ils des oreilles ? Encore enfant, occasionnellement berger, écolier débutant, je ne comprends rien. Pourquoi communiquer comme des personnes malentendantes ? Il nous a été averti de ne rien répéter de ce que nous voyons et entendons. De notre silence dépend notre sécurité. Les montagnes sont habitées par des hommes miraculeux. Tantôt ils sont visibles, tantôt invisibles et parfois ils se transforment en oiseaux, en moutons… Ils entendent tout. Rien ne peut leur échapper. Point de secret pour eux. Ils coupent la langue et le nez de ceux qui répètent et insultent. Je croyais que seuls les animaux à quatre pattes et les animaux ailés habitaient notre majestueuse montagne, haute jusqu’à la voûte céleste. Sont-ce des histoires nouvelles exagérées qui s’ajoutent aux contes des grands-mères pour obtenir de nous une sagesse absolue ?
L’air sérieux et la peur se lisent sur leurs visages. J’avais l’âge d’un enfant qui s’éveille à la vie. Je parle le kabyle à la maison et au village. Je fréquente l’école française éloignée d’une dizaine de kilomètres, ainsi que l’école arabe à la modeste mosquée le jeudi et le dimanche. A la maison, j’écoute les légendes berbères racontées par ma grand-mère.
Ce qui me tient aussi alerte, ce sont ces histoires de morts qui se réveillent aux cimetières. Impossible d’avoir le courage de vérifier la nuit qu’un mort puisse se réveiller et sortir de sa tombe. Mais vu qu’il y a des miracles qui donnent la vie et ensuite la mort, comment ne pas croire aux miracles des morts qui se réincarnent en divers animaux ou monstres ? Nos adultes, par innocence ou par bêtise, croyaient-ils vraiment à ce genre d’histoires qu’ils racontent sans se rendre compte du traumatisme qu’ils peuvent provoquer dans l’esprit vierge des enfants ? Le chemin que nous empruntons pour aller et revenir de l’école traverse le cimetière, les tombes sont dispersées des deux côtés. Cela ne nous facilite pas le passage des nuits d’hiver. Sur le qui-vive, nous surveillons les tombes à peine visibles. Un jour, un cheval s’est égaré entre les tombes, était-ce vrai ou était-ce le fruit de notre imagination ? À notre retour de l’école, c’était la panique, j’ai failli perdre mon cartable dans cette fuite collective. Nous n’avons stoppé notre course qu’à une distance de sécurité suffisante pour que le cheval de la mort ne puisse nous atteindre. Après avoir étudié collectivement la géographie du village, aucune autre route ne mène à nos maisons. Nous avons refait la traversée du cimetière, en rang serré. Nous n’avons pas revu le cheval. Certains jurent qu’ils l’ont vu. Moi, je n’ai rien vu, mais la frousse, je l’ai eue.
Tout se mélange dans ma tête. Mon sommeil est agité plusieurs nuits de suite. J’avais des ailes à la place des bras. Je volais au-dessus du village et des collines qui l’entourent. J’étais heureux dans le ciel loin des spectres du cimetière, mais j’avais une immense frayeur au-dessus du belvédère de Thasga et du bas-fond appelé Thaghzout , lieu où ne se dissipent les derniers brouillards qu’en demi-journée, j’avais peur de tomber, mes ailes se bloquaient, ce qui me réveillait en sursaut et tremblant de tout mon corps. Seul moyen pour échapper aux monstres fabriqués par ma subconscience, dirais-je aujourd’hui.
J’ai raconté à ma mère mes promenades dans le ciel, pour justifier mes cauchemars et mes réveils en sursaut. Elle m’a répondu qu’il n’y a aucune raison d’avoir peur : « c’est parce que tu dors les jambes recourbées et les bras croisés ». J’ai bien essayé de dormir droit, mais ce n’est pas mieux, ça me faisait penser aux morts, droits sur une civière, emballés dans un linceul de tissu blanc, mode musulmane. J’en ai vu souvent des cortèges d’hommes les porter sur leurs épaules et traverser le village en direction du cimetière et en répétant « Dieu est grand ». Les morts à cette époque étaient souvent des vieillards et des nouveau-nés.
Voir une silhouette blanche dehors la nuit me donne des frissons comme si le dernier décédé s’était échappé de sa tombe. Je vérifie les visages de nos vieux enveloppés dans leurs burnous blancs, je préfère les tenues sombres. Bientôt l’arrivée des tenues vertes, panachées.
Qui sont-ils ces nouveaux locataires invisibles de nos montagnes qui font grandir chaque jour notre curiosité ? Nos anciens nous racontent souvent les histoires des monstres qui sortent des forêts, de la mer, à chaque décès dans le village des revenants des cimetières qui me donnent des cauchemars la nuit, de Thamineza à sept têtes qui dévore les enfants pas sages.
Un jour, je vois mon oncle descendre de la montagne, par un chemin étroit habituellement fréquenté par les bergers et leurs troupeaux de chèvres, de moutons et de vaches. Il est suivi de deux hommes en tenues inhabituelles à notre région. Ils se dirigent chez nous. Le visage de l’oncle est blême, il fait signe de sa canne à ras du sol comme un coup de balai, qui signifie : ‘dégagez, il n’y a rien à voir’ et nous, les enfants et les femmes nous n’avons pas le droit d’approcher ou de voir nos hôtes dans la petite chambre. Nous n’entendons que des murmures. Ma curiosité m’a poussé à aller jusqu’à la porte restée entrouverte, certainement pour laisser sortir la fumée de cette minuscule piaule où brûlent quelques bûches à même le sol. Je découvre ces hommes d’un peu plus près, un petit gros et un grand mince avec un visage d’enfant. Je doute qu’ils puissent se transformer en quoi que ce soit comme c’était raconté. On les appellera plus tard par un nouveau nom, les moudjahidines (les combattants).
D’autres noms arriveront, prononcés entre amis intimes d’abord, secrets pour leur sécurité, comme imesdourar (montagnards), wine safel (ceux de la haut), etc. ainsi d’autres noms de codes plus ridicules les uns que les autres. Tandis que dans les plaines, villes et routes goudronnées, nous voyons des convois de soldats habillés de vert comme leurs camions, faire de longs cortèges, occupant les fermes des colons Français et plus tard les écoles de campagne.
Ces hommes viennent de France, ils portent des fusils et non des valises, contrairement aux émigrés, comme mon père. Concernant ce dernier, je vois sa silhouette gravée dans ma mémoire, habillée en costume noir, chemise blanche, cravate. Lui, rentre avec une valise pleine de bonnes choses tels des vêtements, des bonbons… Ma mère tient à nous prévenir des mois à l’avance, de la prochaine rentrée de notre père, avertissement habituel pour nous tenir tranquille, si nous ne voulons pas être privés de cadeaux.
La France imaginée à travers ces bonnes choses, j’en rêve en scrutant la mer qui nous sépare de mon père là-bas au loin, de l’autre côté de cet horizon bleu, horizontal entre la mer où naviguent de gros bateaux et des felouques reconnaissables à leurs voiles, au-dessus le ciel chargé de touffes de nuages. Ma grand-mère, elle, nous fait souvent le reproche de ne pas être sages, d’être trop libres sans notre père, lui qui s’est exilé loin pour nous nourrir. Elle est la spécialiste des légendes qui font peur ou qui font rire. C’est selon ses humeurs, le soir, auprès du feu. Les hivers froids ouvrent les écoles du savoir auprès du feu crépitant de bois vert fumant piquant les yeux. Les anciens récitent de mémoire leurs répertoires aux enfants qui enregistrent accroupis sagement autour d’eux.
Notre école n’a pas intéressé l’armée. Le petit groupe d’écoliers dont je fais partie continue de s’exiler deux fois par jour. Nous dormons dans un village où se passent des choses et nous allons à l’école dans l’autre où nous croisons de nouveaux venus en arme et où il ne faut rien répéter. Tenir sa langue. Sécurité oblige. Pourtant de nouveaux mots arrivent, avilissent, enrichissent notre lexique kabyle particulier à la région, tels que soldat, goumier, harki, fellaga, indépendance, drapeau, fidaïne , terroriste, maquisard, zone interdite, traître, mouchard, khabith , prison, torture, hors la loi, bandit, héros, haut les mains, thowra , vendu, rendu, lâche, rebelle, pendu, égorgé, abattu, commando, djich, djebha, katiba , FLN, ALN, Sénégalais (tous les noirs sont Sénégalais, comme tous les bruns sont des Arabes), légionnaire, para, avion, half-track, bombardier, attentat, ratissage, chahid , guérilla, stiqlal , napalm, el houria, tihad, djihad , bombe, grenade, bazooka, blindé…
C’est fou comme nous apprenons plus de mots français et arabes sur les routes qu’en classe. Ces mots en français et en arabe sont rentrés dans le vocabulaire amazigh local. Pourtant la situation n’est pas aux lexicologues, mais aux authentiques tacticiens de la guerre. Et nous les enfants, nous ne sommes pas laissés pour compte, nous participons à l’histoire de cette guerre par nos jeux, imitant les adultes en armes. Nous nous disputons des grades supérieurs à se mettre le chapeau de paille de travers avec fantaisie. Caporal, sergent sont de petits grades, mais capitaine, commandant, colonel sont plus grands, donnent plus d’importance, agréables à nous faire jouer des épaules.
Nous sommes curieux et ouverts au savoir. Et quel savoir ? Nous nous amusons sur le long chemin entre l’école et le village, à perdre le peu appris en classe. Nous jetons nos yeux sur les armes que possèdent les militants FLN et les soldats français. Nous envions ces derniers aux tenues impeccables. Nous donnons des noms aux armes : mitraillette, mas 49, mauser allemand, carabine américaine, 12.7, bazooka, comme si nous les avions fabriquées. Nous oublions un peu nos ventres creux et nos pieds nus dans la poussière. Mais c’est toujours le plus grand qui a raison, qui se donne le grade supérieur. Il n’est pas rare de nous voir porter fièrement un bout de bois sur l’épaule en guise d’arme.
Les adultes nous traitent d’imbéciles. Mais, pour nous, c’est la nouvelle mode, un jeu de grands. Le seul exemple à suivre dans nos rêves d’avenir. S’asseoir dans ces énormes camions militaires, tourner le volant dans tous les sens. Nos cahiers de brouillon perdent leurs pages avec lesquelles nous faisons des avions de guerre, que nous tenons entre le pouce et l’index, le bras tendu, tout en imitant le bruit des réacteurs, avec, dans le creux de la main des petits cailloux que nous lâchons pour bombarder les objectifs au sol, dans la poussière.
Nous apprenons de nos grands le spectacle des guerres modernes !
Aucun intérêt aux contes et monstres dépassés de nos grand-mères !
Au fil des événements, l’enthousiasme, le rêve de grandir rapidement pour porter les armes, déclinent. Nous commençons à comprendre la peur de nos parents et à avoir peur à notre tour. Nous commençons à comprendre à moitié les expressions des avertissements des parents comme : « plutôt mordre sa langue que de parler », « maintenant il faut être sur ses gardes, un œil devant, un œil derrière ». Je dessine sur des bouts de papiers des têtes avec un œil devant un autre derrière, comme les oreilles, un de chaque côté de la tête. Je faisais du Picasso sans connaître son existence. Les jeunes hommes mariés ou pour bientôt, s’interrogent, certains fuient. Les mots aimer, danser, chanter, fêter, amour, musique sont remplacés par mort, prisonnier, disparu, djoundi ou harki. La guerre est bien installée.
*2*
Les mentalités de mes sœurs, de mes cousines et des filles du village ont changé, ces fées délaissent la fabrication de poupées et leurs inventifs jeux de marionnettes, bien avant l’adolescence et les fiançailles. Elles s’accroupissent tout près des parents comme pour y trouver une sécurité. Elles écoutent ce qui se dit d’éventuels dangers. Pour capter un sourire, il faut être vigilant. Elles ne s’attardent plus à la fontaine pour discuter et plaisanter gaiement, leurs défilés sur les chemins sont devenus brefs. Il est rare qu’elles s’éloignent du village. Les espaces vitaux sont envahis par les troubles de la guerre. Les adolescents et les jeunes hommes sont privés de leur joie, de ces étoiles filantes aux regards furtifs, timides, leurs futures épouses. Et quelle curiosité de voir la nouvelles mariée sur le chemin de la fontaine, bijouterie ambulante ornée de toutes ses richesses.
Quant aux fameuses poupées, deux bouts de bois attachés en forme de croix et habillés de bouts de chiffons, elles forment des personnages qui parlent des difficultés quotidiennes, relations entre hommes et femmes, femme enceinte, qui va chercher de l’eau à la fontaine, qui va à la cueillette des olives, qui fait le ménage, et toujours la plus belle poupée est appelée tislith (la nouvelle mariée). Aucune ressemblance avec les poupées qui tiennent compagnie aux petites filles européennes.
Il m’est arrivé, sans être convié, de gagner un instant de tendresse à leur jeu de marionnettes très sympa. Et cela me permet de changer un peu des jeux violents et des perfectionnements de bonshommes en terre pétrie que je baptise aux noms des combattants héroïques en vogue dans la région, tel : Amirouche.
A part la guerre, j’ai encore la nostalgie de ces moments-là ! Et je mesure toute l’importance du changement entre hier et ce que nous sommes devenus aujourd’hui ! L’histoire de l’innocence et de l’ignorance font partie aussi des souvenirs à retenir !
Celle qu’on appelle la silencieuse armée française, en France, fait du bruit en Algérie non seulement par les armes, elle tient aussi des discours avec des hauts parleurs à la population le jour du marché. Montés sur un engin militaire, un officier et son traducteur algérien abreuvent la foule de menaces pour ceux qui font le mauvais choix et de promesses pour ceux qui sont du bon côté, le côté de l’armée. Elle aussi nous promet la liberté. Et nous voilà tous chanceux entre deux chapelles armées, non seulement d’armes déjà citées, mais de plus de liberté, d’égalité, de justice, de social, de sécurité.
Mais, il y a une seule différence entre les deux prometteurs, l’indépendance de l’Algérie par les maîtres de la nuit et de la montagne, et le contraire par les maîtres du jour, de la plaine et du ciel. Pour le social, nous n’avons que le soleil que personne ne pourrait détourner ou rationner. Vous pouvez vous régaler à la table du peuple algérien, vous êtes les bienvenus au milieu des deux extrêmes !
Le FLN invente un impôt de deux cents francs de l’époque qui équivalent environ à quelques douzaines d’œufs. Pour beaucoup de familles c’est énorme ! Tandis que l’Armée française invente la première torture visant notre estomac, comme si elle nous avait trouvés trop gras. Elle contrôle le rationnement alimentaire pour que les fellagas se rendent, elle ajoute la misère pour les civils, brûle leurs maisons, les chasse de leurs villages qui deviennent des zones interdites, regroupe la population à portée de leurs jumelles : comme nous sommes beaux à voir ! Si on s’éloigne, on prend une rafale. Et pourtant, elle assure que nous sommes tous des Français, égaux ; l’Algérie est département français. Nous ne sommes pas tenus de blanchir, mais de croire, comme à une nouvelle religion et de baisser l’échine pour peut-être survivre.
Dans la misère, sans toit, livrés à la poussière des chemins et à toutes les intempéries, nous nous épanouissons sous le soleil d’Algérie. Ces méthodes des autorités militaires Françaises rendent un grand service au FLN pourtant leur ennemi ! Les plaines appartiennent à la colonisation et sont sécurisées, les montagnes sont déclarées zone interdite et souvent mises à feu. A des millions de gens sans travail, il ne reste plus qu’à vivre sur des parcelles de terre réduites et surpeuplées. L’homme qui travaille, même à bas salaire, est roi : il nourrit 15 à 20 personnes.
Le FLN ne décroche pas, traverse les fils barbelés, multiplie ses réunions chez les habitants ou dans les mosquées, menace les traîtres ou ceux qui pourraient se décourager. La révolution est à notre portée, les armes vont arriver. Le monde entier nous aime, va nous aider. Nous ne savons pas que nous balançons dans les cœurs des citoyens du monde entier en bons frères africains ! Et le monde musulman est avec nous. Et comme ce monde ne peut négliger l’heure sublime de la prière, on attend leur secours en vain.
En attendant, nos morts sont des héros, pas des traîtres comme ceux d’en face. Après l’indépendance nous vivrons bien la récompense. Nos morts, ces martyrs, mériteront leurs places au paradis, leurs noms seront prononcés avec respect, « Allah irhem chouhada ». Et, Dieu les bénira pour le bon chemin qu’ils ont emprunté, « le sien ».
C’est tout notre village qui est acquis au FLN. Mon oncle n’est plus le relais des maquisards depuis une période. Il cultive son jardin, il ne craint pas pour sa vie, à cause de son âge, la soixantaine. Il craint surtout pour nos vies. Il nous conseille de ne pas nous éloigner du village, de nous faire tout petit, d’éviter d’être remarqués ou de nous faire recruter par l’armée comme harkis. Un jour, il descend au seul village où le commerce alimentaire de la région est installé en de minuscules épiceries. Il cherche à trouver de quoi nourrir la famille déjà éprouvée par le fameux rationnement sur les céréales. Alors qu’il ne s’y attendait pas, les gendarmes viennent l’arrêter. Il a passé une semaine de calvaire. A sa sortie, amaigri, le visage couvert d’hématomes, les gendarmes l’ont fait suivre jusqu’au bout du chemin pour qu’il ne retourne pas au village chercher des médicaments ou voir un médecin. Il est obligé de faire dix kilomètres à pied, à l’aide de sa canne, pour rejoindre tant bien que mal son village natal. Quant à son fils aîné, il a été enfermé deux fois pendant plusieurs mois sans manger et sans boire, dans des anciennes caves à vin d’une ferme qui servent de cachot. A chaque fois qu’il sort barbu de cette prison, c’est un mort vivant que nous accueillons. Le cousin a un caractère particulier, devenu distant de tout le monde. Quelques temps auparavant, il avait aussi perdu une de ses filles, estelle la cause de son isolement ? Très peu d’argent. Il ne faisait que de petits boulots agricoles. Il a fini par partir de la région. Il est revenu au village qui l’a vu naître après sa retraite finir ses jours tranquillement.
Ma grand-mère ajoute la cerise sur le gâteau, en nous rappelant ses mauvais souvenirs de plus de 10 ans auparavant, l’année 1945. Elle prie les habitants du ciel, Dieu, ses Prophètes, l’Ange Gabriel et sa suite, les mêmes que pour les Chrétiens, les Juifs et les Musulmans que le désastre ne se répète pas. Et pourtant c’est pire. Ma mère s’y met aussi pour nous donner plus de courage, peut-être.
Moi, bébé de quelques semaines le 8 mai 1945. J’écoute l’histoire de cette époque vraie ou fabulée, de la fête en Europe qui devrait être aussi en Algérie, vu que de nombreux Algériens ont participé à la libération de la France, ils se croyaient aussi libres d’exprimer leur joie et d’espérer en l’avenir, lorsqu’à Sétif la bagarre éclate entre eux qui manifestent et la police colonialiste. Elle rayonnera sur d’autres régions, dont la nôtre.
Ma grand-mère, assise en tailleur dans sa position habituelle, mine grave, quelques mèches rebelles de cheveux argentés sortent de son foulard, dos recourbé, gratte le sol de sa canne d’une main et de l’autre se frotte les yeux humidifiés, poursuit son récit :
L’armée a obligé la population à se regrouper au village d’Aokas et de Melbou, près de la mer, pour écouter les avertissements des officiers de l’armée française qui promettent châtiments à ceux qui s’insurgent contre l’autorité française. Peut être par lueur de pitié envers ma mère et moi dans ses bras, les soldats ne nous ont pas obligés à suivre le cortège. Les non exonérés du trajet pour la plupart pieds nus, vêtus de haillons, ventre creux sont obligés de dévaler 10 à 20 kilomètres de chemins caillouteux.
Des hommes cagoulés, sans retenus d’insultes, munis d’armes à feux et poignards en mains, pointés sur des gens sans défense, circulent dans la foule d’hommes, de vieillards, d’enfants et de femmes. Triés comme du bétail, certains seront poignardés, d’autres seront jetés des falaises à la mer, les mains liées derrière le dos. Les enfants aux bras des papas et des mamans participent aux sinistres spectacles. Après cela, de nombreuses personnes n’ont pas retrouvé leur santé mentale. La région n’a pas manqué des fameux ‘fous du village’ même dans ma propre parenté.
A-t-elle vu cela ma grand-mère ? Nous rions de sa peur comme d’une histoire banale du berger veilleur de ses moutons et du chacal prédateur à chaque fois qu’elle nous répète son histoire vieille de plus de dix ans ou qu’elle nous prédit une catastrophe à venir. « Moi, je suis vieille, je n’ai pas peur de mourir » dit-elle. L’index levé au ciel, elle prononce le nom de Dieu et du Prophète, ses protecteurs, sa défense nationale, phrases habituelles.
Ma mère ne rit pas des événements de cette époque, c’est sérieux, elle nous dit : « ce sont les ânes qui rient ! » Debout, elle n’a pas souvent le temps de s’asseoir à cause de l’énorme travail à accomplir chaque jour. Elle s’occupe de nous, ses enfants, des animaux et de sa bavarde belle-mère, notre vieille grand-mère aveugle, notre livre d’histoires qui n’est pas tendre avec notre mère, mais elle est tout amour avec nous, ses petits enfants. A sa demande, nous courons lui tenir la main pour la sortir de son coin sombre. A chaque fois ce sont des rivières de bénédictions qui dévalent de sa bouche.
Notre mère aussi nous raconte des histoires lorsque ce ne sont pas des cris de colère. Elle nous reproche notre insouciance, et la chance que nous avons. Elle nous répète ce qui est arrivé à cette pauvre fille, perdue lors du rassemblement forcé au village d’Aokas ou de Melbou en 1945. Au retour, ses parents ont découvert une petite fille dans un drôle d’état, terrée dans les buissons au bord du chemin. Ils l’ont amené chez eux. Heureusement, ils avaient du lait. Ils l’ont ramenée à la vie, avec l’aide de Dieu, disait-elle. Toujours Dieu en squatteur du ciel algérien.
Après des années de recherche, les parents biologiques, l’ont enfin retrouvée. Ils venaient d’un village, très loin derrière les montagnes. L’enfant avait tout d’abord refusé de repartir avec ces ‘étrangers’, pour finalement accepter de les suivre et se marier plus tard dans son pays, derrière les montagnes.
L’époque est pleine d’anecdotes disqualifiant le comportement de l’Administration de la France coloniale et son armée. La famine règne. Les soldats anglo-américains ne sont pas avares. Ils donnent à manger aux personnes croisées pendant leur passage en direction de la Tunisie occupée par les Allemands et leurs alliés italiens. Mon père reçoit des Anglais une grosse boîte de flageolets qu’il ramène comme un trésor à la maison où la famine fait rage. Il avait perdu son père l’année précédente.
Cela ne veut pas dire que cette Armée anglo-américaine est bien accueillie. Un jour, pendant que les femmes du village s’affairent dans leurs champs, un soldat anglais s’approche, et admire un bébé couché à l’ombre. La vigilante maman lui envoie une pierre sur la tête. Le soldat recule. Un vieux voisin intervient, dit à la mère protectrice : « Pourquoi tu as fait ça, ils vont tous nous massacrer ! ». « Il veut enlever mon enfant ! » répond-elle. Le soldat d’une main sort de son portefeuille une photo précieuse de son enfant qu’il présente à ce grand-père.
*3*
Ma venue au monde, alors que je n’avais rien demandé à personne, a certainement donné de la joie à mes parents et aux autres membres de la famille déjà assez ‘égayés’ par la misère. Une sœur de deux ans qui ne marche pas encore. Un frère de cinq ans qui un jour est tombé raide. Le croyant mort, toute la famille a pleuré. Mon père alerté accourt du jardin, écrase des graines destinées à être semées, les fait cuire en bouillie et en introduit quelques cuillerées dans la bouche de celui qui est étendu sans connaissance dans les bras de ma mère, celle-ci les yeux inondés de larmes, assise en tailleur, murmurant des mots doux, essayant de le réconforter. Un quart d’heure plus tard, on voit le ressuscité chasser les papillons. Notre mère nous rappelle qu’il préfère rester sans manger que de consommer cette racine de plante sauvage appelée « arum » parce qu’elle lui pique la langue. C’est l’époque où la faim tue, on enterre un adulte ou un enfant par semaine.
La sage-femme est appelée grand-mère par le bébé qu’elle a aidé à mettre au monde, selon la tradition de la région. En grandissant, je lui dois une très grande reconnaissance de petit-fils. Je n’ai gardé comme souvenir des années passées que son châle blanc dont elle s’enveloppe. Assistée de toutes les voisines, ma mère souffre au moment de me mettre au monde. Ses mains serrent de toutes ses forces la longue ceinture de laine ( thihmilte ) accrochée au madrier du métier à tisser ou celui de la toiture appelé ajegou almas. Mais quelle joie de me voir arriver, un futur moustachu !
Quant à notre savante obstétricienne analphabète, elle ne sait où donner de la tête. Son fils est soldat, adjudant dans l’armée française, quelque part en Europe où se termine la seconde guerre mondiale. Aux dernières nouvelles, il est mort. Sa mère en larmes est réconfortée par les condoléances de tous les villageois. Mais un de mes cousins délire, certainement, rongé par la faim, et l’odeur enivrante des œufs cuits. Il annonce que l’adjudant est vivant. Et voilà la mère dans le doute, elle insiste et lui demande comment il le sait ? Il ne fait que hausser les épaules. Convoite-t-il une part d’omelette cuite à l’huile d’olive préparée pour la pauvre mère ‘sage femme’ à l’occasion de ma naissance ?
La mère malheureuse ne le sera pas longtemps, elle accueillera quelques mois après son fils blessé de guerre. Celui-ci n’a pas perdu la vie, il a perdu son nom et son prénom de naissance pour une nouvelle appellation chez les villageois. Ils l’appelleront du nom de sa valeur militaire, Lajoudane , adjudant, le grade dont il est gratifié !
Par manque de nouvelles devinettes, le cousin a perdu sa vocation de médium. Il aurait pu devenir riche des miettes que possèdent tous ces pauvres gens en détresse. Il a émigré à Paris jusqu’à en avoir sa place au cimetière.
Pendant les événements de Sétif et de Kherrata, mon père prend le fusil de chasse que son frère aîné avait acheté avec beaucoup de difficulté, pour obtenir l’autorisation de port d’armes par les autorités coloniales. Ces derniers savent à quoi s’en tenir avec ces misérables indigènes.
Un petit groupe s’est formé, ignorant ce qui se passe dans tout le pays, sans formation à la lutte armée, comme ceux qui partent à la chasse aux moineaux. Ce groupe isolé, secret, n’a commis aucun méfait, par chance, aucune information n’est parvenue aux colonialistes. Cela a sauvé leur vie. Les autorités colonialistes menacent et ordonnent que toutes les armes soient déposées à la gendarmerie. Interdit aux usagers de se promener ne serait-ce avec un gourdin à la main.
Mon oncle, avec amertume, a déposé le fusil. Dix ans après, il aidera les hommes du maquis. La gendarmerie le fera torturer plusieurs jours.
Après l’indépendance le 5 juillet 1962, notre village n’est plus zone interdite, seul mon oncle et ma tante sont retournés s’y installer jusqu’à leur mort. Leurs fils et petits-fils sont partis à Alger où se joue l’avenir, l’espoir de la nouvelle Algérie. On dirait qu’ils ont attendu que mon père retraité retourne au pays pour s’éteindre.
« Je revis au mois d’août lorsque vous revenez, c’est ma seule joie ! » m’a dit mon oncle un jour, lors de mes vacances en Algérie. Après ces paroles, j’ai honte de revenir en France. Et je brandis l’habituelle promesse non tenue de mon imminent retour définitif au pays. Le piège de l’exil ne veut pas se desserrer encore aujourd’hui. Un jour que les habitants du quartier proche voulaient élargir la route pour le passage de voitures, mon oncle s’y est opposé : « Je ne veux pas qu’on touche à nos terres et aux arbres. Cette terre même aride est sacrée ». Lorsque je lui ai dit : « Oncle, pour gagner notre vie, nous sommes obligés d’aller vers Alger, Paris et ailleurs. Justement, si tu veux nous voir revenir, il faut au moins que nous gagnions ici les routes et les maisons ». Il a levé alors les bras au ciel, fait un geste circulaire en direction du projet de route, et joint ces paroles brèves : « Alors, faites passer la route, elle est pour vous qui vivrez demain ».
La guerre finie, aucune autorité n’est venue lui faire honneur. Lui non plus n’a rien cherché. L’Algérie est libérée, cela lui suffit. On sait que d’autres, en revanche, en ont bien profité.
Je me rappelle un jour avoir surpris mon oncle enveloppé dans son blanc burnous, l’œil vif, néanmoins fatigué racontant ses craintes à un vieux comme lui. « J’ai peur pour mon neveu qui va sur ses vingt ans, qu’il soit la cible des antagonistes de cette guerre. » Il parlait de mon frère aîné et dit encore : « Nous, nous avons assez vécu, que nous soyons sur terre ou en dessous, aucune importance ! C’est de ces jeunes que l’Algérie aura besoin pour construire demain ». Sa vie n’a été qu’un fleuve d’angoisses et d’espoirs.
*4*
Dans les villages de montagne, de petits groupes de militants FLN circulent comme dans des territoires libérés. Certains sont fiers de leurs minables fusils qu’ils exhibent pour nous séduire. Ils disent : « Les soldats français peuvent venir, ils seront bien accueillis ». Et lorsque ceux-ci viennent en grand nombre, ils disparaissent dans la nature. Ils choisissent le combat par surprise, à leur avantage. Le reste est discours fraternel et propagande d’un avenir radieux mais qui ne passera pas sans lutte armée contre l’occupant. Les jeunes sont appelés à rejoindre le FLN et l’ALN à qui sont promis des armes. Quant aux autres, ils doivent assister les combattants selon leur besoin matériel, l’alimentation, la surveillance de l’armée et détecter les mouchards au service de l’ennemi qui seront condamnés à l’enfer avant le jugement dernier. Ne pas aller à contresens de la révolution comme ce père de famille qui prend parole : « Ne pas sous-estimer les colonialistes, ils peuvent nous tuer tous, ils ont des armes et des avions. Que feriez-vous avec des fusils de chasse et des pistolets ? » Un jeune militant sursaute, dégaine son pistolet insulté, le place sur la nuque du raisonnable homme prétendu trouillard, et lâche. « Est-ce que nos modestes armes te déplaisent ? As-tu peur des armes colonialistes et pas des nôtres ? Veux-tu que je tire pour voir ? » Après que le calme soit revenu entre le jeune militant et le trop causeur pauvre homme qui tremble comme une feuille, la bonne cause reprend ses droits, sur le malheur, l’exploitation du peuple algérien par le colonialisme et les devoirs et les méthodes de lutte pour le détruire. « Même avec une boîte d’allumettes on peut faire la guerre ». Cela fait pouffer de rire plus d’un, le visage dissimulé derrière les mains ou les manches de la djellaba.
Les villageois, jeunes comme vieux, sont organisés pour surveiller depuis le sommet des collines les moindres mouvements de l’armée. Les militants FLN vont jusqu’à collecter les pelles, les pioches et les scies chez les paysans pour couper les poteaux téléphoniques et les routes fréquentées par les camions militaires. Cela rend moins efficace l’armée française qui est contrainte de circuler à pied.
Pour leur part, les militants FLN ont le temps de se replier en d’autres lieux ou de préparer une action. Les civils, eux, restent sur place à attendre le destin, subissent la bonne ou mauvaise humeur des soldats. Il arrive que des hommes qui n’ont rien à se reprocher, se cachent, aggravant leur cas. Ils se font alors tuer ou emprisonner comme de véritables fellagas. Ils rejoignent le sort des autres victimes innocentes. Les habitants du village proche de la route sabotée et des poteaux coupés sont les premiers suspects. Ils seront interrogés par l’armée. Comme chacun ignore ce qu’a pu faire le voisin pendant la nuit, ainsi que les plans de l’armée, chacun culpabilise d’exister et maudit le destin.
Lors de la fouille des maisons, l’attention d’un jeune soldat est attirée par une étagère sur laquelle est posée une rangée de grosses boîtes de conserves pleines de différentes semences du jardin d’un grand-père.

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