Mémoire de l ombre
306 pages
Français

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Mémoire de l'ombre , livre ebook

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Description

Face à l'Histoire d'une Algérie coloniale, l'auteure fait resurgir, avec ses incompréhensions et ses secrets, la mémoire d'une famille française émigrée en Algérie - ses ancêtres. Apparaît progressivement le passé singulier d'un jeune couple, ses parents, plongé dans la tourmente de la Deuxième Guerre mondiale. Le non-dit d'une mère autour de ce "conte algérien" avait créé dans son esprit un mystère, une "mémoire de l'ombre".

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mars 2009
Nombre de lectures 296
EAN13 9782296667648
Langue Français
Poids de l'ouvrage 6 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

MÉMOIRE DE L’OMBRE
Toute erreur factuelle ne peut que m’être imputable.


Illustration de couverture, arbre généalogique :
Sandra Frus, www.sfrus.com


© L’Harmattan, 2009
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-07481-1
EAN : 9782296074811

Fabrication numérique : Socprest, 2012
Madeleine Touria Godard


MEMOIRE DE L’OMBRE


Regards : Une famille française en Algérie

1868-1944


L’Harmattan
« Tell all the truth but tell it slant . {1} »


A mon père, enfin révélé.
A mes tantes, mon frère, Kimberley et Robert.


Remerciements affectueux à mes « readers », inlassablement dévoués, sans oublier les graphistes, informaticiens et photographes professionnels qui m’ont généreusement offert leur temps et leurs conseils.
PROLOGUE
« Y a-t-il une autre manière d’approcher le réel que de suivre sans les canaliser les flux dont nous sommes traversés, charroi de mots et d’images où le chaos malgré tout, prend forme – forme humaine -; et où l’on peut, dans un reflet incertain et dépoli, quelquefois, comme en d’autres yeux, s’apercevoir de soi ? {2} »
A LA RECHERCHE DU « CONTE »
Quelle ne fut pas ma surprise, par un matin ensoleillé, de découvrir dans ma boîte à lettres d’Amsterdam, une enveloppe aux allures anonymes ; elle contenait un portrait photographique ancien. J’avais reçu auparavant, d’une relation éloignée, un arbre généalogique de la branche paternelle de ma famille, obscure jusque-là, mais l’avais égaré sous ces monceaux de papiers si soigneusement classés qu’on ne les consulte qu’en de rares occasions. J’avais cependant relevé la fréquence de prénoms désuets et de patronymes aux sonorités germaniques, vraisemblablement alsaciennes, mais ces inconnus familiaux m’indifféraient alors, leur passé n’effleurant en rien mon présent.

J’ouvre l’enveloppe : un double portrait, aux couleurs passées, portant la signature d’un studio algérien m’est révélé. Une jeune femme, aux traits délicats, au regard bleu mélancolique sous une fine arcade sourcilière et dont les cheveux clairs torsadés en un haut chignon découvrent de petites oreilles ourlées, me contemple avec gravité. Sa coiffure, ses légères boucles d’oreille bleues, discrètement assorties au haut d’une robe au fin plissé austère, son col rond enserrant le cou, suggèrent un passé lointain. A ses côtés, un homme plus âgé. Bouche ferme, regard sur l’objectif, il arbore une moustache fournie, une coiffure à la raie nette et, sous le col amidonné de sa chemise blanche, un nœud papillon noir. Ses yeux bleus cernés par l’ombré de ses joues aux pommettes saillantes laissent toutefois pressentir de la fragilité. Tous deux semblent poser dans des mondes parallèles.

L’image du couple, de ces ancêtres ignorés, trouva sa place logique auprès d’un curieux pastel de mon père, âgé de vingt-deux ans ; sa sœur me l’avait légué. Comme le voulait alors la coutume, il avait été peint à partir d’un document photographique. On se devait alors d’idéaliser le mort, d’où l’expression pieuse de ses yeux, d’un bleu trop intense, et une bouche féminine carminée, frisant la mignardise, que contredisait une mâchoire carrée. Portrait de circonstance, hommage du pauvre, il se substituait à l’ode musicale, au poème à la gloire du mort.

Côte à côte, tels des objets familiers que l’on délaisse, ces portraits sommeillèrent longtemps. Mais, insensiblement, ils s’insinuèrent dans mon esprit ; je me surprenais à m’interroger sur le monde qu’ils avaient traversé, sur les bonheurs ou drames qu’ils avaient partagés. Soudain, le désir de comprendre la vie d’un père mort pendant la deuxième guerre mondiale, – et ma propre enfance –, de découvrir le passé d’une famille sans doute « algérienne », ignorée jusque-là, se fit jour.

*
Elevée dans le culte de l’Histoire comme tous ceux de ma génération dont le grand-père maternel psalmodiait « sa » bataille de Charleroi lors de la promenade dominicale, je détiens des connaissances choisies sur les guerres de 1870, 1914 et 1940, ainsi que sur les aléas de la colonisation française, même si je ne prétends aucunement en être l’historienne. J’étais par contre ignorante quant à la vie des familles grandies en Algérie et qui ont traversé ces périodes troublées. Des méandres de l’Histoire algérienne, il me restait aussi tout à apprendre.

Jusqu’alors j’avais ressenti le « souvenir » familial comme ancré dans une réalité que je ne songeais pas à appréhender davantage, – le passé breton, maternel, transmis sans heurts et sans larges zones d’ombre, était si transparent qu’il en devenait lassant. Tout autre était le passé de mes prédécesseurs, émigrés en Algérie ! Volontairement occulté par ma mère, Anne, il suscitait maintenant ma curiosité, le besoin de le mettre en lumière, de le reconstruire.

Découvrir que mes arrière-grands-parents paternels quittèrent la France dans la deuxième moitié du XIXe siècle, abandonnant parents, amis, travail et traditions, pour entreprendre un périlleux voyage vers une terre peu connue de la plupart des Français d’alors, les rendit insolites à mes yeux, leur prêta l’attrait de personnages historiques. L’envoi du « portrait » sut faire surgir en moi le désir de replacer ces êtres familiaux dans le contexte de l’Histoire et, au fil du temps, ma curiosité s’aiguisant, j’aspirai à comprendre leurs découvertes dans ce pays étrange qu’était l’Algérie. Leur nouvelle vie répondit-elle à leurs attentes ? Et toujours ces questions récurrentes : qu’étaient-ils ? D’où venaient-ils ? Je décidai de partir à leur recherche et d’entrer dans le pays élu.

*
La culture dont « mes » Français algériens sont issus a aujourd’hui disparu. Elle ne survit que dans les documents ou la « mémoire » collective ; certains rapatriés d’Algérie, dans un élan empreint de nostalgie, tentent même de la maintenir dans le présent par le biais de revues, associations, réunions ou congrès. Une culture ne subsistant plus que dans l’imaginaire, ou le souvenir, se teinte obligatoirement d’une aura mystérieuse, attirante pour la non-initiée que je suis.

Longtemps accepté, le terme « rapatriés d’Algérie » me semble actuellement, et par définition, imprégné d’ambiguïté. Rapatriés d’un pays qu’ils croyaient être le leur, mais dont ils furent dépossédés malgré eux ? Et pouvaient-ils penser qu’avant l’arrivée des premiers colons français ce pays était vierge d’habitants et ne possédait ni civilisation, ni histoire ? Sans cesse, je me heurte au phénomène de la colonisation, au pouvoir des colonisateurs, à la désespérance des anciens colonisés et des exilés. La douleur d’avoir quitté le pays de leur naissance et la nécessité de se créer une nouvelle vie dans un autre pays – la France – qu’ils considèrent souvent comme terre étrangère, demeure bien présente chez les Pieds-Noirs que j’ai rencontrés. Ces exilés malgré eux souffrent des séquelles d’un traumatisme qui ne disparaîtra jamais et sera transmis à la génération suivante. Les Pieds-Noirs subissent également l’invisible mépris qu’engendre leur culture coloniale d’origine, culture violemment décriée par grand nombre de leurs contemporains français ; un sentiment muet d’injustice perdure, notamment chez ceux qui condamnaient la guerre d’Algérie et le sort des colonisés. Malgré un effort dérisoire du Parlement français pour lui ôter son aspect négatif et pour redorer le blason de la colonisation dans les livres d’histoire, le passé colonial de la France – « rapatriés » exceptés – ne soulève que modérément l’enthousiasme de la population métropolitaine ou algérienne actuelle.

La relation entre ces deux peuples n’en demeure pas moins passionnelle, et l’Algérie ne saurait, si brusquement, se transformer en un pays neutre pour les Français dont les antécédents coloniaux ne sont pas si lointains. Il en va de même pour bon nombre d’Algériens qui, pour la plupart, ne sauraient renier entièrement ce lien d’hier. Et pourtant ! j’admets ressentir quelque difficulté à accepter pleinement la souffrance des « rapatriés ». Je la comprends, mais m’en distancie, – elle me cause un sentiment de malaise. Ayant connu, du refuge de la métropole, la guerre d’

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