MORTENOL OU LES INFORTUNES DE LA SERVITUDE
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MORTENOL OU LES INFORTUNES DE LA SERVITUDE

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Description

Un dossier sur la personnalité complexe et énigmatique du Commandant Mortenol : après une enfance en Guadeloupe, des études en Métropole, nous découvrons sa carrière d'officier de vaisseau, son engagement assimilationiste en 1920-1930. Cet ouvrage est un voyage dans l'histoire de la colonisation, dans le sillage de Mortenol qui a participé à des campagnes de guerre coloniale à Madagascar, en Afrique (Gabon, Congo) et en Indochine (Saïgon, Tonkin)

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 novembre 2001
Nombre de lectures 515
EAN13 9782296241305
Langue Français
Poids de l'ouvrage 31 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

MORTENOL
OU LES INFORTUNES DE LA SERVITUDEOuvrage réalisé avec la collaboration du
Centre de Recherches Caraïbes-Amériques - CERCAM
RP. 22 - 93801 - Epinay-sur-Seine Cedex - France
e-mail: contact@caraibes-lab.com
Site web: http://www.caraibes-lab.com
@L'Harmattan, 2001
ISBN; 2-7475-1039-5ORUNO D. LARA
MORTENOL
OU LES INFORTUNES DE LA SERVITUDE
L'Harmattan Hongrie L'Harmattan ItaliaL'Harmattan
Via Bava, 37Hargita u. 35-7, rue de l'École-Polytechnique
10214 Torino75005 Paris 1026 Budapest
FRANCE HONGRIE ITALIEDu même auteur
-Le CommandantMortenol, un officier guadeloupéendans la « Royale »,
Editions du CERCAM, Centre de Recherches Caraïbes-Amérique s, Paris,
1985.
Histoire, Editions L'Harmattan, Paris, 1979,- La Guadeloupe dans l'
réédition 1999.
-Les Caraïbes, Presses Universitaires de France, collection Que sais-je ?,
n° 2267, Paris, 1986, réédition 1997.
- Caraïbes en construction: espace, colonisation, résistance, Editions du
CERCAM, 2 volumes, 1992.
Histoire. Espace et identité caraïbes. Guadeloupe, Guyane,-De l'Oubli à l'
Haïti, Martinique, Editions Maisonneuve et Larose, Paris, 1999.
- La naissance du Panafricanisme. Les racines caraïbes, américaines et
africaines du mouvement au X/Xe siècle, Editions Maisonneuve et Larose,
Paris, 2000.
- Breve Historia dei Caribe, Academia Nacional de la Historia, Caracas,
Venezuela, 2000.
-Encyclopaedia Universalis, Paris: articles relatifs aux Caraibes.
- Directeur de publication de Cimarrons et Espaces Caraïbes, Centre de
Recherches Caraibes- Amériques.
- à paraître:
- Histoire générale des Caraïbes, 4 volumes.
- en collaboration avec Inez Fisher-Blanchet, Marine, Colonies et Guerres au
temps du Commandant Mortenol. Témoignages et illustrations.à la mémoire des deux premiers présidents de l'A.G.E.G.
(Association Générale des Etudiants Guackloupéens)
Unis BLANCHE
Ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure
Me Jean R. LARA-REACHE
Ancien Bâtonnier
de l'Ordre des Avocats de la Guadeloupe
à Hor Fari LARA HNANYINEPRELUDES
MORTENOL !...
Jusqu'en 1979, Mortenol appartenait à la légende. Quelques personnes
à l'imagination fertile accréditaient l'imagerie auréolée de gloire d'un nègre
guadeloupéen sorti de l'Ecole Polytechnique, voire de l'Ecole Navale, ayant
serviet combattu dans la « Royale », la Marinede guerre française, avec le
grade de capitaine de vaisseau. A partir de là, les cerveaux s'échauffaient. On
le voyait affmner, afficher son autorité sur tous les bâtiments de guerre de son
époque. n exerçait un commandement en chef non seulement sur mer, mais
sur terre et dans les airs ! N'était-ce pas lui qui défendit si vaillamment Paris
pendant la Grande Guerre ?..
Des rues portent son nom. Des générations de Guadeloupéens ont rêvé
de sa carrière considérée comme « prodigieuse» et l'ont pris pour modèle.
Le Commandant Mortenol devint le héros d'une Guadeloupe en quête de ses
grands hommes. Dans la galaxie des célébrités insulaires, il précédait le
Martiniquais Delgrès, l'Inspecteur général Rémi Nainsouta, le magistrat
JeanLouis Baghio'o, l'historien Orono Lara (1879-1924)1, le philosophe Lénis
1 Cf. Orono D. Lara, De l'Oubli à l'Histoire. Espace et identité caraïbes. Guadeloupe,
Guyane, Ham. Martinique. Editions Maisonneuve et Larose. Paris, 2000.Blanche, les hommes politiques Gaston Gerville-Réache, Hégésippe
Légitimus, H.-Adolphe Lara, Achille René-Boisneuf...
J'ai dû subir moi-même, à mon insu, dans mon enfance, l'influence
pernicieuse de cette tradition occulte. J'avais annexé dans mon patrimoine
culturelles grandes lignes des entretiens qu'eurent avec Mortenol mon père
Moïse Lara, mon oncle Maître Jean Lara-Réache et Lénis Blanche. Etudiants à
Paris à des époques différentes, les deux derniers, présidents de l'A.G.E.G.
(Association Générale des Etudiants Guadeloupéens fondée par Lénis
Blanche), ils avaient eu l'occasion de rencontrer leur compatriote et de
s'entretenir avec lui avant son décès en 1930. Ce qu'il leur raconta, que j'ai
toujours en mémoire, constitue assurément les prémices d'un mythe élaboré
par personne d'autre que Mortenollui-même. Mon grand-père Orono Lara, lui
aussi, l'avait bien connu à Paris ~ndant la Grande Guerre et après le conflit,
le voyant jusqu'à sa mort en 19242.
. Des admirateursécrivirentau maire de Paris, Jacques Chirac, pour
demander qu'une rue de la capitale portât le nom de leur héros. lis furent
entendus. Le Conseil de Paris, dans sa séance du 24 septembre 1984, décida
d'attribuer le nom du Commandant Mortenol à la rue dite MIlO commençant
Quai de Valmy et se terminant en impasse, à Paris We. L'inauguration, fm
novembre 1984, se fit en présence du maire de la capitale et d'un petit nombre
de personnes originaires des colonies, devant un «porche» - quel autre
terme emp'loyer pour qualifier cette sordide venelle au centre d'une farce aussi
sinistre !!3 A cette occasion, à l'Hôtel de Ville, Gabriel Lisette discourut,
empruntant, sans le dire, ses précisions biographiques à un ouvrage qu'il
venait d'acheter et de consulter4.
En Guadeloupe, des thuriféraires pressés de brandir et d'imposer leur
icône, entreprirent de trouver des fonds et d'ériger une statue, inaugurée en
grande pompe le dimanche 3 décembre 1995 à Pointe-à-Pitre.
Or, depuis 1980, Mortenol appartient aux historiens. La fabulation se
dissipe. L'ouverture depuis lors de son dossier personnel aux Archives
militaires du Château de Vincennes et la documentation tirée des archives
2 Cf. l'ouvrage qu'il publia en 1921 rééditépar mes soins en 1979 puis en 1999 aux
Editions L'Harmattan, Paris, sous le titre La Guadeloupe dans Histoire.l'
3 Que les lecteurs qui ne connaissent pas s'y rendent et ils verront d'eux-mêmes. J'ajoute que
le froid et la pluie fine qui tombait fin novembre 1984 accentuaient le caractère sinistre œ
cette farce politique et rendaient perplexes même les notables baladins tous dévoués au
pouvoir central.
4 Orono D. LARA, Le Commandant Mortenol. un officier guadeloupéen dans la
« Royale ». Editions du Cercam, Centre de RecherchesCaraïbes-Amériques,Paris, 1985.
Voir également, du même auteur, «L'institution de l'esclavage au fil des siècles », in Le
Sénat commémore l'abolition de l'esclavage. 1848-1998. Actes du colloque tenu en juin
1998, Sénat, Paris, novembre 1998, pp. 46-53.
10coloniales d'Aix-en-Provence pennettent un examen rigoureux de la carrière
militaire de cet officier de Marine et d' Artilleries.
Mon objectif a été l'établissement d'un Dossier Mortenol. Soucieux de
transmettre une documentation rigoureuse, j'ai tenu à privilégier les sources,
les écrits de Mortenol lui-même (mémoires, journaux personnels, études
militaires). Je n'ai malheureusement pas pu tous les citer, ce qui aurait exigé
une publication en deux volumes. J'ai limité volontairement les
développements historiques qui n'étaient pas centrés sur le sujet principal. Si
par exemple, les noms de bâtiments de guerre renvoient, par leurs noms, à
des personnages qui ne méritent pas de digressions étendues, en revanche,
leurs caractéristiques (port d'attache, année de lancement, tonnage, armement,
puissance, etc.) doivent figurer avec d'autres infonnations. Toutefois, qu'on
se rassure, ce corpus de documents et de textes qui recouvrent toute la vie et la
carrière de Mortenol, constitue une étude historique, un dossier intégral qui
éclaire le personnage et le place défInitivement sous les projecteurs de
l'Histoire. Plus d'ombre et de pénombre, de chimères et de légende. Les
pièces rassemblées, toutes tirées des archives et des centres de documentation,
sont une lecture attentive, indispensable à qui veut se prononcer sur le
personnage Mortenol. Ce dossier peut aider à circonscrire ce modèle de
colonisé, d'une souplesse exemplaire, d'une fIdélité, d'une allégeance
indéfectibles envers les maîtres et les guides de la colonisation.
On découvre que ce nègre colonisé a participé à presque toutes les
guerres coloniales de son époque et qu'il a servi la France conquérante avec
un attachement constant. Mortenol, dont le père était né en Afrique, s'engagea
pour la France en Océan Indien, à Madagascar et aux Comores, au Levant, au
Gabon et au Congo, en Extrême-Orient. A ce titre, il a bien mérité de la
« mère-patrie », lui, le fIls d'esclave né dix ans après l'abolition de
l'esclavage. C'est donc ce militaire de métier, serviteur obséquieux de la
France coloniale qui a servi d'exemple aux individus qui cherchent à
s'intégrer, à s'assimiler coûte que coûte, à s'insérer, échine pliée, visière
baissée, dans la société dite « métropolitaine ».
Mes recherches, au cours de ces années passées à accumuler les
documents archivistiques et à les analyser, ont porté aussi sur le
développement d'une histoire de la France hors de l'hexagone. Suivre
Mortenol pas à pas, pièces en mains, l'accompagner dans ses campagnes de
guerres coloniales, à Madagascar et aux Comores, au Levant, en Afrique
(Gabon, Congo) et en Indochine (Cochinchine, Tonkin) nous plongent dans
des épisodes dramatiques de l'histoire de la colonisation française. Une
histoire qui s'éclaire mieux quand on l'expose avec les acteurs qui se
pressent, en France et aux colonies, autour de Mortenol, un colonisé
métamorphosé en officier colonisateur. J'insiste, à partir des documents, sur
5 Voir dans De Oubli à Histoire. op.cit..le chapitre consacré à Mortenol./' /'
11sa participation à différentes étapes de la conquête française à Madagascar, en
Afrique et en Indochine. La progression de sa carrière d'officier de marine
conduit Mortenol à se trouver partout où bouillonne le chaudron de la
colonisation.
L'histoire de la colonisation française reste encore du domaine des
mythes. La carrière de Mortenol s'effectue au cours des années 1880-1920
qui marquent pour la France une période de conquête coloniale. Or, un siècle
plus tard, subsiste une méconnaissance profonde de la colonisation et de
l'univers des colonisés. Dans ce procès6 de la colonisation et du bilan de
l'aventure coloniale, on aimerait écouter la voix des colonisés. A défaut de
celle de Mortenol, engoncé dans ses fonctions de quart au service des
desseins coloniaux projetés par les politiciens français, on entend les voix
d'Africains, de Malgaches, de Vietnamiens et de Caribans qui expriment leur
résistance et leur refus de se soumettre à l'autorité coloniale française. Le
choeur des «indigènes» psalmodie a capella leur désespoir et leurs
convictions. On devine autour de ces foyers de résistance que Mortenol
traverse au pas de charge en quête de gloire, les germes de ce que seront plus
tard les braises de Dien Bien Phu et de l'Algérie en lutte. n y a deux siècles,
souvenons-nous, en 1802, Toussaint Louverture organisait la résistance à
l'envahisseur blanc (la force expéditionnaire commandée par le Général E.
Leclerc, chargée par Napoléon de rétablir le Système esclavagiste à
SaintDomingue). Malgré sa capture et sa mort un an plus tard, en avril 1803, dans
un cachot du Fort de Joux dans le Jura, l'armée française était battue et
détruite. Haïti devenait indépendante le 1er janvier 1804. La première guerre
coloniale aux Caraïbes conduite et perdue par la France.
Plusieurs problèmes se posent dans le sillage de Mortenol en Afrique,
à Madagascar et en Asie, et nous permettent de mieux analyser 1'histoire
coloniale. Méconnaissance de la colonisation disions-nous précédemment. n
faut ici s'en prendre aux auteurs de l'histoire coloniale en France. Les
histoires de la colonisation publiées depuis une dizaine d'années n'ont pas
rompu avec les défauts des publications antérieures. Les historiens français
survolent encore trop rapidement, comme leurs devanciers, les contours de
l'Empire et font toujours la part belle aux « bienfaits de la civilisation ». Or,
derrière les coups de clairon et le déploiement des oriflammes, des voix
s'élèvent - qu'on cherche à étouffer.: pour crier les massacres, les tortures, les
pillages, les rapines, les traîtrises, les pénitenciers, les bagnes, les rapports
racistes, l'arrogance des administrateurs et des militaires blancs, les maîtres
du système colonial, toujours d'actualité en 2001, au moment où j'écris.
Mortenol, sur ce point, est un bon lièvre. n va partout et nous ouvre des
portails surprenants, comme au Gabon, à Madagascar ou en Indochine.
«Mission civilisatrice », «oeuvre des missionnaires », nous serine une
6
Procès. au sens de processus.
12historienne de la colonisation7, tandis qu'esquissant un «tableau colonial
français », un diplomate écrivain conclut son volume avec la «victoire des
couleurs », le «triomphe des sang-mêlé» et «Carnaval sous les
tropiques »8. Un auteur militaire chante « la gloire de l'Empire» et évoque
lui aussi, pour finir, « la Fête Coloniale »9.
Bref, pour tous ces historiens, on s'amusait follement au temps béni
de la colonisation. Voyez les colonies françaises des Caraibes où se succèdent
carnavals et festivals chaque année...
Les historiensfrançais mettentl'accent sur une oeuvre « spirituelle»
et la nécessité pour leur pays - sur un plan géostratégique - de conselVer des
colonies: « la France coloniale ne se comprend bien, il est vrai, que sur fond
d'élan missionnaire ». Or, au «siècle des missions (1850-1950), ce
mouvement fut essentiellementfrançais... », obselVent dans la conclusion les
auteurs de l'ouvrage Histoire de la France coloniale10.La même universitaire
continue de nous seriner la « chance» qu'a la France «de demeurer une
grande puissance maritime» avec la possession des «Confettis de
»ll. Cette idée est reprise par un autre auteur: «Sans ces ll018l'Empire
dispersés, des Antilles au Pacifique, par la Réunion et la Nouvelle-Calédonie,
Elle (la France) ne serait pas présente partout dans le monde. Bref, ces
sUlVivancesdu colonialisme d'hier permettent à la France de tenir son rang de
grande puissance mondiale. Tout Français digne de ce nom a le droit d'en être
12.légitimement fier»
Derrière cette mission civilisatrice ou évangélisatrice que les historiens
français aiment tant à mettre en valeur, comment effacer les crimes commis
par l'armée française et par les administrateurs français à Madagascar, aux
Comores, en Afrique, en Indochine et aux Caraibes-Amériques ? Que dire de
l'univers concentrationnaire de la Traite négrière et du Système esclavagiste
?13qui dura des siècles Un historien français n'hésite pas à allécher les
lecteurs de la revue L' Histoire14 avec un article intitulé, en couverture, « La
traite des Noirs, une bonne affaire pour l'Europe? ». Un titre étonnant,
déplorable, qui devrait susciter la réprobation générale. Que penser de
7Histoire de la colonisation française, Editions Fayard, Paris, Pierre Pluchon, vol. 1, Denise
Bouche, vol. 2, volume 2, 1991.
8 Idem, volume 1.
9 Cf. Pierre Montagnon, La France coloniale, 2 volumes, Pygmalion - Gérard Watelet,
Paris, 1988-1990.
10
Armand Colin, Paris, 1990-1991, tome 2, p. 563.
11 Ibidem, pp. 494-495.
12 P. Montagnon, La France coloniale, op.cit., tome 2, p. 469.
13 Cf. Oruno D. Lara, Caraïbes en construction: espace. colonisation. résistance, Editions dJ
CERCAM, Centre de Recherches Caraïbes-Amériques, 2 volumes, 1992 et id., La naissance
du Panafricanisme. Les radnes caraïbes. américaines et africaines du nwuvement au X/Xe
siècle, Editions Maisonneuve et Larose, Paris, 2000.
14Numéro de novembre 1997.
13l'orientation de ce spécialiste, préoccupé de soutenir sa thèse concernant
« l'argent de la traite» sans prendre en compte toutes les dimensions
historiques et humaines du problème de la Traite négrière et du Système
esclavagiste ?
Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne sévit depuis quelques
décennies une lignée de chercheurs appartenant à la New Economic History,
préoccupés de mesurer, de compter, de peser, de jauger, d'établir des listes de
chiffres. Les « cliométriciens» ont trouvé le moyen de parler de la Traite
négrière et du Système esclavagiste sans avoir à se mouiller en s'investissant
dans les rapports esclavagistes associant les négriers aux captifs, les
maÎtresplanteurs aux esclaves. Ils opèrent dans une histoire débarrassée des hommes
et des femmes, une histoire dans laquelle ne subsistent que des séries de
nombres qu'ils peuvent trafiquer à leur guise. Imaginerait-on une histoire des
Lager (camps de concentration) où il n'y aurait que des chiffres et d'où la
brutalité, la peur, la mort, le pouvoir absolu des surveillants nazis auraient
disparu? C'est vers cette voie débarrassée de ces ornières que s'orientent, en
France, les exposés d'histoire coloniale tous porteurs d'une certaine nostalgie
du temps passé... aux colonies de l'Empire.
Il appartient aux historiens non français - de l'hexagone s'entend -
d'étudier cette histoire des colonisations car sur le terrain de l'histoire, toutes
les aventures militaires s'entremêlent suivant les époques. Anglais et Français
qui s'empoignent à Fachoda se sont bien ligués pour capturer Samori Touré
en 1898. On sait que le grand chef africain a été exilé au Gabon où il meurt en
1900. Les conquérants européens s'unissent et s'entendent à melVeille sur
toutes les pistes africaines pour pacifier les territoires soumis.
Quant à moi, je m'efforce en toute simplicité d'être lucide dans cette
évaluation que j'effectue depuis plus d'une décennie. Le corps des historiens
ne s'apparente pas à celui de la grande muette, c'est-à-dire l'armée. Nous
pouvons nous exprimer parfois, exposer nos pensées, surtout quand elles
reposent sur des arguments indiscutables.
Des recherches récentes ont infmné les thèses de la froide objectivité.
Tout au contraire semble-t-il, un développement logique découle d'un
comportement scientifique prônant la critique taillée dans le vif. Sans critique,
pas de logique et sans logique, pas d'exposition de l'histoire.
n faut choisir: se taire ou exposer une histoire fondée sur un dossier
irréfutable.
Je laisse le champ libre à ceux qui veulent parler sans réfléchir, aux
philosophes qui cherchent à contourner I'histoire en se délectant des
narrations sans fondement, aux politiciens en quête de tribunes et
d'applaudissements, aux journalistes affabulateurs et aux grenouilles qui
demandent un roi. Les plumitifs qui voudront gloser sur un Mortenol
utopique, placé sous dyalise psychologique ou psychanalytique, devront
partir d'une base documentaire, celle-là même que j'ai décryptée. n m'a fallu
bien du temps pour préciser les noms, les grades, les lieux, les époques, les
bâtiments et leurs caractéristiques. Impossible de passer à travers, de
14commenter ou d'interpréter sans associer ces documents recueillis et transcrits
avec, l'avouerai-je, une patience de bénédictin.
Mortenol est un personnage bien singulier! L'aventure de cet homme
illustre la dimension tragique de l'histoire aux Caraïbes. Il faudra bien un jour
ou l'autre choisir entre la fable, la légende, les mythes ou l'histoire.
Convenons d'un plan en cinq parties qui présente la famille et le
contexte de l'époque, la carrière du marin, l'officier d'artillerie de la guerre de
1914-1918 et le civil à la retraite qui renoue avec ses compatriotes. Le dernier
chapitre est consacré à la légende, à l'invention du Commandant en Chef et à
l'analyse des principaux textes hagiographiques de laudateurs et autres
louangeurs - qu'on me pardonne ces pléonasmes... Ils ont sculpté un
Mortenol imaginaire. Face à cette statue du commandeur, l'historien ne peut
qu'apparaître comme un contempteur critique, un détracteur, un individu
agaçant, exaspérant.
Les penseurs de tendance assimilationniste, Guadeloupéens ou
Martiniquais, n'ont pas, évidemment, la même vision de Mortenol qu'un
historien de métier, observateur critique et lucide. L'analyse de ce processus
de conquête coloniale dans lequel Mortenol n'est qu'un acteur parmi tant
d'autres, s'effectue avec les règles de la méthode.
La préoccupation scientifique en matière d'histoire, faut-il le rappeler,
s'exprime sous deux formes complémentaires:
1/ la critiqu£ qui consiste à n'accepter l'existence d'un
fait, l'authenticité d'un texte, qu'après de minutieuses vérifications;
2/ la préoccupation constructive, qui consiste à choisir des types de
faits, à les confronter, à en rechercher les corrélations, afin de résoudre le
problème posé ou toute combinaison complexe de problèmes économiques,
sociaux, institutionnels ou spirituels.
La critiqu£ des textes est la condition nécessaire pour fonder une
science historique: on ne peut pas raisonner valablement à partir de documents
matériellement faux ou mal connus dans leur forme originale.
On ne peut qu'insister auprès des lecteurs sur l'importance, dans
l'analyse, des acquisitions récentes dans le domaine des principes et des
techniques (techniques d'information et traitement scientifique des données)
de la recherche historique. Il faut recommander encore et toujours le non
abandon des vieilles règles de connaissance et critique des textes, de
fréquentation des sources directes et donc des archives. Dans un contexte
insulaire comme celui des Caraïbes orientales, caractérisé par la démagogie
politique, il est si facile de s'exprimer pour ne rien dire ou pour se faire
applaudir15. Comme ils sont peu soucieux d'observer les règles de la logique
historique et de la méthode, ces intellectuels locaux qui foisonnent dans la
serre chaude de la réflexion narcissique!
IS
Cf. Orono D. Lara, Caraïbes en construction, op.cit., vol. II, et Derek Walcott, poème
«Parade)) cité in Orono D. Lara, De l'Oubli à l'Histoire, op.cit.
15J'ai tenu à rappeler brièvement ce qui constitue le noyau fondamental
de la méthode historique, ce qui nous contraint à distinguer tout au long de
cette enquête: d'un côté les éléments étiquetés, prouvés, démontrables,
s'appuyant sur des documents indiscutables, de l'autre, les ingrédients de la
légende, de l'imagerie, les composantes du mythe, les paramètres de
l'incertitude, les données de la fantasmagorie.
Finalement, dans ce livre, je communique un dossier et une histoire
constitués à partir de mes investigations. Un dossier dont les documents, les
sources sont la base principale d'une biographie. Une histoire, celle de la
colonisation de la seconde moitié du XlXe siècle et du début du XX e siècle,
période de conquêtes après le partage colonial à la Conférence de Berlin
(1884-1885). Mortenol est embarqué dans cette histoire. Vouloir le
comprendre, mesurer son action sur mer et sur terre, c'est chercher à
comprendre l'histoire qui se développe en Europe, en Afrique, au
MoyenOrient, en Asie ou aux Caraïbes. Sans que l'on puisse, à aucun moment, le
débarquer de ses navires et le traduire devant la justice des hommes.
L'historien n'est pas un juge, c'est vrai, il instruit un dossier et le livre au
lecteur. l'ai eu encore l'occasion de le souligner longuement, dans un rapport
d'évaluation rédigé pour l'Unesco en juillet 2000:
«Le malheur, c'est que la justice et l'histoire ne se posent pas les
mêmes questions. C'est d'ailleurs un des points qui me semble le plus poser
problème sur le plan méthodologique: la justice cherche à examiner les
crimes, à distinguer les coupables et les innocents. Or, fonnuler des
accusations n'a rien à voir avec l'investigation historique. L 'historien opère
une analyse distanciée du passé, son objectif est de comprendre, de restituer la
vérité d'une époque dans son contexte, dans sa complexité et dans ses
ambiguïtés ».
Cette évaluation concernait un ensemble de textes, Slave Voyages et
Slave Voices - Slave Narratives rédigés par Hilary McD. Beckles, Pro-Vice
Chancelor, Professeur d'Histoire à l'Université des West Indies (Mona
Campus, Kingston), à l'usage du Programme Breaking the Silence - Briser le
Silence - réalisé par la Division Education de l'Unesco, Programme pour une
Education de la Paix16.
D'autres questions exigent d'être posées pour approfondir le débat et
nous les poserons plus loin, en prenant soin de les circonscrire à la période
donnée. Nous débattrons de la légende en nous appuyant sur les références et
les citations de personnalités comme Gaston Monnerville, Gabriel Lisette,
Octave Chanlot, qui ont contribué à inventer un héros hors nonnes pour la
Guadeloupe. Nous examinerons aussi les possibilités de choix de Morteno!.
En l'analysant dans son milieu et dans son époque. Nous évoquerons d'autres
16 Orono D. Lara, Document d'évaluation pour l'Unesco, Département de l'Education, juillet
2000.
16personnages contemporains de Mortenol qui se sont heurtés, eux aussi, aux
difficultés, aux obstacles d'une société française sélective et discriminatoire.
Ces personnalités ont eu, elles aussi, des choix à faire. Comment ont-elles
réagi, quels furent leurs carrières, leurs espoirs et leurs déceptions? Des
comparaisons s'imposent pour mieux comprendre Mortenol et ses
contemporains. Le projet colonial a eu, on le $ait, ses aventuriers, ses
militaires rodomonts et ses cerveaux lucides, clairvoyants. Les uns,
fourvoyés dans les crimes, se sont couverts de décorations, de breloques et de
compromissions, les autres ont simplement fait leur devoir d 'homme, sans
éclat de voix et de sonneries de trompettes. L'histoire n'a pas à juger, ou à
choisir, mais elle enregistre et expose des expériences. A nous de les
connaître et de les transmettre aux générations futures.
Etudier Mortenol et le cortège de navires de servitude qui
l'accompagne au cours de sa vie de marin - de la vieille frégate Alceste en
188217, ponton-hôpital au Gabon en 1887, jusqu'au Carnot, «bâtiment
»18désarmé, Annexe du 2e Dépôt à Brest en 1915 -c'est s'engager dans tous
les secteurs d'une histoire politique, économique, sociale, maritime, militaire
et coloniale. Donc une histoire complexe qui combine toutes les dimensions
d'une histoire totale.
Mortenol et sa statue érigée à grands frais, sous l'oeil ironique des
représentants de l'Etat français, apparaissent comme les vestiges des rapports
esclavagistes associant dominants et dominés. N'est-il pas curieux d'observer
que les admirateurs du Mortenol mythique sont également les partisans
enthousiastes qui acceptent la subordination de la Guadeloupe à la France. Au
vrai, de Mortenol à ces détenus qui clabaudent en quête de héros, la lice de la
Total Institution19 est toujours la même, là où se pressent les domestiques
zèlés et les vigiles aux aguets, rassemblés et priant devant la grand' case des
propriétaires.
Oruno D. LARA
Le Moule, Guadeloupe
18 février 200 1
Je remercie Mesdames Catherine Wendling et Inez Fisher-Blanchet de leur précieuse
collaboration technique, ainsi que toute l'équipe du Centre de Recherches
CaraïbesAmériques (CERCAM), sans oublier Ina, Yemaya, Xangomossey et Sophie.
17 La frégate Alceste était enregistrée parmi les « navires de servitude» ayant leur « compte
à Lorient» en 1887.
18 Cf. au Service Historique de la Marine (S.H.M), Château de Vincennes, le Dossier
Personnel de Mortenol.
19 Institution totalitaireau sens où l'entend Erving Goffman in Asylums, par exemple le
Système esclavagiste.
17La musique indienne classique a créé de mélodieux ragas
correspondant à toutes les heures et à toutes les émotions de la journée ou de
la nuit.
J'ai donc choisi, pour rythmer les chapitres de mon livre, de puiser
avec délices panni les cent vingt variétés de déci-tâlas que révèle le célèbre
traité de musique, le Samgfta-Ratnakara (Océan de la Musique ou Mine de
diamants de la Musique) rédigé au XIIIe siècle par le grand musicien
Çarngadeva.
Les documents rassemblés dans ce recueil et placés en fin de chapitres
doivent être considérés et lus comme une partie intégrante du texte.
fis constituent les pièces déterminantes du Dossier Mortenol et ne se
présentent donc pas seulement comme des éléments de référence.
fi est nécessaire de le savoir dès le début.
Dans l'ensemble des documents retenus, provenant des fonds
d'archives (S.H.M., S.H.A.T. et C.A.O.M.), les textes rédigés par Mortenol
dans le cadre de ses fonctions d'officier de Marine ou de colonel d'Artillerie
dans l'Armée de Terre ont été privilégiés. Ces écrits militaires décrivent et
illustrent, mieux que tous les discours - et tous les romans - l'existence de
Mortenol dans la marine de guerre et ses responsabilités d'officier en
19151919. Des documents tirés des Archives de la Marine, de l'Armée de Terre ou
du C.A.O.M, complètent le tableau et fournissent de précieuses indications
sur les navires, les officiers et les équipages, les missions, les expéditions et
le déroulement des campagnes de guerre coloniales.,
.
En particulier, la documentation précise que nous possédons, relative aux bâtiments
successifs sur lesquels a embarqué Mortenol permet de circonscrire les unités modernes et les
navires de servitude.
18Chapitre I
OUVERTURE CARAIBE«A ce propos, pour demeurer équitables, notons que la jeunesse n'existe pas au
sens romantique que nous prêtons encore à ce mot. Dès l'âge de dix ans, le destin œ
l'homme semble à peu près fixé, dans ses ressorts émotifs tout au moins, après ce temps
nous n'existons plus que par d'insipides redites, de moins en moins sincères, de plus en plus
théâtrales. Peut~être, après tout, les 'civilisations' subissent-elles le même sort? La nôtre
semble bien coincée dans une incurable psychose guerrière. Nous ne vivons plus que pour ce
genre de redites destructrices. Quand nous observons de quels préjugés rancis, de quelles
fariboles pourries peut se repaître le fanatisme absolu de millions d'individus prétendus
évolués, instruits dans les meilleures écoles d'Europe, nous sommes autorisés, certes, à
nous demander si l'instinct de mort chez l'Homme, dans ses sociétés, ne domine pas déjà
définitivement l'instinct de vie ».
)),Louis-Ferdinand Céline, «Hommage à Zola discours à Médan, 1933, publié dans
Apologie de Mort à crédit, Denoêl, 1936.
«C'est pas vrai ! La race, ce que t'appelles comme ça, c'est seulement ce grand
ramassis de miteux dans mon genre, chassieux, puceux, transis, qui ont échoué ici
poursuivis par la faim, la peste, les tumeurs et le froid, venus vaincus des quatre coins di
monde. Ils ne pouvaient pas aller plus loin à cause de la mer. C'est ça la France et puis c'est
ça les Français.
- Bardamu, qu'il me fait alors gravement et un peu triste, nos pères nous valaient bien, n'en
dis pas de mal !...
- T'as raison, Arthur, pour ça t'as raison! Haineux et dociles, violés, volés, étripés et
couillons toujours, ils nous valaient bien! Tu peux le dire ! Nous ne changeons pas ! Ni œ
)).chaussettes, ni de maîtres, ni d'opinions, ou bien si tard, que ça n'en vaut plus la peine
Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit.
20Quand André Mortenol et Julienne se marient en 1855, sept ans après
l'abolition de l'esclavage (avril-mai 1848), la Guadeloupe est une colonie
française. Le Second Empire (Napoléon III) a imposé à ses colonies le régime
très centralisé du sénatus-consulte de 1854 qui dure jusqu'à la« débâcle» de
1870.
-Récitatif (Contrapunctus Il: La conjoncture de 1848 à
1870Victor Schoelcher vit en Angleterre, à Londres depuis 1852. TIquittera
la Grande-Bretagne en août 1870 pour revenir en France, mais il retournera
fréquemment à Londres. Après l'exercice des premiers droits politiques de
1848 à 18512, la représentation parlementaire des colonies a été supprimée par
la Constitution de janvier 1852.
Les nouveaux libres qui n'ont rien reçu - ni argent ni terre - en 1848
sont écartés du marché du travail par les anciens propriétaires d'esclaves qui
restent maîtres des moyens de production. Les anciens maîtres qui craignent
les nouveaux citoyens et qui ne veulent pas payer des salaires aux ouvriers
agricoles, préfèrent demander à l'Etat de faire venir des travailleurs engagés
d'Afrique et d'Asie (Inde, Chine, Japon). TIs disposeront ainsi, avec ces
nouveaux venus qui n'ont pas connu les affres du Système esclavagiste,
d'une main-d'œuvre souple, disponible, non revendicative. Les Indiens en
particulier, qui ont quitté un sous-continent soumis à l'occupation anglaise et
qui ont effectué une traversée épouvantable, sont prêts à tous les sacrifices
pour s'établir et ne pas repartir. Cette immigration sous contrat provoque un
chômage endémique et l'émigration de Guadeloupe vers Panama de 1855 à
1914, vers Cuba ou vers Haïti et les U.S.A.. L'importation de plans de coton
des Etats-Unis favorise un développement de cette culture. Cependant
I Joh. Seb. Bachs Werke, Die Kunst der Fuge (1750).
2 Suffrage universel, presse, clubs politiques, élections législatives.
21l'administration coloniale contrôle l'agriculture. Les terres non cultivées en
café, en canne à sucre et en coton sont taxées.
Les propriétaires terriens qui ont été indemnisés pour la perte de leurs
esclaves, ont des facilités de prêts dans les nouvelles banques coloniales qui
apparaissent en 1853 (elles ont été créées en 1851). L'ouverture du Crédit
Foncier Colonial s'effectue en 1860-1861, provoquant une concentration
industrielle. Ils investissent massivement leurs capitaux dans la construction
de grandes centrales, pensant pouvoir imposer leur production sucrière sur le
marché français et européen. Cette erreur causera la crise de surproduction des
années 1890-1910.
Au cours de cette période, la démographie guadeloupéenne se
caractérise par un accroissement naturel négatif.
Sous l'impulsion de Marie Léonard Sénécal, s'est constitué un
mouvement indépendantiste combattu par le pouvoir colonial. Les procès
politiques visent à neutraliser les meneurs en Guadeloupe (Grande-Terre et
Basse-Terre) et à Marie-Galante en 1849-1851.
Victor Schoelcher, au Sous-Secrétariat d'Etat à la Marine et aux
Colonies, inaugure une politique de création d'« Ecoles élémentaires ».
L'enseignement primaire et secondaire confié aux Frères de Ploërmel et aux
Sœurs de Saint-Joseph de Cluny organise «l'oubli du passé », un mot
d'ordre largement imposé pendant les premières campagnes politiques. On
cherche à favoriser la formation de jeunes ouvriers agricoles soumis aux
exigences des industriels sucriers.
Le clergé colonial qui, lui aussi cherche à oublier le passé - et son
rôle, sa place dans le Système esclavagiste - se lance dans la formation des
nouveaux catéchumènes. Il exhorte aux mariages et aux reconnaissances
d'enfants.
Les administrateurs coloniaux flanqués des membres du clergé
prennent part aux cérémonies d'attribution de prix aux meilleurs travailleurs
de la colonie. Il faut fournir des exemples, des modèles dans le territoire où
toutes les autorités militaires, civiles et religieuses s'entendent à merveille
pour orienter les âmes, les cœurs et les mémoires vers les vertes vallées de
l'univers assimilationniste.
-Récîtatif(Contrapunctus II): La conjoncture de 1871 à 1914 -
La guerre de 1870 voit s'effondrer le Second Empire. Le
rétablissement du régime républicain s'accompagne de la réapparition de
représentants coloniaux issus des descendants d'esclaves: Gaston
GervilleRéache, les frères Isaac (Auguste et Alexandre), Achille René-Boisneuf,
Hégésippe Légitimus, Gratien Candace.
La réapparition de la presse politique et la consolidation des loges
maçonniques ouvrent une période d'effeIVescence politique. Le retour de
Victor Schoelcher, son élection comme député puis sa présence au Sénat
22(sénateur inamovible en 1875) marque les esprits. La naissance du
« schoelcherisme» depuis la décennie 1848-1858 s'associe aux premières
revendications assirnilationnistes3. Victor Schoelcher conforte son mythe, de
son vivant, en faisant don d'ouvrages et d'objets aux colonies, comme la
Bibliothèque Schoelcher à Fort-de-France. L'ouverture du Musée Schoelcher
à Pointe-à-Pitre, l'admiration portée par les franc-maçons et le comité
politique constitué pour son élection contribuent à faire de Schoelcher une
personnalité centrale pour les nouveaux libres des colonies françaises.
Au cours de cette période s'achèvent les immigrations de travailleurs
en provenance d'Afrique (en 1861) et d'Asie (en 1888-1889). Les liens avec
la France se resserrent grâce aux projets de lignes de paquebots et aux
aménagements du port de Pointe-à-Pitre. La création d'un séminaire-collège
puis du lycée Carnot favorisent les premiers courants d'émigration d'une élite
jeune voulant poursuivre des études supérieures dans des établissements
français.
Les gouvernements français successifs ont hésité longtemps avant de
faire appel aux soldats « créoles ». La loi sur le recrutementdu 27 juillet
1872 ne s'applique pas aux colonies. La conscription s'étend aux colonies de
Guyane, Guadeloupe, Martinique, Réunion avec la loi du 15 juillet 1889 qui
n'a pas été promulguée, sauf à la Réunion. Dans cette colonie, l'envoi d'un
corps expéditionnaire à Madagascar explique l'instauration soudaine de ce
recrutement local.
n faut attendre la loi du 21 mars 1905 qui abroge celle de 1889 et
surtout la loi du 7 août 1913 pour que soit demandée sans délai, la
promulgation de la loi de recrutement aux colonies. La durée du service
militaire est alors de trois ans.
Léon Gambetta, par un décret de novembre 1881, détacha les colonies
du ministère de la Marine et les rattacha au commerce. n choisit, pour diriger
ces deux départements, des porte-paroles du négoce de Marseille et de
Bordeaux, Maurice Rouvier et Félix Faure. Par décret du 30 janvier 1882,
l'administration des colonies quitta le ministère du commerce pour être
rattachée à la Marine. Les arrondissements maritimes furent créés en 1882.
Par décision présidentielle du 20 avril 1875, le préfet maritime fut
commandant en chef et choisi dorénavant parmi les vice-amiraux et non,
comme jadis, parmi les hauts fonctionnaires. L'arrêté du 20 février 1883 créa
deux sous-directions à la Direction des colonies. Par décret du 14 mars 1889,
les colonies quittèrent de nouveau la Marine pour être rattachées au ministère
du Commerce.
L'arrêté du 31 décembre 1889 répartit l'Etat-Major général en trois
sections:
- 1ère section: Marines étrangères;
- 2e Défense des côtes et mobilisation des troupes
- 3e section: Opérations navales et militaires. Mobilisation de la flotte.
3 Cf. Nelly Schmidt. Victor Schoelcher. Paris, Fayard, 1994.
23Par décret du 8 mars 1892, les colonies revinrent à la marine. Pour
peu de temps, car le décret du Il janvier 1893 les rendait au Commerce.
Enfin, la loi du 20 mars 1894 mit fm à ce va-et-vient et érigea un ministère
autonome des colonies.
-Récitatif(Contrapunctus III): Le contexte
internationalDans la deuxième moitié du XlXe siècle, commence un long siècle de
conflits: la guerre du Mexique (1861-1867) où Napoléon III va envoyer les
troupes françaises se faire battre. Pour la seconde fois au XIXe siècle, après
1802-1804, une foree expéditionnaire française traversant l'Atlantique vient se
désintégrer aux Caraïbes. Deux expéditions espagnoles vinrent échouer
également aux Caraibes au XIXe siècle: l'année de Pablo Morillo qui voulait
s'opposer à l'indépendance des territoires continentaux et les années qui
combattirent les insurgés cubains (Guerre Hispano-Cubaine, 189~-1898). La
guerre d'opérette « Operet Krieg »4 qui opposa sur le papier l'Espagne aux
Etats-Unis s'acheva par le Traité de Paris (10 décembre 1898) et
l'indépendance de Cuba assortie du fameux Amendement Platt. Au vrai, la
grande île passait sous le protectorat nord-américain et ce n'est qu'en 1959,
avec l'entrée en lice de Fidel Castro, qu'on a pu parler d'indépendance. La
cession par l'Espagne aux Etats-Unis de Puerto Rico, des Philippines, de
Guam, était suivie de l'installation, en 1909, de la base navale de Guantanamo
à Cuba. Dès lors, les Etats-Unis devinrent une puissance mondiale orientée
vers le Pacifique et engagée directement dans l'espace des Caraïbes.
Dans la seconde moitié du siècle aussi sont supprimés les derniers
systèmes esclavagistes: aux U.S.A. par la guerre de 1861-1865, à Cuba et à
Puerto Rico, au Brésil (1888). Aux Caraibes, les colonies anglaises,
hollandaises et françaises5 abordent le XXe siècle en souffrant du chômage,
des conséquences de la destruction du Système esclavagiste. Quelques
personnalités caribanes (Edward Wilmot Blyden, Henry Sylvester Williams,
Benito Sylvain, Anténor Firmin) prennent l'initiative d'organiser la
Conférence Panafricaine de Londres en juillet 19006.
En Afrique s'ouvre la glorieuse épopée de la conquête coloniale de
1880 à 1920. Une période bénie des dieux de la guerre pour les militaires,
surtout les officiers de Marine et d'infanterie de Marine qui vont s'illustrer à la
4 Selon un témoin allemand. Cf. Orono D. Lara, Caraïbes en construction: espace,
colonisation, résistance, 2 volumes, Paris, Ed. du CERCAM, 1992, le chapitre sur la lutte
armée à Cuba.
S Suède, Saint-Barthélémy; Antilles danoises vendues aux U.S.A. en 1917. Voir a.D. Lara,
Caraïbes en construction, op. cit.
6 Cf. Oruno D. Lara, La naissance du Panafricanism£. Les racines caraibes, amiricaines et
africaines du nwuvem£nt au KlXe siècle, Paris, Editions Maisonneuve et Larose, 2000.
24tête de leurs laptots et autres tirailleurs sénégalais en Afrique, à Madagascar,
en Indochine ou dans le Pacifique. En Algérie, conquête et colonisation
française se construisent dans la violence et le feu connne en témoignent les
camets de Bugeaud.
Et pour couronner une époque engoncée dans les «bienfaits de la
colonisation» française et européenne, les fanfares du «racisme
pseudoscientifique» de Broca, Topinard et leurs épigones. La lourde musique qui
plaira tant plus tard à Hitler, composée et jouée par des « naturalistes»
adhérents aux thèses des « races pures », des« races supérieures» et des
«races inférieures », des « forts» qui doivent protéger les faibles7. Bref,
un discours de colonisateurs tous imbus de leur supériorité en armes, en
équipements et en« missions civilisatrices ». C'est dans cette galère puante,
où la chiourme est l'ensemble des colonisés, qu'embarque Mortenol au sortir
de ses croisières d'instruction et d'évolutions en juin 1884.
-Récitatif (Contrapunctus IV): Guadeloupe -famille et scolarité -
Le père
Des documents que nous possédons, nous pouvons affirmer:
André, esclave né en Afrique et émancipé en 1847. n serait né en 1809
quelque part sur le continent africain mais l'année de sa naissance n'est pas
précisée. n aurait 38 ans en 1847, indique sa patente de liberté. Rien ne dit
que c'est son âge véritable. Ce n'est qu'une approximation connne tant
d'autres, effectuée sur des détenus du Système esclavagiste. André, libéré le 6
septembre 1847, demeure à Pointe-à-Pitre et est voilier de profession. Ses
maîtres, des négociants, se nonnnent de Lacroix et V. de Moyencourt,
demeurant à Pointe-à-Pitre.
2 400 francs ont été déposés pour son rachat à la Caisse coloniale, prix
fixé par la Commission instituée par l'article 5 de la loi du 18juillet 1845.
Première question: qui a déposé les 2 400 francs?
Ecartons l'explication donnée par Isaac Béton, reprise par Gaston
Monnerville et ses imitateurs8. D'où Béton a-t-il pris cette anecdote ?
Vraisemblablement de Mortenol lui-même. Observons qu'André,
franc7
.Les Ministres des ColoniesPaul Doumergue,Albert Sarraut,Marius Moutet.
8 Henri Bangou, La Guadeloupe,1848-1939, t. 2, Editions L'Harmattan, 1987, pp.
148149; Jack Corzani,« Mortenol », article in Dictionnaire encyclopédique Désormeaux, vol.
6, p. 1749; Laurent Farrugia, Historiai antillais, t. V, pp. 12-17, 1982; Henri Stehlé,
«Deux Antillais à Polytechnique », Généalogie et Histoire de la Caraïbe, p. 1284 et
«Chronique pour Media Tropical », 12 décembre 1994, p. 1885; Ernest Marcelin et G.
Boiro, magazine Afrique-Antilles, n° 68, juin 1980, pp. 46-47; Jean-Claude Degras,
32, décembre 1996, pp. 24-25.magazine France-lles, n°
25maçon, pourrait bien l'avoir racontée à ses enfants pour forger des
personnalités attachées à la solidarité communautaire.
Un fonds de rachat des esclaves avait été voté en 1840 par la Chambre
des Députés. Le 14 mai 1844, la Chambre examinait un projet de loi amendant
celle du 23 avril 1833, qui prévoyait le« rachat forcé ». Ce projet fut voté et
promulgué le 18 juillet 1845. Les fonds affectés au rachat en Guadeloupe et
en Martinique avaient rendu la liberté à 744 personnes, dont 168 étaient déjà
libres. A la séance du 24 avril 1847, il fut établi que les fonds attribués
annuellement à l'éducation religieuse et élémentaire, s'élevant à un total de 4,5
millions de francs, en faveur des Soeurs de Saint-Joseph de Cluny et des
Frères de l'Instruction Chrétienne de Ploërmel, n'avaient «servi à instruire
que douze enfants esclaves », que les prêtres possédaient des esclaves, qu'ils
les traitaient cruellement, qu'ils menaient« une vie de dépravation publique et
publiaient des 'brochures contre l'émancipation' »9.
TI prendra désormais, nous dit sa patente de liberté, le nom
patronymique de Mortenol et le prénom d'André.
D'où provient ce nom, Mortenol?
Le patronyme: un lien de servitude
Je méditais sur les rigueurs du Système esclavagiste en ayant sous les
yeux la patente de liberté d'André, datée du 6 septembre 1847, quand l'idée
me vint d'examiner une hypothèse. A vrai dire, la signature d'André qui signa
pour la première fois officiellement, André MOTENOL, m'orienta vers une
supposition. De nombreux patronymes octroyés en 1848 aux nouveaux libres
ont été façonnés par des procédés anagrammatiques (inversion, retournement,
etc.). J'ajoute que j'expliquais depuis quelques jours à mon fùs
Xangomossey, étudiant le piano au Conservatoire, les techniques pré-sérielles
de la composition de Berg (élève de Schonberg). Or, le compositeur de la
Sonate Opus 1 pour piano -que mon fils travaillait pour un concours - utilisait
lui aussi des procédés de renversement, de miroir, de récurrence, ceux
qu'Arnold Schonberg allait plus tard théoriser dans sa Grammaire musicale de
1911. Musique et histoire vont de pair et me paraissent indissociables des
10.mathématiques
C'est donc la signature d'André qui éveilla ma curiosité et me fournit
la solution de ce décryptage. Connaissant le nom des deux propriétaires de
l'esclave André, V. de Moyencourt et de Lacroix, je recherchai s'il était
possible d'obtenir le nom Mortenol en procédant par transposition de lettres
tirées des noms des deux maîtres. La solution se présenta aussitôt avec un
enchaînement cohérent:
9 Orono Lara, La Guadeloupe dans Histoire, 1921, pp. 221-222.l'
tO
Cf. mon ouvrage De l'Oubli à op.cit.l'
26MOYENCOURT LACROIX
MOyENcOuRT Lacroix
MORTENOL
Si mon hypothèse est juste, le patronyme que reçoit André le lundi 6
septembre 1847 à 13 h. n'est pas un nom pris au hasard, venant d'on ne sait
où. Ce nom patronymique que lui attribue Charles Anatole Léger, premier
adjoint au maire de Pointe-à-Pitre, est en fait un nom qui lui est imposé par
ses maîtres. En regardant la signature d'André, on s'aperçoit clairement qu'il
n'est pas le « créateur» de son nom. Il ne le connaît pas bien, ill 'écrit mal.
A-t-il sur lui un billet rédigé par ses maîtres qui indique à l'état-civille nom
qu'il prendra? Mon hypothèse est que ce patronyme, Mortenol, a été fabriqué
par les propriétaires eux-mêmes. Par le biais de ce nom, Mortenol, ils ont
forgé un lien de servitude particulièrement vicieux, invisible, vivant et tenace.
Cette relation de subordination ne pourra se rompre qu'avec la disparition du
dernier Mortenol de la lignée.
Les noms patronymiques enregistrés par l'état-civil en 1848, après la
suppression du Système esclavagiste, nécessitent un examen attentif. On
devra également s'attacher à décortiquer les jeux subtils dont se sont rendus
coupables les anciens propriétaires esclavagistes, acharnés à conserver, à
pérenniser l'institution du Système esclavagiste et leur domination sur les
hommes et les femmes émancipés. Quand la connaissance de I'histoire
apparaîtra mieux comme une exigence de culture générale, on devra aussi
soumettre au crible de l'analyse historique non seulement ces noms de famille
mais les noms de rues, de places, de lieux, en somme la toponymie elle-même
qui laisse entrevoir parfois d'étranges collusions aux Caraibes.
L'énigme et sa solution
L'acte de décès de Sosthène Héliodore Camille Mortenol en date du 25
juin 1885, consigné dans les registres de l'Etat civil de Pointe-à-Pitre
(n° 8065) soulève plusieurs questions inédites:
- qui meurt le 25 juin 1885 ? Est-ce le véritable S.H.C. Mortenol, né
en 1859 - il a donc vingt-cinq ans ? Est-ce un autre individu auquel on attribue
l'identité de Sosthène Héliodore Camille?
- qui meurt le 22 décembre 1930 à Paris? Est-ce le véritable S.H.C.
Mortenol né en 1859 - il a soixante et onze ans? un autre individu?
Qui serait cet individu?
Hypothèse. Je pencherai pour la solution suivante: le fils aîné Eugène
André, né en 1856, élève très doué, aurait pris l'identité de son jeune frère
Sosthène Héliodore Camille, à l'Ecole primaire communale avant d'entrer au
27collège diocésain et de passer son brevet de baccalauréat ès-Sciences à
Bordeaux en 1876.
Les conséquences sont les suivantes: Eugène André devenu Sosthène
Héliodore Camille Mortenol aurait eu 20 ans et demi quand il réussit le
baccalauréat, vingt-quatre ans à son entrée à l'Ecole Polytechnique et
soixante-quatorze ans à sa mort à Paris. En outre, dans ce cas, il serait
impossible de prouver le décès d'Eugène André en dépouillant les registres de
l'Etat civil, de Guadeloupe ou d'ailleurs. Puisque Eugène André ayant vécu
sous le nom de Sosthène Héliodore Camille, meurt en 1930 à Paris sous cette
identité. En revanche, si on trouve un acte de décès au nom d'Eugène André
en Guadeloupe ou ailleurs, notre hypothèse s' avèrera fausse et il faudra se
résoudre à déchiffrer cette énigme en utilisant d'autres moyens plus puissants
que les nôtres.
Toutefois, quelle que soit l'identité réelle de la personne qui passe son
baccalauréat, qui s'inscrit avec une bourse au Lycée de Bordeaux et qui entre
à l'Ecole Polytechnique, de l'officier qui embarque sur des navires de la
« Royale» et du colonel d'artillerie de la Grande Guerre, quelle que soit son
identité, répétons-le, son histoire reste la même. Cet homme, dans notre
ouvrage, convenons de l'appeler, jusqu'à preuve du contraire: Sosthène
Héliodore Camille Mortenol.
Une dernière observation: seul un examen approfondi (ADN) des
corps permettrait de savoir si S.H.C. Mortenol enterré à Paris est bien le fùs
de André et de Julienne ou bien le fùs illégitime de l'un des deux - ce qui
paraù cependant peu probable -ou bien un étranger à la famille.
Résumons les cas de figure possibles:
-le corps inhumé à Paris en 1930 est le véritable Sosthène Héliodore
Mortenol né en 1859. Qui est donc, dans ce cas, l'individu qui meurt à
vingtsix ans le 25 juin 1885 à Pointe-à-Pitre et qui est enregistré sous le nom de
S.H.C. Mortenol ?
- le corps inhumé à Paris est celui d'Eugène André Mortenol, le fùs
aîné qui, à l'instigation de ses parents, aurait pris l'identité de son jeune frère
Sosthène Héliodore Camille dès l'école primaire communale, avant d'entrer
au séminaire-collège et de partir pour Bordeaux passer son baccalauréat. Dans
ce cas, la personne décédée à Pointe-à-Pitre en 1885 est réellement S.H.C.
Mortenol, né en 1859.
Les autres suppositions concernent soit un fils illégitime d'André ou
de Julienne, soit un enfant étranger au couple qui auraient, l'un ou l'autre,
pris l'identité de S.H.C. Mortenol et qu'on aurait inscrit d'abord à l'école
primaire puis au séminaire-collège. Mais cette dernière hypothèse me paraît un
peu tirée par les cheveux.
Jusqu'à nouvel ordre et faute d'avoir tous les documents et les preuves
en mains, nous sommes en droit de penser que Eugène André né en 1856 est
28celui qui aurait pris l'identité de son jeune frère Sosthène Héliodore Camille
né en 1859. Ses parents l'auraient inscrit à l'école communale puis au collège
diocésain et il aurait passé le baccalauréat. Mais bien entendu, il se peut qu'un
jour on retrouve des documents décisifs et que le raisonnement ci-dessus en
soit annulé... Une pièce d'archive pourrait cependant étayer notre thèse. Nous
l'examinerons dans le contexte familial.
André Mortenol exerce sa profession de voilier à Pointe-à-Pitre. nest
âgé de 46 ans quand il se marie dans la même ville, le 26 août 1855, à 9
heures du matin, avec Julienne Toussaint, 21 ans, couturière, la fille légitime
de Petitfrère Toussaint, tonnelier, et de Marinette, marchande, domiciliés à
Pointe-à-Pitrell . Le couple aura trois enfants: un fils, Eugène André né le 7
juin 1856 à Pointe-à-Pitre (6, rue du cimetière) ; une fille, Marie Adèle née le
27 juin 1858 à Pointe-à-Pitre (Rue de Turenne) ; un fils, Sosthène Héliodore
Camille né le 29 novembre 1859 à Pointe-à-Pitre (2, rue Traversière).
Le «père André », comme on l'appelait familièrement à
Pointe-àPitre, meurt le 18 décembre 1883 à l'âge déclaré de 74 ans. Sa veuve Julienne
Toussaint, âgée de 48 ans, restée seule lui survit peu et décède quelques mois
plus tard en 1884. Ses trois enfants ont alors 27 ans (André), 25 ans (Marie
Adèle) et 24 ans (Sosthène Héliodore Camille).
Le décès à Pointe-à-Pitre, le 25 juin 1885, à 26 ans du dernier flis
Sosthène Héliodore Camille, voilier, est une énigme à déchiffrer. On peut
s'étonner que personne en Guadeloupe n'ait soulevé cette affaire depuis
1885! Or, le Courrier de la Guadeloupe du 26 juin 1885 a publié
l'information dans sa rubrique « Etat-civil» (p. 3) qui indique: Décès (...)
Mortenol (Sosthène-Eléodore-Carnille) âgé de 26 ans, voilier.
Pourquoi ce silence? Sosthène Héliodore Camille Mortenol meurt au
moment où son frère, aspirant, embarque sur l'Aviso Le Bisson pour une
campagne de guerre à Madagascar et aux Comores. La presse s'est fait l'écho
de ses réussites, au Lycée de Bordeaux, à l'Ecole Polytechnique (entrée en
1880, sortie en 1882). Victor Schoelcher parle lui-même de ce jeune
Guadeloupéen qui sert dans la Marine de guerre.
Quatre ans après ce décès, le Lieutenant de Vaisseau Mortenol - il a
son grade depuis le 25 août 1889 - débarque en congé dans son archipel
d'origine en octobre 1889. Personne en Guadeloupe ne soulève la question ?!
Bizarre tout de même. Une dernière remarque s'impose: il existe de part et
d'autre de l'Océan Atlantique deux tombes. La première, dans le cimetière de
Pointe-à- Pitre, abrite la dépouille de Sosthène Héliodore Camille Mortenol né
en 1859 décédé en 1885, la seconde tombe, à Paris, au cimetière de
Vaugirard, est celle de Sosthène Héliodore Camille né en 1859, décédé en
1930. Deux tombes pour le même homme... Certains esprits portés à la
crédulité crieront au miracle ou invoqueront les traditions caraibes. nest
curieux que ce problème n'ait pas provoqué une réflexion critique en
Il Voir l'acte de mariage reproduit infra.
29Guadeloupe et en France. L'explication que nous donnons en début de
chapitre semble la bonne.
Examinons dans les détails de la vie scolaire que nous connaissons,
comment a dû s'effectuer la substitution de personne et d'identité.
Les manuscrits de Jules Ballet décédé en 1904, publiés de 1890 à
189912, expliquent clairement « l'Instruction à la Guadeloupe» de 1848 à
1880. Les décrets du 27 avril 1848 promulgués en Guadeloupe le 5 juin 1848
prévoient la création dans chaque commune d'une école élémentaire gratuite
pour les filles et d'une école élémentaire gratuite pour les garçons. Des écoles
s'ouvrent effectivement en 1849 pour les jeunes enfants, filles ou garçons,
au-dessus de six ans et au-dessous de dix ans13.Un lycée devait être fondé en
Guadeloupe.
L'arrêté du 24 décembre 1850 fixa l'âge de sortie des enfants des
écoles après rappel de l'âge d'admission de six à dix ans, jusqu'à douze ans
pour les filles et treize ans pour les garçons. Les enfants de quatorze ans et
au-dessus n'étaient pas admis au bénéfice de la gratuité.
Les Frères de Ploërmel, à la demande de Victor Schoelcher, décision
prise alors qu'il était Sous-Secrétaire d'Etat aux Colonies, furent chargés de
l'enseignement primaire des garçons et les Sœurs de Saint Joseph de Cluny
de celui des filles.
Eugène André, l'aîné des fils du couple Mortenol, a été élève d'une
école communale de Pointe-à-Pitre. Un Certificat daté du 15 décembre 1870
fournit d'intéressantes informations. Le jeune André - il a quatorze ans et
demi - 1ère Classe, 1ère Division, a obtenu huit premiers prix: instruction
religieuse, écriture, analyse grammaticale et logique, musique, histoire,
orthographe, géographie, dessin et le Prix d 'Honneur. Ce document que
possède André, car il est établi à son nom, va servir cinq ans plus tard comme
pièce déterminante dans l'établissement d'un dossier de bourse coloniale pour
un lycée de France que sollicite le jeune Camille Mortenol14. C'est donc un
document capital.
Après une scolarité ordinaire, obligatoire à l'Ecole communale de
Pointe-à-Pitre, le jeune Mortenol devrait s'inscrire pour suivre les cours de
l'enseignement secondaire. Or, il n'en est rien et l'affaire se complique. Des
séminaires-collèges avaient été créés en Guadeloupe, Martinique et Réunion
en vertu de l'article 2 du décret du 3 février 1851, organique des trois
évéchés. Les évêques sollicitèrent du Ministre de la Marine et des Colonies la
délivrance, sur les lieux mêmes, du Brevet du Baccalauréat ès-Lettres ou
èsSciences.
12 Les manuscrits de Jules Ballet ont été réimprimés par décision du Conseil Général œ
Guadeloupe de 1970 à 1974.
13 A moins qu'ils ne le fassent instruire sous le toit paternel.
14 Voir le Dossier de bourse Mortenol au C.A.O.M., cote Colonies EE. 1455(3).
30Un Brevet de capacité institué par le décret du 23 décembre 1857,
délivré par le Gouverneur permettait aux élèves de régulariser leur position par
l'obtention du diplôme de bachelier et de poursuivre à l'universitë .
Un décret promulgué en Guadeloupe par l'arrêté du 7 avril 1858
instituait une commission chargée d'examiner les aspirants au baccalauréat. Le
décret du 26 octobre 1871 promulgué en Guadeloupe par l'arrêté du 10
janvier 1872 autorisait les étudiants pourvus du Brevet de capacité à
l'échanger contre un diplôme de bachelier. L'arrêté du 7 novembre 1873
modifiait le règlement relatif à la délivrance du Brevet de capacité ès-Lettres et
ès-Sciences. Pour chaque inscription, la consignation était de 100 f. versés
entre les mains du receveur de l'Hospice du Chef-lieu, avec remise entière de
la somme en cas de succès, et retenue de 40 f.16.
Les sources disponibles indiquent: « Camille Mortenolde la
Pointeà-Pitre, bénéficie en 1874 d'un quart de bourse au petit séminaire-collège de la
Basse-Terre» et en 1875, il a une demi-bourse au Collège diocésain.
Ayant terminé la scolarité de l'Ecole communale à Pointe-à-Pitre, le
jeune Eugène André est inscrit à Basse-Terre au Séminaire-collège en janvier
1871. Le changement d'identité peut s'opérer discrètement, loin de
Pointe-àPitre où la famille a des parents et amis. On lui trouve un correspondant à
Basse-Terre, Ernest Ladmiral, négociant en tissus et sa famille qui le prennent
en charge quand il est inscrit comme externe ou demi-pensionnaire et
quelquefois aux vacances. Mortenol écrira plus tard alors qu'il sera élève à
l'Ecole polytechnique, à ses amis Ladmiral pour leur parler de son existence
parisienne. Le jeune Mortenol qui s'inscrit à Basse-Terre sous le nom de
Sosthène Héliodore Camille se rajeunit de trois ans, il a donc onze ans (au lieu
de quatorze ans et demi).
La substitution permet ainsi à André l'aîné des fils, apparemment le
plus doué, de poursuivre ses études secondaires jusqu'au baccalauréat, au
séminaire-collège devenu Collège diocésain sous le nom de son frère cadet.
A partir du moment où le père André a été convaincu par des amis des
chances éventuelles de réussite scolaire de son fIls aîné, il se met à l'aider avec
beaucoup de courage.
Que devient le frère cadet, le véritable Sosthène Héliodore Camille?
On peut supposer que son père le retire de l'école communale à 12/13 ans -
vers 1870 justement - pour le prendre en apprentissage avec lui, comme
voilier. On sait que Sosthène Héliodore Camille pratiquera cette profession
jusqu'à sa mort en 1885. André ainsi rajeuni et devenu Camille Mortenol,
élève au collège diocésain de Basse-Terre, a dû refaire une ou deux années
d'enseignement primaire gratuites avant d'entrer dans le cycle secondaire
(payant). Ce qui a dû lui permettre de briller dans les prix attribués en fm
d'année scolaire. Un prix annuel avait été créé en 1863, au séminaire-collège,
en faveur de l'élève qui, pendant les trois dernières années de ses études
15 Ballet, op. cit., tome 6 , p. 309.
16 Oruno Lara, La Guadeloupe dans histoire, Paris, L'Hannattan, 1999,p. 277.l'
3117.s'était distingué le plus, par sa conduite, son travail et ses succès C'est
ainsi qu'il a dû se faire connaître par les professeurs et obtenir un quart puis
une demi-bourse pour suivre l'enseignement secondaire du collège.
Le décret du 27 avril 1848 qui prévoyait la fondation d'un lycée en
Guadeloupe resta sans exécution. L'érection du diocèse de la Guadeloupe (18
décembre 1850) et la nominationde l'évêque Pierre MarieGervais Lacarrière
(Bulle pontificale du 3 octobre 1850 et décret de Louis Napoléon du 12 juin
1850) favorisèrent la création d'un collège à Basse-Terre. Une brève
description du collège diocésain a été esquissée par Jules Ballet qui rapporte
également des informations précises concernant les subventions au
séminairecollège, les bourses coloniales et les boursiers, les lettres des évêques au
Conseil Général. Les cours dispensés par les pères de la Congrégation du
Saint-Esprit et du Saint-Cœur de Marie - sauf entre 1855 et 1869 -
s'étendaient sur neuf ans à partir de 5-6 ans. Les élèves se répartissaient
comme pensionnaire (80 f.!mois), demi-pensionnaire (50 f.) ou externe
(20 f.).
L'enseignement qu'on y reçoit comprend: l/l'instruction élémentaire
ou classe préparatoire; 21 l'instruction primaire supérieure ou classe de
commerce; 31 l'instruction secondaire; 41 les arts d'agrément. La colonie
entretient au collège diocésain quinze bourses, distribuées en bourses entières,
demi-bourses et quarts de bourses par les soins de l'administration coloniale.
Aucune subvention ne fut octroyée au diocèse entre 1871 et 1876. En
1875-1876, les enseignants furent les suivants1S :
R.P. Brunetti, Supérieur
RR. PP. Etienne Morin, préfet des études
Jean Costes, préfet de discipline
Degressol, économe
Brunetti, professeur de philosophie
Morin, de rhétorique et sciences
Costes, professeur de sciences mathématiques et naturelles
2eCadoret, de
Jouen, professeur de 3e
4eRivas, de
Pambour, professeur de 5e
Frinault, de 6e
Picardia, professeur de 7e
Viallon, de 8e
Degressol, professeur du premier cours de commerce
FF. Léon, professeur de 2e
N , de cours préparatoire
MM. Pfiffer , professeur de musique
Giraud, de dessin.
17 Jules Ballet, op. cit., p. 303-304.
18 Annuaire de la Guadeloupe. 1875 et 1876.
32Le jeune Camille Mortenol obtient donc un quart de bourse en 1874 au
collège diocésain ( Guilloux, Supérieur et économe) et une demi-bourse en
1875.
- Récitatif (Contrapunctus V): Sous l'aile de Victor Schoelcher
Le Lycée de Bordeaux et l'Ecole
PolytechniqueCommençons par préciser la situation de Victor Schoelcher entre 1870
et 1875. TIrevient à Paris où il séjourne de manière clandestine en
janvierfévrier 1870. Son retour officiel de sa proscription à Londres s'effectue en
août 1870. TIaccepte, quelques jours après la constitution du gouvernement
de Défense nationale, un poste de colonel d'Etat-Major général de la Garde
Nationalede la Seine, jusqu'en mars 1871 et prête son concours au Comité ,
des Alsaciens qui refusait la cession d'une partie du territoire français aux
Prussiens.
Le 8 février 1871, il est élu député de la Seine mais accepte également
de se présenter aux élections législatives en Guadeloupe, en Guyane et en
Martinique en avril 1871. TI choisit, comme en 1848, de représenter la et suit l'Assemblée à Bordeaux. Conciliateur sous la Commune, il
demanda vainementen avril 1871 une « transaction », un « rapprochement
pacifique» et une amnistie entre l'Assemblée qui siégeait à Versailles et la
Commune de Paris.
Un comité schoelcheriste se forme en octobre 1870 à l'annonce du
rétablissement d'un régime républicain et des prochaines élections au suffrage
universel. TI réunit notamment Anatole Léger, directeur du journal Le
Commercial, Blancan, employé à la mairie de Pointe-à-Pitre, Joseph
Alcindor, Louisy Mathieu, ancien représentant de la Guadeloupe en 1848, H.
Lauzainghein et André Mortenol. Réclamant la « liberté », le« droit pour
tous d'arriver par le suffrage universel et par l'instruction largement répandue
à toutes les positions », ce groupe issu de la loge maçonnique des Disciples
d'Hiram publie un manifeste en faveur de Schoelcher et Melvil-Bloncourt:
«Nous présentons Schoelcher à vos libres suffrages. Avons-nous
besoin de vous parler de cet homme? Non! Son courageux passé,
l'élévation de son caractère, la loyauté de ses sentiments sont tracés partout. TI
vous est connu. Vous connaissez de même ses utiles travaux sur toutes les
»19.questions coloniales
Le groupe parlementaire des colonies se remit, comme en 1848-1851,
à se réunir régulièrement chez Schoelcher. En 1872-1873, il fit partie de la
Commission du Travail colonial réunie par le ministère de la Marine et des
19 Cf. le texte de la proclamationdu Comité publié dans L'Avenir de la Guadeloupedu 21
octobre 1870, et Nelly Schmidt, Victor Schoelcher, Editions Fayard, 1994, rééd. 1999,
Paris, pp. 234-236.
33Colonies, au sein de laquelle il fut le seul à réclamer, en vain, l'application du
droit commun à la législation du travail dans les colonies.
En 1874, il devint président de la Société de Secours mutuel des
Créoles. Entre 1871 et 1875, Schoelcher se consacra surtout à la lutte pour
l'assimilation de la législation coloniale à celle de la France, notamment dans
les domaines politique et judiciaire. TIpublia une analyse de la législation
d'exception en vigueur aux colonies entre 1848 et 1852 sous le titre L' arr~té
Gueydon à la Martinique et arr~té Husson à la Guadeloupe (1872), unel'
critique du fonctionnement de la justice sous le titre Le jury aux colonies (avec
P. Pory-Papy, Laserve et Mahy, 1873) et une revendication en faveur de la
représentation parlementaire des colonies: De la représentation directe des
colonies au Parlement. Quelques mots de réponse aux discours de M.
Champvallier (1875). TIécrivit enfin sur l'insurrection du sud de la Martinique
en 1870, sous le titre La grande conspiration du pillage, de l'incendie et du
meurtre à la Martinique (1875). En décembre 1875, il fut élu sénateur
inamovible. TIfut alors remplacé à l'Assemblée nationale et fut membre de
toutes les commissions coloniales que créa le gouvernement
Les années 1875 et 1876 sont décisives. Victor Schoelcher, redevenu
une personnalité importante du monde politique, peut s'adresser à son collège
et ami20Henri Wallon, ministre de l'Instruction Publique et des Cultes, pour
obtenir une bourse pour son protégé et veiller à sa prorogation jusqu'en
1880.
V. Schoelcher avait d'abord pensé présenter son jeune ami au
concours de l'Ecole Navale pour le diriger vers la Marine. TIva modifier son
point de vue, pour une raison pratique: l'Ecole Polytechnique offre une
bourse annuelle depuis 1871 aux élèves du séminaire-collège qui voudraient
s'orienter vers les sciences21.Une fois élève à l'Ecole Polytechnique, le jeune
homme peut, à sa sortie - selon son rang - choisir d'intégrer la Marine par la
passerelle prévue depuis quelques années. TI écrit une lettre datée du 20
janvier 1876 au Ministre de la Marine et des Colonies, le Vice-amiral
Fourichon pour lui demander «un passage gratuit à bord d'un transport de
l'Etat» pour« un jeune homme nommé Camille Mortenol qui vient d'obtenir
14 nominations: 12 prix et 2 accessits au Séminaire Collège de la Guadeloupe,
(et qui) voudrait venir en France pour se présenter aux examens de l'Ecole
navale. Mais comme il est pauvre, il aurait besoin d'un passage gratuit à bord
d'un transport de l'Etat. Il a 17 ans ». Le Ministre répond à Victor Schoelcher
le 27 janvier 1876. TIobtient satisfaction car on apprend le 10 février que « le
jeune Mortenol a pris passage sur le transport le Finistère qui a fait route pour
1erToulon le février». TIarrive à Toulon le 29 février 1876. Mortenol a pour
correspondant 1. Charles Roubeau, négociant à Bordeaux, un ami de V.
Schoelcher et de Ladmiral.
20 Henri Wallon avait été en 1848 le secrétaire de la Commission d'abolition que présidait
Victor Schoelcher.
21 VoirAlmanachde la Guadeloupe,1871,1872,1873.
34L'inscription de Mortenolau lycée de Bordeaux débute donc: l'entrée,
1ermars 1876. Il bénéficie grâce au Ministre Henri Wallon d'une demi-bourse
du gouvernement (arrêté du 30 novembre 1875) qui complète la
locale accordée par la colonie. La nomination: 30 novembre 1875.
Ceux qui, comme MonnelVille ou Lisette, ont affmné que Mortenol a
été élève de l'Ecole Navale se sont trompés. Sosthène Héliodore Camille ne
s'est jamais présenté au concours de Navale et n'a jamais fréquenté cette
Ecole. Je m'étonne que MonnelVille ait pu commettre une telle erreur et que
Lisette lui ait emboîté le pas en racontant sur ce thème des contes à dormir
debout!
Deux lettres attirent l'attention. La première est celle qu'adresse le
jeune Camille au Directeur de l'Intérieur de la Guadeloupe, le 30 juin 1875. TI
lui envoie un dossier de bourse exigé par la Gazette Officielle qui lui permettra
de se présenter à l'examen du 6 juillet 1875. Ce qu'il y a de curieux est cette
phrase: «J'ai joint le certificat de M. Le Maire Jugla pour m'efforcer,
hélas! de suppléer à l'état de selVices que je ne puis produire ». Or, nous
savons que le certificat en question est libellé au nom de André Mortenol par
l'Ecole communale (Institut des Frères de l'Instruction Chrétienne,
Pointe-àPitre, 1870). TIest surprenant de constater que c'est ce certificat portant les
prix mérités par Mortenol André que nous avons déjà évoqué antérieurement,
qui est présenté comme pièce décisive par Mortenol Camille et qui est pris en
compte par les autorités administratives, en Guadeloupe et à Paris. C'est,
nous semble t-il encore une fois, cette pièce qui prouve la substitution de
noms des deux frères.
La seconde lettre est celle qu'écrit G. Couturier, gouverneur de la
Guadeloupe, à Victor Schoelcher le 26 octobre 1875. Ce document nous
donne les informations suivantes:
- Camille a obtenu des succès à l'école primaire communale qui ont attiré sur
lui l'attention de l'administration coloniale;
- il s'est présenté au concours ouvert pour les bourses entretenues par la
colonie au collège diocésain;
- l'administration locale lui a accordé une de ces bourses (1/4 de bourse en
1874 et une demi-bourse en 1875);
- depuis son entrée au collège, il s'est fait remarquer par son ardeur au travail
et ses brillants succès;
- «Il s'est adressé personnellement à moi pour me demander les moyens
d'aller continuer ses études dans un des lycées de France (indique le
1ergouverneur). Je l'ai encouragé à se présenter à l'examen, où il a obtenu le
numéro sur la liste du classement dressé par le jury».
Quand Camille terrnine-t-il ses classes primaires? Quand entre-t-il au
collège diocésain? Vraisemblablement comme externe d'abord puis il
bénéficie en 1874 et 1875 d'une bourse modique. La gratuité des cours
jusqu'à 14 ans permet à André, devenu Camille d'en bénéficier encore
pendant trois ans, 1871, 1872, 1873. TI est donc obligé de payer son
enseignement une fois atteints ses 14 ans. L'obtention d'une bourse au
35collège de Basse-Terre est donc pour lui une chance de poursuivre ses études
secondaires. Une fois sur les rails des boursiers coloniaux en 1874 et 1875, il
franchit aisément les étapes suivantes.
Au vu de son dossier de bourse conservé au Centre des Archives
d'Outre-Mer (Aix-en-Provence), il apparaît que le saut fatidique a eu lieu le 30
juin 1875. Au moment où André/Camille risque gros en glissant dans les
pièces exigées par la Gazette Officielle un certificat du Maire bonapartiste de
Pointe-à-Pitre, Saint-Clair Jugla, que Couturier avait remplacé par Alcide
Léger en janvier 1871.
lljoue gros et il gagne. La pièce adressée au gouverneur, remonte au
ministère à Paris et personne ne remarque ce tour de passe-passe des
prénoms. On peut aussi inférer que l'élève André Camille Mortenol a dû
exister avant cet examen de bourse, au plus tôt en janvier 1871, au plus tard
en 1874.
Risquons une éventualité: le père André a conduit son fils à
BasseTerre et l'a inscrit en janvier 1871 au collège diocésain, avec l'aide de son ami
Ladmiral, négociant en tissus. fi l'a inscrit sous le nom de Camille, né en
1859, ce qui lui permet de bénéficier de la gratuité des cours et de refaire en
1871 et 1872 deux années de cours élémentaire déjà connus par André. D'où
ses succès si nombreux à la communale dont parle le gouverneur. Après ces
deux ans, Camille entre dans le cycle secondaire en 1873 et obtient sa bourse
l'année d'après, en 1874. A partir de là, il a devant lui une route royale balisée
au début par Victor Schoelcher.
Boursier colonial de 1876 à 1880, Camille Mortenol entre le 1er mars
1876 au lycée de Bordeaux (sa nomination date du 30 novembre 1875) en
classe de Mathématiques Préparatoires, Division supérieure.
L'Ecole Polytechnique que prépare Mortenol a fourni à la Marine des
officiers, des ingénieurs qui ont laissé des traces dans l'histoire. Depuis 1822,
des places sont régulièrement offertes à des élèves qui accèdent au grade
d'aspirant à la sortie de Polytechnique. Parmi les officiers de vaisseau et les
techniciens qui firent une carrière brillante, on peut citer: Charles Rigault de
Genouilly (promotion 1825), Ernest Doudart de Lagrée, Amédée Anatole
Courbet 1847), Christian Gourdon (promotion 1863), François
Simart (promotion 1866), des ingénieurs hydrographes ou du Génie maritime
tels Charles Dupin (1803), Henri Dupuy de Lome (1837), Emile Bertin
(1860) et les officiers d'artillerie de marine Charles Victor Frébault (1833),
Hippolyte Sebert (1858) ou Prosper Charbonnier (1886)22. Des officiers
généraux qui vont se faire connaître pendant la Grande Guerre sortent de
Polytechnique: Joseph Joffre (1852-1931), Ferdinand Foch (1851-1929),
Michel Joseph Maunoury (1847-1923), tous les trois élevés à la dignité de
«Maréchal de France ». Joffre quitte Madagascar en avril 1903 et est nommé
chef d'Etat-major général de l'armée le 28 juillet 1911.
22
Cf. P. Gille, «Polytechnique et la Marine », in Revue Historique de l'Armée, n° 1,
1954, pp. 51-62.
36Le jeune Caoùlle a étudié l'anglais et l'allemand au lycée. Il est reçu à
l'Ecole Polytechnique ainsi qu'à Saint-Cyr (3e). Il entre le 1er novembre 1880
à Polytechnique, Ige sur 209. Il y séjourne de 1880 à 1882. A l'Ecole,
il a le grade de sergent de 1880 à 1881. Une note du 3 novembre 1882 lui
attribueune taille de 1,67m, des « cheveux et sourcils crèpus ». Il passe en
1881 de la 2e à la 1èredivision avec le numéro d'ordre 30 sur 209. Les notes
qu'il obtient au cours de sa scolarité permettent de oùeux apprécier l'étudiant
qu'il a été23.
Il déclare «son père négociant à la Pointe-à-Pitre ». Il poursuit
l'étude de l'allemand et de l'anglais. A l'Ecole, il a l'occasion de se rendre au
bal de l'Ely sée en 188124.
Sorti de l'Ecole le 1er octobre 1882 (I8e sur 205), il choisit la Marine
avec trois autres condisciples. Il est adnùs dans le service de la Marine avec le
numéro I sur 4 élèves. Les trois autres diplômés de l'Ecole Polytechnique qui
le suivent sont Xavier, Andrieu, Edmond Marcade, né le 23 décembre 1860,
Louis, Adrien Rolland, né le 20 août 1860 et Alfred, Charles Garnier, né le 3
septembre 1860.
23 Voir en Annexe I le dossier des notes qu'il obtint.
24 Lettre à son ami Ladmiral, de Basse-Terre, Guadeloupe, Paris, 23 octobre 1881.
37ANNEXEI
-Aditdla -
1 -Documents d'état-civil:
- Gazette Officielle de la Guadeloupe du 31 juillet 1847. Arrêté du gouverneur
qui accorde des titres de liberté à douze individus par suite de rachat forcé, 23
juillet 1847;
- Etat-civil de Pointe-à-Pitre, patente de liberté de André Mortenol, 6
septembre 1847;
- Etat-civil de Pointe-à-Pitre, acte de mariage de André Mortenol et Julienne
Toussaint, 18 août 1855;
- Etat-civil de Pointe-à-Pitre, acte de naissance de Eugène André Mortenol, le
7 juin 1856;
- Etat-civil de Pointe-à-Pitre, acte de naissance de Marie Adèle Mortenol, le 27
juin 1858;
- Etat-civil de Pointe-à-Pitre, acte de naissance de Sosthène Héliodore Camille
Mortenol, le 29 novembre 1859;
- Etat-civil de Pointe-à-Pitre, acte de décès de André Mortenol, le 18 décembre
1883;
- Etat-civil de Pointe-à-Pitre, acte de décès de Sosthène Héliodore Camille
Mortenol, le 25 juin 1885;
- Bulletin de mariage de Sosthène Héliodore Camille Mortenol et de
MarieLouise Vitalo, Paris, 14e arrondissement, le 9 septembre 1902;
- Acte de décès de Sosthène Héliodore Camille Mortenol à Paris, 15e
arrondissement, le 22 décembre 1930.Dvitiya
2 - Dossier personnel de boursier de Mortenol conservé au Centre des
Archives d'Outre-Mer, Aix-en-Provence:
- Demande de participation de Camille Mortenol à l'examen du 6 juillet 1875
pour l'obtention d'une bourse, Basse-Terre, 30 juin 1875;
- Institut des Frères de l'Instruction Chrétienne, Pointe-à-Pitre, Prix
d'honneur de André Mortenol, 15 décembre 1870;
- Envoi au ministre de la Marine et des Colonies des résultats de l'examen des
bourses pour les lycées de France, ayant eu lieu en Guadeloupe, 26 juillet
1875, par le gouverneur de la colonie;
-Envoi du dossier de Mortenol au ministère de la Marine, par le gouverneur
de la Guadeloupe, 9 août 1875;
-Minute de la lettre du Ministre de la Marine et des Colonies au Gouverneur
de la Guadeloupe du 6 octobre 1875;
- Lettre du ministre de la Marine et des Colonies au ministre de l'Instruction
Publique au sujet des candidats boursiers de la Guadeloupe, 20 novembre
1875;
- Nomination de Camille Mortenol comme boursier au lycée de Bordeaux, 30
novembre 1875;
- Envoi de cet avis par le ministre de l'Instruction Publique au ministre de la
Marine et des Colonies, 4 décembre 1875;
- Envoi de cet avis par le ministre de la Marine et des Colonies au Gouverneur
de la Guadeloupe, 13 décembre 1875;
- Lettre du Gouverneur de la Guadeloupe, G. Couturier, à Victor Schoelcher,
26 octobre 1875;
- Lettre de Victor Schoelcher au ministre de la Marine et des Colonies, 20
janvier 1876;
- Lettre du gouverneur de la Guadeloupe au ministre de la Marine et des
Colonies au sujet du départ pour la France de Camille Mortenol, 10 février
1876;
40- Note du ministère de la Marine et des Colonies au Commissaire aux Revues
à Toulon, 8 mars 1876;
- Lettre du ministre de la Marine et des Colonies au proviseur du Lycée de
Bordeaux, 10 mars 1876;
- Acte de notoriété de André Mortenol, Pointe-à-Pitre, 23 mai 1878;
- Lettre du ministre de la Marine et des Colonies au gouverneur de la
Guadeloupe au sujet de la bourse de C. Mortenol, 5 octobre 1878;
- Lettre du gouverneur de la Guadeloupe au ministre de la Marine et des
Colonies,7 décembre 1878, au sujet du renouvellement de la bourse de C.
Mortenol;
- Lettre de André Mortenol au ministre de la Marine et des Colonies, 26
décembre 1878, sollicitant le renouvellement de la bourse de Camille
Mortenol;
- Lettre du ministre de la Marine et des Colonies au gouverneur de la
Guadeloupe au sujet du renouvellement de la bourse de Camille Mortenol, 16
janvier 1879;
- Lettre du ministre de l'Instruction Publique au ministre de la Marine et des
Colonies au sujet du renouvellement de la bourse de Camille Mortenol, 23
février 1879;
- Lettre du ministre de la Marine et des Colonies au Chef de Service de la
Marine à Bordeaux concernant la bourse de Camille Mortenol, 30 janvier
1879;
- Lettre du Ministre de la Marine et des Colonies au gouverneur de la
Guadeloupe concernant la prolongation de la bourse de Camille Mortenol, 31
janvier 1879;
- Lettre du ministre de la Marine et des Colonies au proviseur du Lycée de
Bordeaux, 31 juillet 1879, relative aux boursiers de la Guadeloupe inscrits
dans son établissement;
- Lettre du proviseur du Lycée de Bordeaux au ministre de la Marine et des
Colonies, 2 août 1879, concernant la prolongation de la bourse de Camille
Mortenol;
- Lettre du ministre de la Marine et des Colonies au ministre de l'Instruction
Publique, 6 octobre 1879, concernant la bourse de Camille Mortenol;
41- Lettre du ministre de l'Instruction Publique au ministre de la Marine et des
Colonies, concernant les élèves boursiers des colonies;
- Lettre du ministre de la Marine et des Colonies au Chef du Service de la
Marine à Bordeaux, 9 novembre 1879;
-Extrait du registre des provès-verbaux des Délibérations du Conseil Privé de
la Guadeloupe et Dépendances, 29 juillet 1880;
- Lettre du gouverneur de la Guadeloupe au ministre de la Marine et des
Colonies transmettant les pièces concernant la demande de bourse de Camille
Mortenol, 19 août 1880;
- Lettre du ministre de la Marine et des Colonies au ministre de la Guerre, 25
septembre 1880, relative à la demande de bourse formée par André Mortenol
pour son fils Camille.
Tritiya
3 - Centre des Archives d'Outre-Mer, Généralités 259-1781:
- Lettre du Chef du Service de la marine à Bordeaux au ministre de la Marine
et des Colonies, 2 août 1876 concernant la situation morale des boursiers
coloniaux du Lycée de Bordeaux;
Caturthaca
4 - Documents conservés aux Archives de l'Ecole Polytechnique, dossier
S.H.C. Mortenol:
- Demande de bourse et de trousseau au ministère de la Guerre, par André
Mortenol pour son fils Camille, 10 mars 1880;
- Attestation de vaccination de Camille Mortenol, Bordeaux, 17 mars 1880;
- Certificat médical d'acceptation délivré par l'autorité militaire à Camille
Mortenol, Bordeaux, 21 mars 1880;
- Extrait du rôle des contributions directes de l'année 1880, Pointe-à-Pitre, 26
mars 1880, relatif à André Mortenol;
42- Déclaration de choix de Bordeaux comme centre de composition et d'examen
par Camille Mortenol, Bordeaux, 26 avril 1880;
- Ville de Pointe-à-Pitre, Extrait du registre des Délibérations du Conseil
Municipal. Renseignements sur une demande de bourse en faveur du jeune
Mortenol, 25 septembre 1880;
- Renseignements adressés par le ministre de la Marine et des Colonies au
ministre de la Guerre sur une demande de bourse en faveur de S.H.C.
Mortenol;
- Recommandation du ministre de la Marine et des Colonies au ministre de la
Guerre pour l'obtention d'une bourse d'étude par Camille Mortenol, 25
septembre 1880;
- Signalement et notes de Camille Mortenol, Ecole Polytechnique, 1er octobre
1882;
- Ecole Polytechnique, Classement général de fin d'année, 1880-1881;
- Ecole Extrait des notes sur les services de Mortenol, aspirant
de 1ère classe, 16 janvier 1883.
- Le Moniteur des Colonies, 5 octobre 1882, signale la sortie de S.H.C.
Mortenol de l'Ecole Polytechnique;
- Les Colonies (Martinique), 5 novembre 1882, signale la sortie de S.H.C.
Mortenol de l'Ecole Polytechnique.
- Documents extraits de Jules Ballet, La Guadeloupe. L'instruction à la
Guadeloupe de 1635 à 1897, volume 6, Basse-Terre, Département de la
Guadeloupe, 1979.
*
43Aditâla
1-Documents
d'état-civil
---------- Gazette Officielle de la Guadeloupe
Samedi 31 juillet 1847
AITêtédu gouverneur qui accorde des titres de liberté à douze individus par
suite de rachat forcé
Basse-Terre, 23 juillet 1847
(.. .)
5/ A celle de 2400 f. le prix de rachat du nommé André.
Déclarés libres:
(.. .)
Arrondissement de Pointe-à-Pitre:
- André, âgé de 38 ans, voilier, ayant appartenu aux Sieurs de Lacroix et V.
de Moyencourt (André Mortenol).
Signé: Layrle, le 23 juillet 1847
le Procureur général,
Bayle-Mouillard
---------- Etat-civil de Pointe-à-Pitre
Registre des naissances, 1847, p. 71 VO
Acte n° 375, Patente de libené de André Mortenol
6 septembre 1847
L'an mil huit cent quarante sept et le lundi sixième jour du mois de
septembre à une heure du soir. Par devant nous, Charles Anatole Léger,
chevalier de la Légion d'honneur, premier adjoint au maire de la ville
Pointeà-Pitre, Grande-Terre, Guadeloupe, accomplissant, par délégation, les
fonctions d'officier de l'Etat-civil. Est comparu le Sieur André, âgé de
trentehuit ans, voilier, demeurant en cette ville, né en Afrique, lequel, assisté des
Sieurs Félix Parandère, âgé de soixante ans, sans profession, et Dosiris
Léonard Mérentier, âgé de vingt-sept ans, clerc d'avoué, tous deux domiciliés
en cette ville, nous a présenté l'extrait d'un arrêté de Monsieur le Gouverneur
en date du vingt-trois juillet dernier, qui déclare le dit comparant, ayant
appartenu comme esclave aux Sieurs de Lacroix et V. de Moyencoun,
négociants, demeurant à la Pointe-à-Pitre et ayant déposé à la Caisse coloniale
la somme de deux mille quatre cents francs, prix fixé par la commission
instituée par l'an. 5 de la loi du 18 juillet 1845 pour son rachat et prenant
44désonnais le nom patronimique de Mortenol et le prénom d'André. Et il nous
a requis de faire sur nos registres l'inscription prescrite par l'art. 5 de
l'ordonnance royale du 12 juillet 1832, à cet effet, nous avons enregistré le
présent acte, en avons fait mention au bas dudit arrêté. Et le comparant et les
témoins l'ont signé avec nous après lecture.
Signatures:
André Motenol (sic) Dosiris Mérentier Félix Parandère C.A.
Léger
---------- Pointe-à-Pitre - Registre des mariages, 18 août 1855
Acte n° 31
Mariage de Mortenol (André) et Toussaint (Julienne)
L'an mil huit cent cinquante-cinq, le dix-huit août, à neuf heures du
matin,
Acte de mariage:
du sieur Mortenol (André), âgé de quarante-six ans, voilier, domicilié
à la Pointe-à-Pitre, né en Afrique de parens inconnus, d'une part;
Et la demoiselle Toussaint (Julienne), âgée de vingt-un ans,
couturière, domiciliée à la Pointe-à-Pitre, où elle est née du mariage du sieur
Toussaint (petitfrère), âgé de quarante-trois ans, tonnelier, avec la dame
Mariette, âgée de cinquante-quatre ans, marchande, tous deux domiciliés en
cette ville, ici présens et qui consentent au présent mariage, d'autre part.
Prononcé par Nous, Auguste Thionville, premier adjoint au Maire de
cette ville, délégué aux fonctions d'officier de l'Etat-civil,
Après lecture: 1° de l'acte de Naissance du futur époux inscrit sur les
registres des actes de l'Etat-civil de cette commune le six septembre mil huit
cent quarante sept; 2° de celui de la future épouse inscrit aux registres de la
même commune le vingt-neuf janvier mil huit cent trente-quatre; 3° des actes
de publication du présent acte en dates en cette ville, des dimanches
vingtdeux et vingt-neuf juillet dernier, dont les extraits sont demeurés affichés à la
porte de la maison commune, le tems prescrit par la Loi, sans qu'il soit
survenu aucune opposition au mariage projeté; 4° du Chapitre six, Titre cinq
du Code Napoléon, intitulé « Des Droits et des Devoirs respectifs des Epoux;
5° après la déclaration des futurs époux, des père et mère de la future épouse,
faite sur l'interpellation qui vient de leur en être adressée par nous, qu'ils ont
fait faire à la date d'hier, un Contrat de Mariage devant Me Martin, notaire en
cette ville, conformément au Certificat, délivré par le dit notaire, qui
demeurera annexé à l'un des présents registres, après avoir été paraphé ne
.varietur.
Et après avoir enfm reçu des parties, la déclaration qu'elles veulent se
prendre pour mari et pour femme, nous avons prononcé, au nom de la Loi,
que le Sieur Mortenol (André) et la demoiselle Toussaint (Julienne), sont unis
par le mariage.
45Le tout fait publiquement en la maison commune, en présence des
Sieurs Alphonse Gabriel, âgé de cinquante-deux ans, négociant, Mondésir
Magloire, âgé de quarante-cinq ans, greffier en chef du tribunal de première
Instance de la Pointe-à-Pitre, Louis Mathieu, âgé de trente-huit ans, sans
profession, et St. Louis Cader, âgé de quarante-trois ans, commerçant, tous
quatre domiciliés en cette ville; Lesquels ont signé avec les époux, le père de
l'Epouse et nous, la mère de ce enquise, ayant déclaré ne le savoir, après
lecture.
Signatures:
Julienne Toussaint Mortenol André
A. Gabriel S1.Louis Cader Louis Mathieu
Petitfrère A.
Thionville
---------- Pointe-à-Pitre - Registre des naissances, 13 juin 1856
Acte n° 186
Naissance de Eugène André Mortenol, le 7 juin 1856
L'an mil huit cent cinquante six le treize juin à une heure du soir:
Acte de naissance de Mortenol (Eugène-André), du sexe masculin, né
en cette ville le sept juin courant à huit heures du matin, maison du sieur
Toussaint, son aïeul maternel, rue du cimetière n06, où demeure le père, du
mariage du Sieur André Mortenol, âgé de quarante-sept ans, voilier, avec la
dame Julienne Toussaint, âgée de vingt-deux ans, sans profession, tous deux
.
domiciliésen cetteville;
Constaté par nous, Auguste Thionville, premier adjoint au maire de
cette ville, délégué aux fonctions d'officier de l'Etat-civil, auquel l'enfant a été
présenté.
Sur la déclaration du père, faite en présence des Sieurs Zoël Ruffin,
âgé de vingt-quatre ans, clerc de notaire, et Aristide Jean-Louis, âgé de
vingtcinq ans, boulanger, tous deux domiciliés en cette ville, lesquels ont signé
avec le père et nous, après lecture.
Signatures:
Mortenol André L. Zoël Ruffin AJ. Louis
A.
Thionville
---------- Pointe-à-Pitre - Registre des naissances, 5 juillet 1858
Acte n0247 -Naissance de Marie Adèle Mortenol, le 27 juin 1858
L'an mil huit cent cinquante-huit, le cinq juillet, à huit heures du matin:
Acte de naissance de Mortenol (Marie Adèle), du sexe féminin, née en
cette ville le vingt sept juin dernier, à cinq heures et demi du matin, maison du
46Sieur Baud, rue de Turenne, où demeure le père, du mariage du Sieur
Mortenol (André), âgé de quarante-neuf ans, voilier, avec la dame Toussaint
(Julienne), âgée de vingt-quatre ans, couturière, tous deux domiciliés en cette
ville
Constaté par nous, Auguste Thionville, Chevalier de la Légion
d'Honneur, premier adjoint au maire de cette ville, délégué aux fonctions
d'officier de l'Etat-civil, auquel l'enfant a été présenté
Sur la déclaration du père, faite en présence des Sieurs Louis Zoël
Ruffin, âgé de vingt-six ans, clerc de notaire, de Joseph Pairicard, âgé de
vingt-six ans, voilier, tous deux domiciliés en cette ville. Lesquels ont signé
avec le père et Nous, après lecture.
Signatures:
Mortenol André L. Zoël Ruffin Joseph Pairicard
A.
Thionville
---------- Pointe-à-Pitre - Registre des naissances - 7 décembre 1859
Acte n° 396 - Naissance de Mortenol (Sosthène, Héliodore, Camille), le 29
novembre 1859
L'an mil huit cent cinquante neuf, le sept décembre, à deux heures du
sOIr.
Acte de naissance de Mortenol (Sosthène, Héliodore, Camille), du
sexe masculin, né en cette ville le vingt neuf novembre dernier à six heures du
soir, maison du Sieur Rodrigues rue Traversière, n° 2, où demeure le père, du
mariage du Sieur Mortenol (André), âgé de cinquante ans, voilier, avec la
dame Toussaint (Julienne), âgée de vingt-cinq ans, sans profession, tous
deux domiciliés en cette ville.
Constaté par nous, Jules Alphonse Casimir Planel Arnoux, troisième
adjoint au Maire de la Pointe-à-Pitre, délégué aux fonctions d'officier de
l'Etat-civil, auquel l'enfant a été présenté.
Sur la déclaration du père faite en présence des Sieurs Louis Zoël
Ruffin, âgé de vingt-huit ans, clerc de notaire, et Eugène Remy, âgé de
vingtsix ans, commis, tous deux domiciliés en cette ville, lesquels ont signé avec le
père et Nous, après lecture.
Signatures:
Mortenol André L. ZOOI Ruffin E. Remy
Planel Arnoux
47
---------- Pointe-à-Pitre - Registre des décès - 1883
Acte de décès de André Mortenol- 18 décembre 1883
L'an mil huit cent quatre vingt trois, le dix huit décembre, à dix heures
trois quarts du matin - Acte de décès du Sieur Mortenol (André), âgé de
soixante quatorze ans, voilier, domicilié en cette ville, né en Afrique, de
parents inconnus, époux de la dame Julienne Toussaint, âgée de quarante-huit
ans, sans profession, domiciliée en la même ville, lequel est décédé ce jour, à
7 h. du matin, maison de la dame veuve Lucien Léon, boulevard Intérieur, où
il demeurait. Constaté par nous, PieITe Edouard Amédée Léger, 3e adjoint
faisant fonctions de Maire de la Pointe-à-Pitre, qui nous sommes assuré du
décès.
Sur la déclaration des Sieurs Louis Sylvestre, âgé de 26 ans, employé
de la mairie, et Ernest Lubin, âgé de quarante ans, entrepreneur de
constructions, conseiller municipal de la Pointe-à-Pitre, tous deux voisins du
défunt et domiciliés en cette ville, lesquels ont signé avec nous, après lecture.
Louis Sylvestre
E. Lubin
Amédée
Léger!.
---------- Pointe-à-Pitre - Registre des décès - 1885
Décès de Sosthène, Héliodore, Camille Mortenol- 25 juin 1885 - n° 361
L'an mil huit cent quatre vingt cinq, le vingt-cinq juin, à dix heures et
demie du matin - Acte de décès du Sieur Mortenol, Sosthène, Héliodore,
Camille, célibataire, voilier, domicilié en cette ville, où il est né le vingt-neuf
novembre mil huit cent cinquante neuf, du mariage du feu Sieur Mortenol
(André) et de la feue dame Juliénna Toussaint; lequel est décédé ce jour, à
neuf heures du matin, maison de la dame Léon, boulevard Chanzy où il
demeurait. Constaté par Nous Amédée Léger, premier adjoint au Maire de la
Pointe-à-Pitre, délégué aux fonctions d'officier de l'état-civil, par aITêté du 30
janvier dernier, qui nous sommes assuré du décès sur la déclaration des
Sieurs Antonin Mondésir, âgé de vingt-neuf ans, commis, et Louis Sylvestre,
âgé de vingt sept ans, employé de mairie, tous deux amis du défunt,
domiciliés en cette ville, lesquels ont signé avec Nous, après lecture.
A. Mondésir
Louis Sylvestre
Amédée Léger.
1 Infonnation publiée par Le Courrier de la Guadeloupe du 26 juin 1885, p. 3, rubrique
« Etat-civil» qui indique: « Décès - (H') MOR1ENOL (Sosthène-Eléodore-Camille), âgé
de 26 ans, voilier ».
48
---------- Ville de Paris - 14e arrondissement
Bulletin de mariage du 9 septembre 1902
Mariage de Sosthèse Héliodore Camille Mortenol, né le 29 novembre
1859 à la Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), profession: Lieutenant de Vaisseau,
chevalier de la Légion d'Honneur, demeurant à Brest, fils de André Mortenol
et de Julienne Toussaint, et Marie-Louise Vitalo, née le 17 mai 1866 à
Cayenne (Guyane), profession: sans, demeurant à Paris, veuve de Edouard
Augustin Nobal, fille de Laurent Archange Vitalo et de Constance Nago.
Délivré à Paris, le 9 septembre 1902.
Autorisation du 22 août 1902, du Contre-Amiral, Préfet Maritime de
Brest
p.i.
---------- Acte de décès de Sosthène, Héliodore, Camille Mortenol, à Paris (l4e
arrondissement) le 22 décembre 1930, acte n° 5354.
Le vingt -deux décembre mil neuf cent trente, six heures, est décédé en
son domicile, 5, rue François Coppée, Sosthène Héliodore Camille
MORTENOL, né à la Pointe-à-Pitre (Guadeloupe) le vingt-neuf novembre mil
huit cent cinquante-neuf, Capitaine de Vaisseau en retraite, Commandeur de la
Légion d'Honneur, fils de André MORTENOL, et de Julienne TOUSSAINT,
époux décédés; veuf de Marie-Louise VITALO. Dressé le vingt-trois
décembre mil neuf cent trente, treize heures quarante, sur la déclaration de
Roger Rétat, vingt-neuf ans, employé, 148, rue Lecourbe, qui, lecture faite, a
signé avec Nous, Jocelyn Robert, officier de la Légion d'Honneur, adjoint au
maire du XV e arrondissement de Paris./.B.
49-Dvitiya -
2 -Dossier personnelde S.H.C.Mortenolen tant qu'élève boursier
-Guadeloupe -Boursiers -Education métropolitaine
né le 7- Dossier commun Mortenol (Sosthène, Héliodore, Camille),
1859, audécembre 1859, et Chardon (François, Oscar), né le 22 octobre
Lycée de Bordeaux.
- Moltenol, boursier colonial au titre de la Guadeloupe
- Chardon, au titre de la Réunion
-Frais de trousseau et de voyage payés pour les deux par la
Guadeloupe.
---------- Remise au Directeur de l'Intérieur de la Guadeloupe, par Camille Mortenol,
des pièces qu'il fournit pour être admis à subir l'examen d'obtention de
bourse
- Basse-Terre, le 30 juin 1875
Monsieur le Directeur de l'Intérieur,
J'ai l'honneur de vous remettre ci-inclus les pièces exigées par la
Gazette Officielle pour subir les épreuves de l'examen du 6 juillet prochain.
j'ai joint le certificat de M. le Maire Jugla pour m'efforcer, hélas! de
suppléer à l'état de services que je ne puis produire.
En vous priant bien humblement, Monsieur le Directeur de l'Intérieur,
de vouloir bien me couvrir de votre haute protection, j'ai l'honneur d'être,
avec le plus profond respect, et quoi qu'il arrive, votre très obéissant
serviteur.
Camille Mortenol.
2
Conservé au C.A.O.M., cote Colonies EE.1455 (3), dossier extrait des cartons des dossiers
généraux de boursiers des colonies. De ce dossier à l'origine commun aux deux bousiers
originaires de Guadeloupe, Mortenol et Chardon, ne figurent ici que les documents relatifs à
Mortenol.
50
---------- Institut des Frères de l'Instruction Chrétienne, Pointe-à-Pitre
Ecole communale
Les Elèves de cette Ecole ont abandonné leurs prix en faveur des
blessés de l'Année française, et le Maire, en les remerciant de leur générosité
au nom de M. le Gouverneur, est heureux de leur donner ce Certificat, qui
sera pour eux un souvenir de leur acte tout patriotique.
Saint-Clair Jugla.
1ère Classe
1ère Division
Prix mérités par Mortenol André
1er d'Instruction religieuse, 1er d'Orthographe, 1er d'Ecriture, 1er
d'Histoire, 1er de Géographie, 1er d'Analyse grammaticale et logique, 1er de
Dessin, 1er de Musique.
Prix d'Honneur.
Le Professeur, Fr. Cyrille.
Pointe-à-Pitre, le 15 décembre
1870.
---------- Gouvernement de la Guadeloupe et Dépendances
N°406
Administration de l'Intérieur
Bureau des Cultes et de l'Instruction Publique
N° 682
Direction des Colonies
2e Bureau
Basse-Terre, le 26 juillet 1875
à M. le Ministre de la Marine et des Colonies, Paris
Résultats du concours pour les bourses dans les lycées de la Métropole.
Propositions en faveur des jeunes Mortenol et Chardon
Monsieur le Ministre,
Les jeunes Descorps, élève de philosophie au lycée de Brest, et Dain,
élève du lycée d'Orléans, qui a déjà obtenu deux années de prolongation
d'études, tous deux boursiers de la colonie, devant vraisemblablement
achever leurs classes cette année, la commission instituée conformément aux
prescriptions de la dépêche ministérielle du 7 mai 1852, a procédé, le 6 de ce
mois, à l'examen des jeunes gens qui sollicitaient des bourses coloniales dans
les lycées de la Métropole.
51Des quatre candidats reconnus admissibles à la suite des épreuves du
concours, les jeunes Mortenol et Chardon, qui ont été classés les premiers, se
recommandent spécialement à la sollicitude de l'Administration, soit par les
services que leurs parents ont rendus à l'Etat ou à la Colonie, soit par leur
âge, leur intelligence, le degré d'avancement de leurs études, et l'insuffisance
reconnue des ressources pécuniaires des familles.
J'ai, en conséquence, l'honneur de vous prier, Monsieur le Ministre,
dans le cas où les élèves Dain et Descorps quitteraient réellement le lycée cette
année, comme j'ai lieu de le supposer, de vouloir bien accorder les bourses
dont ils sont actuellement titulaires aux jeunes Mortenol et Chardon, le
premier devant, comme ayant obtenu un numéro de classement plus
avantageux, avoir la préférence sur le second, s'il venait à ne se produire
qu'une seule vacance à la fm de l'année scolaire 1874-1875.
Permettez-moi, Monsieur le Ministre, de vous prier de vouloir bien
accueillir favorablement ces demandes sur lesquelles j'appelle particulièrement
votre bienveillance.
Je suis, avec un profond respect, Monsieur le Ministre, votre très
humble et très obéissant serviteur.
Le Gouverneur, G.
Couturier.
---------- Gouvernement de la Guadeloupe et Dépendances
N° 408
Administration de l'Intérieur
Bureau des Cultes et de l'Instruction Publique
N° 682
Direction des Colonies
2e Bureau
Basse-Terre, le 9 août 1875
à Monsieur le Ministre de la Marine et des Colonies, Paris
Envoi des dossiers des deux candidats présentés pour des bourses dans les
lycées de la Métropole
Monsieur le Ministre,
Par suite à ma lettre du 26 juillet dernier, numérotée 406, j'ai
l' honneur de vous adresser, avec une copie du procès-verbal de l'examen, les
dossiers des jeunes Mortenol et Chardon, que je vous ai proposés pour
occuper les premières vacances qui se produiront parmi les boursiers de la
Colonie, élevés dans les lycées de la Métropole.
Je suis, avec un profond respect, Monsieur le Ministre, votre très
humble et très obéissant serviteur.
Le Gouverneur, G. Couturier.
52
----------Minute de la lettre du Ministre de la Marine et des Colonies au Gouverneur
de la Guadeloupe du 6 octobre 1875
Monsieur et cher Gouverneur,
Au moment de nous occuper de la nomination comme boursiers des
deux jeunes gens Mortenol et Chardon, que vous nous avez proposés (car il
n'y a naturellement qu'une bourse vacante au titre de la Guadeloupe), votre
lettre du 26 juillet dernier relative à ceux deux candidats nous fait défaut et
toutes les recherches faites pour la retrouver sont restées infructueuses. Je
vous serai bien obligé de m'en envoyer le plus tôt possible un duplicata et de
nous dire en même temps les titres des parents des jeunes Mortenol et
Chardon, au cas où votre lettre ne les aurait pas mentionnés. Les deux
candidats ont-ils été classés par vous par ordre de préférence.
Mon intention serait de proposer à l'Instruction Publique d'attribuer à
celui des deux qui ne sera pas nommé une demi bourse du gouvernement sur
le contingent de la Réunion? Si cette proposition était acceptée, la famille
aurait à payer, avec les frais de trousseau, le complément du prix de la
pension et la pension serait ainsi payée par la famille jusqu'au jour où une
vacance viendrait à se produire dans le contingent des bourses de la
Guadeloupe.
Dites-moi, je vous prie, votre sentiment à cet égard.
Je profite de l'occasion pour vous renouveler l'assurance de mes
sentiments tout dévoués.
Le Directeur des
Colonies.
---------- Ministère de la Marine et des Colonies
Direction des Colonies
Paris - Minute de la lettre du 20 novembre 1875
Le Ministre de la Marine et des Colonies
à M. le Ministre de l'Instruction Publique
Propositions relatives à deux créoles candidats boursiers de la Guadeloupe
Monsieur le Ministre et Cher Collègue,
Monsieur le Gouverneur de la Guadeloupe m'a fait parvenir et j'ai
l'honneur de vous transmettre ci-joint les dossiers des jeunes Mortenol et
Chardon, créoles qui sont proposés pour des bourses coloniales et qui ont été
reconnus admissibles à la suite des examen réglementaires. Le premier a
obtenu une moyenne de 9.50 et le 2e une moyenne de 7.50.
Une seule bourse est vacante actuellement au titre de la Guadeloupe;
c'est celle dont le jeune Dain (Victor Charles Emile) jouissait au lycée
53d'Orléans et qui est expirée depuis la fIn de l'année scolaire 1874-1875. Je
vous propose d'accorder cette bourse au jeune Mortenol, qui a obtenu une
moyenne de points supérieure à celle du Chardon, le complément du
prix de la pension sera payé sur les fonds du budget de la colonie.
Quant au jeune Chardon, je vous serai obligé de vouloir bien examiner
s'il ne serait pas possible de lui accorder par application d'une mesure
bienveillante déjà prise à l'égard de jeunes créoles, une demi bourse sur le
contingent disponible au titre de la colonie de la Réunion jusqu'au moment où
il pourrait être nommé boursier au compte de la Guadeloupe. Dans le cas de
l'affmnation, le complément du prix de la pension serait provisoirement laissé
à la charge de la famille. A défaut d'indications données par l'administration
coloniale, les deux bourses dont il s'agit pourraient, si vous n'y voyez pas
d'inconvénient, être provisoirement concédées au Lycée de Bordeaux.
Le Directeur des
Colonies.
---------- Ministère de l'Instruction Publique, des Cultes et des Beaux-Arts
Direction de l'Enseignement Secondaire
1er Bureau
Le Ministre de l'Instruction Publique, des Cultes et des Beaux-Arts
Vu l'ordonnance du 24 octobre 1821, portant que six bourses dans les
lycées sont réservées aux jeunes créoles de la Réunion;
Vu l'article 1er du décret du 27 février 1852;
Vu la proposition de M. le Ministre de la Marine et des Colonies, en
date du 20 novembre 1875;
Arrête:
Le jeune Mortenol, Sosthène, Héliodore, Camille, né le 29 novembre
1859, est nommé élève du Gouvernement à demi-bourse au lycée de
Bordeaux.
Fait à Versailles, le 30 novembre 1875
Signé: Henri Wallon.
Pour ampliation: le Directeur de l'Enseignement secondaire, A.
Mounier.
54
---------- Ministère de l'Instruction Publique, des Cultes et des Beaux-Arts
Direction de l'Enseignement secondaire
1er Bureau
Paris, le 4 décembre 1875
Objet: Bourses coloniales - Nominations.
à M. le Ministre de la Marine et des Colonies
Monsieur le Ministre et Cher Collègue,
J'ai l'honneur de vous informer que, conformément à votre
proposition, j'ai, par arrêté du 30 novembre dernier, nommé élève du
Gouvernement à demi-bourse, au lycée de Bordeaux, le jeune Mortenol,
Sosthène, Héliodore, Camille, né le 29 novembre 1859.
Cet enfant occupera l'une des bourses réservées aux jeunes créoles de
la Guadeloupe. fi entrera en jouissance de la faveur qui lui est attribuée à partir
du jour de sa présentation à M. le Proviseur du Lycée de Bordeaux.
Je vous prie de vouloir bien donner avis de ma décision à la famille du
jeune Mortenol. J'en informe de mon côté M. le Proviseur du lycée de
Bordeaux, que j'invite à vous adresser le décompte des frais de pension
incombant au Département de la Marine, et les notes trimestrielles de ce
boursier. Vous trouverez ci-joint, ampliation de mon arrêté.
Agréez, Monsieur le Ministre et Cher Collègue, l'assurance de ma
haute considération.
Pour le Ministre de l'Instruction Publique, des Cultes et des Beaux-Arts, Le
Directeur de l'Enseignement secondaire, A.
Mounier.
---------- Ministère de la Marine et des Colonies
Direction des Colonies
Minute de la lettre du 13 décembre 1875
Urgent
Le Ministre de la Marine et des Colonies
à M. le Gouverneur de la Guadeloupe
Avis de la nomination des jeunes Mortenol et Chardon comme élèves
boursiers du Gouvernement
Monsieur le Gouverneur,
J'ai l'honneur de vous informer que suivant votre proposition, le jeune
Mortenol, créole de la Guadeloupe, a été appelé à occuper une 112 bourse
55laissée vacante sur le contingent des bourses de la colonie par la sortie du
jeune Dain du lycéed'Orléans. .
Le jeune Mortenol a été nommé élève du Gouvernement au lycée de
Bordeaux; toutefois, je pense que son transfèrement dans un autre lycée
départemental pourrait être autorisé, si la famille en faisait la demande.
Le complément du prix de la pension sera acquitté sur les fonds du
budget local; je vous serai obligé de me faire connaître s'il y aura lieu de payer
les frais de trousseau sur les mêmes fonds. Aucune autre bourse n'étant
actuellement vacante au titre de la Guadeloupe, M. le Ministre de l'Instruction
Publique a bien voulu sur ma demande, accorder au jeune Chardon, qui avait
été présenté par vous en seconde ligne, une 112bourse sur le contingent des
bourses disponibles au titre de la Réunion. Le jeune Chardon occupera cette
bourse jusqu'au moment où il pourra être compris dans les cadres des
boursiers de la Guadeloupe. Jusqu'à ce moment, le complément du prix de la
pension sera à la charge de la famille. TI a d'ailleurs été pris note,
conformément à une indication que vous avez donnée, que les frais de
trousseau étaient imputables au budget local.
Le jeune Chardon doit jouir légalement de sa bourse au lycée de
Bordeaux et sous la même réserve que le jeune Mortenol: tous deux entreront
en possession de leurs bourses à dater de leur présentation au Proviseur du
lycée.
Je ne puis que vous prier de vouloir bien donner des ordres pour que
ces boursiers soient dirigés le plus tôt possible vers France. TIs devront être
prévenus que, sauf disposition contraire de l'administration coloniale, ils
auront à faire, à leurs frais, le voyage du port de débarquement à Bordeaux ou
tout autre ville dans le lycée de laquelle ils seraient admis.
Le Directeur des
Colonies.
---------- Lettre du Gouverneur de la Guadeloupe, G. Couturier, à Victor Schoelcher
Gouvernement de la Guadeloupe et dépendances
Cabinet du Gouverneur
Basse-Terre, le 26 octobre 1875
Cher Monsieur,
Je m'empresse de satisfaire le désir que vous m'avez exprimé par
votre lettre du 6 octobre, en vous adressant un duplicata de ma lettre au
Ministre, en date du 26 juillet dernier, relative aux candidats proposés pour les
deux bourses que je croyais devoir être vacantes au titre de la Guadeloupe.
56Ces deux candidats ont été présentés par ordre de préférence, d'après
le classement qui a eu lieu à la suite de l'examen qu'ils ont subi dans la
colonie.
Le jeune Mortenol, classé le premier, n'a produit aucun titre constatant
les seIVices de ses parents. De fait, il n'a aucun titre de cette nature à faire
valoir. Cet enfant, qui appartient à la classe noire, est le fils d'un ouvrier de la
Pointe-à-Pitre; l'attention de l'administration a été attirée sur lui par les succès
qu'il a obtenus à l'école primaire communale, où il avait commencé ses
études. TIs'est présenté au concours ouvert pour les bourses entretenues par
la colonie au collège diocésain de la Guadeloupe; l'aptitude remarquable dont
il a fait preuve et le désir que cet enfant témoignait de paIVenir par l'étude et le
travail, m'ont déterminé à lui accorder une de ces bourses. Depuis son entrée
au collège, il s'est fait remarquer par son ardeur au travail et ses brillants
succès; c'est alors qu'il s'est adressé personnellement à moi pour me
demander les moyens d'aller continuer ses études dans un des lycées de
France. Je l'ai encouragé à se présenter à l'examen, où il a obtenu le 1er
numéro sur la liste du classement dressé par le jury.
La famille de cet enfant vit de son travail et ne possède aucune fortune.
L'insuffisance de ressources et l'aptitude du candidat sont donc les seuls titres
à invoquer en faveur du jeune Mortenol; j'ai pensé et je pense encore que,
dans l'espèce, ces titres sont suffisants pour justifier la concession sollicitée
en sa faveur.
Quant au jeune Chardon, les titres établissant les seIVices de ses
parents sont joints à son dossier, qui a été transmis au département par lettre
du 9 août 1875, n° 400.
Je vous remercie, cher Monsieur, des bienveillantes intentions que
vous me témoignez, afin de pOUlVOir dès à présent mes deux candidats. Je me
suis assuré que la famille du jeune Chardon accepterait avec reconnaissance
l'attribution qui serait faite à ce candidat d'une 1/2 bourse du gouvernement à
prendre sur le contingent de la Réunion jusqu'au jour où une vacance
viendrait se produire dans le contingent de la Guadeloupe; la famille payerait
le complément du prix de la pension, et l'administration locale lui viendrait en
aide en prenant à son compte le trousseau, dont la dépense serait imputable
sur le budget local.
Je me repose sur votre bienveillance du soin de faire aboutir cette
combinaison, et je vous renouvelle, cher Monsieur, l'expression la plus
cordiale de mes sentiments bien dévoués.
G. Couturier.
Je demande par ce courrier que M. Fournier, Capitaine d' Artillerie de
la Marine à Cherbourg, soit désigné pour occuper un emploi vacant dans mon
état-major. Je vous serai reconnaissant de vouloir bien vous intéresser à
l'objet de cette demande.
57
----------Lettre de Victor Schoelcher au Ministre de la Marine et des Colonies
-Lettre de Victor
Cedar House- Glebe Place
Chelsea S.W., London
20 janvier 1876
Cher Monsieur,
Un jeune homme nommé Camille Mortenol qui vient d'obtenir 14
nominations: 12 prix et 2 accessits au Séminaire Collège de la Guadeloupe,
voudrait venir en France pour se présenter aux examens de l'école navale.
Mais comme il est pauvre, il aurait besoin d'un passage gratuit à bord d'un
transport de l'Etat. Il a 17 ans.
n paraîtrait que d'autres jeunes gens ayant montré d'aussi bonnes
dispositions à l'étude que lui ont obtenu la même faveur. Voulez-vous bien
me dire si cela est exact et dans ce cas s'il vous serait possible d'accorder au
Jeune Camille Mortenolle passage gratuit tant désiré.
Veuillez agréer, cher Monsieur, mes salutations très distinguées.
V. Schoelcher
Note en marge:
M. Benoise
N'est-ce pas lui qui a été récemment nommé boursier? La question du
passage avait été mise de côté. Dans le cas contraire, voir s'il y a des
précédents qui permettent d'accorder le passage.
Dans ma pensée, le passage (tableau des aspirants) doit pouvoir être
accordé mais la question de gratuité est conditionnelle - comme pour les
jeunes gens qui viennent contracter un engagement militaire en France
Je prie M.Chessé de répondre en mon nom à M. Schoelcher pour lui
faire connaître ce qui aura été décidé.
Urgent. Réponse le 27 janvier 1876.
4Signature:
E.F.
---------- Gouvernement de la Guadeloupe et Dépendances
N°82
Administration de l'Intérieur
3 Il s'agit de Benoist d'Azy, Directeur des Colonies du ministère de la Marine et des
Colonies. Le ministre était alors le Vice-Amiral Fourichon.
4
Vice-Amiral Fourichon.
58Bureau des Cultes et de l'Instruction Publique
N°48
Direction des Colonies
2e Bureau
Basse- Terre, le 10 février 1876
A M. le Ministre de la Marine et des Colonies, Paris
Au sujet des jeunes Mortenol et Chardon, boursiers au lycée de Bordeaux
Monsieur le Ministre,
J'ai l'honneur de vous accuser réception de la dépêche du 13 décembre
dernier, numérotée 502, me donnant avis des concessions de bourses au lycée
de Bordeaux, faites aux jeunes Mortenol et Chardon, avec la condition, pour
ce dernier, que le complément du prix de la pension restera à la charge de la
famille, jusqu'au moment où il pourra être compris dans le cadre des
boursiers de la Guadeloupe.
Selon les recommandations contenues dans la dépêche précitée,
l'Administration a infonné de ces dispositions les familles intéressées, en les
invitant à prendre les mesures nécessaires pour que ces enfants fussent
dirigés, le plus tôt possible, sur la France.
'
Le jeune Mortenol a pris passage sur le transport le Finistère qui a fait
route pour Toulon le 1er de ce mois5. n a pour correspondant M. J. Charles
Roubeau, négociant à Bordeaux.
Par lettre du 24 janvier dernier, Mme Vve Chardon, tout en priant
l'Administration de vous transmettre l'expression de sa profonde gratitude, lui
a fait connaître que son fùs ne pourrait entrer immédiatement en jouissance de
la concession de bourse qui lui a été attribuée, à cause de la désignation
qu'elle a à faire d'un correspondant à Bordeaux où elle ne connaît personne.
Des démarches ont été faites à cet égard, mais elle n'en connaît pas encore le
résultat.
Par cette considération, elle a demandé un sursis de départ pour son
fils qui prendrait alors son passage sur le transport attendu à la Guadeloupe
dans le courant du mois de mai prochain. A cette époque, Mme Chardon aura'
reçu une réponse de Bordeaux, où un de ses amis s'est chargé de lui trouver
un correspondant, et elle aura eu tout le temps de faire les préparatifs
nécessaires pour le voyage de son fils.
les frais de trousseau des jeunes Mortenol et Chardon seront supportés
par le Service Local, avec imputation de la dépense sur l'exercice 1875 en ce
qui concerne le premier, pour qui les fonds ont été réservés à cet effet depuis
le 1er octobre dernier, et sur l'exercice 1876 pour le second qui n'entrera en
jouissance de sa concession que dans le courant de cette année.
La colonie prend également à son compte les frais de voyage de ces
deux enfants du port de débarquement à Bordeaux.
5
Indication en marge: Anivé à Toulon le 29 février 1876.
59Pennettez-moi de vous prier, Monsieur le Ministre, de vouloir bien
donner des ordres en conséquence.
Je suis avec un profond respect, Monsieur le Ministre, votre très
humble et très obéissant serviteur.
Le Gouverneur, G.
Couturier.
---------- Ministère de la Marine et des Colonies
Direction des Colonies
2e Bureau
1ère Section
Note pour M. le Commissaire aux Revues à Toulon
Demande ou réclamation:
Le Chef du 2e Bureau a l'honneur de prier Monsieur le Commissaire
aux Revues à Toulon de vouloir bien lui faire connaître si le jeune Mortenol,
créole de la Guadeloupe, venant en France à destination de Bordeaux et
débarqué du Finistère le 29 février dernier, a reçu, à son passage à Toulon,
une indemnité quelconque de route, pour se rendre à Bordeaux.
Paris, le 8 mars 1876.
P. le Chef de Bureau, en congé: le Sous-Chef, 1. Chessé.
Réponse:
J'ai l'honneur de faire connaître à Monsieur le Chef du 2e Bureau de la
Direction des Colonies que le bureau des Revues n'a rien payé au jeune
Mortenol, créole de la Guadeloupe, débarqué du Finistère le 29 février à
destination de Bordeaux.
Toulon le 10 mars 1876.
Le Commissaire aux
Revues.
---------- Ministère de la Marine et des Colonies
Direction des Colonies
Minute de la lettre du 10 mars 1876
M. le Ministre de la Marine et des Colonies
à M. le Proviseur du Lycée de Bordeaux
Au sujet du jeune Mortenol
Monsieur le Proviseur,
M. le Ministre de l'Instruction Publique vous a déjà infonné au mois
de décembre dernier qu'il avait accordé une demi bourse au Lycée de
Bordeaux au jeune Mortenol, créole de la Guadeloupe.
60j'ai l'honneur de vous infonner que le jeune homme est débarqué à
Toulon le 29 février dernier et qu'il va vous être incessamment présenté, s'il
ne l'a déjà été, par son correspondant, M. Charles Roubeau, négociant à
Bordeaux.
Je vous prie de vouloir bien m'adresser trimestriellement, avec les
notes obtenues par l'enfant, le décompte de la 1/2 pension complémentaire à la
charge de la colonie.
Le Directeur des
Colonies.
---------- Notoriété concernant M. André Mortenol, 23 mai 1878
Par devant Me Mathurin Reliques Dufond et son collègue, notaires à la
Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), soussignés,
Ont comparu:
10M. Louis Alcindor, Chevalier de la Légion d'Honneur, sans profession, et
propriétaire, demeurant à la Pointe-à-Pitre;
20 M. Saint-Louis Cader, membre du Conseil municipal de la dite ville de
Pointe-à-Pitre aussi sans profession et propriétaire, demeurant en la dite ville;
30 M. Stanislas, commis et propriétaire, demeurant en la dite ville de la
Pointeà-Pitre,
Lesquels ont, par ces présentes, attesté pour vérité et notoriété à tous
ceux qu'il appartiendra qu'ils connaissent parfaitement le sieur André
Mortenol, maître voilier, propriétaire demeurant à la Pointe-à-Pitre, et savoir:
Qu'il est citoyen français ainsi que le constate d'ailleurs l'arrêté du
Gouverneur de la Guadeloupe en date du vingt-trois juillet mil huit cent
quarante-sept qui le déclara libre avec tous les droits du citoyen français et lui
donna le nom patronimique de Mortenol.
Qu'il s'est marié à la Pointe-à-Pitre le vingt-six août mil huit cent
cinquante-cinq avec la dame Julienne Toussaint, sans profession, née et
domiciliée à la Pointe-à-Pitre (Guadeloupe), où elle demeure, fille légitime du
Sieur Toussaint Petitfrère et de la dame Mariette, décédés.
Que du mariage des époux Mortenol est né à la Pointe-à-Pitre en autres
enfants, le Sieur Sosthène Héliodore Camille Mortenol le vingt-neuf
novembre mil huit cent cinquante-neuf, ainsi qu'il résulte de son acte de
naissance inscrit aux registres de l'état-civil de la Pointe-à-Pitre, dont
expédition en bonne et due fonne représentée aux trois soussignés leur a été à
l'instant rendue.
Dont acte
Fait et passé à la Pointe-à-Pitre, en l'Etude du notaire soussigné.
L'an mil huit cent soixante dix-huit, le vingt-trois mai
Et après lecture les comparants ont signé avec les notaires
L. Alcindor St. Louis Cader Stanislas M. Dufond
61Envoyé à la Pointe-à-Pitte le vingt-ttois mai 1878, F 118 r> et vO. Reçu un
franc cinquante cent, décimé quinze cent.
Vu par nous, Président du Tribunal de première instance de la Pointe-à-Pitte
(Guadeloupe) pour légalisation de signature de M.M. Min Dufond, notaire et
de Cools, receveur de l'Enregisttement en cette ville, apposé ci-dessus.
Pointe-à-Pitte, le 24 mai 1878
Signé: Eugène Cabre
Vu pour légalisation de la signature de M. Eugène Cabre, apposée d'autte
part,
Basse- Terre, le 25 mai 1878
Le Gouverneur de la Guadeloupe et Dépendances
Par délégation du Gouverneur:
Le chef du Secrétariat du
Gouvernement.
---------- Ministère de la Marine et des Colonies
Direction des Colonies
2e Bureau
Minute de la lettre du 5 octobre 1878
Le Ministte de la Marine et des Colonies
à M. le Gouverneur de la Guadeloupe
Monsieur le Gouverneur,
Les jeunes Mortenol et Chardon, boursiers de l'Etat et de la Colonie,
sont arrivés, le 1er de ce mois, au tenne de leur bourse et aucun d'eux n'a
sollicité une nouvelle prolongation d'études.
Dans cette situation, il y a lieu de pourvoir à leur remplacement et je
vous prie de me ttansmettre des propositions à cet égard6.
Le Directeur des
Colonies.
---------- Gouvernement de la Guadeloupe et Dépendances
N° 618
Administtation de l'Intérieur
Bureau des Cultes et de 1'Insttuction Publique
N° 1091
Direction des Colonies 2e Bureau
6
Le brouillon de la minute porte les phrasessuivantes,qui ont été rayées: « Je vous prie œ
me transmettre des candidatures aux bourses que laisserait vacantes la sortie des jeunes
Mortenol et Chardon. En même temps, vous voudrez bien me dire si je dois donner des
ordres pour le rapatriement de ces jeunes gens. La colonie prend à sa charge un passage œ
retour ».
621ère Section
Basse-Terre, le 7 décembre 1878
Au sujet des jeunes Mortenol et Chardon, boursiers de la Guadeloupe
Le Gouverneur de la Guadeloupe
à Monsieur le Ministre de la Marine et des Colonies, Paris
Monsieur le Ministre,
Par dépêche du 5 octobre dernier, numérotée 500, vous m'avez fait
connaître que les jeunes Mortenol et Chardon, boursiers de l'Etat et de la
Colonie, étaient arrivés au terme de leur bourse, et qu'aucun d'eux n'ayant
sollicité de prolongation d'études, il y avait lieu de vous transmettre des
propositions afin de pourvoir à leur remplacement.
J'ai l'honneur de vous informer, Monsieur le Ministre, que Mme Vve
Chardon m'a adressé, en faveur de son fils, une demande de prolongation
d'études d'une année.
L'intérêt qu'inspire la situation personnelle de Mme Chardon et la
position précaire de cette honorable mère de famille me portent à vous prier
instamment de lui accorder la faveur qu'elle sollicite. n lui serait absolument
irnpossiblede maintenir son fils au lycée sans l'assistance du Gouvernement.
Quant au jeune Mortenol, l'Administration a été informée que son père
faisait directement des démarches à l'effet d'obtenir aussi pour lui une
prolongation d'études. Je donne dès à présent mon entière adhésion à la
demande que pourra former M. Mortenol dont le fils est un très bon élève,
digne de toute la bienveillance du Département.
Je suis, avec un profond respect, Monsieur le Ministre, votre très
obéissant serviteur.
Le Gouverneur, G.
Couturier.
---------- Lettre de André Mortenol au ministre de la Marine et des Colonies
Pointe-à-Pitre, le 26 décembre 1878
A Son Excellence Monsieur le Ministre de la Marine et des Colonies
Monsieur le Ministre,
Mon fils Camille Mortenol, boursier de l'Etat et de la Colonie, est
peut-être sur la fin du temps accordé par l'Administration.
Cependant, comme il n'a pas encore achevé ses études et qu'il lui faut
au moins trois ans avant de les terminer, je vous serais reconnaissant,
Monsieur le Ministre, de vouloir bien lui accorder cette prolongation sans
laquelle il n'aura fait que des études incomplètes.
63Comptant sur votre bienveillance, j'ai l'honneur d'être avec respect,
Monsieur le Ministre, de Votre Excellence, le très humble et très obéissant
serviteur.
André Mortenol.
Note de marge: L'affaire suit son cours. Attendre la réponse de
l'Instruction
Publique.
---------- Ministère de la Marine et des Colonies
Direction des Colonies
2e Bureau
Minute de la lettre du 16janvier 1879
Au sujet des jeunes Mortenol et Chardon, boursiers de l'Etat au Lycée de
Bordeaux
Monsieur le Ministre et Cher Collègue,
M. le Gouverneur de la Guadeloupe me fait savoir que des
prolongations d'études ont été demandées pour les jeunes Mortenol et
Chardon, boursiers de l'Etat au lycée de Bordeaux, qui étaient arrivés au
terme de leur bourse le 1er octobre dernier. Je présume que d'après décision
prise par vous, ces deux élèves ont été laissés en possession de leur bourse
pendant l'année scolaire 1878-1879 et qu'ils sont demeurés au lycée. S'il en
est ainsi, le complément du prix de leur pension continuera à être payé par les
soins de mon Département.
Je vous serai obligé de vouloir bien me faire parvenir des
renseignements sur la situation de ces deux jeunes gens, afin que je donne des
instructions en conséquence.
Le Directeur des
Colonies.
---------- Ministère de l'Instruction Publique et des Cultes
Direction de l'Enseignement secondaire
1er Bureau
Paris, le 23 février 1879
Le Ministre de l'Instruction Publique et des Cultes
à M. le Ministre de la Marine et des Colonies
64Monsieur le Ministre et Cher Collègue,
J'ai l'honneur de vous infonner que les jeunes Chardon et Mortenol,
boursiers coloniaux de la Guadeloupe, ont été autorisés à demeurer au lycée
de Bordeaux, en qualité d'élèves du Gouvernement, jusqu'au 30 septembre
1879.
M. le Proviseur est informé de cette décision, que je vous prie de
vouloir bien porter à la connaissance des familles des boursiers.
Agréez, Monsieur le Ministre et Cher Collègue, l'assurance de ma
haute considération.
Le Ministre de l'Instruction Publique, des Cultes et des Beaux-Arts
Pour le Ministre et par autorisation:
Le Directeur de l'Enseignement secondaire, A.
Mounier.
---------- Ministère de la Marine et des Colonies
Direction des Colonies
2e Bureau
Minute de la lettre du 30 janvier 1879
Le Ministre de la Marine et des Colonies
à M. le Chef de Service de la Marine à Bordeaux
Monsieur le Commissaire,
J'ai l'honneur de vous infonner qu'une prolongation de bourse d'une
année a été accordée pour compter du 1er octobre 1878, aux jeunes Mortenol
et Chardon, boursiers de l'Etat, au titre de la Guadeloupe, au lycée de
Bordeaux.
Par suite, je vous prie de vouloir bien continuer à faire payer le
complément du prix de la pension par imputation sur le budget total de la
Colonie.
Je vous serai obligé d'en infonner le Proviseur du lycée, qui a déjà été
prévenu de cette disposition par M. le Ministre de l'Instruction Publique, en
ce qui concerne la 1/2 bourse payée sur les fonds de l'Etat.
Le Directeur des
Colonies.
---------- Ministère de la Marine et des Colonies
Direction des Colonies 2e Bureau
Minute de la lettre du 31 janvier 1879
Le Ministre de la Marine et des Colonies
65à M. le Gouverneur de la Guadeloupe
Une prolongation d'études est accordée aux jeunes Mortenol et Chardon
Monsieur le Gouverneur,
Par lettre du 7 décembre 1878, vous m'avez fait connaître que des
demandes de prolongation d'études avaient été faites en faveur des jeunes
Mortenol et Chardon, boursiers de l'Etat, au titre de la Guadeloupe, au lycée
de Bordeaux.
J'ai l'honneur de vous informer que ces demandes ont été accueillies
par M. le Ministre de l'Instruction Publique et que les jeunes Mortenol et
Chardon ont été autorisés à rester au lycée jusqu'à l'expiration de l'année
scolaire 1878-1879.
Le prix de la pension continuera à être payé moitié par le budget de
l'Etat, moitié par celui de la Colonie.
Le Directeur des
Colonies.
---------- Ministère de la Marine et des Colonies
Direction des Colonies
2e Bureau
Minute de la lettre du 31 juillet 1879
Le Ministre de la Marine et des Colonies
à M.le Proviseur du Lycée de Bordeaux
Au sujet des jeunes Mortenol, Chardon et Garnier
Monsieur le Proviseur,
Les jeunes Mortenol et Chardon, boursiers coloniaux à votre lycée,
sont actuellement âgés de 19 ans et ont déjà obtenu l'année dernière une 1ère
prolongation de bourse.
Un autre boursier, le jeune Garnier, vient d'atteindre l'âge de 18 ans
accomplis et par suite, sa bourse doit expirer à la fm de la présente année
scolaire.
Je vous prie de vouloir bien me faire savoir aussitôt que possible si ces
élèves auront ou non à cette époque terminé leurs études.
Dans ce dernier cas, je vous serais obligé de me dire s'ils comptent
solliciter une 1ère et une 2e prolongation de bourse et s'ils sont en mesure de
l'obtenir.
signé:le Ministre.
66
---------- Instruction Publique
Académie de Bordeaux
Lycée de
Bordeaux, le 2 août 1879
Le Proviseur
à Monsieur le Ministre de la Marine et des Colonies, Paris
Bourse des élèves Mortenol, Chardon, Garnier
Monsieur le Ministre,
J'ai l'honneur de porter à votre connaissance, en réponse à votre lettre
du 31 juillet, que les jeunes Mortenol et Chardon, boursiers coloniaux, ont
besoin d'une deuxième prolongation.
Mortenol se destine à l'Ecole Polytechnique et travaille de façon à y
arriver.
Chardon, qui a commencé tard, n'a que la première partie de son
Baccalauréat-ès-Lettres.
Ce sont deux sujets de parfaite conduite et fort laborieux. Je me
permets de les recommander à votre haute bienveillance.
Garnier, admis, quitte le Lycée après avoir fait ses études avec succès.
Daignez agréer, Monsieur le Ministre, l'assurance de mes sentiments
les plus respectueux.
Le Proviseur, Jouesy.
Indications de marge portées à réception par la Direction des Colonies:
-en face de Mortenol et Chardon: M. de Lacoste, proposer la 2e prolongation
-en face de Garnier: demander le
remplacement.
---------- Ministère de la Marine et des Colonies
Direction des Colonies
2e Bureau
Minute de la lettre du 6 octobre 1879
Le Ministre de la Marine et des Colonies
à M.le Ministre de l'Instruction Publique
Quatre prolongations de bourses sont sollicitées par les jeunes Michel, Hüe,
Mortenol et Chardon, boursiers de la Guadeloupe
67Monsieur le Ministre et Cher Collègue,
Les jeunes Michel (Charles, François, Gaston), Hüe (Jules Alexis),
Mortenol (Sosthène, Héliodore) et Chardon (François, Oscar), boursiers de la
Guadeloupe aux lycées de Nantes, du Havre et de Bordeaux sont arrivés le 30
septembre dernier au terme de leur bourse et ils sollicitent une prolongation
d'études d'une année.
Je ne puis que vous prier de vouloir bien accueillir les demandes de
ces jeunes créoles qui d'après les renseignement donnés par les Proviseurs
des lycées, se trouvent dans les conditions réglementaires pour obtenir cette
faveur.
Dans le cas où ces prolongations leur seraient accordées, le
complément de la pension de ces quatre jeunes créoles continuerait à être payé
par les soins de mon Dép~ment.
Le Ministre de la Marine et des
Colonies.
---------- Ministère de l'Instruction Publique, des Cultes et des Beaux-Arts
Direction de l'Enseignement secondaire
1er Bureau
Le Ministre de l'Instruction Publique, des Cultes et des Beaux-Arts
à M. le Ministre de la Marine et des Colonies
Monsieur le Ministre et Cher Collègue,
J'ai l'honneur de vous informer que, par décision du 27 septembre
dernier, j'ai autorisé les jeunes Michel, Hüe, Mortenol et Chardon, boursiers
de la Guadeloupe, aux Lycées de Nantes, du Havre et de Bordeaux, à rester
dans ces établissements, en qualité d'Elèves du Gouvernement jusqu'au 30
septembre 1880.
Je donne avis de ces dispositions à MM. les Proviseurs de Nantes, du
Havre et de Bordeaux.
Agréez, Monsieur le Ministre et Cher Collègue, l'assurance de ma
haute considération.
Le Ministre de l'Instruction Publique et des Beaux-Arts
Pour le Ministre et par autorisation:
Le Conseiller d'Etat
Directeur de l'Enseignement secondaire.
Ch. Givois
68
---------- Ministère de la Marine et des Colonies
Direction des Colonies
2e Bureau
Minute de la lettre du 9 novembre 1879
Le Ministre de la Marine et des Colonies
à M. le Chef du Service de la Marine à Bordeaux
Une prolongation de bourse est accordée aux jeunes Mortenol et Chardon,
boursiers de la Guadeloupe au lycée de Bordeaux
Monsieur le Commissaire,
J'ai l'honneur de vous informer qu'une deuxième prolongation de
bourse d'une année a été accordée pour compter du 1er octobre 1879 aux
jeunes Mortenol et Chardon, boursiers de l'Etat, au titre de la Guadeloupe, au
lycée de Bordeaux.
Par suite, je vous prie de vouloir bien continuer à faire payer le
complément du prix de la pension par imputation sur le budget local de la
colonie.
Je vous serai obligé de faire connaître cette décision au Proviseur.
Le Directeur des
Colonies.
---------- Extrait du registre des Procès-Verbaux des Délibérations du Conseil Privé de
la Guadeloupe et Dépendances
Année 1880
Session du mois de juillet
Séance du vingt-neuf
Avis du Conseil sur la situation de fortune du Sieur Mortenol (André) qui
sollicite pour son fils une bourse à l'Ecole Polytechnique ou à l'Ecole de
.
Saint-Cyr
N°8
M. le Directeur de l'Intérieur donne lecture du rapport suivant:
'M. le Gouverneur,
Par lettre du 10 mai dernier, M. le Préfet de la Gironde vous a
transmis, en vous priant de la faire instruire dans la forme réglementaire, une
demande de bourse avec trousseau adressée à M. le Ministre de la Guerre par
M. Mortenol (André) en faveur de son fils, candidat aux écoles Polytechnique
et de Saint-Cyr.
69Aux tennes de la dépêche ministérielle du 15 décembre 1850, les
demandes de cette nature doivent être accompagnées d'une délibération du
conseil privé, constatant l'insuffisance des ressources du pétitionnaire.
C'est pour mettre le conseil en mesure de se prononcer à cet égard,
que j'ai l'honneur de placer sous vos yeux, Monsieur le Gouverneur, une
délibération du Conseil municipal de la Pointe-à-Pitre en date du 18 juin
dernier, établissant la position de fortune de M. Mortenol.
Je vous soumets également un état, en double expédition, contenant
divers renseignements que le pétitionnaire a été invité à fournir afm de
pennettre au Département de donner suite à sa demande.
Je vous prie de vouloir bien revêtir cet état de votre signature.'
Après avoir pris connaissance des renseignements contenus dans la
délibération du conseil municipal de la Pointe-à-Pitre en date du 18 juin
dernier, le conseil estime que les ressources du Sieur Mortenol (André), qui
ne consistent que dans le produit de son travail comme maître voilier, sont
insuffisantes pour lui pennettre de subvenir aux besoins de sa famille et aux
frais d'entretien de son fils à l'école polytechnique ou à l'école militaire de
Saint-Cyr.
Pour extrait confonne
Le Secrétaire archiviste,
Célorius de Nainville.
Vu, le Gouverneur, G.
Couturier.
---------- Gouvernement de la Guadeloupe et Dépendances
N° 385
Administration de l'Intérieur
N°771
Direction des Colonies
2e Bureau
Basse-Terre, le 19 août 1880
Transmission de pièces concernant les demandes de bourse fonnées par MM.
B. Roussel Bonneterre et Mortenol en faveur de leurs fils, candidats à l'école
Polytechnique et à l'école de Saint-Cyr
Le Gouverneur de la Guadeloupe
à M. le Ministre de la Marine et des Colonies, Paris
Monsieur le Ministre,
Conformément aux prescriptions de votre dépêche du 19 juin dernier,
j'ai l'honneur de vous adresser, sous ce pli, copie d'une lettre de M. le Maire
du Grand-Bourg, en date du 27 juillet 1880, et deux états contenant les .
renseignements nécessaires pour permettre à M. le Ministre de la Guerre de
70donner suite, à la demande de bourse qui lui a été adressée par M. Botreau
Roussel Bonneterre, chef de bataillon en retraite, en faveur de son fils,
candidat à l'école spéciale militaire.
Je vous envoie également, accompagnée des renseignements
nécessaires, une demande de bourse à l'école Polytechnique ou à l'école de
Saint-Cyr, formée par M. André Mortenol, demeurant à la Pointe-à-Pitre, en
faveur de son fils Camille.
Cette dernière demande m'avait été transmise par M. le Préfet de la
Gironde, pour être instruite dans la forme réglementaire.
Je suis, avec un profond respect, Monsieur le Ministre, votre très
obéissant serviteur.
Le Gouverneur, G. Couturier.
Indications portées en marge par la Direction des Colonies:
- en face de 'son fùs Camille': boursier de la colonie au Lycée de Bordeaux. fi
aurait dû ajouter ces quelques mots
importants.
---------- Ministère de la Marine et des Colonies
Direction des Colonies
2e Bureau
Minute de la lettre du 25 septembre 1880
Le Ministre de la Marine et des Colonies
à M. le Ministre de la Guerre
Renseignements sur une demande de bourse en faveur du jeune Mortenol
Monsieur le Ministre et Cher Collègue,
M. le Gouverneur de la Guadeloupe m'a adressé et j'ai l'honneur de
vous transmettre ci-joint les renseignements qui lui avaient été demandés par
M. le Préfet de la Gironde pour instruire dans la forme réglementaire une
demande de bourse à l'Ecole Polytechnique ou à l'Ecole spéciale militaire,
formée par M. André Mortenol, demeurant à la Pointe-à-Pitre (Guadeloupe),
en faveur de son fils Camille.
Je ne puis que vous prier de vouloir bien accueillir favorablement cette
demande que je joins également à la présente communication.
Le Ministre.
71-Tritiya -
3- Centredes
Archivesd'Outre-Mer
---------7
- Sous-arrondissement de Bordeaux
Direction des Colonies - 1er Bureau
Bordeaux, le 2 août 1876
à Monsieur le Ministre de la Marine et des Colonies à Paris
Envoi du Bulletin de Notes des élèves boursiers des colonies au Lycée de
Bordeaux
Monsieur le Ministre,
J'ai l'honneur de vous transmettre ci-joint le Bulletin de Notes
obtenues pendant le 2e trimestre de l'année 1876 par les élèves boursiers des
colonies au Lycée de Bordeaux.
Je suis avec respect, Monsieur le Ministre, votre très humble et très
obéissant serviteur.
Le Commissaire général
Chef du Service de la
Marine
---------- Situation morale des boursiers coloniaux du Lycée de Bordeaux, 2e
trimestre 1876
(...)
-Mortenol, Sosthène, Héliodore, Camille
- Date de la naissance: 29 novembre 1859
- Date de l'entrée, de la nomination, ou de la promotion: 1er mars 1876, 30
novembre 1875
- Classe: Math. Prép.8
- Division: SUp.9
- Religion et devoirs religieux: B.
- Moeurs: B.
-Conduite: T.B.
- Progrès: T.B.
- Places: 4. 1. 1. 3. 3. 2. 23/30.
7 C.A.O.M., Dossiers des élèves boursiers des colonies, Généralités 259 - 1781. Ces notes
furent ensuite transmises aux gouverneurs par le ministre en août 1876.
8
Mathématiques préparatoires.
9 Supérieure.
72Bordeaux, le 31 juillet 1876
Le Proviseur, H. Hunin.
-Catw1haca -
4 - Documents conservés aux Archives de l'Ecole Polytechnique, dossier
S.H.C.
Mortenol:
---------- Demande de bourse et de trousseau au ministère de la Guerre pour S.H.S.
Mortenol par son père André Mortenol
Je soussigné, André Mortenol, demeurant à la Pointe-à-Pitre
(Guadeloupe), ne pouvant subvenir aux frais d'entretien et de pension du
jeune Mortenol, mon fils, prie Monsieur le Ministre de la Guerre de vouloir
bien lui accorder une bourse et un trousseau dans le cas où il serait reçu à
l'Ecole de Saint-Cyr.
Fait à la Pointe-à-Pitre le 10 mars 1880
André Mortenol
Vu pour légalisation de la signature
de M. André Mortenol
Pointe-à-Pitre, le 10 mars 1880
Le Maire, C. Nicolas
Mairie de Pointe-à-Pitre,
Guadeloupe
---------- Attestation de vaccination de Camille Mortenol
Je soussigné, Docteur du Médecine, Médecin en chef du Lycée de
Bordeaux et de l'Hôpital de cette ville, certifie que le jeune Mortenol Camille
porte sur les deux bras les traces d'une bonne vaccination.
Fait à Bordeaux, le 17 mars 1880, Dr. Mabit.
Vu pour légalisation de la signature de M. Mabit apposée ci-dessus à
Bordeaux, en l'Hôtel de Ville, le 23 mai 1880, l'Adjoint au Maire.
73~
- Certificat d'acceptation délivré par l'autorité militaire, 21 mars 1880
Nous soussigné Rochas, Capitaine adjoint au commandant du bureau
de recrutement et de mobilisation de Bordeaux,
Certifions que nous avons fait visiter en notre présence par M.
Bouchard, médecin major de 1ère classe à l'Hôpital militaire de Bordeaux,
Le Sieur Mortenol, Sosthène, Héliodore, Camille, né le 29 novembre
1859 à la Pointe~à-Pitre, canton du dit, département de la Guadeloupe et
résidant à Bordeaux, canton du dit département de la Gironde, fIls de André et
de Julienne Toussaint, domiciliés à la Pointe-à-Pitre, canton du dit,
département de la Guadeloupe, taille d'un mètre 66 centimètres, cheveux et
sourcils noirs, yeux noirs, front haut, nez épaté, bouche grande, menton
rond, visage ovale, culte catholique, exerçant la profession de Etudiant et qu'il
résulte de cette visite que le Sieur Mortenol n'est atteint d'aucune infirmité,
qu'il est sain, robuste et bien constitué.
En conséquence, et après avoir reconnu par nous-même qu'il réunit la
taille et les autres qualités requises pour se présenter aux examens de l'Ecole
Polytechnique.
En foi de quoi nous lui avons délivré le présent certificat, signé de
nous et de M. Bouchard, médecin major de 1ère classe.
Fait à Bordeaux, le 21 mars
1880.
---------- Extraitdu rôle des Contributionsdirectesde l'année 1880 - Département de
la Pointe-à-Pitre, Arrondissement de Pointe-à-Pitre, Commune de la
Pointe-àPitre.
Rôle publié le 26 mars 1880. Article 1288:
- Mortenol André (maître voilier), rue de l'Arsenal.
- Droit fixe sur les portes et fenêtres: 30 francs
- proportionnel de patente sur une valeur locative de 42 francs: 12 francs
- Frais d'avertissement: 10 centimes.
Payera la somme de quarante-deux francs dix centimes.
Certifié à la Pointe-à-Pitre le 19juillet 1880.
Le Percepteur des contributions directes
Le Maire de la commune de Pointe-à-Pitre certifie la signature et la qualité du
Percepteur ci-dessus.
Fait à Pointe-à-Pitre le 19juillet 1880,
C. Nicolas.
74

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