On a fait de nous des immigrés
123 pages
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Description

Mon enfance a été marquée de plein fouet par l'exil de ma famille dû à la misère qui régnait dans le Sud de l'Italie. Depuis, je refuse cette misérable situation qui a été maintenue par les dirigeants qui n'ont eu aucune volonté de donner un essor économique à ce Sud. Par ce livre, je dénonce l'indifférence qu'ont eue ces hommes du gouvernement face à l'exode de milliers de leurs citoyens.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 décembre 2009
Nombre de lectures 267
EAN13 9782336273136
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

© L’Harmattan, 2009
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr
9782296103757
EAN : 9782296103757
Sommaire
Page de Copyright Page de titre Préface Préambule Le départ de mon père La Sardaigne Retour de Maman de l’hôpital La colonie de vacances La Démocratie chrétienne est toujours au pouvoir L’émigration continue Départ pour la France Notre installation Mon entrée dans la vie professionnelle Retour dans mon Sud La séparation Ma révolte Retour au pays du travail Voyage d’amour dans mon Sud
On a fait de nous des immigrés

Giuseppe Mungo
Préface
Le récit de Giuseppe Mungo est un cri de révolte, celui d’un arrachement. Adieu à toi mon Sud où la lumière transforme la misère en une beauté minérale, qu’aucune injustice ne parviendra jamais à corrompre.

L’exil commence en Sardaigne où le père doit passer sous les fourches caudines d’un ordre établi immuable pour trouver du travail où tout est dû au notable local qui se fait appeler « le don » ; même l’eau de son puits est monnayée chichement lorsque la fontaine publique se tarit.

Le jeune Giuseppe a une conscience aiguë de cette injustice, sa curiosité, sa précocité intellectuelle lui font vite comprendre l’imposture des jeux politiques et des slogans qu’on jette en pâture au peuple afin d’obtenir sa voix. Il est rebelle à tout embrigadement: « je dénonce, donc je suis » nous dit-il. Mais sa révolte est celle d’un humaniste et d’un poète. Nulle haine dans ses propos, seulement le désir de comprendre et de se construire avec cette capacité d’aimer, de ressentir qu’aucune frustration ne peut l’altérer.

L’immigration en terre étrangère survient au seuil de l’adolescence au terme d’un long et pénible voyage. Le voilà dans un autre monde, en Bourgogne où le ciel est gris, les pâturages verts toute l’année, la terre grasse, ce qui ne cessera d’étonner son père habitué à travailler une terre aride et pauvre.

Une autre langue, d’autres règles parfois aussi iniques que celles de son pays, l’école de la République à laquelle l’auteur rend un hommage sobre et émouvant. Ce n’est plus un Italien du Sud mais un Français devenu ouvrier qualifié dans un grand groupe industriel avec le beau parcours que l’on connaît. Un Français immigré qui ne peut oublier ses racines, son Sud. Le récit du retour est poignant de beauté, d’émotion, de révolte aussi. La conversation engagée avec un Italien du Nord dans le train qui le ramène en terre natale n’est pas que le fruit du hasard, c’est aussi par besoin, pour se libérer de la souffrance d’avoir été considéré comme un étranger dans son propre pays. Et puis cette angoisse du retour, « ce Sud retrouvé comme une fiancée qu’on a quittée sans se retourner, vais-je vraiment l’aimer, m’acceptera-t-il ? »

On lit ce livre d’une traite, transporté par la sensibilité poétique de son auteur, bouleversé par cette histoire familiale qui nous renvoie à la condition de tous les immigrés, ému par l’hommage qui est fait aux vertus républicaines de notre pays.
Docteur Yves GEY
Préambule
Un journal allemand prétend que si le sud de l’Italie était gouverné à la façon rhénane, il serait le paradis de la Méditerranée et nous, gens du Sud, ne serions plus les « mamelouks » des pays du Nord.

Mais il n’y a pas de volonté de la part des gouvernants de donner un essor économique à ce Sud. Leur seule préoccupation est d’enrichir le Nord et d’avoir une main-d’œuvre corvéable à souhait.

Ces hommes ne savent pas ce que c’est que de quitter sa terre natale pour une terre inconnue en laissant derrière soi une famille, une maison, un chien qui était le meilleur compagnon, de quitter cette jeune fille avec qui la veille on s’est échangé une bague et promis de s’écrire tous les jours. Ils ne savent pas ce que c’est que de quitter son village et de n’apercevoir qu’une vague silhouette au loin avant de disparaître pour longtemps. Ils ne savent pas ce que c’est que de sentir pleurer tout son corps ne sachant pas quand on reviendra respirer cet air, quand on retrouvera ce parfum que seuls les oliviers qui poussent sur cette terre brûlée par le soleil du Sud savent donner. Ils ne savent pas ce que c’est que de n’avoir que des souvenirs comme seul bagage à emporter, les poches pleines de misère, la tête pleine d’espoir et les mains que le travail n’a pas épargnées prêtes à affronter toutes les tâches que l’on pourra leur proposer.

Toi mon Sud ! Toi mon Sud et ta misère qui m’ont fait partir de ma terre, sachez que mes racines sont si profondes que jamais personne ne pourra les éradiquer.

Toi mon Sud et l’ingratitude de ces hommes, vous m’avez fait connaître la douleur de quitter ma terre natale dès ma plus tendre enfance.

Je pense donc je suis ! Non, je dénonce donc je suis !

Je dénonce ces hommes qui dirigent ce Sud. Ils sont les principaux acteurs donc les principaux responsables de cette misérable situation qui persiste dans chaque recoin du Sud de l’Italie.

Je dénonce ces hommes qui ont maintenu dans une telle misère ce peuple obligé de se déraciner s’il ne veut pas mourir, asséché comme une plante que l’on oublie d’arroser.

Nous ne sommes pas oubliés. Nous sommes simplement programmés pour être des émigrés.
Le départ de mon père
1950, mon père nous quitte. C’est une fuite devant la misère. Il a jeté sa pioche ; la récolte a été très mauvaise. A trente-deux ans il ne croit plus à ce qu’on lui a appris : la terre. Il ne croit plus à son Sud, la Calabre. Il la quitte pour la Sardaigne, un autre Sud. Il ne sait pas ce qu’il va trouver, mais il sait ce qu’il fuit : une terre de pierres et de misère.

Ma mère, enceinte, reste le cœur déchiré par cette rupture comme une veuve abandonnée sans lendemain, avec mon frère et moi.

Nous allons alors rejoindre mes grands-parents maternels qui sont, eux aussi, agriculteurs dans le même village. Mon grand-père est régisseur d’un de ces riches propriétaires qui détiennent le monopole des terres.

Dans ce Sud, les notables se donnent le titre de « don » et le baisemain est d’usage. Il est aussi de tradition que dans chaque famille de notable il y ait au moins une personne qui entre dans les ordres, ce qui apporte un réel prestige de noblesse à leur nom. Dans ma famille aussi une personne est entrée dans les ordres. En effet, le frère de mon père, à l’âge de dix-huit ans, a pris le chemin d’un monastère près de Rome, non pour le prestige de noblesse, mais pour échapper à la misère et au dur travail, à l’ingratitude de la terre. Lui aussi, bien avant mon père, a jeté sa pioche et a fui son Sud.

Dans ce Sud les gens sont si misérables qu’ils sont asservis par les « dons ». Le travail régulier n’existe pas dans ce milieu ; il n’y a que des journaliers. Ces hommes et femmes n’ont que le droit de s’échiner à retourner, de l’aube au crépuscule, une terre qui semble refuser de se faire travailler tellement elle est aride, les sillons faisant entre trente à soixante-dix centimètres de profondeur selon ce qui y est planté. Ils doivent maintenir une cadence soutenue, menée par le ruffiano 1 du notable. Le morzedu 2 , c’est le patron qui l’apporte. Pour que chacun ait sa juste part, le plus ancien pèse, à l’aide d’un morceau de bois qu’il met en équilibre sur une pierre, le pain et le fromage. Mais, pour midi, chacun apporte son repas, constitué le plus souvent d’un morceau de pain fait avec le blé glané par les femmes et les enfants, accompagné parfois d’un morceau de fromage de brebis ou, le plus souvent, d’un oignon.

Ces hommes, à qui le manche de pioche a rendu les mains si calleuses et rugueuses qu’ils peuvent allumer une allumette en la frottant dessus, rentrent à la maison heureux de dire à leur femme que demain ils iront travailler sur les terres du « don ».

Ces mains calleuses peuvent devenir un atout majeur pour une demande en mariage, car elles démontrent à la jeune fille et à sa famille que le prétendant a du travail et qu’il est courageux.

Ces journées de travail sont bien souvent obtenues grâce aux présents offerts à ces notables pour les fêtes de Pâques, de Noël ou du Saint Patron du village. C’est le fils ou la femme du journalier qui est chargé de cette tâche. Elle se conclut, de la part du « don », par un simple geste de la main : « Pose-les avec les autres ». En effet, cabris, agneaux, fromages, huile d’olive, vin et autres denrées sont amoncelés sur une grande table disposée dans l’entrée de leur bourgeoise habitation.

Les demeures de notables sont souvent entourées d’un haut mur orné d’une crête de tessons de verre. Que veulent-ils cacher ? Leur ostentatoire richesse ? Se préserver d’un peuple de misérables gueux usés à force de retourner la terre des champs qui ne leur appartiennent pas ? Cette terre que ces paysans doivent quitter tout comme leur village qui reste assoupi au soleil en attendant leur éventuel retour pour fêter le Saint Patron.

A cette occasion, dans une même liesse, jeunes et vieux se prosternent devant ce Saint qui est promené, ballotté dans les ruelles décorées. La fête permet d’oublier leur misère pour un jour.

C’est au cours d’une journée comme celle-ci que je me vois sortant de l’église avec nonno 3 , grand homme svelte coiffé d’un immense chapeau marron. Il en abaisse le large rebord et me prend la main pour affronter cette foule en fête. Pour l’occasion il m’achète un ballon rouge attaché à un fil que je tiens avec fermeté par peur qu’il ne s’envole, comme je tiens avec fermeté la main de cet homme pour rejoindre nonna 4 qui a préparé un repas de fête autour duquel toute la famille est réunie.

II plane comme de la tristesse autour de la table, avec des moments de silence. Même nous, les enfants, qui sommes attablés à l’écart sur une malle de couleur verte, n’avons pas l’esprit à chahuter. C’est là que je réalise, en écoutant les adultes, que demain je quitte ces gens, cette petite femme, cet homme que je considère comme mon père. En effet, ma mère a pris, avec grand courage et détermination, après une année de séparation, la décision de rejoindre père en Sardaigne.

Comme elle l’a si souvent raconté, ce courage elle l’a déjà eu en septembre 1943, en pleine deuxième guerre mondiale. Suite à la capitulation du fascisme, une révolte civile a éclaté entre le Nord et le Sud de l’Italie la mettant à feu et à sang. A cette époque, mon père était mobilisé à la frontière yougoslave et, se trouvant seule, elle a pris la décision, pour préserver sa vie et celle de l’enfant qu’elle portait en elle, de rejoindre ses parents qui se trouvaient, pour les circonstances de la guerre, à Cardinale, petit village distant d’une cinquantaine de kilomètres situé dans les montagnes. Pendant que les alliés qui avaient débarqué deux mois plus tôt en Sicile bombardaient à tout va en remontant l’Italie pour chasser un bruit de bottes qui s’était installé dans différents pays d’Europe, ma mère, aidée d’un de ses oncles disposant d’un char à bœufs, a affronté la route de l’exode. Le petit être qu’elle portait en elle, ballotté par les cahotements du char sur les chemins de pierre, demandait avec insistance d’être de ce monde. C’est comme cela que, au bout du deuxième jour de voyage, âgée seulement de seize ans, elle a eu son premier enfant sous les bombardements, avec l’aide d’un docteur américain que le hasard de la guerre a fait passer par là, à l’abri du char qui s’était renversé sur le chemin.

Le jour du départ est arrivé. Je me souviens que c’est nonna, avec son foulard vissé sur la tête, qui m’a hissé dans le train qui nous éloigne de ces deux êtres que je ne reverrai que seize ans après.
J’ai quatre ans. Faire du train, c’est quelque chose de fantastique. Prendre la mer de nuit sur un grand bateau tout illuminé, cela vous marque à vie.

Adieu Calabre, terre natale ; bonjour Sardaigne, terre d’accueil.
La Sardaigne
La situation de mon père ne s’est pas améliorée. Il a dû reprendre la pioche qu’il avait jetée. Il est employé comme jardinier chez un notable.

Le notable a son jardin, ses arbres, ses parfums et l’eau à portée de main. Le peuple, lui, doit se contenter d’un éphémère filet d’eau qui coule d’une fontaine municipale mise en fonctionnement sporadiquement. Pour avoir de ce précieux liquide, il faut déposer le soir son récipient au pied de la fontaine de son quartier et revenir le lendemain matin pour le remplir. C’est l’ordre de dépose du récipient qui détermine son tour. Quand la fontaine ne donne plus, il faut acheter l’eau chez le notable qui, lui, a son puits.

Père se loue comme journalier pour compléter les fins de mois. Nous habitons une petite maison basse, peinte à la chaux, comme la majeure partie des habitations dans cette ruelle sans issue. Nous sommes les seuls enfants du voisinage.

Ma mère aussi s’est mise à la tâche ; elle tricote et coud pour les voisins jusque tard dans la nuit. D’après les dires de mes parents, la vie est plus douce dans ce nouveau Sud.

Les choses vont de mieux en mieux pour nous. Père a été embauché dans une grande entreprise de maçonnerie pour la construction d’un bâtiment au bord de la mer. Ce bâtiment servira de colonie de vacances aux enfants des mineurs d’une ville voisine. Il ne rentre qu’à la fin de la semaine, le chantier étant éloigné du lieu où nous habitons.

Maman tombe malade ; il faut l’hospitaliser. Nous nous retrouvons seuls. Père nous place dans une famille de paysans qui habite au fond de la rue, zia 5 Elena et ziu 6 Mundiccu, bien plus âgés que mes parents. Il y a aussi leurs deux grandes filles, Iolanda et Erminia. Ces braves gens nous ont adoptés. Ma sœur est prise en charge par les deux filles. Quant à mon frère et moi, c’est la maîtresse de maison qui nous a pris sous son aile. Ils possèdent un cheval blanc et noir au nom d’Ogu nieddu qui est enfermé dans une écurie et ne sort que lorsqu’il doit tirer la charrette. Ils possèdent aussi une petite basse-cour.

Lorsque je n’ai pas école, ziu Mundiccu, petit homme habillé d’une veste de velours couleur kaki élimée par le temps, qu’il ne quitte jamais, tout comme sa casquette et son pantalon de frustagna 7 gris à rayures noires, m’emmène à la campagne avec lui. Ogu nieddu est attelé à la charrette qui est recouverte d’une peinture grise délavée. Zia Elena, cette femme à la carrure masculine, fait partie de l’expédition car c’est la récolte des pastèques et ce petit homme a besoin des bras robustes de son épouse. La monture nous tire avec agilité. Je suis assis dans la charrette. L’allégresse nous habite. Je ris aux éclats sous l’effet des ballottements occasionnés par la route caillouteuse. Nous arrivons au champ. D’énormes boules noires et vertes qui me font penser à des carapaces de tortues jonchent le sol ; les plants ont disparu ; seule une simple tige relie encore chaque fruit à la terre afin qu’il en puise les derniers sucs. La récolte commence. La charrette se remplit tout doucement. Zia Elena va chercher la croccoriga 8 qui a été mise à l’ombre de l’amandier pour nous désaltérer. Ziu Mundiccu nous partage un de ces fruits qu’il coupe avec son couteau, objet que chaque homme du Sud doit avoir sur lui pour défendre son honneur en cas d’offense. Ma tranche est si grosse que mon visage baigne dans sa chair rouge et son jus dégouline sur mon menton lorsque je la croque. Déjà, à l’horizon, le ciel rougeoie. Il reste encore quelques pastèques à ramasser.
L’homme à la veste en velours nous crie :
- Dépêchons-nous avant que la nuit tombe.

Au retour, je voyage assis entre mes deux protecteurs. Ziu Mundiccu, sa veste posée simplement sur ses épaules, me donne les rênes pour mener Ogu nieddu et allume le reste d’un cigare. Je suis surpris de voir qu’il a mis le côté allumé dans sa bouche et lui demande pourquoi. Il m’explique que de cette façon le cigare se consume moins vite. Je n’ai pas grand-chose à faire pour mener l’attelage car le cheval connaît son chemin. Il tire sa lourde charge avec nonchalance d’un pas lent. Personne ne parle ; nous entendons simplement le grincement des roues. Nous ressentons tous la fatigue du labeur effectué sous la chaleur. Ogu nieddu s’arrête de lui-même à l’abreuvoir qui se trouve sur notre route pour assouvir sa soif. Pour éviter que le cheval ne s’étouffe en buvant avec avidité dans sa grande soif, ziu Mundiccu se met près de lui et lui siffle à l’oreille une cadence d’apaisement. Lorsque nous arrivons à la maison il fait presque nuit. Ziu Mundiccu dit à sa femme :
- On déchargera demain.
Retour de Maman de l’hôpital
C’est l’automne. Maman rentre de l’hôpital. Mon frère et ma soeur réintègrent la maison. Moi, je reste dans cette famille d’accueil jusqu’à ce que maman soit rétablie. Je suis content de séjourner encore un peu chez ces gens qui me donnent beaucoup d’amour.
- Cela tombe bien que tu restes encore un peu avec nous car c’est la récolte du safran et nous avons besoin de petites mains, me dit zia Elena avec un sourire destiné à ma mère qui semble gênée de me laisser une nouvelle fois à la garde de ces braves gens. Maintenant, va vite aider les filles à charger la charrette car demain nous partirons très tôt.

En effet, la nuit me paraît courte. Le jour n’est pas encore levé quand cette seconde mère vient me tirer du lit. Mon bol de lait de chèvre avec des morceaux de pain qui trempent dedans m’attend comme tous les matins. Mais ce matin je dois l’avaler sans perdre de temps. Tout le monde est prêt. Je me faufile entre Erminia et Iolanda qui sont déjà installées sur la charrette. Je suis encore un peu engourdi de sommeil. Je sens la fraîcheur des matins d’automne, mais les corps de ces deux jeunes filles me tiennent bien au chaud. J’ai dû m’endormir car le trajet ne m’a pas paru long. Ziu Mundiccu n’est pas là. C’est zia Elena qui a conduit le cheval noir et blanc qui donne l’air d’être aussi vieux que ses maîtres. Le jour pointe déjà lorsque nous arrivons au champ. J’aide les filles à décharger la charrette pendant que leur mère va attacher Ogu nieddu à un énorme figuier qui est adossé à un nuraghe, construction de forme arrondie en pierres sèches. Là je suis surpris de voir zia Elena relever toutes ses épaisseurs de jupe et de jupons pour faire pipi debout.

Le soleil matinal est juste derrière cet arbre.

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