Parcours d un aventurier humaniste
251 pages
Français

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Parcours d'un aventurier humaniste , livre ebook

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Description

En 1976, Patrice traverse l'Afrique en stop, puis à bicyclette. Son périple l'a amené en Rhodésie, pays en guerre. La Rhodésie a l'apparence d'un petit paradis, mais celui-ci prend feu. Ce roman, c'est son aventure. Celle d'un jeune homme qui a choisi d'affronter la vie dans ce qu'elle a de plus dur. Il s'attachera à cette terre qu'il devra abandonner après une descente aux enfers. Mais il n'oubliera jamais, lorsqu'il était forestier dans la zone rouge de la Rhodésie, sa rencontre avec le vieux Beje qui lui apportera la sagesse.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 septembre 2010
Nombre de lectures 316
EAN13 9782296258648
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Parcours
d’un aventurier humaniste
P ATRICE F AYE


Parcours
d’un aventurier humaniste


L’H ARMATTAN
©L’H ARMATTAN, 2010
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-12063-1
EAN : 9782296120631

Fabrication numérique : Socprest, 2012
Ouvrage numérisé avec le soutien du Centre National du Livre
Chapitre I
Je le cherche, mais je ne le trouve pas, je dois absolument fermer les yeux, mais ils restent grands ouverts. J’en ai pourtant grand besoin. J’aimerais tant le trouver ce paisible sommeil qui m’emmènerait loin de tout, loin de ce cachot humide, crasseux, puant et surpeuplé.
Ils m’ont laissé mon meilleur ami, mon inséparable sac de couchage, un peu rapiécé mais sa présence m’est tellement agréable et me redonne un peu l’espoir que les nuits continueront à se suivre.
Puis un poids invisible appuie sur mes paupières et je sens mon âme qui fléchit, mes pensées deviennent confuses, et je revois la tête monstrueuse du commandant de la station de police ; elle est énorme et elle répète sans cesse :
Demain vous serez fusillé, vous êtes un mercenaire français, vous aimez tuer les Noirs et vous voulez encore tuer. Fusillé, vous serez fusillé !
Les coups de feu de mon imagination me réveillent en sursaut ; autour de moi les corps allongés à même le sol de mes compagnons d’infortune, invisibles à cause de l’obscurité, n’émettent que des sons de sommeil dans un miasme de sueur et d’urine. Quelques-uns d’entre eux, enchaînés, s’ébranlent dans la nuit comme des fantômes harassés. Etant le seul Blanc parmi les Africains, ils n’ont manifesté ni haine, ni compassion, seulement de l’indifférence, peut-être un certain amusement. Mais la nuit avancée amène son poids d’énorme solitude. Le matin sera long à venir.
A peine un filet de lumière traversant comme une flèche les tôles rouillées du cachot que des bruits sourds de pas et de conversation se font entendre. Dans la pénombre les yeux s’ouvrent et me fixent curieusement, les corps bougent tout autour de moi ; il me faut attendre encore. Est-ce la fatigue ou la peur ? Je me sens si seul, tellement loin de tout.
Soudain, la porte s’ébranle, un homme entre. Il me cherche du regard ; tous les prisonniers s’agitent arrosés par la lumière qui dévale de la porte grande ouverte. Puis il m’aperçoit comme une tache inhabituelle. Son uniforme est impeccable, mais son visage est bouffi par une mauvaise nuit. Il est seul, ce qui me rassure un peu ; son expression semble calme et blasée :
Suivez-moi ! dit-il sans sévérité.
Mes jambes ont peine à me soutenir ; les autres prisonniers s’écartent en silence pour me laisser dériver jusqu’à la porte où m’attend mon destin. Je marche presque normalement ; je le suis ; le couloir gluant nous mène dans un bureau désert. Ma tête est comme un bateau ; tout tangue autour de moi. Que va-t-il se passer ?
Si je me suis senti grand parfois, je me sens tout petit aujourd’hui au milieu de ces hommes en uniforme qui tiennent mon sort entre leurs mains. Je me sens la force de sourire quand l’un d’entre eux me dit peut-être avec ironie :
Good morning sir !
Aussitôt dehors, je reconnais le soleil encore pâle que je n’espérais plus revoir.
Il rallume aussitôt en moi une chandelle éteinte, comme si sa présence devrait faire en sorte qu’il n’arrive rien et que la vie doit continuer.
On me fait comprendre que je dois escalader l’arrière d’une Toyota, sans bousculade. L’air vif du matin qui secoue les albizzias en fleur me ravigote. Appuyés contre la camionnette, deux policiers discutent à voix basse. Leur dialecte est incompréhensible à mes oreilles. Les casquettes à la main, le crâne rasé et brillant, reflétant le soleil levant, ils semblent tous deux automatiques, sans âme.
Puis d’autres hommes arrivent, tous enchaînés comme dans une ribambelle. Les chaînes les gênent pour grimper à mes côtés. Ma peau blanche les intrigue ; ils me fixeront sans cesse d’un regard éteint, sans sourire, sans parler. La présence d’un Européen parmi eux les dérange ou les étonne.
Un autre policier s’approche, muni de mon sac à dos qu’il confie à mes anges gardiens ; ceux-ci s’installent en riant à l’avant de la camionnette qui démarre pour je ne sais où et je ne leur demanderai pas.
Je me souviens de ces matins d’été qui berçaient mon enfance, chaque jour semblait identique au précédent ; innocent et inconscient de l’avenir, je me laissais guider par des ordres et des règles en espérant que ça ne finisse jamais. Pour moi l’Afrique ressemblait à un éternel été, à des vacances qui ne finiraient jamais.
Je regarde les magasins de Francistown, à peine éveillé. Les premiers badauds pressés de se rendre à leurs tâches quotidiennes posent des regards discrets sur le passage de la camionnette. Les yeux perdus dans le ciel tout bleu, je ne regrette rien, même pas de ne pas croire en Dieu.
Puis la voiture s’arrête en remuant la poussière rouge qu’elle dépose sur les feuilles d’un frangipanier. Devant moi un bâtiment imposant où s’agitent des uniformes me laisse supposer que cette station de police est plus importante que le malheureux cachot où je viens de passer deux nuits de cauchemar. De l’autre côté, des acacias crochus me montrent du doigt, ombrageant une piste de latérite qui se perd au loin dans la savane arborée.
A l’intérieur, assis parmi mes nouveaux comparses, j’observe l’autre côté du comptoir. Les fonctionnaires s’activent ; sans doute ma présence les perturbe-t-elle, le sentiment qui en ressort est trouble ; gêne, haine, amusement, sympathie, compassion ?
Pendant que l’on s’occupe de mon cas dans ce langage d’une autre planète, je lève les yeux sur le portrait de Séretsé Khama, Président du Botswana.
Veuillez me suivre s’il vous plaît !
Je ne me défends plus ; tout est déjà écrit ; je n’ai qu’à me laisser conduire ; même mes jambes ne tremblent plus. Je me devine le visage broussailleux, les cernes sous les yeux, laid et fatigué.
J’entre dans un bureau où s’amoncellent des tas de dossiers.
Assis devant moi un homme avec d’imposantes étoiles sur les épaules déplace son regard des pieds à ma tête, avec un sourire presque complice.
Son regard bonhomme, sa peau très noire comme l’Afrique, celle que j’aime, pas l’autre, ralentit le rythme de mes battements de cœur.
Entre ses mains tranquilles, il feuillette quelques pages tapées à la machine qui ont l’air de le préoccuper. Il les pose, ouvre mon passeport qu’il feuillette longuement, reprend les pages, relit avec une moue de mécontentement de sa bouche pincée, reprend mon passeport, me fait signe de m’asseoir, soupire, refeuillette, me regarde ; il va parler ; je suis prêt, il s’exprime en anglais parfait que je comprends à peine.
Ce n’est pas clair ; sur le rapport qui vous concerne, vous êtes soupçonné d’avoir participé à une tuerie sur la frontière du Botswana et de la Rhodésie, ou trois de nos soldats ont trouvé la mort. Des mercenaires français sont à l’origine de cette tuerie qui a eu lieu il y a deux semaines. Mais sur votre passeport, il est mentionné que vous êtes seulement au Botswana depuis deux jours et vous n’êtes pas passé à l’immigration ; vous avez vingt-quatre heures de retard !
Il attend une réponse ; je laisse passer un silence ; il me fixe et reprend :
Etes-vous touriste ou mercenaire ?
Le sentiment d’avoir affaire à un homme réfléchi me soulage, et je me lâche ; je lui raconte tout, mon voyage, ma traversée de l’Afrique, du nord, à l’ouest, au centre, à l’est, mon arrivée au Botswana venant de Zambie, ma stupide arrestation lors d’un contrôle sur un barrage routier par des policiers ivres, certains d’en tenir un, l’interrogatoire ridicule par un officier haineux, acharné à vouloir me faire fusiller.
Il m’écoute, ne semble pas tout comprendre. Dehors rien ne bouge.
Il feuillette mon livre Africa for hitch hicker. Je continue à parler comme un moulin avec mon anglais à la française. Un autre officier entre dans le bureau, s’installe à ses côtés ; ils conversent entre eux pendant que je continue de parler ; on ne m’écoute plus, mais tant pis. Je me tais enfi

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