Tourbillon de vie
264 pages
Français

Tourbillon de vie , livre ebook

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Description

De par sa naissance, ses origines, son identité multiple, l'auteur nous fait passer, de décades en décades, de continents en continents, en avançant dans la vie à travers ses différentes expériences, tout en conservant un engouement qui nous entraîne vers des aventures où l'on se demande avec anxiété qu'elle en sera l'issue. Mais sa bonne étoile, toujours présente, l'accompagne pour lui donner au moment opportun son coup de pouce providentiel.

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Informations

Publié par
Date de parution 08 juin 2015
Nombre de lectures 42
EAN13 9782336382784
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

De par sa naissance, ses origines, son identité multiple, Randolph BENZAQUEN
l’auteur nous fait passer, de décades en décades,
de continents en continents, en avançant dans la vie à travers
ses différentes expériences, tout en conservant un
engouement qui nous entraîne vers des aventures où l’on se
demande avec anxiété quelle en sera l’issue. Mais sa bonne
étoile, toujours présente, l’accompagne pour lui donner au
moment opportun son coup de pouce providentiel.
Au fi l du temps, on suit l’évolution vers une maturité où les
choses les plus simples prennent de l’importance et où l’on
prend conscience de la fuite inéluctable du temps. Tourbillon de vie
Issu d’une famille de Gibraltar, Randolph Récit
BENZAQUEN est né à Casablanca au Maroc en
1944. Après avoir terminé ses études en France,
son besoin d’évasion l’amène à parcourir le
monde. Dans un premier livre intitulé La Piste
(Éditions du Net, 2013), il nous fait traverser l’Afrique dans
des conditions assez rudes. Dans ce second livre, il nous fait
découvrir sa vie et nous mène, d’aventures en aventures, à
travers les montagnes, les océans et les déserts, dans des
péripéties rocambolesques qui nous permettent de rompre
avec le train-train quotidien.
es impliqués
Les impliquésISBN : 978-2-343-06192-4
22 € Éditeur
Tourbillon de vie
Randolph BENZAQUEN
Les impliqués
É di teu r





TOURBILLON DE VIE



















Les Impliqués Éditeur
Structure éditoriale récente fondée par L’Harmattan, Les
Impliqués Éditeur a pour ambition de proposer au public des
ouvrages de tous horizons, essentiellement dans les domaines
des sciences humaines et de la création littéraire.
Déjà parus
Gribe (Serge), La révolte d’un rescapé face au silence de l’histoire, récit,
2015.
Mengome (Armand Joachim), La longue marche des populations fang,
récit, 2015.
Vialaret (Jimi B.), Le complexe de Caligula, récit, 2015.
Misrai (Serge), Bye-bye Praha, roman, 2015.
Toh Bi (Emmanuel), Pages en feu, poésie, 2015.
Dravet (Bernard), Former, Surprendre, Innover, essai, 2015.
Reidig (L.N.), Le livre de Muguette, récit, 2015.
Lewy (Richard), Silences de patients, récit, 2015.
Féry (Bernard), Au cœur d’un mariage mixte, roman, 2015.
Franck (Jacques), Histoire d’une famille juive alsacienne, récit, 2015.
Ces dix derniers titres de ce secteur sont classés par ordre
chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site :
www.lesimpliques.fr Randolph Benzaquen
Tourbillon de vie
récit
Les impliqués Éditeur © Les impliqués Éditeur, 2015
21 bis, rue des écoles, 75005 Paris
www.lesimpliques.fr
contact@lesimpliques.fr
ISBN : 978-2-343-06192-4
EAN : 9782343061924
Avant-Propos
Randolph, dont les origines sont de Gibraltar, est né à
Casablanca en 1944. Il nous raconte sa vie, parcourue à
arpenter le monde sur toutes sortes de montures, dans un
esprit de totale liberté, à s’éprouver aux sports extrêmes
dans la nature sauvage, à fouiller les sensations les plus
insolites. Une existence passée à s’exprimer par tous les
pores, tous azimuts, dans un monde en pleine évolution, à
la recherche de tout ce qui touche la vie.
7
Chapitre 1

Né sous des auspices particuliers
La vie d’une personne est une succession
d’événements, de souffrances, de joies, qui avec le temps
vont modeler son devenir. Bien entendu, le hasard et les
choix que nous faisons tout au long de notre existence
vont influer sur notre avenir. La vie s’écoule comme une
rivière et le tracé de son cours est l’histoire de son
existence. Bien sûr, on est influencé par ses origines, sa
naissance, ses parents, ses choix, mais je pense que tout
est lié. Pour ma part, j’estime avoir eu de la chance dès ma
naissance. Je n’ai pas eu une identité propre, mais une
identité multiple, ce qui m’a donné beaucoup de liberté
dans mes actions et facilité les rapports avec toutes les
communautés. J’ai placé la liberté à un niveau tellement
haut qu’il m’est arrivé d’en payer le prix fort, mais
qu’importe, c’était mon choix, mon libre choix et je
l’assume, car c’est vrai que la liberté n’a pas de prix.
Je parlerai plus tard de ma mère qui, sans le vouloir,
m’a beaucoup influencé.
Nous allons tout d’abord commencer à la source. Dès
ma naissance, très tôt cette notion de liberté est intervenue.
Je suis né à Casablanca au Maroc en 1944, mes parents
venant de Gibraltar, j’étais donc britannique. À la maison
nous parlions l’espagnol, mais le Maroc étant sous
protectorat français, le français est devenu ma langue
usuelle. Bien que non pratiquant, je me sentais juif par
mes origines et ma sensibilité. Ce mélange m’a permis
d’ouvrir facilement les portes de plusieurs communautés,
puisque l’on m’acceptait comme faisant partie d’elles ; les
Espagnols, les Français, les Anglais, les juifs et les
musulmans étaient toujours prêts à m’accueillir comme un
9 des leurs. Cet atout m’a servi de passe-partout et a
beaucoup joué sur ma nature. Au fond de moi, je suis
persuadé que par le fait d’être juif, j’ai fini par réagir
contre l’attitude intolérante des gens. Je n’ai jamais voulu
penser, « je suis juif donc différent d’eux », mais leur
comportement a fini par me faire raisonner différemment.
J’ai entraperçu cette sensibilité qui caractérise le juif et le
traumatisme de la Seconde Guerre mondiale y est pour
beaucoup. Cela a développé en moi un besoin de justice.
Sans m’en apercevoir, liberté et justice guidaient ma façon
de penser et cela s’appliquait à tous les domaines et à tous
les êtres. Plus tard, j’ai découvert que ma petite taille m’a
également fait réagir. Je me devais de montrer que l’image
que l’on se faisait des juifs était fausse. Si j’avais été juif
marocain, cela aurait pu être différent ; les juifs du Maroc
dépendaient de l’autorité d’un pays musulman, bien que
cela se soit bien passé, leur attitude était forcément
influencée. Étant juif-anglais — nation qui avait résisté
avec le plus de vigueur contre le nazisme et qui s’est
même retrouvée isolée contre cette force destructrice avant
que l’Amérique n’entre en guerre — je me sentais soutenu
et pouvais donc m’exprimer plus librement.
Mais quel mélange dans ma tête, je suis anglais,
français, espagnol, Juif, marocain ! Au fond de moi, j’aimais
bien cette multinationalité. Qui, à mes yeux était un bon
départ contre le racisme. Plus tard, vu mon attirance pour
le Sahara, je me suis même demandé si dans le passé je
n’avais pas des origines nomades.
Mon pays d’origine. La guerre civile espagnole
Tout commence à la tendre enfance, on y revient
toujours. La vie est un voyage qui nous ramène où tout a
commencé.
10
De retour à Gibraltar, ma mère Doris rendait toujours
visite à ses amies, à la famille et je ne pensais pas que cela
me marquerait tellement tout au long de ma vie. Je souris
en pensant aux prénoms de mes tantes : Cuqui, Itty, Toti.
Cuqui avait un caractère vif, elle tenait la maison sous son
autorité de façon efficace. Itty, célibataire, était plus
disponible et plus compréhensive, c’est elle qui nous
défendait et couvrait nos bêtises. Toti est celle qui m’a le
plus attiré, elle avait plus de quatre-vingts ans, un puits de
science que l’on avait la coutume d’appeler « Espasa », du
nom de la grande encyclopédie espagnole du XXème
siècle. Le seul hic est qu’elle était complètement sourde et
qu’il lui fallait un appareil auditif pour nous entendre, ce
qui ne l’empêchait pas de nous charmer lorsqu’elle se
mettait à jouer de délicates sonates au piano. Ses
remarques étaient toujours logiques, empreintes de
sagesse, d’humour attendrissant et de philosophie. Pour
Doris, c’était une seconde mère. Son mari, Moshé, était
d’une gentillesse attirante, j’aimais bavarder avec lui,
écouter sa voix rauque, sous les fenêtres aux volets de bois
qui tamisaient la lumière et ne laissaient que le murmure
de Main Street nous bercer. Des mots espagnols, anglais
arrivaient parfois jusqu’à nous. De temps à autre, on
entendait des coups sourds sur les carrosseries des
voitures, c’était la façon de klaxonner à Gibraltar, en
tapotant les portières du plat de la main pour ne pas
déranger les autres. Je me souviens que leur maison était
un mélange de bois et de ciment et qu’à la cuisine l’eau
pour laver la vaisselle était salée. Mais l’amie que ma
mère allait voir avec le plus de joie était Virginia Pratt, sa
sœur de lait ; elles avaient été éduquées ensemble.
Virginia était la sympathie même, d’un franc-parler et
d’un naturel hors du commun. Elle habitait à l’autre bout
de Gibraltar vers Punta Europa. Je devais avoir vers les
dix ans, cela m’amusait beaucoup de prendre le bus et de
11 faire la balade depuis Main Street vers Europa Road et
Engineer Lane. J’apprendrai plus tard, que la synagogue
qui se trouve non loin, a été fondée par le grand-père de
ma mère, Rabbi Salomon Elmaleh, un homme dont le
prestige et le savoir étaient tels, que les gens, encore à ce
jour, viennent prier sur sa tombe située à l’écart des autres
tombes et cernée par un petit muret de pierres pour
pouvoir s’y recueillir. On raconte que le pouvoir de Sa
Sainteté concédait les demandes qui lui étaient faites.
Pendant le trajet, je sentais l’âme de Gibraltar, ses
boutiques très british encadrées d’échoppes indiennes, de
magasins espagnols. Les petites maisons de style colonial,
les voitures pour la plupart anglaises. Partout le soleil était
éblouissant et le bleu de la mer présent. Bien entendu, à
toutes ces réunions, il y avait le « five o clock tea ». Ce
mélange de culture hispano-britannique avait un charme
fou, un petit bout d’Angleterre avec toute la chaleur
espagnole et cela se ressentait dans le caractère des
habitants qui étaient serviables et sans arrière-pensées.
J’étais fier d’être d’origine de Gibraltar, peu de gens à mes
yeux avaient ce privilège. Cette façon de parler si
chantante. Ce mélange d’anglais et d’espagnol que l’on
appelle le « Spanglish » me remue le cœur encore à ce
jour. Mais ce n’était pas seulement le langage qui était
différent, le caractère des Gibraltariens était unique et cela
était dû à ce que ce petit bout de terre sous protection
britannique était à deux doigts de l’Espagne. Une Espagne
certes pleine d’envoûtement, mais sous l’emprise d’un
régime totalitaire sous la dictature du Général Franco.
Protégé par l’Angleterre, Gibraltar avait son statut à part.
Pendant la guerre d’Espagne, ma mère Doris devait avoir
vingt ans et se rendait souvent à Algésiras et surtout à San
Roque et La Linea de la Concepcion pour rendre visite à
ses amis. Elle me racontait deux faits marquants qui
avaient transformé sa vie. Le premier se situe aux environs
12
de La Linea où le Général Franco avait fait débarquer des
troupes marocaines en renfort pour soutenir ses effectifs
dans sa lutte contre les républicains. Ces soldats, que l’on
peut considérer comme des mercenaires, n’étaient pas
concernés par cette guerre étrangère et lorsqu’ils
avançaient en colonne, montés sur leurs destriers, ils
n’avaient aucun scrupule pour le peuple qui s’était
regroupé, soit par curiosité, soit pour les houspiller. Gênés
dans leur avancée, sabre au clair, ils se frayaient un
passage comme dans une forêt, mais là, les branches
étaient des bras et plusieurs mains qui s’étaient tendues
trop près ont voltigé en l’air, souvent des mains d’enfants,
inconscients du danger. Horrifiée, Doris, de retour à
Gibraltar s’est mise à écrire dans le journal local « Calpe »
pour dénoncer ces exactions. Sans aucune retenue, ni
ménagement pour le régime de Franco.
Doris avait beaucoup d’amis espagnols, vu la proximité
de l’Espagne qu’elle considérait comme un prolongement
de Gibraltar et parmi eux se trouvait Pépé Lobit qu’elle
affectionnait particulièrement, un jeune homme libre et
intelligent. À vingt ans les idéaux sont élevés et Pépé les
défendait avec véhémence. L’Espagne est en pleine
guerre, le général Franco cherche à consolider son pouvoir
en imposant un régime dictatorial qui prive les Espagnols
de leurs libertés individuelles. Le peuple souffre de cette
guerre fratricide. Pépé, révolté de voir ses frères
s’entretuer, par bravade, le jour de la fête nationale, sort de
chez lui en criant dans la rue : « Viva la libertad, viva la
republica ! » Son père s’empresse de le tirer par le bras
pour le faire taire et le ramener à la maison, mais il n’en a
pas le temps, car malheureusement des phalangistes
l’entendent et se précipitent pour le saisir. Pépé, très pur,
épris de justice, sans crainte défend ses idéaux et ne se
soumet pas, au contraire, il leur dit ce qu’il pense du
régime et pestifère contre le fascisme comme on peut le
13 faire à vingt ans. En levant le poing, il crie : « Viva el
comunismo, cobardes fascistas. » (Vive le communisme,
lâches fascistes). Cela n’a pas traîné, ils ont agrippé père et
fils, les ont menés de force dans une impasse et contre un
mur les ont froidement fusillés, sans préliminaire. Doris
fut fortement ébranlée lorsqu’une amie lui apprit la
nouvelle à Gibraltar et faillit s’évanouir dans la rue. Ôter
une vie parce qu’on a le courage de défendre ses idéaux.
Pour ma mère, c’était inconcevable, et elle le ressentait
d’autant plus que ses parents l’avaient éduquée avec une
grande liberté de pensée. Tout au long de sa vie, elle me
racontera ces incidents dramatiques.
La vie à Gibraltar était tranquille, un îlot protégé des
pressions du continent où il faisait bon vivre. De sa
terrasse, ma mère, encore enfant, accompagnée de son
inséparable petite sœur Clarita, aimait regarder les toits de
tuiles brunes, avec la montagne en arrière-plan. Elles se
distrayaient en observant les chèvres paître sur les
hauteurs. Il ne leur fallait pas grand-chose pour se divertir,
surtout lorsqu’elles étaient ensemble. Courir dans la
garrigue et le maquis ou se promener dans les jardins de
l’Alameda avec leur mère Donna, une femme énergique et
sensible qui suivait de très près l’éducation de ses filles, et
qui interprétait les plus belles pièces classiques au piano.
Avec Toti, elles aimaient se confronter dans
l’interprétation de belles œuvres. Elles s’asseyaient sur un
banc à même le rocher, flânaient sur les sentiers vallonnés
parmi les héliotropes qui parfumaient l’air ; elles se
rendaient aussi à « los Caniones » pour se balader dans
une petite forêt d’eucalyptus et contempler la vue
splendide, au loin, jusqu’aux montagnes d’Algésiras. En
été, elles allaient se baigner « al Campamento » côté
Espagne, au bord de la Méditerranée, avec toujours ce
cher Rocher en face d’elles ou à Gibraltar au Montagu,
une piscine de pleine mer. J’aime voir ses yeux briller
14
quand elle me raconte avec émotion, les trajets en calèche
dans les petites villes aux alentours. C’était pour elle, une
véritable expédition que de se rendre jusqu’à San Roque,
situé à environ vingt-cinq kilomètres. Une vie simple
qu’elle nous a toujours enseignée. À ce jour, à chaque fois
que j’aperçois Gibraltar, même de loin, une grande
émotion me submerge. Les gens de Gibraltar sont des
Andalous britanniques qui ne veulent pas être dévorés par
la culture et la façon de penser espagnole. Ils sont
« llanitos » et sacrément fiers de l’être. Les « llanitos »
sont affables, vifs comme les Espagnols, stricts comme les
Anglais et prêts à rendre services avec amabilité comme
les gens d’un village. Ils tiennent à préserver cet état
d’esprit, cette innocence sans contrainte. De plus, son père
Raphael, qui écrivait des poèmes d’une sensibilité
touchante, lui avait transmis l’amour de la lecture et lui
avait même présenté le grand écrivain espagnol Blasco
Ibanez. Elle ne pouvait abonder dans le sens de la violence
qui gangrenait l’Espagne à cette époque. Sa naïveté en
avait pris un sacré choc, Doris n’a donc plus lâché prise,
folle de rage et de tristesse, elle écrivit des articles de plus
en plus virulents contre le régime de Franco. Tant et si
bien qu’à Gibraltar, on la surnommait Trotsky, la Roja ; ce
à quoi elle répondait : « Je ne suis pas communiste, je suis
contre l’injustice et je ne peux pas me taire devant ces
actes barbares. » Lorsqu’elle passait la douane, les
douaniers lui disaient : « Un jour, on va t’attraper et on va
t’enfermer. » Elle répliquait en les narguant : « Je suis
mineure et britannique, vous ne pouvez rien contre moi ! »
Elle vécut ces moments avec tellement de douleur, que
cinquante ans après, elle nous racontait encore avec
tristesse l’histoire de cette courte vie. Même mon père
compatissait avec elle.
C’est sûr qu’elle m’a transmis le virus et que cela a
influencé mon comportement tout au long de ma vie. Tout
15
comme elle, je ne peux me taire devant l’injustice. Mon
frère aîné Albert, lorsque je me lance dans des discussions
enflammées, a pris l’habitude de m’appeler Doris. C’est
vrai que je m’engage dans la vie corps et âme, quelles
qu’en soient les conséquences.
Nous sommes en 1897 à Gibraltar où mon père Isaac
voit le jour. Il y a passé toute sa jeunesse, bien avant ma
mère. Seul garçon parmi cinq enfants, il avait été gâté,
choyé par toutes les femmes qui l’entouraient. Un peu
rebelle, il aimait faire l’école buissonnière ; il se sauvait de
l’école, passait par une petite rue à la dérobée et filait vers
le port. Son professeur, un vieux rabbi boiteux, avec des
cors aux pieds, n’aimait pas employer la manière forte et
lui courait derrière pour le ramener dans les rangs, en
criant : « Isaquito, Isaquito » et lorsqu’il le saisissait par la
veste, la seule défense de l’enfant terrible était de lui
écraser avec force les orteils. L’effet était très efficace ; le
malheureux professeur gémissait de douleur, lâchait mon
père qui en profitait pour s’échapper. Mais tout se passait
dans un esprit bon-enfant. Son père, Abraham était très
enjoué. À l’époque les mœurs étaient plus rigides, mais il
se permettait tout de même de tapoter les cuisses des
femmes en disant, « Que jamones » (Quels jambons), avec
une telle grâce, qu’elles repartaient en gloussant, sans
s’offusquer, en répétant : « Don Abraham, Don
Abraham ». En 1913, il décide de partir avec son fils pour le
Maroc, pour tenter de faire fortune. Mon père n’a que
seize ans. Les débuts ne seront pas faciles. Tout d’abord à
Melilla, puis Larache, où il aide son père, mais les
conditions de vie sont dures. Il lui arrivait souvent d’être
réveillé par les rats qui grimpaient sur son corps au beau
milieu de la nuit. Puis bien vite Casablanca, qui offrait des
horizons beaucoup plus vastes et alléchants, car tout restait
à faire. Le pays avait peu d’infrastructure. Il reviendra
souvent à Gibraltar où se trouvent sa mère Orovida que
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j’ai très peu connue et ses quatre sœurs : Simi, Rachel,
Mercedès et Sarah, la plus belle, qui les menait toutes par
le bout du nez. Je me souviens d’Orovida, très âgée, alitée,
qui pour nous attirer avait un silex très doux au toucher
qu’elle appelait « la piedra santa » et qui, soi-disant,
enlevait les douleurs et portait bonheur. On se laissait
prendre à son jeu, plus pour lui faire plaisir que par
croyance. Vers 1930, Isaac, que tout le monde appelle
Jack, fait la connaissance de ma mère qui n’a que quatorze
ans. Il tombe amoureux d’elle et décide d’attendre
patiemment qu’elle grandisse. Ce sera elle et pas une
autre, dit-il à ses amis ! Doris trouva que cet homme avait
une belle prestance, mais sans plus ; elle était trop jeune.
Les années passèrent, ma mère connut des amours
platoniques, mais profonds, dont Pépé Lobit.
Me voilà !
En 1938, elle se rend à Casablanca avec sa tante, en
voyage touristique et par hasard rencontre mon père Jack
qui depuis n’avait jamais cessé de demander : « Comment
va Doris ? Elle a grandi ? » Doris avait un peu oublié mon
père, avec la guerre et le drame de Pépé, mais dès le
premier regard qu’elle posa sur lui, elle sentit ses joues
s’embraser, devint toute rouge et son émotion fut très
forte. Le courant était vraiment passé, tellement bien que
c’est pour cela que je suis là à vous parler.
Je ne le dis pas parce que c’est ma mère, mais il est vrai
que c’était une très jolie femme, au port de tête altier. Déjà
toute petite, on la mettait parfois en vitrine comme
mannequin dans un grand magasin de luxe à Gibraltar.
Des marins américains qui venaient de débarquer
s’exclamèrent en la voyant : « Look at the dolly » (regarde
la poupée), mais à ce moment elle fit un mouvement et ils
se reprirent : « Oh ! She’s not a dolly, she’s a girl ! » (Oh !
17
Ce n’est pas une poupée, c’est une fille !) Quelques années
plus tard, elle sera miss Gibraltar. Mais la connaissant
bien, je sais qu’elle préférait la beauté intérieure et la
profondeur des sentiments.
À la vue de mon père, un homme mûr, fort, sûr de lui,
au caractère gai, le teint bronzé, un mélange de Clark
Gable et de Carlos Gardel, son pouls s’est accéléré.
C’est vrai ! Quand je regarde des photos de mon père
adulte voyageant en Duisenberg ou en Bugatti Royale,
dans un Maroc totalement médiéval, je lui trouve l’allure
d’un acteur de cinéma. C’est simple, leur amour a duré
toute leur vie.
Mon père a toujours été un passionné de voitures. Les
deux ont vu le jour presque simultanément. Je ne vais
parler que de celles qui m’ont laissé un souvenir
attendrissant. Celles de mon enfance. Nous nous baladions
dans une voiture très british, une Triumph Mayflower qui
enchantait ma mère pour ses formes carrées, ensuite je me
souviens avec plaisir de l’Oldsmobile 88, spacieuse, aux
formes très arrondies, comme l’étaient les voitures
américaines de l’époque, puis la Mercury Montclair, aux
formes avant-gardistes et au toit transparent de couleur
verte, mais qui a moins charmé mon cœur.
Une enfance privilégiée
Depuis le premier jour, j’ai voulu voir la vie avec
tellement d’empressement, que je suis sorti à huit mois. Je
n’allais tout de même pas rater le débarquement allié de
juin 1944. J’ouvre l’œil, ce 24 mai 1944 à Casablanca et
j’estime être né sous de bons auspices ; en tout cas, sous
des auspices très particuliers. L’Allemagne nazie recule
sur tous les fronts, un vent de renouveau flotte dans l’air,
et particulièrement pour les juifs. En 1945, on découvre
les camps et des corps qui montrent l’indicible ; plus tard,
18
cela influencera mon caractère : un juif qui s’exprime
librement, la tête haute. Plus jamais ça ! Menés comme
des moutons à l’abattoir !
Mes parents m’ont appelé Randolph, pour honorer
Winston Churchill dont le fils portait le même nom. Mes
premières semaines ont été difficiles : après trois
grossesses rapprochées et les enfants en bas âge, ma mère
était fatiguée, son lait s’était appauvri et je restais maigre
et fripé. Il était difficile de trouver des aliments appropriés
et surtout du lait. Voyant cela, mon père a fait l’acquisition
d’une crèmerie et avec l’arrivée des Américains qui
amenaient l’opulence, je me suis transformé à vue d’œil,
peu à peu mes couleurs sont revenues, mes joues se sont
remplies et ma peau a comblé les vides. Les amies de ma
mère pouvaient enfin la complimenter sur son bébé.
Comme elle m’appelait « mi rey » (mon roi), elles lui
demandaient, pourquoi elle m’avait donné un prénom de
fille, « Mireille ».
Le débarquement allié a eu lieu au Maroc, la vie s’est
améliorée sensiblement, mais je reconnais que c’est une
chance que mon père ait choisi ce pays. Pendant cette
période trouble, le Maroc a été épargné de la plupart des
horreurs que le monde subissait, et, en tant que juifs, nous
avons bénéficié d’une protection que peu de pays à
l’époque auraient eu le courage de concéder.
Le sultan Mohamed V, qui n’avait manifesté aucune
sympathie pour l’Allemagne hitlérienne, a protégé les juifs
de tout antisémitisme ; lorsque les Allemands, appuyés par
le gouvernement pétainiste, avaient réclamé que les juifs
du Maroc soient tous recensés, Mohamed V, avec un
courage monstre à l’époque, avait répondu : « Il n’y a pas
de juifs, il n’y a que des Marocains ! », tout en précisant :
« Si vous maintenez cette disposition, prévoyez cent
cinquante étoiles jaunes supplémentaires pour les
membres de la famille royale ! » À la suite de cela, pour
19 protéger les juifs, les autorités marocaines ont demandé
que toutes les étoiles de David et les enseignes juives avec
la mention casher dans le mellah, le quartier où habitaient
les juifs, soient enlevées ; ainsi, les Allemands n’avaient
plus aucune prise. Comme de plus nous étions
britanniques et que l’Angleterre n’avait pas capitulé, nous étions
doublement protégés. Pendant la guerre, en 1942, mon
père avait été déporté, en tant que britannique, en
résidence surveillée à Meknès, ma mère lui rendait parfois
visite, elle se déplaçait donc en train jusqu’à Meknès avec
mes frères, Albert, trois ans, et Ralph, intenable, deux ans,
enceinte de ma sœur Élisabeth. Alors qu’elle se trouvait à
Meknès, une voisine juive d’Europe centrale, lui téléphone
de Casablanca pour lui annoncer que les Allemands
réquisitionnaient sa maison, en tant que juive britannique.
Sans un soupçon d’hésitation, Doris a refait le voyage en
sens inverse et s’est immédiatement rendue à son
domicile. Effectivement, les militaires allemands étaient
là, et sans perdre son sang-froid, elle leur expliqua, en
anglais, que c’était criminel de mettre dehors une femme
enceinte, mère de deux petits et dont le mari de surcroît
était dans un camp. Après une courte réflexion, l’officier
allemand claqua des talons, salua en disant que c’était un
regrettable incident, la maison s’est libérée en quelques
minutes, ma mère n’en revenait pas. Comme quoi on ne
peut pas mettre la même étiquette à tous les Allemands.
Cet officier s’était comporté d’une façon très noble, et je
ne sais pas si le résultat aurait été le même si Doris n’avait
pas eu ce cran et si elle n’avait pas été aussi belle ; mais
c’est vrai qu’elle s’était défendue comme une lionne qui
voit ses petits en danger.
Depuis quelques mois, le climat dans Casablanca s’était
détendu, après le débarquement en novembre 1942 des
troupes anglo-américaines de l’opération « Torch », sur les
plages de Casablanca, Fedala et Mannesmann ; le général
20
Nogues, Résident Général de France, fidèle au Maréchal
Pétain, décida de résister aux forces américaines. Une
grande bataille, surtout navale, s’ensuivit et fit rage
pendant trois jours occasionnant de nombreux morts ; les
Américains furent contraints de couler le puissant
cuirassier Jean Bart qui continuait à lâcher des obus.
La France libre avait repris le contrôle de
l’administration.
Dans les rues les Américains apportaient avec eux un
air de fête, un souffle qui, depuis plusieurs années, avait
disparu.
De leurs gracieuses petites jeeps ou des gros
camions 6x6, les militaires lançaient à la foule des chocolats,
des chewing-gums, des cigarettes qui enflammaient les
enfants après les longues privations, leur musique aux
sonorités nouvelles exprimait la liberté retrouvée, même
leur petit bob nous les rendait sympathiques et, par
n’importe quel moyen, on tentait de s’en procurer. Ils
apportaient avec eux un je ne sais quoi qui respirait la
liberté que la guerre avait fait fuir. Les jeunes filles
s’enorgueillissaient lorsqu’elles se promenaient dans la rue
main dans la main avec ces militaires, dont l’attitude
semblait beaucoup plus insouciante. Nombre d’entre eux
n’ont pu résister au charme des femmes de Casablanca, et
sont repartis mariés vers leur pays natal.
Casablanca était une ville très particulière, de taille
respectable, mais à l’échelle humaine ; ses rues, ses
jardins, sa circulation, ses constructions faisaient qu’elle
portait bien son nom. C’était une ville attachante et
cosmopolite où la guerre n’avait pas vraiment étiré ses
tentacules. Ah ! Ces souvenirs toujours présents en moi,
ne serait-ce que par ces gens simples qui sillonnaient les
rues.
Nous habitions rue Monge, une petite rue tranquille, à
cent mètres du Petit Lycée, les voisins étaient agréables, il
21 y avait des Français, des Espagnols, des Italiens, des
Américains, des juifs marocains ; les Marocains
musulmans habitaient plutôt dans la médina. Mon enfance a été
protégée des horreurs de la guerre que l’Europe subissait.
Il y a dans toutes choses une part de hasard ou de chance
auquel nul être ne peut échapper. Je l’ai eue cette chance,
de naître au Maroc. Maroc qui a su ne pas rentrer dans la
folie meurtrière et qui m’a donné une enfance insouciante.
Le Petit Lycée où je me rendais à pied, vu la proximité,
jouxtait l’école du Centre et à eux deux, ils formaient un
édifice imposant. L’enseignement y était sérieux et de
niveau élevé, les professeurs étaient consciencieux et nous
imposaient une bonne discipline : on rentrait en rang par
deux dans les salles de classe, et on prenait place devant
nos pupitres, sur chaque table il y avait deux petits
encriers en porcelaine blanche remplis d’encre violette,
chaque élève avait son porte-plume avec plume Sergent
Major, à l’écriture plus délicate que la plume Gauloise qui
marquait trop les pleins et les déliés. C’est dommage, je
regrette beaucoup de ne pas avoir conservé ma collection
de buvards ornés de belles publicités, comme celle des
peintures Sadvel : « Les années passent, Sadvel reste. »
Pendant la récréation, nous jouions à des jeux simples, aux
billes, aux osselets, aux noyaux d’abricots, aux capsules
de bouteilles, à chicha la fava ; à marteau-ciseau, j’étais
imbattable. J’avais toujours les poches pleines d’objets
hétéroclites, tant et si bien que ma mère m’avait
confectionné une bourse en toile où je mettais tout mon
bric-àbrac, que je transportais comme si j’avais de l’or. J’adorais
rapporter à la maison les « Bons Points », que le maître
nous donnait lorsque nous avions de bonnes notes, contre
dix « Bons Points » nous obtenions une image. Je préférais
de beaucoup le paquet de « Bons Points », cela me rendait
plus fier. Devant l’école, il y avait toujours des petits
vendeurs de cacahouètes, de pépites, de pois chiches, de
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morceaux de noix de coco, mais mon préféré était le
vendeur de nougat surnommé « Jimmy nougat ». J’ai
encore en tête le bruit qu’il faisait en tapant sur sa barre de
métal. Le vendeur de barbe à papa avec sa carriole me
fascinait lorsqu’il enroulait le nuage de sucre sur le bâton.
Ma sœur Élisabeth, ma compagne de jeu, adorait les
réglisses en colimaçon, les piroulis et surtout les
chewinggums ballon Bazooka. Élisabeth était grande, gracile,
garçon manqué, une des meilleures d’entre nous pour
grimper aux arbres et toujours prête à me protéger lorsque
nous jouions dans la rue. La rue était notre terrain de jeu, il
y avait si peu de voitures que les risques étaient minimes.
Parfois les « Chabaconnais » (auxiliaires de la police)
passaient et nous faisaient une remarque. Je ne sais pas
d’où vient ce nom, soit il veut dire : je ne connais pas,
prononcé avec l’accent « j’a bas connais », soit et je pense
que c’est la bonne version « ça va cogner », que les
Français leur avaient enseignée. À certaines périodes de
l’année, nous faisions le « tour de côte » pour admirer le
coucher du soleil, dans la jolie Mercury Montclair au toit
transparent de mes parents. Bien entendu nous nous
arrêtions pour manger des « tchumbos » (figues de
barbarie), et des maïs grillés ou bouillis. Mon père
surveillait du coin de l’œil les sièges, pour qu’on ne salisse
pas sa belle Américaine pendant que nous nous régalions
tout en regardant passer le vendeur de ballons aux
couleurs multicolores.
Près du zoo d’Aïn Sebaa, nous chantions dans la
voiture : « Du côté du zoo, du côté du zoo ». Mon père
était patient, mais lorsque nous l’exaspérions, il lui arrivait
de balancer sa main en arrière, sans regarder, car il
conduisait, le coup retombait sur le plus proche. La place
entre les deux sièges était maudite, personne ne la voulait.
23 J’aimais entendre le son du klaxon, feutré comme une
note de jazz. Ce n’est qu’à cette époque que les klaxons
des voitures ont eu cette sonorité.
Nous étions enthousiasmés lorsque dans la rue nous
croisions le dresseur et son petit singe à qui il disait : « Ti
fire comme li viaux jouif qui demande l’arjeann ! », et le
petit singe de s’exécuter en musique, en se courbant main
tendue pour récolter les pièces. « Ti fire comme li jouif qui
a mangé la dafina ! », et le singe s’allongeait sur le sol en
se frottant le ventre.
Je revois encore le livreur de blocs de glace qui
remplissait les glacières, cette charrette rouge tirée par deux
beaux chevaux qui n’oubliaient jamais d’arroser la rue de
leur urine odorante, les crottes nous plaisaient plus, car
lorsqu’elles séchaient, nous aimions leur odeur.
Le livreur, aidé d’un énorme crochet, portait ces
énormes blocs sur les épaules, parfois jusqu’au quatrième
étage de l’immeuble. Quand les Bambaras passaient près
de chez nous en gesticulant en musique, nous avions peur
et allions nous réfugier dans l’entrée de notre immeuble.
J’en profitais pour serrer très fort Connie dans mes bras.
Une petite Américaine dont je parlerai tout à l’heure.
Ma mère ne manquait jamais le petit Espagnol, vendeur
de « monas » (brioches) et surveillait son cri : « La mona,
la mona madame. La petite mona », avec l’accent andalou.
Parfois le matin, comme un oiseau, le rémouleur nous
accompagnait de sa musique mélodieuse qui flottait dans
l’air et semblait tout apaiser. Le soudeur de métaux que
l’on entendait de loin, car il tapait sur une casserole pour
se faire annoncer. Le vendeur d’ail qui criait : « A di
l’ail ». Le vendeur de fumier qui annonçait : «
lifumépoujadin ». Le vendeur de poissons qui chantait : « Brochi,
crabibo yal boulbo ». Le vieux-habits avec son « biieuu ».
Le vendeur d’eau, avec son outre en peau de bouc, ses
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dents dorées, ses tasses en cuivre et son joli costume
typique.
Et j’en oublie de ces hommes qui ont, sans que nous
nous en rendions compte, rempli nos souvenirs et peuplé
notre vie.
Souvent, nous prenions des calèches pour nous
déplacer, autrement plus sympathiques que les taxis. J’aimais
contempler les petites Jeeps américaines quand elles nous
doublaient, elles étaient gracieuses comme des jouets.
J’adorais les pierres à feu qu’on lançait sur le sol pour
les faire crépiter, j’avais l’impression de contrôler la
foudre.
Non loin, près des douches Laredo, rue Lacépède,
habitait Haïm la Force. On racontait qu’il était capable
d’arrêter deux chevaux avec les dents.
Au rez-de-chaussée de notre immeuble, un capitaine de
l’armée Américaine vivait avec sa famille : les «
Quillen », ses deux filles Connie et Nancy étaient deux jolies
petites blondes. Malgré mes dix ans, Connie fut mon
premier flirt.
Nous partions dans leur station-wagon américaine à la
base de Nouaceur et là, je restais émerveillé par ce petit
bout d’Amérique. C’était pour moi le modernisme. Les
supermarchés, les jeeps, les glaces, les congélateurs
géants, les belles voitures américaines, les Ray Ban, les
jeans, la musique country dans l’air, les Dallas, les gens
plus décontractés.
À chaque fois que j’y retournais, c’était la fête. J’étais
en Amérique.
Radio Nouaceur nous permettait d’écouter les derniers
tubes avant l’Europe : Elvis Presley, Little Richard, Jerry
Lee Lewis, Eddie Cochran, Fats Domino, les Platters et
tant d’autres.
Plus tard, nous nous déplacions en Solex et je n’oublie
pas que pour aller plus vite, nous faisions pression sur le
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