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Description


Ce livre s'adresse à tous ceux qui sont curieux et ils sont de plus en plus nombreux - de comprendre comment l'homme et ses créations agissent sur l'environnement et réciproquement.


Le lecteur est invité à découvrir ou redécouvrir les rapports entre l’homme, la société, la vie, la Terre et à construire une nouvelle représentation de l’homme dans son environnement. Face aux problématiques environnementales, nos modèles semblent dépassés, nos représentations obsolètes. Il s’agit d’aider à trouver une harmonie de fonctionnement entre la société humaine et la planète, permettant d’améliorer l’efficacité de nos organisations.


Volontairement non polémique, les auteurs –scientifique et/ou économiste –ont voulu fournir à chacun les sources, les arguments souvent scientifiques pour se forger sa propre conviction.


Les auteurs qui ont largement utilisé les travaux de nombreux chercheurs tiennent à remercier particulièrement l’Ecole des Métiers de l’Environnement pour son soutien dans l’écriture et la publication de cet ouvrage.

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Informations

Publié par
Nombre de lectures 79
EAN13 9782847691849
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0127€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait



Le lecteur est invité à découvrir ou redécouvrir les rapports entre l’homme, la société, la vie, la Terre et à construire une nouvelle représentation de l’homme dans son environnement. Face aux problématiques environnementales, nos modèles semblent dépassés, nos représentations obsolètes. Il s’agit d’aider à trouver une harmonie de fonctionnement entre la société humaine et la planète, permettant d’améliorer l’efficacité de nos organisations.


Volontairement non polémique, les auteurs –scientifique et/ou économiste –ont voulu fournir à chacun les sources, les arguments souvent scientifiques pour se forger sa propre conviction.


Les auteurs qui ont largement utilisé les travaux de nombreux chercheurs tiennent à remercier particulièrement l’Ecole des Métiers de l’Environnement pour son soutien dans l’écriture et la publication de cet ouvrage.

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L'environnement : Comprendre et Gérer

Luc BOYER
Marielle GUILLE
Remerciements
Les auteurs tiennent à remercier tous ceux qui les ont aidés, accompagnés dans la réalisation de ce livre.
Ils remercient tout particulièrement l’École des Métiers de l’Environnement (campus de Ker Lann – Rennes. Cette école forme des étudiants, suivant le cursus LMD, à la gestion de l’environnement) dont le soutien a été déterminant pour l’édition de l’ouvrage.
Le Code de la propriété intellectuelle du 1 er juillet 1992 interdit expressément la photocopie à usage collectif sans autorisation des ayants droit. Or, cette pratique s’est généralisée dans les établissements d’enseignement supérieur, provoquant une baisse brutale des achats de livres, au point que la possibilité même pour les auteurs de créer des œuvres nouvelles et de les faire éditer correctement est aujourd’hui menacée.
© Éditions EMS, 2006
Nous rappelons donc qu’il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement sur quelque support que ce soit le présent ouvrage sans autorisation de l’auteur, de son éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie (CFC) 3, rue Hautefeuille, 75006 Paris (Code de la propriété intellectuelle, articles L. 122-4, L. 122-5 et L. 335-2).
ISSN : 1777 – 439X
9782847690620
Sommaire
Page de titre Remerciements Page de Copyright INTRODUCTION CHAPITRE 1 - ÉCOLOGIE ET ANALOGIE
1. PROBLÉMATIQUE 2. LA NOTION DE SYSTÈME COMPLEXE 3. LE CAS DES ÉCOSYSTÈMES 4. COMPOSANTS ET PRINCIPES PERMANENTS DES ÉCOSYSTÈMES 5. LES PROBLÉMATIQUES DES ÉCOSYSTÈMES 6. LES MÉTARÈGLES DE STRATÉGIE D’ÉVOLUTION DES SYSTÈMES COMPLEXES 7. MODALITÉS D’APPROCHE
PARTIE 1 - SOUS L’ORGANISATION, LE SYSTÈME
CHAPITRE 2 - L’HOMME CHAPITRE 3 - L’ENTREPRISE CHAPITRE 4 - LA VILLE CHAPITRE 5 - L’ÉTAT CHAPITRE 6 - L’ÉCONOMIE CHAPITRE 7 - LA SOCIÉTÉ
PARTIE 2 - L’ÉCOSPHÈRE, UN MÉGA-SYSTÈME COMPLEXE
CHAPITRE 8 - NOTRE PLANÈTE UN MÉTA-SYSTÈME COMPLEXE CHAPITRE 9 - L’ORGANISATION DU SYSTÈME PLANÉTAIRE CHAPITRE 10 - LE MÉTABOLISME PLANÉTAIRE CHAPITRE 11 - ÉVOLUTION DU SYSTÈME DE VIE PLANÉTAIRE CHAPITRE 12 - RÉGULATIONS DU SYSTÈME ET FACTEURS DE PERTURBATION CHAPITRE 13 - L’ENVIRONNEMENT ET LES RISQUES D’ORGANISATION HORS NATURE CHAPITRE 14 - LES LIGNES DIRECTRICES DE LA DURABILITÉ
PARTIE 3 - GUIDE PRATIQUE
CHAPITRE 15 - QUIZ DES CONCEPTS INTÉGRATEURS CHAPITRE 16 - QUESTIONS RÉPONSES : POURQUOI L’APPROCHE SYSTÉMIQUE ? CHAPITRE 17 - TESTEZ VOTRE SYSTÉMIC ATTITUDE CHAPITRE 18 - AGISSEZ TOUT DE SUITE
ÉPILOGUE GLOSSAIRE SYSTÉMIQUE GLOSSAIRE DES NOMS PROPRES OU NOTES BIOGRAPHIQUES INDEX DES MOTS-CLÉS INDEX - DES TABLEAUX ET SCHÉMAS BIBLIOGRAPHIE
INTRODUCTION
Ce livre propose de vous faire découvrir ou redécouvrir, grâce à une approche globale, les rapports entre l’homme, la société, la vie et la Terre. Prendre connaissance de ces rapports, c’est comparer, associer, dissocier, lier, trier, ordonner, imaginer ; c’est se construire une nouvelle représentation de l’homme dans son environnement.
De ce fait, il s’adresse à tous ceux qui sont curieux – et ils sont de plus en plus nombreux – de comprendre comment l’homme et ses créations agissent sur l’environnement. Et réciproquement.
Volontairement, nous n’avons pas voulu faire de cette réflexion un livre polémique : nous avons voulu que chacun y puise les sources, les arguments souvent scientifiques pour se forger ses propres convictions ; comprendre pour mieux gérer notre environnement nous a paru un enjeu déjà bien ambitieux.
Aujourd’hui, face à des problématiques environnementales tant locales que globales, face à la difficulté d’appréhender les situations et les réponses à apporter, face aux incertitudes dans l’évaluation des conséquences de nos actions, face à la difficulté ressentie croissante de faire des choix, de prendre des décisions qui engagent son foyer, son entreprise, sa ville, son pays, ou l’humanité, et aussi face à la prise de conscience de la vulnérabilité de nos organisations, nos modèles semblent dépassés, nos représentations obsolètes.
Il nous faut donc renouveler notre façon de penser l’homme dans son environnement.
L’enjeu est de développer sur la durée des organisations solides et adaptables, de savoir lire les situations et les informations provenant de notre environnement pour réviser, adapter nos stratégies, nos décisions et nos actions.
Une conception innovante des rapports entre l’homme et son environnement consiste à trouver une harmonie de fonctionnement d’ensemble, permettant d’améliorer l’efficacité de nos organisations . L’harmonie est définie comme les « rapports entre les parties d’un tout, qui font qu’elles concourent à un même effet d’ensemble ». Vouloir trouver l’harmonie entre la société humaine et la planète, sous-entend d’abord que nous reconnaissons faire partie d’un tout, l’univers ; que l’univers partage avec ses parties, la vie, l’homme, la même évolution. En fait, l’univers, la vie et l’homme sont unis dans une même évolution qui a commencé il y a 15 milliards d’années avec le Big Bang. Cette évolution est marquée par une complexité croissante. Elle lie les particules, les atomes, les molécules, les étoiles, les cellules, les organismes, les êtres vivants, les hommes, les sociétés… Les composants et les principes de fonctionnement de notre corps sont aussi ceux des organisations humaines, de la planète.
Les progrès de la biologie, de la cybernétique et de l’écologie ont mises en évidence le caractère commun entre l’homme, la société, la vie, la Terre : ce sont des systèmes complexes. Cette similitude nous permet de trouver la méthode et l’outil communs nécessaires à l’observation et l’analyse : la méthode, qualifiée d’approche globale ou d’approche systémique, et l’outil le macroscope (De Rosnay, 1975). La systémique est une démarche permettant de mieux comprendre la complexité et en conséquence de mieux agir.
En pensant systèmes, nous allons essayer d’approcher cette complexité. Depuis la définition symbolique de Joël de Rosnay, l’ordinateur a concrétisé l’outil symbolique du macroscope et contribué à faire naître un nouveau mode de pensée : l’intelligence de la complexité (E. Morin). Elle se fonde sur une approche unifiée des processus d’auto-organisation et d’évolution des systèmes complexes.

Schéma introductif : Actions sur l’environnement et perceptions
Notre livre se compose de 4 grandes parties :
La première est centrée sur les organisations humaines , et propose une observation de ces organisations à différents niveaux d’intégration que sont l’homme, la ville, l’entreprise, l’État, l’économie, la société.
La seconde partie aborde l’écosystème terrestre , comme dernier niveau d’intégration. Chaque fois, nous nous attacherons à établir le caractère complexe des systèmes étudiés, nous définirons les contraintes et ressources de ces systèmes, leur fonctionnement, les stratégies qu’ils développent et les régulations qu’ils mettent en place. Enfin, nous donnerons des pistes de réflexion pour appréhender l’avenir.
Les parties suivantes donnent les éléments pour maintenir ou améliorer le fonctionnement des différents systèmes. Ainsi, l a troisième partie traite du développement durable en tant que clef de voûte des stratégies de développement. Elle éclaire les éléments dont nous disposons pour gérer nos organisations et les faire évoluer.
La quatrième partie constitue un guide personnel permettant de développer et d’appliquer l’approche systémique. Vous y trouverez d’abord un quizz des concepts utilisés dans ce livre ; ensuite un test vous permettra d’identifier, par vos attitudes face à différents types de situations, vos points forts et vos points faibles pour appréhender l’avenir. Enfin, un ensemble de questions / réponses vous permettra de reformuler les aspects opérationnels de l’approche systémique.
En revisitant notre représentation du monde quitte à rendre celui-ci plus complexe à comprendre, en proposant de nouveaux modèles représentants son fonctionnement, en précisant les processus qui lient l’homme à l’univers, nous espérons indiquer quelques voix pour une gestion plus harmonieuse de la vie sur notre planète.
Il s’agira d’y trouver les clefs pour penser nos actions et nos stratégies durablement.
L’approche systémique nous fait découvrir ou redécouvrir que nous vivons dans des processus dont les ramifications nous lient au fonctionnement de l’entreprise dans laquelle on travaille, mais aussi à celui de la ville, de l’État, de la société dont on fait partie, au niveau local ou global. Notre intérêt commun est que notre planète perdure et que nos organisations soient pérennes, afin qu’elles nous procurent les ressources nécessaires à notre survie, le travail, une rémunération nous permettant, ainsi qu’à nos descendants, d’accéder à d’autres ressources, à l’autonomie et à une certaine forme d’indépendance. En mettant en évidence les liens, les interactions et rétroactions, elle montre la voie d’une nouvelle logique de fonctionnement basée sur le service à l’autre parce que cela profitera à tous (Mougin, 2004). L’efficacité d’un individu, d’une fonction ou d’un organisme dans une organisation plus vaste ou au sein de l’écosystème planétaire, sera mesurée par sa capacité à aider les autres à travailler mieux.
CHAPITRE 1
ÉCOLOGIE ET ANALOGIE
« L’écologie appartient à tout ceux qui font un usage cohérent et respectueux de ses concepts et de ses lois. Ce qui caractérise une science, c’est l’universalisation possible de ses applications. »
Philippe ESQUISSAUD

Résumé
Il existe une approche commune permettant de mieux décrire et de mieux comprendre les interactions entre l’homme et son environnement. Cette approche, la systémique, s’applique aussi bien à la cellule qu’à l’économie, à l’entreprise ou à l’écologie.
Cette approche utilise des notions de base communes aux modèles biologiques, économiques et écologiques : la notion de système (système vivant, système économique, écosystème) qui relie une série d’ensembles (l’énergie et son utilisation, les flux, les cycles et les réservoirs, les réseaux de communication, les catalyseurs et agents de transformation, le rétablissement des équilibres, la stabilité, la croissance et l’évolution…).
Le caractère commun entre ces différents objets d’étude est qu’ils constituent des systèmes complexes . Cette notion est très féconde, car elle permet de dégager des invariants, des principes généraux, structuraux et fonctionnels pouvant s’appliquer aussi bien à un système qu’à un autre  : la Terre, une organisation, une ville, une entreprise, un fleuve, un problème environnemental, l’économie, la société, un système politique. Ces grandes forces de la nature sont les lois de la thermodynamique, de la conservation de la matière, les lois et les règles de l’auto-organisation, les principes de l’évolution, de l’autorégulation. Ces lois constituent des tendances fortes, des pesanteurs et des contraintes incontournables à la conduite de tout système complexe. Elles constituent des métarègles. C’est-à-dire des règles pour écrire les règles. Démarche opérationnelle, la systémique peut dès lors constituer un véritable outil de management, de conduite de ces systèmes. Elle ouvre la voie à un développement conscient, dans lequel la responsabilité humaine prend tout son sens.
La biologie et l’écologie se trouvent enrichies, leurs champs d’application adaptés à l’interaction intense entre le naturel et l’artificiel.

1. PROBLÉMATIQUE
« Notre problème est la complexité »
Michel Serres.
Depuis les temps géologiques sont apparus des systèmes de plus en plus complexes.

Schéma 1 a : L’infiniment complexe
Cette évolution, orientée dans le sens du temps, a été marquée par des transitions de diverses natures. Les plus récentes dans l’histoire des hommes sont ainsi la révolution agricole, la révolution industrielle, et actuellement, la révolution de l’information et de la communication.
Ces transitions conduisent à un accroissement de la complexité de la société et des organisations, systèmes et réseaux dont nous avons la responsabilité. Cette complexité croissante s’accompagne, au-delà d’un certain seuil de l’apparition de psychismes de plus en plus riches, facteur supplémentaire d’accroissement de cette complexité.
Celle-ci défie nos méthodes traditionnelles d’analyse et d’action, nous empêchant de discerner les vrais enjeux, rendant très limitées nos capacités de vision, de décision et donc de gestion de notre environnement. Rendre intelligible cette complexité devient une obligation sociale, politique, civique, économique, écologique… et constitue un facteur essentiel de notre adaptation individuelle et collective à cette évolution. L’enjeu est important : les évolutions sont en accélération, les effets rétroagissent sur leurs causes, des propriétés nouvelles émergent rendant difficile la prévision des conséquences de nos actions, dont la portée est double (locale et globale). Le questionnement actuel sur le changement climatique en est une bonne illustration, et pose lui-même une autre question : celle des conditions futures de vie de l’homme et de ses organisations. La crise de la vache folle, quant à elle, révèle les lacunes de l’école et permet de jeter les bases d’une pédagogie future, pour identifier ce qu’il y a lieu d’apprendre et pourquoi (Giordan, 2002). La crise de tel ou tel pays attire l’attention sur les risques d’implosion de systèmes sociétaux proches de nos systèmes occidentaux : elle conduit à s’interroger sur les signaux d’alerte et leur lecture, sur les solutions à mettre en œuvre pour prévenir de telles crises et reconstruire les systèmes (Lagadec, 2003).
Maîtriser la complexité s’affirme alors comme la condition nécessaire pour appréhender l’avenir, et constitue la clé de notre futur.
Si nous bénéficions d’une certaine expérience dans l’exploration et l’analyse de l’infiniment petit et de l’infiniment grand, nous devons apprendre à observer et analyser l’infiniment complexe. La meilleure maîtrise de cette dimension de notre univers repose sur d’autres avancées, en particulier d’ordre : – technologique (capacités de capter, mesurer, enregistrer, modéliser les informations pertinentes), – conceptuel, c’est-à-dire la capacité de l’homme à penser la complexité.
Pour progresser dans ce contexte, nous disposons d’une méthode : l’approche systémique . Véritable fil d’Ariane, elle permet aussi bien d’éclairer notre analyse du climat, que notre analyse de la crise de la vache folle ou de telle situation régionale. Elle éclaire les métarègles du management par projet (Jolivet, 2003), elle est à la base de l’approche processus orientée clients (Mougin, 2004), elle enrichie les nouveaux raisonnements stratégiques individuels, commerciaux, sociaux (Boyer, 1999). Elle permet d’appréhender les grandes batailles de l’énergie, de l’eau, d’identifier les défis essentiels de nos sociétés (Giordan, 2002). Elle permet de définir l’éducation pour l’ère planétaire (Morin, 2003).
L’approche systémique est une méthodologie de représentation, de modélisation. « Elle permet de prendre du recul pour mieux voir, de relier pour mieux comprendre, de situer pour mieux agir. »

2. LA NOTION DE SYSTÈME COMPLEXE
Un système est la totalité organisée d’un ensemble d’unités actives et solidaires (éléments) en relation – interaction entre elles et en relation – interaction avec un ou des environnements par l’intermédiaire de flux.
La notion de système repose sur plusieurs concepts fondamentaux : la notion d’interaction, de totalité, d’organisation et de complexité.
L’ interaction entre les éléments d’un système est l’action réciproque modifiant le comportement ou la nature de ces éléments.
Un système est plus que la somme de ses éléments. Le tout est davantage qu’une forme globale, il implique l’apparition de qualités émergentes que ne possédaient pas les parties. Réciproquement, il est impossible de connaître les parties sans connaître le tout.
L’ organisation est l’agencement de relations entre composants qui produit une nouvelle unité possédant des qualités que n’ont pas ses composants. L’organisation revêt deux aspects complémentaires : un aspect structurel et un aspect fonctionnel. L’organisation implique l’idée d’une certaine permanence ou stabilité sans laquelle une organisation ne saurait être décrite (Durand, 1979)
Dans son aspect structurel , le système comprend : – une limite, qui peut être difficile à établir de par les fortes interactions entre le système et son environnement ; – des éléments organisés ; – un réseau de transport et de communication (réseau d’interrelations) ; – des réservoirs (lieux de stockage des matières, de l’énergie, des informations sous toutes leurs formes).
Dans son aspect fonctionnel , un système comporte : – des flux de matières, d’énergie, d’informations. Ils circulent dans les divers réseaux et transitent dans les réservoirs du système ; – des centres de décision, qui reçoivent les informations et les transforment en actions, en agissant sur les débits des différents flux ; – des boucles de rétroaction, qui informent les décideurs de ce qui se passe en aval afin de leur permettre de prendre des décisions pertinentes ; – des délais, qui permettent de procéder aux ajustements dans le temps nécessaires à la bonne marche du système ; – des entrées, des sorties, qui traduisent l’ouverture ou la fermeture du système vers l’extérieur, et matérialisent les rapports à l’environnement. Ainsi, un système ouvert est en relation permanente avec son environnement. Il échange énergie, matière, informations utilisées dans le maintien de son organisation. Il rejette dans l’environnement de l’entropie, énergie « usée ».
Il s’inscrit dans le temps et il évolue.
La complexité apparaît dans l’agencement interne du système selon des structures hiérarchisées, composées de niveaux d’organisation en relations fonctionnelles. Le degré de complexité d’un système dépend à la fois de l’abondance et de la diversité des éléments qui le constituent, de la nature des interactions entre ces éléments et du nombre et de la variété des liaisons qui relient entre eux ces éléments. Il caractérise ce qu’on peut appeler l’originalité du système et mesure la richesse de l’information qu’il contient. La complexité apparaît comme une dimension essentielle et universelle des systèmes. La cellule, une ville, un écosystème sont des exemples de systèmes complexes.
Notre vision du monde est un modèle, servant de base à nos décisions.
Le raisonnement analogique autorise le rapprochement de domaines différents. Il permet de transposer des notions pertinentes pour un domaine dans un autre domaine où elles le sont aussi. C’est un outil systémique.
Pour servir la finalité de notre livre, deux analogies vont se révéler particulièrement intéressantes : l’analogie des écosystèmes et celle des organismes vivants. La première éclaire notre compréhension des interfaces entre un système et son environnement, l’autre le système lui-même. Ces analogies vont nous permettre de transformer notre modèle de vision du monde.

3. LE CAS DES ÉCOSYSTÈMES
Un écosystème contient fondamentalement deux sous-systèmes en interaction forte : la biocénose, c’est-à-dire l’ensemble des êtres vivants et le biotope, c’est-à-dire le milieu dans lequel ils vivent et ses caractéristiques physico-chimiques. L’écosystème définit alors un espace géographique particulier : une prairie, une forêt, un étang, l’océan, la planète. Ces écosystèmes sont reliés entre eux par des relations d’inclusions et d’interdépendances au sein du vaste écosystème planétaire.
Une hypothèse unificatrice va nous permettre de poser les bases nécessaires à la représentation :
Nature et technologie sont impliquées dans un réseau d’interactions tel, qu’il est possible de généraliser la notion d’écosystème à la totalité des régions constituant l’environnement humain .
En fait, les systèmes regroupant des espèces vivantes en interdépendance, et par extension, les systèmes regroupant des êtres vivants, les concepts, les productions et les résultats des activités humaines, en interdépendance seront qualifiés d’écosystèmes.
Cette hypothèse a deux implications importantes :
D’abord, l’homme et ses organisations, systèmes, réseaux, sont des composants, des parties, de l’écosystème global.
Ensuite, les lois de l’écologie vont pouvoir leur être appliquées.
Le modèle des écosystèmes est très fécond et l’écologie nous permet de dégager des principes généraux, structuraux et fonctionnels pouvant s’appliquer à tout système complexe : ces métarègles de la nature, c’est-à-dire ces règles pour écrire les règles (Jolivet, 2003), nous permettront une véritable investigation dans nos systèmes et situations, et peut-être une révision de nos valeurs.
Les êtres vivants, les organisations humaines qui composent en partie un écosystème sont en interaction avec celui-ci. Ils échangent énergie, informations, matière. Ils rejettent dans leur environnement de l’énergie usée, des déchets. Ceux sont des systèmes ouverts. Systèmes ouverts et écosystèmes sont en interactions constantes, les uns modifiant les autres et se trouvant modifiés en retour.

Schéma 1 b : Un écosystème de type I
Explorons rapidement les spécificités des écosystèmes et des organismes vivants.

4. COMPOSANTS ET PRINCIPES PERMANENTS DES ÉCOSYSTÈMES
Les écosystèmes sont soumis à des principes autour des notions d’énergie, de matière, de temps et d’information :
• L’énergie

Principe de conservation de l’énergie
La quantité totale d’énergie de l’univers (système fermé) reste constante.
Principe de dégradation de l’énergie
La qualité de cette énergie se dégrade de manière irréversible.
Tout mouvement, tout déplacement, toute transformation, information, exige de l’énergie. Les systèmes consomment donc de l’énergie et retournent à leur environnement extérieur de l’entropie, énergie usée.
• La matière

Principe de conservation de la matière : La quantité de matière qui transite dans la biosphère reste constante, mais circule.
• Le temps

Principe de conservation du temps : c’est le maintien d’un équilibre entre vitesse d’organisation et vitesse de désorganisation.
Le temps a en effet deux composantes : celle de l’accroissement de l’entropie (définition classique du temps), celle de l’accroissement de la complexité, de l’information, de l’organisation.
Toute organisation reste soumise à la dégradation, à l’usure, au vieillissement. La destruction de l’organisation d’une société humaine peut même être très rapide. Chaque activité créatrice (dans la nature ou la société) contribue à l’organisation du monde, à le faire avancer vers des états de complexité plus élevée, et est analogue à une réserve de temps.
• L’information
L’information est le contenu d’un message capable de déclencher une action. Autrement dit, l’information est à la fois une acquisition de connaissances (s’informer) et un pouvoir d’action (informer, donner forme à).
Les composants permanents d’un système sont :
– des entrées et des produits (sorties) ;
Elles résultent des échanges entre le système et l’extérieur.
– des ressources ;
La matière ou le matériau, l’énergie, l’espace ou le paysage, le temps, la diversité sont des ressources de base des écosystèmes.
– des contraintes ;
Ce sont toutes les conditions de l’environnement, et celles inhérentes à l’espace du système.
– une stratégie ;
C’est l’art de combiner des moyens pour atteindre un objectif. La stratégie implique une vision dynamique et de long terme du système. Elle résulte de l’analyse de l’environnement, du diagnostic interne du système, de la définition des finalités et objectifs. Elle permet d’adapter l’évolution du système à son environnement.
– des rétroactions.
Il s’agit du retour des informations qui vont permettre de maintenir la stratégie, de la réviser.

5. LES PROBLÉMATIQUES DES ÉCOSYSTÈMES

1. Les rapports avec l’environnement
Chaque système a son environnement propre qui est constitué de l’ensemble des systèmes avec lesquels il entretient des relations. Ces interactions système – environnement sont représentées au niveau du système comme des entrées et sorties (énergie, matière, informations). Les systèmes les plus ouverts sont généralement ceux qui réagissent le mieux et peuvent s’adapter face aux conditions changeantes de cet environnement. Ils doivent cependant garder un certain degré de fermeture pour assurer leur maintien et leur identité. L’écosystème est un niveau d’organisation comportant des systèmes vivants intégrés dans un milieu de survie. Il constitue donc l’environnement relationnel du système considéré. Les écosystèmes sont eux-mêmes intégrés dans des écosystèmes plus vastes, jusqu’à l’échelle de la biosphère.

2. L’organisation hiérarchique des systèmes
L’organisation est une propriété clé de tout système. Elle apparaît dans un cadre spatial ou temporel : un système peut émerger soit par rassemblement de plusieurs systèmes existants soit à la suite d’une longue évolution. Dans les deux cas, il y a complexification et superposition de niveaux hiérarchiques. Si le tout est plus que la somme de ses parties, il subit aussi quelques contraintes organisationnelles : c’est ainsi que la cellule qui porte en elle l’information génétique de tout l’organisme ne peut utiliser au sein de cet organisme qu’une partie de cette information.

3. La conservation des systèmes
Tout système doit assurer sa conservation, sa survie. Les systèmes complexes ne se maintiennent qu’à travers l’action, le changement. Leur identité ne provient pas de la fixité de leurs composants, mais de la stabilité de leur organisation à travers les flux qui les traversent. On parle d’homéostasie. Il s’agit d’un processus complexe à nombreux composants. Le maintien du système s’effectue par un renouvellement constant de ses composants sans que son identité soit changée. Le système vivant fabrique lui-même ses propres constituants à partir d’éléments fournis par son environnement et réorganise sa propre structure.

4. Le besoin de variété
La variété d’un système est le nombre de configurations ou d’états que ce système peut revêtir. Cette variété provient de deux sources : la première est propre au système, la seconde à l’environnement actif de celui-ci.
Tout système a besoin de variété : la variété constitue une sorte de réservoir dans lequel le système puise pour assurer son équilibre et une certaine marge d’adaptation. Dans un écosystème, on parle de biodiversité . Les systèmes vivants possèdent ainsi une réserve de variété leur permettant d’utiliser un autre élément ou un autre circuit en cas de défaillance d’un de leurs éléments ou de leurs circuits vitaux. La disposition d’une certaine marge de variété permet aux systèmes évolués de trouver des solutions adaptées aux défis qu’ils ont à relever en vue : – d’établir une bonne coordination de leurs comportements ; – de trouver des réponses adaptées aux perturbations en provenance de leur environnement ; – d’apprendre de nouveaux comportements ou d’innover.

5. L’évolution des systèmes
En fonctionnant, un écosystème, un système se transforme, il évolue. Cette évolution est créatrice, inventrice, conceptrice.
Ce processus très général englobe l’évolution prébiologique (celle de la Terre avant l’apparition de la vie), l’évolution biologique (celle de la vie) et l’évolution des sociétés humaines.
Afin d’étendre le concept de l’évolution des systèmes biologiques aux systèmes sociaux, il faut repérer les trois mécanismes de l’évolution : génération de diversité, maintien, sélection . En effet, toute évolution repose obligatoirement sur la combinaison de ces processus. La nature « a inventé » de nombreuses contributions à ces mécanismes. Ainsi, la sélection naturelle ne se réduit pas à la compétition et la lutte, ce qu’a imposé une vision réduite de l’œuvre de Darwin aussi bien à la nature que dans les sociétés. La nature met en œuvre de nombreux systèmes de symbioses et de solidarités qui ont joué un rôle dominant dans toute l’évolution biologique et sans lesquels il serait impossible de comprendre le fonctionnement des écosystèmes (J.-M. Pelt, 2004).
J. de Rosnay propose une théorie générale de l’auto-organisation et de la dynamique des systèmes complexes, qu’il appelle aussi la symbionomie.
Il s’agit d’une évolution généralisée, s’étendant des particules élémentaires aux sociétés humaines, aux organisations construites par l’homme. Chaque cycle de cette évolution comporte plusieurs phases : auto-organisation, co-évolution, symbiose et émergence. Cette approche unifiée permet de décrire la naissance d’une organisation complexe comme suit : « de multiples agents capables de se reproduire et de maintenir leur structures et fonctions constituent une population en co-évolution avec leur environnement. »
Le but de ce point de vue global de l’évolution est de parvenir à envisager sous un même éclairage les organisations de la vie et de la société, leur maintien dans le temps et leur évolution.

6. LES MÉTARÈGLES DE STRATÉGIE D’ÉVOLUTION DES SYSTÈMES COMPLEXES
Dans leur rapport à l’environnement, les écosystèmes biologiques ont globalement évolué de ce que Allenby (1994) a appelé les écosystèmes de type I vers les écosystèmes de type III .
Dans l’écosystème de type I, les ressources ne sont pas limitées.

Schéma 1 c : Un écosystème de type II
Dans un stade d’évolution ultérieure, les ressources sont limitées, les organismes vivants deviennent fortement interdépendants et forment des réseaux d’interaction complexes. Les flux de matières entre les différents composants de l’écosystème deviennent très importants, alors que les flux entrants et sortants connaissent des limites imposées par la disponibilité des ressources et les capacités d’accueil des déchets par l’environnement.

Schéma 1 d : Un écosystème de type III
L’écosystème de type II est plus efficace que le type I mais n’est pas viable à long terme. Les flux y sont unidirectionnels : les ressources diminuent et les déchets continuent à augmenter inexorablement.
Pour devenir vraiment viables, les écosystèmes ont évolué jusqu’à fonctionner de manière entièrement cyclique. Dans ce cas, il est impossible de distinguer entre les ressources et les déchets, car les déchets d’un organisme constituent une ressource pour un autre organisme. Seule l’énergie solaire constitue un apport extérieur. L’écosystème est de type III.
Pour parvenir à fonctionner de cette manière, les écosystèmes et leurs composants ont développé des stratégies spécifiques.
Ces stratégies pour le maintien et l’évolution des organisations font intervenir des grandes forces de la nature : lois et règles de l’auto-organisation, de l’autocatalyse, de l’exclusion compétitive, de la hiérarchie des niveaux de complexité, de la dynamique des évolutions ou de la sélection naturelle.
L’évolution symbionomique, stratégie durable, met ainsi en œuvre des métarègles d’évolution des systèmes complexes : auto-organisation, co-évolution, symbiose et émergence.

7. MODALITÉS D’APPROCHE
La finalité de ce livre en détermine les limites, le cadrage et le point de vue. Cet ouvrage éclaire ainsi une partie choisie de notre réalité.
Mise en garde  : afin de ne pas tomber dans des métaphores simplificatrices et donc réductrices, il est indispensable de multiplier approches et points de vue. Cette approche a ses limites. C’est dans celles-ci qu’elle doit être utilisée pour améliorer la compréhension de notre environnement.
Chaque chapitre y est constitué comme un tout pouvant être lu indépendamment des autres.
Ces chapitres sont aussi liés entre eux pour servir l’objectif global du livre : montrer l’intérêt de l’approche systémique dans la décision orientée développement durable et intégrer les repères pour l’assimiler.
En abordant quelques systèmes, nous vérifierons les invariants qui les relient. L’analogie des écosystèmes nous permettra de montrer l’intérêt global pour les différents acteurs de nos sociétés, de s’engager dans une démarche active de pensée systémique : comment concilier décision dans l’incertitude et développement durable ?
Pour cela, retenons que les outils conceptuels, définis dans ce chapitre, et nécessaires à l’étude des systèmes écologiques sont applicables à tout système humain.
Grâce à la vision dynamique, l’écologie nous permet d’organiser nos connaissances et donc de mieux comprendre la complexité des systèmes et de leurs interrelations, de mieux comprendre et situer les effets et les conséquences de nos décisions et de nos actions. Son outil d’observation est le macroscope, « instrument de l’infiniment complexe et symbolique d’une nouvelle manière de voir, de comprendre et d’agir » (J. de Rosnay, 1975).
L’analogie aux écosystèmes fournit une représentation mentale pour comprendre les conséquences de nos systèmes de valeurs, de nos activités, de nos choix. Les atteintes à l’environnement constituent pour les sociétés un questionnement vital, ressenti par un nombre de plus en plus grand d’individus. Nous allons voir également comment cette représentation peut nous permettre de modifier nos valeurs et donc nos actions afin de gérer autrement nos systèmes économiques, sociaux,… pour une plus grande durabilité.

Mots-clés du chapitre 1
Analogie Approche systémique Biodiversité Complexité Développement durable Écosystème Énergie Interaction Métarègle Symbionimie

COMPRENDRE…
L’entreprise, la ville, l’État, l’économie, la société sont quelques unes des organisations des hommes. Ces organisations interagissent et sont liées entre elles par des relations d’inclusions et d’interdépendance. Elles sont aussi en interactions fortes avec les écosystèmes naturels. L’ensemble forme l’écosphère, autrement dit notre environnement global et commun.
Pour comprendre ces systèmes, appréhender leur fonctionnement et leurs interactions, nous allons nous placer, dans chacun des chapitres qui suivent, au cœur de ceux-ci. Pour se maintenir et évoluer, ces systèmes sont confrontés aujourd’hui à des enjeux majeurs : comprendre leur propre fonctionnement, apprendre à lire les perceptions que leur donne leur environnement sur eux-mêmes, développer et réviser objectifs et stratégie par rapport à des changements prévisibles. Nous y découvrirons l’homme acteur individuel et collectif, d’un contexte local et planétaire, grâce, en particulier, au processus décisionnel.
PARTIE 1
SOUS L’ORGANISATION, LE SYSTÈME
CHAPITRE 2
L’HOMME
« Si l’homme veut poursuivre son processus d’hominisation, il lui faut redevenir maître et “auteur” de son devenir, à la fois en tant qu’individu et en tant qu’espèce sociale. »
André GIORDAN

Résumé
Élément de base des sociétés comme la cellule dans l’organisme vivant, la personne est un système de très haute complexité, comportant de nombreux éléments, un réseau de transport et de communication, des réservoirs, des flux, des centres de décisions, des boucles de rétroaction, des délais, des entrées et des sorties. Sa structure et son fonctionnement mettent en jeu des mécanismes de régulation qui se prolongent dans l’environnement extérieur. Ces mécanismes se traduisent par des processus internes et externes. Dans le dernier cas, on parle de comportements. Ces comportements sont porteurs de sens pour la société, et l’homme peut donner un sens à ses actes.
A travers l’homme, nous appréhendons la notion d’organisme vivant. A l’instar de la notion d’écosystème, la métaphore de l’organisme vivant est féconde pour comprendre les systèmes complexes. Elle permet d’intégrer les notions de savoir et de sens. Elle englobe la complexité et l’interdépendance en une totalité intégrante et autonome dans laquelle la richesse et la variété des liaisons entre les éléments apparaissent parfois plus importantes que les éléments eux-mêmes. Ceci nous permet de replacer l’homme au centre des systèmes, organisations et réseaux dont il a la charge (le foyer, la collectivité, l’entreprise, l’État, la société, son environnement physique) et donc la responsabilité.

1. LA PERSONNE ET LE CONCEPT D’ORGANISME VIVANT

1.1. L’Homme, un organisme vivant complexe
L’homme compte 100 000 milliards de cellules, 100 000 kilomètres de vaisseaux, 200 hectares de tissus, 2 tonnes de sang filtrés chaque jour par les reins, 637 muscles, 600 m 2 de tube digestif, 80 m 2 de surface d’échanges gazeux dans les poumons, 600 millions d’alvéoles pulmonaires !
L’homme, c’est d’abord de la matière organique, c’est-à-dire organisée autour de l’atome de carbone. Les atomes sont organisés en molécules, les molécules en cellules. Les cellules sont les unités de base des êtres vivants, elles forment des tissus. Un être humain contient ainsi 200 variétés de cellules, ayant chacune sa fonction propre et spécialisée selon le tissu qu’elle constitue. Ces tissus sont agencés de manière à former des organes. Les organes se regroupent en systèmes. Chacun de ces systèmes contribue au fonctionnement de l’organisme humain. Ainsi s’établit une hiérarchie de structure par série d’intégrations successives. Voilà donc un système très organisé, un système de très haute complexité.
Le système humain fonctionne. Il naît, croit, se reproduit et meurt. Ses grandes fonctions vitales travaillent en synergie pour « servir » l’organisme. Ses fonctions de relation, nutrition et procréation l’inscrivent dans son environnement. L’homme a besoin d’énergie, de matière (protéines, acides aminés,…), pour se maintenir en vie et assurer un travail, il rejette des déchets dans son environnement (dioxyde de carbone, urée…) et est donc en partie ouvert sur l’extérieur. Il n’est donc pas isolé.
La vie ne se maintient qu’en certaines conditions du milieu extérieur.
L’homme échange également des informations avec son environnement (perceptions et actions).
Les échanges qu’il effectue avec son milieu sont alors globalement :

Schéma 2 a : Les échanges de l’organisme humain avec son environnement
Il effectue un réequilibrage permanent dans son milieu intérieur par un jeu d’actions et de réactions (les rétroactions) grâce à ses hormones et à son système nerveux, et cela malgré les modifications de l’environnement (sa température par exemple). Il assure ainsi la stabilité dynamique de son milieu interne.
La vie est la propriété émergente de ce type de système en fonctionnement.

1.2. La personne dans son environnement
La personne peut être représentée dans son environnement par le schéma suivant :

Schéma 2 b : La personne dans son environnement
Avec le milieu, la personne échange directement de l’énergie, de la matière, des perceptions, des actions.
Les échanges, que l’homme nomade faisait directement avec cet environnement, impliquent, dans nos sociétés, de nombreux intermédiaires et donc de multiples acteurs.
De plus, sa dimension symbolique a pris une grande ampleur, les échanges d’informations entre acteurs sociétaux se sont donc multipliés. Les échanges avec l’environnement sociétal sont ainsi liés non seulement à la dimension économique de la personne mais aussi à ces dimensions sociales, politiques, culturelles.
L’homme est en effet un composant de la famille, de la ville dans laquelle il vit, de l’État, de l’Économie, de la société. Réciproquement, l’homme « sous-traite », délègue ou externalise une partie de son fonctionnement à d’autres acteurs, avec lesquels ils coopère ainsi pour mieux vivre.
Ses relations avec l’environnement déterminent en partie l’état de son fonctionnement et ses choix de stratégie (procréation, conduite préventive ou curative face aux épidémies…) c’est-à-dire sa santé, sa dynamique et son évolution.

1.3. Les contraintes imposées à la personne par son environnement
Les contraintes imposées à la personne sont multiples : l’homme physique est régi par les lois de la nature, il ne peut faire autrement. Comme tous les êtres vivants, il s’alimente, respire, croît et se reproduit. Ces fonctions sont nécessaires à sa survie et à la survie de son espèce. L’environnement physique impose des contraintes de compositions chimiques de l’air, de l’eau, du sol, de la nourriture et leur disponibilité. Il impose des conditions climatiques. Cet environnement physique envoie des informations qui sont perçues par l’organisme : paysage, cadre de vie, risques naturels, réactions de l’environnement face aux transformations effectuées par l’homme (pollutions par exemple).
En tant qu’espèce sociale, l’homme est sensible à d’autres contraintes. Les contraintes imposées par l’environnement sociétal varient selon le pays, sa culture, son éthique philosophique ou religieuse, l’histoire du pays, son niveau de développement, le modèle de développement, son régime politique, les droits sociaux, les ressources économiques du pays, son milieu familial et professionnel…
Ces contraintes peuvent être regroupées selon leur nature : disponibilité des ressources, accès à l’éducation… Elles dépendent de facteurs économiques, politiques, juridiques, géographiques… interconnectés. La société, de l’échelle familiale à l’échelle globale, impose des représentations sociales, des cadres informels de liberté d’expression et d’action.
Finalement, cet environnement sociétal génère des risques, positifs ou négatifs, pour les individus.

Schéma 2 c : Les contraintes imposées à l’homme par son environnement

2. LA STRUCTURE DE LA PERSONNE
Un certain nombre de composants ou éléments constitutifs interviennent, par exemple, dans le mouvement et le déplacement : l’ensemble des os formant le squelette, les muscles, tendons et ligaments. Une innervation assure le transport des informations nerveuses et la coordination entre tous les organes, de nombreux vaisseaux contenant le sang assurent leur nutrition. Ces éléments sont inter-reliés : en effet, cette fonction de mouvement et de déplacement met en jeu des organes capables de réagir (organes sensoriels pour la réception d’informations, l’intégration et la transmission de ces informations et des organes contractiles, les muscles, agents du mouvement).
En fait, pour se maintenir en vie, accomplir un travail, recevoir et générer des informations, agir, percevoir, imaginer, décider, il faut à l’homme une organisation particulière.
Les grands composants de cette organisation sont décrits dans le tableau suivant :

Tableau 2a : L’organisation du système humain Eléments constitutifs Rôles Fonction systémique Système cutané Protecteur, empêchant l’invasion par les microbes ou les corps étrangers. Epuratoire par l’évacuation des toxines (sueur). Thermorégulateur. Captage d’oxygène, d’eau, de lumière solaire pour assurer une partie de son propre fonctionnement. Capteur d’informations (température, pression, douleur) au moyen des terminaisons nerveuses. Stockage. Frontière du système Système musculo- squelettique Charpente de l’anatomie, soutien et protection des organes internes. Mouvements. Réservoirs. Agents du mouvement et du déplacement. Réservoirs. Système cardio- vasculaire Apporter l’oxygène et les nutriments aux cellules en continu. Collecter et éliminer les déchets du métabolisme et de dioxyde de carbone. Réseau de transport interne. Milieu intérieur. Système respiratoire Fournir le carburant nécessaire au travail cellulaire (oxygène) par l’inspiration d’air. Filtre antimicrobien et filtre à poussière. Expulsion des déchets gazeux (dioxyde de carbone principalement). Transports gazeux avec l’environnement. Système digestif Transformation des aliments en protéines, glucides, sels minéraux, oligo-éléments, lipides,… utilisables par l’organisme. Passage de ces nutriments dans le sang. Recyclage de l’eau et élimination des déchets solides. Transformation de l’énergie et des matières indispensables. Système rénal Filtrage et recyclage du sang. Evacuation des déchets sous forme d’urine (urée, acide urique). Rôle dans l’auto-régulation. Élimination des déchets. Cerveau et système nerveux Création des processus de pensée. Envoi, réception et traitement des influx nerveux (tous les muscles et organes en dépendent pour pouvoir fonctionner). Coordination des fonctions vitales de l’organisme. Rôle dans l’auto-régulation. Communication, intégration des informations et régulation. Système endocrinien Sécrétion d’hormones essentielles au bon fonctionnement de l’organisme. Régulation des pulsions et des émotions. Stimulation de la croissance et du développement. Rôle dans la production d’énergie. Rôle dans l’auto-régulation, y compris auto-réparation. Communication. Régulation. Système reproducteur Production de cellules reproductrices. Reproduction.
Ces systèmes n’ont pas de sens pris séparément, ils interagissent pour assurer les fonctions vitales de l’organisme humain.
Il est évident que l’être humain est plus que la somme de ces parties.
Dans cet ensemble le cerveau occupe une place spécifique. Le système nerveux est un ensemble de cellules spécialisées, les neurones, fortement interconnectées. Elles possèdent la caractéristique unique de ne plus pouvoir se reproduire à partir du stade adulte de l’organisme auquel elles appartiennent. Les neurones codent et transportent de l’information. Le cerveau humain présente le plus haut degré de complexité des systèmes vivants. Il comporte plus de 10 milliards d’éléments de base, les neurones, et 10 14 possibilités d’interactions entre ces neurones. Il possède de plus une redondance qui lui donne une souplesse d’adaptation considérable. Il contrôle notre perception du monde extérieur, nos comportements, nos connaissances et nos apprentissages, abstraction et imagination.

3. LE MÉTABOLISME DE L’HOMME
Le métabolisme de l’homme est soumis à des contraintes, il dispose de ressources et il doit permettre à l’homme d’assurer sa survie, en plus il doit lui permettre d’assurer son rôle sociétal.
Pour cela, l’organisme humain transforme l’énergie provenant de l’alimentation, assimile les matières indispensables, élimine ses déchets. Pour assurer son bon fonctionnement lors d’un exercice physique intense et prolongé, le fonctionnement musculaire augmente, la dépense énergétique s’accroît, les muscles consomment davantage d’aliments et d’oxygène pour les oxyder. Les rythmes respiratoires et circulatoires, pour répondre aux besoins nouveaux des muscles. Des déchets produits sont éliminés par la sueur et l’urine. L’échauffement du corps est limité par la transpiration.
L’organisme humain communique et traite des informations. Son éducation constitue un stock d’informations, qui participe aux mécanismes internes et aux échanges avec l’extérieur.
Les besoins en énergie, les besoins en oxygène, en eau, en minéraux, en vitamines…, pour les processus internes du corps humain peuvent varier selon le sexe, l’âge et le mode de vie (sédentaire, travaux physiques…), mais varient peu d’un individu à un autre.
Les processus internes sont décrits par le schéma suivant :

Schéma 2 d : L’organisation interne de l’être humain et son métabolisme
Les contraintes imposées à l’homme sociétal varient selon la culture, le milieu professionnel…
Le fonctionnement d’un être humain vivant dans sa dimension sociale, impliquant son mode de vie, son lieu de vie, ses modes de déplacement, son activité professionnelle, ses modes de consommation fait apparaître les consommations effectives. Les consommations de nourriture sont très variables en qualité et en quantité. Une personne « consomme » également du papier, du bois, de l’essence, du gaz naturel, de l’eau, du verre, du tissu, des métaux, des plastiques, de la lessive, des produits chimiques, des briques, du sable… Les flux de matières peuvent en fait être ventilés selon les types d’activités des personnes : nourriture, nettoyage, habitation, transport et communication, immobilier (bâtiments, routes…). Les déchets et effluents liquides et gazeux produits et leur caractère physico-chimique dépendent de la nature des matières consommées et de leur utilisation. En fonctionnant en société, un Européen, par exemple, met en œuvre des processus multiples et complexes : du « simple » jus de fruits qu’il consomme, aux technologies de pointe qu’il utilise, c’est tout le métabolisme industriel qu’il sollicite, tout le système économique dont il se sert.
Il y a un lien fort et complexe entre le développement économique et la consommation d’énergie. Ainsi, si la consommation énergétique moyenne par habitant est de 1,6 tonnes équivalent pétrole ou tep par an, cette globalité cache de très grandes disparités : la consommation annuelle moyenne d’un Américain est de 8 tep, celle d’un Européen de 3,5 tep, alors que celle des habitants des pays les plus pauvres est de quelques centaines de kilos.
Le territoire fonctionnel, ou empreinte écologique, d’une personne est très variable. Il est considérable dans nos pays développés, à tel point qu’il est impossible que les 6 milliards d’individus sur la Terre continuent à accroître leur consommation suivant le modèle que nous avons construit : la planète ne pourrait produire les ressources nécessaires (limite de la « cueillette ») ni absorber les déchets émis, l’homme serait voué à une disparition rapide, accompagnée de tensions considérables ou nouveaux types de cataclysmes. Un nouveau modèle de consommation, de nouveaux modes de création de ressources, le concept même de déchets sont à l’évidence à inventer.

4. STRATÉGIE PERSONNELLE ET ÉVOLUTION INDIVIDUELLE

4.1. Le comportement d’une personne
Face à un environnement désagréable, hostile, dangereux ou limité, la personne peut adopter trois comportements primitifs de base : la fuite, la lutte ou l’adaptation.
La fuite consiste à changer d’environnement, jusqu’à ce que la personne trouve un milieu où elle se sente à l’aise.
La lutte signifie modifier par une action délibérée l’environnement qui le menace et revenir à des conditions qui lui sont favorables.
L’adaptation est une mobilisation interne pour maintenir l’équilibre. Elle peut faire appel à différentes stratégies.
Bien souvent le comportement global d’une personne est un mélange très complexe de ces comportements de base. Il obéit à des processus conscients et inconscients. Il conduit, dans le contexte considéré, à l’évolution individuelle, et a des résonances dans l’environnement de la personne, de par ses liens multiples avec celui-ci. La personne est, à l’échelle locale, l’élément de base des systèmes sociétaux : consommateur dans le foyer, citoyen de son État, producteur dans l’entreprise, porteur de sens dans la société, acteur de l’environnement physique ; comme la cellule l’est pour l’organisme humain.
Dans le contexte actuel, les comportements primitifs de fuite se traduisent par l’usage de drogues, d’alcool ; les antidépresseurs servent l’illusion de l’adaptation à la complexité du monde et à ses incertitudes.
En fait, stress et recours excessif à la sécurité sous toutes ses formes ne font que traduire le décalage entre la prise de conscience de la complexité du monde, et nos façons de penser, d’analyser, de décider, de gérer nos systèmes, et de nous gérer nous-mêmes.

4.2. Du comportement à l’évolution, le développement d’une stratégie individuelle
L’évolution d’un système complexe, quel qu’il soit, comporte trois étapes : la génération de variété, le maintien (ou disparition) et la sélection.
Lors de sa croissance, sous la sollicitation de son milieu, en fonction des expériences vécues, l’individu produit des connexions nerveuses, son cerveau s’auto-organise vers une plus grande complexité. Cette aptitude à auto-organiser son cerveau pendant l’enfance, offre, ensuite à l’homme d’immenses possibilités et lui permet d’accéder à la culture, à la conscience et au plus haut niveau des systèmes : l’auto-finalisation. C’est-à-dire, la possibilité de décider sa vie et de la faire évoluer dans la direction voulue, en lui donnant un sens.
La finalité est finalisante, c’est-à-dire qu’elle concourt elle aussi à l’auto-organisation du cerveau.

Schéma 2 e : La finalité finalisante
En fait, c’est par le jeu des rétroactions que la personne poursuit cette évolution. Tout en assurant sa croissance et plus tard le maintien de son intégrité physique au cours de son cycle de vie, de sa conception à la mort, le développement d’un être humain est caractérisé par sa croissance psychique. Les apprentissages qu’il fait lui permettent d’intégrer des savoirs et des représentations ou des modèles lui permettant de comprendre, d’analyser, de choisir, de décider. Expériences et apprentissages sont ainsi mémorisés, intégrés, et la pensée réorganisée. En renouvelant sa pensée, l’homme se renouvelle en tant qu’être pensant. Ce qui constitue un mode de régulation.
Cette évolution « culturelle » de la personne implique trois dimensions de l’être humain :

Schéma 2 f : Trois dimensions de l’être humain permettent son évolution culturelle
La manifestation sociale de son évolution résulte alors, dans un contexte dynamique, des choix tactiques ou de l’absence de choix. Cet individu effectue ses choix sur la base des informations dont il dispose, et avec les moyens de tri, de hiérarchisation et de traitement.
Les stratégies personnelles, par exemple de procréation, que l’homme développe au cours de sa vie diffèrent selon les contraintes auxquelles il est soumis, les ressources dont il dispose, et selon ses choix. Sa stratégie peut faire appel à des mécanismes de compétition, de coopération et d’évitement, voire d’immobilité, à l’image de ce qui se passe chez les végétaux ou les animaux. La stratégie du dauphin (Lynch & Kordis, 1988), est, par exemple, une métaphore des auteurs pour décrire la stratégie à développer dans une ère caractérisée par le changement.
En tant que système ouvert sur son environnement, la stratégie qu’il développe intègre des données périphériques, celles de ses interfaces avec son environnement et celles de son environnement, et rétroagit sur lui :

Schéma 2 g : La stratégie du dauphin
L’évolution d’une personne est un processus créatif qui émerge de la tension existant entre ses aspirations (sa vision) et la réalité qu’elle vit.
En prenant conscience de son process, l’homme peut piloter sa vie.

5. LA RÉGULATION DE L’ORGANISME HUMAIN

5.1. Les régulations impliquées dans le maintien de l’intégrité du corps
L’organisme est en permanence informé de l’état de fonctionnement de ses organes et de ses équilibres internes, grâce à des signaux venant du milieu intérieur ou de l’extérieur, comme c’est le cas pour une modification de l’environnement. Ces signaux permettent le déclenchement de mécanismes de régulation portant sur : – le maintien à un taux constant de la concentration dans le sang d’un certain nombre de molécules et d’ions essentiels à la vie (calcium, sodium, hormones, glucose…) ; – maintien à une valeur déterminée de certains paramètres physiques tels que la température, l’acidité, la pression et le volume sanguin.
La régulation s’effectue par l’intermédiaire d’un mécanisme de contrôle faisant intervenir un détecteur, un comparateur et une mémoire.
Chaque molécule ou ion présent dans le plasma provient d’une source, peut être stocké dans un réservoir et disparaît dans un puits.
Le modèle général peut prendre la forme suivante :

Schéma 2 h : La régulation des réactions de la vie
Par exemple, la régulation du calcium s’effectue comme suit :

Schéma 2 i : La régulation de la concentration en calcium
La régulation thermique est le résultat du consensus de cinq processus : les frissons à modulation profonde, la vasodilatation cutanée, la transpiration, les frissons à modulation cutanée et la production de chaleur biochimique. Elle peut être complétée par des actions volontaires : isolation thermique (vêtements, chauffage, climatisation…)...

5.2. Contrôle, auto-organisation et autonomie
D’autres types de régulations, très complexes, se fondent sur de très nombreuses informations venant de l’extérieur : symboles ou signes, hiérarchisés en niveaux de valeurs, intégrés en règles de conduite et susceptibles de déclencher une cascade de comportements, c’est-à-dire de réponses. Ces réponses dépendent d’un certain nombre de facteurs (la « vision », l’éducation…) et de la stratégie développée. Chaque nouvelle information est confrontée aux données dont la personne dispose et peut entrainer une réorganisation de la pensée, la modification des comportements, la révision des valeurs et de la stratégie. Le cerveau humain assure aussi l’auto-contrôle de la personne – process. Ce contrôle est tel que l’homme possède, par exemple, la capacité de « taire » les signaux internes (physiologiques) au profit de choix qui lui permettent de maintenir son intégrité psychique (grève de la faim, par exemple). Le mode de pilotage de l’organisme humain doit être adapté aux changements et aux incertitudes d’un environnement complexe. Il doit donc disposer d’une variété importante, d’un psychisme suffisamment riche. Dans le processus d’évolution de la pensée, le psychisme s’enrichit. Au-delà d’un certain seuil, cette évolution devient consciente et l’homme possède alors la liberté de continuer à évoluer vers davantage de complexité et de conscience ou de s’arrêter et se détruire.
La prise de conscience de cette complexité et des grandes forces à l’œuvre est donc une étape essentielle de l’accès à l’autonomie, à la gouvernance de soi et à la liberté.

6. ENJEUX ET DÉFIS À RELEVER, LEVIERS
Dans un environnement dégradé, l’homme prend conscience de sa fragilité en tant qu’être vivant. Nos actions transforment notre environnement et de nouveaux risques menacent notre qualité de vie, voire notre vie, ainsi que le maintien de nos organisations.
Individuellement, il s’agit de prendre conscience que la complexité et l’incertitude font désormais partie intégrante de la vie. Il s’agit d’apprendre : s’approprier des capacités de compréhension d’une situation complexe, maîtriser des capacités de conceptualisation et de traitement de sens, savoir traiter des informations, développer son esprit critique, savoir argumenter et convaincre, imaginer d’autres scénarii.
L’homme doit devenir apprenant et il doit défendre ce droit comme fondamental : sans même évoquer les États dans lesquels les êtres humains sont réduits à la survivance immédiate, ce droit d’apprendre est bien souvent réduit à néant par l’absence ou la négation de droits sociaux ; par la division du travail et la spécialisation des personnes à des tâches très répétitives pendant leur vie d’actif ; par le rapport entre niveau de rémunération et coût de la vie, par la simplification réductrice de l’information transmise.
L’homme assigné à une tâche répétitive quotidiennement est maintenu artificiellement à un faible niveau de création d’informations dans un environnement trop stable. Son évolution est très ralentie et ses capacités à réagir positivement aux changements sont mises en péril.
L’homme apprenant renforce les interactions avec son environnement. Il se donne les moyens d’assumer son rôle de citoyen planétaire, à l’échelle de sa commune jusqu’à celle de la planète, dans un environnement multiple et changeant. L’acte d’essayer de comprendre remet dans sa puissance la personne, qui sait qu’elle est dans le process de sa vie et qu’elle participe aussi à de nombreux processus dans son environnement. L’identification de ces processus et des changements prévisibles lui permettent de mettre en place une véritable gouvernance de soi. Or peut-on gouverner l’entreprise, l’économie, la nation, la planète, si on ne commence pas par se gouverner soi-même ?
Acteur responsable et multiple de l’environnement physique et sociétal, chaque personne possède donc de multiples leviers pour l’action. En effet, si chaque interaction avec l’extérieur est le vecteur de contraintes, de perturbations qui forcent la personne à s’adapter et à évoluer, chacune constitue aussi un levier pour agir.

Schéma 2 j : L’Homme et ses leviers pour l’action
Ce schéma fait apparaître ce à travers quoi la personne peut agir. Il s’agit de penser à l’échelle planétaire et d’agir à l’échelle locale, de penser dans l’avenir et d’agir dans le présent.
Le premier levier local et dans le présent est celui de son comportement quotidien et immédiat. L’être humain peut choisir son comportement. Il peut choisir d’évoluer vers une maîtrise de ses consommations, de ses rejets, de ses interactions avec l’environnement.
L’opération Défi pour la Terre permet de s’engager dans un tel processus d’amélioration continu. Dans cet engagement, chaque participant, après avoir établi le bilan de ses pratiques quotidiennes, doit s’engager à réduire sa consommation d’énergie, ses émissions de déchets et de pollutions. L’homme apparaît ainsi comme le premier acteur du changement : il est à l’origine de tout enjeu ou objectif global.
– Réduire son chauffage de 1° permet d’abaisser sa consommation d’énergie de 7 % ; – opter pour des ampoules basse tension permet d’utiliser 5 fois moins d’électricité pour l’éclairage ; – préférer la douche au bain conduit à utiliser 5 fois moins d’eau ; – recycler 1 kg de papier permet d’épargner 2,5 kg de bois – et renoncer au 4x4 permet de réduire ses émissions de gaz à effet de serre en ville de 40 %.

Mots-clés du chapitre 2
Auto-contrôle Cellule Équivalent pétrole Métabolisme Neurones Processus créatif Régulation Système humain
CHAPITRE 3
L’ENTREPRISE
« Entreprendre, c’est savoir gérer économiquement l’incertitude. L’entreprise est sa propre source de risques, du fait de ses activités, de son organisation, de son personnel, des décisions prises par ses dirigeants. Elle est aussi l’objet des risques que son environnement géographique, social, politique, commercial, technique, etc., exerce sur elle. Si les risques n’existaient pas, il n’y aurait ni succès ni échec. Il n’y aurait pas d’entreprises ! »
Bernard BARTHELEMY

Résumé
Malgré leur très grande diversité quant au type d’activité, à la dimension, ou à la structure juridique…, les entreprises ont en commun la production de biens et de services, et la réalisation de profits nécessaires à leur survie. Diverses dans leur organisation interne, leur rapport à l’environnement, elles rassemblent des éléments, en interactions dynamiques, elles fonctionnent, consommant énergie et matières, elles rejettent des déchets, des effluents liquides et gazeux, très spécifiques selon la nature de la production et le process. La place qu’y occupe l’homme en fait un système humain. C’est aussi un milieu de vie, aux conditions particulières : ambiances lumineuses, qualité de l’air intérieur, conditions de travail, stress… En fonctionnant, l’entreprise est aussi source de risques, pour elle-même, pour ses éléments et pour son environnement. L’analogie des écosystèmes comme celle des organismes vivants sont pertinentes : elles vont éclairer de façon complémentaire la réalité de l’entreprise dans ses frontières effectives, dans ses interactions avec l’environnement, dans son fonctionnement, dans ses propriétés émergentes, dans ses régulations formelles et informelles, dans son évolution, dans la cohérence des décisions dont elle est le siège permanent. Mieux connaître l’entreprise permet de passer à une gestion éclairée de celle-ci dans la multiplicité de sa réalité, ceci permet également d’identifier les enjeux, les situations, cela permet enfin de repérer et d’actionner les leviers pour agir dans une relation de plus grande réciprocité entre l’entreprise, ses acteurs internes et externes. L’entreprise est elle-même un composant de nos sociétés, de la collectivité locale à l’économie mondiale. C’est une partie de l’écosystème terrestre, avec lequel elle est en interaction.

1. L’ENTREPRISE – SYSTÈME

1.1. L’entreprise un système complexe
Le concept moderne d’entreprise est né au XIX e siècle avec la naissance de la grande industrie, c’est-à-dire déjà une combinaison complexe entre un outil de production à base d’équipements technologiques coûteux, et une communauté d’hommes aux qualifications professionnelles diverses. La combinaison entre les hommes et l’outil implique les notions de travail et de capital (Donnadieu, Karsky, 2002). Le couplage entre travail et capital est l’interaction fondamentale de l’entreprise. Il se traduit dans l’évolution de celle-ci.

Schéma 3 a : L’interaction fondamentale entre travail et capital
Autour de cette interaction fondamentale, une organisation se met en place et se développe suivant l’évolution de l’entreprise. Hommes, moyens financiers, matériels, informationnels, technologiques, matériels… interagissent en vue de produire des biens et/ou des services destinés à la vente et d’assurer la survie de l’organisation.
L’agencement de ces composants est très variable et à évaluer dans l’histoire des entreprises. De la structure pyramidale à la structure projet, les modèles coexistent aujourd’hui et répondent à des conceptions très différentes du rapport de l’entreprise à son environnement. Ainsi, l’entreprise, organisée suivant les principes de l’Organisation Scientifique du Travail et représentée sous la forme d’une pyramide, répond à une conception d’un environnement stable, limité, homogène. Les structures de type projet répondent à une perception de l’environnement élargi, diversifié, instable et incertain.
Les êtres humains y sont les éléments de bases comme les cellules pour un organisme vivant. Cette organisation du système se traduit par des unités, des départements spécialisés et les réseaux de communication et de transport qui les relient. Les entreprises peuvent être implantées sur plusieurs territoires (régionalement, nationalement ou à l’international). Les multinationales possèdent ainsi de gigantesques réseaux. Leurs composants échangent entre eux de l’information (commandes, directives, modèles, résultats…), de la matière (produits à différents niveaux de transformation, produits finis…), de l’énergie, de la monnaie. Les salariés de l’entreprise y ont des fonctions différenciées.
En relation avec son environnement, l’entreprise fonctionne. Elle échange avec celui-ci de la monnaie, des actions, des matières premières, des produits finis ou des services, de l’énergie, des machines, des informations techniques, règlementaires, publicitaires… C’est donc un système ouvert.

Schéma 3 b : L’ouverture de l’entreprise sur son environnement
Ces flux peuvent être classés en flux d’information, flux physique, flux d’énergie ou flux monétaires. Ils entrent et sortent du système de l’entreprise.
Ils peuvent constituer soit des flux circulant soit des flux structurants. Les flux circulant sont transformés dans l’entreprise. Les flux structurants participent de la structure interne de l’entreprise et à son évolution. Il s’agit par exemple des achats d’équipement, des embauches de nouveaux salariés, du recueil et de la capitalisation de savoir. Ils s’incorporent durablement dans l’entreprise et participent à sa structure interne et à son évolution (Donnadieu, Karsky, 2002).
Il n’y a pas de bonne structure d’organisation (Lawrence, Lorsch) supérieure à toutes les autres. Cependant certaines sont plus adaptées à certains environnements.
La structure et le fonctionnement de l’entreprise dépendent alors : – des interactions entre ses éléments (flux matériels physiques, d’information, financiers…) – des finalités (financière, économique, sociale) ou objectifs qu’elle s’est fixés (pérennité, croissance, satisfaction humaine…), ou de leur compromis ; – de l’environnement extérieur.
L’environnement des firmes est de plus en plus complexe, c’est-à-dire de plus en plus instable et de plus en plus incertain. En tant que systèmes ouverts, les entreprises subissent des contraintes externes. Pour assurer leur survie sans répondre passivement aux contraintes extérieures, elles entreprennent une variété de stratégies pour modifier la situation à laquelle elles ont à faire face et pour éviter d’avoir à céder aux exigences de groupes d’intérêts.

1.2. L’entreprise dans son environnement extérieur

Schéma 3 c : L’entreprise dans son environnement
Pour fonctionner, l’entreprise exploite un certain nombre de biens environnementaux : énergies fossiles, eau, air, matériaux, matières biologiques, selon les processus qu’elle met en œuvre. Elle rejette dans l’environnement naturel des déchets, de l’air vicié, de l’eau usée, de l’énergie dégradée. L’interrelation avec l’environnement naturel est modulé selon le type d’activité de l’entreprise : la disposition d’une eau brute de qualité peut être une contrainte très forte dans l’a-groalimentaire par exemple. La capacité de refroidissement du fleuve à proximité duquel elle est implantée est vitale pour une centrale nucléaire.
L’entreprise regroupe un certain nombre de facteurs économiques, les organise et les utilise en vue de produire des biens et des services pour les échanger sur un marché. Elle est un composant de l’économie nationale voire internationale. Certaines entreprises multinationales ont des PIB supérieurs à ceux d’autres États, elles ont un poids considérable sur l’économie mondiale.
Les échanges avec l’environnement sociétal se font à plusieurs niveaux : avec la municipalité locale, avec les consommateurs, avec les familles des salariés, avec les riverains, les associations. Chaque personnel de l’entreprise est aussi un élément d’une famille, d’un groupe social ou géographique s’insérant dans un système toujours plus vaste.
Toute entreprise étant installée sur un territoire, associant environnement physique, paysager et social, le couplage avec les collectivités locales est important : l’entreprise génère des besoins de transports, d’infrastructures, elle transforme le paysage urbain ou local et génère des richesses, peut renforcer l’attractivité de la ville par l’offre de travail, et la diversification des activités. Les collectivités sont directement concernées par la santé et l’attitude des entreprises et par leurs projets de développement. En matière de risques technologiques, par exemple, cela se traduit par des adaptations de l’urbanisme péri-industriel, l’équipement de dispositifs de sécurité des bâtiments publics situés à proximité des sites à risques, la définition de plans particuliers d’intervention.
En France, les CCI accompagnent les entreprises dans les pratiques de développement par des actions pédagogiques et de soutien.
Les informations passent de l’entreprise aux populations, soit directement par les visites de sites ou les bilans environnement par exemple, soit indirectement, par l’intermédiaire de la presse, par la publicité, par son image.
L’entreprise est aussi en relation avec des organisations décentralisées de l’État. En France, ce sont par exemple, les Agences de Bassin, l’Ademe, les Agences de l’eau, les DRIRE. Ces organisations apportent des savoir-faire à l’entreprise, des pratiques nouvelles, que l’on peut traduire par des flux d’informations.

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