La problématique de la retraite sous les tropiques
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Description

Le développement du niveau de vie, des sciences médicales et des technologies de pointe va permettre d'avoir de plus en plus de vieilles personnes à charge en Afrique: comment les pouvoirs publics s'emploient-ils à gérer ce phénomène ? La prise de conscience individuelle face au risque de la vieillesse n'est-elle pas le premier pas vers la préparation de la retraite ? Cet ouvrage s'emploie à tirer la sonnette d'alarme pour que la retraite ne soit plus une mort annoncée.


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Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 novembre 2012
Nombre de lectures 47
EAN13 9782296508231
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Problématiques africaines
Collection dirigée par Lucien AYISSI
Il s’agit de promouvoir la pensée relative au devenir éthique et politique de l’Afrique dans un monde dont on proclame de plus en plus la fin de l’histoire et de la géographie. L’enjeu principal de cette pensée à promouvoir est la réappropriation conceptuelle, par les intellectuels africains (philosophes, politistes, et les autres hommes et femmes de culture), d’un débat qui est souvent initié et mené ailleurs par d’autres, mais dont les conclusions trouvent dans le continent africain, le champ d’application ou d’expérimentation. La pensée à promouvoir doit notamment s’articuler, dans la perspective de la justice et de la paix, autour des questions liées au vivre-ensemble et aux modalités éthiques et politiques de la gestion de la différence dans un espace politique où la précarité fait souvent le lit de la conflictualité.
La collection « Problématiques africaines » a également l’ambition d’être un important espace scientifique susceptible de rendre de plus en plus présente l’Afrique dans les débats mondiaux relatifs à l’éthique et à la politique.

Déjà parus

Daniel ABWA, Lucien AYISSI, C. Christian TSALA TSALA, Regards croisés sur les cinquantenaires du Cameroun indépendant et réunifié , 2012.
Jacques CHATUÉ, L’épistémologie d’Émile Meyerson , 2012.
Joseph EPEE EKWALLA, Développement social des entreprises camerounaises , 2012.
Jean-Baptiste DJOUMESSI, Société civile. L’autre voie du développement de l’Afrique , 2011.
Marcien TOWA, Identité et transcendance , 2011.
Pascal MANI, Le vade-mecum du chef de terre. Comment réussir une carrière dans la préfectorale , 2010.
Serge-Christian MBOUDOU, L’heuristique de la peur chez Hans Jonas. Pour une éthique de la responsabilité à l’âge de la technoscience , 2010.
Aaron Serge MBA ELA II, Chroniques philosophiques d’un pédagogue , 2010.
Titre
Pascal MANI






La problématique de la retraite
sous les tropiques


Préface de Bruno Bekolo-Ebe
Postface de Robert Evola
Du même auteur
LE VADE-MECUM DU CHEF DE TERRE. Comment réussir une carrière dans la préfectorale , décembre 2010, 232 p., collection « Problématiques africaines », L’Harmattan
Copyright

© L’Harmattan, 2013
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-98651-0
EAN : 9782296986510
ABREVIATIONS
Art. : A rticle
AISS : A ssociation i nternationale de la sécurité s ociale
ANTILOPE : A pplication n ationale pour le t raitement i nformatique et l ogistique des personnels de l’ État
BIT : B ureau i nternational du t ravail
Cat. : C atégorie
CNPS : C aisse n ationale de p révoyance s ociale
CGRAE : C aisse g énérale de r etraite des agents de l’ État
DEA : D iplôme d’ é tudes a pprofondies
DISA : D éclaration i ndividuelle des s alaires a nnuels
Dr. : D octeur
FCFA : F ranc de la communauté f inancière a fricaine
EPA : E tablissement p ublic a dministratif
EPIC : E tablissement p ublic i ndustriel et c ommercial
MBA : M aster of B usiness A dministration
N.B : N ota B ene
OIT : O rganisation i nternationale du t ravail
ONG : O rganisation n on g ouvernementale
P. : P age
PAL : P ension A lliance L imited
PFA : P ension F und A dministrator
PENCOM : N ational P ension C ommission
PCEG : P rofesseur des c ollèges d’enseignement g énéral
PED : P ays en d éveloppement
PENIA : P rofesseur a djoint des é coles n ormales d’ i nstituteurs
PENI : P rofesseur des écoles n ormales d’instituteurs
PLEG : P rofesseur des lycées d’ e nseignement g énéral
PM : P ension m ensuelle
Pr. : P rofesseur
RMM : R émunération mensuelle m oyenne
RSA : R etirement S avings A ccount
SIGIPES : S ystème i nformatique de g estion i ntégrée du p ersonnel de l’ État et de la s olde
SMIG : S alaire m inimum i nterprofessionnel g aranti
SMM : S alaire m oyen m ensuel
TR : T aux de r emplacement
AVERTISSEMENT
Il est conseillé de ne pas rattacher une quelconque anecdote de ce livre à une personne connue, au risque de se tromper.
Je dédie cet ouvrage à :
– mes enfants, Etaba Mani, Nga Mani, Ambomo Mani et Atangana Mani, pour que demain, leur retraite ne soit ni une surprise ni un supplice ;
– mes semblables, les retraités d’Afrique noire ;
– tous ceux qui ont la chance d’aspirer à ce statut ambigu.
EN GUISE DE REMERCIEMENTS
– Aux relecteurs de cet ouvrage qui, pour la plupart, sont des amis d’enfance ou de proches parents. Nul doute que s’il a un mérite, ils devraient le partager aussi :

• Oth Batoum Pierre René (MBA), gestionnaire de projets ;
• Motsala Jean, professeur des lycées à la retraite et doctorant en littérature africaine ;
• Atangana Mvogo Hubert, professeur des lycées techniques ;
• Awana Ateba Bernard, ancien préfet à la retraite ;
• Bineli Bineli Protais, analyste financier ;
• Ekani Mvogo René, titulaire d’une maîtrise en gestion ;
• Efouba Célestin, haut responsable de la CNPS à la retraite ;
• Olinga Christophe, ingénieur informaticien à la retraite ;
• Mme Atemnkeng Antonina, ingénieur technologue ;
• Mme Oth Batoum née Nga Mani Carine, ingénieur informaticien ;
• Eloundou Bineli Alphonse, agent de poursuites (Trésor public camerounais) à la retraite ;
• Awana Polycarpe, banquier ;
• Mme Bineli Liliane, professeur des lycées techniques ;
• Mbah Humphrey Teke, enseignant de physiques ;
– au Professeur des universités Ayissi Lucien pour son encadrement ;
– au Professeur agrégé des universités Bekolo Ebe Bruno ;
– au Pr. Robert Evola de l’université de Yaoundé I pour son amitié remarquable ;
– au jeune caricaturiste Ayongi O. pour la qualité expressive de ses dessins ;
– à mes parents que je ne peux tous nommer et qui se reconnaîtront.
PREFACE
L’une des grandes conquêtes sociales dans les pays industriels a été la mise en place d’une réglementation permettant non seulement de fixer l’âge légal de la retraite pour un travailleur, mais aussi les conditions minimales de revenus, lui permettant de continuer à jouir d’un standing de vie qui ne soit pas en totale rupture avec le niveau atteint pendant la période d’activité.

L’importance de cette conquête sociale qui s’est traduite par l’abaissement général de l’âge de la retraite à 60 ans, explique aujourd’hui la vive réaction des travailleurs et des organisations syndicales qui les représentent, devant la tendance observée aujourd’hui dans les pays développés à un allongement de la période d’activité et à un recul de l’âge de la retraite. Les déficits des systèmes de protection sociale dans la plupart de ces pays, du fait de l’allongement de la durée de vie, du vieillissement de la population et de la réduction conséquente du nombre de cotisants, expliquent cette évolution.

Parallèlement, dans les pays en développement et plus particulièrement dans les pays africains, la principale revendication des travailleurs est que l’âge de la retraite soit modifié pour que celle-ci intervienne le plus tard possible. Au Cameroun, cette demande est particulièrement récurrente chez les agents publics qui vivent comme un véritable drame l’occurrence de la retraite. Le stress de l’imminence de la retraite est tel qu’on peut considérer comme plausible que beaucoup d’accidents vasculo-cérébraux qui interviennent une fois dépassée la cinquantaine, lui sont en partie imputables.

Plusieurs raisons expliquent ce paradoxe. L’une d’elles est la difficulté à se faire servir les prestations qu’implique la retraite. C’est en effet au terme d’un véritable parcours de combattant que le retraité peut jouir de sa pension, nombre de retraités disparaissent d’ailleurs avant l’achèvement de ce parcours. Une autre raison est l’absence de perspective ouverte à la vie après le départ à la retraite, aucune alternative ne se présentant pour éviter au retraité d’être rapidement gagné par un sentiment d’inutilité dont les effets sur la santé et le moral peuvent être dévastateurs.

Il faut donc saluer l’initiative heureuse de Pascal Mani, ancien, préfet, ancien gouverneur, et aujourd’hui retraité, d’entreprendre dans cet ouvrage qu’il met à notre disposition, une réflexion qui pose le problème de la retraite et esquisse des pistes permettant de définir des perspectives à cette seconde vie que l’auteur définit comme un nouvel espace de vie où l’accomplissement humain doit être sublimé.

Mais cette sublimation ne peut être possible, montre l’auteur, que si le futur retraité l’intègre dans la dynamique de la vie et prépare ce rendez-vous inéluctable pendant la période d’activité, évitant ainsi de la vivre comme une surprise.

La réflexion structure le livre en trois parties. La première pose la problématique de la retraite, du point de vue du travailleur et analyse les facteurs explicatifs de ce paradoxe que la retraite fait ici peur, alors qu’ailleurs, elle est la bienvenue. La deuxième partie aborde la question en relation avec la responsabilité de l’État et de son mode de gestion du système de retraite. La troisième ouvre des perspectives pour que la retraite soit un moment de sublimation de la vie et d’accomplissement humain. Le tout est présenté dans une langue claire et un style dont la simplicité en facilite la lecture, et démontre les grandes capacités pédagogiques du gouverneur Mani Pascal.

L’ouvrage, qui s’adresse particulièrement aux agents de l’État, est un précieux guide pratique, mais – et c’est là l’un de ses nombreux mérites – il va bien au-delà pour resituer la retraite dans un projet de vie, invitant de ce fait le lecteur à construire une cohérence intemporelle où les risques sont maîtrisés et l’avenir probabilisé.

Pr. BEKOLO-EBE Bruno
Agrégé des Facultés de Sciences Economiques et de Gestion
AVANT-PROPOS
Il peut parfois être difficile, pour un auteur, de situer le déclic à partir duquel il a décidé d’écrire un livre. Cela ne semble pas être mon cas pour cet ouvrage.

En effet, en février 2010, à 57 ans, je suis appelé à faire valoir mes droits à la retraite après 30 ans de service effectif. Au même moment, en France, la société est en ébullition à cause de la réforme des conditions de départ à la retraite, de nombreux habitants de ce pays rejetant l’idée du pouvoir politique de repousser l’âge de la retraite.

Etrange paradoxe de savoir que pendant que sous les tropiques les gens tentent, par des méthodes (conventionnelles et non conventionnelles), ou par toutes sortes d’artifices, de retarder cette échéance, ailleurs, d’autres luttent de toutes leurs forces pour y aller plus tôt …

Avec mon nouveau statut de retraité, je m’emploie à exploiter le document d’informations utiles élaboré par le ministère camerounais de la Fonction publique et de la Réforme administrative à l’adresse des agents publics admis à faire valoir leurs droits à la retraite. Cette brochure qui s’intitule « Guide pratique pour la retraite et la liquidation des droits » évoque les modes de calcul et les conditions de perception des diverses pensions liées au départ à la retraite. Cependant, elle n’aborde pas tout naturellement de nombreux aspects sociaux de cette nouvelle vie. De même qu’elle ne peut traiter des cas des personnes n’ayant rien à voir avec la Fonction publique.

Du coup, je décide d’en parler pour que ceux qui sont en activité se préparent tout au moins psychologiquement à affronter certaines réalités de la vie d’un retraité, qu’il soit du secteur salarié ou informel.

Dès lors, il ne s’agit nullement d’ouvrir un débat de fond sur les aspects théoriques de la sécurité sociale en Afrique noire, mais d’analyser les aspects pratiques et les choix qui peuvent influencer la vie d’un retraité. En fait, il est une constance que l’environnement social joue un rôle prééminent et que les choix individuels ont un impact majeur sur toute situation humaine.

Non plus, il ne s’agit pas de donner des leçons mais d’évoquer de nombreux aspects de la situation du retraité à la lumière des expériences vécues ou connues par d’autres ; et ainsi, donner la possibilité à ceux qui sont concernés de choisir leur voie en connaissance de cause.

Comment mieux s’établir, s’assumer avec sérénité dans cette nouvelle vie, c’est-à-dire sans appréhension particulière, surtout dans un environnement de solitude où l’échange d’expériences et de points de vue est très souvent inexistant ? Tel semble être le leitmotiv de cet ouvrage dont le titre relatif aux tropiques peut susciter des interrogations auprès de certains esprits sensibles.

Dans le cadre de cette réflexion, la zone intertropicale correspond aux États de l’Afrique noire qui sont géographiquement situés de part et d’autre de l’Equateur, entre le Tropique du Cancer au nord et celui du Capricorne au sud. Bien entendu, les autres pays du globe terrestre situés sous les tropiques, notamment dans le continent américain, sont sans intérêt ici. D’ailleurs, de nombreux développements et les exemples pris dans ce livre correspondent aux réalités de l’Afrique noire.
INTRODUCTION
(Abstract 1)

The concept “retirement”, which means inter alia the action of retiring, represents the end of a career, a cessation of professional activities.

It is a period of break with full basic activity, sometimes with privileges and advantages, or with honours and majesty. This may lead to a number of discomforts in an environment that is economically unsteady and precarious.

It is a period of doubt. For some people, is a taboo, a topic that hurts. Others are tempted to do everything possible to retard the deadline. But, for anticipated retirement, which is generally voluntary or provoked, it is something else.

I wish that the present book should be an opportunity to fully debate on the good or the bad side of retirement, on the conditions of a good retirement, on the reasons that push those that have the possibility (sometimes illicitly) to hang on, giving the impression that retirement is a death sentence. Yet, to go on retirement should be a banal and normal event since it is a deserved rest, and not a leap towards the unknown or towards an abyss.

To retire with a heavy heart is wrong since retirement is an ineluctable point of accomplishment in the normal life of every person, whether a farmer, a public agent, or a self-employed. What is essential, as far as retirement is concerned, is to be materially and especially psychologically prepared to withstand the shock from the social and economic rupture.

In emerging countries, if conditions for retirement are clearly established for regular salary earners, only the physical condition and the self will determine the period for rest of those who are self-employed. Unfortunately, in our context, retirement, just like social security with all its lacks, does not concern every worker. However, the idea to bring in self-employed persons like traders, craftsmen, farmers and all those in the informal sector to contribute to the social security scheme is gradually gathering steam and progressively being introduced in some countries. For others, there is still the need for a political decision that will lay down the framework so that a kind of “universal” social scheme that will include not everybody, at least the majority, could be achieved.

To understand the importance of a debate on retirement, be it conceptual or practical, let us consider some cases registered here and there :

1) A recently retired senior civil servant is on his way to the capital where he intends to settle himself as it happens at times. He stops at a friend’s place in a city where he once resided. While there, he remembers some old buildings that once served as hen houses, but now abandoned. He suggests to his friend to stay there temporarily while waiting to find something better… Two years later, he dies and his remains are transferred to his native village for burial. The deceased’s few friends, his wife and children who are present feel greatly humiliated by the attitude of total indifference and derision displayed by the local population.

2) The manager of a Para public enterprise is sent on a well-deserved retirement. He still thinks of his handsome salary, without much ado, he imagines a huge retiring pension.

Without any basic notion on how to calculate this, his surprise is so great the day he goes to the counters of a social insurance company ; his pension is not up to a tenth (1/10) of his previous salary ; shocked, he collapses.

These stories and many others sufficiently demonstrate the risks that various people and their relatives run due to the lack of adequate preparation for retirement.

A fundamental question remains therefore : why are we afraid of retirement ?
* * *
La retraite 1 qui signifie, entre autres, l’action de se retirer, représente la fin d’une carrière, une cessation d’activités professionnelles.

C’est un moment de rupture avec la pleine activité de base, parfois avec les privilèges et les avantages, ou encore avec les honneurs et la puissance ; toutes choses qui comportent de nombreux désagréments dans un environnement économiquement instable et précaire.

C’est une période de doute qui, pour certains, est taboue, tellement le sujet fâche. D’autres sont tentés de tout faire pour repousser l’échéance. Mais, pour la retraite anticipée, essentiellement volontaire ou provoquée, c’est autre chose.

Le partage du contenu du présent ouvrage est, je le souhaite, une occasion pour débattre en plein jour du bon ou du mauvais côté de la retraite, des conditions d’une bonne retraite, des raisons qui poussent ceux qui en ont la possibilité (parfois illicite) à s’accrocher à leurs activités professionnelles, donnant l’impression que le départ à la retraite est une mort annoncée. Pourtant, aller à la retraite devrait être un événement banal et normal, puisqu’il devrait s’agir d’un repos mérité, et non d’un saut vers l’inconnu ou alors vers l’abîme.

Aller à la retraite la mort dans l’âme est un tort, puisqu’il s’agit d’un point d’achèvement inéluctable dans la vie normale de toute personne, qu’on soit agriculteur, agent public, salarié ou travailleur indépendant. L’essentiel est de se préparer un tant soit peu matériellement, et surtout psychologiquement pour atteindre sans heurts ce point de rupture sociale et économique.

Dans les pays du Sud, si pour les salariés les conditions d’admission à la retraite sont codifiées pour la plupart, en ce qui concerne les acteurs indépendants, ce sont surtout la condition physique et la volonté personnelle qui déterminent la période de repos.

La retraite comme prestation sociale avec toutes ses insuffisances, ne concerne donc pas malheureusement tous les travailleurs dans notre contexte.

Cependant, l’idée d’associer les travailleurs indépendants comme les commerçants, les artisans, les agriculteurs et ceux du secteur informel aux cotisations sociales est en train de germer et fait progressivement son chemin dans certains pays ; pour les autres, reste l’éclosion d’une décision politique génératrice d’un cadre d’accompagnement en la matière pour avoir un semblant de sécurité sociale « universelle » qui intéresserait, peut-être pas tout le monde, mais la majorité.

Pour comprendre l’importance d’un échange sur les plans tant conceptuel que pratique, suivons ces quelques cas enregistrés çà et là :

1) Un haut fonctionnaire admis à la retraite est en route pour la capitale où il compte s’installer, comme cela arrive des fois. Il fait escale chez un ami dans une ville où il a exercé. S’y trouvant, lui viennent à l’esprit de vieux bâtiments ayant servi de poulailler mais aujourd’hui abandonnés. Il propose à son ami d’y demeurer provisoirement en attendant de trouver mieux… Deux ans plus tard, il décède ; et sa dépouille est transférée dans son village natal pour y être inhumée. Les quelques amis du défunt, son épouse et ses enfants présents ont été profondément blessés et humiliés par l’indifférence totale, voire la dérision affichée par les populations locales.

2) Un dirigeant d’une entreprise parapublique est appelé à faire valoir ses droits à la retraite. Son salaire décent lui fait présager, sans trop y réfléchir, une pension consistante à la retraite.

Ne s’étant jamais intéressé au calcul de celle-ci, grande est sa surprise le jour où il se rend au guichet de la société de prévoyance sociale : sa pension atteint à peine le 1/10 è de sa précédente solde. Choqué, il s’écroule…

Ces histoires et bien d’autres montrent à suffisance les risques que font courir à leurs proches et à elles-mêmes, les personnes peu soucieuses de penser et de préparer leur admission à la retraite.

Une question de fond demeure : pourquoi avons-nous peur de la retraite ?
1 Cf. Gérard Cornu, Vocabulaire juridique , Paris, PUF, 2008.
Première partie : Pourquoi avons-nous peur de la retraite ?
Chapitre 1 er : L’épreuve du miroir ou la conviction de la vieillesse

Chapitre 2 : Un saut dans l’inconnu

Chapitre 3 : Les facteurs aggravants

Chapitre 4 : Une fuite en avant
« Chaque âge a ses plaisirs, son esprit et ses mœurs »,
(Boileau, Art poétique )

(Abstract 2)

In Africa where very strong ties unite every individual to his social environment, to his family, and to his tribe, having a job and the social status that ensues from it, are considered as the fruit of collective action or the affair of the entire community. The consequences of this way of thinking are aggravated by poverty and the need for solidarity, leading to a level of responsibility that is incomparable to a modern world economy in which the worker has a salary not according to his needs, but according to his output, his level of training or his type of profession. Thus, not withstanding his level of income, and in spite of the economic constraints, each worker has the moral responsibility to take care at various levels of a number of relatives back in the village just to mention this example. Social success is therefore shared and in principle, it is everybody’s concern.

However, the worker’s worries are personal because the modern world requires that he faces his destiny and that he should be answerable to his state of being and his acts. In this context, going on retirement, for the person concerned, constitutes a set of tests implying physical and psychological as well as material and financial aspects.
* * *
En Afrique où des liens très forts unissent chaque individu à son environnement social, à sa famille, à sa tribu, l’acte de travailler et la position sociale qui en découlent sont considérés comme le fruit d’une action collective ou l’affaire de la communauté tout entière. Les conséquences de cet état d’esprit, aggravées par la pauvreté et le besoin de solidarité, conduisent à un niveau de responsabilités sans commune mesure avec les réalités implacables d’un monde économique moderne où le travailleur a un salaire, non pas selon ses besoins, mais plutôt selon son rendement, son niveau de formation ou son corps de métier. Ainsi, quel que soit son niveau de traitement, malgré les contraintes d’ordre économique, chaque travailleur a le devoir moral de prendre en charge sur plusieurs plans, de nombreux congénères restés au village, pour ne citer que cet exemple. La réussite sociale est donc nécessairement partagée : elle est en réalité l’affaire de tout le monde.

Cependant, les soucis du travailleur sont personnels parce que le monde moderne exige qu’il soit face à son destin et qu’il réponde de son état ou de ses actes. Dans ce contexte, aller à la retraite, pour la personne concernée, constitue une série d’épreuves impliquant tant les aspects physique et psychologique que matériels et financiers.
Chapitre 1 er L’épreuve du miroir ou la conviction de la vieillesse
a) L’usure du temps
La vieillesse a toujours été considérée comme un problème, une étape critique dans la vie d’un homme ; et se voir rappeler qu’on a un âge avancé, en plus de la décrépitude physique qu’on ressent généralement, donne en toute vérité, une idée du temps qui reste vraisemblablement à vivre. Cela est donc un rappel implacable de son état physique.

Et quand les spécialistes des problèmes démographiques et de développement vous ressassent des chiffres alarmants sur l’espérance de vie, le mal vivre de la société actuelle, les taux de morbidité et de mortalité dans certaines tranches sociales, ce n’est pas pour rassurer ceux qui sont admis à la retraite. Du coup, la panique peut gagner les esprits mal préparés.

L’abondante littérature observée dans presque tous les pays montre que la gestion de l’âge de la retraite, en réalité de la vieillesse, a toujours été une préoccupation, voire un sujet très sensible. Ainsi, « de la préparation à la mort, à la lutte pour la vie, d’une image négative à un portrait plus valorisant, d’un statut juridique flou à la reconnaissance d’une citoyenneté propre, la vieillesse s’est transformée et a acquis la stature d’un groupe social constitué » 2 au fil des ans et selon les sociétés.

Il est question en fait d’« une vision dichotomique du dernier âge de la vie, à la fois valorisante et dégradante » 3 .

L’homme, à l’âge de la retraite, semble avoir trois soucis majeurs :

• le premier souci est esthétique : les manifestations de la vieillesse apparaissent, notamment les rides et les cheveux gris ; d’où certaines attitudes plus ou moins réussies de camouflage comme le noircissement des cheveux…visant à dissimuler les signes visibles du vieillissement et qui justifient l’ampleur de la « médecine anti-âge » ;

• le second souci est professionnel : la perte de son emploi qui indique une nouvelle vie faite d’incertitudes et de doutes ;

• enfin, un souci existentiel : pour les plus pessimistes, l’idée de la mort se profile déjà à l’horizon avec parfois quelques ennuis de santé ; les femmes atteignent la ménopause avec ses conséquences, tandis que les hommes sont confrontés à l’andropause.

Ce souci est d’ailleurs renforcé par la perte des proches, parents, amis ou collègues de même génération qui fait de nous des survivants.
b) Des ennuis physiques
D’autres ennuis non négligeables peuvent se signaler : problèmes pulmonaires et urinaires, atteintes des organes de sens, altération des fonctions intellectuelles, difficultés de locomotion, maladies cardio-vasculaires, accidents neurologiques, etc.

En plus de ces éléments ci-dessus cités, certaines personnes connaissent un vieillissement difficile qui se présente sous trois aspects essentiels 4 :
– une perte de la capacité à faire des projets, l’absence de désir, la perte de l’élan vital ;

– un passé chargé de regrets, d’actes manqués qu’on ne pourra plus rattraper, d’identité sociale perdue ;

– des déficits organiques qui viennent couper toute possibilité d’adaptation nouvelle et d’espoir de changement.

Parfois, il peut s’agir d’un vieillissement pathologique qui s’accompagne souvent :

• d’isolement social, familial, affectif, sensoriel ;

• de dévaluation de soi ;

• de réduction de la capacité d’adaptation ;

• de perte du sens des responsabilités et de la participation ;

• du refus de vieillir ou de mourir.

Au contraire de ce tableau sombre, quelques personnes à la retraite semblent, malgré tout, afficher une forme éblouissante contrastant parfois avec leur âge. En réalité, cela peut être un leurre, voire une illusion, et la décadence physique peut parfois aller très vite.

Bien que certains estiment qu’on devrait aller à la retraite à sa guise, c’est-à-dire plus tôt (retraite anticipée) ou plus tard, selon sa convenance, il faut cependant noter que le départ à la retraite dépend des corps de métiers et de l’âge légal prévu à cet effet, le cas échéant.

Il importe surtout de ne pas être surpris et de connaître, le moment venu, la direction qu’on va prendre.
2 Sociétés contemporaines n°24, décembre 1995 (l’invention des retraites), p.13.
3 Idem .
4 Dr Catherine Bréda-Jehl, Autonomie des personnes âgées , Paris, PUF, 1985, p.116.
Chapitre 2 Un saut dans l’inconnu
a) Le traumatisme
La perte d’un emploi suite à un départ obligatoire ou à terme échu à la retraite, désorganise l’individu au point de le dépouiller de son réseau de relations sociales patiemment construites au fil des ans dans son milieu professionnel. Du coup, la personne peut vivre une crise identitaire, développant ainsi une image négative d’elle-même ou alors, avoir une sorte de perte de confiance et un sentiment de rejet.

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