Sorties de Violence
123 pages
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Description

Approches des origines de la violence et des moyens pour en sortir à partir d'une lecture de René Girard et de textes bibliques.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 19 mars 2012
Nombre de lectures 0
EAN13 9782312006338
Langue Français

Extrait

S orties de Violence
Christian Alexandre
Sorties de Violence


















Les éditions du net 70, quai Dion Bouton 92800 Puteaux
Du même auteur

Être mystique, Paris, Les Éditions de Cerf, 1994
Oser des Projets, Paris, Les Éditions de l’Atelier, 1996
Le Malgache n’est pas une île, Antananarivo, 2003
Violences Malgaches, Antanarivo, 2007



























© Les Éditions du Net, 2012 ISBN : 978-2-312-00633-8
Partie I À la source de la violence
Pourquoi parler encore de la violence ! Elle inonde déjà les pages des journaux, s’étale dans les informations des radios et télévisions au point de rendre suspecte son omniprésence. Nos contemporains ne sont que trop conscients de la présence du mal dans le monde. Les sectes s’appuient sur ce pessimisme ambiant. Veut-on nous faire peur ou bien cherche-t-on à flatter notre attirance morbide vers le côté sombre de nos existences ? Certains semblent même mettre l’accent sur les dysfonctionnements de notre société avec le fond de jouissance perverse de celui que l’on n’écoute pas et qui pourtant « l’avait bien dit ! »
Ce livre ne voudrait pas en rajouter du côté du défaitisme et de ce que beaucoup appellent la sinistrose, la deuxième partie est d’ailleurs toute entière consacrée aux moyens permettant de sortir de la violence. Il ne propose pas davantage de solution globale miracle, il essaye plutôt de signaler, au fur et à mesure de son développement, les lueurs d’espérance qui pointent et qui pourraient être saisies. La première partie, consacrée à la remontée vers la source de la violence, signale déjà en contrepoint des raisons de ne pas perdre confiance. La Bible ne parle-t-elle pas largement de nouvelle Création, de la joie, de la bonté de Dieu qui nous sauve. Le refrain d’un des textes majeurs de l’Évangile, appelé « les Béatitudes » est bien « Heureux » Mt 5,1-12. Si la joie qui nous vient du Christ passe par la croix, elle n’en est pas moins une plénitude de vie.
De plus, cette recherche se place dans une tradition de penseurs qui combinent une approche rationnelle avec des perspectives chrétiennes. Nous y retrouvons le philosophe allemand Ernst Bloch qui, pour l’ouvrir à l’espérance, met son approche marxiste en lien avec la personne de Jésus et sa lecture de la Bible [1] . Plus près de nous il y a René Girard [2] . Nous nous inspirerons de sa recherche sur la violence mimétique. Dans la même ligne le philosophe Michel Serres [3] se définit comme philosophe des religions et, enfin, Jean-Claude Guillebaud [4] réfléchit lui aussi à la violence aujourd’hui avec une référence régulière au christianisme. À leur suite nous ferons en sorte que la Bible et la Tradition chrétienne, en même temps qu’une approche rationnelle, philosophique pour ce qui nous concerne, se complètent et s’éclairent mutuellement pour approcher la violence, sa source et les remèdes à y apporter. En effet, et malgré les excès de médiatisation regrettables, la violence est bien au cœur de nos préoccupations, parce qu’elle touche chacun au profond de sa personne, comme elle gangrène les sociétés.
« Vraiment ce que je fais je ne le comprends pas , nous dit saint Paul : car je ne fais pas ce que je veux, mais je fais ce que je hais . » Ce passage de l’épitre aux Romains (7, 15), sans doute une réminiscence d’un vers d’Ovide, exprime fortement le désarroi de l’homme pris dans les contradictions de sa nature. Parole de chrétien, mais plus largement de tout un chacun quand il s’efforce de vivre selon un axe de vie conforme à une morale et souffre de ne pas y parvenir vraiment. Le mal, la violence, ne sont pas des phénomènes qui nous seraient extérieurs, ils traversent chacun et instaurent une opposition difficilement compréhensible entre, d’un côté, un désir fondamental reconnu comme rationnel et porteur de progrès et de bonheur pour l’humanité et, de l’autre, des manières de se comporter concrètement en complète contradiction avec ce qui est affirmé comme étant le meilleur. Le phénomène est d’autant plus troublant qu’il ne touche pas seulement quelques hommes pervers, mais qu’il est le fait de tous. Même un saint Paul se reconnaît touché et présente son existence comme un effort incessant vers la perfection qui perd il est vrai sa forme de combat moral, pour prendre celle, plus pacifiée, d’un abandon à l’amour de Dieu.
La reconnaissance de la violence qui nous traverse est donc d’abord négative : une souffrance qui irait jusqu’à nous faire douter parfois de nos capacités à changer quoi que ce soit dans notre existence et dans le monde. Elle est aussi vécue comme une nécessité incontournable, un passage obligé. Le contraire de la violence est d’ordinaire désigné comme du laisser aller, de la mollesse, une faiblesse tout aussi condamnable. Si renoncer à la violence équivaut à se comporter d’une manière grégaire et à refuser ses responsabilités d’homme, mieux vaut ne pas perdre une telle source d’énergie transformatrice. Jésus, lui aussi, semble prendre en compte le côté bénéfique de cette violence en Matthieu 11,12 : « Depuis les jours de Jean le Baptiste jusqu'à présent le Royaume des Cieux souffre violence, et des violents s'en emparent. » Malgré les interprétations diverses que l’on peut donner à ce passage, il dit quelque chose de la force interne du Christ, peu enclin aux concessions quand les enjeux touchent à l’essentiel. Mais cela semble aussi légitimer la violence.
Il est vrai que jamais Jésus ne reculera devant elle, alors même qu’il la déchaine, tout en ne parle que d’amour et e guérissant les malades. C’est la constatation qu’il fait après avoir accompli une série de miracles au début de sa vie publique et que Matthieu raconte : « N'allez pas croire que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive » (10:34). La priorité de Jésus, sa mission, consiste à transmettre un message d’amour. Cela ne veut pas dire chercher la concorde à tout prix ou flatter ses interlocuteurs afin de les mettre de son côté, avant de leur annoncer la Bonne Nouvelle d’un Dieu qui nous sauve. Il se présente dans la radicalité de sa démarche, au risque de choquer certaines personnes dont il met en cause le pouvoir. Il en affronte lucidement les conséquences. Le Nouveau Testament ne cache rien de la violence sourde qui accompagne le Christ au début de son ministère, avant d’éclater au grand jour.
Mais pourquoi parler de la violence alors qu’il serait plus positif d’inviter à l’amour et au respect des règles morales ? Il est vrai qu’elle est partout autour de nous et que ses dimensions auraient même tendance à s’accroître. À moins que ce ne soit qu’une impression : je me demande parfois si la perception de son omniprésence et de son développement est fondée, ou bien si le phénomène est dû au développement extrême des moyens de communication qui nous rendent proches de chaque événement. Rien ne se passe a priori dans le monde sans que nous en soyons quasi immédiatement informés. Alors, violence en augmentation ou information plus large ? La question se pose. La violence n’était-elle pas présente dans les temps anciens ? Sur les routes, dans les villages, entre les pays… C’était différent bien entendu.
Se rajoute au développement des techniques de communication un certain effet de mode. Il est de bon ton de dénigrer la situation actuelle de notre monde en insistant à l’envi sur ses aspects négatifs. Nous sommes loin de l’enthousiasme qui dominait au temps des trente glorieuses. La confiance en l’avenir n’est plus de mise, la croyance au progrès est remplacée par une défense frileuse de ce qui peut encore être sauvé, les perspectives disparaissent au profit de politiques sécuritaires. Faire peur est une stratégie largement utilisée afin de maintenir le calme ; les dirigeants craignent moins le désespoir des personnes que leurs attentes porteuses de revendications et donc de troubles. L’étalage de la violence sous ses formes diverses est un moyen privilégié de casser les dérives éventuelles de ceux qui auraient la faiblesse de croire possible un autre mode d’existence. Les discours sécuritaires, l’appel au retour de la morale, voire de la religion, la peur du terrorisme, des pandémies, de la différence, modèrent considérablement les envies de changement.
De plus, si notre information sur la violence est vaste, elle est aussi sélective. Il n’y est guère question que des grandes puissances et de ce qui se passe dans les pays développés. Le plus souvent même, l’attention ne se porte pas au-delà des limites de n

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