Le cri de la carotte - Aventures gauloises d une végétarienne
120 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Le cri de la carotte - Aventures gauloises d'une végétarienne , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
120 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Une introspection dans l'univers des végétariens. Il manquait un ouvrage d'accès aisé et agréable, qui justement, réponde avec précision aux questions que se posent les gens : comment et pourquoi devient-on végétarien, végétalien, végane ou militant « antispéciste » ? Comment cela se passe-t-il, en France ? Quels rapports avec le bio, l'écologie ? Quels liens et différences entre protection animale et mouvement pour les droits des animaux ? Cet ouvrage est préfacé par Jacques Boutault, Maire du IIe arrondissement de Paris, non-végétarien et non-militant pour la cause animale. Ces deux caractéristiques sont essentielles pour la crédibilité de l'ouvrage et surtout pour son ouverture au plus grand nombre. Jacques Boutault, écologiste, a néanmoins travaillé à la mise en place du mardi végétarien dans les cantines scolaires de son arrondissement.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 10 septembre 2015
Nombre de lectures 12
EAN13 9782359300864
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,06€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Collection
• MISE AU POINT •
LE CRI DE LA CAROTTE
AVENTURES GAULOISES D’UNE VÉGÉTARIENNE
Illustrations - Droits réservés
Insolente Veggie : http://insolente0veggie.over-blog.com/
ISBN : 978-2-35930-086-4
©SARL Les points sur les i éditions
16 Boulevard Saint-Germain
75 005 Paris
Tel : 01 60 34 42 70 Fax : 09 58 00 28 67
Courriel : alainguilloediteur@gmail.com
Site www.i-editions.com
Droits de traduction et reproduction pour tous pays. Toute reproduction même partielle de cet ouvrage est interdite sans l’autorisation de l’éditeur.
Les copies par quelque procédé que ce soit constituent une contrefaçon passible des peines prévues par la loi du 11 mars 1957 sur la protection littéraire.
De la même auteure :
Aux éditions Les points sur les i,
en collaboration avec Insolente Veggie, un essai paru en juillet 2011 :
Militer permet de… – Plus de cinquante (excellentes) raisons pour passer de l’indignation à l’action !
En autoédition,
deux recueils de nouvelles publiés en mai 2010 : N’aie jamais d’enfant et L’Entière vérité
© http://www.afleurdeplume.com
SANDRINE DELORME
LE CRI DE LA CAROTTE
AVENTURES GAULOISES D’UNE VÉGÉTARIENNE
Je dédie cet ouvrage à ceux et celles qui ne savent être heureux tant que d’autres ne le sont pas, et qui ont décidé d’agir pour que le monde devienne plus juste.
AVANT-PROPOS
Depuis près de dix-sept ans, j’ai évolué peu à peu vers des habitudes de consommation très différentes de celles de mon enfance et très éloignées de celles qui ont cours dans mon pays, la France.
Le fil conducteur de ce parcours est mon refus de cautionner la souffrance animale.
On m’a souvent demandé de m’expliquer, de raconter pourquoi et comment j’en étais arrivée là. L’idée de ce livre a alors germé. Née du désir de répondre à des interrogations, elle s’est cependant par la suite enrichie de la volonté d’aider ceux qui s’aventurent – ou souhaiteraient s’aventurer – sur une route similaire à la mienne.
Bienvenue aux esprits curieux !
Bienvenue, aussi, à celles et ceux qui ne veulent plus participer au massacre institutionnalisé.
– Mais la carotte, quand on l’arrache, elle crie, non ?
Jean-Bernard
PRÉFACE
Je ne suis pas végétarien. Ou alors, un quasi-végétarien, un végétarien en devenir. Je mange de moins en moins de viande. Je proscris de plus en plus fréquemment les produits laitiers et les œufs. Il peut m’arriver de rester plusieurs mois sans consommer de chair animale. Sans frustration et même avec la satisfaction de constater que je me porte mieux. Je me sens moins lourd en fin de repas, je digère plus facilement, je n’ai plus de problème de somnolence l’après-midi. Et mon poids s’est stabilisé.
Mais je ne suis pas encore converti. Pas totalement. Je suis en marche. Car de temps en temps j’oublie le cochon dont on a coupé la gorge, la vache qu’on a suspendue par les pattes, le poulet tué sans avoir jamais vu le jour, l’agneau qui a littéralement pleuré lorsqu’on l’a séparé de sa mère pour le mener à l’abattoir…
J’oublie parce que c’est plus facile de faire comme tout le monde et de se laisser tenter par le plat au fin fumet ou parce que, dans la plupart des restaurants, à part le toast de chèvre chaud, il n’y a rien sans viande (dans ce cas, je prends du poisson, mais c’est encore de la viande). Même si je ne culpabilise pas (c’est inutile et ça gâche le plaisir), j’ai beaucoup d’admiration pour celles et ceux qui savent résister et font passer leurs principes éthiques avant leur ventre. Sandrine Delorme en fait partie.
Si vous êtes dans ma situation, dans un entre-deux – encore carnivore et donc pas tout à fait végétarien –, ce livre est fait pour vous. Pour plusieurs raisons. D’abord parce que l’auteure est comme vous : elle n’est pas née végétarienne. Elle l’est devenue. C’est son parcours qu’elle nous retrace dans la première partie du livre. Elle le fait avec conviction et humour. Et explique comment peu à peu elle a appris à surmonter les regards – forcément réprobateurs. Elle nous fait part, non pas de ses doutes, car il semble qu’elle n’ait jamais douté du bien-fondé de sa démarche, mais de ses motivations. Elle raconte ses hésitations à affirmer ses convictions et son malaise lorsque, pour ne pas gêner l’hôte qui l’avait invitée, elle consommait malgré tout de la chair animale. Une époque révolue depuis que Sandrine Delorme a découvert le « végétarisme actif ». C’est-à-dire le prosélytisme militant, avec tout ce qu’implique l’engagement : la lecture assidue d’auteurs antispécistes qui apporte les connaissances indispensables pour disposer d’arguments et répondre à ses détracteurs, l’action collective qui occupe toute une journée où d’autres se reposent ou font du « shopping », mais aussi le plaisir de convaincre et surtout la satisfaction de saper peu à peu, à la base, la montagne des préjugés qui nous entourent.
Au-delà des outils pour militer et de la mise en réseau qu’elle propose (adresses, sites internet, grands rendez-vous militants…), le récit de Sandrine Delorme fourmille de références destinées à celles et ceux qui sont décidés à arrêter la viande mais ne se sentent pas en capacité d’affronter en permanence les remarques, voire les sarcasmes et qui ont besoin de « tenir bon » durant le repas de famille afin ne pas céder sur leurs principes. Et vous aurez le choix. Car l’auteure offre une pleine mallette d’arguments destinés, au choix, à contredire le tonton chasseur, à rassurer la mamie inquiète pour votre santé ou à clouer le bec de votre collègue de bureau viandard impénitent. Elle pioche parmi les meilleures sources des auteurs antispécistes afin de nous fournir les outils les plus acérés pour répondre aux multiples questions des végé-sceptiques ; de la plus subtile à la plus classique, dont la sempiternelle « et la carotte, elle ne souffre pas quand on l’arrache ? » Vous l’avez compris :
la réponse est dans le titre du livre.
Avec la question « Pourquoi être végétarien ? » on entre ensuite dans le dur. Le cœur du sujet. Difficile de ne pas se laisser peu à peu convaincre par la thèse développée par Sandrine Delorme à propos de la condition animale.
C’est peut-être là d’ailleurs que le livre est le plus dérangeant. Donc le plus intéressant. Car en effet, sur un plan éthique, ça ne fait aucun doute : les arguments des végétariens sont justes. Dès lors, qu’est-ce qui empêche le passage à l’acte – l’abandon de la viande et des vêtements issus de l’animal ? C’est que la démarche est profondément subversive. Elle remet en cause des situations acquises, des habitudes anciennes et se heurte à de farouches résistances d’ordre psychologique, économique, culturel. Les enjeux sont colossaux et derrière le respect de la condition animale se dessine tout un projet de société. Radicalement différent. Une société plus humaine, moins compétitive, profondément respectueuse de la vie.
Bâtir une société plus humaine, moins compétitive, profondément respectueuse de la vie, c’est précisément pour cela que, dans le 2 e arrondissement de Paris, où j’exerce la fonction de Maire, j’ai souhaité que les restaurants scolaires servent, une fois par semaine, un repas végétarien (ovo-lacto-végétarien) a 1 . La démarche, mise en place depuis le 1 er janvier 2009, reste originale, hélas. Il n’y a pas, à ma connaissance, à ce jour en France, de collectivité territoriale qui l’ait adoptée.
Alors, pourquoi des menus végétariens dans les cantines du 2 e arrondissement de Paris ? D’abord parce que nous servons des menus composés à près de 80% de produits issus de l’agriculture biologique. Cette qualité alimentaire proposée aux élèves nous a conduits à mener toute une réflexion bien plus profonde sur l’alimentation. D’où viennent les produits que nous consommons ? À quoi et à qui nous relient-ils ? Quelles sont les conséquences sur la santé d’un repas composé d’aliments issus de l’agroalimentaire ? Pourquoi consommer des produits de saison ? Quel est l’impact de notre alimentation sur l’environnement ?
En interrogeant de la sorte la façon dont nous nourrissons les élèves, nous en sommes venus rapidement à considérer que la viande est l’aliment qui a la plus forte empreinte écologique. Alors pourquoi ne pas s’en passer de temps en temps ? Il a d’abord fallu convaincre les directeurs et directrices d’écoles dont certains nous reprochaient « d’imposer » des repas végétariens. « Mais j’impose bien des repas carnés tous les autres jours », ai-je répondu. Et puis il a fallu expliquer aux parents d’élèves parfois inquiets que leurs enfants n’aient pas assez à manger ou ne « reprennent pas assez de force le midi en rentrant de la piscine » que les repas sans viande étaient parfaitement équilibrés et tout aussi caloriques (car la viande dans l’imaginaire collectif, ça donne des forces, pas les légumes). Pourtant peu à peu, au fil du temps, ces menus du mardi sont devenus ordinaires. Désormais, ils prennent leur place dans la semaine et chacun accepte que le mardi c’est « végé » et que les autres jours, c’est « carné ».
Mais au fond, pourquoi ce choix ? D’abord pour des raisons environnementales : la production de viande est très polluante et très consommatrice d’espace, c’est l’aliment dont l’empreinte écologique est la plus importante. Pour des raisons de santé ensuite : notre alimentation trop carnée est à l’origine de problèmes de surpoids et d’obésité, ce qui est largement démontré par la médecine.
La troisième raison qui m’a incité à mettre en place un jour sans viande par semaine dans les restaurants scolaire du 2 e arrondissement est tout simplement éducative, donc culturelle. Il s’agit de montrer qu’il est possible de se nourrir autrement qu’en mangeant de la viande tous les jours à tous les repas. Apprendre aux enfants la diversité des façons de se nourrir participe de l’éducation, cela les enrichit et les prépare mieux pour l’avenir.
Quant à la quatrième raison de ce choix, elle est largement évoquée dans le livre de Sandrine Delorme. Elle est même à la base de son engagement. Elle a trait à la réflexion sur la condition animale. C’est sans doute celle-ci qui est la plus difficile à évoquer. Parler de la souffrance des animaux est souvent considéré comme de la sensiblerie, un sentiment jugé incompatible avec la posture virile, indispensable au responsable politique. Même les parents d’élèves convaincus d’une journée végétarienne par semaine à l’école ne sont pas prêts à accepter le tout végétarien : « les animaux sont tués sans souffrance », « c’est mauvais pour la santé », « l’homme est omnivore », « il faut bien se nourrir », etc. Il faudra encore beaucoup de temps et d’énergie militante pour convaincre.
Pourtant, personnellement, j’ai une conviction. Je pense que les hommes se respecteront entre eux lorsqu’ils respecteront les animaux. Agir pour le bien-être des animaux, c’est agir pour le bien-être des humains. Car cela permet d’élargir notre champ de conscience et notamment de considérer que l’autre, bien que différent de nous, éprouve des sensations, voire des sentiments, et peut ressentir de la souffrance, comme nous. Avant Frédérick Leboyer et la parution d’« Une naissance sans violence », dans les années 70, la plupart des gens considéraient que le bébé ne ressentait rien : « c’est normal un bébé qui pleure ». Une certitude, disparue depuis (tout du moins en France), qui était construite sur le fait que le bébé n’a pas accès aux mots. Sans mots pour exprimer une réalité, celle-ci n’existerait-elle pas ?
Demain, nous comprendrons sans doute que les animaux aussi, quoique « dépourvus du verbe », ne sont pas exempts de sentiments, d’intelligence et qu’ils éprouvent, comme nous, du plaisir et de la souffrance. Comment dans ces conditions pouvoir continuer à les manger ? Si cette réflexion vous interpelle, les lignes qui vont suivre vous seront très utiles. Entrez sur le chemin.
Jacques BOUTAULT, Maire du 2 ème arrondissement de Paris.
(TRIPLE) AVERTISSEMENT
Pour simplifier la transcription des références des textes cités : les références complètes se trouvent toutes au chapitre VII .
Pour alléger la transcription des liens internet : ils sont donnés sans la classique formule http://www.nimêmeles (En fait, nul besoin de taper tout ça dans la barre de navigation ; la correction s’effectue en principe automatiquement.)
Pour une orthographe moins sexiste : j’essaie, dans la mesure du possible – sauf quand je juge l’effet vraiment trop lourd – de ne pas respecter la « règle du masculin qui l’emporte sur le féminin », que ce soit pour le lexique ou la morphosyntaxe, parce que si je dénonce le spécisme (comme vous allez le découvrir !...), je tiens aussi à boycotter le sexisme, avec lequel il entretient une grande similarité 2 . Or les lois grammaticales et d’usage, érigées uniquement par des individus masculins gardiens d’une idéologie patriarcale, reflètent à merveille le sexisme. À quand une neutralité utilisée à bon escient (c’est-à-dire lorsqu’il est informatif de savoir si tel personnage est féminin ou masculin), qui éviterait les lourdeurs de style, et qui surtout témoignerait d’une avancée considérable dans la façon d’envisager les êtres ?...
Un exemple d’application, tel que vous allez en rencontrer dans cet ouvrage : […] Il faut avoir en tête que nous sommes toutes et tous, dès notre petite enfance, plongé-e-s dans une idéologie spéciste […]
J’espère que votre lecture ne sera pas (trop) perturbée par ces libertés orthographiques, dont les effets sont, j’en ai conscience, peu esthétiques… (Mais le sujet qui nous préoccupe tourne davantage autour de l’éthique que de l’esthétique !)
I - ACTION
1- PATATRAS !
[…] « Fais très attention à ce que tu manges… », me dit-il soudain.
Puis il me raconta gravement qu’on lui avait demandé de prendre position contre l’exploitation industrielle de veaux en batterie. Ne voulant pas donner sa signature à la légère – y a-t-il quelque chose que Jean faisait à la légère ? – il avait souhaité se rendre compte par lui-même en visitant un élevage.
« Tu ne peux pas savoir, c’est terrible… »
Sa voix s’était soudainement cassée, et à ma grande stupéfaction je vis ses yeux se remplir de larmes.
De vraies larmes. « Ils sont dans le noir, tu comprends ? Ils ne peuvent pas bouger. On les attache les pattes écartées pour que leurs déjections ne les souillent pas.
Et quand tu entres là-dedans, qu’une porte s’ouvre et qu’un rayon de lumière s’infiltre dans leur nuit, toutes les têtes de ces pauvres bêtes se tendent ensemble vers la clarté, le cou tordu, l’œil désespérément écquillé, suppliant, vers la porte ouverte. Vivre dans le noir, sans pouvoir bouger ni se coucher…
Quelle horreur, quelle souffrance ! Te rends-tu compte ?
Jamais je n’oublierai les regards de ces bêtes vers moi… » […]
Anny Duperey, Les chats de hasard.
Je suis devenue végétarienne b parce que j’ai compris ce qui se cachait de l’autre côté de mon assiette. Pour le veau 3 , comme pour tout autre animal c devenu viande.
Je n’avais alors aucune idée des conséquences, ni de la longue évolution qui m’attendait, ni de brusquement devenir, simplement parce que je changeais mon alimentation, une sorte d’objecteur de conscience.
Bien entendu, on peut choisir un régime végétarien pour d’autres raisons :
– « dégoût alimentaire » ; mais en fait, cette expression semble souvent utilisée pour éviter d’exprimer une compassion pour les animaux ;
– problème de santé ou désir de la préserver ;
– souci écologique, puisqu’un végétalien d bio laisse une empreinte écologique vingt fois moindre qu’un consommateur lambda : […] Le régime alimentaire est une arme de destruction massive. On peut traduire cela en nombre de kilomètres parcourus par une voiture au long d’une année : un homme se passant de lait et de viande ne parcourt que 281 km s’il consomme des produits bio pour le reste. Mais l’omnivore – le consommateur lambda de nos sociétés – « roule » l’équivalent de 4 758 km. 20 fois plus ! […] écrit le journaliste Fabrice Nicolino dans son essai Bidoche .
– souci humanitaire : refus de déposséder d’autres humains de leurs terres pour les destiner à la culture du soja qui engraisse le bétail occidental…
– précepte religieux, mystique…
Bienvenue dans mon végétarisme à moi : celui qui repose sur la compassion pour les animaux.
Celui, également, qui est le moins accepté par nos frères humains.
En effet, que vous annonciez que votre régime est végétarien pour raisons médicales, on vous plaint. Que vous parliez d’écologie, on se sent concerné : si la planète va mal, les humains, parce qu’elle représente pour eux une condition sine qua non à leur existence, risquent d’en pâtir. Que vous ayez une aversion alimentaire, bah vous êtes un peu compliqué-e, mais qui n’en a pas ? Mais que vous éprouviez de la compassion pour les animaux au point d’avoir renoncé à leur goût et à la convivialité autour de leurs cadavres, ça, c’est difficile à avaler ! Ça jette comme un froid, comme une vague de malaise pour ne pas dire de culpabilité.
Mais nous y reviendrons. Et heureusement, nous ne nous laisserons pas culpabiliser à notre tour. Du moins, pas vous ! Et moi, jamais plus !!!
2 - DÉMARRAGE
Il y a environ quinze ans, mon mari me déclare : « Plus jamais je ne mangerai de viande ! »
Il s’est renseigné, ce qu’il a appris et de ses yeux vu est à peine soutenable, aussi refuse-t-il de me donner des détails : à cette époque, un rien me fait pleurer ; il me préserve.
En tout cas, je comprends que dans les abattoirs, ça ne se passe pas comme on nous le dit. Je comprends que dans les élevages, c’est pareil. Je n’ai pas de mal à croire tout ça, peut-être parce que, dépressive, j’ai tendance à voir la vie davantage en noir qu’en rose. Peut-être parce que depuis Nuit et Brouillard , je me méfie des humains. Nuit et Brouillard . Vous connaissez ? Il faut que je vous explique.
Nuit et Brouillard est un film documentaire réalisé par Alain Resnais, à l’initiative de l’historien Henri Michel. Sorti en 1956, il traite de la déportation et des camps de concentration nazis, en application des dispositions dites « Nuit et brouillard » – Nacht und Nebel en allemand, décret du 7 décembre 1941.
Je suis alors au collège, quand un professeur impose à ma classe ce documentaire sur l’Holocauste. Il change ma vision de la vie. Depuis, je rencontre régulièrement d’autres personnes qui, comme moi, en ont gardé des traces indélébiles, de celles qui vous forcent à réfléchir et à se méfier du rôle de témoin passif : beaucoup de gens savaient, pour la Solution finale. Ils n’ont pas bougé le petit doigt. N’ont-ils pas contribué à rendre l’horreur possible ?
Ding dong ! C’est la minute des citations.
(Plus tard, je vous révélerai pourquoi tout végéta*ien e qui se respecte est un dictionnaire de citations à lui seul. Patience !)
Le fondateur du musée de l’Holocauste, à Washington, « disait qu’il avait réussi à extraire de son étude de la Shoah trois commandements : tu ne seras pas un bourreau ; tu ne seras pas une victime ; tu ne seras pas un témoin passif. » Charles Patterson , Un éternel Treblinka.
Tous les grands crimes ne sont rendus possibles que par l’attitude complice des petits suiveurs, qui se soustraient à leurs responsabilités individuelles, et dont la ligne de défense est toujours la même : « Que vouliez-vous que je fasse ? Ça ne dépendait pas de moi. » Helmut F. Kaplan , Fondements éthiques pour une alimentation végétarienne.
Mon mari et moi, nous savons ce qui se passe, avec les animaux, et nous ne pouvons pas faire autrement que devenir végétariens.
Rien de plus simple, en apparence. Sauf que très vite, nous sommes en proie à de fort gênants problèmes de digestion. Pour tout vous avouer, chez nous ça ne sent pas la rose, et nos ventres se transforment en ballons de baudruche !
En vérité, nous avons commis les deux erreurs classiques : augmentation des rations de fromages, laitages en tous genres, histoire de prétendument compenser les manques en protéines issues de la viande, et introduction d’un seul coup de crudités, légumes et légumineuses f en quantités gargantuesques. Rien de mieux pour aérophager, flatuler, empester, somnoler et ne plus dormir de la nuit !
Qu’à cela ne tienne, nous sommes un couple débordant de ressources : hop ! Achat d’un bouquin sur la cuisine végétale. C’est un imposant ouvrage dont j’ai depuis oublié le nom – je l’ai par la suite donné –, au visuel rébarbatif (aucune photo, aucune couleur), le seul que nous réussissons, à cette époque, à nous dégoter en librairie.
Je tiens tout de même à vous préciser, vous dont je devine le sourire narquois, bien à l’abri derrière les pages de ce livre, que ceci remonte à des lustres : dix-sept ans.
Vous , vous n’avez aucune excuse : de nos jours, les livres foisonnent, qu’ils soient en papier, ou numériques – on trouve de tels ouvrages en vente à prix modique sur, par exemple, le site VG-Zone… mais il en existe des gratuits, comme Vite fait, bien fait ! , un recueil de 75 recettes rapides pour tous niveaux, résultat du travail collectif de 25 créateurs culinaires ; pour le télécharger, rendez-vous sur pigut.com !
En vérité, l’univers internet regorge de blogues et sites tournés vers une cuisine végétale (tel VG-Zone cité plus haut, mais également Veganwiz, 100 % végétal, Végéta-Löu, Absolutely Green, etc. !). Sans compter que la requête « cake végétarien » ou « crêpes végétaliennes » ou « n’importe quoi végéta*ien » lancée via votre moteur de recherche préféré a le don de faire apparaître, comme par magie, une myriade de recettes toutes plus simples et inventives les unes que les autres !
Par ailleurs, de nombreuses personnes, par l’intermédiaire d’associations ou non, tiennent à vous faciliter la vie :
CONÇUS EXPRÈS POUR VOS DÉBUTS :
– DE VÉGÉTARIEN-NE :
– le « Guide du végétarien débutant », un attrayant livret à commander sur le site de l’A.V.F. (Association Végétarienne de France) : vegetarisme.fr/boutique.php
– le « Kit du végétarien en herbe », consultable sur le site de l’association P.E.T.A. (People for the Ethical Treatment of Animals) : petafrance.com/vegkit/default.asp
– DE VÉGÉTALIEN-NE :
deux sympathiques dépliants téléchargeables à partir du blogue du C.L.E.D.A. (Collectif antispéciste contre l’Exploitation des Animaux) : cleda.over-blog.com >> Matériel militant , billet du 08/09/09
– DE VÉGANE g :
« le guide vegan », que vous pourrez vous procurer via l’association Droits des Animaux, droitsdesanimaux-shop.net
À notre époque, l’apprenti-e vég’ est donc comme un coq en pâte !
En conséquence, ne comptez pas sur moi pour vous distiller en ces pages des astuces concernant vos toutes nouvelles résolutions nutritionnelles – ce n’est pas ma tasse de thé. Je ne suis pas une grande gourmande, et mes goûts me portent vers une cuisine simple.
…Vous êtes déçu-e ? Ah. Votre curiosité est bien légitime, mais je pressens que votre frustration ne va pas disparaître, même si je vous donne ce complément d’information : en gros, je me nourris de crudités, légumes, légumineuses, céréales complètes et semicomplètes, algues, graines germées, fruits frais et secs, oléagineux, le tout étalé sur une semaine. Mes assaisonnements consistent le plus souvent en huile d’olive, de noix et de noisette, vinaigre balsamique, citron, persil, graines de lin, graines de sésame complet, levure maltée, germes de soja, sarriette, ortie, prêle, tamari… Rarement, je mange des gâteaux et des mets plus travaillés. Lorsque je reçois des invité-e-s, je consulte mes livres de recettes végétaliennes, ou les pages cuisine de la revue Alternatives Végétariennes , ou encore, je clique sur mon moteur de recherche internet.
Mais il fut un temps où, histoire de m’amuser un peu, je m’approvisionnais en fausses crevettes et autres imitations dites « simili-carné h , » afin de servir des gambas sautées à l’ail, des brochettes de poulet ou encore un steack sauce au poivre à mes hôtes médusés (« Tu n’es plus végétarienne ?!! ») ; étonnement et rires garantis !
Sachez tout de même que :
1. Manger VG n’est pas synonyme de déprime ; cette cuisine pourrait bien, au contraire, se révéler délicieuse.
2. Le régime VG n’est pas moins varié que le carné, souvent très répétitif.
3. La découverte de nouveaux produits, nouveaux mariages alimentaires et nouveaux assaisonnements risque fort de vous ouvrir des univers gustatifs insoupçonnés.
4. Si la gastronomie française privilégie la chair animale, ce n’est qu’une affaire de culture et de coutume.
5. Il est ridicule de se retrouver carencé-e en étant végétarien-ne. Je suis convaincue, tout comme moult médecins, chercheurs et documents l’exposent, qu’un-e végétarien-ne n’a pas plus de risques de mal se nourrir qu’un-e adepte de la viande. Voire moins, puisque lui s’interroge en général davantage sur ce qu’il donne en pâture à son estomac !
6. La période de transition d’un régime alimentaire à un autre peut parfois être un peu pénible et nécessiter plus ou moins de temps, plus ou moins de progressivité dans le changement le temps que le corps, et probablement surtout l’esprit, s’adaptent. Mais, en général, le corps comme l’esprit se sentent très vite redevables du passage à une nutrition appauvrie en protéines et graisses animales : beaucoup de personnes m’ont confié se sentir alors bien plus énergiques, toniques, légères, et rapidement en meilleure santé, avec, notamment lorsque les laitages sont supprimés, une spectaculaire régression et même disparition des pathologies O.R.L.
À ce propos, Le rapport Campbell est la plus vaste étude internationale réalisée àce jour sur la nutrition. Ses conclusions sont sans appel : la santé est très corrélée avec l’alimentation, et le régime végétalien est de loin le meilleur pour la conserver ou tenter de la recouvrer.
Au fait. Savez-vous que « l’homme est omnivore » signifie qu’il peut manger de tout – enfin, pas des cailloux quand même –, pas qu’il le doit ? C’est bien rassurant, d’être omnivore : on possède une alimentation adaptable en fonction du milieu. Pas comme les félins qui eux, sans la taurine contenue dans la viande, contractent de graves maladies.
Le végétalisme exige davantage de savoir diététique que le végétarisme. Mais vous n’en êtes pas encore là.
Il sera toujours temps de consulter quelques nouvelles informations prémâchées, tel, par exemple, le très pratique tableau végétalien récapitulatif des nutriments essentiels et des aliments dans lesquels les trouver, en vente sur les sites de l’A.V.F. ou de L214 !
Dong ding ! J’aime bien cette phrase :
Modifier ses habitudes est l’une des vraies grandes libertés
qui nous sont laissées.
Fabrice Nicolino, Bidoche.
3 - RYTHME DE CROISIÈRE
Mon mari et moi mangeons végétarien, avec malgré tout, il faut bien l’avouer, quelques retours en arrière plus ou moins prolongés. Il est si difficile de renoncer au goût du poulet : ah ! le poulet du dimanche… C’est une page du passé qu’il faut tourner, et pas n’importe laquelle : celle des repas de son enfance, celle du goût développé au sein de sa famille. Il s’agit de se couper un peu de ses racines… voire beaucoup, car dans ce pays qu’est la France, la gastronomie est une valeur socialement et affectivement très investie.
Les poissons, qui nous ressemblent tellement moins que les vaches ou les cochons, figurent encore longtemps, puis de plus en plus épisodiquement, dans nos assiettes. Nous acceptons d’en manger lorsque nous sommes invités. Mais, peu à peu, notre réflexion continue d’évoluer, notre savoir également : nous continuons à nous documenter.
En vérité, tout a commencé avec la S.P.A. (Société Protectrice des Animaux). Nous y avions adopté un chien et deux chattes. Nous étions rentrés chez nous avec des magazines et prospectus. Puis nous avions surfé sur le site de la S.P.A., et avions découvert d’autres sites… L’engrenage de la connaissance en matière de condition animale s’était enclenché. C’est ainsi qu’un jour, mon mari en est venu à refuser de manger de la viande. J’étais sur la même longueur d’onde que lui.
Pendant longtemps ensuite, j’ai regretté l’époque où je ne savais pas, le temps béni de mon ignorance : je souffrais moins. Au début de ce long parcours, les images entrevues malgré moi, les phrases terribles lues me reviennent par flashes, exactement comme si j’avais été victime d’une agression physique.
Cela me donne parfois des envies de mourir. Parfois aussi, je voudrais revenir à une alimentation traditionnelle, faire semblant de ne rien savoir. Mais c’est impossible.
Je voudrais aussi me sentir moins différente de mes congénères. Je voudrais manger comme eux, partager avec eux la même insouciance pour la nourriture. Mais cela ne m’est plus possible.
Je lis beaucoup, parce que j’ai conscience d’être devenue si différente : j’ai besoin de me retrouver dans ce que d’autres écrivent, et de comprendre aussi comment me défendre, face aux phrases toutes faites qu’on ne manque pas de m’asséner – ami-e-s, voisin-e-s, famille…
Apparemment, que les conditions d’élevage et de mort des animaux soient atroces n’est pas une raison suffisante.
Que 40% d’Indiens soient végétariens ne l’est pas davantage : un médecin, qui probablement nierait avec véhémence toute accusation à son encontre de racisme, me rétorque sur le ton de l’évidence même, parlant des Indiens : « Oui, mais, ils sont tout de même moins évolués que nous, non ? »
Gandhi 4 a eu une chance folle, de ne pas être aussi débile que ses congénères !
Je suis, semblerait-il, quelqu’un d’anormal. D’ hypersensible .
Lassée, je cache autant que je le peux les particularités de mon régime alimentaire.
Ding dong ! À vous de trouver une citation ad hoc.
… Comment ? Mais c’est pourtant l’évidence même !
L’enfer, c’est les autres.
Je ne vous ferai pas l’offense de citer son auteur 5 …


Droits réservés - insolente0veggie.over-blog.com
II - RÉACTIONS
1 - UNE CONTRE-CULTURE
Dans un autre style que le camarade Sartre, Insolente Veggie, via son blogue éponyme, offre à ses cyber-lecteurs adeptes des forums de discussions un petit laïus suivi d’un mirifique dessin :
Quel est le principal problème des végétariens ? Les protéines ? Les restaurants ? Les carences ? Non. Le principal problème, c’est le cri de la carotte. C’est la remarque idiote la plus entendue par un végé au cours de sa vie : « Et le cri de la carotte, t’y as pensé ? Les salades aussi souffrent quand on les arrache ! » Postez ce dessin dans une discussion où on vous fait le coup du cri de la carotte, parce qu’à la longue, c’est pénible.
Eh oui, cher/chère VG en puissance ! Sachez que vous risquez de devoir, en plus de changer vos habitudes alimentaires, vous battre contre les vilains « viandards », répondre à leurs objections permanentes, voire, cela arrive quand même de temps en temps, à leurs questions de bonne foi !
(Bien entendu, nul mépris de ma part. Juste que c’est fatigant, à la fin !!!)
Vous allez donc devoir réfléchir et vous documenter. Vous allez devenir de plus en plus cultivé-e, intelligent-e et ouvert-e d’esprit, et cela va terriblement agacer vos adversaires !
Il faut avoir en tête que nous sommes toutes et tous, dès notre petite enfance, plongé-e-s dans une idéologie spéciste, c’est-à-dire une idéologie qui affirme que l’espèce humaine a des droits sur les autres espèces pour la seule raison qu’elles sont jugées « inférieures ». Les phrases que j’entends si souvent, « Les animaux sont faits pour être mangés », « Ce ne sont que des animaux » , et dans une version religieuse, « C’est un honneur pour les animaux, que d’être mangés par l’homme », résument bien cette idéologie spéciste i , fondée sur une conception anthropocentriste j des relations entre êtres vivants.
Il va vous falloir, cher/chère apprenti-e végétarien-ne, expliciter très souvent votre point de vue. Et chacune de vos explicitations va susciter une nouvelle question. À tel point qu’il me semble par exemple totalement inutile de s’acharner à argumenter sur des forums, blogues… : cela prend trop de temps, est énergivore et dégénère très vite – à distance, il est plus facile de s’insulter et de ne pas écouter complètement l’autre !
N’hésitez pas à consulter, pour vous faire une idée, le cocasse autant que pathétique article d’Insolente Veggie, Manuel de conversation pour un débat sur le végétarisme sur les forums .
Je suis donc plutôt adepte de se parler en direct – d’autant plus que si les gens font l’effort de se déplacer physiquement, c’est que le sujet les intéresse réellement – et c’est pourquoi j’organise régulièrement des débats chez moi ou ailleurs.
Rassurez-vous : vous aussi, si vous le voulez, vous serez bientôt aussi à l’aise qu’un poisson dans l’eau pour converser de votre « conversion » !
Nous sommes, je l’ai écrit un peu plus haut, baigné-e-s très tôt dans le spécisme.
Les contes classiques transmis aux enfants véhiculent cette idéologie, comme l’explique le livret Sexisme, spécisme dans la littérature enfantine , édité par l’A.V.F. 6
Dès que nous sommes en âge d’en avaler, on nous sert de la viande. Souvent, on nous force à manger cet aliment que bien des enfants trouvent au départ répugnant. Jamais on ne nous révèle qu’il s’agit d’un petit cochon qui ressemble furieusement aux trois de l’histoire, ou que le poulet, de son vivant, évoquait à s’y méprendre la sympathique Poule Rousse .
L’enfant grandissant découvrira finalement le pot aux roses. Mais là encore, il n’aura pas accès à la vérité : il croira aux publicités idylliques qui montrent des vaches heureuses en pleine nature, entourées de leurs petits, il lira des messages selon lesquels les animaux se réjouissent de finir dans notre assiette, et ses parents lui expliqueront, parce qu’eux-mêmes gobent ce que leur servent les médias, que la mort prévue pour nos charmants compagnons de création est « humaine ».
Long sera le parcours pour se défaire de tous ces mensonges, et pour se désimprégner de toutes les croyances spécistes !
Fort longtemps, donc, on nous cache soigneusement que nous ingérons des cadavres. D’ailleurs ce mot nous choquera plus tard, une fois adultes, lorsque nous entendrons d’autres personnes l’utiliser pour parler de la viande : n’exagèrent-elles pas ?
Ne versent-elles pas dans le sensible ? On nous fourre dans la tête que la viande est nécessaire à notre santé. On nous habitue à son goût. On nous apprend qu’un repas digne de ce nom tourne autour d’un plat « principal », majoritairement composé de chair animale – ainsi fonctionne la gastronomie française. Plus tard, il sera très, très difficile de revenir sur une coutume inculquée si jeune : cela impliquera de remettre en cause le discours parental, médical, la tradition familiale, socioculturelle, de rompre avec une partie importante de son passé, qui a trait à la convivialité de la table, au souvenir des repas partagés.
Peut-être, me dis-je, qu’une ambiance désagréable lors de ces repas faciliterait un passage ultérieur au végétarisme : moins de regrets ?
Dans ma famille, on allait régulièrement au restaurant, et l’on découvrait les cuisines d’autres pays. Cela m’a-t-il aidée à modifier sans trop de craintes mes habitudes alimentaires ?
Dans ma famille encore, on ne cultivait pas un humanisme outrancier, on n’érigeait pas l’humanité sur un piédestal. Ma mère, par exemple, aimait à parler de mon chat comme de « mon frère » (« As-tu changé la litière de ton frère ? », pouvaitelle ainsi me demander). Ces deux particularités familiales ontelles bordé le lit de mon antispécisme l , lui-même à l’origine de mon végétarisme ? Sans nul doute !
Et puis, et là je ne pense pas à moi mais à celles et ceux qui m’entourent, nous vivons dans une société où tout doit être rapide et facile. N’est-il pas devenu plus courant de s’acheter un hamburger, de se faire cuire une pizza toute préparée, que de se mitonner un repas ? Ne faudrait-il pas proposer de plus en plus – car ça a commencé – des formules de ce type, intégralement végétales ?
Pour ma part, avec le recul, mes efforts me semblent avoir été titanesques. Non pas pour changer ma façon de manger ! Mais parce que chaque objection de la « partie adverse » me donnait à réfléchir et parfois même, me faisait revenir sur mes pas. J’ai beaucoup analysé chaque argument, ai sondé mes motivations, interrogé celles des autres, végéta*ien-ne-s ou non.
J’ai fait des efforts pour me comprendre, pour comprendre ce qui pouvait clocher en moi . J’ai même consulté des psys : il paraît que renier la viande, c’est renier son humanité, son appartenance aux humains, à l’histoire des hommes, de sa culture, de sa famille. C’est renier sa part violente, acte qui pourrait s’avérer dangereux pour sa propre santé mentale ! Bref, c’est un acte de folie. D’ailleurs, dans Fondements éthiques pour une alimentation végétarienne, le philosophe Helmut F. Kaplan n’omet pas de poser la question : […] Ceux qui pensent au bien-être des autres sont-ils automatiquement fous ? […]
Bien entendu, rassurez-vous, ô, lecteur, lectrice, je ne suis pas plus dingue que vous ! Ce ne sont que lapalissades anthropocentristes et spécistes. Et je dois vous faire part d’un événement extraordinaire qui m’est arrivé en mai 2010 : un nouveau psychiatre psychothérapeute a débarqué dans les C.M.P. 7 où je travaille comme orthophoniste. Et il est… vé-gé-ta-rien ! Depuis deux ans ! Pour la planète et les animaux ! Je me dis que si même les psys deviennent VG, alors, tout espoir de changement des mentalités est carrément permis !
Je pense que s’intéresser au sort des animaux, au point d’oser changer ses habitudes, c’est procéder à un difficile exercice d’équilibrage entre le principe de plaisir et celui de réalité. C’est aussi et surtout se relier à sa part instinctive, puissamment affective et émotive, à son passé de petit enfant, cet être qui ne maîtrisait pas encore le langage articulé, mais qui déjà comprenait beaucoup, beaucoup de choses, grâce à ses sensations, aux odeurs, aux mimiques, à la prosodie, bref, à une foultitude d’informations non linguistiques.
S’intéresser aux animaux au point d’éprouver pour eux de l’empathie et de la compassion, c’est en effet se relier à cette période où comme eux, nous étions en état de totale dépendance, voire, pour nombre d’entre nous, objétisé-e-s par les adultes : au mieux, on n’entendait pas forcément nos désirs, nos besoins ; au pire, on ne les entendait que rarement. Et nous ne pouvions pas nous défendre.
En quelque sorte, défendre les animaux, c’est défendre l’enfant que nous avons été et que nous restons en partie.
Je constaterai d’ailleurs, au fur et à mesure de mes découvertes, que la plupart de mes collègues militant-e-s VG s’occupent également d’enfants ou d’êtres humains plus ou moins en difficulté.
Du coup, être végéta*ien-ne, dans l’inconscient collectif, ne véhicule certainement pas une image virile, et ça explique en partie que les femmes soient davantage concernées. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles celles et ceux qui défendent les animaux sont souvent accusé-e-s de sensiblerie [sic].
Mais qu’est-ce, au juste, que la virilité érigée en valeur suprême ? C’est un sentiment qui se relie à l’envie de domination, de pouvoir, de puissance, de possession, de prédation, de liberté égoïste.
En société, se montrer puissant est, on s’en doute, plus valorisant que l’inverse. S’intéresser à des objets de puissance – voitures, argent, football, voire gros chiens… – revêt une valeur narcissique autrement plus gratifiante, pour une frange de la population en tout cas, que se passionner pour les herbivores et granivores en souffrance. Qui veut s’identifier à des perdants ? Pas beaucoup de monde. Sûrement, celles et ceux qui y parviennent sont des gens solides, dont le narcissisme s’est suffisamment développé pour ne plus avoir besoin de modèles forts. Ou bien, des personnes qui ne sont pas coupées de leur enfant intérieur. Ou les deux à la fois.
Une parade que je conseillerais aux hommes (et même aux femmes, car tellement désirent avoir une image, au moins en partie, virile !) craignant pour leur image sociale est celle-ci : rejoignez une association dont les actions sont « viriles », une association qui n’hésite pas à affronter la violence, comme par exemple L214, qui se fixe comme objectifs premiers de dévoiler la réalité des élevages et des abattoirs, et de soulever le débat sur la place accordée aux animaux dans notre société.
C’est vrai que son logo avec ses trois silhouettes de poisson, vache et poule, en jette moins que celui de la Sea Shepherd Conservation Society, l’association écologiste qui sillonne les océans pour défendre faune et écosystèmes marins – une tête de mort, ça impressionne ! Et puis, fendre les eaux pour sauver requins et baleines, animaux sauvages et puissants, qui plus est en danger de disparition, ne revêt-il pas une connotation plus noble que se battre pour « du bétail » ou « de la volaille » ?... Cependant, L214 a le cran d’enquêter en caméra cachée (parce que cela s’avère hélas bien souvent nécessaire) puis de rendre publiques ses vidéos choc. Elle réussit à occuper l’espace médiatique : pour ne citer qu’un exemple, des images tournées par L214 sur l’élevage intensif ont été diffusées sur France 3 à 20h30, dans le magazine d’actualité Pièces à conviction dont le sujet était alors « Assiette tout risque », le 28 juin 2010. Ses documents n’ont rien des imageries d’Épinal et son argumentaire se veut clair et rationnel.
Vous qui tenez à votre masculinité, militez activement ! Peaufinez votre argumentation pour réussir à vous exprimer de façon ferme et convaincante ! (D’autant plus que je vais, un peu plus loin, vous donner les références ad hoc pour y parvenir !)
Las ! Mon petit programme d’actions ne vous satisfait pas, vous craignez encore pour votre force virile ?
Ne vous inquiétez pas, La Solution existe : devenir enquêteur, enquêtrice ! Vous allez sur les lieux où des gens sont suspectés de maltraiter des animaux, mieux encore, vous vous rendez dans des abattoirs, au risque de votre vie ! Ceci n’est pas une plaisanterie : dans la préface de Ces bêtes qu’on abat, Journal d’un enquêteur dans les abattoirs français (1993-2008) , Élisabeth de Fontenay écrit au sujet de l’auteur, Jean-Luc Daub : […] lors de foires aux bestiaux dans lesquelles il intervenait en tant qu’enquêteur, on n’a pas craint de le terroriser, de le malmener et même de lui faire subir un début de strangulation. […]
Jean-Luc Daub est à mes yeux un Héros, une sorte de Super Robin des Bois moderne. Il en faut, du courage, pour agir comme il l’a fait. Vous aussi, osez enquêter, dénoncer, vous battre pour la justice, au péril de votre santé 8 !
Soyez admiré-e à votre tour !
… Mais si mon laïus ne vous convainc toujours pas… alors je crains que vous n’ayez l’équation animal = enfant = féminin = pas viril vissée aux tripes, comme mon compagnon, qui ne peut s’identifier qu’au valeureux équipage de Sea Shepherd.
Cette association, pourtant, se fonde elle aussi sur le sentiment a priori peu viril de compassion, mais elle revendique une « compassion passionnée » : Cependant, notre équipage doit quant à lui être motivé par une compassion passionnée. Nous avons besoin d’individus qui brûlent de rage contre les injustices perpétrées à l’encontre des baleines, des dauphins, des phoques, des tortues de mer, des oiseaux marins, des poissons et de toute forme de vie dans les océans du monde entier .
Ce sont en effet les mots qu’on découvre sur le site internet de Sea Shepherd, rubrique « Nous rejoindre ». Mais également :
Description du poste : Non rémunéré, longues journées, travail difficile, conditions dangereuses, météo extrême.
Garantis : Aventure, épanouissement et le travail le plus pénible que vous ayez jamais apprécié. L’expérience d’une vie.
Attention : Pleurnichards, mécontents, adeptes de la grasse matinée et poules mouillées, inutile de vous présenter … !
Mais revenons à mes moutons. J’ai donc effectué tout un travail pour prendre conscience des raisons qui me rendent intolérables la souffrance animale et, ce faisant, j’ai commencé à vous comprendre, vous qui mangez encore de la viande après que je vous en ai expliqué la face cachée. Il fut un temps où, je l’avoue, je ne vous supportais plus ! Votre cynisme, votre désinvolture m’effrayaient. Combien d’heures ai-je parlé de cela avec des psys, avec des ami-e-s (non VG), à en pleurer ! Je pleurais d’impuissance, d’incompréhension, de rage. J’avais le sentiment de partager davantage d’émotions avec une plante qu’avec vous. J’étais effarée, désespérée.
Ce n’est qu’en disséquant vos mécanismes de résistance et qu’en m’obligeant à considérer mes propres zones de fragilité, d’ombre et de violence, que j’ai pu, peu à peu, cesser de vous blâmer.
J’ai par ailleurs découvert que certaines expériences 9 me prédisposaient depuis la tendre enfance à l’empathie animale i , et m’avaient aussi encouragée à développer mes qualités intuitives.
En résumé de ce chapitre : devenir végétarien-ne revient à se positionner contre sa culture. Cela demande de la volonté, des convictions, du courage, de la ténacité – combien d’entre nous virent leur cuti (en apparence seulement, car alors bien souvent le mal-être les ronge), ne souhaitant qu’une chose, être de nouveau en accord avec leurs congénères ?
Ma mère, par exemple, était devenue végétarienne parce que, attablée à la terrasse d’un restaurant, elle avait « soudain vu des langoustes qui agonisaient en plein soleil, prises d’atroces soubresauts » .
Cette scène l’avait profondément choquée, d’autant plus que la souffrance de ces bêtes était alors entrée directement en résonance avec sa propre douleur : ma mère était à cette époque atteinte d’une pathologie névralgique aiguë rare, non soignée.
Plus tard, après neuf années de végétarisme, lorsqu’elle se mit à gravement manquer de fer et à souffrir de maux de ventre, son mode d’alimentation fut aussitôt mis sur la sellette. Ma mère m’écrivit : […] le médecin n’a pas accusé formellement mon régime pour le manque de fer. Il pensait que ce pouvait avoir une influence. Il ne m’a pas obligée à réintroduire la viande ; il disait seulement que ce serait plus sage et m’a fait toute une description des avantages à manger de la viande. […] Ma mère, bien évidemment, plaçait sa foi dans le corps médical car il lui fallait guérir ; elle décida donc d’être « sage » et réintroduisit les fruits de mer, puis la charcuterie. On découvrit, mais un peu tard, que son anémie avait pour origine une perte de sang due à un cancer de l’intestin grêle dont les métastases avaient essaimé un peu partout, le rendant incurable. Elle est décédée le 31 mars 2011 des suites d’un cancer diagnostiqué et soigné très tardivement.
Je ne peux m’empêcher de penser que la végéphobie 10 (c’est-à-dire la peur, le rejet, la non-considération des personnes végétariennes, avec comme conséquence l’ignorance crasse de la plupart des médecins français en matière d’alimentation végétarienne) est en grande partie responsable et du diagnostic tardif, et d’une accélération du processus métastasique : l’alimentation carnée est à proscrire totalement en cas de cancer – lire par exemple Le rapport Campbell , déjà cité, ou Anticancer : Prévenir et lutter grâce à nos défenses naturelles, du docteur David Servan-Schreiber.
Ma mère a été bien seule, trop seule, pour pouvoir défendre une position végétarienne face au corps médical, mais également face à son entourage, avec mon unique voix pour s’élever en faux…
Mais vous , vous ne serez pas seul-e. Je suis là, nous sommes là, des centaines de milliers en France, de plus en plus nombreux. Bienvenue au pays du Cri de la Carotte ! Une aventure passionnante commence. Elle va vous faire évoluer du statut de consommateur victime manipulée – j’y reviendrai – à celui de consom’acteur fier, érudit et responsable !
D’ailleurs… Ding ! Dong !
Le journaliste Fabrice Nicolino (qui n’est pas végétarien, en tout cas pas au moment de la parution de son livre), écrit dans Bidoche :
On n’hésitera pas une seconde à tirer un coup de chapeau au mouvement végétarien, dont tant se gaussent. Il se pourrait qu’il soit l’un des mouvements sociaux les plus responsables de la planète. Et, à la réflexion, le conditionnel n’est pas de rigueur.



Photos Gilles Granelli.
L214 versus Sea Shepherd : une question de virilité ?...
2 - LES SECRETS DE LA SÉRÉNITÉ
Récapitulons : modifier son alimentation n’est pas si compliqué.
En revanche, le regard des Autres, affronter tu devras !
On va vous poser des questions. Probablement vous désarçonneront-elles. Pour vous, c’est si simple : les animaux souffrent de leur exploitation DONC vous n’en consommez pas.
Bien des personnes qui deviennent végétariennes par solidarité avec les animaux ont un tel sentiment d’injustice, sont si touchées par la cruauté des traitements infligés aux bêtes qu’elles ont du mal à garder une distance avec ce sujet, et même, à pouvoir en parler.
Les interlocuteurs insensibles à la cause animale ont vite fait de les blesser, de les mettre en colère voire de les plonger dans le désespoir, sans qu’elles puissent se défendre : trop dans l’affectif, trop dans le ressenti, elles ne réussissent pas à avoir un discours clair. Elles apparaissent alors comme des personnes hypersensibles, ce qui conforte leurs « adversaires » dans le fait que s’occuper du bien-être animal, c’est du registre de la sensiblerie. Selon le juriste et philosophe Jean-Baptiste Jeangène Vilmer 11 , Brigitte Bardot, lorsqu’elle pleure devant les caméras au sujet des bébés phoques, passe pour une hystérique, et se ridiculise. Un comportement moins affectif, moins dans le réactif, un discours posé, présentant des faits simplement, serait bien davantage crédible et efficace.
Ceci est discutable, bien sûr : on peut imaginer que les pleurs de B.B. touchent à bon escient la sensibilité d’un certain public, juger aussi que les larmes face à des images d’horreur comme celles du massacre des bébés phoques sont une réaction saine et presque inévitable, partir du principe que l’authenticité inspire confiance, ou que les émotions ne sont pas à cacher. Pour ma part, il me semble toutefois que la colère est préférable à l’affichage du désespoir : elle se révèle très utile lorsqu’elle n’empêche pas la cohérence du discours, et qu’au contraire elle donne à celui-ci une énergie si forte et si concentrée qu’il en devient percutant.
Le même thème – celui de la tristesse débordante versus la crédibilité – est abordé par l’historien Charles Patterson dans Un éternel Treblinka ; on y apprend comment un homme, Dietrich von Haugwitz, après avoir constaté et compris l’horreur de la condition animale, a réussi à sortir de l’émotionnel pur, de la douleur qui l’empêchait de penser clairement, pour enfin accéder à un discours raisonné : grâce à une conférence du professeur ès philosophie Thomas Regan 12 , puis à la lecture de ses écrits.
La parade à la déferlante émotionnelle qui submerge la pensée est bien le savoir , véhiculé par le verbe, au travers des lectures, conférences et documentaires. Le savoir permet une distanciation, et de parler pas seulement avec son ressenti, mais également avec les mots d’autres, de dizaines d’autres.
Upton Sinclair, dans La Jungle , décrit comment le héros de son roman, Jurgis, devient un actif de la cause ouvrière : […] Il arrivait qu’un tel aveuglement devînt presque insupportable à Jurgis. Pourtant, rien ne servait de nier la réalité. La seule solution était de saper à la base cette montagne d’ignorance et de préjugés. On devait revenir à la charge, garder son calme, discuter, saisir la moindre occasion d’enfoncer une idée ici ou là dans les crânes. Le reste du temps, il fallait affûter ses armes, penser à d’autres arguments pour contrer les objections, se pourvoir d’informations précises pour prouver combien étaient aberrants les points de vue de vos détracteurs. C’est ainsi que Jurgis contracta l’habitude de la lecture. […]
Lorsque je débutais dans ma profession d’orthophoniste, j’étais régulièrement déstabilisée par des questions que me posaient les parents de mes petits patients. J’avais beau exercer un métier de langage, je ne trouvais pas toujours de phrases simples, imagées… et parfois, certaines attitudes parentales m’agaçaient tant que j’en perdais mon humour.
J’ai alors acheté Les 500 conseils de l’orthophoniste , entre autres livres, et cela m’a bien aidée.
Concernant la cause animale, le fascicule de Thomas Regan intitulé La philosophie des droits des animaux m’a été, dans les premiers temps, d’une grande utilité. J’y trouvais des réponses possibles à des phrases – souvent des syllogismes – qui me semblaient tellement éloignées de mon ressenti qu’elles me laissaient invariablement coite :
– Si les animaux ont des droits, alors les végétaux en ont aussi, ce qui est absurde ;
– Où faut-il placer la limite ? Si les primates et les rongeurs ont des droits, alors les limaces et les amibes en ont aussi, ce qui est absurde ;
– Dieu a donné aux humains la domination sur les autres animaux. C’est pourquoi nous pouvons faire d’eux ce que nous voulons, y compris les manger.
Sur une page internet du site pense-bete.org , on trouve neuf objections classiques, avec les réponses qu’y apporte le collectif Un réseau contre le spécisme. Elles pourraient bien vous être très utiles, aussi je les cite intégralement ici, agrémentées tout de même de quelques remarques personnelles et menus bémols en notes de bas de page :
« Les illogismes expliqués du spécisme : cherchant à défendre notre pratique et face à la difficulté de réaliser les tort

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents