e-réseaux sociaux et e-médias sociaux en éducation: qu en penser? : Enjeux et défis
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Description


Depuis le début du XXIe siècle, les réseaux sociaux électroniques (e-RS) et les médias sociaux électro­niques (e-MS) constituent des moyens de communication incontournables. Face à cette réalité virtuelle produisant de nouvelles formes communicationnelles et se développant à un rythme effréné, il est essentiel de cerner les différentes dimensions de l’utilisation massive du Web dans tous les secteurs, y compris en éducation. En effet, les acteurs du milieu scolaire, regroupés par l’entremise des e-RS et des e-MS, interagissent dorénavant de façon entrecroisée afin d’informer, de discuter, d’apprendre, de coconstruire et même de déconstruire.



Cet ouvrage vise à comprendre et à analyser le changement socio­collectif que les e-RS et les e-MS génèrent en éducation par leur omni­présence ainsi que l’influence qu’ils exercent sur les divers acteurs scolaires, dont les enseignants, les directeurs, les élèves et leurs parents. Il met en évidence neuf axes qui apportent un éclairage socioéducatif sur cet univers communicationnel : éthique, individus-acteurs, organisationnel, pédagogique, philosophique, professionnel, psychologique, relationnel et technologique.



Toute personne intéressée par ces échanges pourra aiguiser son regard en ce qui concerne les e-RS et les e-MS. Les lecteurs trouveront certains éléments fondamentaux les invitant à approfondir leurs connaissances et leur réflexion sur ces modes de communication interactive présents dans toutes les sphères de notre vie.


N/D

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 22 septembre 2021
Nombre de lectures 0
EAN13 9782760555464
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0850€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

e-réseaux sociaux et e-médias sociaux en éducation : qu’en penser ?
Presses de l’Université du Québec
Le Delta I, 2875, boulevard Laurier
bureau 450, Québec (Québec) G1V 2M2
Téléphone : 418 657-4399 – Télécopieur : 418 657-2096
Courriel : puq@puq.ca – Internet : www.puq.ca


Diffusion / Distribution :
CANADA
Prologue inc., 1650, boulevard Lionel-Bertrand Boisbriand (Québec) J7H 1N7 – Tél. : 450 434-0306 / 1 800 363-2864
FRANCE ET
Sofédis, 11, rue Soufflot
BELGIQUE
75005 Paris, France – Tél. : 01 53 10 25 25 Sodis, 128, avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny 77403 Lagny, France – Tél. : 0160 07 82 99
SUISSE
Servidis SA, chemin des Chalets 7 1279 Chavannes-de-Bogis, Suisse – Tél. : 022960.95.25


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e-réseaux sociaux et e-médias sociaux en éducation : qu’en penser ?
Enjeux et défis


Marjolaine St-Pierre
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Titre : E-réseaux sociaux et e-médias sociaux en éducation : qu’en penser ? : enjeux et défis / Marjolaine St-Pierre.
Noms : St-Pierre, Marjolaine, 1950- auteur.
Description : Comprend des références bibliographiques.
Identifiants : Canadiana (livre imprimé) 20210052759 | Canadiana (livre numérique) 20210052767 | ISBN 9782760555440 | ISBN 9782760555457 (PDF) | ISBN 9782760555464 (EPUB)
Vedettes-matière : RVM : Médias sociaux en éducation. | RVM : Réseaux sociaux (Internet) | RVM : Internet en éducation. | RVM : Technologies de l’information et de la communication pour l’éducation.
Classification : LCC LB1044.87.S77 2021 | CDD 371.33/44678—dc23


Révision
Isabelle Pauzé
Correction d’épreuves
Geneviève Lemoine
Conception graphique
Julie Rivard
Mise en page
Sophie Despins
Images de couverture
iStock
Dépôt légal : 3 e trimestre 2021
› Bibliothèque et Archives nationales du Québec
› Bibliothèque et Archives Canada
© 2021 – Presses de l’Université du Québec
Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés
D5544-1 [01]
À mes enfants adorés : Jean-Sébastien et Marie-Isabelle
À mes petits-enfants chéris : Charles Louis, Victor Louis, Charlotte Isabelle
Ces progrès technologiques qui bouleversent simultanément les modes de production et de consommation s’accompagnent en outre de l’émergence d’un imaginaire qui semble promouvoir la naissance d’une nouvelle humanité (Rieffel, 2014, p. 14).
Liste des figures et tableaux
Figures
1.1 / La progression du Web 1.0 au Web 5.0
1.2 / Le territoire des médias sociaux en 2019
1.3 / Les indicateurs statistiques pour Internet, les médias sociaux et les appareils mobiles dans le monde en 2021
2.1 / La Roue de compréhension des e-RS et des e-MS
3.1 / La littératie numérique
Tableau
4.1 / Évolution de la participation sur les e-RS et les e-MS (2017-2020)
Liste des sigles et acronymes
AÉT
Axe éthique
AIA
Axe individus-acteurs
AOR
Axe organisationnel
APÉ
Axe pédagogique
APH
Axe philosophique
APR
Axe professionnel
APS
Axe psychologique
ARE
Axe relationnel
ATE
Axe technologique
CEFRIO
Centre facilitant la recherche et l’innovation dans les organisations
CEUMSÉ
Code d’éthique lié à l’utilisation des médias sociaux électroniques
e-MS
Médias sociaux électroniques
e-RS
Réseaux sociaux électroniques
FQDE
Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement
MEES
Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur
MELS
Ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport
MEQ
Ministère de l’Éducation du Québec
RCEMS
Roue de compréhension des e-RS et des e-MS
TIC
Technologies de l’information et de la communication
INTRODUCTION /
Les réseaux sociaux électroniques et les médias sociaux électroniques : qu’en penser ?
Axes de réflexion et enjeux en éducation

La turbulence Internet, qui constitue un progrès social, économique et culturel sans nom au XXI e siècle, s’immisce dans toutes les sphères de fonctionnement de notre société sous le couvert de moyens d’information, de communication et de réseautage. En expansion exponentielle, la multitude de réseaux sociaux électroniques (e-RS) et de médias sociaux électroniques (e-MS) – tels Facebook, Twitter, LinkedIn, Instagram et Snapchat – a visé la totalité de la société, et elle s’y est installée à une très grande vitesse. À titre d’exemple, on peut citer les 2,2 milliards d’utilisateurs 1 de Facebook en 2019 2 . Soumis à cette influence communicationnelle, le système d’éducation n’y fait pas exception, et tous les acteurs scolaires ont été définis comme des utilisateurs de ces outils de communication. Dorénavant, les e-RS et les e-MS font partie intégrante du système éducatif des écoles, des centres de formation, des collèges et des universités.
Cette réalité virtuelle constituée des e-RS et des e-MS est dorénavant perçue et vécue comme un incontournable en contexte éducatif par l’ensemble des populations de notre planète mondialisée. Cette même réalité produit de nouvelles formes de communications collectives et individuelles, car les individus regroupés en e-RS et en e-MS communiquent non plus de façon dyadique, mais de façon entrecroisée en utilisant le virtuel, incarné par Internet dans tous les milieux éducatifs, et ce, afin d’informer, de communiquer, d’échanger, d’apprendre, de coconstruire et même de déconstruire.
Inscrit au cœur même de cette utilisation massive des e-RS et des e-MS, cet ouvrage ne s’attarde aucunement à leur fonctionnement technologique (technique) en éducation. Il vise à comprendre et à analyser le changement sociocollectif que les e-RS et les e-MS entraînent en éducation par leur omniprésence et l’influence qu’ils exercent sur les divers acteurs scolaires.
Cet ouvrage fournit des pistes de compréhension et de réflexion relatives à leur utilisation dans la société du XXI e siècle qui, via Internet, traduit ce passage de la modernité à la postmodernité, comme l’affirment Maffesoli et Fischer (2016, p. 76) : « Certes, le monde numérique est l’absolue réalisation de la postmodernité. »
De nombreux auteurs ont traité des technologies de l’information et de la communication (TIC) afin de comprendre et d’analyser le fonctionnement technologique en éducation, les composantes cognitives, les effets psychosociaux, les pratiques d’enseignement, les dispositifs pédagogiques, etc. Toutefois, le phénomène Internet lié à l’utilisation et à l’implantation des e-RS et des e-MS mérite encore beaucoup d’attention, car leur expansion est fulgurante et leurs dimensions inhérentes encore peu étudiées en éducation.
À la suite de l’installation de la culture numérique (Cardon, 2019), qui s’exprime par l’augmentation du pouvoir numérique des individus, par sa redistribution et par l’apparition de formes collectives, on assiste à une rupture de civilisation. On constate l’émergence d’une pensée commune complexe véhiculée par les e-RS et les e-MS et un possible rapport « aux idéologies tribales » énoncé par Maffesoli et Fischer (2016, p. 25). Dans ce contexte de mondialisation, la préoccupation constante et émergente liée à l’éducation est sans nul doute l’utilisation des e-RS et des e-MS par la jeunesse actuelle.
Cette réalité virtuelle, dorénavant perçue et vécue comme incontournable en contexte éducatif, produit de nouvelles formes collectives et individuelles d’échanges communicationnels. Les jeunes directement interpellés investissent massivement, consciemment ou inconsciemment, sous le couvert de moyens d’information, de communication et de réseautage, dans ce mode de communication électronique qui revêt de nombreuses formes (Facebook, Twitter, Instagram, etc.). À tous les niveaux du système éducatif, les individus communiquent non plus de façon dyadique, mais collectivement regroupés en e-RS, utilisant ainsi les e-MS dans tous les milieux et à tous les niveaux de cet univers mondialisé.
Il est donc crucial de comprendre les aspects sous-jacents à l’utilisation des e-RS et des e-MS, et d’en saisir les effets sur les acteurs du milieu scolaire.
Il est devenu urgent de cerner les multiples dimensions des e-RS et des e-MS dans les établissements d’enseignement, car elles ont influé et influent encore grandement sur le type de gestion éducative, la vie pédagogique, le développement professionnel et la formation étudiante.
Les e-RS et les e-MS s’associent, avec ou sans consentement, à la totalité de la société actuelle, à ses structures, à ses fondements, à sa déconstruction et à sa reconstruction par la jeunesse actuelle. Ainsi, par cette communication virtuelle, les e-RS et les e-MS nous conduisent-ils, sans qu’on y prenne vraiment garde, à la possible transformation de la sociabilité (Mercklé, 2004), soit celle d’un changement communicationnel majeur et incontournable tant en ce qui a trait à la société qu’aux individus. Selon Beckouche (2019, p. 11), ce changement est au-delà d’un simple changement technologique, économique, sociétal ou historique. Il est plutôt « un tournant anthropologique parmi les plus importants de l’aventure humaine ».
Il devient alors intéressant et urgent de cerner les multiples dimensions de cette présence des e-RS et des e-MS dans les établissements d’éducation. Il est donc apparu essentiel, dès 2010, de réaliser une recherche scientifique auprès des directions d’établissement québécois membres de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE). En effet, cette étude, réalisée au cours d’une période de trois années, a permis la mise en évidence de plusieurs angles d’analyse de l’utilisation des e-MS par les acteurs scolaires (élèves, enseignants, parents, directions) à partir des propos qui y ont été véhiculés.
En effet, les e-RS et les e-MS en éducation doivent être analysés, compris et interprétés afin de favoriser leur intégration positive dans la vie de tous les acteurs scolaires, des élèves au personnel des directions des établissements. À partir des données issues de cette recherche empirique, il a été possible de formuler une configuration des dimensions liées aux e-RS et aux e-MS dans les écoles relativement à leur ampleur symbolique en éducation. Intitulée Roue de compréhension des e-RS et des e-MS, cette dernière illustre l’ampleur du spectre numérique lié aux e-RS et aux e-MS dans les écoles. Ce large éventail est constitué de neuf dimensions générées par les e-RS et les e-MS mentionnées dans l’étude. Celles-ci concernent l’éthique dans sa globalité, la présence d’individus-acteurs, la vie organisationnelle, le rapport pédagogique avec les élèves, la philosophie sociale, le développement professionnel, l’aspect psychologique de cette forme de communication, le processus relationnel mis en place et l’outillage technologique essentiel à cette communication virtuelle. Les e-RS et les e-MS sont encore considérés comme des outils technologiques ou comme des outils de communication ; mais qu’en est-il de l’effet des propos tenus via les médias sociaux sur les utilisateurs et les personnes concernées par ces mêmes propos ? En fait, existe-t-il des dimensions inhérentes à toutes ces interventions communicationnelles ?
Cet ouvrage aborde le rôle, les responsabilités et les défis des acteurs scolaires. Il propose des pistes afin de bien cerner l’influence des e-RS et des e-MS dans le cadre du système scolaire québécois, et ce, dans le contexte d’un changement sociétal majeur et incontournable : celui de la communication virtuelle en éducation.

1 Veuillez noter que l’usage du masculin, dans cet ouvrage, a pour unique but d’alléger le texte.
2 < https://www.leptidigital.fr/reseaux-sociaux/liste-reseaux-sociaux-14846/ >, consulté le 10 mai 2021.
CHAPITRE 1 /
La communication : les réseaux sociaux électroniques et les médias sociaux électroniques

Les réseaux sociaux électroniques (e-RS) et les médias sociaux électroniques (e-MS) appartiennent au monde de la communication virtuelle, catégorisée comme un phénomène regroupant deux ou plusieurs personnes en ligne qui échangent des propos, partagent des informations, construisent des liens et, souvent, influencent ou tentent d’influencer l’auditoire virtuel. Toutefois, la communication virtuelle, comme la communication en général, se vit collectivement et, de ce fait, suppose l’existence de règles, de conventions, de normalisations constitutives devant être partagées par les membres d’un groupe, les membres d’autres groupes et les groupes entre eux.
En ce sens, lors d’une communication virtuelle ou traditionnelle, il ne s’agit pas uniquement de l’ancien modèle communicationnel constitutif, comme le modèle de l’information médiatique (radio, télévision), c’est-à-dire de l’envoi d’un message de A vers B, mais plutôt d’une relation interactive entre les individus et les groupes. Par conséquent, afin de bien s’inscrire au sein de cette communication électronique, il est essentiel que les internautes adhèrent à des groupes virtuels afin de pouvoir s’y exprimer ou de recueillir les informations communiquées sur le Web. Ainsi, la communication virtuelle met en lien l’information transmise et l’internaute afin que celui-ci puisse la décoder et en définir le sens selon le contexte social ambiant et le groupe social auquel il appartient. Les e-RS et les e-MS permettent cette communication interactive instantanée et universelle. Tous peuvent dorénavant se rejoindre et participer à ce mode de communication qui véhicule beaucoup d’informations vraies ou fausses, mais qui fournissent peu de preuves de leur véritable notification, c’est-à-dire de l’assurance que ces informations écrites ou visuelles sont porteuses d’un sens précis transmis lors de la communication.
Dans ce cadre de l’utilisation des e-RS et des e-MS, la communication symbolique sur le Web devient donc porteuse de valeurs et de sens en fonction de la personne-réceptrice. On constate paradoxalement que, plus l’individu a accès à de l’information, plus le besoin d’information grandit (Charest et Bédard, 2009). On assiste donc à la confirmation de l’intérêt des individus à consacrer de plus en plus de temps à la communication virtuelle, tout en appréhendant le danger de développer une dépendance à un véhicule communicationnel virtuel gratuit et accessible (Dagnaud, 2013).
1 / Qu’est-ce qu’un e-RS et un e-MS ? Similarités et différences
Au cœur même de cette révolution numérique orientée par une communication tous azimuts, il est important d’éviter les amalgames populaires trop nombreux et souvent trompeurs entre l’Internet et le Web, ainsi qu’entre les e-RS et les e-MS. Ces amalgames amènent ainsi à les associer et souvent à les confondre. En dépit du fait établi que les distinctions que l’on répertorie soient peu essentielles à l’appropriation et l’utilisation du Web et d’Internet et, par conséquent, des e-RS et des e-MS, il apparaît à propos d’établir certaines distinctions, car chacun d’eux repose sur des fondements structurels, procéduraux et sociologiques différents.
Nous devons rappeler que les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) ou les technologies de l’information de la communication (TIC) se situent sur le plan de l’électronique, de l’informatique (ordinateurs) et des télécommunications, et que le numérique s’est inscrit à l’intérieur du champ technologique. Le numérique est dans son sens étymologique et technique « un secteur associé au calcul, au nombre et surtout aux dispositifs opposés à l’analogique » (Doueihi, 2013, p. 5). Toutefois, Doueihi (2013, p. 6) souligne « la transformation culturelle induite par le numérique ».
Le numérique se conjugue au plan technologique : il offre des représentations différentes selon les secteurs économique, informatique et culturel, en partageant de nouvelles pratiques sociales et de nouvelles conceptions de l’information, qui sont alimentées par l’« intelligence inventive dont font preuve les jeunes générations immergées dans le numérique » (Serres, 2012, dans Rieffel, 2014, p. 12).
L’humanisme numérique émerge : « L’humanisme numérique est, dans ce contexte, un effort pour penser la transformation culturelle du calcul et de l’informatique en général en ce que l’on a choisi de désigner en français par le nom de “numérique” ». (Doueihi, 2013, p. 7)
Cardon (2019), dans son ouvrage intitulé Culture numérique, aborde ces distinctions sous un angle généalogique. Internet est né vers 1960 et a pris une véritable forme vers 1983, à titre de « protocole de communication TPC/IP : TPC pour transmission control protocol et IP pour Internet protocol » (Cardon, 2019, p. 27). C’est en fait Vinton Cerf et Robert Kahn qui ont conçu cet outil technologique « qui permet de mettre en communication des ordinateurs en utilisant différentes infrastructures réseaux » (Cardon, 2019, p. 27). Ces infrastructures sont nées de l’émergence de réseaux distribués, c’est-à-dire décentralisés, en remplacement de réseaux centralisés, qui deviendront la réalité opérationnelle d’Internet. Tim Berners-Lee en 1990 a quant à lui inventé le Web, défini comme « un protocole de communication qui permet de relier entre elles des pages, via un système d’adresse bien connu : http://www. » (Cardon, 2019, p. 28). Ainsi, « [l]e web est contenu dans internet, mais internet contient beaucoup d’autres choses que le web » (Cardon, 2019, p. 28).
En se référant à la figure 1.1 , il faut se rappeler que la création du Web (World Wide Web) a eu lieu en 1989 et que le langage HTML (Hypertext Markup Language) a constitué le Web informationnel entre les années 1990 et 2000 1 . Ainsi, de 1990 à 2000, le Web 1.0, appelé Web informationnel ou Webmaster 2 , était utilisé par les compagnies et quelques sites Web particuliers pour fournir de l’information. Le Web 1.0 ne pouvait encore permettre aux utilisateurs d’ajouter des informations ou d’interagir.
De 2000 à 2010, succédant au Web 1.0, utilisé pour la mise en ligne des données, le Web 2.0, appelé Web social ou Web collaboratif 3 , établit une transition. Le Web social 2.0 se rapporte directement au « phénomène des transformations des plateformes interactives du Web » (Proulx, 2012, dans Proulx, Millette et Heaton, 2012, p. 10). Il fournit plus de données, et rend possibles le partage d’informations, la communication virtuelle et l’interaction, comme avec YouTube et Facebook. Il permet de traiter des contenus, de favoriser l’accessibilité, d’instaurer des modalités de collaboration, en s’appuyant sur « l’idéologie participative du Web social » (Proulx et al., 2012, p. 3).
De 2010 à 2020, le Web 3.0 ou Web sémantique, traité, entre autres, par Nova Spivak 4 , succéda au Web 2.0, en permettant des informations plus précises, des interactions plus faciles et de la navigation plus rapide. Ainsi, le Web sémantique se différencie du Web social, le premier référant aux experts, tandis que le second place les usagers au cœur du dispositif. Le Web 3.0 a été rapporté en premier par Markoff dans le New York Times en 2006 5 comme une génération de Web qui simplifie et qui organise ce qu’on nomme evolution of the World Wide Web (Kujur et Chhetri, 2015), en mettant l’accent sur l’utilisateur et la machine. Durant cette décennie, le Web 3.0, à la fois technique, économique et socioculturel, permet l’intégration des données personnalisées grâce à un contenu Web contextuel et contextualisé aux acteurs virtuels, soit les internautes. L’accent est dorénavant mis sur le lien intelligent entre les individus et la machine. L’Internet des choses, The Internet of Things, est né. Le site < www.postscapes.com > est un exemple de ces sites Web qui établissent des connexions, et reçoivent et envoient des données aux internautes 6 .
De 2020 à 2030 émerge le Web 4.0, appelé Web intelligent ou Web symbiotique (ou encore Meta Web) 7 , qui repose sur le développement de l’intelligence artificielle. Joël de Rosnay 8 traite de Web symbiotique ou de l’infonuagique (cloud computing), car le Web 4.0 permet l’utilisation de la mémoire et des capacités de calcul des ordinateurs et des serveurs liés par Internet, et l’immersion dans l’Internet des objets. L’Internet mobile devient l’acteur central de ces réseaux de communication, tant en santé qu’en économie, prônant le partage de compétences et la compatibilité des produits comme SaaS (Software as a Service) ou l’utilisation de logiciels en tant que services, car les fonctionnalités le permettent. Il prendra son essor lors de cette décennie et sera, selon certains, comparable à l’intelligence humaine en ce qui concerne la communication du raisonnement et du comportement, afin d’assister les humains pour toute réalité virtuelle, comme les hologrammes. Toutefois, le Web 4.0 ouvre la voie au piratage des informations personnelles et professionnelles, et met en évidence l’éthique humaine 9 .
Annoncé dans un avenir rapproché, le Web 5.0, appelé Web télépathique, prévoit l’émergence de l’interconnexion entre l’humain et la technologie, basée sur la communication émotive et symbolique.

FIGURE 1.1 / La progression du Web 1.0 au Web 5.0

Source : Inspiré de < https://c-marketing.eu/du-web-1-0-au-web-4-0/ >, de < https://www.zdnet.com/article/from-semantic-web-3-0-to-the-webos-4-0/ >, de < http://myeltcafe.com/teach/evolution-of-web-from-1-0-to-5-0/ > et de < https://networlding.com/the-advent-of-web-5-0/ >, consultés le 10 mai 2021.
Vers 2030, Ray Kurzweil 10 annonce que le Web 5.0 – Web OS, Web télépathique ou Web symbiotique – agira parallèlement au cerveau humain. Ainsi devrait émerger la possibilité d’implantation au cerveau de micropuces, une opération qui pourrait s’avérer très populaire, car les individus pourront alors communiquer par la pensée avec Internet.
Dans ce contexte communicationnel et virtuel techniquement fort complexe de mise en réseaux, les concepts d’« e-RS » et d’« e-MS » ont émergé. La communication virtuelle est née.
Mais que sont les e-RS et les e-MS ? Quels sont leurs fondements, leurs structures, leurs modes de fonctionnement ? Sont-ils similaires ? Si souvent amalgamés, confondus, mixés, nous sommes arrivés à ne plus établir de distinctions entre les deux concepts et à en oublier leur sens propre et leur origine.
1.1 / Qu’entend-on par e-RS ?
Le concept de « réseau » dispose d’une longue histoire. Si l’on se réfère à l’ouvrage de Mercklé (2004), le concept de « réseau » remonte au XVII e siècle et correspond à un réseau de fibres entremêlées utile à la chasse, à la coiffure, à des usages médicaux. Au XVIII e siècle, il désigne l’ensemble des circuits routiers, mais, au fil du temps, il a glissé vers la désignation d’« un certain nombre de propriétés générales intimement entremêlées : l’entrelacement, mais aussi le contrôle et la cohésion, la circulation, la connaissance et la représentation topologiques » (Mercklé, 2004, p. 7). En 1908, le sociologue Georges Simmel (1908, dans Mercklé, 2004, p. 9) a affirmé que la forme sociologique la plus simple est « le caractère intime des relations à deux ».
En 1954, l’expression « réseaux sociaux » a été utilisée pour la première fois par l’anthropologue australien John Arundel Barnes (1954, dans Mercklé, 2004, p. 9), qui a inventé la notion de « réseaux sociaux » et les a catégorisés en trois champs sociaux : l’organisation politique, le système industriel et les relations non officielles (Balagué et Fayon, 2016). Selon Emmanuel Lazega (2007, dans Balagué et Fayon, 2016, p. 9), un réseau social est « un ensemble de relations spécifiques (p. ex. collaboration, soutien, conseil, contrôle ou encore influence) entre un ensemble fini d’acteurs ». Selon lui, il constitue bien davantage qu’un système de relations entre les membres : « Il comprend aussi, par exemple, une culture ou un système de normes. » (Balagué et Fayon, 2016, p. 9)
Les réseaux sociaux sont aussi associatifs, corporatifs, professionnels, politiques ou économiques. Depuis lors, leur analyse est devenue une spécialité universitaire dans le champ de la sociologie, et celle-ci s’est élargie aux e-RS et à une multitude d’acteurs qui utilisent le Web et Internet pour virtualiser les rapports sociaux et générer des modifications de comportement individuel et collectif (Balagué et Fayon, 2016, p. 9). Ainsi, en 1978, on a assisté à la naissance des premiers réseaux sociaux en ligne (Bulletin Board Systems), suivis, en 1985, de The WELL. Puis, la technologie Web se ramifiant, sont apparus, en 2002, Friendster pour les cercles d’amis et MySpace (2003) pour le Web personnalisé, propulsant l’utilisation du Web par des millions d’utilisateurs à une vitesse phénoménale. Enfin, en 2004, Mark Zuckerberg a créé le réseau Facebook, qui accueillait en 2019 plus de 2,2 milliards d’utilisateurs actifs mensuels partout dans le monde.
Il va sans dire que le phénomène Internet proposant l’utilisation des e-MS et l’implantation des e-RS demeure en expansion constante et fulgurante. Il est donc crucial d’en comprendre les aspects sous-jacents, car nous assistons à une révolution numérique.
Bien au-delà de l’informatique (1930), du transistor (1947), de Google (1998) ou du téléphone intelligent (2007), la convergence numérique, le stockage, la collecte et le traitement des données ainsi que la multiplication des applications (Beckouche, 2019), caractérisés par l’accompagnement numérique et la géolocalisation, permettent l’installation d’une « culture numérique » et de ses enjeux (Cardon, 2019). Cette culture s’exprime par l’augmentation du pouvoir des individus par le numérique et par l’apparition de formes collectives que l’on peut associer au postmodernisme et à de nouvelles structures sociétales. « À l’encontre de l’individualisme qui fut la marque essentielle de l’économie moderne, la tribu, le clan, la communauté reviennent à l’ordre du jour » (Maffessoli, 2018, p. 25).
Au-delà d’un simple changement technologique lié à une nouvelle économie dite « collaborative », et bien au-delà d’un changement sociétal historique, Beckouche (2019, p. 11 et 13) fait état d’« un tournant anthropologique, parmi les plus importants de l’aventure humaine avec la sédentarisation, l’urbanisation, l’apparition de l’État, l’invention de l’imprimerie, la démocratie moderne, la révolution industrielle et l’électrification […] sans doute le plus rapide de l’aventure humaine ».
Bien que les réseaux traditionnels subsistent, Internet et le Web permettent une rapidité des échanges et des interactions en temps réel, ce qui amène les individus à utiliser le terme « réseaux sociaux électroniques (e-RS) » pour nommer des regroupements d’internautes utilisant les plateformes d’échanges et de partage électroniques.
Selon Proulx et al. (2012, p. 18), afin d’analyser les sites de réseaux sociaux numériques, il faut prendre en compte l’architecture technique du site, les interactions entre les membres d’une plateforme, l’expérience de l’utilisateur et la qualité de la contribution dans l’univers numérique.
Si l’on suit la ligne du temps, on a assisté, depuis 1978, à la création d’e-RS ; toutefois, ce n’est qu’en 1990, avec l’arrivée du Web et de l’interface graphique, qu’ils ont pris leur envol. Selon Balagué et Fayon (2016, p. 10-11), les e-RS disposent de caractéristiques communes, soit : une présentation de l’identité de l’abonné, un carnet d’adresses comme pivot central du réseau social, un accord des deux parties, un profil du membre public ou privé. En 2002, le modèle du « cercle d’amis » est né avec Friendster et, en 2003, avec MySpace, dont la valeur était évaluée en 2005 à 580 millions de dollars. Plusieurs dizaines de réseaux sociaux ont été créés depuis 2004. En 2010, Balagué et Fayon (p. 19-22) ont recensé, par ordre alphabétique, les principaux réseaux sociaux et leur positionnement. N’oublions pas de noter que Facebook, initiative de Mark Zuckerberg, est né en 2004. Phénomène spectaculaire : en 2016, plus de 1,7 milliard d’internautes avaient créé leur page Facebook (Balagué et Fayon, 2016, p. 13-14). Dans cette foulée participative, en juin 2016, Snapchat comptait 150 millions d’utilisateurs actifs quotidiennement. Nous pouvions aussi compter, la même année, 2,7 milliards de personnes connectées aux réseaux sociaux électroniques : YouTube, WhatsApp, Snapchat, Facebook et, chaque minute, 120 utilisateurs de plus sur LinkedIn (Balagué et Fayon, 2016, p. 1). Les e-RS sont utilisés à titre de soutien à la communication et à la liberté d’expression ; ils permettent cependant la désinformation et la production de « fausses nouvelles ».
Il est aussi intéressant de noter, comme le mentionnent Balagué et Fayon (2016, p. 4), que les e-RS « renforcent la mise en pratique de quatre théories, pour certaines propres à Internet, qui remettent en question les stratégies des entreprises », soit :
1 la théorie de la « longue traîne » de Chris Anderson (2009, dans Balagué et Fayon, 2016, p. 4), qui remet en question la loi des 80/20 et qui trouve une nouvelle application pratique avec les e-RS ;
2 la loi de Metcalfe, qui mentionne que l’« intérêt d’un réseau (ou d’une communauté) croît mathématiquement et de façon proportionnelle au carré du nombre de ses membres » (Balagué et Fayon, 2016, p. 4) ;
3 la théorie du « petit monde », assimilé à des « microcommunautés », réduisant à une moyenne de six le nombre de personnes qui séparent deux individus (Balagué et Fayon, 2016, p. 4) ;
4 « la loi des médias participatifs, ou loi 1/10/89%, constatation empirique sur les médias participatifs et outils du Web 2.0 selon laquelle 1% [des internautes] produisent du contenu, 10% le commentent ou le modifient, et 89% le consultent. Et in fine 100% en bénéficient » (Balagué et Fayon, 2016, p. 4).
Selon Cardon (2019, p. 157-159), il existe quatre familles de plateformes virtuelles électroniques (e-RS) : celle de l’« identité affichée », très réaliste et liée à l’identité civile (p. ex. Tinder) ; celle de la visibilité en clair-obscur, c’est-à-dire une visibilité avec des réserves (p. ex. Cyworld, Friendster, Facebook) ; celle de la visibilité large, ouverte à tous (p. ex. MySpace) ; et celle des modes virtuels (p. ex. World of Warcraft, Second Life , etc.).
Si nous nous référons à une recension réalisée en France en 2020 11 , les e-RS que l’on amalgame aux e-MS les plus importants sont les suivants :
Facebook, le réseau social aux 2,2 milliards d’utilisateurs actifs
YouTube, le média social dédié aux vidéos
Twitter : la plateforme de microblogging
Linkedin [sic], le plus professionnel des réseaux sociaux
Instagram, le réseau social qui monte en flèche
Pinterest, le réseau source d’inspiration
TikTok, les courtes vidéos en musique
Snapchat, l’éphémère à tout prix
Soundcloud [sic], la musique avant tout
Periscope, le direct sinon rien
Flickr, le réseau social des passionnés de photo
Vimeo, le réseau plus confidentiel de partage de vidéos
Dailymotion, le concurrent direct de YouTube
Reddit, le réseau social de l’upvote
Twitch, le réseau social dédié au gaming
WhatsApp, le réseau social dédié aux conversations
Line, le concurrent asiatique de WhatsApp
Tencent QQ, le Skype Chinois [sic]
WeChat, le concurrent chinoise [sic] de WhatsApp
Qzone, l’un des plus gros réseaux sociaux Chinois [sic]
Sina Weibo, le Twitter Chinois [sic]
Little Red Book (XiaHongShu), le réseau social Chinois [sic] très orienté e-commerce : [sic]
Vkontakte, le Facebook russe
Odnoklassniki, le réseau social russe pour retrouver ses anciens camarades
Byte, le remplaçant de Vine
De cette classification, deux moyens se démarquent nettement, compte tenu de leur très grande popularité et de leur grande audience. Il s’agit de Facebook et de Google, qui offrent une réponse positive à l’ensemble des besoins relatifs aux réseaux sociaux. Bien qu’ayant moins d’utilisateurs, Twitter s’impose toutefois comme un mode de communication instantanée de plus en plus populaire. Il faut toutefois prendre garde à restreindre les e-RS à ces trois réseaux disponibles (Facebook, Google, Twitter), considérant la classification présentée précédemment et le développement fulgurant des plateformes d’échanges.
Qu’ils permettent le partage de vidéos, de photos, d’articles, de musique, de stories ou encore d’informations, tous les e-RS ont un point en commun : leur double objectif est de permettre aux internautes d'avoir la connexion la plus large possible et de les aider à interagir. On assiste ainsi à une explosion de e-RS (Rieffel, 2014, p. 88). Permettant les jeux, les avatars et les pseudos, selon la nature et les besoins intrinsèques des internautes, les e-RS leur donnent l’occasion de participer à la société virtuelle sous des couverts positifs ou sous des aspects plus négatifs, selon les intentions qui les animent. Comme les e-RS dans leur sens propre sont souvent confondus, voire amalgamés aux e-MS, et afin de parvenir à une distinction entre les deux termes, les e-MS seront maintenant abordés selon leurs fondements communicationnels, leurs structures et leurs finalités.
1.2 / Qu’entend-on par e-MS ?
Comme cela a été mentionné précédemment, les e-MS sont souvent comparés et amalgamés aux e-RS par l’ensemble des internautes. Il est très facile de les confondre en les associant, car à l’origine les e-RS sont basés sur les individus qui s’interpellent, à la manière d’un réseau, via des e-MS dont la mission médiatique est liée aux échanges communicationnels. Par conséquent, il paraît important d’établir une distinction entre les deux termes et de définir certaines différences entre ces deux réalités conceptuelles très utilisées sur le Web. Ainsi, considérés globalement, les e-RS utilisent la structure électronique pour se regrouper, tandis que les e-MS utilisent cette même structure pour communiquer sur le Web. Plus précisément, les réseaux sociaux ne seraient qu’une « sous-catégorie » des médias sociaux, en permettant la publication de contenus et l’engagement des internautes 12 par leur structure, qui est participative, partagée et personnalisée.
Contrairement au concept de « réseau » rattaché à l’individu, le concept de « média » réfère initialement à un soutien à l’information (presse, radio, télévision), qui permet la diffusion de l’information à la population. Depuis l’avènement d’Internet, les e-MS reposent sur la communication électronique instantanée, qualifiée de « virtuelle », « interactive », « interpersonnelle » et « intemporelle » via les plateformes Web. Quant au terme « social », associé aux concepts de « réseau » et de « média », il concerne l’ensemble des internautes, donc non uniquement une participation individuelle de producteur-consommateur, mais plutôt une collectivité productrice de contenus et consommatrice d’échanges.
Technologiquement, un e-MS se décrit comme
une plateforme sur Internet qui permet à ses utilisateurs de créer du contenu, de l’organiser, le modifier et le commenter. Pour être définie comme média social, la plateforme doit répondre à trois conditions principales : permettre l’interaction sociale, utiliser des technologies récentes, permettre la création de contenus de haut niveau 13 .
Proulx et al. (2012, p. 2) s’interrogent : mais qu’en est-il du « poids réel des médias sociaux électroniques dans le tissu relationnel et, plus largement, dans l’ensemble de la dynamique de développement des groupes, des collectivités et des organisations qui constituent nos sociétés » ? On assiste à de grands collectifs en ligne regroupant des millions d’usagers.
Cavazza (2020) a conçu, pour l’année 2020, un « panorama » des médias sociaux existants, qu’il a intitulé le social media landscape ( figure 1.2 ). Ceux-ci rejoignent les fonctions des e-MS, soit la publication, le réseautage, le partage, la collaboration, la discussion et la messagerie. On remarque que Cavazza positionne, au centre, Facebook, Twitter, LinkedIn, YouTube et Instagram, qu’il qualifie d’e-MS.
La littérature confirmant l’existence d’une diversité des types de moyens de communication dans le monde des e-RS et des e-MS, Cavazza établit, dès 2010 (dans St-Pierre, 2014, p. 10-11), une classification en sept catégories :
1 la publication (qui inclut les blogues, les microblogues, les fils de discussion et les wikis) ;
2 le partage (incluant les services de partage de vidéos, de photos, de liens, de musique ou de documents) ;
3 la discussion (avec des outils de plateformes de forums, des outils de surveillance et de gestion de commentaires, et des plateformes de recherche sociale) ;
4 le commerce (incluant les solutions d’avis client, les outils de rétroaction collaboratifs, les plateformes de recommandation/ inspiration, les sites d’achats localisés, les services de partage d’achats, et d’encapsulation de boutique dans Facebook) ;
5 la localisation (des réseaux sociaux locaux, des réseaux sociaux mobiles et des services de partage d’événements) ;
6 le réseautage (incluant les réseaux sociaux personnels, professionnels ou « traditionnels » à la Facebook et des outils de création de réseaux sociaux) ;
7 les jeux et les plateformes mobiles et virtuelles.
Les médias sociaux n’y échappent pas, d’où l’importance d’être conscientisés à leurs limites.

FIGURE 1.2/ Le territoire des médias sociaux en 2019

Source : Cavazza (2021).
« Les e-MS sont en fait l’ensemble des communications et des échanges d’informations qui s’effectuent dans les réseaux sociaux » et ils existent depuis longtemps sur Internet (forums, blogues, logiciels sociaux, etc.), permettant la communication interpersonnelle et la communication à grande échelle (Brunet, Lessard et Ducas, 2012, p. 16).
Pour plusieurs, la tendance d’utilisation des e-MS tel Facebook apparaît comme la possibilité d’une affirmation de soi démocratisée. Pourtant, ceux-ci n’améliorent pas forcément la qualité des débats publics par l’anonymat qu’ils permettent et qui peut engendrer calomnie et médisance. Les e-MS sont devenus de plus en plus importants pour les étudiants, car ils trouvent que les espaces d’échanges collectifs et individuels peuvent conduire positivement à la construction d’une identité personnelle par le jeu et les échanges. Toutefois, les e-RS et les e-MS concernent toutes les populations, sans distinction d’âge, de sexe, de religion ou de nationalité. Ils suscitent aussi de nombreux enjeux individuels, collectifs, politiques, éthiques, économiques, communicationnels et organisationnels. Il est essentiel de bien les étudier et de les comprendre afin d’en saisir l’effet sur l’ensemble de toutes les générations de la planète à l’heure du numérique et de la postmodernité (Maffessoli et Fisher, 2016).
2 / La communication instantanée, qu’en est-il ?
La communication instantanée, appelée la « communication du moment », a surgi comme un phénomène sociotechnologique novateur dans le cadre de la mondialisation des échanges virtuels accompagnant la vague des e-RS et des e-MS qui a déferlé sur tous les continents à un rythme quelque peu différencié.
Cette communication du moment s’est installée mondialement, en défiant les dimensions temporelles et spatiales. Ainsi, tout internaute peut intervenir à tout moment, de jour comme de nuit, de tout endroit du monde, pourvu que celui-ci ait une connexion Internet permettant d’atteindre un e-RS ou un e-MS. Castells (1998, dans Rieffel, 2014, p. 23) nomme cette nouvelle société communicationnelle la « “société informationnelle”, c’est-à-dire un monde dans lequel la création, le traitement et la transmission de l’information constituent désormais les sources principales du pouvoir et de la productivité ». Dans ce cadre, la communication instantanée s’approprie, grâce à Internet, des sphères qui lui étaient antérieurement non accessibles, même interdites.
Par l’entremise de cette communication instantanée, le numérique, à l’origine de ces nouvelles pratiques sociales, redéfinit les savoirs et remodèle les identités personnelles (Rieffel, 2014, p. 23). Ainsi, les structures et les modalités communicationnelles se modifient et se transforment par l’action individuelle transposée en action collective sur les nombreux sites virtuels. Selon Fogel et Patino (2013, p. 9), l’Homo sapiens n’est nullement devenu un Homo numericus en s’inscrivant dans une pure société de communication numérique, mais il s’inscrit plutôt dans « le temps de la connexion permanente », qui met en évidence les identités individuelles et collectives.
Il faut rappeler que cette communication instantanée, effectuée sur YouTube (2005), Twitter (2006), Facebook (2006), grâce, entre autres, à l’iPhone d’Apple (2007) et aux appareils Android, transforme la notion de « média de masse », car la communication et l’image deviennent sans frontières. Tout échange se situe dorénavant dans le temps de l’immédiat, et l’internaute se retrouve dans l’urgence de la connexion (par l’entremise d’Internet) et dans l’impossible retrait de cette réalité virtuelle.
Cardon (2019, p. 154-157) explique que l’identité numérique repose sur quatre dimensions dyadiques, qu’il relie aux e-RS, et permet le dévoilement de cette identité numérique. Il s’agit de ces dimensions : l’être, le faire, le réel et le projeté. Cardon affirme en effet que le contexte du réel/être est qualifié de « paravent », car l’internaute y développe son identité civile selon une visibilité organisée très réaliste (Tinder). Par contre, en contexte de réel/faire, qualifié de « phare », c’est le développement de l’identité agissante de l’internaute qui prend place en lui permettant une visibilité privée-publique en dévoilements et non-dévoilements (Cyworld, Facebook, etc.). De même, si nous considérons la dimension projeté, l’identité narrative prend forme dans la dimension être/projeté qualifiée de « clair-obscur » et associée à une visibilité collective (MySpace). Enfin, par le lien entre les dimensions faire/projeté , qualifiées de « mondes virtuels », l’identité virtuelle permet une visibilité dissimulant l’identité réelle ( World of Warcraft ) qui protège la vie privée sous le couvert du droit à la liberté d’expression individuelle. En fait, dans ce type de contexte virtuel, la communication instantanée permet la mise en évidence de l’identité en ligne, par laquelle parler de soi devient un mode relationnel, entraînant la disparition du privé. « Construite comme un droit de protection, la vie privée est de plus en plus conçue comme une liberté.

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