Ethiopie à la une
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Ethiopie à la une

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Description

De 1865 à 1935, l'Ethiopie fait la une de l'actualité dans la presse française. Ses empereurs surgis de la nuit des temps, son farouche irrédentisme face aux appétits coloniaux des nations européennes, ses élans paradoxaux vers la modernité et l'enjeu diplomatique qu'elle représente dans l'antagonisme franco-britannique peuplent les colonnes des quotidiens et des hebdomadaires. Les journaux et publicités pénètrent les foyers français et marquent les esprits des lecteurs.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 avril 2010
Nombre de lectures 68
EAN13 9782296249257
Langue Français
Poids de l'ouvrage 27 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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Gérard Bossolasco

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© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN:978-2-296-11212-4
EAN:9782296112124

« L’Abyssiniesemble avoirété, detout
temps,un objetde fascination pour les
Européens.»
Henry Blanc

«Une fois larivièreHawachepassée,on
entre dans lesdomainesdupuissant roi
Ménélik.
Là, cesontdesagriculteurschrétiens ;le
paysest
trèsélevé,jusqu’à3.000mètresaudessusdelamer ;le climatestexcellent ;la
vie estabsolument pour rieton ;us les
produitsdel’Europepoussent ; onestbienvu
delapopulation.»

Jean-Nicolas-ArthurRimbaud,
Lettre du 3décembre1885

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De la légende de la reine de Saba aumythe duPrêtre-Jean,la contrée des rois
des rois occupe depuis longtemps l’imaginaire européen.
La connaissance de cetteterrelointaineoù viventdeschrétiensàlapeaunoire
e
depuis leIV sièclese fait plus préciselorsqueFranciscoAlvarez, chapelainde
er
lamissiondiplomatiquequeleroiManuelIdePortugalenvoie ausecoursde
l’impératriceEléniemenacéepar les musulmansdeHarar,publielerécitdeses
sixannées passéesen Ethiopie, de1520à1526. L’ouvrage, publié auPortugal
dès 1528, paraît enfrançaisen 1558. CetteHistoriale description de l’Ethiopie,
contenant vraye relation des terres et païs dugrand Royet
EmpereurPreteJan, l’assiette de ses royaumes et provinces, leurs coutumes, loixet religion,
avec les pourtraits de leurs temples et autres singularitezci devant non
cogneues.Avec la table deschoses mémorablescontenuesen icelleslivre àses
lecteurs lapremièrerelationdocumentée delavie des Ethiopiens.
Ausièclesuivant,les missions religieuses prennent lerelai.LesJésuites,plus
particulièrement, forment leprojetd’arracher lesempereurséthiopienset leur
peuple à «l’hérésiemonophysite »etdelesconvertiraucatholicisme.Leurs
missionnaires prennent laplumepourdonneràlireleurvisiondel’Ethiopie,tel
lepèreJérômeLobo, dont laRelationdel’empire desAbyssins, des sourcesdu
Nil, delalicorneparaîten traductionfrançaise en 1673.
Quelquesdécennies plus tard,un médecinFranc-Comtois installé auCairese
er
retrouve auchevetduroides roisYassouI, dont la courest installée à Gondar.
UneRelationabrégée du voyagequeM.CharlesPoncet,médecinfrançais, fit
en Ethiopie en 1698,1699et 1700paraîten 1704.
C’est toutefoisàl’EcossaisJamesBruce de Kinnaird,partiàla découverte des
sourcesduNil,quel’ondoit lelivrequi propulsel’Ethiopiesur le devantdela
scène.SonVoyage auxsourcesdu Nil, enNubie etenAbyssinie, depuis 1768
jusqu’en 1773connaîtun succèsdurable.Lesdescriptionset les observationsde
Bruce, chezqui la fantaisiele disputesouventàlavéracité,livrent l’image

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d’une terre exotique, auxmœursàla foisviolenteset policées. Soucieuxsans
doute demagnifier l’audace desonentreprise etde frapper l’imaginationdeses
lecteurs, l’Ecossais nereculenidevantl’outrancenidevantl’invention littéraire
afindereprésenterunOrientdesang etdestupre.

« EnAbyssinie,lesfemmesviventcommesiellesétaient
communesàtout lemonde, et leurs plaisirs n’ontd’autre borne
queleurvolonté.[…] Ceuxqui ontdîné àtablesontalors très
animés.L’amour leurfait sentir tous sesfeux: &tout sepermet
avecune excessiveliberté.Pointdepudeur,pointde délais,
pointd’asyle(sic) secret&mystérieuxpour satisfaireleurs
désirs.L’autelde BacchusdevientceluideVénuset reçoit leurs
sacrifices.Uncouple d’amans (sic)descend desonbancpour
seplacer pluscommodément.Si l’onencroit le bruit qu’ils
font,ils regardentcommeune aussigrande honte de garder le
silence enfaisant l’amour qu’en mangeant.»

Le flambeauest repris pardeux
jeunes saint-simoniens,Edmond
Combeset MauriceTamisier,qui
partentàla découverte de
l’Ethiopie en 1835.

Ils publientdès leur retourun
Voyage enAbyssinie, dans le
paysdesGallas, de Choa et
d’Ifat,1835-1837dont les
observations scientifiques préfigurentun nouveaumode d’explorationetderelationà
laterre des négus.

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D’autres suivront leurs traces, mus par la curiosité scientifique, l’appétit
commercial,lerêve colonial oule besoindereconnaissance.
Charles FrançoisXavier Rochetd’Héricourt, envoyéplus
oumoinsautoproclamé duroi Louis Philippevers leroiduChoaSahléSélassié, grand-père du
futurempereur Ménélik II,illustre cettepremièrevague depromoteursd’une
amitié franco-éthiopienne auxmotivationsvariables. Ilentreprendun second
voyage auChoa en 1842-1843.

« Lejournaldemon séjourdans leroyaume de Choa,pendant
l’année1839, a étélapremière relation étendue etvariée publiée
surcetterégion,quiest laplus importante del’Abyssinie.Les
circonstances mêmes qui ontdonnéquelqueintérêtàmon premier
voyagem’ontdéterminé à entreprendrelesecond.J’avais réussià
captiver lesbonnesgrâcesduroide Choa,Sahlé-Sallassi:il
m’avaitchargé deprésenterdescadeauxauroides Français,
auquel il témoignasesdispositions parunelettre écrite desamain.
Ce chef d’undes pays les plus riches, dupeupleleplus nombreux,
leplusbelliqueuxeten mêmetemps lemoinsbarbare del’Afrique
tropicale,paraissait porté àserapprocher spontanémentdenotre
civilisation, delaquelletantde barrières naturelles leséparent.Je
ne crus pas pouvoir mesoustraire àl’obligation moraleque
m’avaiten quelquesorteimposéel’accueil quej’avais reçudelui ;
quels quepuissentêtre dans l’avenir les résultatsdes relations qui
s’établirontentrele Choa et l’Europe,puisquej’étaisàmême de
concourirutilementàla formationdes premiers liens,jeme fisun
devoirdetenterun secondvoyage enAbyssinie.
Pour moi, d’ailleurs, cette expédition s’annonçait sousdeplus
brillantsauspices quelapremière.Lescadeauxquele
gouvernement m’avaitchargé deporterauroide Choanepouvaient
manquerd’augmenter ma faveur ;j’avaisàlui offrirdes objets queje
savaisêtre d’ungrandprixàsesyeux: descanons, desfusils,
descarabines, desétoffesdeluxe.J’avais reçu unencouragement
d’une autrenaturequi nem’était pas moinsutile :l’Académie
des sciencesavaitbienvoulume confierdes instruments
d’observation, etentre autresune boussole d’inclinaison,qui
devaient mepermettre de donneràmonvoyageun réel intérêt
scientifique.»

Secondvoyagesur lesdeuxrivesdelamer Rouge
dans lepaysdesAdelset leroyaume de Choa(1846)

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Deux voyageursbasques,lesfrèresAntoine etArnauld d’Abbadie, débarquent
àMassaouah enfévrier 1838pourunbien plus longséjour,puisqu’ils
nequitteront l’Ethiopiequ’en 1848pour serendre auchevetdeleur mèremourante.Au
gré deleursdéplacementsen terreséthiopiennes,ils multiplient les relevés
cartographiques,les observations linguistiqueset lesétudes sociologiquesavec
uneprécision jusqu’alors inconnue,touten s’intégrantàlaviequotidienne de
leurshôtes.Antoinepublieunequinzaine d’ouvrages,pour laplupartdestinésà
un public descientifiques, dontunDictionnaire de la langue amarinna.Mais il
revientàArnauld detoucher le grandpublic grâce àlaparutiondeDouze ans
dans la Haute-Ethiopie (Abyssinie).
Dès lors,l’Ethiopiene cesse d’êtreprésente dans l’éditionfrançaise, augré
desaléasdesonhistoire.
Vingt-sixtitres paraissenten 1868-1869, cinquante-quatre entre1896et 1899,
centhuitde1935 à1938.
L’accèsàla connaissance del’empire des roisdes rois restetoutefois réservé
àun lectorat restreint, acheteurdelivres ou visiteurde bibliothèques.Ilen ira
toutautrement lorsquel’Ethiopies’étalera àlaune des premiershebdomadaires
à grandtirage.

Gravure extraite deL’Illustrationdu14 août 1847

14

15

Gravures parues dans
L’Illustrationdu
14 août 1847

16

e
Si depuis le XVI siècle et plus particulièrementdepuis lesannées 1830et
l’essordusaint-simonisme,les récitsdevoyagesesont multipliés,qui relatent
la découverte desdiverses régions ouroyaumesd’Ethiopie, cen’est toutefois
qu’en 1867-1868quelaterre des négusenvahit lescolonnesdes quotidienset
deshebdomadaires.Jusqu’alors réservée àun lectoratérudit ouférude
littérature devoyage,la connaissance de «l’empire duPrêtreJean» est
désormaisàlaportée duplusgrandnombre.
H.Blerzypeutainsiécrire, dans lescolonnesdelaRevue des DeuxMondes
du15juillet 1868 :

«Sur la côteorientale de l’Afrique, au-delà des plainesde
sable dela Nubie,s’étendune contréemontagneusequiétait
désignéejadis sous lenomd’Ethiopie; on l’appelle
aujourd’hui pluscommunémentAbyssinie.Quoiqu’elle eût
étéparcourue en tous les sensetétudiée avecun soin
remarquablepardesavantsvoyageursde diverses nations,
lepublics’en occupait peu,lorsqu’elle estdevenuetoutà
coupcélèbrepar lesaventures singulièresdudespotequi
s’enétait rendumaître et surtout par l’expédition
vigoureusequel’Angleterrevientd’yconduire avecleplus
brillant succès.»

L’attention portéepar lapresse française auxaffaireséthiopiennes perdurera
jusqu’àl’invasiondel’Ethiopiepar les troupesfascistesàlaveille delaseconde
guerremondiale.
Unesérie d’événementsetde datesconstituelatrame de cettelongue
chroniquequienracinel’Ethiopie dans l’universfamilierdugrandpublic.

«Voilà àpeinetrente ans quel’attentiondupublic, éveilléepar
levoyage aventureuxde deuxjeunes Françaisen quête de fortune
(il s’agitd’EdmondCombesetdeMauriceTamiser),s’est portée
sur l’Abyssinie, etdéjà cepays nousest plusfamilier quetelles
contrées riverainesdela MéditerranéeoudelamerNoire.Par
unesingulière coïncidence, dixoudouze bons livres,parusdansun
espace demoinsde huitans,ont répandudans lepublic demi-lettré
de France, d’Angleterre etd’Allemagneunesommesurprenante de
notions précises sur l’antique empire d’Ethiopie.»

Guillaume Lejean,ThéodoreII. Lenouvelempire d’Abyssinie et
les intérêtsfrançaisdans lamerRouge(1865 et 1867)

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Mort deThéodorosàMagdala
L’Univers Illustrén°700du13juin 1868

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Longtemps terre mythique,lointainempire chrétien par-delàlesdéserts où
l’on imaginait les orsdufabuleuxPrêtreJean, l’Ethiopie accède à l’actualité en
1868.
Depuis le7février 1855,ThéodorosIIa coifféla couronne deroides rois
d’Abyssinie(nomalorscommunémentemployépourdésigner l’Ethiopie),
mettantfinàplusd’un siècle de démissiondupouvoir impérialface auxaristocrates
locaux.
Ce condottiere à l’éthiopienne a
quittésaprovinceoccidentale du
Kouarapour selanceràla
conquête dupouvoir.
Le chef de bande, fils selon la
traditiond’unemodestevendeuse
dekousso (unepurge contrele
ténia), s’imposepar la force
d’abord,puis pardesalliances
aveclerasduGodjam,lerasAli
etenfin lerasOubié,maître du
Tigré, dont
ilépousesuccessivement lesfilles.
Habitué àtraiter lesaffaires
politiquesdemanière directe,le
négusThéodoros, àlarecherche
d’alliancesavecles puissances
ThéodorosIId’aprèsune gravure
européennesafinde contrer ses
d’époque(Guillaume Lejean)
ennemis internes,n’hésitepasà
s’adresseràlareineVictoria
d’égalà égal,sans mesurer les risquesd’unetelle attitude encettepériode de
dénigrementdes terrescolonisables par lesgouvernements occidentaux.
Un silence hautain lui répond.Froissé,irrité,
excédé,Théodorosfaitemprisonner le consulbritanniqueCameron,querejointbientôt lasoixantaine
d’Européens présentsàla cour.
Diverses tentativesdemédiationéchouent.Lesenvoyésbritanniques sontà
leur tour retenus prisonniersàMagdala.La Grande-Bretagne décide alors
d’avoir recoursàla force,tropheureusesansdoute detrouver làprétexte

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