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Description

Comment fonctionne une radio scolaire ? Comment se crée-t-elle ? Comment survit-elle ? Et, plus généralement, comment se développe un projet pédagogique de type radiophonique au sein d'une académie ? Cet ouvrage retrace dix ans de la vie d'un projet pédagogique pluridisciplinaire, Radio Clype, montrant de l'intérieur les multiples facettes d'une radio dont les producteurs sont des jeunes, de la maternelle au lycée.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 septembre 2009
Nombre de lectures 194
EAN13 9782296238992
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Nouvelles pédagogies
Collection dirigée par Jean-Max Méjean
À l’heure où l’école est sur tous les fronts, critiquée de toutes parts, et même remise en question dans sa forme et, quelquefois, son utilité, cette collection voudrait interroger tous les acteurs du système éducatif qui réfléchissent et ne se laissent pas aller à la morosité ambiante. S’il est vrai pourtant que la pédagogie a du mal actuellement à se régénérer, et si nous sommes plus enclins à la régression qu’à la progression (abandon de la méthode globale, abandon du collège unique, apprentissage à 14 ans, etc.), il existe encore des pédagogues qui tentent l’innovation et c’est eux que nous allons chercher afin qu’ils témoignent, humoristiquement, violemment, désespérément. Entre billets d’humeur, pamphlets et exhortations, il faudrait que la collection puisse réveiller le corps enseignant, mais aussi les élèves et les enseignants afin que tous comprennent la nécessité de se réapproprier vite cette école, ferment indispensable de toute société et de toute culture. Où est le temps de la païdeïa ? Où sont passées les utopies de 68 ? Pourquoi la guerre partout dans nos écoles et cet étalage gras de la violence dans les médias ? Au secours, on est en train de nous saborder, parce que la société va mal et parce que l’on n’a pas d’autre alternative à proposer à la jeunesse.
Déjà parus
Philippe MARHIC, L’enseignement individuel. Une alternative à l’échec scolaire , 2009.
Jean-Paul CLOSQUINET (dir.), Chronique ordinaire d’un lycée différent , 2007.
Philippe BOURDIER, Un grand écran pour les lettres, le cinéma et l’enseignement du Français , 2008.
Bénédicte PARMENTIER, Flux et reflux — des adolescents à la maison de retraite , 2008.
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Abécédaire d'une radio scolaire

Gwénaële Guillerm
Sommaire
Nouvelles pédagogies Page de titre Page de Copyright Remerciements Préface Préambule PREMIÈRE PARTIE
Abécédaire Postface
DEUXIEME PARTIE
Témoignages
ANNEXES - Exemple de conducteur réalisé pour l’émission du 11 mai 2009 de Lecture 2+ Le métier de technicien du son à Radio Clype Extraits de l’enquête de l’Union européenne de radio-télévision, en 2009 BIBLIOGRAPHIE
© L’Harmattan, 2009
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
9782296101555
EAN : 9782296101555
Remerciements
À Francis Alin, inspecteur vie scolaire de l’académie de Paris pour son aide précieuse dans tous les moments difficiles qu’a connus Radio Clype et pour avoir postfacé ce livre.
À Jacqueline Boucherat pour sa relecture et ses conseils avisés.
À tous les enseignants qui ont accepté la publication de leur témoignage.
À Emmanuel Laurentin, réalisateur de l’émission La fabrique de l’histoire sur France Culture pour avoir participé aux prémices de Radio Clype et pour la préface de ce livre.
Aux équipes des Clemi national et parisien et en particulier à Jacques Jolinon, ancien coordonateur du Clemi Paris pour son soutien actif.
À François Muller, responsable de l’Innovation dans l’académie de Paris qui a toujours eu une oreille attentive et disponible aux nombreuses questions que je lui posais.
Un grand merci enfin à Jean-Max Méjean — sans qui ce livre n’aurait pas vu le jour — pour sa patience et son humour infaillible.
Il faudrait inventer un temps particulier pour l’apprentissage. Le présent d’incarnation, par exemple. Je suis ici dans cette classe, et je comprends, enfin ! Ça y est ! Mon cerveau diffuse dans mon corps : ça s’incarne. Quand ce n’est pas le cas, quand je n’y comprends rien, je me délite sur place, je me désintègre dans ce temps qui ne passe pas, je tombe en poussière et le moindre souffle m’éparpille. Seulement, pour que la connaissance ait une chance de s’incarner dans le présent d’un cours, il faut cesser d’y brandir le passé comme une honte et l’avenir comme un châtiment.
Daniel Pennac. Chagrin d’école (Gallimard)

L’enfant ne pense pas moins ni moins bien que l’adulte : il pense autrement.
Janusz Korczak
Préface
Il n’y a rien de naturel à parler dans un micro. Pas plus que de voler dans un avion ou de rouler sous terre. La modernité technique du XX e siècle a rendu normaux des comportements humains inimaginables cent ans plus tôt. Ainsi parler à des personnes qu’on ne voit pas aurait fait passer pour fou celui qui s’y serait essayé vers 1860.
Mais trente ans plus tard, la télégraphie sans fil a changé la donne. Et son expansion par étapes, jusqu’aux années trente, a gommé la surprise des débuts. Même si les témoignages d’auditeurs répondant au conférencier qui parle dans le poste sont assez nombreux pour démontrer la nouveauté radicale de la radio.
Mais revenons à celui ou à celle qui parle. Comment faire pour s’abstraire de la distance qui le sépare de celui ou de celle qui l’écoute ? Une distance qui le handicape parfois, au point de devoir s’imaginer l’auditeur-type auquel il s’adresse, de se le figurer.
Mais essayez le même exercice avec un jeune élève. Point de barrière, point de distance : il parle !
Il parle et joue, s’approprie les codes des adultes avec une inventivité et une ironie involontaire réjouissantes ; avec sérieux il trie l’information et jamais ne se pose la question de la réception.
Mais, au-delà de l’exercice pédagogique, il apprend l’existence même de la radio, média des parents furieusement absent de son propre univers. Et reconquiert son droit à la hiérarchisation des informations, à la connaissance de ce qui se passe dans le monde.
Nourri de l’écoute aléatoire des morceaux MP3, il reclasse les nouvelles, qu’il intègre à celles de sa propre vie : local et mondial peuvent se répondre par la voie des ondes.
Enfin, en s’enregistrant, il offre à l’archiviste et l’historien de demain une matière unique : un portrait collectif d’une génération dans ses façons de dire et d’entendre l’autre, un catalogue d’expression et d’accents unique, une addition d’individualités confrontées à un exercice rare mais passionnant : parler sans savoir qui vous écoute.

Emmanuel Laurentin, producteur de La Fabrique de l’Histoire sur France Culture
En guise d’introduction, je propose de lire le communiqué envoyé aux établissements. Un résumé des activités offertes par le dispositif.

Radio Clype est un centre de ressources consacré aux activités de radio scolaire (de la maternelle au lycée) sur l’académie de Paris qui fonctionne depuis novembre 2003. Il est équipé d’un studio d’enregistrement pour les élèves accompagnés de leurs enseignants qui désirent réaliser des émissions radiophoniques dans le cadre de projets pédagogiques. Une enseignante à mi-temps, moi même, et un technicien du son, en 2009 Etienne Machet (assistant d’éducation) sont mis à disposition des équipes éducatives par l’académie de Paris. Coordination des actions, accompagnement pédagogique des projets, aide logistique et technique, interface entre les producteurs d’émissions et les diffuseurs (radio associative, sites Internet)
En 2009, une trentaine de projets sont en cours sur l’académie. Chaque année, la radio accueille environ 800 élèves dont 60% viennent du primaire, 30% du collège, 30% du LP, 10% du lycée général.
La majorité (environ 80%) des projets qui se montent à Radio Clype concernent les élèves en difficulté, voire en grande difficulté scolaire. Ce qui se conçoit aisément : les enseignants confrontés à la difficulté cherchent un mode d’apprentissage différent pour leurs élèves. Cependant, afin d’éviter toute stigmatisation, il est souhaitable qu’un brassage aussi large que possible subsiste entre les populations qui participent à cette production radiophonique. Enfin, nous recevons aussi des enfants en situation de handicap, (enfants non-voyants, enfants autistes).
Radio Clype diffuse sur Radio Campus (93.9) et sur son site Internet hébergé sur le serveur académique http://radio-clype.scola.ac-paris.fr .
Les domaines d’intervention de la radio pour les élèves portent en tout premier lieu sur la maîtrise des langages, tant oral qu’écrit, (maîtrisc des langues également : émissions multilingues, même en latin !), l’acquisition d’une discipline de travail rigoureuse et ce dans toutes les disciplines littéraires ou scientifiques, la maîtrise des techniques de l’information et de la communication, l’accès à une voie d’expression des capacités sociales et civiques, l’acquisition de l’autonomie et de l’initiative, l’éveil au goût de la culture.
Les compétences mobilisées sont, entre autres, la qualité d’écoute, l’ouverture d’esprit, le partage des compétences, l’apprentissage du travail collectif, le développement de l’esprit critique.
Le projet radio favorise en outre, pour les enseignants eux-mêmes, un travail d’équipe, la valorisation des projets menés, les méthodes actives de transmission des savoirs, les échanges inter-degrés et l’évolution des pratiques pédagogiques.
Les établissements, quant à eux, peuvent communiquer sur leurs actions et trouver dans la radio un média à l’expression collégienne et lycéenne.
Préambule
Au moment où la proposition d’écrire ce livre m’a été faite, Radio Clype - la radio des collégiens, des lycéens et des écoliers de Paris - dont il sera question tout au long de ces pages, a failli disparaître. Sans préavis et pour des raisons de dysfonctionnement institutionnel.
De multiples questions se sont alors posées à moi, dont celle de témoigner par écrit de cette expérience. À quoi et à qui cela pourrait-il être utile que je retrace sept ans de vie de cette radio scolaire ? Qui plus est dans une collection intitulée « Nouvelles Pédagogies » ?
La pratique de la radio en milieu scolaire n’est plus en effet à classer parmi les innovations pédagogiques. Loin s’en faut ! De nombreuses expériences ont fleuri ces trente dernières années comme en apporte la preuve la bibliographie publiée en fin d’ouvrage qui montre leur vitalité.
En acceptant la proposition, il n’était pas question de produire un nouveau guide de la radio en milieu scolaire. Pourquoi donc alors écrire ce livre et sous quelle forme le présenter ?
Il m’est apparu qu’il fallait montrer en quoi une expérience pédagogique est unique. D’un projet pédagogique à un autre, en effet, l’environnement, le contexte institutionnel, les acteurs, les objectifs, les réussites et les échecs diffèrent et, si l’on peut dégager des traits communs, l’expérience révèle, comme dans toute production collective, des singularités.
Pour rendre compte de l’identité de Radio Clype, la meilleure formule m’a semblé celle d’un abécédaire permettant de traiter des multiples facettes du sujet : pédagogiques, techniques, historiques, y compris sous un angle anecdotique. Le puzzle ainsi constitué donnerait, une fois assemblé, une idée de la vie de cette radio.
Ce passage par l’écriture ne comporte aucune préoccupation de leçon à donner ni de pédagogie à promouvoir. Mon unique intention a été de transmettre de façon très personnelle, — donc subjective — ce que j’ai vécu et appris auprès de tous ceux, enfants en tête, qui participent à cette belle aventure.
En deuxième partie, des témoignages d’enseignants donnent chair aux expériences pédagogiques qui se sont déroulées au studio de Radio Clype et permettront à tous ceux qui le souhaitent de s’en inspirer pour travailler à leur tour avec ce bon outil.
PREMIÈRE PARTIE
Abécédaire
Un astérisque (*) signale dans le texte les renvois aux autres mots de l’abécédaire.

A
A lpha
Radio Clype est née de l’ennui dont on ne dira jamais assez les vertus. En 1999, lorsque le projet a germé, je travaillais comme documentaliste dans un lycée professionnel de l’industrie à Paris, après avoir quitté le terrain des établissements scolaires depuis plus de dix ans. Si je résume le parcours qui fut le mien pendant ces années-là, c’est qu’il a conduit assez logiquement à la création de Radio Clype. Une dizaine d’années auparavant, j’avais été documentaliste au Centre de Liaison de l’Enseignement et des Médias d’Information (Clemi).
Durant les quatre années où j’ai exercé cette fonction, j’ai exploré le champ de l’éducation aux médias qui m’a passionnée au point de suivre une formation en cours du soir au Centre de formation et de perfectionnement des journalistes (CFPJ) pour me former à l’écriture journalistique. Ces compétences, je les ai exploitées ensuite en travaillant, pendant sept ans, dans une revue du Centre national de documentation pédagogique (CNDP, devenu depuis Scéren). Rédactrice pour Textes et Documents pour la Classe (TDC), je me suis occupée de la partie Magazine — un supplément de 8 pages — aujourd’hui disparu sous sa forme papier. Je « couvrais » l’information culturelle utile aux enseignants, en particulier la rubrique Initiatives. Je repérais et présentais les initiatives pédagogiques originales, porteuses de réussite dans des établissements dits « difficiles », dans le primaire comme dans le secondaire. Dans ce poste aussi, j’ai beaucoup appris et rencontré des femmes et des hommes remarquables.
Plusieurs raisons m’ont fait revenir sur le terrain à la fin des années 1990, et j’en étais heureuse. Forte de ce que j’avais engrangé, il me semblait que j’aurais quelque chose de « frais » à apporter là où je serais nommée.
Le retour fut plus rude que je ne l’avais escompté.
J’avais commencé ma carrière de « pédagoguc » à 19 ans comme institutrice suppléante en maternelle et en primaire. Je suis entrée ensuite dans le secondaire par la petite porte de l’auxiliariat, comme professeur de lettres-histoire dans les lycées professionnels. Enfin, après une formation universitaire en documentation, je suis devenue documentaliste en collège et en lycée. Une histoire longue et parfois houleuse avec un système que j’ai toujours rêvé d’assouplir et de rendre plus vivant.
Dans le lycée professionnel de l’industrie où je fus nommée en 1999, je retrouvais tout ce qui m’avait donné envie de sortir du système, dix ans auparavant. Certes le métier s’était enrichi de quelques nouveautés technologiques mais la place de la documentation et du CDI restait encore à définir. Les cours se succédaient toujours d’heure en heure, entrecoupés d’une sonnerie tonitruante. Le CDI était quasiment désert sauf pendant la demi-heure qui suivait la cantine, surtout quand il faisait froid, ou quand la salle de permanence, surpeuplée, ne suffisait pas pour contenir les collés ou les « sans cours ». Arrivaient alors des assoiffés d’Internet, ne manifestant aucune marque d’intérêt pour les autres supports présents dans les lieux ! L’emploi du temps de ces élèves venus des quatre coins de la ville et de ses banlieues ne laissait aucune disponibilité pour que je puisse aménager avec eux des projets éducatifs ou culturels. Par ailleurs, établir des relations de travail avec les enseignants exige du temps.
Une fois les tâches documentaires accomplies, je commençais à déprimer et à regretter amèrement d’avoir quitté le rythme soutenu d’une rédaction de magazine 1 . Que pouvais-jc faire ? Le feuilletage du Plan de formation continue du second degré (PAF) m’apporta une solution inattendue sous la forme d’un stage radio au Clemi national. Une aubaine ! Du temps où je travaillais pour cet organisme, je n’avais pas pu m’y inscrire.

Le stage s’avéra passionnant. Les stagiaires étaient tous impliqués dans des actions en radio éducative, qui dans sa classe, qui dans son établissement et tous avaient sur moi une longueur d’avance dans la pratique. Je constatais cependant que les savoir-faire de ces enseignants étaient bien peu médiatisés et bénéficiaient de très peu de soutien. Aussi, lorsqu’à la fin du stage, il nous a été demandé de rédiger un projet, j’ai présenté un projet fédératif de radio scolaire inter-établissements, de la maternelle au lycée, pour l’ensemble des établissements de l’académie de Paris.
Le dispositif que j’imaginai alors était beaucoup plus ambitieux que celui qui fonctionne aujourd’hui (en 2009, au moment où ce livre est publié), mais il en traçait déjà les lignes principales. Les vingt-cinq personnes présentes s’enthousiasmèrent pour l’idée et me jurèrent de me suivre dans mes démarches si je le mettais en œuvre.
Avec ce projet, j’avais trouvé une façon de travailler avec des classes et leurs enseignants, de motiver des élèves peu intéressés par l’écrit et de faire des liens entre le premier et le second degré... J’imaginais le studio implanté dans mon lycée et « mes » élèves premiers bénéficiaires du dispositif.
Tout restait à fairc !

Regonflée par les perspectives ouvertes durant le stage et soutenue moralement par les équipes du Clemi national et parisien, j’ai développé le projet et pris rendez-vous avec la cellule Innovation du rectorat de Paris. Lorsque je me présentai à ce rendez-vous, deux personnes se trouvaient dans le bureau, l’une s’adressant à moi et m’écoutant, l’autre plongée dans un dossier. La première, Cecile Pellard, s’avéra par la suite être une aide précieuse et fidèle. Qu’elle en soit ici remerciée. Quant à la seconde — chef du service, ce que j’ignorais — elle leva la tête de son dossier lorsque j’eus fini mon exposé, et prononça les trois mots qui devaient être déterminants pour toute la suite : « ça m’intéresse beaucoup ». La conversation qui s’engagea alors me convainquit qu’il me fallait continuer. Je ne savais rien encore des heures que j’allais passer pour mettre en œuvre et conduire ce projet, ni des embûches multiples qu’il me faudrait contourner avant d’accueillir enfin la première classe dans le studio d’enregistrement de Radio Clype, laquelle n’avait pas alors encore de nom.
Un comité de pilotage * se mit en place composé d’un inspecteur de la Vie scolaire, du responsable de la Direction de l’action culturelle (DAAC), d’une représentante de l’Innovation, du coordinateur du Clemi Paris et du chargé de dossier radio du Clemi national. Deux grandes réunions eurent lieu au rectorat auxquelles vinrent de nombreux enseignants intéressés par la création de cette radio scolaire. Ils furent environ une trentaine à chaque fois et pas toujours les mêmes.
Les débats furent très vifs, certains craignant que la fédération ne crée une « voix de son maître » inféodée au rectorat de Paris, d’autres se montrant très attachés à une radio scolaire pédagogique sans souci de diffusion, d’autres encore déclarant au contraire primordial l’intérêt de l’auditeur. Quelles que soient ces différences, la question essentielle pour tous restait bien sûr « Pourquoi créer une radio scolaire ? » Une question qui est posée à chaque fois qu’est monté un projet d’éducation aux médias : journal, radio, télé, blog-, et la théorie n’y apporte que des réponses partielles.

Suivit une période de tâtonnement au cours de laquelle je continuais à travailler à plein temps dans mon établissement tout en construisant petit à petit le dispositif. Il me fallait trouver un lieu d’hébergement pour le studio, un financement pour l’installer, un diffuseur pour les productions de la radio, un technicien* du son, et le support budgétaire pour le payer.
Au bout de cette première année de fonctionnement partiel et chaotique, il s’avéra nécessaire d’affiner le projet avec des enseignants. Un stage inter-degrés eut lieu au Clemi en novembre 2002 auquel furent invités plusieurs professionnels de la radio. Parmi ceux-ci, une sommité de la radio en milieu scolaire : Eric Lucas, le « patron » de Fréquence Sillé, « mère » de toutes les radios scolaires, vint nous faire rêver devant le chemin accompli en 20 ans par son projet : budget colossal, plusieurs employés salariés, une radio scolaire devenue radio locale ! http://www.frequence-sille.org/accueil/accueil/.php On s’y voyait déjà ! Là, comme dans toute entreprise, il fallut lutter contre les tentatives de prise de pouvoir par d’autres. Si, face à ce projet, le pouvoir n’était pas ce qui m’intéressait, je n’étais cependant pas prête à céder ma place de pilote, quitte à en payer le prix.
Des traces écrites des débuts du projet sont disponibles sur le site de l’Innovation pédagogique de l’Académie de Paris : http://innovalo.scola.ac-paris.fr/2003/R4DIO/index.htm

A narems
Association nationale des ateliers radios et des radios en milieu scolaire.
Créée en 1985 avec l’appui du Clemi * , cette association dispose d’un site Internet remarquable, http://crdp2.acbesancon.fr/rems/ , qui offre de nombreux renseignements pratiques à qui désire créer une radio scolaire : fiches pédagogiques, fiches d’évaluation, conseils financiers et juridiques. Son président, Jean—Marie Girardot, a animé une radio à Villers-le-Lac, dans l’académie de Besançon et écrit un excellent ouvrage sur la radio en milieu scolaire comme outil pour la maîtrise des langues et l’approche de la citoyenneté 2 .
A ntenne
Radio Clype n’a pas d’antenne. C’est seulement un studio d’enregistrement. A l’origine, j’avais imaginé une « vraie » radio avec émetteur et 9 heures de diffusion par 24 heures (c’est le temps d’antenne requis pour les radios scolaires associatives). Je ne doutais de rien ! Le coût, d’une part, en aurait été très élevé et, pour nourrir 9 heures d’antenne, si l’on ne veut pas d’un « robinet à musique », il aurait fallu que tous les élèves de l’académie se mettent à « faire de la radio »... et obtenir une équipe de réalisation trois fois plus importante.

A rrivée (des classes dans le studio)
Pendant cinq ans, le studio de radio Clype a été installé dans l’ancienne cuisine du lycée Lurçat (dans le XIII e arrondissement de Paris). En sous-sol, avec un petit soupirail donnant sur la cour de récréation, deux grandes salles avaient été aménagées à la va-vite grâce au financement de la Région Île-de-France. Du carrelage au mur, aucune isolation phonique et pas de chauffage pendant trois ans, ces conditions a Priori peu confortables n’ont pas réussi à entamer mon enthousiasme ni celui des participants au projet.
À chaque fois qu’une classe arrivait pour enregistrer, nous l’entendions traverser la cour, descendre les escaliers et se ranger devant les portes du studio. A chaque fois, la promesse de l’aventure qui allait se dérouler là créait pour nous une joyeuse excitation. Nous les faisions entrer et, toujours, il se trouvait un élève (quand il s’agissait d’élèves du premier degré ou des premières classes de collège) pour dire : « c’est beau ! » alors que, objectivement, ça ne l’était pas malgré les quelques affiches colorées qui collaient mal au carrelage... Ce qui leur plaisait, c’était l’originalité du lieu, le matériel — de grande qualité, toujours financé par la Région ! —, les micros, les enceintes, la régie qu’ils apercevaient derrière la vitre. Et puis, bien sûr, ce qui donnait aux enfants ce regard généreux sur le lieu, c’était l’impatience devant le travail à accomplir.

A ttente
Savoir attendre, cela s’apprend ! Dans un projet comme celui de Radio Clype, lié volontairement à l’institution Éducation Nationale/rectorat de Paris, la place prise par l’attente a été centrale. En effet, même si le fonctionnement de la radio a pu apparaître comme étant celui d’une association indépendante, tout a toujours dépendu d’une décision hiérarchique : aussi bien la mise à disposition d’une personne au service du projet, pour quelques heures d’abord puis à mi-temps * ensuite, que l’attribution d’un poste d’assistant d’éducation technicien * du son. L’octroi des financements, le déblocage des fonds acquis ou les travaux à effectuer ont toujours été soumis au bon vouloir de l’intendant * ... Cependant, il a fallu aussi agir et, pour cela, profiter du moindre interstice et, malgré l’impatience générée par les temps morts, avancer, sinon rien n’aurait eu lieu.

A uditeurs
Ils sont la clé de voûte du dispositif. Sans eux, pas de radio. Nous travaillons pour eux. Les enseignants, même s’ils s’engagent dans un projet radiophonique dans un but purement pédagogique, ont tout de suite conscience de l’importance d’être écoutés par d’autres. Les élèves, eux aussi, sont conscients de l’importance de l’auditeur parce qu’ils sont fiers de passer à la radio et veulent se faire entendre sous leur meilleur jour. Enfin, pour l’équipe de la radio qui partage à la fois le trac, la fierté et le but pédagogique, l’auditeur est un puissant stimulant. Il faut préciser toutefois que la notion d’auditeur reste très floue pour les plus jeunes de nos producteurs. En maternelle et jusqu’au CE2, les enfants profitent surtout du plaisir de parler au micro, sans souci véritable d’être écoutés.

A venture
Selon le dictionnaire Robert, le mot désigne un « ensemble d’activités, d’expériences qui comportent du risque, de la nouveauté et auxquelles on accorde une valeur humaine ». Cette définition correspond parfaitement à ce qui s’est passé (et se passe) avec Radio Clype. Le risque était important : il s’agissait — et il s’agit toujours — de convaincre, d’exister, de durer. Un pari à gagner sans relâche malgré la fragilité d’un tel projet. La nouveauté, dans une académie comme celle de Paris, saturée de propositions culturelles, était de proposer un projet pédagogique transversal, pluridisciplinaire, concernant aussi bien les élèves du primaire que du secondaire. Quant à la valeur humaine, elle constitue la colonne vertébrale de cette aventure.

B
B onnette
Joli nom, pour ces petits bonnets en mousse que l’on pose sur les micros afin, entre autres, que les consonnes percutantes comme le p ou b soient plus douces à l’oreille. On peut chausser chaque micro d’une bonnette de couleur différente, ce qui enchante les enfants et permet au technicien, depuis sa cabine, de désigner, « dans » les casques, le micro actif par sa couleur.

B égayer
Ce verbe m’évoque l’enregistrement d’un élève de cours élémentaire 2 dont l’enseignante avait déjà travaillé avec Radio Clype plusieurs années successivement. L’année en question, elle avait choisi comme thème de recherche pour ses élèves, la démocratie : elle avait organisé des visites de lieux où elle s’exerce (Assemblée nationale, mairies) et interviewé ses acteurs (parlementaires, maires). Un des élèves y participant souffrait d’un bégaiement particulier : il commençait chaque phrase par un long son filé au terme duquel se précipitaient les mots qu’il devait prononcer. Ses camarades, solidaires, respectaient toujours, pendant ses enregistrements, un silence absolu. Arrive le jour où le député est invité à répondre à l’interview préparée par la classe. L’élève bègue, quand il doit poser sa question, parvient à raccourcir le son filé et interroge l’invité : « Je me demande si c’est difficile pour vous de parler tout le temps en public. » Question ô combien pertinente ! 3

B udget
Acquérir, gérer et nourrir un budget s’avère une tâche d’une assez grande complexité quand on n’a pas la responsabilité de sa gestion à part entière. Le budget de Radio Clype est tenu par l’intcndant * du lycée où la radio est intégrée. De 2003 à 2007, une partie de ce budget, octroyée au titre de l’école élémentaire et du collège, ne pouvait être gérée que par une gestionnaire de collège. Depuis notre nouvelle implantation en 2007 au lycée Galilée, il semblerait que cette disposition ait changé. Les relations à entretenir avec une seule intendance suffisent bien à ma peine ! Les questions de lignes budgétaires sont très sensibles et complexes pour la néophyte que j’étais et qui s’est à peine déniaisée, malgré le temps consacré à ces questions. Compte tenu que cette dépendance crée un supplément de travail pour des intendants * , leur adhésion au projet est indispensable.
L’acquisition de fonds pour acheter le matériel d’enregistrement et construire le studio n’a pas été le plus difficile. Avec l’aide du proviseur du lycée Lurçat qui a accueilli le studio les premières années (2003-2007), Radio Clype a obtenu de la Région Îie-de-France une somme confortable, résidu de fin de comptabilité, qui a été allouée au projet sans qu’il faille remplir de trop lourds dossiers. Une partie de la somme, hélas, a été consacrée à « vider » les espaces attribués à la radio — une ancienne cuisine de lycée avec ses pianos et autres ustensiles ; ce qui restait a été affecté à la construction d’un mur de séparation entre la régie* et le plateau* et à l’achat de platines, table de mixage, micros*, casques, ordinateurs et enregistreurs mobiles*.
Ensuite, aucun budget de fonctionnement n’étant versé par l’Académie — sa contribution consistant en poste(s) — il m’a fallu remplir des dossiers, parfois très lourds, pour obtenir un budget de fonctionnement : projet Lycée, subventions de la ville de Paris, etc.
Des aides ponctuelles ont été accordées par la mission Innovation du rectorat, le CRDP et le Clemi sous forme d’octroi de matériel ou d’aides logistiques diverses (confection d’affiches, prêts de locaux, intervention de professionnels, heures supplémentaires accordées à certaines équipes d’enseignants).
Les radios en milieu scolaire, qui émettent sans le recours à une radio partenaire et/ou qui se constituent en association, peuvent bénéficier du fonds de soutien à l’expression radiophonique (FSER), alimenté par une taxe audiovisuelle des organes de presse. J’avais donc créé en 2003 une association loi 1901 Pour une radio scolaire à Paris, Prascolap, dans l’espoir de pouvoir gérer des fonds de ce genre et d’éventuels fonds privés, mais j’ ai très vite renoncé à l’animer et la faire vivre par manque de temps. 4

C
C ampus
Radio Campus Paris 93.9 héberge les émissions de Radio Clype à raison d’une demi-heure par semaine, petites vacances scolaires comprises : le samedi de 17h30 à 18h, une heure d’écoute confortable pour les familles.
Radio Campus partage un temps d’antenne avec Vivre FM et diffuse tous les jours de 17h30 à 5h du matin.

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