Avril 2005
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Description

Le dimanche 24 avril 2005, quelques semaines après le décès du dictateur Gnassingbé Eyadéma, les électeurs togolais sont appelés aux urnes pour élire un nouveau président. De l'ouverture des bureaux de vote au dépouillement, tout est mis en oeuvre par le régime pour assurer la victoire de Faure Gnassingbé, le propre fils du dictateur. Les Togolais s'insurgent contre la fraude, le pays est en état de siège et les images des exactions de l'armée togolaise font le tour du monde. Ce rapport fournit des éléments concrets d'appréciation et d'analyse sur ce coup d'état électoral.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2005
Nombre de lectures 44
EAN13 9782336256597

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

© L’Harmattan, 2005
9782747587396
EAN : 9782747587396
Avril 2005 : Le choix volé des Togolais
Rapport sur un coup d'Etat électoral perpétré avec la complicité de la France et de la communauté internationale

Survie
Au peuple togolais, en lutte pour récupérer sa liberté
Sommaire
Page de Copyright Page de titre Dedicace Introduction Avant propos - La démocratie des bêtes sauvages Première partie - Eyadema père et fils, une continuité putschiste
Le Togo du clan Eyadema, un coup d’État permanent La mort du père, le putsch du fils
Deuxième partie - La campagne électorale et le scrutin du 24 avril
Le coup d’État électoral du 24 avril Les observateurs de la société civile, principaux témoins crédibles de la mascarade Pour se rapprocher des scores réels... Le rôle prépondérant de l’armée togolaise Missions et démissions diplomatiques Comment Chirac fit de Faure le président du Togo Après le scrutin
En guise de conclusion... Annexes ÉLECTIONS TOGO : REFUSER LA MASCARADE ELECTORALE Bibliographie Liens utiles
Introduction
Le 24 avril 2005, les électeurs togolais étaient appelés aux urnes pour élire un nouveau Président, deux mois et demi après le décès de Gnassingbé Eyadema, un dictateur « ami de la France » (selon Jacques Chirac), mais ennemi de son peuple - pour qui il incarna pendant 38 ans la tyrannie, la violence et la corruption.
Cette élection était censée conclure une période de succession troublée par un premier coup de force de l’armée togolaise, laquelle avait d’abord tenté d’installer par la force le fils du dictateur, Faure Gnassingbé, avant de renoncer, face aux pressions internationales. Les semaines suivant le scrutin n’ont fait qu’accroître la tension. La répression violente des initiatives de l’opposition politique togolaise (manifestations, réunions) s’est soldée par plus d’une dizaine de tués et des centaines de blessés.
Le jour de l’élection, alors que de nombreux observateurs de ce scrutin constatent un vote massif du peuple togolais en faveur du candidat de l’opposition unie, le pouvoir en place, à l’issue d’une vaste opération de manipulation, donne la victoire à Faure Gnassingbé. Au Togo, c’est l’explosion. Les démocrates comprennent qu’on leur a encore volé la victoire. Le monde entier les abandonne à ce triste sort, les chancelleries s’en remettant à l’avis partial (car influencé par la France) de l’organisation régionale CEDEAO.
Au Togo, dans les pays voisins, en France, un front du refus se met en branle. Convaincus que la vérité doit être connue sur ce qui s’est passé au Togo, que la fraude électorale doit être démontrée, des journalistes, des représentants d’ONG et d’organisations religieuses, des militants des droits de l’Homme, se rencontrent, communiquent par téléphone, échangent leurs écrits, manifestent. Un combat les rassemble, celui de la lutte contre l’impunité.
Ce rapport met en lien leurs textes, articles, déclarations et autres documents. Produits pendant cette période, ils fournissent des éléments concrets d’appréciation et d’analyse sur les événements togolais. Y ont été ajoutés quelques textes de synthèse.
Rédigé rapidement pour pouvoir être publié avant que l’attention ne retombe — et pour aider à ce qu’elle ne retombe pas —, ce document obéit à la nécessité de rendre disponibles au plus tôt les tenants et aboutissants de cette crise politique et diplomatique majeure, qui pourrait affecter durablement l’essor démocratique du continent africain.
Les contributeurs:
Ligue Togolaise des Droits de l’Homme, Commission diocésaine Justice et Paix de Lomé, Rencontre Africaine pour la Défense des Droits de l’Homme (RADDHO), Kangni Alem, Benjamin Chevillard (revue Indésens), Clément Boursin (ACAT-France), Franck Ekon (Le Togolais.com ), Thomas Loudenot et Charlotte Merle (Citoyens Sans Frontières), Ardiouma Sirima, Fabrice Tarrit, Comi Toulabor (CEAN, Sciences-Po Bordeaux), François-Xavier Verschave, Abdourahman Waberi
Coordination : Fabrice Tartit

Association Survie 210, rue Saint-Martin 75003 Paris www.survie-france.org
Avant propos
La démocratie des bêtes sauvages
par Kangni Alem 1 et Abdourahman A. Waberi 2

Il ne fait pas bon être Togolais au lendemain des élections présidentielles du 24 avril 2005 (ni Djiboutien après celles du 8 avril 2005 qui virent Ismaël Omar Guelleh, neveu de l’ancien président Hassan Gouled Aptidon, se succéder à lui-même) : honte, humiliation, sentiment d’impuissance, esprits en déshérence, voilà l’essentiel des états d’âme ressentis par un peuple se sentant victime d’une double mascarade, locale et internationale.
Seulement, voilà, l’exemple des élections frauduleuses qui ont porté au pouvoir le putschiste repenti ( ?) Faure Gnassingbé, fils de feu Eyadema Gnassingbé., « ami personnel » d’un certain Jacques Chirac, cet exemple caricatural de ce que d’aucuns appellent la Realpolitik ou la politique françafricaine risque de devenir la norme des successions politiques dans les années à venir, exactement comme autrefois les coups d’État militaires dans les nouvelles républiques du continent. Et l’on susurre déjà, tout en touchant du bois, les noms des acteurs appelés à jouer leurs rôles dans les épisodes à venir de ce nouveau feuilleton bon pour les Nègres et les Bicots : le fils Bongo au Gabon, le fils Biya au Cameroun, le fils Moubarak en Égypte, le fils Wade au Sénégal !? À moins que...
La réception critique des événements togolais soulève la même question partout. Et si le déni de la démocratie aux Africains était une fois de plus la vérité la mieux partagée du monde ? Car, enfin, depuis les années 1990 — pour s’en tenir à cette chronologie qui correspond à ce que les chercheurs appellent la « démocrature » 3 —, comment naissent et meurent les conflits locaux ? Comment la Côte-d’Ivoire, jadis proclamée stable et prospère, a-t-elle basculé dans la guerre civile, l’ingouvernabilité ?
La question devrait être également posée à Monsieur Kofi Annan, l’actuel Secrétaire Général de l’ONU, celui-là même qui, au sortir du génocide rwandais, s’était confondu en excuses et regrets devant sa posture aveugle de politique formaliste, d’administrateur sourd aux appels de l’officier canadien, le Général Roméo Dallaire. Au Togo, comme en Côte-d’Ivoire ou à Djibouti, le changement de régime au sortir d’une dictature fait tanguer le navire d’État, et divise les populations locales, et l’on se plaît à écouter, presque effaré, les satisfecit des uns et des autres, devant ce qui est plus qu’une mascarade : un hold-up mafieux. En somme, un coup d’État permanent.
Et l’on raconte partout, que la France, plus précisément Chirac, soutient les assassins des peuples en Afrique francophone, envoie au Togo les agents secrets de la DGSE faire disparaître les traces de la fraude électorale. Une nouvelle, au passage, qui provoqua chez les insurgés togolais le regret ouvertement exprimé, lors des troubles qui ont suivi la proclamation des résultats, de n’avoir pas osé trucider un seul ressortissant français, une seule tête blonde ne serait-ce que pour l’exemple ! Après tout, ceci aurait-il tellement choqué le monde ? L’anthropophagie et le déficit démocratique ne sont-ils pas l’apanage des bêtes sauvages ?
Quand à deux jours du scrutin qui consomme la fracture en deux du Togo, le ministre de l’Intérieur François Esso Boko a supplié les diplomates étrangers et la presse internationale de relayer sa proposition, à savoir l’arrêt d’un scrutin électoral qualifié de dangereux, et la formation d’un gouvernement de transition au Togo avec des sensibilités issues de tous les courants politiques, afin de réécrire la Constitution et de repartir sur des bases politiques saines, personne n’a voulu sauter sur l’occasion pour reposer la question de la succession d’Eyadema ; pour étranges que soient les circonstances du libelle (coup d’État raté ? subterfuge pour se tirer d’un mauvais pas sans représailles ?), toujours est-il que même la parole de l’ambitieux ministre Boko, organisateur reconnu des fraudes pour le compte du RPT, n’a rencontré que le silence !
Le silence. Les puissants du jour le recherchent ardemment, c’est un allié inestimable. Le silence est un instrument politique au même titre que le cliquetis des armes ou la furie des meetings. Imaginez l’absolu du silence, dans les geôles et dans les bourgades togolaises. Le silence a un prix fort, un poids et des anges tutélaires (bourreaux, espions, surveillants, police et milice, escouade de délateurs, services secrets étrangers...). Le silence exige encore du silence de la part de ses victimes échouées dans le désert ou tombées sur le champ d’honneur (étouffements des cris et des plaintes, nulle protestation, nulle prière, absence de traces...). Le silence est, on l’a compris, une divinité exigeante qui sonde les bruissements des consciences et les grognements d’estomac. Il porte, en langage diplomatique, le doux nom latin de statu quo.
Le 27 avril 2005, les Togolais divisés ont vécu dans le sang et les pleurs la fête de leur indépendance (1960). L’écroulement social du pays, un des rares en Afrique où l’on ne publie plus le chiffre du chômage des jeunes, pourrait faire regretter à beaucoup les périodes coloniales où l’on trouvait encore le pain et le cachet d’aspirine. L’héritage d’Eyadema reste lourd pour ce petit pays : médiocrité et absence du débat politique, rapt de l’économie nationale par un clan tribal et politique, intrusions répétées de l’armée dans les affaires dévolues normalement aux partis politiques.
Et si rien n’est tenté pour faire évoluer la gestion du pouvoir dans le Togo post-Eyadema, il est à craindre que la même camisole de force ne s’abatte sur les têtes qui dépassent d’un cheveu la moyenne nationale, spécimens courants que l’on retrouve soit dans le fond des cachots du régime, soit dans le silence des cimetières ou au fond des lagunes... Que d’autres puissent au moins prendre la parole, faire résister les faits à l’épreuve de la vérité et témoigner de l’injustice subie, afin de ne pas « désespérer des droits de l’homme », comme fut tenté de le faire Adoté Akwei Ghandi, le président de la Ligue Togolaise des droits de l’Homme, après la pavane sanglante de Faure Gnassingbé, adoubé par ceux que Jean Ziegler appelle les « nouveaux maîtres » 4 du monde... francophone et pathétique.
Première partie
Eyadema père et fils, une continuité putschiste
Le Togo du clan Eyadema, un coup d’État permanent
Le général Gnassingbé Eyadema est décédé le 5 février dernier après 38 ans d’un règne sans partage qui a conduit un tiers de la population togolaise à s’exiler. Revenir sur les grands évènements qui se sont déroulés au Togo depuis sa prise du pouvoir est nécessaire afin de comprendre l’enjeu des élections présidentielles du 24 avril 2005. Le rappel des conditions dans lesquelles se sont déroulés les précédents épisodes « démocratiques » togolais (Conférence nationale de 1991, élections présidentielles de 1998 et 2003) permet également de mesurer les limites de cet exercice, dans un régime caractérisé par la violence et la fraude.

1. Le régime Eyadema : terreur, clanisme et prédation
Après s’être engagé dans l’armée française, Étienne Gnassingbé Eyadema rentre au Togo en 1962. Le 13 janvier 1963, il participe à l’assassinat du premier président et père de l’indépendance togolaise, Sylvanus Olympio, qu’il revendiquera tout au long de son règne. Les putschistes et leur commanditaire français (Jacques Foccart) remplacent Sylvanus Olympio par Nicolas Grunitzky, mais Eyadema est déjà l’homme fort du régime. Il écartera Grunitzky le 13 janvier 1967 et prendra officiellement le pouvoir trois mois plus tard, le 15 avril, devenant président de la République togolaise.
Le régime d’Eyadema est à l’image de son accession au pouvoir, soit un régime de terreur, marqué par la violence, les menaces à l’encontre des opposants, les tortures, les enlèvements, les disparitions forcées... L’armée a toujours joué un rôle prépondérant dans le maintien de cette dictature (jusqu’au le coup d’État de Faure Gnassingbé en février 2005). Le régime d’Eyadema comptait 13 000 militaires à la fin des années 1990, soit un soldat pour 300 habitants, tous commandés par l’entourage et la famille d’Eyadema, recrutés en très grande majorité parmi la population kabiyé du Nord du pays (la région d’Eyadema).
Tout au long de son règne, un véritable culte de la personnalité est voué au dictateur : statues et affiches à son effigie, chants religieux laudateurs...
Le clan Eyadema se livre à un pillage massif des ressources du pays, en particulier les revenus de l’exploitation du phosphate. Clanisme et népotisme sont la règle : tous les postes clés de l’administration et de l’économie sont occupées par un parent ou un proche. Cette prédation des richesses, assortie d’une gestion désastreuse de l’économie nationale, conduit progressivement le pays à la ruine. Le Togo, un temps qualifié de « Suisse de l’Afrique » grâce à ses nombreuses ressources naturelles (phosphate, café, cacao), est soumis dès le début des années 1980 aux plans d’ajustement structurels du FMI et de la Banque Mondiale. On assiste alors à une paupérisation alarmante de la population dont le revenu annuel moyen est inférieur à 300 dollars par habitant.
Pendant 38 ans, le régime se maintient dans l’indifférence absolue de la communauté internationale, rassurée et aveuglée par la « stabilité » incarnée par Eyadema. Il bénéficie surtout d’un soutien politique, économique et militaire sans faille de la France.

2. L’échec des premières expériences « démocratiques » La conférence nationale de 1991 et la transition démocratique avortée
Suite au procès politique de deux étudiants, de violentes manifestations ont lieu dans tout le pays en octobre 1990, causant plusieurs dizaines de morts. Face à ces événements, Eyadema est contraint de concéder le multipartisme et d’organiser en 1991 une conférence nationale souveraine (CNS), censée déboucher sur une « transition démocratique ». Mais le général essaie par tous les moyens d’en bloquer le fonctionnement, la division au sein même de l’opposition lui facilitant la tâche.
Dès le début, le Président togolais s’oppose à l’ordre du jour ainsi qu’aux orientations de cette conférence nationale, présidée par Mgr Kpodzro. L’armée refuse de soutenir les institutions de transition, notamment le Premier ministre Koffigoh. La volonté de la CNS d’évincer Eyadema de ses prérogatives et de dissoudre le parti unique RPT amènent l’armée à organiser un coup de force le 3 décembre 1991.
À partir de cette date commence une période de troubles, durant laquelle l’opposition est victime de violentes répressions. Ainsi Gilchrist Olympio, fils du premier Président et principal opposant à Eyadema, échappe à une tentative d’assassinat le 4 mai 1992. Tavio Amorin, leader du parti socialiste panafricain, n’a pas la même chance et est assassiné la même année. Eyadema est ensuite rétabli dans ses prérogatives et organise un référendum, à l’issue duquel la Constitution de la IV e République est approuvée à 99 % des suffrages.
En novembre 1992, les syndicats lancent un appel à la désobéissance civile. C’est le début d’une grève générale, qui durera huit mois. Les élections présidentielles et législatives censées se tenir durant la période de transition sont reportées au 25 août 1993 par les accords de Ouagadougou. Malgré les contestations internationales, le général Eyadema remporte le scrutin présidentiel avec 96,49 % des suffrages exprimés. L’Union européenne suspend sa coopération.

Les présidentielles de 1998 et 2003
Les élections, législatives ou présidentielles, qui sont organisées depuis la conférence nationale sont à leur tour discréditées par de graves irrégularités, du recensement à la distribution des cartes d’électeurs, en passant par le déroulement même du scrutin et la centralisation des résultats. Les membres de la famille d’Eyadema sont toujours placés aux postes stratégiques. Le RPT, parti au pouvoir, s’assure du contrôle des institutions nationales, ce qui lui permet de réformer les codes et la Constitution dans le but d’éliminer les possibilités pour l’opposition de s’imposer sur la scène politique.
Les élections présidentielles de 1998 se déroulent suivant cette mécanique bien huilée. Alors que les bulletins des Togolais se sont massivement portés sur Gilchrist Olympio, l’armée interrompt le dépouillement pour l’organiser elle-même à huis clos. Eyadema est déclaré vainqueur. Les protestations sont, comme à l’accoutumée, violemment étouffées.
Le chef de l’État togolais s’engage alors à respecter la Constitution, qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels. Mais le Parlement 5 supprime cette disposition afin de donner au dictateur la possibilité de se présenter une nouvelle fois.
En mai 1999, Amnesty International publie un rapport 6 accablant qui suscite la colère d’Eyadema 7 , notamment parce qu’il dénonce plus de cent exécutions extrajudiciaires commises par le régime. En juillet de la même année, Jacques Chirac, de passage au Togo, prend fait et cause pour le dictateur en déclarant, au sujet de l’enquête d’Amnesty International, qu’il s’agit « dans une certaine mesure, d’une opération de manipulation ».
Diverses modifications de la Constitution et du Code électoral verrouillent encore davantage le scrutin présidentiel de 2003. Une clause de résidence permet d’écarter Gilchrist Olympio, réfugié à l’étranger. Eyadema se représente à la Présidence, contrairement à sa promesse solennelle. En France, l’association Survie lance sa campagne France-Togo, pour une politique respectueuse des peuples et fait pression sur les autorités françaises pour qu’elles refusent de cautionner une nouvelle mascarade électorale.
Le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Dominique de Villepin, déclare alors « important que dans les prochaines échéances électorales togolaises, le jeu démocratique soit pleinement respecté » 8 . Mais il refuse de se prononcer sur la modification de la Constitution et sur l’éviction du scrutin de Gilchrist Olympio. La France envoie comme à l’accoutumée ses mercenaires électoraux (juristes, techniciens) et ses « ambassadeurs validateurs d’élections truquées ». Sans surprise, Eyadema est réélu “aux forceps”, malgré un vote majori-tairement en faveur d’Emmanuel Akitani Bob, candidat présenté par l’UFC (Union des forces du changement, le parti de Gilchrist Olympio).

Témoignages :
Christian Philip, député de la 4 ème circonscription du Rhône, et président du groupe parlementaire d’amitié France-Togo, a défendu la réélection frauduleuse de Gnassingbé Eyadema en juin 2003, en tant que membre de la mission d’observateurs de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Pourtant, il admettait sans fard « un certain nombre de problèmes » dans un entretien avec David Cadasse, le 12 juin 2003, publié sur afrik.com  :
« [Les problèmes] les plus importants [...] ne résident pas dans le scrutin lui-même mais dans l’établissement des listes électorales et la remise des cartes électorales. Dans le nord du pays, on a inscrit plus d’électeurs que dans le sud et les cartes d’électeurs ont été remises à plus de 90 %. Tandis que dans la région maritime, les inscriptions ont été plus limitées. Et les cartes d’électeurs ont été distribuées, sans doute, à un peu plus de 50 %. À partir du moment où il y avait un plus grand nombre d’électeurs dans le nord que dans le sud, le résultat pouvait quand même donner lieu à une certaine prévision. [ http://afnk.com/articte6196.html ]
Christian Philip semblait ainsi confirmer que les dés étaient totalement pipés en amont de l’“élection”, le Nord étant réputé favorable à Eyadema.
Des militants de Survie-Rhône ont rencontré le député le 7 janvier 2005. Revenant sur l’élection de 2003, il leur a confirmé ce trucage en amont, précisant que le rapport remis à Abdou Diouf, président de l’OIF, était critique à ce sujet, et que l’OIF avait refusé de le rendre public 9 .

Jacques Rochard, président du Comité de jumelage Bressuire-Kpalimé 10 , présent au Togo lors de l’élection présidentielle du 1 er juin 2003.
« Je parle parce qu’on me l’a demandé. Je ne peux pas me taire après ce que j’ai vu ». Jacques Rochard a vécu dans la cité jumelle la dernière semaine de campagne, le dépouillement et les jours de proclamation des résultats. « C’est un hold-up et une escroquerie morale et intellectuelle, avec la complicité de la France » , dénonce-t-il.
Le général Eyadema s’était engagé à ne pas se représenter. Puis après avoir changé le système électoral (passant d’un scrutin de deux à un tour), il a éliminé de la course son principal opposant Gilchrist Olympio.
« Les gens de Kpalimé sont résignés. Ils savent qu’il y a une pensée unique », remarque Jacques Rochard. Les habitants se sont rendus aux urnes, pour laisser leur empreinte digitale devant la photo du candidat choisi. Devant certains bureaux on faisait la queue sur 150 m pour aller voter. Le dépouillement révèle qu’à Kpalimé, le principal opposant Bob Akitani arrive en tête, loin devant le président sortant (15 %). La liesse qui prévaut tombe vite : « on sait qu’on a gagné mais on sait qu’on va perdre ».
En effet, les chiffres sont manipulés, comme l’attestent les résultats parus dans la presse : urnes bourrées avant l’heure d’ouverture du scrutin, renvoi d’électeurs, urnes volées et brûlées ! La gaudriole tourne au drame : des incidents éclatent dans plusieurs villes. On déplore 3 morts à Tsévié, la ville jumelle de Parthenay ; un à Badou, lié à Cerizay.
Bob Akitani se proclame vainqueur avec 37 %. Trois jours après le général Eyadema est déclaré Président avec 57,22 %, après que le chef de l’État français lui ait présenté ses félicitations. Cette démarche de Jacques Chirac a suscité la colère des Togolais mais aussi de Français vivant au Togo. «La France entretient ce régime pour une question de géopolitique. Mais c’est le peuple qui souffre. Au Togo où il y a de nombreuses richesses, les habitants ne peuvent rien acheter. C’est à chialer. Je ne sais pas comment les Togolais vont se réconcilier avec la France, qui a condamné leur pays à continuer à vivre dans la misère », déplore Jacques Rochard.
Seuls espoirs selon lui : l’engagement des églises, certains prêtres arborant même des armes; mais aussi l’existence des jumelages qui chacun à leur niveau apportent «un ballon d’oxygène» à une population étranglée non seulement politiquement, mais aussi économiquement.
(Extrait du Courrier de l ‘ Ouest du 21 juin 2003, article de Ch. Desbois).

3. Le Togo, un cas d’école du système françafricain.
Ancienne colonie allemande, partagée après la première guerre mondiale entre la France et l’Angleterre, le Togo est un des premiers pays d’Afrique francophone à obtenir son indépendance même si la France met tout en œuvre pour retarder l’échéance.
Malgré les simulacres d’élections et la création d’une pseudo « république autonome », le 24 août 1956 (avec un Premier ministre désigné par le commissaire de France), les élections décisives de 1958 portent au pouvoir Sylvanus Olympio, du mouvement indépendantiste Comité de l’unité togolaise. Dès le 27 avril 1960, le Togo proclame officiellement son indépen— dance.
Le premier président de la République togolaise tente de concrétiser l’émancipation de son pays et s’attire les foudres de l’ancienne puissance coloniale. Le 13 janvier 1963, il est exécuté de trois balles tirées par le sergent-chef Eyadema. 11

Un putsch d’inspiration française
Comme l’explique Gilles Labarthe, « le meurtre du leader indépendantiste Olympio reste un cas d’école. D’abord, parce qu’il inaugure la longue série d’éliminations physiques de chefs d’État africains. Ensuite, parce qu’il renferme les principaux ingrédients des coups d’État militaires orchestrés depuis le début des années 1960 en Afrique francophone. » Le putsch était commandité par Paris, via l’ambassadeur Henri Mazoyer et l’officier Georges Maîtrier, conseiller militaire et commandant de la gendarmerie togolaise. Sur conseil de l’ambassadeur de France 12 , le comité militaire insurrectionnel qui prend la place du chef de l’État charge alors Nicolas Grunitzky de former un nouveau gouvernement. « Au niveau politique, Paris prend ainsi soin de remettre en selle ses anciennes courroies de transmission pour diriger l’ancienne colonie. Tout rentre dans l’ordre. [...] Au niveau économique, le Togo se rapproche alors de la France et des pays africains de la zone franc. Sur le plan militaire, les crédits consacrés à l’armée togolaise sont revus à la hausse, les anciens de la coloniale intégrés aux forces de sécurité nationale. » 13
En 1967, Paris — qui souhaite « le retour rapide d’un régime fort et musclé au Togo, pour “mettre au travail” la population locale et accélérer le prélèvement des matières premières » 14 — donne le feu vert à Eyadema pour renverser Grunitzky.

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