Carnets politiques du Sénégal
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Description

Modèle de démocratie en Afrique, le Sénégal aura pourtant à lutter, dans la décennie succédant à l'alternance politique du 19 mars 2000, contre les démons de la politique politicienne qui plombent les avancées démocratiques et mettent en péril les acquis. Les institutions de la République sont désacralisées et les principes de bonne gouvernance en permanence foulés au pied. Cet essai retrace l'itinéraire de cette période et offre des perspectives concernant l'assainissement et le perfectionnement de la pratique politique et démocratique.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juillet 2014
Nombre de lectures 212
EAN13 9782336353074
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Titre
Cheikh Mbacké Gueye










C ARNETS POLITIQUES DU S ÉNÉGAL
Regard critique sur la décennie post-alternance
© L’HARMATTAN, 2014 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
EAN Epub : 978-2-336-70318-3
« On ne fait pas de la politique avec de la morale, mais on n’en fait pas davantage sans. »
André Malraux
Introduction
« Dans les démocraties, chaque génération est un peuple nouveau. »
Alexis de Tocqueville
Écrire sur la politique dans un pays où la politique prend le dessus sur tous les autres secteurs de la vie, peut sembler, a priori, un exercice facile. Car la matière ne tarit pas, tant le rythme de la vie demeure profondément marqué par la floraison d’événements politiques. On sort à peine d’une élection qu’on se projette sur une prochaine échéance. Un terrible cercle vicieux qui, à bien des égards, finit par institutionnaliser et fossiliser certaines pratiques qui, souvent et paradoxalement, desservent grandement la véritable cause politique comme si le fait d’être toujours d’actualité lui enlevait de son prestige.
Le mal de la politique n’est pas, toutefois, à chercher dans l’omniprésence de cette dernière, mais plutôt dans la vulgarisation et la promotion de contre-valeurs au nom d’un système froid où ne primerait que la recherche effrénée d’intérêts et de privilèges au détriment de principes sacro-saints d’éthique et de morale. Ainsi comprise et pratiquée, c’est-à-dire sur fond d’un réalisme qui cherche exclusivement les dividendes, la politique s’offre facilement des détracteurs qui n’en sont pas moins que les peuples eux-mêmes. D’où le mépris général et généralisé envers la politique que l’on observe un peu partout dans les sociétés actuelles.
En politique, il est des thèmes centraux comme les élections, la bonne gouvernance, les rapports entre élus et électeurs, le discours, l’argent et la violence, les rapports entre politiques et religieux, etc., qui gardent tout leur intérêt puisqu’ils se situent à la croisée des chemins de plusieurs disciplines et nous informent sur la nature des sociétés et celle des êtres humains. Une manière de réfléchir sur la politique est d’analyser des faits et actes dans une société pour non seulement les comprendre, mais encore en déduire des principes et enseignements.
La compréhension de la politique peut partir d’exemples spécifiques rencontrés dans un environnement bien déterminé. Pour autant, aussi cruciales que puissent être les spécificités, il n’en demeure pas moins qu’il faut éviter de tomber dans une relativisation exagérée de la pratique politique. Les faits historiques ont la vertu de nous informer, mais ils ne devraient pas, per se , constituer de critère transcendant pour porter un jugement sur la valeur intrinsèque et objective d’un acte politique.
Prenant le Sénégal – ce pays d’Afrique, indépendant depuis 1960, mais qui vote depuis 1848 1 – comme cas d’école, Carnets politiques est un commentaire sur certains événements qui se sont déroulés dans le paysage politique sénégalais dans la période allant de 2000 à 2012. Plus qu’un simple journal qui permet de suivre une chaîne d’événements dans une période bien déterminée, Carnets politiques essaie de jeter un regard critique sur des pratiques et actes jugés anti-démocratiques qui ont eu cours pendant la période post-alternance qui, pourtant, était tellement remplie d’espoir et de belles promesses.
Le Sénégal est une jeune République qui certes a fait beaucoup de progrès dans le domaine de la démocratie – allant du multipartisme à l’organisation d’élections libres et transparentes sanctionnées par des alternances de régimes ; il demeure pour autant que le chemin à parcourir reste encore long. Car la démocratie comprend aussi des principes comme la bonne gouvernance et le respect de la séparation des pouvoirs qui sont autant de domaines nécessitant encore des efforts soutenus.
Indépendante depuis 1960, la République du Sénégal a connu quatre présidents : Léopold Sédar Senghor (1960-1980), Abdou Diouf (1981-2000), Abdoulaye Wade (2000-2012), et Macky Sall (depuis 2012). Les deux premiers se réclamaient du socialisme, tandis que les deux derniers sont du courant libéral. Ainsi ce n’est qu’en 2000, l’année où le Parti démocratique sénégalais (PDS) a pris le pouvoir des mains des socialistes, que l’on peut véritablement parler d’alternance « idéologique. » Ce fut le 19 mars 2000, 2 une date charnière dans l’histoire politique du Sénégal en ce qu’elle transformait un rêve – l’alternance – en une réalité.
La rareté d’un tel événement dans le paysage africain avait sans doute contribué au fait que la démocratie sénégalaise reçut des éloges provenant des quatre coins de la planète. La fierté d’appartenir à ce pays et d’être témoin de cette alternance ne pouvait être exprimée par de simples mots. Les Cassandre nous avaient promis l’enfer et le chaos, nous nous étions réveillés dans la liesse et le bonheur d’une unité nationale retrouvée et avec le sentiment du devoir accompli.
Depuis 2000, deux élections présidentielles se sont tenues. La première, en 2007, fut gagnée par le président sortant, Abdoulaye Wade, qui sera défait en 2012 par son ancien « élève », premier ministre et directeur de campagne, Macky Sall. Bref, une sorte de revanche, puisque ce dernier, comme du reste quelques proches de Wade dont Idrissa Seck 3 , sera victime de calculs et querelles politiciens qui l’écarteront du pouvoir et le « chasseront » même du parti. Macky Sall prit sa revanche sur son mentor, un soir de 25 mars 2012, en engrangeant 65,80 % des voix au second tour des élections présidentielles.
Nonobstant l’ampleur et l’efficacité du travail de terrain mené par Macky Sall et son équipe pendant les quatre années qui précédèrent ces échéances électorales, sa victoire finale n’aurait jamais été possible sans l’apport de l’opposition significative regroupée au sein de la coalition « benno bokk yakaar » 4 la société civile avec son mouvement M23 5 , qui a été le fer de lance de la contestation contre le président Wade, ainsi que le mouvement « Y’en a marre » 6 , un groupe de contestataires constitué par des rappeurs et des journalistes.
La forte présence médiatique de nos politiques conduit souvent au phagocytage de tous les autres secteurs de la vie. Les sensations délivrées par les grands événements comme les élections présidentielles forcent une compréhension très réductrice de la démocratie dont les élections ne constituent qu’un élément, important certes, mais pas le seul.
Car la démocratie est un ensemble qui requiert un environnement, des structures, des pratiques et des principes. Elle est une vision qui s’inscrit dans un horizon qui s’ouvre sur des possibilités d’amélioration et de renoncement ; elle est un devenir – et en devenir ; elle est aussi un avenir qui ne peut être considéré comme un produit fini. Même les grandes démocraties ne cessent de remettre en question certains principes dits démocratiques afin d’examiner leur bien-fondé et de jauger leur impact réel sur la vie des hommes en société.
D’ailleurs c’est dans cette optique qu’il faut savoir apprécier les avancées et désapprouver les reculs démocratiques. L’ouverture qu’offre la démocratie est aussi une chance pour tester sa compatibilité avec certaines spécificités culturelles, religieuses et traditionnelles.
Le présent essai porte un regard sur une séquence de la vie politique et démocratique au Sénégal, notamment pendant la décennie post-alternance. Sans avoir la prétention d’un document scientifique ou historique, cet essai est simplement une collection d’articles publiés jadis sur le vif, en réponse à quelques événements qui ont eu à marquer cette période. Son agencement chronologique obéit à un souci majeur de suivi de la pensée telle qu’elle a été interpellée par les événements. Le choix porté sur certains thèmes n’est pas dicté par des considérations objectives, mais plutôt par la disponibilité de l’auteur et son appréciation de leur urgence.
Devant la vastitude du champ et de l’actualité politiques, il est judicieux d’opérer des choix tout en gardant l’exacte mesure de l’ampleur du travail qui reste à faire.
Comme des notes d’un journal 7 , les articles se suivent et retracent tout un périple de la pensée qui tantôt s’arcboute sur des détails, tantôt se complaît dans des généralités ; une pensée qui tantôt relève des aspérités sociologiques, tantôt livre des réflexions philosophiques. Toutefois, l’objectif qui en découle reste le même : porter un regard profond sur la chose politique, son environnement, ses acteurs et ses influences.
Le choix du Sénégal comme à la fois « lieu » et « objet » de cette pensée qui se déploie est motivé par des raisons personnelles mais aussi par la nécessité d’élargir le débat sur la chose politique dans ce pays qui, bien qu’étant une jeune démocratie, peut déjà compter sur une riche histoire politique.
Les articles publiés dans cet essai ont surgi dans des circonstances différentes, sans doute guidés par des événements qui ne pouvaient laisser l’auteur indifférent. Aucune nouveauté – correction ou rajout – n’a été apportée à ces articles : ils ont été ainsi publiés en leur temps. 8 Seulement, pour « faciliter » leur lecture, chaque article est précédé d’une courte introduction qui fournit des informations sur le contexte dans lequel l’article est apparu.
L’évocation des contextes et des personnes prend une valeur informative et historique. L’essentiel, cependant, repose moins sur ces contingences que sur ce qu’elles nous livrent comme enseignements et morales – ou moralités – sur la politique en général et sur la démocratie en particulier.
Carnets politiques ne se focalise pas sur des personnes. Et s’il arrive à en mentionner quelques-unes, c’est plus par souci de rendre justice à l’histoire que par une volonté d’incriminer ou de glorifier. Même s’il demeure vrai que des institutions solides ne peuvent être mises sur pied que par des faits et actes émanant d’hommes et de femmes dont l’engagement pour la démocratie et l’amour du service ne sont plus à démontrer.
La démocratie ne peut triompher que par le biais des hommes. C’est aussi par leur biais qu’elle peut être dévoyée. Le Sénégal n’en sera point une exception. Sa démocratie connaîtra des heures heureuses ; mais sa jeune histoire laissera aussi apparaître des failles qui risquent de se muer en sérieux handicaps si on n’y prend garde. L’amour que l’on porte à ce pays ne doit guère conduire à une complaisance aveugle, mais plutôt à une exigence sereine pour non seulement identifier les problèmes, mais encore essayer, ensemble, d’y apporter des solutions. L’enjeu est là. Et c’est à cela que Carnets politiques essaie de contribuer.
19 mars 2000 : le Sénégal connaissait sa première alternance politique. Le régime socialiste qui régnait depuis quarante ans venait de perdre le pouvoir, surpris qu’il a été par la « vague bleue » libérale emmenée par le « Pape du sopi » . 9 Le raz-de-marée bleu qui s’était emparé des prairies vertes du parti socialiste qui venait ainsi de faire les frais de sa mauvaise politique, a été plus l’expression d’un ras-le-bol du peuple que l’adoption d’un pertinent programme politique.
Le projet des partis politiques regroupés dans l’opposition se résumait en un seul mot : alternance. Qu’en était-il de l’avenir de l’alternance ? Après le travail de sape, y avait-il véritablement un projet durable, qui poserait les fondements d’une République si malmenée par les querelles partisanes et qui redonnerait de l’espoir à ce peuple qui avait tant besoin de se remettre à rêver ?
En tout cas, la décennie qui suivra l’alternance devra être décisive tant les défis à relever – sur les plans politique, social, et économique – étaient nombreux. La classe politique en charge aura-t-elle les moyens de faire avancer la démocratie et de répondre aux nombreuses attentes de la population ?
L’alternance a-t-elle été un accident de l’histoire ou découlait-elle plutôt d’un processus normal et cohérent ? Les hommes en place sauront-ils se départir de leurs habits d’opposant pour revêtir ceux de tenants du pouvoir ?
Cheikh Mbacké Gueye Eschen Novembre 2013
1 À cette époque ne pouvaient voter que les mulâtres, originaires de Saint Louis. Il s’agissait pour cette colonie d’Afrique occidentale d’envoyer un représentant au Parlement français. Cette restriction dans le droit de vote fait, cependant, qu’il est difficile de compter cette période comme marquant le début d’un quelconque processus démocratique au Sénégal.
2 Cette date marque la première alternance politique au Sénégal qui mit fin aux quarante années de règne du régime socialiste au profit des libéraux avec à leur tête le président Abdoulaye Wade, l’opposant insubmersible dont les tentatives aux élections présidentielles de 1978, 1983, 1988 et 1993 étaient restées infructueuses
3 Idrissa Seck occupa aussi les fonctions de directeur de campagne, directeur de cabinet et premier ministre de Wade.
4 « Benno bokk yakaar » , « s’unir pour un espoir commun » est une coalition qui a été créée entre les deux tours des élections présidentielles de février-mars 2012. Elle constituera aussi sa liste commune pour les élections législatives de juillet 2012 qu’elle remportera avec 119 sièges sur 150.
5 Le Mouvement M23 a été créé le 23 juin 2011, suite aux violentes manifestations populaires pour faire face au projet de réforme constitutionnelle de Wade qui devait abaisser à 25 % le seuil minimum des voix nécessaires au premier tour pour élire un ticket présidentiel composé d’un président et d’un vice-président.
6 « Y’en a marre » a été créé en janvier 2011 et se donne pour but de porter les revendications des Sénégalais et de faire prendre conscience de la nécessité de se forger une nouvelle mentalité – « Nouveau Type de Sénégalais » – pour faire face aux défis de la citoyenneté.
7 En fait ces articles ont été publiés dans mon blog personnel hébergé par Le Nouvel Observateur et/ou dans les journaux et médias au Sénégal. Je profite de l’occasion pour remercier aussi bien Le Nouvel Observateur que les journaux et médias sénégalais – spécialement le Journal Walfadrji où la majeure partie des articles a été publiée – qui m’ont offert la possibilité de publier mes écrits et d’entrer en dialogue avec des hommes et femmes à travers le monde.
8 Dans quelques rares passages j’ai rajouté des notes de bas de page pour pouvoir ou bien traduire une expression wolof, ou donner des détails pouvant éclairer le contexte.
9 Ainsi était appelé Abdoulaye Wade, l’éternel opposant. « Sopi » dans la langue wolof signifie « changer », comme si le changement a toujours été la raison d’être même du PDS.
1. Repenser le politique, une urgence ! *
« L’erreur que commettent la plupart des gens est de penser que l’homme politique est un homme, alors que c’est un homme politique. »
Jean-Michel Ribes
Nous sommes en 2003, soit trois ans après l’alternance. L’état de grâce, cette fois-ci plus long que d’habitude, était arrivé à son terme. La coalition qui avait porté Abdoulaye Wade au pouvoir se fissure : déjà, le 3 mars 2001, Abdoulaye Wade limoge son Premier ministre, Moustapha Niass, celui-là même qui l’avait aidé à remporter le deuxième tour des élections de 2000. Les promesses de restaurer la République semblent piétiner. Pire, les pratiques que le peuple avait sanctionnées reviennent subrepticement. Les calculs politiciens prennent le dessus sur le vrai agenda du peuple. Début d’une prise d’otage ou marque d’impatience du peuple ?
La centralisation du pouvoir entre les mains du Président de la République qui était institutionnalisée par la nouvelle Constitution adoptée par référendum le 7 janvier 2001 produit des effets nocifs à la démocratie. Ainsi devient-il une urgence de repenser certains fondamentaux qui ont à voir avec la personne même du politique qu’il faut impérativement guérir de cette maladie incurable : son incapacité ou mauvaise volonté de penser sérieusement à un horizon différent de celui des dividendes qui renforcent son pouvoir et remplissent son ego. Ainsi la réflexion sur le politique reste-t-elle étroitement liée à un impératif de travail sur soi.
Après la sortie du livre Wade, un opposant au pouvoir. L’alternance piégée ? 10 , le débat s’était engagé, parfois dans la confusion totale, mais parfois aussi avec un esprit d’analyse et une argumentation qui mettaient le doigt sur quelques questions très sensibles méritant d’être soulevées. Malheureusement, plusieurs commentaires se sont limités aux surfaces et s’en sont allés, avec passion certainement, à des invectives, des règlements de comptes qui ont donné lieu à une foire aux questions et réponses aussi futiles qu’inopportunes.
Des quiproquos avaient vu le jour, alimentés par des besoins de plaire ou de satisfaire des ambitions personnelles et ponctuelles. Or, le véritable débat nous appelait ailleurs. En effet, toute œuvre d’art en général, et de littérature en particulier, interpelle. Et pour en saisir le sens profond, il y a toujours un voyage au-delà des surfaces et du « lisible ». Dans ce dialogue avec le symbole, la passivité est bannie, le mouvement intérieur et intellectuel requis et souhaité.
Ainsi, notre propos ici n’est-il point de parler de ce livre. Assez d’encre y a été consacrée ! En revanche, nous proposons humblement de réfléchir sur une dimension centrale dont le livre parle mais ne dit pas. Cette dimension centrale est la personne du politique, et par delà, la politique elle-même comme manière de gérer la cité. Ce livre n’est donc qu’un prétexte pour réfléchir sur ce que nous pensons être central dans une culture de démocratie dont notre pays se réclame.
Notre constat est que la scène politique sénégalaise brille par des paradoxes inouïs où se déclinent des « versets » et des tons d’une fausseté qui perdent même le citoyen le plus indifférent à la politique. Il y a un profond malaise politique qui se pose, non seulement dans l’organisation de l’espace politique sénégalais, mais encore et surtout au sujet de la personnalité même de l’homme politique.
Le concept du « politique » mérite des égards, et appelle à une plus sérieuse (re) considération pour éviter des dérives de sens et des interprétations partisanes, formulées et taillées sur mesure pour satisfaire (à) des préoccupations immédiates, futiles, et à la longue, vaines. Mais qu’est-ce que donc le politique ? À travers cet article, nous nous proposons de répondre à cette question centrale en mettant l’accent sur quatre dimensions constitutives du politique.
Le politique et le réel (le quotidien)
Un politicien bien connu de chez nous disait, parlant de la politique, qu’elle est l’art de gérer le réel. Si l’on s’accorde avec cette définition, quel serait donc le politique ? Sans doute celui qui, au moins, serait conscient du réel, capable de l’analyser, d’en tirer la quintessence, c’est-à-dire de l’exploiter, et d’en fournir les bienfaits à son peuple. Le politique, à partir de cet instant, doit non seulement être proche de son peuple pour être au fait de ce vécu-là, mais encore et surtout, il doit être capable de le « lire » et de le « déchiffrer ».
Rappelons ici que la proximité du politique avec son peuple ne doit en aucune manière renvoyer à un populisme sans mesure qui n’a de fin que de se couvrir d’autosatisfaction béate et d’assouvir quelques rêves d’enfant et des ambitions démesurées.
Le quotidien des peuples doit être senti et vécu par le politique. Sans solidarité avec le peuple, sans compassion avec les franges les plus démunies de la population, le politique risque de vivre entre mirages et illusions, autant de choses qui sont loin de la réalité. En étant fidèle à la réalité, le politique se donne les moyens de congédier fantasmes et rêves qui sont autant de facteurs participant activement à son éloignement du peuple et des problèmes actuels.
Cependant, cette proximité avec le peuple n’exclut pas une certaine élévation de la part du politique, car c’est seulement par le biais de cette tenue que le politique arrive à poser un regard serein et réfléchi sur le vécu. Le réel ne doit pas être nié ni extraverti ; mais, il doit être reconstruit sur un plan supérieur.
Le réel n’est rien d’autre que le quotidien avec lequel le peuple est confronté, dans ses angoisses et peines, ses peurs et incertitudes, ses malheurs et ses joies. Ce réel est une somme traduisant le déploiement existentiel de tout un chacun, dans la quête inlassable et permanente d’une place au sein de la communauté.
Ce réel fait transparaître des aspérités devant être saisies par le politique. Point n’est besoin de souligner qu’il faut une certaine disposition de la personne du politique pour pouvoir appréhender tous les signaux émanant de ce réel. Cependant, ce contact avec le réel, le présent, ne doit pas entamer la marche du politique vers l’avenir. Car le politique doit aussi être homme de « projets ».
Le politique comme homme de projets
Le politique, bien que très ancré aux problèmes et préoccupations de l’heure, doit cependant avoir une vision lointaine, à la hauteur des charges qui pèsent sur son épaule, c’est-à-dire, celles d’un peuple, d’une nation, de toute une humanité. Un politique, en aucune manière, ne doit renvoyer à l’image de celui appelant à « cueillir le jour ». Tout au contraire, il doit la dépasser.
Le politique doit être un homme de projets ; il envisage et projette, s’envisage et se projette, avec son peuple bien sûr. Tout cela, en tenant compte du réel, et cela de manière stricte et raisonnée. Autrement, il verserait dans le culte de rêves vains et incertains dont les satisfactions, comme des billes de probabilité ou les chiffres au loto, dépendent largement d’un hasard insaisissable et imprédictible. Le tâtonnement et le pilotage à vue ruinent toute gestion publique et s’inscrivent en contradiction avec toute aspiration à un développement durable. Des exemples de ce genre pullulent en Afrique, qui témoignent de la nécessité d’établir le culte du développement durable qui s’inscrit essentiellement dans les mentalités.
La gestion des affaires publiques qui est pour la plupart du ressort des politiques en Afrique ne peut pas connaître de résultats probants si elle est fondée sur du pilotage à vue. L’histoire est assez éloquente sur ce point pour nous montrer ce que toutes les grandes nations d’aujourd’hui ont eu à endurer et les sacrifices qui ont été consentis pour arriver à un quelconque développement. Même dans son sens le plus primitif, le développement ne renvoie pas à une chose statique et « actuelle ». C’est toujours un processus qui requiert la patience, l’esprit visionnaire et le sens du sacrifice. Ainsi le politique, dans sa gestion des affaires de la cité, doit aussi être en avance par rapport à son époque, sans pour autant faire abstraction du quotidien.
Il faut donc un savant dosage entre la conscience des préoccupations de l’heure et celle des lendemains futurs. Le réel est la base, le tremplin qui permet au politique de se projeter. Ce qui traduit l’importance de ces deux dimensions dans l’activité politique. Le politique doit être un bâtisseur, un homme de terrain, capable d’envisager et de faire des plans. Cette métaphore du bâtisseur justifie la double dimension de l’homme politique : un homme écartelé, au fait des préoccupations de son peuple, mais aussi capable de prendre une certaine distance par rapport aux événements.
La valse entre solitude et populisme, futurisme et pragmatisme, doit être savamment exécutée, c’est-à-dire avec juste mesure. Mais pour que cette tâche s’accomplisse dans les règles de l’art, il s’impose une certaine conscience de soi et une conscience de sa responsabilité.
Le politique et sa responsabilité
Être un politique engage avant tout la responsabilité individuelle . Un politique, tout en aspirant à servir son peuple, doit toujours engager un dialogue constant avec sa conscience et une remise en question initiale de ses engagements, promesses, démarches et méthodes. Seule cette autocritique lui permet de s’appréhender en dehors des travées du pouvoir qui sont parfois si porteuses d’illusions qu’elles empêchent toute clarté et toute visibilité. Cette responsabilité individuelle, une fois que le politique en prend conscience, le place dans une situation intermédiaire, dans la position de l’homme à la fenêtre, capable de voir les deux dimensions de son environnement.
La conscience du politique de ses propres responsabilités représente une solide garantie pour ne pas tomber dans certaines dérives. La fragilité des pouvoirs temporels ainsi que la finitude de l’homme sont des dimensions importantes devant être saisies par la conscience, afin d’éviter tout excès dans la manière de conduire les destinées d’un pays.
Ces caractéristiques de l’homme politique que je viens d’évoquer me réconfortent dans l’idée que la politique ne s’improvise pas. Tout au contraire, elle s’apprend. Mais l’élément le plus important et le plus décisif reste les qualités morales et intellectuelles de celui que l’on désigne par le nom de politique. Ces qualités morales et intellectuelles ont toujours enduit l’homme politique – et par-delà la politique – d’une noblesse qui à la fois fascine, émerveille, et attire.
En outre, il serait redondant d’affirmer que le politique est un homme public. Cette position le place dans une situation à la fois délicate et motivante. Une situation délicate car dans sa station, il s’expose, se fait découvrir et dans cette « exposition », il entraîne parfois tout son environnement. Une situation motivante car la nature de ses responsabilités représente un stimulant pour réaliser et se réaliser soi-même. Par ailleurs, sur ce chemin lourd et sinueux, le politique devra en découdre avec les critiques au bout desquelles se trouvent le triomphe et/ou la déchéance.
Le politique face aux critiques
Le politique doit se préparer aux critiques ; mieux, il doit se les approprier dans le bon sens, c’est-à-dire, les utiliser à bon escient dans ce processus déterminant de sa formation intellectuelle et morale. Les critiques, dans la mesure où elles sont constructives, représentent une matière par laquelle le politique s’ouvre les voies d’une re-création fertile, et non celles d’une récréation stérile.
Toutes les démocraties ont besoin de critiques, pourvu que celles-ci soient fondées sur une objectivité avérée et une loyauté sans failles de la part de leurs auteurs. Les critiques qui dérangent sont celles fomentées de toute pièce et destinées à détruire plutôt qu’à construire. Là aussi le politique doit faire preuve de discernement et de perspicacité. Car, c’est de son appréhension des critiques que dépendent bon nombre de ses actes et actions.
Les critiques doivent être, pour le politique, un moyen d’engager le dialogue, de rencontrer l’autre et de discuter dans le respect et la hauteur qui s’imposent. Le politique doit être homme de dialogue, prêt à s’engager pour le triomphe de la vérité et l’anéantissement du mensonge. La démagogie, le mensonge et l’hypocrisie ne sont point l’apanage du politique, et ceux qui en font leur cheval de bataille ne font que dégrader la politique qui est pourtant une activité si noble.
La critique est inhérente à la chose publique. Et quiconque occupe une position de responsabilité dans la sphère publique doit se préparer aux critiques. Cette préparation commence par une prise de conscience profonde à l’issue de laquelle on se convainc de cette vérité de savoir qu’en tant qu’homme politique, on doit opérer une certaine distance vis-à-vis des critiques, et éviter de les prendre comme des attaques à notre propre personne. Car, bien souvent, ces critiques sont adressées à l’homme politique, non pas en relation à son univers privé et personnel, mais plutôt en relation à la manière dont il gère les affaires en tant que dépositaire de l’autorité publique.
Les limites de ces deux sphères sont si étroites qu’elles conduisent à des mélanges pouvant entraîner des comportements très maladroits et déplacés. C’est aussi cette inconscience de la nature et de la portée de la position du politique qui est la cause de l’appropriation, par certains hommes politiques surtout africains, de la chose publique au détriment des peuples affamés et luttant pour la survie.
Toutefois, la vérité demeure que la politique, quand elle est dévoyée, devient une arme contre celui qui la dévoie, et cela, à court ou moyen terme. Il urge donc de se ressaisir non seulement en pesant la charge et les responsabilités qui entrent en jeu, mais encore et surtout en prenant toujours conscience de soi et de son environnement, de manière permanente et quotidienne.
Cet exercice quotidien qu’est l’introspection permet aussi de cultiver certaines valeurs comme l’humilité, la tempérance et le courage, autant de vertus dont l’humanité a besoin et que les leaders en général, et les politiques en particulier, se doivent de posséder et d’honorer.
Novembre 2003
* Texte publié dans le Journal Walfadrji , n° 3503, 17 novembre 2003.
10 Abdou Latif Coulibaly, Wade, un opposant au pouvoir. L’alternance piégée ? Dakar : Éditions Sentinelles, 2003.
2. Le Sénégal des paradoxes : Entre leurres et lueurs *
« Votez pour l’homme qui promet moins, il y aura moins de déceptions. »
Bernard Baruch
Le refrain consistant à expliquer ou justifier les manquements dans l’action politique par les exigences colossales de la gestion du pouvoir continue de faire son chemin. Le régime en place doit faire face aux réalités qui ont pour noms chômage, précarité, inondations, etc. Le tissu social ne cesse de se délabrer. On constate une rupture entre la classe dirigeante et le peuple.
L’image du pays que veulent offrir les politiques est en parfaite contradiction avec la réalité que vit le peuple. On semble ainsi se complaire dans les jeux de façade, oubliant royalement les véritables enjeux. À ce jeu, le risque est double : on « crée » un pays qui n’existe pas, tout en sapant les bases du pays réel.
L’abysse entre le discours et la réalité devient de plus en plus profond. Avec une savante dose de rhétorique et de sophisme, la classe dirigeante multiplie les déclarations, mesures et décisions qui souffrent fondamentalement de cohérence.
Après la catastrophe du bateau le Joola 11 , les Sénégalais, et l’État en tête, ont clamé, comme des hérauts, la nécessité d’opérer à une introspection générale et généralisée. Quelques mois après ce drame, c’est comme si cette nécessité était juste valable illo tempore , et que le cours normal des choses devrait tout simplement revenir, c’est-à-dire l’indifférence vis-à-vis des règles primaires de conduite, dans la circulation, dans les places publiques, et même dans les maisons.
Or, l’introspection est un exercice auquel tout homme mature doit s’adonner, dans ses moments de solitude, pour « peser » et évaluer les actes et activités de sa vie quotidienne. Ainsi, c’est cette introspection qui nous permet de jeter un regard objectif sur nous-mêmes et sur notre environnement. L’introspection est dévoilante. Et elle dévoile un Sénégal très brouillon, un Sénégal versant dans des paradoxes inouïs, un Sénégal ivre de ses fausses représentations propres.
Le Sénégal des paradoxes, c’est d’abord la brouille et l’inadéquation dans les exemples. C’est ce Sénégal qui aime si bien prendre l’exemple de la France mais qui ignore royalement la loi du tout nouveau ministre français des Finances, Nicolas Sarkozy – loi portant sur la rigueur budgétaire imposée d’abord et surtout aux ministres – préférant mettre sur pied un gouvernement de 39 ministres. Le Sénégal n’a-t-il pas plus besoin de rigueur et de discipline budgétaires que la France ? Ce qui est sûr c’est que 39 portefeuilles ministériels, avec toutes les charges budgétaires que cela peut drainer, n’a rien à voir avec un quelconque souci de rigueur budgétaire et de réduction du train de vie de l’État, à moins que l’on fasse de l’illogisme une règle méthodologique ou que l’on prenne les gens tout simplement pour des écervelés…
Loin de nous toute idée de cautionner un quelconque aveuglement dans les exemples, mais il est des actions qui méritent d’être saluées et suivies, surtout quand ces dernières s’inscrivent dans la logique de l’assainissement, de la rigueur et de la réduction du train de vie de l’État. Sur bien des points, ce qui est valable pour la France ne l’est pas pour le Sénégal, ce serait un truisme que de l’affirmer. Justement, c’est cela qui devrait faire que nous ayons moins de ministres que la France.
Le Sénégal des paradoxes, c’est aussi ce Sénégal qui se targue des valeurs démocratiques et de la séparation de la justice d’avec le pouvoir exécutif. Assez curieusement, les seuls procès pendants devant la justice sont ceux où des personnalités proches de l’État sont incriminées. Des appels à citations sont lancés qui pour plaire au Prince, qui pour satisfaire des calculs politiciens, au détriment de ceux qui engagent profondément le peuple, parce que pointant le doigt sur les gestions foncièrement désastreuses et dépensières de l’argent des contribuables. Tiens voilà, ces contribuables, ils n’existent que par ce qu’ils sont de potentiels vaches à lait. Pardonnez du truisme, ou plutôt du pléonasme, mais c’est pour rendre compte de cette aberration.
Le Sénégal des paradoxes, c’est ce Sénégal qui s’essaie au culte des apparences, en brillant de/à l’extérieur, tout en oubliant au moins de « se couvrir » quand arrive le moment des bassesses. C’est aussi les mises en scène, la théâtralisation maladroite et inopportune.
Le Sénégal des paradoxes, c’est ce Sénégal-là qui prône la bonne gouvernance tout en cautionnant le chantage et la corruption dans les travées de son administration. C’est ce Sénégal-là qui exulte et fait transpirer la mauvaise gouvernance par la mauvaise gestion des affaires publiques, la menace des procédures démocratiques, la prévalence de la corruption. La bonne gouvernance ne rime pas avec une quelconque banalisation des institutions républicaines qui peut donner naissance à leur instabilité.
La bonne gouvernance, c’est aussi l’éthique en politique dans la gestion des intérêts du peuple. Or, de l’éthique en politique et dans les affaires de l’État, bon nombre de nos leaders n’en ont cure. C’est dans ce Sénégal-là que personne ne démissionne mais que tout le monde est démis, qu’on se fait inculquer les règles de la responsabilité individuelle au lieu de se les cultiver soi-même. Le Sénégal des paradoxes honore et intronise des « repentis », longtemps versés dans des manipulations et malversations financières, tout en clamant sa détermination à lutter contre la corruption. Trop sophistiqué pour être compris !
Faudrait-il le rappeler, la bonne gouvernance ce sont des institutions solides, respectables et respectées, la séparation des pouvoirs, la transparence dans la gestion des affaires allant de l’octroi des marchés publics à la mise en place de procédures équitables et « neutres » pour tout le monde. La bonne gouvernance, c’est aussi l’honnêteté dans les démarches et dans les propos. C’est le respect des franchises, des accords, de la parole.
Le Sénégal des paradoxes, c’est tout le paradoxe et le travestissement de la parole. Des hommes politiques qui, en pleine campagne, se livrent à des promesses rocambolesques jusqu’à bénéficier de l’appui du peuple qui, entre le marteau de la lassitude d’être traité comme un vulgaire objet, et l’enclume du choix imminent, finit par les élire. Non seulement ces personnes, arrivées au sommet de l’État, oublient leurs promesses, mais encore elles se livrent à des élucubrations qui frisent le ridicule. La parole, à force d’être traitée comme elle est au Sénégal, est sur le point d’être « trivialisée » pour ne revêtir aucune signification. Imaginons-nous un seul instant une société où la parole serait sans valeur…
En effet, entre anarchisme et démocratie il y a bien un écart à valeur d’exemple dans la vocation et la nature de la parole elle-même. La communication serait ainsi biaisée, si elle n’est, tout simplement, inexistante. Quand la parole est « de-valeur », elle devient un instrument de leurre. De vérité de parole, il n’y en a point, encore moins de parole de vérité. Se dédire devient chose commune jusqu’à frôler l’ »institutionnalisation. » Que Dieu nous en garde !
Le paradoxe de la parole, c’est aussi la révélation de la vérité, sur le tard, parce qu’on en est obligé, par une épée de Damoclès, ou par autre contingence. C’est la vérité des circonstances et événements qui peut bien être celée au peuple, parce que dépendant d’un profond subjectivisme « personnel » ou « groupusculaire ». Des intérêts sont alors en jeu, autres que ceux du peuple pour lequel on est pourtant censé travailler. Et devant ces intérêts, la vérité doit être tue : elle s’efface. Sacré pays où le conscient et le subconscient sont triturés !
Le Sénégal des paradoxes, qui entretient leurres et lueurs, c’est le Sénégal des cossus et des dodus, qui se croient plus intelligents que tous, grands adeptes de félonie, maîtres dans la ruse et dans le « fafinage » comme diraient nos amis francophones Canadiens. C’est le travestissement des tableaux, ou plutôt, les tableaux travestis ou superposés. Le pauvre fait le riche : il l’élit. Et au riche de l’ignorer, une fois au pouvoir. Dans certains pays « civilisés » on appelle cela un mauvais choix, tromperie, ou simple coup du sort, mais chez d’autres gens qui se veulent crus et « vierges » dans leur langage, cela se désigne autrement… Le Sénégal des paradoxes, c’est tout le hiatus entre les leaders et le peuple ; il est en lui-même fossé.
Le peuple sénégalais prend de plus en plus conscience de son rôle primordial et essentiel dans la destinée du pays. Il est un peuple qui ne veut nullement être traité comme un dindon de la farce. Un peuple qui ne veut en aucune manière être cuisiné dans une marmite qu’il n’aura pas choisie lui-même. Un peuple qui, devant le dilemme du « que va-t-il nous arriver encore ? » des Argiens, et le « qu’allons-nous faire ? » des Achéens, doit opter pour le second car étant l’option de la volonté et du désir d’agir, pour se donner les moyens d’ouverture, d’espoir, de construction et de reconstruction, pour réaliser le développement durable.
Le Sénégal des paradoxes, porteur de leurres et de lueurs, doit céder la place au Sénégal de l’unité, de la cohésion sociale, de la pertinence et de l’intelligence, assorties d’éthique. Il doit laisser la place au culte de la responsabilité individuelle, du sens de l’honneur, de la dignité et du respect de l’autre. Il doit disparaître devant la retenue et la raison. Le Sénégal des paradoxes, des leurres et des lueurs, qui honore et consacre la politique politicienne et les jeux, avilit et dégrade ; il inhibe les compétences pour promouvoir la médiocrité.
Qu’on ne se mette surtout pas dans la tête que ce Sénégal des paradoxes est récent. Il existe depuis un moment maintenant. Seulement, l’accent de ses traits et expressions est plus visible parce qu’il était un jour, précisément un 19 mars 2000, le peuple avait cru avoir congédié pour toujours toutes sortes de pratiques malsaines. Que cela soit une réalité évanescente d’une soirée et qui est devenue rêve ou cauchemar, ce qui est une vérité c’est que le peuple sénégalais n’a que faire du Sénégal des paradoxes, qui vogue entre leurres et lueurs, car il mérite beaucoup mieux.

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