Cuba et l
308 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Cuba et l'URSS

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
308 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description

Rien ne prédisposait l'URSS et Cuba à nouer une alliance étroite. On a souvent désigné Cuba comme un satellite de l'Union soviétique. Les relations entre les deux pays sont plus complexes que ce schéma de vassalisation : ils ont su concilier leurs intérêts respectifs. Cette relation unique n'a toutefois pas survécu au contexte qui avait favorisé sa naissance.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juillet 2011
Nombre de lectures 59
EAN13 9782296465190
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

CUBA ET L’URSS 30 ans d’une relation improbable
Réflexions stratégiques dirigée par Camille Grand
La collection « réflexions stratégiques » a pour but de faire connaître des itinéraires d’exceptions ou de porter à la connaissance du public les analyses d’acteurs civils ou militaires de premier plan dans le domaine des relations internationales, de la diplomatie et de la stratégie. Elle privilégie les mémoires et les essais soit visant à laisser la trace de destins exceptionnels soit à donner une lecture théorique de l‘histoire immédiate et des grands enjeux contemporains.
© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-55161-9
EAN : 978229655169
Leila Latrèche
CUBA ET L’URSS 30 ans d’une relation improbable
Préface de Jean Lamore
L’Harmattan
« Ne perds pas de vue que ce que l’on te dit est en réalité triple : façonné par celui qui te le dit, refaçonné par celui qui l’écoute, dissimulé à tous les deux par la mort de l’histoire »
J. Nabokov
Remerciements
En élaborant ce travail, nombreux sont ceux qui m’ont aidée. J’exprime ma reconnaissance et ma gratitude à l’égard de mes regrettés parents D. et A. Latrèche ainsi que Jean-François Fogel. Ils ont encouragé mon travail des origines à son aboutissement et leur soutien a été pour moi essentiel. Mes chaleureux remerciements vont à Claude Frioux qui a soutenu mon travail de longues années et qui m’a permis de faire un long travail de terrain ; au regretté Isidiro Malmierca, qui m’a toujours prodigué des encouragements et qui au-delà de ses conseils et des entretiens qu’il a bien voulu m’accorder, m’a mise en contact avec de nombreuses personnalités ; à Maria Elena Silva dont les commentaires, les suggestions m’ont été très utiles ; à Raphaël Polanco qui a permis et encouragé mon travail à Cuba, me l’a facilité autant que faire se peut et m’a ouvert la porte de nombreuses institutions. Je dois en outre ma reconnaissance, aux professeurs J. A Tabares del Real, Diaz Vallina Elvira, Fernando Barral, Monje Mario, Perrera Angel, Silva, Ivan Ruane, Tony Kapcia, Davydov, Karen Khatchatourov, Zukov Guennadi, Vadim Teperman, David Wolff, spécialistes cubains, espagnols, britanniques, russes et américains qui m’ont apporté leur aide, leurs encouragements et leurs conseils pertinents ; à Alexandre Alexeiev, Abdelhamid Bourki, Raoul Roa, Georges Tvalvadze, Naama et le général Nicolai Leonov, qui m’ont accordé des entretiens et facilité l’accès aux archives. Je remercie également le personnel de plusieurs institutions : du Centre d’études européennes, de la bibliothèque du Comité central, de la bibliothèque du ministère des Affaires étrangères de la Havane et de l’Institut d’Amérique latine, de l’Institut littéraire et des Archives du ministère cubain des Affaires étrangères. Mes remerciements vont également à Jean-François Daguzan, Isabelle Facon, Elisande Nexon et Jean Lamore qui ont bien voulu relire et corriger ainsi que l'équipe de la FRS qui a travaillé sur le manuscrit et particulièrement Marylène Pion qui l'a mis en forme. Je tiens enfin à remercier Mounia Latrèche, Henri Jacob, Marcus Latrèche, Jon Lee Anderson et Brice Chamuleau.
Préface
A cinquante ans de l’avènement de la révolution cubaine et à deux décennies de l’effondrement de l’URSS, il était temps de jeter un regard analytique et critique sur les relations complexes qui ont existé entre l’ex-grande puissance de l’Est et l’île de Cuba. C’est un sujet ambitieux, auquel s’est attachée l’auteur de cette étude, en fondant ses analyses sur des sources en grande partie inédites, comme par exemple des entretiens personnels avec des personnalités qui furent acteurs et témoins privilégiés, entretiens réalisés notamment à Moscou et La Havane. En outre, le recours à de nombreuses archives, à Moscou et Washington, donne à l’ouvrage toute la crédibilité souhaitable.
L’histoire et l’analyse de ces relations sont précédées d’un rappel fort utile d'une part sur les singularités de l’indépendance cubaine, marquée par le profond héritage de José Martí, national et anti-impérialiste et d’autre part sur les rapports du PC cubain avec Moscou ainsi qu’avec les gouvernements de La Havane d’avant 1959. Après la fin de l’« âge d’or des communistes » au début de la Guerre froide, on s’interroge sur les rapports complexes entre les communistes cubains et Fidel Castro. La révolution de 1959 dans la grande île caraïbe fut accueillie par Moscou de façon mitigée, entre approbation et réticences. Sur cette période clé, Leïla Latrèche apporte nombre d’informations originales sur les premiers contacts entre Soviétiques et révolutionnaires cubains, ainsi que sur le rôle joué par certains personnages, comme Alexandre Alexeiev en 1959 pour les prises de contact avec A. Mikoyan.
La « relation particulière » qui s’instaure dans les années 1960 est marquée par de fortes divergences, de la crise des missiles aux différends sur les guérillas latino-américaines, avant la « normalisation » des années 1970, qui voit Cuba s’intégrer au COMECON. Les points de vue et problématiques sont, sur ces différentes questions, largement innovants. Il est intéressant de voir, par exemple, comment la révolution cubaine fut capable d’entraîner une réévaluation de la politique étrangère de Moscou à l’égard du continent latino-américain.
La chronique de la « fin d’une histoire » était annoncée par Fidel Castro dès le milieu des années 1980, années qui virent les deux partenaires prendre leurs distances. La fin de la perestroïka marquera en même temps la fin de l’URSS et la fin de cette alliance hors normes à laquelle Gorbatchev mettra un point final de façon plutôt brutale.
L’auteure ne s’est pas limitée à analyser cette période qui conduisit Cuba au bord du gouffre économique lors de la « période spéciale », qui lui a cependant permis de survivre. Elle tente un bilan passionnant et délibé-rément ouvert sur les apports réciproques. Nous voyons que, loin d’avoir fonctionné à sens unique, cette alliance a fait que l’URSS a appris de Cuba sur le plan théorique (sur le concept de démocratie nationale par exemple) et a été stimulée sur son approche du Continent américain.
Si Cuba, petit pays de la région caraïbe au cœur de l’« arrière-cour des États-Unis » jusqu’en 1959, a pu « jouer dans la cour des Grands » avec un programme politique à l’échelle mondiale, cela est certainement dû, selon l’auteur, à son alliance particulière avec une puissance planétaire, mais aussi au caractère singulier de cette alliance, faite tour à tour de dépendance et de désaccords, notamment avec l’opposition ouverte à la politique de Gorbatchev, en une période qui a conduit Fidel Castro à défier les deux Grands en même temps. L’auteur nous donne sur tous ces moments critiques le point de vue cubain, mais aussi le point de vue soviétique.
Cet ouvrage vient à son heure, appelant à de nouvelles recherches, en mettant à disposition du public des informations et en proposant des points de vue originaux pour éclairer le débat, mais qui d’ores et déjà permettent de mieux appréhender les développements stratégiques tant en Amérique latine qu’au niveau des anciennes puissances, compte tenu des changements récents qu’elles ont connus. Un des enseignements que l’on peut en tirer c’est qu’il ne s’est pas agi d’un épisode clos : il a marqué l’histoire des Amériques et les conséquences sur les questions en suspens ne manquent pas, comme celle de la dette, par exemple, que doit gérer désormais la Russie, ou de l’instauration progressive de nouvelles relations de Cuba avec le monde.
Jean Lamore
Professeur émérite, Université Michel de Montaigne
de Bordeaux
Santiago de Cuba, décembre 2009
Introduction
Le 17 avril 1959, Fidel Castro déclare : « J'ai dit de façon claire et définitive que nous ne sommes pas des communistes ». Plus tard dans la même année, il dira à un journaliste italien qui l’interroge sur la nature de la révolution «…les Américains et les prêtres vous diront que cette révolution est communiste, mais nous savons très bien qu’elle ne l’est pas ».
Le 16 avril 1961, devant l'immense foule de milliers de Cubains, rassemblés pour un dernier adieu aux victimes des raids aériens de la veille qui étaient le prélude de l'invasion de la Baie des Cochons, le dirigeant cubain proclame officiellement que la révolution est socialiste en soulignant : « Camarades ouvriers et paysans. C'est la Révolution socialiste et démocratique des humbles, avec les humbles et pour les humbles. Et pour cette Révolution des humbles, par les humbles et pour les humbles, nous sommes prêts à verser notre sang ». Le 1er décembre 1961, Fidel Castro est encore plus clair. Il déclare dans un discours qu’il est marxiste-léniniste, et il définit le marxisme comme étant l’unique véritable théorie révolutionnaire. Il engage ainsi Cuba dans une relation très particulière avec l'Union soviétique. Elle va durer trente années.
Que s'est-il passé durant les deux premières années de la révolution évoquée, puis durant ces trente années ? La conversion au marxisme-léninisme est-elle une conséquence de l’établissement des relations entre Cuba et l’URSS ? Quels furent la nature et les moteurs de cette relation ?
Cet ouvrage vise en premier lieu à dégager les composantes majeures du processus des relations soviéto-cubaines et à mettre en lumière les éléments qui ont permis la naissance de celles-ci dans le contexte particulier de confrontation idéologique entre les deux grands. L'analyse ne consiste pas en un examen linéaire de l'évolution des diverses composantes de cette histoire, mais en l'établissement d'une corrélation entre ces composantes, en une explication du pourquoi et du comment, à un moment ou à un autre, l'un de ces facteurs l'a emporté sur les autres. Le croisement de ces variables ou la prédominance de l'une d'elles permet de mettre en exergue, soit la continuité, soit les revirements propres à cette histoire.
L’analyse démarre de l'expérience historique, en intégrant les facteurs internes et une partie de l'histoire de Cuba, le double héritage du colonialisme, mais aussi l'histoire du PC Cubain, produit du Kominterm et instrument de la politique extérieure soviétique. Retour en arrière nécessaire sans lequel nous estimons impossible de prendre toute la mesure de cette relation, ni d'appréhender dans sa globalité ce qui lui a permis de naître et d'exister au-delà du contexte historique de confrontation des deux superpuissances.
Il n'existe pas à ce jour de véritable histoire des relations soviéto-cubaines. Nous avons centré l'objet de notre propos sur les relations politiques, la relation économique étant la toile de fond, en tentant de démontrer que la seule acceptation de Cuba compris comme « satellite » doit être revue.
Une considération majeure a conduit à envisager la réalisation de ce travail. Les ouvrages sur le sujet ont le plus souvent traité le problème sous l'angle de Cuba, enjeu entre les deux grands.
Parmi les interrogations qui ont guidé ce travail figure celle-ci : Cette relation faisait-elle l'objet d'une politique et/ou d'une attention particulière de l'URSS ? Cuba a-t-elle influé le cours doctrinal de la pensée communiste par exemple ? Et enfin, la relation traduisait-elle celle qui s'instaurait d'ordinaire entre l’URSS et les pays dits « satellites » ? Ce qui permettra de déterminer exactement en quoi Cuba était un pays satellite ou à l'inverse ce qui l'en éloignait radicalement ou essentiellement ? Travailler sur cette relation particulière c'est aussi s'interroger sur ce que doit la relation aux hommes et à la confrontation d'entre les deux grands.
Réaliser ce travail a nécessité un très long et important travail de recherche, un très grand nombre de rencontres, plus de 80 entretiens officiels, de très nombreux entretiens informels. Il est apparu nécessaire de multiplier les rapprochements et croisements d'informations. Les entretiens ont été réalisés à Cuba, Moscou, Londres et Paris. Il a fallu attendre longtemps, réaliser de nombreux entretiens infructueux pour avoir un seul entretien porteur d’éléments de réponse. Ces entretiens, parfois désorientant, ont essentiellement servi de fil conducteur et d’éclairage.
Cette étude a exigé de longs mois de recherches dans les archives du ministère des Affaires étrangères russe, à l’Institut d’Amérique latine de Moscou, à la bibliothèque du Comité central à La Havane et au Centre d’études européennes.
La recherche sur le terrain à Cuba est particulièrement difficile pour les chercheurs, en particulier dans le domaine politique. En tout premier lieu, on se heurte à un obstacle de taille, la quasi-absence d’archives consultables : soit parce que ces archives n’existent pas, soit parce qu’elles ne sont pas accessibles au public.
De plus, la documentation dite « consultable » dans les différents organismes étatiques, lorsqu’elle n’est pas difficile d'accès pour le chercheur est rarement utilisable. De là l’importance que revêtent les entretiens. Certaines personnes interviewées m’ont ouvert leurs archives personnelles. L’analyse du discours politique constitue également un élément important.
La documentation de seconde main provient de différents types de sources : les ouvrages cubains sur le sujet et les nombreuses publications du gouvernement cubain proviennent, pour la plupart, des centres d’études spécialisés dépendant du comité central. Le Centre d’études européennes (CEE), le Centre d’études américaines (CEA), le Centre d’investigations de l’économie mondiale (CIEM) publient tous des revues.
Depuis 1991, la recherche sur les relations soviéto-cubaines est beaucoup plus aisée à Moscou. Depuis la perestroïka , les archives d’une manière générale, sont accessibles aux chercheurs bona fide . Il faut avoir un soutien, être recommandé par son institution, ainsi que des ressources pour assumer les frais parfois très élevés. Les archives du Parti communiste sont de manipulation difficile et d’accès tout aussi difficile. En revanche, les archives du ministère des Affaires étrangères sont très bien organisées et constituent pour le chercheur un véritable bonheur, lorsque l’on obtient les documents que l’on souhaite. Il faut cependant savoir exactement ce que l’on cherche. A Moscou, les entretiens, moins nombreux qu’à La Havane, ont représenté néanmoins une source d’information importante. Les interviewés n’étant plus soumis aux pressions et contraintes du régime, comme le sont les Cubains ; mais le sujet traité est le plus souvent abordé avec prudence : Certains thèmes restent censurés : les relations militaires, les crises entre les deux pays et enfin la dette, sujet sur lequel il est difficile d’avoir des chiffres.
Malgré une plus grande marge de manœuvre à Moscou et la possibilité d’accès aux archives, les informations sur le sujet restent difficiles d’accès, à La Havane ainsi qu’à Moscou, même si l’île reste plus fermée que l’empire éclaté. Il y a fort à parier que les documents nous permettant d’écrire l’Histoire de ces relations ne seront pas divulgués avant longtemps.
Un certain nombre de points n’a pu recevoir une explication « informée » ou suffisante. Il aurait fallu par exemple analyser le poids et l’influence des lobbies à Moscou et à La Havane ; mais nous avons considéré qu’il s’agissait-là davantage d’une enquête journalistique qu’il était très difficile, en raison de l'absence de sources fiables, de mener à bien. Cette dimension aurait cependant sans conteste apporté un autre éclairage à l’histoire des relations soviéto-cubaines.
La dette économique et financière cubaine à l’égard de l’Union soviétique est un sujet capital dans ces relations, que nous abordons sans l’approfondir : l’absence de statistiques fiables et l’ignorance de tous les dons « cachés » sous formes de crédits non remboursables, le sur-paiement du sucre et du nickel cubain et l’absence de chiffre sur le matériel soviétique donné aux Cubains ne permettent pas d’évaluer le montant exact de l’aide soviétique et de la dette cubaine.
Quand nous avons abordé ce travail, il restait beaucoup de questions en suspens dans les relations soviéto-cubaines 1959-1991. Nous avons tenté ici d’y répondre au mieux ou, du moins, d’apporter un éclairage nouveau aux problèmes posés.
Première partie L’improbable rencontre
Préambule Cuba : le double héritage du colonialisme
Depuis son indépendance, Cuba n’est jamais sortie de la problématique du colonialisme. La très forte dépendance économique, politique et institutionnelle de l’île ainsi que l’immaturité politique qui alimente la violence comme mode de résolution de conflits, vont peser sur l’histoire de Cuba après 1959.
Dernière colonie espagnole à s’émanciper en Amérique latine, l’île accède à l’indépendance à l’aube du XXème siècle, en devenant le théâtre de la première intervention militaire des États-Unis. Le drapeau américain est hissé sur la première néo-colonie américaine. Quand un nouveau « tuteur » apparaîtra, l’Union soviétique, son rôle ne pourra être apprécié hors du contexte de l’histoire cubaine qui fait du colonialisme la toile de fond de toute sa vie politique institutionnelle et économique. Il y a donc une absolue nécessité à considérer ce double héritage avant même de nous interroger sur les relations soviéto-cubaines.
Cette partie de l’histoire mais également certains des choix de politiques économiques des gouvernants de Cuba puis de Fidel Castro apparaissent également conditionnés par le constat posé par José Martí : « [un] peuple économiquement captif mais politiquement libre finit par perdre toute forme de liberté, tandis qu’un peuple économiquement libre peut parvenir à obtenir son indépendance politique » 1 .
Cet axiome est un éclairage essentiel à la compréhension du développement des futures relations soviéto-cubaines. L’héritage « américain » de Cuba apparaît tout aussi fondamental pour la compréhension de ces relations.
Le prologue retrace le cadre « structurel » au sein duquel viendront s’inscrire les relations soviéto-cubaines. C’est à la lumière de ces éléments structurels que la nature de la relation soviéto-cubaine pourra être qualifiée. Chacune des évolutions de la relation est examinée – partiellement du moins – à la lumière de cette préhistoire de la relation. Cuba n’a jamais été un pays économiquement libre et son « indépendance politique » toute relative devra davantage aux manœuvres politiques habiles de Fidel Castro.
Cuba colonie espagnole : tradition centralisatrice et économie du sucre
La colonisation de l'île débute en 1511 2 . Les Espagnols ont transformé Cuba en une base d'approvisionnement pour leurs expéditions vers la Floride et le Mexique.
Le port et la cité de La Havane jouent un rôle économique, politique et militaire très important. Le port de La Havane est en effet l’escale obligatoire des navires en provenance d’Amérique pour la flotte de l’empire espagnol.
La courte occupation de La Havane par les Anglais de 1762 à 1763 se traduit par un relâchement du contrôle sur l’économie, mais la métropole fait peu pour permettre une participation significative des natifs au gouvernement de l’île. Elle impose une structure économique et politique hautement centralisée, hostile à toute forme d’autonomie politique et législatrice et à tout commerce indépendant. Ainsi, les nominations des dirigeants locaux se décident-elles en Espagne. 25 % des Cubains sont autorisés à voter pour élire les députés de la Cour contre 80 % de métropolitains 3 . Dès l’origine, le système institutionnel et politique de Cuba est donc marqué par sa très forte dépendance à l’égard de l’extérieur.
Au début du XIXème siècle, l’agriculture se développe et, à partir de 1820, après l’indépendance d’Haïti, Cuba se hisse au premier rang des producteurs de sucre au monde.
Le début du XIXème est marqué par le retour de l’absolutisme en Espagne. Cuba perd alors toutes les libertés qu’elle avait jusqu’alors obtenues. La ferveur indépendantiste reprend. Malgré tout, les conspirations sont vouées dans l’ensemble à l’échec. Cuba obtient cependant la liberté de commerce 4 .
Au milieu du XIXème siècle, l’île connaît une forte croissance économique nonobstant la centralisation administrative qui constitue un obstacle fondamental à son développement.
Les natifs de l’île estiment ce contrôle administratif excessif. Influencés par les luttes d’indépendance des autres pays d’Amérique latine, ils commencent à envisager d’acquérir une autonomie à défaut de l’indépendance. L’Espagne s’entête à maintenir l’île sous un régime hégémonique – régime qui n’offre aux natifs de l’île aucune véritable opportunité de participation politique. Le début du XIXème siècle est témoin de soulèvements sévèrement réprimés. Centralisation administrative, dépendance politique forte, économie autocentrée sur le sucre mais dont le développement est obéré par les systèmes politique et administratif. Tels sont les héritages de la colonisation espagnole, lourds de conséquences pour l'avenir du pays.
En 1850, a lieu la plus sérieuse tentative d’accession à l’indépendance des Cubains à travers le mouvement annexionniste 5 , en se plaçant sous la protection des États-Unis 6 . Ce mouvement espérait l’aide du puissant voisin pour obtenir son indépendance. L’annexion aux États-Unis est réclamée afin de conserver le bénéfice de l’esclavage. Ce courant favorable à l’aide des États-Unis est incarné en la personne du général Narciso Lopez 7 . L’Espagne risquait en effet de céder aux pressions abolitionnistes de l’Angleterre, alors que les États-Unis offraient une meilleure protection en cas de révolte noire (les Noirs constituaient cinquante-huit pour cent de la population). Toutefois, le faible soutien que la population cubaine manifeste à l’égard de ce mouvement favorise l’intervention de l’armée espagnole qui parvient à repousser les troupes américaines. Les expéditions pour la prise des grands centres du pays échouent, entraînant la mort des participants en majorité américains et l’exécution du général Narciso Lopez. Les annexionnistes pro-esclavagistes renoncent, dès lors que l’esclavage est aboli aux États-Unis en 1865. C’est ce même système de production et de commercialisation du sucre basé sur l’esclavage qui freine le développement industriel qui constitue la cause majeure du déclenchement de la première guerre d’indépendance cubaine en 1868.
Les luttes pour l’indépendance cubaine ont été les plus longues et les plus dévastatrices qu’ait connues le continent américain. Entre 1868 et 1898, Cuba se bat pour son indépendance contre l’Espagne. Elle est le théâtre de trois guerres d’indépendance.
La guerre des dix ans (1868–1878) et la petite guerre (1879-1880)
La plus importante est la guerre des dix ans 8 ou « grande guerre » qui se déroule de 1868 à 1878. Elle est conduite par Carlos Manuel de Céspedes 9 qui rassemble autour de lui d’importantes composantes de l’élite économique cubaine dont une partie sortira ruinée de ce conflit. Le résultat de cette guerre est l’émergence puis la fondation d’un Parti autonomiste, au sein duquel milite la grande bourgeoisie cubaine. Ce parti va tenter par des voies légales et constitutionnelles de régler les problèmes de l’île. Ce courant autonomiste 10 , qui émerge durant la troisième décennie du XIXème siècle, est favorable à l’autonomie de Cuba, mais pas à son indépendance. Il souhaite que l’île devienne une province espagnole. On retrouve là-aussi des dissensions entre ceux qui désirent l’abolition de l’esclavage, ceux qui n'en veulent pas et ceux qui sont simplement pour l’arrêt de l’immigration africaine.
La guerre des dix ans est suivie de la « petite guerre » 11 qui ne dure qu’une année, d’août 1879 à juillet 1880. Ce conflit « rapide mais meurtrier pourrait être considéré comme une continuation ou un réveil du précédente » 12 . Les conséquences politiques et économiques de la guerre des dix ans et la manière dont elle s’est terminée, laissent les divers protagonistes insatisfaits. En août 1879, débute une nouvelle guerre à l’instigation de généraux 13 de la guerre des dix ans. Cette nouvelle guerre ne rencontre cependant pas un écho suffisant car le pays épuisé voulait la paix.
La guerre d’indépendance (1895-1898)
Carlos Manuel de Céspedes et Calixto García préparent un autre soulèvement, qui débute en 1879 dans le sud et le centre de l’île. Les ressources, supposées provenir de l’extérieur, en particulier des Cubains immigrés aux États-Unis, sont interceptées par la Marine espagnole. Afin de décrédibiliser le mouvement indépendantiste auprès des masses, le gouvernement colonial fait circuler la rumeur selon laquelle les patriotes veulent fonder une République noire.
Cependant, le refus de l’Espagne d’accorder l’autonomie est l’élément déclenchant de la guerre d’indépendance de 1895.
Le rôle et l’influence de José Martí lors de cette guerre sont essentiels. La compréhension de la pensée de José Martí est déterminante pour comprendre le développement futur de l’île. Poète, écrivain et théoricien (1853-1898), désigné par les Cubains comme l’apôtre de l’indépendance, il fonde le parti révolutionnaire cubain (PRC) en 1892 et s’appuie sur le soutien de l’émigration cubaine aux États-Unis. Le PRC doit être considéré comme le moteur politique de la dernière guerre d’indépendance et son promoteur économique. En 1895, José Martí et les rebelles cubains renouvellent leurs efforts en faveur du déclenchement d’une guerre d’indépendance qui ferait de Cuba un pays « économiquement viable et politiquement indépendant ».
Martí est tout entier l'homme d'un projet, celui de la libération d'un peuple et de la construction d'une nation. Pour lui, la restructuration de l'économie, de la politique et de la société cubaine passe par la création d'un homme nouveau, fier d'être cubain, épris du travail, dévoué aux intérêts collectifs. Le parti révolutionnaire cubain ne vise pas la seule libération de Cuba. Il se veut aussi un instrument de transformation radicale de la société au bénéfice de toutes les classes. Martí n’ignore pas la lutte des classes il la découvre dans toute sa violence aux États-Unis et ne veut pas qu’elle ait cours à Cuba, parce qu'il croit en la possibilité de la dépasser, de la même manière qu'il entend éliminer les différences raciales, et aussi par crainte que les divisions sociales ne favorisent les ambitions du « monstre » du Nord. L'unité est une préoccupation majeure chez lui, comme elle le sera chez Fidel Castro. Il se méfie des visées des États-Unis sur Cuba et sur l'Amérique latine. Pour lui, la démocratie ne doit pas consister en un ensemble de recettes à importer. Elle doit être différente de la démocratie européenne et de cette démocratie résiduelle, dénuée de justice et d'amour, en vigueur aux États-Unis. Marti considère que : « La forme de gouvernement doit être réconciliée avec les composantes essentielles du pays. Le gouvernement n'est rien d'autre que l'équilibrage des éléments naturels du pays ». « Faisons du vin avec des bananes », ajouta-t-il ; « s'il tourne aigre, ce sera au moins notre vin ». Ses idées en matière économique passent par le même prisme moral. S'il dénonce le pillage et le pouvoir corrupteur de l'argent, il défend le « profit honnête ».
Martí aide à mieux comprendre la Révolution cubaine, avant tout « martíenne » avant de se proclamer marxiste-léniniste. L'éthique du travail, l'idéal égalitaire, la liberté responsable, la place centrale de l'éducation dans la création de l'homme nouveau, citoyen engagé et patriote exalté, voilà autant de clés du message « martíen » et du discours castriste. Pour Martí, l'exercice de la liberté est soumis aux besoins collectifs essentiels. Le parti révolutionnaire cubain pratique aussi le centralisme démocratique, la décision finale revenant au Delegado , tenu de rendre des comptes auprès de ses mandants comme le font les élus cubains. La Révolution cubaine a des racines idéologiques insulaires.
Malgré la supériorité numérique des Espagnols, les Cubains usant des méthodes de guérilla, comme lors des guerres précédentes, vont tenir tête au colonisateur. Cependant, ni les Cubains ni les Espagnols ne réussiront à l’emporter. C’est dans ce contexte, que les États-Unis interviennent, intervention que les Cubains n’ont pas sollicitée.
Influence des États-Unis sur le processus politique cubain
En 1891, le Congrès américain supprime le tarif douanier lié à la plupart des chargements de sucre importé et négocie des ententes commerciales avec l’Espagne, ce qui a pour effet d’accroître la quantité de sucre cubain exporté vers les États-Unis. La dynamique du nouveau marché libre accroît en réalité la dépendance de Cuba vis-à-vis du marché américain, mais favorise le développement continu de la capacité productrice cubaine en matière de sucre. Toutefois, en 1894, le Congrès se ravise et réinstaure les tarifs douaniers liés au sucre. Le contrecoup économique engendré par le changement rapide des politiques américaines sur le sucre dévaste l’économie cubaine et entraîne les bouleversements économiques et sociaux qui ouvrent la voie au Cuba du XXème siècle et à la fin de la domination espagnole. En 1895, cependant, on estime que les investissements américains dans l’île s’élèvent à hauteur de 50 millions de dollars 14 .
Sur un plan plus politique, dans les années 1820, le président des États-Unis, John Quincy Adams 15 déclare : « parmi l’ensemble de nos intérêts nationaux, Cuba occupe une place primordiale sans aucune comparaison possible avec n’importe quel autre territoire étranger ». Les États-Unis voient probablement en Cuba une île dominant le golfe du Mexique et le futur site du canal de Panama. L’acquisition de territoires en Floride, mais aussi au Texas, sans parler de la découverte de gisements d’or en Californie, ont certainement participé de l’intérêt accru à l’égard de l’île. En 1859, à titre d’exemple, le Congrès américain envisagera la possibilité de son annexion à des fins commerciales et d’approvisionnement en main-d’œuvre. Gardons à l’esprit la déclaration du 2 décembre 1823, dite « de Monroe » ; le président James Monroe énonce alors devant le Congrès la doctrine qui portera son nom. Il précise « qu’il est impossible que les puissances alliées puissent étendre leur système politique à aucune portion de l’un ou l’autre continent sans mettre en danger notre sécurité et notre bonheur » et fixe pour un siècle et demi les fondements de la diplomatie américaine. Le président condamne toute nouvelle colonisation sur le continent américain. Il assure que les États-Unis n'interviendront jamais dans les affaires européennes, mais il réclame la réciproque aux Européens. Le mot d’ordre sera désormais : « l'Amérique aux Américains ».
Aux principes de Monroe, viennent s’ajouter deux éléments essentiels explicatifs de l’attitude américaine durant la guerre d’indépendance de 1898. En 1896, le Sénat américain approuve une résolution dite de « Morgan-Cameron », qui reconnaît le caractère « juste » de la guerre que mènent les Cubains. Plus tard, en 1898, après l’explosion du navire « Le Maine » dans la baie de La Havane, le Congrès approuve une résolution conjointe déclarant que « le peuple de l’île de Cuba a le droit d’être libre et indépendant » et que c’est un devoir pour les Espagnols 16 de renoncer immédiatement à leur autorité sur Cuba et de retirer leurs forces navales et terrestres de l’île.
L’explosion mystérieuse 17 du navire » Le Maine » est le prétexte que les Américains saisisssent pour déclarer la guerre à l’Espagne 18 . Le Maine avait été envoyé à Cuba pour protéger les citoyens et les intérêts américains de La Havane. Les États-Unis avaient jusque-là annexé des territoires acquis lors de guerres ou d’achats (comme la Louisiane vendue par Napoléon 1er), incorporant par la suite la plupart d’entre eux dans l’Union. Cette forme d’expansion a été supplantée peu à peu par un processus d’ingérence indirecte, et Cuba est le premier pays à en faire directement l’expérience.
L’intervention américaine : la « révolution confisquée »
En 1898, les États-Unis interviennent militairement et vont rapidement vaincre une Espagne affaiblie et ruinée. On peut considérer que les États-Unis s’engagent dans la guerre entre les Espagnols et la colonie lorsque la balance de la victoire penche vers les Cubains. C’est la première intervention des Américains hors de leur territoire et Cuba devient de facto la première de leurs néo-colonies.
Les Cubains n’ont pas sollicité cette intervention. Les Espagnols se retirent de l’île et acceptent son indépendance à la suite de la signature du traité de Paris le 22 décembre 1898, à laquelle d’ailleurs ne sont pas conviés les Cubains. Les troupes indépendantistes cubaines ne pénétreront dans les villes qu’après autorisation des États-Unis. Ces derniers établissent un gouvernement provisoire à Cuba. Le géant du nord occupe l’île de la fin de l’année 1898 au 20 mai 1902, date de l’assermentation du premier Président cubain. Ainsi, dès l’origine, les Américains manifestent leur mépris de la souveraineté nationale cubaine et renforcent la dépendance de Cuba vis-à-vis des États-Unis. Cette intervention américaine contraint Cuba à exercer un rôle passif dans le déroulement de son destin immédiat, et ce, malgré les longues luttes menées pour emporter l’indépendance. Les dissensions survenues au sein même du leadership cubain entre indépendantistes et annexionnistes pourraient expliquer leur mise à l’écart de la résolution du conflit.
Une controverse subsiste, quant à la qualification de cette guerre. Certains historiens, comme Perez Cisneros, Benjamin Beede ou encore Philip Foner, la qualifient de guerre « hispano-cubano-américaine », en raison de l’importance du rôle joué par les Cubains dans celle-ci. D’autres, plus nombreux, avancent qu’en réalité il y a eu deux guerres, celle des Cubains contre le colonialisme espagnol et celle des États-Unis contre l’Espagne.
On ordonne la tenue d’élections générales sur l’île en septembre 1900, afin d’élire les délégués de la convention pour rédiger et adopter une constitution pour le peuple cubain, en y intégrant, après consultation du gouvernement américain, tout ce qui a trait aux relations entre les deux pays.
En 1901, une assemblée constituante vote donc une constitution qui consacre Cuba au rang d’État indépendant, reconnu par la communauté internationale, le 20 mai 1902. Cette constitution s’inspire sur le plan doctrinaire des principes du libéralisme et, sur le plan organique, de la Constitution américaine.
La délicate question des relations entre le futur gouvernement de Cuba et les États-Unis donna lieu à un conflit entre « nationalistes » et « conformistes » sur le fait d’introduire les dites relations dans le texte constitutionnel. Pour les nationalistes, cela constituait une limite conceptuelle de la souveraineté nationale. Pour les conformistes le refus d’inclure ces relations pouvait comporter le risque d’une extension de la période d’occupation militaire. Le 5 novembre 1900, l’Assemblée constituante élue fut réunie autour du général Léonard Wood, gouverneur de Cuba pour les Etats-Unis, qui déclara : « il sera de votre devoir, en premier terme de rédiger et d’adopter une constitution pour Cuba, et une fois terminée celle-ci, formuler quelles devront être, à votre avis, les relations entre Cuba et les États-Unis (…) Quand vous aurez formulé les relations qui, à votre appréciation, doivent exister entre Cuba et les États-Unis, le gouvernement des États-Unis adoptera sans doute les mesures qui conduisent pour sa part à un accord final et autorisé entre les peuples des deux pays afin de promouvoir le développement de leurs intérêts communs ». Il est intéressant de noter que Wood poursuivit par un discours en anglais, qui fut résumé ainsi par Enrique José Varona afin de gommer les inquiétudes que le discours pouvait contenir : « le Général dit que les relations ou la formule de relations entre Cuba et les États-Unis sera complètement distincte de la rédaction de la constitution cubaine ». L’Assemblée constituante avait trois tâches à accomplir : la première consistait à rédiger et promulguer la constitution ; la seconde, en accord avec les États-Unis, à établir le type de relations qui devraient exister entre les deux pays ; et enfin la troisième à préparer les élections des futurs fonctionnaires du gouvernement de Cuba.
L’Assemblée constituante achève sa mission en trois temps. Elle rédige d’abord la constitution, puis règle le problème des relations entre les deux pays, qui se formalise par l’amendement Platt, discuté et approuvé, puis enfin on procède à la modification de la loi électorale, à la tenue des élections et à la dissolution de l’Assemblée constituante 19 .
Cuba obtient donc son indépendance mais elle est limitée dans l’exercice de sa souveraineté. Lorsqu’en 1902, les États-Unis concèdent l’indépendance à l’île, celle-ci se voit considérablement restreinte en raison de l’amendement Platt approuvé par la Convention constitutionnelle cubaine de 1901. L’amendement Platt 20 est un additif à la constitution21 entériné par le Congrès américain, le 27 février 1901 et annexé à la constitution de Cuba par vote du 12 juin 1901. Il est la traduction manifeste et concrète de l’assujettissement de Cuba politiquement et institutionnellement.
La régulation des relations, définie dans le document Platt se présente sous forme d’un amendement à la loi sur le budget de l’armée. Ce texte est en réalité un appendice à la constitution de 1901, et représente juridiquement « un traité permanent ». Ce document trace les orientations et lignes des relations entre les deux pays connu sous l’amendement Platt. Il débute ainsi : « Le Président est autorisé à laisser le gouvernement et le contrôle de l’île à son peuple, aussitôt qu’un gouvernement se sera établi dans l’île, régi par une constitution dans laquelle – comme partie intégrante ou comme ordonnance annexée – se définissent, comme suit en substance, les relations entre Cuba et les États-Unis » et suit : « Le gouvernement de Cuba ne pourra jamais signer avec un ou plusieurs pouvoirs étrangers un traité ou tout autre accord pouvant limiter ou limitant l’indépendance de Cuba ni permettre ou autoriser un ou plusieurs pouvoirs étrangers à obtenir, pour la colonisation ou dans des buts militaires ou navals ou de toute autre manière, de s’implanter ou contrôler une portion du territoire de la dite île » 22 .
Le troisième article, décisif, dispose que le gouvernement consent à ce que les États-Unis exercent un droit d’intervention afin de préserver l’indépendance de Cuba. Il impose donc une tutelle formelle des États-Unis, portant atteinte à la souveraineté cubaine, tant sur le plan intérieur qu’en matière de politique étrangère. Le gouvernement cubain doit ainsi faire approuver ses accords militaires ou diplomatiques par les États-Unis qui se réservent le droit d’intervenir s’ils jugent l’intégrité de Cuba menacée : « Le gouvernement de Cuba consent à ce que les États-Unis puissent exercer le droit d’intervention pour la préservation de l’indépendance de Cuba, le maintien d’un gouvernement apte à protéger la vie, la propriété et la liberté individuelle, et pour remplir les obligations qui ont été confiées aux États-Unis par le traité de Paris et qui doivent être maintenant assumées et remplies par le Gouvernement de Cuba ».
Le gouvernement américain, enfin, obtient la concession de deux bases navales, en échange de tarifs préférentiels sur les produits cubains exportés sur le marché américain 23 . L’amendement servira de base à une seconde intervention militaire en 1906, d’autres de moindre importance se succéderont.
Cette tutelle est le double symbole d’une guerre pour la liberté, perdue, et d’une indépendance confisquée. Cela aura des conséquences très négatives durant la République. L’amendement Platt, par l’ingérence qu’il implique dans les affaires intérieures de l’île, provoque l’émergence d’une multitude de sources de contestations, ce qui renforce l’incertitude politique et empêche la mise en place d’un gouvernement central cubain solide. Cette multiplication des sources de pouvoir politique contrarie le développement d’un système de clivage politique fort et empêche tout groupe local d’imposer sa volonté à la société et à l’économie.
L’influence économique des États-Unis s’accroît à la suite de l’achat massif et à des prix très bas de terres cubaines 24 par des citoyens et des compagnies américaines. Cette influence politique, économique et militaire des États-Unis engendre un sentiment de dépendance des Cubains vis-à-vis de leur puissant voisin. Malgré cela, un lent processus de maturité politique se met en place après l’indépendance et le développement socio-économique se poursuit.
L’évolution capitaliste à Cuba sera cependant perturbée par le double héritage du colonialisme et de la post-domination américaine, qui provoquera l'avènement de forces qui ne se réclameront ni du léninisme ni d’aucun courant socialiste.
La seconde intervention américaine : règlement des conflits par la violence
La République naît avec une souveraineté limitée, fortement dépendante économiquement, les richesses sont concentrées entre les mains des Espagnols et des Américains. Une importante vague d’immigration américaine déferle sur l’île, amenant plusieurs compagnies américaines, comme la United Fruit Co ., à investir dans l’économie. Cuba obtient, de fait, son indépendance, en tant que protectorat américain. La participation américaine à la guerre d’indépendance et l’établissement d’un amendement autorisant l’intervention du puissant voisin « en toutes circonstances » auront pour conséquences premières et définitives la subordination du système politique de Cuba à celui des États-Unis, ce qui affecte pratiquement tous les aspects de la vie cubaine et renforce l’immaturité et l’individualisme dans le comportement politique des dirigeants cubains. C’est cette immaturité politique qui va participer de l’avènement de la violence comme mode de gestion et de résolution des conflits.
De 1902 à 1933, les États-Unis vont exercer sur Cuba un pouvoir hégémonique. Celui-ci est à l’origine du développement de plusieurs centres d’autorité totalement modelés par des forces extérieures, ce qui contribue à la division des pouvoirs. L’autorité du gouvernement cubain sur la société et l’économie du pays est alors très restreinte.
L’illustration du fonctionnement de cette relation est mise en évidence par Jorge Dominguez, à travers l’observation du déroulement des élections : « Les changements de parti étaient fréquents avant l’heure des élections. Les politiciens se tournaient non seulement vers le vainqueur potentiel mais également vers le perdant potentiel, dans le dessein de provoquer une intervention des États-Unis sous le prétexte d’élections frauduleuses. Le vaincu aux élections ne perdait pas forcément la présidence, étant donné que l’accession à cette dernière nécessitait l’obtention des voix de Washington.
La concurrence des politiques américaines et la dépendance vis-à-vis des États-Unis représentaient les deux faces d’une même médaille » 25 .
Pendant la première année d’Estrada Palma 26 , premier président de la République, les États-Unis et Cuba adoptent les traités dits de réciprocité : celui de décembre 1902, et le traité permanent, en mai 1903 27 . Les deux parties concluent également l’accord pour la location de stations navales ou de charbon en juillet 1903, ce qui permet la mainmise sur une partie du territoire national et l’installation d’une base militaire américaine dans la province orientale de Guantanamo. Ce premier gouvernement cubain réclame et obtient l’intervention des États-Unis.
La réélection d’Estrada Palma, à la présidence en 1905, considérée comme frauduleuse, provoque en août 1906 une insurrection militaire. L’intervention militaire américaine n’est pas approuvée par le président Roosevelt 28 . Ce dernier et son secrétaire d’État, Elihu Root 29 , avaient en effet donné l’assurance aux pays d’Amérique latine que les États-Unis ne souhaitaient pas les transformer en protectorats.
Cette intervention va non seulement interrompre le cours normal de la République mais aussi mettre en évidence l’incapacité des autorités cubaines à résoudre pacifiquement les querelles au sein du pouvoir cubain, incapacité qui perdurera tout au long de la République. Contrairement à la première intervention entre 1898 et 1902 qui s’était conclue sur des résultats positifs, la seconde, de 1906 à 1909, est le théâtre de la réapparition des anciens maux de type colonial, en particulier celui de la corruption administrative. Charles Magoon 30 , gouverneur provisoire de l’île de 1906 à 1909, laisse la République endettée. La tradition caudilliste et le sectarisme individualiste hérité de la période coloniale continuent à régner durant les premières années de la jeune République. Il n’existe pas de grandes différences idéologiques entre les différents partis. Entre 1909 et 1920, ce sont deux anciens généraux qui vont présider à la destinée de l’île : José Miguel Gomez, de 1909 à 1913, et Mario Garcia Menocal, de 1913 à 1920.
Après la seconde intervention américaine, les États-Unis continuent à jouer le rôle de tuteur, le plus souvent à la demande des dirigeants cubains. Paradoxalement, ces mêmes dirigeants qui avaient combattu l’amendement Platt œuvrent désormais pour que continue de s’exercer l’influence des États-Unis, ne faisant plus cas de leurs idéaux et tirant profit de la soumission de l’île aux banquiers américains.
En 1906, ce sont les libéraux « anti-plattistes » qui réclament ouvertement l’intervention du voisin sur la base même des dispositions contenues dans l’amendement Platt.
Le gouvernement américain exige du gouvernement cubain qu'il résiste à toute forme d’insurrection armée qui pourrait le menacer, alors même que les mouvements observés des forces navales et l’action des médiateurs n'ont fait qu’accroître les contradictions apparues entre le gouvernement cubain et l’opposition.
La probabilité d'une intervention américaine devient une variable cruciale qui renforce l'instabilité politique au cours des années suivantes. Durant les luttes politiques qui suivront, chaque faction, particulièrement les factions opposantes, tenteront d’obtenir le soutien américain, affaiblissant ainsi le gouvernement central de Cuba et fortifiant davantage l'opposition. En 1908, tout comme en 1901, le gouvernement américain organise les élections présidentielles à Cuba. Les élections présidentielles de 1912 se déroulent, sans rébellion ou intervention étrangère, tandis que celles de 1905 et de 1916 entraînent des insurrections et les interventions susmentionnées. En 1920, craignant que les événements de 1916-1917 ne se reproduisent, le Département d'État américain contraint le président Menocal à demander à une commission américaine de procéder à un nouveau recensement et à une réécriture de la loi électorale ; requête à laquelle adhère sans sourciller l'opposition libérale. La commission, dirigée par le général américain Enoch Crowder, achève son travail en 1919. En 1920, un président civil est élu : Alfredo Zayas y Alfonso (1920-1924). En 1925, le général de la guerre d’indépendance, Gerardo Machado y Morales, est élu président.
L’avènement et le développement de forces nouvelles et contestataires
L’avènement des forces nouvelles que sont la génération de 1930, le mouvement étudiant, le Directoire étudiant et la section cubaine de la IIIème Internationale, est un facteur essentiel. En premier lieu, ces forces annoncent la violence qui, à Cuba, va devenir l’instrument systématique de lutte contre le pouvoir et de régulation des conflits – tendance qui va s’accroître dans les années 1930. Ensuite, une scission survenue au sein du directoire étudiant va donner naissance à l’aile gauche étudiante 31 , qui deviendra très vite un instrument du parti communiste.
La génération de 1930 chasse la génération de 1898
C’est l’épisode de « la médiation 32 », qui va déboucher sur la naissance de cette nouvelle génération politique et mettre fin aux espoirs de la génération « indépendantiste » 33 .
La génération de 1930 34 va marquer de son empreinte l’histoire de la République durant les 25 années qui vont suivre.
C’est durant cette période que nous voyons apparaître sur la scène politique les figures qui présideront à la destinée de Cuba : le sergent Fulgencio Batista, le docteur en médecine Ramón Grau y San Martín, Antonio Guiteras, Carlos Prio Soccaras et Eduardo Chibas. Les dirigeants de la génération de 1930 se sentent investis de la mission nationaliste de Martí, à savoir poursuivre la révolution confisquée par les Américains en 1889, lutter contre l’interventionnisme de ces derniers dans les affaires cubaines et abroger l’amendement Platt. Leur credo n’est ni plus ni moins que la vision de Martí d’une société plus juste, d’une nation indépendante politiquement et économiquement.
Le corpus théorique auquel se réfèrent les étudiants est le nationalisme. Dans son ouvrage La Revolucion del 30 se fue a bolina , Raul Roa 35 définit la génération des années 1930 comme la synthèse de trois tendances : « celle qui affleura en 1923 et que symbolisèrent Julio Antonio Mella 36 et Ruben Martínez Villena ; celle qui fit irruption entre 1927 et 1930 personnifiée par Rafael Trejo, Antonio Guiteras et Pablo de la Torriente-Brau, et celle qui se dressa pour livrer la lutte révolutionnaire en 1933, toujours personnifiée par ces trois combattants exemplaires ».
Radicalisation du mouvement étudiant
Dès 1927, les étudiants vont jouer un rôle décisif à travers le Directoire étudiant. Puis en 1930, suite à la création du Second Directoire, bien avant que le mouvement du 26 juillet ne s’organise et n’attaque le palais présidentiel de la Moncada 37 . Le 10 mars 1952, le mouvement étudiant réclame des armes au président victime du coup d’État, afin de combattre le dictateur et défendre la Constitution. Le mouvement étudiant cubain est animé d’une conscience politique très développée.
À quoi doit-il cette conscience politique et cette volonté de défendre les conquêtes et les acquis politiques du pays ?
Le mouvement étudiant cubain joue un rôle dès les premiers jours de la guerre d’indépendance contre le colon espagnol, mais il n’existe pas encore en tant qu’entité organisée. Le colonialisme espagnol voyait dans les étudiants de l’université un réel danger 38 . De nombreux dirigeants de la guerre d’indépendance étant issus de cette université 39 .
Durant les 20 années qui suivent l’indépendance, les étudiants se manifestent au moyen d'actions sporadiques : ils soutiennent l’action des ouvriers du tabac – celle des dockers du port de La Havane – ; ils organisent des grèves à l’Université, mais leur conscience politique est encore en veille. Un événement important a lieu en Argentine en 1923, la grande réforme universitaire de Cordoba 40 , qui condamne l’enseignement médiéval, l’oligarchie universitaire et l’autoritarisme des professeurs. Les conséquences de la réforme de Cordoba se propagent dans toute l’Amérique, et participent fondamentalement à la structuration de la conscience politique des étudiants cubains.
C’est ainsi qu’apparaît à Cuba ce mouvement politique d’étudiants. Il s’organise, dirige et charpente tout le mouvement de lutte contre les lourdeurs et les dysfonctionnements de l’Université, ainsi que contre les maux de la société. La création de la Fédération étudiante est l’œuvre de Julio Antonio Mella, l’un des fondateurs du parti communiste. Ce dernier dirige l’ensemble du mouvement étudiant et crée l’université populaire José Martí 41 . Il organise au sein de cette dernière le premier congrès de l’enseignement secondaire, au cours duquel les étudiants salueront le triomphe de la révolution d’octobre.
Ce vent de liberté à l’intérieur de l’université est dans un premier temps bien accueilli par les autorités universitaires et étatiques. Mais dès son arrivée au pouvoir, Gerardo Machado y Morales, qui instaure la première dictature à Cuba 42 , met en place un processus de restrictions de toutes les libertés et de remise en cause de tous les acquis.
Il expulse Mella de l’Université, puis du pays, puis interdit la Fédération universitaire étudiante. Cette même année, Machado décide de conserver le pouvoir et de proroger le mandat présidentiel de deux années, le passant de 4 à 6 ans. Il se retrouve face à ce mouvement étudiant qui lui est farouchement hostile. Suite à des manifestations de protestation contre la ratification par le Sénat de la prorogation du mandat présidentiel, Machado ferme temporairement l’université, dissout la Fédération étudiante et abolit la Commission universitaire. Ces mesures ne suffiront pas à éliminer l’opposition étudiante qui fonde, au milieu de l’année 1927, le Directoire universitaire étudiant qui très rapidement, acquiert une stature politique 43 . Ce dernier publie un manifeste qui défend le droit des étudiants à s’engager en politique et proteste contre la tentative de réélection du président en place. Le Directoire universitaire n’agit pas uniquement comme une organisation insurrectionnelle. Toutes ses actions tendent dorénavant à un but unique : chasser le dictateur Machado du pouvoir.
Machado ordonne au Conseil de l’université de former des tribunaux disciplinaires, lesquels excluront la plupart des dirigeants du Directoire universitaire étudiant de l’université. Le 8 janvier 1929, l’assassinat de Julio A. Mella offre un martyre à la cause étudiante. En septembre 1930, un second Directoire est fondé. Il publie un manifeste condamnant le régime. Il organise par ailleurs une manifestation qui se solde par une tuerie, durant laquelle un de ses dirigeants, Rafael Trejo, perd la vie. De nombreux lycées, ainsi que l’Université de La Havane sont fermés. Cette dernière le restera pendant trois ans 44 . La mort de Rafael Trejo constitue un tournant dans l’histoire du mouvement étudiant et de sa lutte contre le régime. En janvier 1931, la police arrête 22 étudiants, dont les principaux dirigeants du Directoire 45 .
En février, c’est au tour des professeurs d’être persécutés et poursuivis. Quatre-vingt-cinq d’entre eux sont accusés de conspiration contre le gouvernement.
Toutes ces manifestations qui ont pour réponse des mesures répressives achèvent de convaincre les étudiants que la violence est le seul moyen de combattre le pouvoir. C’est ainsi qu’à Cuba la violence devient l’instrument systématique de lutte. Le mouvement étudiant représente pour une grande partie de la population cubaine un mouvement incorruptible et seul capable de renouveler la classe politique corrompue.
La confiance en cette génération estudiantine que l’on considère comme pure et désintéressée est entière.
La servitude du PC cubain
Les études ont fleuri sur le parti communiste de l’Union soviétique, entité relativement connue et étudiée. Rien n’existe, en revanche, sur sa contrepartie cubaine. Il n’existe pas d’histoire du PC cubain. Rien ne prédisposait le parti communiste cubain, formation qui a collaboré avec la dictature renversée par la révolution castriste et longtemps coexisté avec d’autres forces, à devenir le parti unique de cette révolution.
L’histoire de la relation soviéto-cubaine impose donc de décrire l’organisation principale qui participa à l’édification du parti post-révolutionnaire. La nature particulière du PC cubain et sa relation à l’histoire coloniale vont alors apparaître. Partout ailleurs en Amérique latine un parti communiste sera créé alors que l’indépendance est acquise depuis bien plus d’un siècle. A Cuba, cette création intervient moins de 30 ans après la fin du colonialisme. Car l’île est devenue, sans jamais avoir connu d’indépendance réelle, une néo-colonie américaine.
Pour comprendre ces années, il faut les lire au présent. Compte tenu de ce que nous savons aujourd’hui et sur la base de cette problématique, une double constatation s’impose. L’histoire du parti communiste prend tout son sens par référence à ce qui s’est passé à Cuba à l’époque immédiatement contemporaine.
La relation soviéto-cubaine se conjugue dans un type de structure dont les éléments sont déjà décelables au cours des années où le parti communiste est créé. C’est vrai tant pour la prise de pouvoir que pour son institutionnalisation.
Obédience stricte de l’Internationale socialiste
Le parti communiste cubain est créé en août 1925 46 . Il est fondé quatre mois après l’arrivée au pouvoir de Gerardo Machado, malgré l'absence de relations diplomatiques entre Cuba et l'URSS, et ce jusqu'au 7 avril 1943, date à laquelle débutent les relations diplomatiques entre les deux pays. Cette relation étroite et durable qu'entretient le PC cubain avec la IIIème Internationale permettra à ce parti de jouer un rôle déterminant quand il sera question de s’associer avec les Soviétiques, après la prise de pouvoir de Fidel Castro.
L’intérêt que porte l’URSS à l’Amérique latine durant la première moitié du XXème siècle est minime. Les variables qui ont régi la politique soviétique en Amérique latine sont la doctrine Monroe, l’éloignement géographique et la probabilité négligeable de voir une révolution triompher sur le continent : « Il y avait des tâches révolutionnaires plus urgentes qui devaient requérir la priorité. Il faudrait longtemps avant qu’une révolution puisse réussir dans le Nouveau Monde. Les conditions pourraient mûrir dans un proche avenir. Mais l’impérialisme américain était sur ses gardes et prêt à intervenir comme il l’avait fait dans le passé » 47 .
Le PC naît en tant que section cubaine de la IIIème Internationale, quelques années après l’implantation de cette dernière en Amérique latine.
Le Kominterm commence à exercer son influence sur l’Amérique latine à compter du IIème congrès, qui se tient à Moscou en 1920, congrès au cours duquel sont établies les vingt et une conditions 48 auxquelles tous les partis désirant adhérer à l’organisation devaient souscrire.
Lénine s’intéresse au Mexique en raison de sa proximité géographique avec les États-Unis. L’antenne du Kominterm y est établie par Mikaël Borodine 49 . D’autres émissaires 50 vont poursuivre la tâche initiée par Borodine, qui consiste à organiser les mouvements communistes en Amérique latine. Ils parviennent ainsi à faire du Mexique le premier pays occidental qui reconnaît l’URSS.
Le parti communiste mexicain prend le relais pour aider à l’organisation des partis communistes cubain et guatémaltèque 51 . En 1924, lors du Vème congrès, les partis communistes latino-américains existants s’alignent sur l’URSS et réclament en retour l’aide du Kominterm .
Le bureau sud-américain du Kominterm à Moscou 52 est alors en réponse, créé et un de ses zélateurs en Amérique latine prône la prudence 53 . Le VIème congrès, tenu au milieu de l’année 1928, marque un tournant 54 , et la conférence des partis communistes d’Amérique latine qui se tient à Buenos Aires en 1929 adopte une politique agressive, exhortant à la révolution sur le continent et aux Caraïbes.
Le Kominterm s’intéresse particulièrement au Nicaragua, malgré l’absence de mouvement communiste local 55 . Le VIIème congrès votera une résolution encourageant les insurrections en Amérique latine. Les relations embryonnaires entre l’URSS et l’Amérique latine vont se détériorer au début des années 1930 à cause du soutien apporté par le Kominterm aux partis locaux. Au Mexique, le gouvernement dénonce l’incitation du Kominterm aux troubles publics 56 . Cet incident provoque la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays en janvier 1930. Des incidents similaires précipitent la rupture des relations avec l’Argentine et l’Uruguay. La rupture des relations avec ce dernier porte un sérieux coup d’arrêt à la politique d’expansion du Kominterm .
En effet, l’Uruguay représente le dernier bastion de la IIIème Internationale sur le continent américain. Le parti communiste cubain, étroitement lié à l’Internationale communiste, naît, de son côté, dans l’atmosphère anti-communiste qui caractérise toutes les zones sous influence américaine.
Ce nouveau parti s’inspire d’un communisme autoritaire et imposant, qui consiste en une stricte adhésion, quasi religieuse, à l’orthodoxie soviétique, et ne pense plus qu’en fonction d’un seul pays : l’URSS. Il adopte la ligne directrice dictée par la Russie, ligne que Lénine 57 développe dans son célèbre ouvrage « Que faire ? » : il s’agit de transformer la lutte ouvrière en une lutte essentiellement politique. Le défaut du parti est, de ce fait, un défaut héréditaire : celui d’un parti ouvrier qui ne peut s’adapter à une situation cubaine spécifique. Lors de sa fondation, le parti est numériquement pauvre mais surtout faible idéologiquement, les travailleurs cubains se caractérisant par leur apolitisme dû aux influences anarcho-syndicalistes des premières années.
Fabio Grobart, l’un des fondateurs du parti, estime : « Le premier congrès du parti n’était pas encore à même d’élaborer un véritable programme de lutte pour l’indépendance nationale et le socialisme. Cette tâche était trop importante pour pouvoir être accomplie sans une étude marxiste préalable de la réalité cubaine, alors jamais entreprise par quiconque... Ce qui attendait le parti communiste… c’était le travail extrêmement difficile des pionniers, aussi bien dans le domaine de la formation d’une conscience de nation et de classe, au moyen de la divulgation des idées marxistes léninistes et de leur application aux conditions historiques et concrètes de Cuba » 58 . D’une part, la presque totalité des délégués du Congrès, de même que les membres des groupes communistes, n’étaient pas, de surcroît, des marxistes de formation - ils connaissaient donc mal le socialisme scientifique. D’autre part l’étude préalable de la réalité cubaine ne sera pas entamée, car dès l’origine, ce parti va se soumettre aux directives du Kominterm .
Le parti communiste cubain se fonde donc sans théoricien ; il n’y a pas de Lénine à Cuba. Il adopte un communisme autoritaire, opposé fermement à toute discussion interne, exigeant enfin une adhésion très stricte à l’orthodoxie de Moscou, en fonction de la construction du socialisme dans un seul pays. Il naît également dans un climat peu propice à son évolution, puisqu’une répression acharnée s’abat contre le mouvement ouvrier et ce qui se voulait être son avant-garde, le parti communiste. Les persécutions et procès anticommunistes mettent le parti en pièce au moment même de son apparition en 1925. Ses dirigeants s’exilent. Néanmoins, le parti survit, se renouvelle, puis entreprend la reconstruction et la récupération du mouvement ouvrier qui ne lui était pas acquis.
Les anarchistes 59 ne pouvant concevoir de stratégie organisée à long terme cèdent devant la terreur et laissent un vide que les communistes occupent. Le programme du parti, dicté par ses supérieurs soviétiques en matière idéologique, était de transposer à Cuba le schéma de la révolution, telle qu’elle avait été conçue en URSS 60 .
Le PC cubain focalise son attention sur les contradictions entre capital et travail. Il ne comprend pas que la crise que traverse le pays est la résultante de sa subordination aux Américains. L’examen du parti va nous permettre de mettre en relief l’adoption par le parti d’un schéma importé, n’entretenant aucun rapport avec la réalité.
Le PC cubain à l’épreuve des crises et de la conquête du pouvoir (1931-1935)
Avant 1933
L’objectif principal du parti est d’accéder au pouvoir. Une propagande exacerbant le nationalisme anti-américain et soulignant les injustices sociales est alors mise en œuvre. Les désaccords survenus au sein du parti ne sont pas d’ordre théorique mais causés par les différentes interprétations possibles au sujet de l’exécution des instructions de Moscou.
Lionel Soto analyse cela de la manière suivante : « En relation avec la ligne du PC on peut dire que ce dernier avait pris bonne note de la question nationale dans le cas de Cuba ; il avait accepté que la phase ou étape de la révolution à Cuba – pays semi-colonial – était agraire et anti-impérialiste. Dans un sens, il avait abandonné l’idée irréaliste de réaliser d’un seul coup la révolution prolétaire à Cuba, qui devait être le deuxième grand objectif historique, une fois considérée la première phase, pour passer de façon ininterrompue – avec l’hégémonie du prolétariat et la direction du PC – à la phase ultérieure de la révolution socialiste. Cependant, les tactiques esquissées pour parvenir à la révolution agraire et anti-impérialiste – qui n’avait pas seulement un aspect national, mais se référait en général aux tactiques tracées par l’Internationale communiste – offraient un caractère qui pouvait difficilement attirer un front uni avec la classe ouvrière et le PC, les secteurs de la petite bourgeoisie urbaine et rurale, c’est-à-dire la masse de fermiers, d’étudiants, de petits commerçants et artisans, etc. Le PC proposait le « front uni par la base », et pratiquement, méconnaissait les dirigeants – bons, mauvais – de tous les autres organismes qui n’étaient pas dirigés par les communistes et leurs alliés. Son idée d’entraîner les couches pauvres de la petite bourgeoisie ne cadrait pas très bien avec les réalités. Et, bien que ce fut en théorie totalement juste de proclamer que sans l’hégémonie de la classe ouvrière et sans la direction de son parti d’avant-garde il était impossible, non plus de réaliser la révolution socialiste, mais seulement de couronner la phase agraire et anti-impérialiste de libération nationale, il ne fallait pas pour autant situer la prochaine étape à franchir face à la tyrannie et à l’impérialisme – et en général, face au pouvoir de l’oligarchie bourgeoise latifundiaire à leur service – avec une orthodoxie telle qu’elle écarterait des formes de transition au cours desquelles le PC et la classe ouvrière lutteraient pour la direction et l’hégémonie du mouvement, et dans ces conditions, pour le pouvoir.
En un mot, le PC ne concevait que deux moments de pouvoir : celui de l’oligarchie et celui de la classe ouvrière en alliance avec les paysans, etc., sous la direction du PC. En conséquence, il n’entrait pas dans ses calculs d’envisager un gouvernement de la petite bourgeoisie : un gouvernement du national-réformisme avec des aspects impérialistes ».
« Dans l’idée du PC existaient deux options : celle dont le PC prenait la tête, et celle de la fraction bourgeoise latifundiaire… C’est pourquoi le PC ne concevait pas davantage un appui circonstanciel aux organismes de la petite bourgeoisie et à leur éventuel gouvernement. Ainsi en considérant deux camps, profondément séparés par des objectifs historiques si divergents, le PC se plaçait dans la position d’« un contre tous », et mettait dans le même sac Mario Garcia Menocal et Carlos Mendieta, les étudiants, etc., en leur accolant la même étiquette. « D’autre part, la thèse de la formation de « soviets d’ouvriers, de paysans et de soldats » et du « gouvernement soviétique », dès l’instant de la prise de pouvoir pour mener à bien la révolution de libération nationale, effrayait la petite bourgeoisie urbaine et de nombreux paysans – même pauvres… »
« La thèse de l’insurrection armée soutenue par le PC souffrait également de tous les défauts antérieurs, car elle se fondait essentiellement sur la mise en armes des ouvriers dans leurs usines isolées les unes des autres, et sur le soulèvement possible en leur faveur de secteurs de soldats et marins – souvenirs de la révolution russe – et non pas sur la création de groupes armés qui obéiraient à leurs lois militaires autonomes et constitueraient une véritable armée populaire ».
« Le parti manquait d’un véritable programme soutenu par une analyse profonde de l’histoire de Cuba, de la situation des classes sociales et de leurs tendances politiques. Le PC a manqué de forces théoriques pour le réaliser, mais il lui était aussi difficile de le faire, car le poids de la réalité révolutionnaire russe et de la tutelle – souvent positive mais parfois gênante – de l’Internationale communiste, et surtout de son nouveau bureau des Caraïbes, le privait des bases pour le développement d’une pensée originelle spécifique ».
« Le PC… souffrait d’un certain infantilisme très spécifique de l’époque au niveau international. Et de cette façon, malgré son récent virage, sa politique, dans son essence, était de caractère extrémiste, avec des racines sectaires gauchistes… L’étude de cette époque du PC peut être faite avec le recul d’une quarantaine d’années écoulées et en mettant à profit les enseignements de l’histoire, mais qui aurait pu le faire, avec certitude et clairvoyance, lors de ces années des débuts ? » 61 .
La première grande action de masse du parti communiste contre le machadisme est l’organisation de la grève du 20 mars 1930, dirigée par la Confédération nationale ouvrière cubaine (CNOC) et le Parti communiste cubain (PCC). Elle démontre ce que pouvait l’organisation systématique. La répression s’intensifie et débouche sur le procès des dirigeants de la Confédération nationale ouvrière cubaine. Cette dernière et la Fédération ouvrière de La Havane ont en effet été désignées comme instruments du parti au service du parti communiste selon les directives de Moscou. L’action du PC cubain n’aura de cesse d’œuvrer au mouvement d’unification syndicale, résultat qui sera obtenu à la fin des années 1930, à la faveur d’un contexte politique plus favorable résultant de la stratégie du Front uni.
L’étape suivante au sein du parti est marquée par le passage d’une relative tolérance à une intransigeance absolue, d’une attitude de collaboration à une attitude d’isolement et de sectarisme. Cette grève est non seulement un échec, mais porte également un sérieux coup au parti. Suite à cet échec, le PCC se pose la question de l’organisation syndicale des travailleurs agricoles. Il va se restructurer, ce qui va donner lieu à la création d’une série d’organisations 62 dirigées par le parti. Elles devaient contribuer à incorporer des secteurs sociaux non affiliés, mais s’avèrent être de formidables instruments de mobilisation des masses, tels que l’aile gauche des étudiants constituée pour affronter le directoire. La cible à combattre demeure les États-Unis. Le 27 juin 1930, lors du XVème congrès du parti communiste de l’URSS, Staline déclare que l’arène de lutte principale se situe aux États-Unis et cet intérêt pour le grand État du nord de l’Amérique stimule son intérêt pour les partis communistes d’Amérique latine. La stratégie est dirigée contre les gouvernements des pays d’Amérique latine dans la mesure où leurs politiques viendraient se calquer sur celle des États-Unis. Les partis bénéficient d’une certaine liberté dans leurs mouvements tactiques, mais doivent poursuivre les buts fixés et les orientations générales définies par la première conférence des partis communistes d’Amérique latine.
Cela se traduit à Cuba par une attention particulière portée à l’organisation et à l’action. L'année 1932 se caractérise par un tournant dans les relations entre les États-Unis et Cuba, après l'investiture à la présidence du démocrate Franklin Delano Roosevelt. L'ambassadeur Guggenheim, ami intime de Machado et son associé dans nombre d'affaires troubles et illégales, est remplacé en mai 1933 par Benjamin Sumner Welles.
C’est le processus dit de médiation qui débute. La Maison-Blanche, craignant réellement de perdre ses positions, décide de se poser en médiateur en invoquant la nécessité d'un « gouvernement constitutionnel ». En réalité son but est de paralyser toute action violente ou politique de l'opposition susceptible de provoquer la chute de Machado et la prise du pouvoir par un autre gouvernement sans le consentement de Washington. Cette dernière tente de sauver le statu quo en stoppant le processus révolutionnaire.
La médiation obtient tout de suite le soutien de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie, alors que le parti communiste, la Confédération nationale ouvrière de Cuba (CNOC), le Directoire révolutionnaire et l'Aile gauche étudiante la refusent. Elle court-circuite, une fois de plus, l'idée d'autodétermination.
La médiation a lieu au milieu de l’apogée des grèves. Une grève des transports, qui n’était pas une grève purement économique 63 , provoquée par Ruben Martínez Villena 64 éclate subitement le 28 juillet 1933 lors d'un arrêt de travail des chauffeurs d'autobus, désarticule la médiation et finit par la liquider. Le 6 août 1933, la grève s'étend à toute la République. Le brutal massacre du 7 août, perpétré lorsque la foule descendit dans la rue pour fêter la chute de Machado en incendiant les maisons des « machadistes » et en exécutant les sbires à la solde du tyran, renforce la grève.
Au sortir de la crise, le parti communiste cubain est discrédité, en particulier au sein du mouvement étudiant. La grève générale renforce la désunion entre le parti communiste et les autres groupes opposés à Machado. Bien que le parti communiste ait joué un rôle important dans l’organisation de la grève générale, il opère un retrait, de peur que cette grève ne provoque l’intervention ou l’établissement d’un gouvernement pro-américain. Il change par conséquent de tactique à la dernière minute. Le dirigeant communiste César Vilar s’entretient avec Machado, qui propose l’arrêt de la grève en échange de la libération de prisonniers communistes et d’une éventuelle légalisation du parti. Après maintes discussions au sein du comité central, une décision est adoptée en faveur d’une médiation avec Machado. Une commission présidée par Ordoqui se réunit avec Machado.
Ce dernier accède aux demandes formulées, y compris la légalisation du parti à la seule condition d’arrêt de la grève. César Vilar convoque la CNOC pour appeler à l’arrêt de la grève, mais il est fait peu de cas de l'exhortation du PC et la grève continue de s’étendre à tout le pays. Le 12 août, Machado présente sa démission et cède le pouvoir à Céspedes.
Mais le pacte avec Machado discrédite le parti communiste, en particulier au sein du mouvement étudiant. A compter de la grève générale, le parti communiste s’isole des forces progressistes et révolutionnaires et opte pour l’établissement d’arrangements et accords avec les partis conservateurs traditionnels. En luttant contre l’intervention américaine dans l’île, ainsi que pour l’obtention de mesures sociales, les étudiants mobilisent la rhétorique de la révolution.
Transposant la stratégie théorique du Kominterm à la réalité cubaine, appréciant la situation sous l’angle de la IIIème Internationale, le parti communiste cubain commet alors une erreur d’appréciation lourde de conséquences. Cette fausse manœuvre sera la première d’une longue série dans l’histoire du parti. En plein milieu de la bataille, les communistes, en échange de la légalisation du parti « communiste » et de leurs organismes syndicaux par Machado lui-même, donnent l'ordre de reprendre le travail.
Les documents, signés par Cesar Vilar au nom de l’agence de la Confédération syndicale latino-américaine de Montevideo (CNOC), seront affichés par la police de Machado elle-même sur les colonnes des édifices, sur les lampadaires et sur les arbres dans les parcs des différentes villes. En dépit des appels au calme, la grève et l'action directe se poursuivent 65 .
La rupture que représente le régime de Céspedes est pour les étudiants un frein, voire un coup d’arrêt au processus de réformes entamé dans les années 1920. Le Directoire manifeste très vite son hostilité à ce gouvernement qu’il estime très proche de la constitution américaine, ce qui aboutit à une crise politique.
Le tournant du 4 septembre 1933 : l’irruption de l’armée et l’échec du Front uni
Le 4 septembre 1933 constitue un tournant dans l’histoire cubaine. L’armée surgit dans la vie politique en tant que force organisée, et Fulgencio Batista y Zaldivar 66 émerge comme l’arbitre de la destinée cubaine pour les années à venir. Il est nommé chef d’état-major et devient dès lors en réalité maître de Cuba. Ce 4 septembre entérine également l’union politique de l’armée et des étudiants, deux groupes enclins à la violence qui s’unissent pour diriger Cuba. On assiste par conséquent à une radicalisation des conflits et de la violence, tandis que cet épisode de l’histoire cubaine met en exergue l’importance déterminante de la reconnaissance ou de la non-reconnaissance du ou des régimes successifs par les États-Unis. Ces derniers vont participer d’un mouvement d’encouragement à l’opposition des forces les plus violemment contestatrices.
Le 4 septembre, Fulgencio Batista, simple sergent, aidé des éléments les moins gradés de l’armée, invite le Directoire au camp de Columbia. 67 Lorsque les étudiants arrivent au camp, les sergents sont aux commandes et ont arrêté de nombreux officiers. Le Directoire, Batista et la faction de l’armée qui s’est soulevée décident d’un commun accord de renverser Céspedes et nomment 5 hommes qui forment une pentarchie 68 .
Cette pentarchie s’avère très rapidement inefficiente. En l’absence du soutien des autres partis et groupes d’opposition et surtout en l’absence d’appui du gouvernement américain, elle est vouée à l’échec. Roosevelt, en effet, ne la reconnaît pas. La promotion de Batista au rang de colonel par un des membres de la pentarchie, sans consultation préalable des autres, porte le coup de grâce au régime. Le 10 septembre 1933, Batista, l’armée et le Directoire nomment Ramón Grau San Martín 69 président intérimaire. Avec celui-ci, la génération de 1930 se retrouve au pouvoir. Et les étudiants tiennent entre leurs mains le destin de Cuba.
Le régime de Grau est issu du processus révolutionnaire et du nationalisme radical de la génération de 1930. Ce qui prévaut au sein de ce régime, c’est le sentiment nationaliste plus que le désir de mesures radicales. Le régime est pro-ouvrier, il s’oppose à la prédominance du capital étranger. Grau abroge la constitution de 1901, promulgue des statuts provisoires pour diriger Cuba et appelle à une convention constitutionnelle pour le 1er avril 1934. Il entame les négociations pour l’abrogation de l’amendement Platt. Il adopte un certain nombre de mesures pour éliminer du gouvernement les hommes de Machado. Le 6 octobre, il garantit à l’université de La Havane son autonomie 70 . Une série de mesures est également prise : les 8 heures par jour de travail, un décret visant à limiter l’influence des dirigeants étrangers, etc.
Le gouvernement de Grau doit faire face à la fois à des problèmes internes et à sa non-reconnaissance par les États-Unis. Cette reconnaissance est la composante-clé de l’existence de n’importe quel gouvernement. Son absence condamne donc le régime de Grau San Martín et encourage les partis d’opposition ABC (mouvement réactionnaire fascisant), les communistes et les officiers déchus par Batista, qui représentent alors les forces les plus importantes d’opposition au régime. Ces problèmes internes contribuent à l’instabilité de ce gouvernement.
Une faction menée par un dirigeant étudiant et ministre de l’Intérieur Antonio Guiteras, soutient et plaide en faveur de la continuation du programme de réformes sociales. Fortement nationaliste et très motivé, Guiteras initie la plupart des mesures prises par le régime, dont il est en réalité la tête pensante.
En face, une autre faction, dirigée et contrôlée par Batista et l’armée, plaide pour un programme plus conservateur, plus en accord avec le contexte géopolitique, et qui puisse bénéficier de la reconnaissance des États-Unis.
Le PC lui, épouse la stratégie de libération nationale et de révolution sociale, prises globalement. L’anti-impérialisme promu par le PC n’est pas une position conjoncturelle, mais une composante fondamentale d’une stratégie toujours présente dans la conception générale de la lutte populaire. Celle-ci revêt, en tenant compte de son sommet au mois d’août, un caractère marqué anti-oligarchique et anti-impérialiste imposé par les masses politisées par le Parti.
Le 6 novembre 1933, le Directoire est dissous par ses propres membres, mais continue de soutenir Grau. Le 6 janvier 1934, une assemblée d’étudiants s’opposant au pouvoir grandissant de l’armée au sein du gouvernement retire son soutien au régime de Grau. L’armée conspire pour prendre le pouvoir. Les États-Unis n’ont pas reconnu et ne sont pas prêts à reconnaître un régime qui porte atteinte à leurs intérêts. Les industriels et les patrons s’opposent à la législation mise en œuvre par le régime, et enfin les communistes, de peur de perdre leur influence, attaquent violemment Grau.
Le 14 janvier, Batista, chef de l’armée, contraint Grau à démissionner. Carlos Hevia lui succède pour 24 heures, puis Batista désigne Mendieta. Durant les années qui suivent le renversement de Grau, la génération de 1930 doit faire face à la dure réalité du pouvoir politique. Ils pensaient que le départ de Machado marquerait le début d’une ère nouvelle. Une nouvelle ère en effet commence, mais c’est celle de la domination de l’armée sur Cuba. Batista choisit de s’entourer d’anciens collaborateurs de Machado, la corruption s’installe à nouveau, la répression et le terrorisme prennent de l’ampleur.
Les étudiants, ainsi que les dirigeants du Directoire qui conservent l’espoir de transformer la société, rejoignent le parti révolutionnaire Cubain 71 dit Auténtico , et reconnaissent Grau San Martín, désormais en exil au Mexique, comme président.
On va assister dès lors à une radicalisation de la violence. L’usage de cette dernière divise la génération de 1930. Antonio Guiteras, l’ex-ministre de l’Intérieur de Grau San Martín, fonde « Joven Cuba », persuadé que le terrorisme est le plus efficace et le plus sûr moyen de lutter contre Batista.
Le mouvement étudiant va être particulièrement actif contre Mendieta. Au début de l’année 1934, après trois ans de suspension des cours, l’université de La Havane est réouverte. Le gouvernement de Mendieta cède à la pression des étudiants 72 et publie un décret restaurant l’autonomie de l’université et la dotation de 2 % du budget national qui lui était allouée.
Cependant, le procès de 45 professeurs, accusés de parti pris lors des conseils de disciplines, tout en ayant bénéficié des salaires alloués par le gouvernement de Machado en 1927 et 1928, met le feu aux poudres. L’université tout entière démissionne. Le Conseil de l’université s’oppose à ce mouvement de protestation et met en place une nouvelle organisation. Les étudiants poursuivent leur lutte contre Mendieta et Batista et contrôlent presque totalement l’université. En septembre 1934, on compte de nombreuses manifestations violentes et de nombreux blessés. Il y aura plus de 100 grèves tout au long de l’année dans toute l’île.
Le 8 mai 1934 Batista se débarrasse de son opposant le plus virulent, Antonio Guiteras 73 et vient à bout des grévistes par une répression brutale. Le régime, qui gouverne à l’aide d’un président « pantin », se consolide 74 . Les véritables maîtres de Cuba sont Batista et son armée.
En mars 1935, une grève des instituteurs s’étend peu à peu à tous les secteurs du pays, revêtant un caractère véritablement politique. L’université tout entière s’embrase et le Conseil de l’université appuie cette fois-ci ses étudiants. Dans la sphère politique, la coalition se dissout 75 .
L’échec de la grève, la fermeture de l’université de La Havane et la répression sauvage mettent fin à l’engagement politique des étudiants. La réouverture de l’université en 1937 ne provoquera pas une reprise de l’activisme étudiant, la plupart des dirigeants étudiants étant en exil. Les désillusions qui suivent « la révolution confisquée » feront perdre aux étudiants leur idéalisme originel et entraîneront une condamnation de la grande majorité de cette population.
Les étudiants sont confrontés à l'échec du Front uni révolutionnaire et à l'adoption d'une nouvelle ligne dictée par le Kominterm . Cette période est en effet marquée par l'adoption d'une « nouvelle ligne » de front populaire en conformité avec les nouvelles orientations imposées par le Kominterm . Elle l'est également par l'échec de la grève du 9 mars 1935 qui consacre l'échec de la tentative d'union de l'ensemble des forces contestataires en un front uni révolutionnaire.
Il convient cependant, au préalable, de revenir sur les conséquences, pour le parti communiste, de la révolution de 1933. Durant la révolution de 1933, les rangs des fidèles du parti se remplissent, et ce malgré le discrédit jeté sur son action du fait de son rapprochement avec Machado. Cette révolution est considérée par les communistes comme une pré-révolution. Aussi, dès que Grau prend le pouvoir, le PC organise des manifestations anti-gouvernementales et crée des soviets. Le PC s’imagine déjà aux commandes.
L’occupation des raffineries de sucre par les ouvriers ne doit pas être strictement entendue comme un acte d’occupation des fabriques. Il faut lui conférer un contenu révolutionnaire, puisqu’elle s’accompagne de la prise des terres et de leur répartition entre les chômeurs et les ouvriers agricoles, que la prolongation de la grève condamne à la misère la plus terrible. Le 28 septembre 1933, le retour des cendres de Julio Antonio Mella est l’occasion pour le PC d’organiser une manifestation, qui est interdite aussitôt rendue publique 76 . Le parti outrepasse alors l’interdiction formulée 77 .
Une nouvelle fois, le parti communiste n’a pas saisi ce qui se passait à Cuba. Sa prise de position contre le gouvernement témoigne qu’il fait fausse route en suivant les préceptes de l’Internationale communiste et en ordonnant l’application de mesures en inadéquation totale avec la réalité cubaine. Comme à chaque moment décisif, les « marxistes-léninistes » cubains se sont situés contre les intérêts tant immédiats qu'historiques des ouvriers. Au milieu de cette effervescence, les communistes cherchent encore et toujours à s’assurer du contrôle du mouvement syndical.
En 1934, le parti et tous ses organismes sont en pleine déliquescence. Le parti est, de surcroît, débordé par des organisations révolutionnaires plus en phase avec le pays, comme le parti révolutionnaire Auténtico 78 , Joven Cuba 79 et le Groupe de Sandalio Junco 80 et le parti trotskiste qui regroupe des communistes extrémistes beaucoup plus indépendants et qui a causé beaucoup de tort au PC.
Le climat s’est radicalisé, tandis que ces organisations sont venues remplir « le vide politique ». On peut, par ailleurs d’établir un lien entre ce vide du pouvoir suscité par les États-Unis et l’incapacité des cubains à se prendre en charge.
Le PC est alors concurrencé, sur son terrain, par ces nouveaux partis, et doit faire face à la répression du gouvernement. Le secrétaire de l’Éducation, à titre d'exemple, ordonne une épuration du corps enseignant, qui passe par la radiation de tous les membres ayant une quelconque affiliation avec les communistes et du « syndicat national de l’enseignement », qu’il considère comme un organisme écran du PC 81 .
C’est ainsi que la tentative de Front uni révolutionnaire échoue. En février 1935, les communistes commencent à éditer « La palabra », et à nouveau l’idée d’un Front uni révolutionnaire se fait jour. ABC ne veut pas entendre parler d’union avec les communistes, mais Guiteras, lui, est partisan de les utiliser pour atteindre ses objectifs. Ce congrès est l’occasion de réajuster les orientations de Staline après l’influence que Trotsky et Zinoviev ont exercé sur les partis communistes d’Amérique latine. Les communistes, quant à eux, espèrent rallier finalement Guiteras à leur cause avec l’appui de Carlos Aponte, vieux marxiste vénézuélien, alors second de Guiteras.
Tout le monde finit par se mettre d’accord – étudiants du Directoire, étudiants de l’Aile Gauche, Auténtico, guiteristas, ABC et communistes – pour renverser le gouvernement en fait plus dirigé par Batista que par Mendieta.
A compter de ce moment, le parti reprend des forces, Guiteras étant partisan de les utiliser dans le seul but de combattre le gouvernement. Fidel Castro retiendra la leçon et affirmera plus tard que l’option socialo-communiste trouve son origine dans le « guiterisme ».
La grève du 9 mars 1935 échoue 82 , Guiteras est tué en mai 1935. Le gouvernement se maintient en instaurant un climat de répression et de terreur.
Après la grève, le parti est à nouveau plongé dans la clandestinité. Les élites dirigeantes sont en exil, ou emprisonnées, le journal du parti interdit. Les membres du parti adoptent des pseudonymes.
C’est une période particulièrement difficile pour le parti. Les communistes sont arrêtés dès qu’ils sont identifiés comme tels. Lorsqu’ils ont la chance de ne pas être identifiés comme communistes, ils sont condamnés à des peines très courtes. Mais ’ils sont reconnus comme dirigeants, ils subissent des peines très lourdes : Lazaro Peña est identifié et condamné à plusieurs années de prison. Blas Roca et Fabio Grobart sont arrêtés mais non identifiés, et sont condamnés à 6 mois de prison. Les arrestations, les persécutions, l’atmosphère de siège, la perte des cadres rendent difficile le fonctionnement du parti et réduisent sa mobilité. Les communistes cubains ouvrent un bureau à New York, avec le soutien du parti communiste américain, afin de recruter des combattants pour la brigade internationale Abraham Lincoln qui part combattre au côté des Républicains espagnols 83 .
Le Parti s’institutionnalise
Au milieu de l’année 1934, lors de son second congrès, le PC se trouve confronté à la nécessité d’adopter une nouvelle ligne. Blas Roca 84 est alors nommé secrétaire général avec le soutien de Fabio Grobart. On adopte un programme 85 qui, bien que constituant le premier programme de l’histoire du PC cubain, s’inscrit dans le schéma d’orientation de l’Internationale communiste. Le parti se trouve alors plongé à nouveau dans la clandestinité.
A son retour de Moscou, Blas Roca expose la thèse du Front populaire. Il explique cet échec en premier lieu par l’antagonisme qui existe entre les forces en présence et en particulier par la faiblesse politique du mouvement ouvrier, qui n’a pas perçu la transcendance de l’événement.
La défense de la thèse du Front uni des travailleurs et d’un Front populaire des partis politiques d’opposition pour lutter contre la dictature de Fulgencio Batista sur le plan national et contre le fascisme sur le plan international n’est cependant pas partagée par tous au sein du parti. L’appel à l’union n’est entendu, ni par Menoca,l ni par Mendieta, ni même par les révolutionnaires.
Durant les incarcérations de Blas Roca et Fabio Grobart, l’intérim du pouvoir est assuré par Martín Castellanos qui certes prend des initiatives, mais applique maladroitement la nouvelle stratégie. Son audace unitaire et ses inclinations chauvines lui vaudront son expulsion du parti à l’heure du bilan.
Après l’échec de la grève, est apparue l’urgence d’organiser le mouvement ouvrier en conformité avec les consignes du Kominterm . Le PC trouve une parade à l’illégalité en se dédoublant sous la forme d’une union révolutionnaire et d’une organisation « démocratico-révolutionnaire » qui peuvent agir légalement. En 1936, Anibal Escalante défend la thèse du Front uni appliquée à Cuba, comme l’unique option possible face à Batista, l’union de tous afin de pouvoir concentrer les forces suffisantes pour le renverser.
Par ailleurs, le mouvement ouvrier était, selon le PC, dominé par un « esprit trop économiste », il fallait donc développer le travail politique sans pour autant délaisser le travail syndical. Dans ce schéma, les étudiants n’apparaissent utiles que comme agitateurs. Là encore, le PC commet une erreur d’appréciation. On se met aussi d’accord, dans l’euphorie, pour affirmer sa solidarité avec « la lutte du peuple espagnol », saluer l’Armée rouge, condamner le sectarisme et « les déviations petites bourgeoises », élever le niveau politique des cadres dirigeants, intensifier les tâches d’unité des syndicats et ne s’arrêter que lorsque le Front populaire serait constitué contre le fascisme. Une fois de plus, la crise était dépassée, le parti continuait d’exister. L’Union révolutionnaire se charge d’approcher les organisations révolutionnaires dans le but d’organiser l’union, et constitue à cette fin « les comités d’unité populaire ».
La parfaite entente entre Batista et le PC Cubain
Cette stratégie de parfaite entente s’inscrit dans le contexte de la nouvelle orientation dictée par l’Internationale communiste. Il apparaît utile à cet effet, de rappeler les propos tenus en 1936 par Anibal Escalante à propos de la thèse du front uni appliquée à Cuba : « Nous créerons une crise politique lorsque nous abattrons l’ennemi le plus puissant avec ses propres alliés de classe, nous en tirerons un avantage, au moins, celui de nous rapprocher du pouvoir ».
C’est ainsi que les communistes et Batista entrent en contact. Les communistes souhaitent contrôler le mouvement ouvrier et obtenir l’approbation d’un projet de loi, soumis à la discussion et autorisant la création d’une Fédération ouvrière. Ils réclament également qu’on facilite la constitution de syndicats et enfin demandent la légalisation de leur parti.
C’est ce moment que choisit le bureau politique du parti pour opérer un virage à 180°. L’ennemi étant à présent le fascisme, tous les efforts devraient donc à l’avenir être concentrés pour le combattre, sans pour autant abandonner les revendications originelles du PC. La nécessité justifiait la formation d’une conscience révolutionnaire, le passage par une étape transitoire, ainsi que la formation d’un gouvernement de front antifasciste. Le rapport de Blas Roca, à son retour du VIIème congrès, était calqué sur le texte de Dimitrov 86 , qui offre la possibilité de pousser jusqu’au partage des responsabilités d’un gouvernement avec d’autres partis. Le parti de ce fait obtient l’autorisation et la consigne de s’allier avec n’importe qui.
Quel est ce petit cordon qui lie Cuba à l’URSS ? Y avait-il un autre espace, une autre stratégie possible ? Quels sont les intérêts inter-partis ?
Le dilemme était de soutenir les partis communistes tout en entretenant des relations avec les États auxquels ils s’opposaient. On retrouve ici l’un des paradoxes de la politique soviétique qui ne renonce ni à l’un ni à l’autre. L’URSS sera tenue responsable par les pays d’Amérique latine des agissements des partis communistes et ne pourra de fait établir de relations avec les États du continent américain avant la deuxième guerre mondiale et son engagement aux côtés des Alliés, exception faite du Mexique (1924-1930) et de l’Uruguay (1926-1935). Les deux États rompent d’ailleurs leurs relations, accusant les diplomates soviétiques d’être en liaison avec l’opposition.
Le rapport de Roca souligne la véritable ligne d’action qui est présentée comme un plan de lutte contre le gouvernement. En réalité, il s’agissait d’un plan de concessions faites à Batista, l’option du Front populaire ne fait pas alors l’unanimité mais cet accord ouvre la voie à la légalisation du parti.
Pour la première fois, les communistes peuvent agir sans être persécutés, mais ils demeurent prudents. Du temps est nécessaire pour qu’on accepte de les voir agir librement. Au sein du mouvement ouvrier, le parti peut tirer un plus grand avantage de cet accord. Lazaro Peña propose l’intégration de tous les organismes ouvriers existants dans une commission nationale des ouvriers et dans des confédérations de travailleurs. Le soutien à la guerre civile espagnole donne naissance à Ultimas noticias de hoy 87 , qui sera l’organe du parti communiste jusqu’au triomphe de la révolution cubaine.
En juillet 1937, à Miami, a lieu un plénum révolutionnaire auquel participent le parti communiste, l’Union révolutionnaire, la ligue antiimpérialiste et la quasi totalité des organisations révolutionnaires. Suite à cette réunion, Batista, par l'intermédiaire de l'ambassadeur du Mexique, entreprend de rencontrer les partis d’opposition et les mouvements révolutionnaires. Les intentions de Batista restent obscures. Il aurait cherché le soutien des révolutionnaires pour destituer le président Laredo.
En juillet 1938, le dixième plénum du parti communiste entérine la nouvelle ligne de parfaite entente avec Batista, avec pour consigne : « une constitution qui assure la démocratie, l’amélioration du niveau de vie du peuple, la défense de l’économie nationale ». La nouvelle ligne du parti est alors définie de la manière suivante : lutte en faveur de la République espagnole aux prises avec les Franquistes, lutte en faveur de l’intérêt de la classe ouvrière, rédaction d’une constitution et renforcement de la défense nationale.
L’accord étant conclu avec Batista, il ne reste plus qu’à délivrer un message visant à faire accepter cette nouvelle orientation au sein du parti et parmi les militants. Les communistes contrôlent alors la plupart des syndicats reconnus par le ministère du Travail, et Lazaro Peña poursuit son action en faveur de l’unification.
Blas Roca analyse de son côté le soutien qu’apporte ainsi son parti à Batista : « Nous basant sur les contradictions de l’alliance avec le gouvernement et, dans l’opposition, sur les éléments les plus réactionnaires autour de Batista. Lors de la démission du général Montalvo, notre parti appuie Batista, qui cesse d’être le centre de la réaction, parce qu’il facilite la convocation de l’assemblée constituante libre et souveraine, l’amnistie politique et sociale, le retour des exilés, le rétablissement des droits démocratiques qui trouve son expression la plus importante dans des événements, tels que le congrès constitutif de la CTC, reconnu dans sa spécificité, la légalisation du parti communiste, la liberté d’agir du PRC et d’autres groupes politiques et la solution au problème universitaire par la reconnaissance de l’autonomie de l’universit

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents