Démocratie en Afrique francophone : une pure fiction
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Description

Après le départ des colonisateurs blancs, les politiciens congolais se sont érigés en colonisateurs noirs. De nos jours, les politiciens africains en général et congolais en particulier se comportent toujours en colonisateurs. Ils se lancent en politique dans le seul but de s'enrichir et de se maintenir au pouvoir à vie et non dans celui de contribuer au développement de leurs nations. L'alternance politique devient un événement qu'il faut empêcher à tout prix. Au final, chacun parle de démocratie mais tous empruntent des chemins qui n'y mènent pas.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 septembre 2010
Nombre de lectures 79
EAN13 9782296701649
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Démocratie en Afrique francophone : une pure fiction

Le cas de la République démocratique du Congo
Etudes Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa


Dernières parutions

Ambroise V. BUKASSA, Congo-Zaïre : éternel rebelle au consensus politique, 2010.
Arlète TONYE, Pratique juridique des financements structurés en Afrique, 2010.
Hugues MOUCKAGA, Les Bapunu du Gabon, communauté culturelle d’Afrique centrale, 2010.
Moïse LIDA KOUASSI, Témoignage sur la crise ivoirienne, De la lutte pour la Démocratie à l’épreuve de la rébellion , 2010.
Jean Damien MALOBA MAKANGA, Les précipitations au Gabon : climatologie analytique en Afrique, 2010.
Jean-Alexis MFOUTOU, Essai sur la traduction : Faits divers et lexique français-munukutuba, 2010.
Pierre-Marie METANGMO, Peut-on sauver le Cameroun ?, 2010.
Hygin Didace AMBOULOU, Le Droit des collectivités locales au Congo , 2010.
Borice MOKELE, Monseigneur Ernest Kombo. Ami de Dieu et des hommes, 2010.
Auguste OWONO-KOUMA, Mongo Beti et l’Eglise catholique romaine , 2010
Bali DE YEIMBEREIN, Dessine-moi la Guinée !, 2010.
Mohamed Tétémadi BANGOURA, Dominique BANGOURA, Gouvernance et réforme du secteur de la sécurité en Guinée, Défis démocratiques et de refondation , 2010.
Jacques MPIA BEKINA, L’évangélisation du Mai-Ndombe. Histoire, difficultés présentes et inculturation, 2010.
Richard EYASU


Démocratie en Afrique francophone : une pure fiction

Le cas de la République démocratique du Congo


L’HARMATTAN
© L’H ARMATTAN, 2010 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-12191-1
EAN : 9782296121911

Fabrication numérique : Socprest, 2012
Ouvrage numérisé avec le soutien du Centre National du Livre
« La vie est un fleuve qui coule vers demain, c’est pourquoi demain doit avoir plus d’importance qu’hier et qu’aujourd’hui. »

Martin Gray
Avant-propos
Au début du vingtième siècle, la République démocratique du Congo et la majeure partie de l’Afrique francophone étaient synonymes, pour les différentes puissances coloniales, de réservoir de ressources naturelles indispensables au développement de leurs économies. Un siècle plus tard, le nom « Afrique » ne peut être mentionné sans évoquer des phénomènes tels que les dictatures, le sous-développement, les rivalités ethniques, les génocides, les enrôlements d’enfants-soldats, les viols massifs de femmes, les exodes de millions de réfugiés fuyant les zones de combat, les famines, les mutilations ou les cas de cannibalisme relevés, par exemple, au cours des conflits armés en République démocratique du Congo, ainsi que différentes formes d’atrocités et de crimes contre l’humanité.

Dans la quasi-totalité des cas, des millions d’Africains ont été victimes de la folie des grandeurs de quelques individus qui, par le hasard des choses, ont pu accéder à des fonctions de « chef d’État » mais qui, en réalité, n’étaient que des personnes sans scrupule, avides de pouvoir, et qui ont joui du présent dans le plus grand égoïsme, sans aucune vision de développement pour le futur. Ces individus ont non seulement réussi à détruire le tissu économique de leurs nations respectives, censé être légué aux générations futures afin d’en assurer la prospérité, mais ont en plus de cela entraîné dans la mort des millions de vies innocentes.

Comment l’Afrique en est-elle arrivée à tant de barbarie et de déshumanisation ? S’il était possible de faire le total du nombre de vies humaines perdues depuis l’introduction de la démocratie au début des années quatre-vingt-dix suite à des conflits de toutes sortes – violences électorales, rivalités ethniques, rébellions, génocides, guerres au nom de la démocratie –, il se chiffrerait certainement en dizaines de millions. Il devient dès lors important de se poser la question de savoir pour quel idéal toutes ces personnes sont mortes. À quoi a servi ce carnage à grande échelle ? La triste réalité présentée dans cet ouvrage est que toutes ces victimes africaines ont été sacrifiées au nom de rien du tout. Elles ont été jetées en vain dans la poubelle de l’Histoire.

L’Afrique n’est sortie de toutes ces expériences ni plus mûre ni plus développée ni plus démocrate ; elle a par contre réussi à appauvrir davantage sa propre population au profit d’une poignée d’individus au sein de sa classe politique. Elle est simplement retournée à la case départ, celle d’avant les indépendances. Elle est incapable de juger ses propres criminels de guerre et génocidaires. Elle se contente d’attendre que l’Occident, avec sa Cour pénale internationale, les arrête et les juge, alors qu’ils circulent en toute liberté sur son sol, jouissant de la plus grande impunité et offrant ainsi au reste du monde le spectacle d’une véritable jungle dans laquelle prévaut la loi de la « mitraillette », l’image d’un continent sans morale ni justice.

Ce livre est un hommage aux millions d’Africains qui, au cours des deux dernières décennies, sont morts sans connaître les raisons pour lesquelles la vie leur a été ôtée.

À toutes ces femmes dont les existences ont été détruites et les âmes déchirées par une barbarie sans précédent, qui ont été violées et qui, dans leur silence, n’ont jamais pu trouver de réconfort. Ces femmes africaines autrefois si joviales, qui n’avaient pour seule ambition que de subvenir aux besoins de leurs familles et qui ont été marquées à vie, pourchassées dans leurs champs ou dans leur maison de manière impitoyable par des hommes de troupe à la solde d’individus prétendant se battre pour l’avènement de la démocratie.

À tous ces jeunes garçons brutalement privés de leur enfance et qui porteront à vie les stigmates des guerres auxquelles ils ont pris part suite à leur enrôlement forcé au sein de groupes armés dirigés par des individus sans autre idéal que la conquête du pouvoir à des fins d’enrichissement personnel.

À tous ces frères qui ont perdu la vie en se battant les uns contre les autres dans des conflits ethniques attisés par des politiciens manipulateurs.

À tous ces blessés, estropiés et infirmes de guerre, aujourd’hui abandonnés à leur triste sort par ces mêmes dirigeants belliqueux qui les ont envoyés au combat.

Au rang des victimes de l’intolérance, il convient également de mentionner ces nombreux journalistes et militants des droits de l’homme et de la liberté d’opinion et d’expression du continent africain, torturés, emprisonnés et assassinés à cause du noble idéal qu’ils défendaient. Les journalistes de la République démocratique du Congo, par exemple, ont payé un très lourd tribut au nom de la liberté de la presse : depuis 2005, la moyenne, macabre, est de deux journalistes assassinés par an, le dernier en date étant Bruno Koko Chirambiza, le 23 août 2009.

À tous ces martyrs de la lutte anti-colonialiste qui, en versant leur sang, nourrissaient l’espoir de voir l’Afrique prendre son envol une fois l’indépendance acquise. Ils espéraient que leurs enfants pourraient quitter leurs logis de misère pour aller vivre dans les luxueuses villas autrefois réservées aux colonisateurs, quitter ces écoles dans lesquelles ils s’asseyaient à même le sol pour aller étudier dans des établissements modernes. Ils pensaient que leurs villes et leurs villages deviendraient aussi beaux que ceux des puissances coloniales. Que d’espoirs tournés en dérision !

Afin que l’histoire se rappelle des souffrances inutiles que quelques Africains détenant les rênes du pouvoir ont infligées à leurs propres frères et sœurs, fils et filles…Mais par-dessus tout, afin que l’Afrique se décide un jour à prendre résolument le chemin qui mène à la démocratie et au développement intégral.

À vous tous, je dédie ce livre.

Richard Eyasu
La longue marche à reculons
David Livingstone, Henry Morton Stanley et Pierre Savorgnan de Brazza furent tous émerveillés par la beauté, les richesses et le gigantesque potentiel économique de l’Afrique : une végétation luxuriante, des arbres fruitiers en abondance, un climat ensoleillé la majeure partie de l’année, une faune et une flore exceptionnelles, un sous-sol riche en minerais ainsi que d’énormes ressources pétrolières. Bref, tous les ingrédients étaient réunis pour faire de l’Afrique un véritable paradis sur terre.

Les pères des indépendances africaines ont observé les colonisateurs bâtir des cités modernes, transformer les forêts vierges en immenses plantations, construire des routes pour relier les villes et les villages, tracer des voies de chemin de fer, bâtir de belles villas et de splendides résidences dans lesquelles les maîtres se reposaient, servis par leurs esclaves. Les pères des indépendances africaines sont allés étudier dans les pays des colonisateurs et ont observé comment ceux-ci avaient développé de solides économies en utilisant une bonne partie des ressources naturelles provenant des colonies. Ils ont rêvé de pouvoir un jour transformer leurs pays comme les pays des Blancs. Ils ont espéré que s’ils pouvaient eux-mêmes être en charge de la destinée de leurs nations, les richesses nationales pourraient être redistribuées au profit des populations locales de façon plus efficace. Cinquante années après les premières indépendances, le bilan est bien triste. Le colonisateur blanc est parti et a laissé la place au colonisateur noir qui a réduit ses propres frères en « esclavage ». Le spectacle offert aujourd’hui correspond-il à ce que les pères des indépendances avaient rêvé de voir s’accomplir un jour ?

Au lieu d’aller de l’avant, l’Afrique a réalisé une grande marche à reculons ; et, dans la plupart des cas, elle a détruit une grande partie des infrastructures héritées de la colonisation.

Certes, l’Afrique regorge d’innombrables ressources naturelles qui pourraient être mises à profit pour son développement. Mais ce dernier n’est pas nécessairement un problème de ressources, c’est avant tout un état d’esprit dans lequel les mentalités sont prédisposées à œuvrer pour le bien-être collectif, pour l’autosuffisance alimentaire, pour l’indépendance économique et politique et ont une vision constamment tournée vers l’avenir. Lorsque nos pères réclamaient leur indépendance, en voyant la façon dont le colonisateur tirait profit des ressources naturelles du sol et du sous-sol, ils étaient convaincus que si ces richesses étaient exploitées par les Africains eux-mêmes, un développement très rapide de nos sociétés était envisageable.

Que s’est-il donc passé pour que ce projet échoue si lamentablement ? Des nations comme la République démocratique du Congo (RDC) se contentent de fredonner un éternel refrain bien connu de tous : « Nous sommes un scandale géologique, nous avons un grand potentiel… » Posséder des ressources naturelles, d’une part, et être en mesure de les exploiter à des fins de développement économique intégral, d’autre part, sont deux choses totalement différentes. Les raisons de l’échec du développement de la RDC sont communes et similaires à plusieurs autres États d’Afrique francophone, les mêmes causes produisant les mêmes effets. Ainsi, la RDC fait partie des nations africaines aux nombreuses potentialités mais incapables de progresser économiquement depuis que la gestion économique est passée du pouvoir colonial au pouvoir national. C’est un constat d’une amertume extrême, mais bien réel. La situation économique du pays était beaucoup plus saine avant l’indépendance. Le franc congolais de 1960 était, avec la livre sterling et le dollar américain, parmi les monnaies les plus fortes du monde. La RDC avait un produit national brut supérieur à l’Afrique du Sud et à plusieurs États asiatiques. Comprendre les causes profondes de la décadence de la RDC permettrait de relever les défis futurs de bien des nations africaines {1} .

Les dictatures ainsi que l’ensemble des pratiques qui s’y trouvent associées sont parmi les causes du désastre africain. Très peu de temps après avoir acquis leur indépendance nationale, la plupart des pays d’Afrique francophone ont sombré dans de tristes et sanguinaires régimes dictatoriaux. Ceux-ci étaient très proches des formes primitives de gestion et de gouvernance des sociétés traditionnelles africaines. Gnassingbé Eyadéma au Togo, Mobutu au Zaïre et Jean-Bedel Bokassa en République centrafricaine en sont des exemples parmi d’autres. Un demi-siècle plus tard, l’Afrique paie le prix fort des séquelles de la dictature. Un phénomène d’acceptation psychologique de celle-ci comme mode de gouvernance s’est propagé dans toutes les couches de la société. Groupes musicaux, associations religieuses, dirigeants de parti politique, ministres, magistrats, présidents de conseil d’administration, chefs d’établissement, huissiers, etc. : pour avoir vécu si longtemps sous des dictatures, ils sont tous devenus des dictateurs, chacun dans son champ d’action, appliquant la loi qui est la sienne et se livrant largement au népotisme.

Les conséquences des dictatures et leurs répercussions sur le sous-développement africain sont beaucoup plus importantes que ce qu’elles semblent laisser paraître. La démocratie pourrait certes contribuer à relever les défis du développement, malheureusement la marche vers celle-ci n’a pas encore commencé, même si le mot « démocratie » est largement employé à tort et à travers. Le terme « dictature » est bien sûr de moins en moins utilisé, mais la plupart des pratiques qui en découlent demeurent bel et bien perceptibles et sont solidement ancrées dans les mœurs : amateurisme politique, népotisme, tribalisme, contrôle de l’information, absence de liberté d’opinion, « cadeaux » offerts aux populations par des personnalités politiques, personnification du pouvoir autour d’un individu au détriment de l’image de l’État, corruption généralisée, combines politiciennes visant avant tout les arrangements de pouvoir et non l’intérêt général des populations, etc. Aucune réelle démocratie ne verra jamais le jour en République démocratique du Congo ou en Afrique francophone tant que les dictatures et les pratiques qui y sont associées continueront à prévaloir.

Des élections de façade ne devraient en aucune circonstance être assimilées à un signe de démocratie. Organiser des élections n’est pas synonyme de démocratie, encore moins inclure dans l’appellation d’un pays le vocable « République démocratique ». La marche vers la démocratie nécessite une coordination des actions vers un objectif déterminé. Tout ce qui s’est produit à ce jour en RDC sur le chemin de la démocratisation n’a été qu’une illusion démocratique. Pour se déplacer de sa maison au marché, il faut commencer par connaître le lieu où se situe ce dernier afin d’emprunter le chemin le plus court et le plus sûr. Ensuite, il faut se lever et marcher, un pas après l’autre, vers sa destination. Prétendre s’être engagé sur la voie de la démocratie, alors que le népotisme au sein de l’armée ou de l’administration, les atteintes à la liberté d’expression et d’opinion, les problèmes de tribalisme dans le jeu politique, les combines politiciennes privilégiant les arrangements de pouvoir au détriment du bien-être collectif, l’amateurisme dans la gestion des ressources publiques et d’autres pratiques dignes des régimes dictatoriaux sont monnaie courante, c’est prétendre vouloir quitter sa maison pour se rendre au marché tout en restant assis sur une chaise, parfaitement immobile, en plein milieu de son salon.

Cette performance relève de la science-fiction et n’aboutit qu’à nous laisser assis le plus longtemps possible dans notre fauteuil. C’est, hélas, le schéma privilégié de la classe politique congolaise, en particulier, et d’Afrique francophone, en général. Son existence politique se résume en une seule et unique question : comment se maintenir à tout prix au pouvoir et le plus longtemps possible ? C’est ainsi qu’elle fait de la démocratie un objectif hors d’atteinte car caractérisé par un pas en avant – des élections de façade – et trois pas en arrière : le « tripatouillage » constitutionnel pour briguer un mandat présidentiel à vie, le népotisme et le tribalisme, des « cadeaux » à la population, de l’amateurisme politique, une absence de liberté d’expression et d’opinion, etc.

Dans le seul but de se maintenir à vie à la tête de l’État, sans partage du pouvoir, plusieurs dirigeants politiques africains se sont engagés sur divers sentiers : dictature, élections truquées, constitutions taillées sur mesure afin d’éliminer de la course les principaux opposants et de pouvoir briguer un nombre illimité de mandat présidentiel, incitation à des rivalités ethniques, constitution d’alliances politiques contre nature réunissant extrême droite et extrême gauche au sein de la même coalition. Tout ce qui ressemblait ou pouvait être assimilé à de la démocratie a été utilisé. Le recours à ce genre d’artifices de bas étage a ainsi contribué à la longue marche à reculons de l’Afrique, tout en léguant le pire des exemples aux générations futures pour le malheur de tout le continent.

Les dictateurs africains, ainsi que ceux qui font partie de leurs cercles d’amis, passent leur vie dans une opulence et un luxe scandaleux contrastant avec la misère profonde de leurs populations. Ils empêchent l’émergence d’une nouvelle classe dirigeante, pillent les ressources des nations, négligent les secteurs de l’éducation et de la santé, paupérisent leurs propres populations et incitent à la haine et aux rivalités ethniques afin de mieux régner. À titre d’exemple, quand le président s’assure que la majorité de l’armée et les membres de sa garde personnelle font partie de son ethnie d’origine, il donne aux membres de cette dernière un sentiment de supériorité par rapport aux autres composantes du pays, mais il transmet à la nation tout entière un puissant message de tribalisme, confirmant aux autres ethnies qu’il n’est pas du tout prêt à leur faire confiance en ce qui concerne sa propre sécurité. La conséquence logique d’une telle démarche est de ramener tout ce qui est rattaché au pouvoir et à la politique à sa dimension tribale la plus simple : « Je protège et soutiens le chef, parce qu’il est de mon ethnie, ou bien le chef m’a choisi pour assurer sa sécurité parce que je suis de son ethnie. » C’est un principe de gouvernance aussi vieux que le monde : « diviser pour mieux régner ». Ceux qui s’adonnent à ce genre de pratique le font parce qu’ils savent qu’un peuple uni n’acceptera jamais une dictature quelle qu’en soit la forme.

Réfléchissons ensemble : quelle dictature bâtie sur des considérations ethniques a réellement contribué au développement d’une nation africaine ? Au final, la plus grande partie de la population se fait soigner dans les mêmes hôpitaux, elle fréquente les mêmes écoles, et la misère s’abat indistinctement sur elle, qu’elle soit de la tribu du dictateur ou non. C’est de cette situation que proviennent tous les malheurs des États africains. Les conséquences de la dictature nécessitent un effort de conscientisation important qui prendra certainement plusieurs années avant que le continent s’engage sur la route qui conduit vers le développement, résultat de la démocratie.

Démocratie en Afrique francophone rime bien souvent avec crépitement d’armes, coups d’État, tentatives de coup d’État, fraude électorale, instrumentalisation des forces de sécurité à des fins personnelles, conflits ethniques, sans compter les multiples rébellions. Les politiciens africains parlent tous du bien-être du peuple. Ils disent tous qu’une fois arrivés au pouvoir, ils transformeront les nations en oasis de paix et de prospérité. Cependant, il n’en est rien : une fois au pouvoir, ils réécrivent l’Histoire à la manière de leurs prédécesseurs. Ils se contentent de s’attribuer les postes les mieux payés, dans le plus grand amateurisme, puis tentent de se maintenir au pouvoir à perpétuité.

Beaucoup parmi ceux qui assument de grandes responsabilités politiques en Afrique n’ont même pas de CV sérieux. En fait, la plupart d’entre eux ne seraient pas en mesure d’obtenir plus qu’un poste de directeur général d’une entreprise moyenne dans le monde occidental, et cela du fait de leur manque d’expérience et d’éducation en matière de gestion moderne. Cet amateurisme se traduit à travers leur incapacité à diriger le pays de manière cohérente et, surtout, comme dans le cas de la RDC, dans une inaptitude manifeste à pouvoir atteindre des objectifs économiques spécifiques.

À titre d’exemple, la décision du président de la RDC, Joseph Kabila, le 25 juin 2006, de placer son Premier ministre, Adolphe Muzito, sous tutelle financière afin « d’endiguer les dérapages substantiels et répétés des finances publiques et de la monnaie {2} ». Cette démarche reconnaît que l’amateurisme du Premier ministre a entraîné des dérives importantes et répétées des dépenses publiques et de la monnaie nationale, qu’une personne dotée de plus de professionnalisme aurait pu empêcher. Le deuxième aspect d’amateurisme, mis en lumière à travers ce simple exemple, réside dans le fait qu’au lieu d’être démis de ses fonctions suite aux nombreux dérapages monétaires dont il a été l’artisan, le Premier ministre de la RDC a continué à exercer sous la tutelle de la présidence de la République qui estimait avoir plus de professionnalisme que lui. Le troisième aspect d’amateurisme relevé est le fait que le Parlement de RDC, contrôlé par la coalition du chef de l’État, a préféré rejeter une motion de défiance initiée par l’opposition politique congolaise à l’endroit du Premier ministre Muzito en date du 17 octobre 2009. La majorité parlementaire a été capable d’accepter la mise sous tutelle financière du Premier ministre pour dérives substantielles et répétées des finances publiques et, dans le même temps, de lui renouveler sa confiance.

Il devient dès lors évident que les alliances politiques ont été privilégiées au détriment du bien-être collectif de la population congolaise. Un Parlement capable d’une telle flexibilité ne sera jamais en mesure de traduire en actes les aspirations de ses populations. Chaque dérapage de la monnaie nationale a certainement eu de lourdes conséquences sur la vie des pauvres habitants de RDC. Pour toutes les institutions politiques congolaises – présidence de la République, Gouvernement et Assemblée nationale –, la solution à ce problème était juste de mettre le Premier ministre sous tutelle. Fin de citation !

Aucune nation ne s’est jamais développée en ayant recours à un tel modèle d’amateurisme politique et institutionnel. Au lieu de mettre le Premier ministre sous tutelle, ce qui a entraîné une concentration des pouvoirs au niveau de la présidence de la République – une des séquelles de la dictature –, une autre personne dotée du professionnalisme requis pour assumer cette fonction aurait dû être désignée. L’incompétence ainsi que les contre-performances doivent être sanctionnées sans équivoque pour permettre l’émergence des meilleurs parmi les meilleurs, et ce quel que soit leur camp politique, et aussi afin de rendre justice aux pauvres populations qui souffrent des maladresses des hommes au pouvoir.

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