Dictionnaire de l islamisme au Maghreb
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Dictionnaire de l'islamisme au Maghreb

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Description

En 2011, le Maghreb, comme le reste du monde arabe, a été l'objet de bouleversements. Les "printemps démocratiques" ont été marqués par des succès politiques, électoraux de partis islamistes. Au Maghreb, le respect du pluralisme politique et du fonctionnement d'un régime de type parlementaire est désormais la norme au sein de la mouvance islamique. Ce dictionnaire présente les organisations, les hommes, les réseaux et les grands thèmes.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mai 2012
Nombre de lectures 37
EAN13 9782296491762
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Dictionnaire de l’islamisme au Maghreb
Histoire et Perspectives Méditerranéennes
Collection dirigée par Jean–Paul Chagnollaud
Dans le cadre de cette collection, créée en 1985, les Éditions L’Harmattan se proposent de publier un ensemble de travaux concernant le monde méditerranéen des origines à nos jours.

Déjà parus
Mahmoud OURABAH, Premiers pas. Souvenirs autour d’un projet de développement de l’Algérie, 1963–1980, 2012.
Xavier JACQUEY, Ces appelés qui ont dit non à la torture, 2012.
Daniel LAGOT, Responsabilité de protéger et guerres « humanitaires ». Le Cas de la Libye , 2012.
Michel BUR, Algérie 60. Mascara–Sétif, 1 er janvier 1960–16 février 1961 , 2012.
Ali ABASSI, Espace francophones tunisiens ou main de fatma , 2011.
Chokri BEN FRADJ, Oliviers et oléiculture en Tunisie , 2011.
Guillaume D’HOOP, Les Algériens dans le prisme des faits divers, Une lecture de la guerre d’Algérie (1954–1962) , 2011.
Sébastien ABIS et Damien CORDIER–FERON, Bizerte, otage de l’histoire. De la Seconde Guerre mondiale aux indépendances du Maghred , 2011.
Fabien SACRISTE, Germaine Tillion, Jacques Berque, Jean Servier et Pierr e Bourdieu. Des éthnologues dans la guerre d’indépendance algérienne , 2011.
Abraham LAHNITE, L’application du Traité de Fez dans la région du Souss , 2011.
Abraham LAHNITE, Le Souss géographique, historique et humain , 2011.
Abraham LAHNITE, Les conditions d’établissement du Traité de Fez , 2011.
Arfaoui KHEMAIS, Les élections politiques en Tunisie de 1881 à 1956 , 2011.
Hamid CHABANI, Le printemps noir de 2001 en Kabylie , 2011.
Makhtar DIOUF, L’islam, un frein au développement , 2011.
Hassane Zouiri, Le Partenariat euro–méditerranéen. Contribution au développement du Maghreb , 2010.
Tarek HEGGY, Le Djinn Radical , 2010.
Mehenni AKBAL, Père Henri Sanson s.j. Itinéraire d’un chrétien d’Algérie , 2010.
Hadj MILIANI, Des louangeurs au home cinéma en Algérie , 2010.
Houria ALAMI M’CHICHI, Le féminisme d’Etat au Maroc , 2010.
Jean–Marc VALENTIN, Les parlementaires des départements d’Algérie sous la IIIe République , 2010,
Jean OTTER, Journal de voyages en Turquie et en Perse , Présentation d’Alain Riottot, 2010.
Mohammed TELHINE, L’islam et les musulmans de France. Une histoire de mosquées , 2010.
Maher ABDMOULEH, Partenariat euro–méditerranéen. Promotion ou instrumentalisation des Droits de l’homme , 2010.
Jean–Michel Salgon

Dictionnaire de l’islamisme au Maghreb

L’HARMATTAN
© L’Harmattan, 2012
5–7, rue de l’École–Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978–2–296–96231–6
EAN : 9782296962316
A Bruno Etienne, l’éclaireur.
D’UNE REVOLUTION L’AUTRE.
L’« Islamisme », terme, concept inventé par l’école orientaliste française a été intégré dans le langage courant depuis le début des années 1990. Que faut–il entendre par islamistes ? Tous ceux, qui considèrent agir en tant que croyant au service de la religion dans le cadre de leur activité politique, sociale ou culturelle. La mission première de l’islamiste est de favoriser une islamisation de la société, de son environnement. Il intervient dans la vie politique locale ou nationale dans son pays en se définissant avant tout comme un croyant au service du message coranique. Au Maroc, notamment, nombre d’acteurs politiques et de citoyens préfèrent l’expression de « référentiel islamique ». Toute organisation à « référentiel islamique » est une organisation islamiste. Cette dénomination recoupe par voie de conséquences à la fois des partis politiques, des syndicats, des associations, des groupes armés, des mouvements clandestins…La mouvance islamiste est traversée par des courants et est loin d’être homogène. En Algérie, durant la guerre civile des années 1990, les groupes armés islamistes prenaient parfois pour cibles des militants islamistes qui avaient refusé de rejoindre les maquis et qui étaient accusés de soutenir la junte. Le numéro deux du parti islamiste Hamas, Mohamed Bouslimani a été abattu en 1994 par un groupe armé, vraisemblablement au nom de la pureté religieuse. En Tunisie, la légitimité du nouveau pouvoir, issu des urnes et dominé par le parti islamiste Ennahda, est remise en cause, au nom d’idéaux religieux, par des groupes d’obédience salafite.
En 2011, presque tous les pays du monde arabe ont été touchés, à des degrés divers, par des mouvements de contestations qui ont été à l’origine de la chute des régimes tunisiens, égyptiens et Libyens et qui ont modifié durablement le paysage politique. Les révoltes ont été systématiquement menées ou canalisées par des coalitions hétéroclites, rassemblant des citoyens se réclamant de courants idéologiques divergents, le mouvement du 20 février au Maroc, la coordination de la « jeunesse du 25 février »……. Elles ont toutefois presque uniquement profité aux divers courants islamistes. L’Algérie et la Mauritanie, sont les deux seuls pays de la région qui n’ont pas été affectés par des changements d’envergure en raison de contextes nationaux particuliers. Force est de constater que même dans ces deux pays les régimes en place pour canaliser les mécontentements et réduire leurs impacts ont amorcé des réformes politiques et cédé sur certains nombres de revendications économiques. Un nouveau personnel politique a toutefois accédé au pouvoir dès la fin de l’année 2011 dans plusieurs pays marqués par les troubles et le mode de fonctionnement des différents régimes concernés sont systématiquement remis en cause par de larges pans de la population. Cette aspiration démocratique s’est généralement concrétisée par un appel à la constitution d’assemblée nationale constituante. Leur mise en place étant dans l’esprit de l’ensemble des acteurs, un acte symbolique concret de rupture avec l’ancien régime. Ces changements ont indubitablement profité aux différents courants islamistes et ont révélé ou amplifié des fractures au sein des sociétés. Les révoltes arabes ont mis en relief des fractures importantes au sein même de la mouvance islamiste, certains acteurs ou mouvement refusant dans certains cas de soutenir les révoltes. Au Maroc, le Parti de la justice et du développement, principale formation islamiste légale a dès le départ marqué son refus de s’associer aux rassemblements, en revanche le mouvement non reconnu Al Adl Wal Ihsan (Justice et Bienfaisance) a été l’un des principaux animateurs de la contestation. Si certaines composantes de l’opposition islamiste illégale ont accepté d’intégrer le jeu politique, comme le parti Ennahda en Tunisie, d’autres formations n’ont pas obtenu l’agrément officiel, comme Hizb Al Tahrir en Tunisie, ou refusent, quoi qu’il en soit, de s’associer au jeu politique officiel. Plus globalement des divergences doctrinales et stratégiques sont apparues notamment au proche et moyen orient entre les différents courants sur l’application de la charia et sur la notion d’Etat islamique. Les nouveaux gouvernements, à dominante islamiste, au Maroc comme en Tunisie, doivent désormais traités, notamment en termes d’ordre publique, les prises de positions et les actes parfois malveillants d’une composante de la mouvance salafite. En Tunisie, l’ancien prisonnier politique cadre d’Ennahda Ali Larayedh actuel ministre de l’intérieur et Moncef Ben Salem ministre de l’enseignement supérieur sont en première ligne pour tenter notamment de faire face à des mouvements de protestations parfois violents menés sur des campus universitaires. Des milices religieuses, notamment dans la commune de Sejnane, à proximité de Bizerte, sont apparues et défient l’autorité étatique. Le Maghreb est toujours en proie au terrorisme et la révolution libyenne n’a pas débouché à ce jour sur l’instauration d’un nouveau régime stable et reconnu comme légitime. Une logique de compromis semble toutefois prédominée et il convient donc de noter un fort contraste entre la situation au Maghreb qui s’est progressivement stabilisée et le contexte politique très préoccupant en Egypte et en Syrie. Plus globalement, les mouvements en cours ont révélé une profonde aspiration à l’anti autoritarisme et ont marqué un refus affirmé du modèle politique en cours depuis la seconde guerre mondiale reposant sur un régime fort incarné par un chef de l’Etat, un rais omnipotent. L’ampleur du phénomène islamiste a été minorée voire niée par la plupart des observateurs de la scène politique maghrébine Face à tous ces bouleversements, il était plus que jamais nécessaire de faire le point sur ce courant politique très original, en rassemblant et en classifiant sur un mode alphabétique l’ensemble des connaissances à notre disposition dans un ouvrage ambitieux, afin de permettre de mieux analyser comprendre les changements, les mutations en cours.

Jean–Michel Salgon.
A

ABASSI Madani

Algérie
Front Islamique du Salut (FIS)

Né le 28 février 1931 à Sidi Okba ( wilaya de Biskra), fils d’un imam, il s’installe avec sa famille, à l’âge de dix ans, à Biskra où il effectue ses études dans une médersa (école coranique), puis, dans une école française. Il entre en politique, à la fin de ses études secondaires, en militant dans un réseau du mouvement nationaliste fondé par Messali Hadj, le MTLD (Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques). Il intègre un groupe armé clandestin et, en novembre 1954, participe à une tentative d’attentat avortée à l’explosif contre les locaux de radio Alger. Arrêté quelques jours plus tard, le 17 novembre, il est incarcéré à El Harrach (Alger) puis à Berrouaghia. Libéré en 1962, après huit années de détention, il entame une carrière dans l’enseignement en occupant un poste d’instituteur dans une école à Alger. Il intègre, un temps, l’association religieuse Al Qiyam (les Valeurs), dissoute par les autorités en 1966. Etudiant en philosophie à Alger, il obtient une licence en 1970 et s’oriente, par la suite, vers les sciences de l’éducation. Titulaire d’un doctorat de 3 ème cycle, il enseigne à la faculté des sciences de Bouzaréah (Alger). Il séjourne à Londres de 1975 à 1978 et obtient un doctorat de psychologie de l’éducation. De retour en Algérie, prônant une islamisation de la société, il s’implique dans la vie politique et entretient des relations avec plusieurs personnalités religieuses. Il rédige et signe conjointement avec le cheikh Sahnoun, Abdelatif Soltani et d’autres responsables islamistes une pétition adressée au chef de l’Etat concernant l’application d’une série de préceptes islamiques avec une liste de doléances en quatorze points. Il est arrêté le 15 décembre 1982, puis incarcéré à la prison de Berrouaghia. Il est libéré sans jugement, en mai 1984. Il reprend ses activités politiques et religieuses et le 18 février 1989, à la mosquée Al Sunna de Bab El Oued (Alger), il annonce, avec un petit groupe de prédicateurs, la création d’une nouvelle organisation politique, optant pour une stratégie légaliste, le Front Islamique du Salut (FIS). Au sein de ce mouvement, agréé par les autorités en septembre 1989, il est nommé président par l’instance suprême du parti. Favorable à une stratégie d’accession au pouvoir par les urnes, il met en place, sur l’ensemble du territoire, des réseaux actifs en tentant de neutraliser les dissensions entre les différents courants représentés au sein du parti. En juin 1990, à l’occasion des élections municipales et départementales (Assemblées Populaires de Wilayas), le FIS s’impose comme la première formation politique du pays. Lors du déclenchement de la guerre du Golfe, il adopte une position qui embarrasse de nombreux militants en demandant, officiellement, au Président Saddam Hussein de retirer ses troupes du Koweït, tout en exigeant le retrait des forces étrangères des lieux saints. Par la suite, après l’intervention des forces alliées sous la direction des Etats–Unis, il modifie sa position et soutient la cause du chef de l’Etat irakien en préconisant l’envoi de brigades de combattants volontaires. En avril 1991, la mise en place de nouvelles lois électorales est annoncée ainsi qu’un nouveau découpage des circonscriptions qui se révèle favorable au Front de Libération Nationale (FLN). Madani Abassi exige une révision du projet ainsi que des présidentielles anticipées. Il menace de recourir à la grève générale. Après une série de contacts infructueux, la grève est décrétée par le FIS le 23 mai 1991, des mouvements de protestations débutent et sont marqués par des affrontements. Accusé « d’avoir fomenté, organisé, déclenché et conduit une conspiration armée contre la sûreté de l’Etat », il est arrêté au siège de son parti le 30 juin 1991. Incarcéré, le cheikh est condamné, un an plus tard, par le Tribunal militaire de Blida à douze ans de prison. Il est contacté, dès 1993, pour d’éventuelles négociations. En 1994, ces contacts sont annoncés officiellement et, le 24 février 1994, Ali Djeddi et Abdelkader Boukhamkham, deux hauts responsables du FIS sont libérés. Cependant, les tractations n’aboutissent pas en raison de la fermeté affichée par des officiers de haut rang influents et opposés à tout accord. L’année suivante, les pourparlers reprennent. Le général Mohamed Betchine rencontre, à plusieurs reprises, le cheikh Madani Abassi et exige de lui qu’il condamne, sans ambiguïté, le recours au jihad (la guerre sainte) ; la réhabilitation du FIS est même évoquée. Toutefois, le président Zéroual annonce, le 11 juillet 1995, que les contacts sont interrompus en raison de « l’intransigeance » des dirigeants du FIS. Les négociations reprennent peu après, mais les autorités préfèrent, désormais, privilégier comme interlocuteur l’émir de l’Armée Islamique du Salut (AIS) Madani Mezrag. Les conditions de détention d’Abassi Madani varient selon la conjoncture politique. Détenu à la prison militaire de Blida, il bénéficie, le 14 juillet 1997, d’une mesure de mise en liberté conditionnelle. Par décision du ministre de l’Intérieur, il est assigné, le 31 août 1997, à résidence à son domicile dans le quartier populaire de Belcourt (Alger). Il est, progressivement, marginalisé et son autorité est contestée par une partie de la mouvance islamiste se réclamant du Front Islamique du Salut. Son assignation à résidence est levée le 2 juillet 2003. Souffrant de problèmes de santé, il est autorisé à quitter le pays pour se faire soigner. Il se rend en Malaisie et après un séjour de deux mois à Kuala Lumpur, il s’installe, en novembre 2003, dans la capitale du Qatar, à Doha. Il intervient, régulièrement, dans des émissions de la chaîne satellitaire Al Jazeerah et ne renonce pas à ses activités politiques. Très critique vis–à–vis de la politique de réconciliation nationale menée par le chef de l’Etat algérien Abelzaziz Bouteflika, il soutient, néanmoins, le principe d’une amnistie générale. Il échoue dans sa tentative de mettre en place une direction en exil unifiée du Front Islamique du Salut, en raison d’inimitiés personnelles entre plusieurs responsables du mouvement et de divergences de nature stratégique. En 2007, puis en 2009 il exhorte les Algériens à boycotter les différents scrutins électoraux à cause de l’interdit pesant sur les anciens militants du FIS, qui ne peuvent se présenter comme candidats et ne peuvent créer une nouvelle formation politique. Son fils Salim Abassi, accusé par les autorités algériennes d’avoir soutenu des groupes armés durant les années 1990, dirigeant d’une société spécialisée dans l’énergie solaire réside également à Doha (Qatar). En décembre 2011, il intervient à nouveau dans le débat public en contestant la nouvelle loi sur les partis politiques examinée par les députés algériens qui « interdit à toute personne responsable de l’exploitation de la religion ayant conduit à la tragédie nationale de créer un parti politique ou de participer à sa création ou de siéger dans ses instances dirigeantes ». Il estime que cette loi viole les conventions internationales sur les droits politiques et civiques.

ABDESSALEM Rafik

Tunisie
Ennahda

Homme politique tunisien, né en 1968, Rafik Abdessalem, effectue des études universitaires après l’obtention de son baccalauréat. Membre du bureau exécutif de l’Union générale tunisienne des étudiants de 1987 à 1990, il milite au sein de l’organisation clandestine Ennahda. Alors que le pays est en proie à une vague de répressions politique, il s’installe au Maroc, à Rabat. Titulaire d’une licence en philosophie de la faculté des lettres et sciences humaines de l’université Mohammed V Agdal de Rabat, il part au Royaume Uni et s’inscrit à l’université de Westminster pour mener des études en sciences politiques. Il fréquente la mouvance islamiste londonienne. Il créé le Maghreb Center For Research and Translation et préside la London Platform for dialogue. Il intègre le bureau politique en exil du parti Ennahda, en occupant le poste de chargé des médias de 2001 à 2007. Il se marie avec Soumaya Ghannouchi, chercheuse et philosophe, fille du principal responsable du parti Ennahda Rached Ghannouchi. En 2003, il est titulaire d’un doctorat politique et relations internationales délivré par l’université de Westminster. Il travaille comme chef du département de recherche et d’études au sein de la chaine de télévision qatarie Al Jazeera. De retour d’exil à la suite du départ du président Ben Ali le 14 janvier 2011, il participe à la réorganisation du mouvement Ennahda. Le 24 décembre 2011, il est nommé ministre des affaires étrangères au sein du gouvernement dirigé par Hamadi Jebali.

ABOU ZAID Mokri el Idrissi

Maroc
Parti de la justice et du développement

Homme politique marocain, né en 1960 à Marrakech, diplômé d’études supérieures en linguistique, Mokri el Idrissi Abou Zaid débute son militantisme politique à la faculté des lettres de l’université Hassan II en tissant des liens avec des militants islamistes. Adhérent du Mouvement populaire démocratique et constitutionnel (MPDC), puis du Parti de la Justice et du Développement (PJD), candidat lors des élections législatives de 2002 dans la circonscription de Moulay Rachid Sidi Othmane à Casablanca, il est élu député à la chambre des représentants. Cadre influent du PJD il intervient régulièrement dans les colonnes du journaliste Attajdid, notamment pour défendre les positions de son parti sur les questions de société (éducation, statut de la femme…). Candidat dans la circonscription d’Azzamour (El Jadida) il est réélu député lors des élections législatives de 2007. Lors des révolutions arabes et des premiers troubles au Maroc, il s’oppose un temps à la direction du parti qui adopte une ligne politique fondée sur le dialogue. Candidat à nouveau à El Jadida, lors des élections législatives anticipées du 25 novembre 2011, il est réelu à la chambre des représentants.

ABOU ZEID Abdelhamid

Algérie
Al Qaida au pays du Maghreb islamique

Emir sahélien de l’organisation Al Qaida au pays du Maghreb islamique (AQMI) né le 12 décembre 1965 à Zaouia El Abadia (Algérie) Abou Zeid de son vrai nom Abid Hammadou est issu d’une famille pauvre. Dans son enfance, il s’installe un temps avec ses parents à Bougaa (wilaya de Sétif). Son père travaille comme manœuvre dans une ferme. Il achève ses études après le collège. De retour à Zaoui El Abadia, garçon de ferme puis maçon, il effectue son service militaire. Par la suite, il se livre à des activités de contrebande entre les frontières algériennes et libyennes. Il effectue un séjour en prison pour ses activités de contrebandier. En 1989, il fréquente des militants islamistes puis adhère en 1990 au Front islamique du salut. Il intègre le bureau du parti à Toggourt. En compagnie de son frère Bachir, il soutient activement des groupes armés qui activent dans la région au début de la guerre civile. En 1996, son frère Bachir est tué lors d’une opération des forces de sécurité. Il entre dans la clandestinité, et intègre un groupe armé affilié au GIA. Il opère sous l’autorité de l’émir Abderrazaq El Para, et intègre le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC). Il obtient des responsabilités et il est affecté dans des réseaux de l’extrême du sud du pays qui stationnent en fonction des nécessités au Niger et au Mali. Il participe à des trafics transfrontaliers avec l’émir Mokhtar Belmokhtar. En 2003, il est l’un des maîtres d’œuvre de l’enlèvement de trente deux touristes européens. Il s’installe dans un maquis de l’organisation situé dans le nord du Mali. Désigné émir d’une katiba dénommée Tarek Ben Ziyad, composée en 2010 de près de 200 combattants, il se fait remarquer par des actions d’éclat et par plusieurs rapts d’européens. Il mêne les négociations et obtient la libération de plusieurs islamistes détenus comme le versement de fortes sommes d’argent. Favorable à une ligne politique dure, il est directement impliqué dans la mort de deux otages européens l’anglais Edwin Dyer et le français Michel Germaneau. Opérant très rarement en Algérie depuis ces dernières années, son fief se situe au nord est du Mali sur les confints du djebel Timétrine. Sa katiba se livrant très régulièrement à des opérations dans le nord du Niger (région d’Arlit) et plus rarement en Mauritanie. Ils bénéficient de l’aide de notables locaux et de groupes criminels.

ADALA WA TANMIA (AL)

Maroc
Parti de la justice et du développement

Organe officiel du Parti de la justice et du développement, principal formation islamiste agréée au Maroc. Ce journal est diffusé depuis 2007, et défend la ligne politique et culturelle du parti. Tirage selon les périodes de 7000 à 30 000 exemplaires. Langue Arabe et Français.

ADAMI Lahbib

Algérie
Harakat Al Nahda al islamiya (le mouvement de la Renaissance islamique)
Al Nahda (La Renaissance)

Né le 17 novembre 1962 à Khenchela (Algérie), cadre du mouvement de la Nahda islamique , Lahbib Adami milite, à partir de 1995, au sein de son organisation, pour une politique de dialogue avec les autorités. Il s’oppose à la ligne politique définie par le président du parti, Abdallah Djaballah. Candidat, dans le fief familial de Khenchela, lors des élections législatives de juin 1997, il est élu député et siège à l’Assemblée Populaire Nationale. Avec d’autres cadres du mouvement, comme Yazid Benaicha et Belmokhi Llaloui, il mène une fronde interne en se prononçant pour une participation à la coalition gouvernementale. Nommé secrétaire général, il prend la tête, à la suite du congrès de février 1998, du parti qui change de dénomination, à cette occasion, pour devenir le mouvement Al Nahda . Il obtient, par la suite, la destitution d’Abdallah Djaballah, qui crée en janvier 1999, une nouvelle formation politique sous la dénomination d’ Al Islah (La Réforme). Lahbib Adami, désormais premier responsable, se prononce, comme les instances du parti, pour un soutien à la candidature d’Abdelaziz Bouteflika lors des élections présidentielles de 1999. Par la suite, le parti est associé à une vaste coalition gouvernementale. Fragilisé par les résultats désastreux de sa formation politique à l’occasion des élections législatives de 2002, il cède son poste de secrétaire général à Yazid Benaicha. Il est nommé en 2005 ambassadeur d’Algérie à Riyad en Arabie Séoudite. En décembre 2011, Lahbib Adami, dont la fidélité à Abdelaziz Bouteflika est toujours maintenue, est nommé représentant diplomatique de la ligue arabe auprès de l’Union européenne à Bruxelles.

AHRIZ Abdelilah

Maroc

Né en 1979 à Kenitra, Abdelilah Ahriz, est l’un des condamnés marocains mis en cause par la justice espagnole dans le cadre des procédures judiciaires liées aux attentats perpétrés le 11 mars 2004 à Madrid. Il quitte le Maroc à vingt ans en 1999 et s’installe en Espagne. Titulaire d’un permis de séjour, il travaille comme électricien et réside successivement dans plusieurs villes, dont Madrid. En contact avec des militants islamistes de plusieurs nationalités, dont le marocain Mohamed Akazim, il intègre une cellule clandestine se fixant pour but de commettre des attentats. Après les attentats de Madrid, il quitte le territoire espagnol. Il est arrêté en Syrie en 2005 et expulsé vers le Maroc. En janvier 2008, il est arrêté par la police marocaine, dans le cadre d’une enquête relative aux attentats de Madrid et à la suite d’une plainte adressée par le juge espagnol Juan Del Omo en charge de l’instruction. Il est accusé de « constitution de bande criminelle pour commettre un attentat terroriste » et de « complicité de destruction de moyens de transports et de voies publiques à l’aide d’explosifs ». Il est transféré à la prison de Salé. Condamné le 18 décembre 2008, en première instance à vingt ans de prison, pour son implication dans les attentats de Madrid, la peine est confirmée par la chambre criminelle de 2 ième degré de l’annexe de la cour d’appel de Salé.

AKROUT Mohamed

Tunisie
Mouvement de la Tendance Islamique (MTI)
Ennahda (La Renaissance)

Né en 1952, marié père de six enfants, Mohamed Akrout, milite, dès sa fondation, au sein du Mouvement de la Tendance Islamique (MTI). Il obtient rapidement des responsabilités au sein des sphères dirigeantes en siégeant au conseil national du MTI. Comptable de formation, il occupe, en 1987, au bureau exécutif national, le poste de responsable de la commission « secteur social et financier ». Au sein d’ Ennahda , nouvelle appellation du MTI, il est nommé au poste de président. Personnalité désormais très influente, il est arrêté, en 1991, dans le cadre d’une vaste campagne d’arrestations dirigée contre l’organisation islamiste. Détenu, soumis à un régime d’isolement, il est condamné en 1992, à la prison à perpétuité par le tribunal militaire de Bouchoucha (Tunis) pour complot et tentative de coup d’Etat. Incarcéré à la prison civile de Gafsa (1993–1994), puis à la prison du 9 avril à Tunis, sa peine est ramenée à trente années de réclusion. Il effectue une grève de la faim pour protester contre ses conditions de détention. Il est libéré en novembre 2006, bénéficiant d’une grâce présidentielle. Il reprend progressivement ses activités politiques. Lors de la légalisation du parti Ennahda en mars 2011, il fait partie des 44 membres fondateurs.

AL ’ADL WAL IHSANE

Maroc
Yassine Abdessalam
Yassine Nadia

Créée en septembre 1987, l’association Al ’Adl Wal Ihsane (Justice et Bienfaisance) , également connue sous l’appellation de Al ’Adl wal Rouhaniyat (Justice et Spiritualité) , à vocation religieuse et politique, est un mouvement clandestin se fixant pour but l’instauration d’un Etat islamique authentique. Fondée par le cheikh Abdessalam Yassine sur les bases d’une précédente association Ousrat Al Jama’a elle reconnaît, dans son programme, le principe du pluralisme et rejette, officiellement, l’utilisation de la violence à des fins politiques. Son objectif est l’instauration d’un nouvel ordre islamique, à terme d’un califat. La direction du mouvement évoque « un califat éclairé » reposant sur « la sagesse et l’intégrité » régnant sur « une confédération d’Etats civils indépendants et démocratiques, dont le modèle le plus proche est l’union européenne ». Al Adl wal Ihsane remet en cause les frontières définies par « l’ordre colonial ». La Oumma ne pouvant être gouvernée par un pouvoir ne bénéficiant pas d’une légitimité démocratique, la « suprématie populaire » doit régnée. Pour le cheikh Yassine, le pouvoir dans les Etats musulmans actuels s’est transformé en régime tyrannique qui ne tient plus compte du message coranique. Il faut toutefois privilégier, pour la direction de l’organisation, des modes d’action pacifique, pour éviter un affrontement frontal avec la monarchie. Le conseil ( nassiha ) au souverain est ainsi recommandé pour infléchir la politique menée et imposer une réislamisation de l’Etat comme de la société. Ce moyen a été utilisé, à plusieurs reprises, par Abdessalam Yassine qui s’est adressé, par le biais de lettres, aux souverains Hassan II et Mohamed VI. En cas d’échec et de durcissement du régime qui refuserait de se référer à l’Islam pour l’application de sa politique, un soulèvement fondé sur la désobéissance serait considéré comme juste. L’organisation refuse, sur ce point, l’emploi du terme de thawra ( révolution) pour lui substituer le vocable de kawma (soulèvement nationaliste). L’histoire du mouvement a été marquée par des périodes, alternant répression étatique et relative tolérance. A la suite de débats internes, le principe d’une participation progressive à la vie politique nationale est rejeté : pour les partisans du mouvement comme pour le cheikh Yassine, les règles du jeu définies par la constitution interdisent toute véritable alternative et instaurent un système politique frauduleux, absurde fondé sur la manipulation. L’association appelle, dans ce cadre, comme à l’occasion des élections législatives de 2007 et de 2011, ses partisans à s’abstenir de toute participation aux différents scrutins organisés par le Royaume. Cependant, des contacts réguliers sont maintenus avec des représentants d’autres mouvements ou partis, proches des thèses islamistes. Des cadres de l’association Justice et Spiritualité participent, notamment, à des conférences et débats sur le thème des rapports entre religion et politique. Ils dialoguent, dans ce cadre, avec des représentants de la gauche institutionnelle et de formations islamistes comme le Parti de la Justice et du Développement (PJD) (Hizb al ’Adl wal Inma’). L’organisation présente quelques singularités par rapport aux autres mouvements islamistes maghrébins. Le militant est aussi un adepte, un disciple soumis à une véritable ascèse religieuse et doit, dès son entrée dans l’organisation, suivre un programme de formation très strict qui conjugue éducation spirituelle et technique empruntée à la politique classique (agitation, propagande…). Sa vie est rigoureusement réglée et il dispose, pour l’aider, des écrits du guide. Le compagnonnage est l’un des principes moteurs sur lequel doit être fondé l’unité de l’association. La plupart des militants sont jeunes, 70 % ont moins de trente ans. Recrutés souvent en milieu urbain, ils ont un niveau scolaire supérieur à la moyenne nationale. Depuis sa création, le mouvement est très présent dans les campus universitaires. Selon diverses sources concordantes, le nombre d’adeptes est estimé à 200 000, en 2011. Les étudiants affiliés à Justice et Spiritualité ont pris le contrôle, depuis 1990, de la principale organisation étudiante, l’Union Nationale des Etudiants Marocains (UNEM), naguère dirigée par plusieurs fractions d’extrême–gauche. Dans ce cadre, les militants s’opposent souvent violemment à des étudiants se réclamant du marxisme ou plus généralement des idéaux socialiste. En octobre 1991, à Fès, à la suite de violents heurts dans le campus de la ville, plusieurs dizaines d’islamistes, affiliés à l’association, sont arrêtés : seize d’entre eux font l’objet d’une procédure judiciaire, au terme de laquelle, des peines de un à quatre ans de prison ferme sont prononcées. A deux reprises, la justice marocaine a condamné des militants de l’organisation dans des affaires d’homicide concernant des étudiants d’extrême gauche. Douze membres d’ Al Adl Wal Ihsane ont été condamnés à vingt années de prison à la suite du meurtre en octobre 1991 de Maâti Boumli, enlevé dans le campus de l’université d’Oujda Par ailleurs, Omar Mouhib, un militant du mouvement est condamné en 2006 à dix ans de prison pour un crime commis en 1993, l’assassinat d’un étudiant à l’université de Fès Benaïssa Aït El Jid. L’organisation dispose par ailleurs d’une unité syndicale non reconnue par les autorités.
Si le mourchid (le guide) se trouve au sommet de cette organisation et dispose de pouvoirs très étendus, le congrès général est, théoriquement, l’instance suprême. mais en raison des difficultés liées à la nature des rapports qu’entretiennent Justice et Spiritualité avec le régime, la tenue de réunions de cette instance reste toujours difficile à organiser. Au terme des statuts, le Conseil d’orientation est, de fait, le principal lieu où les grandes orientations sont définies. A la fin de l’année 2006, il était composé de sept membres : Abdessalam Yassine, Fathallah Arsalane, Mohamed Abbadi, Abdelwahed Moutawakil, Abdellatif Hatimi, Abdelkrim Alami et Mohamed Alaoui Slimani. L’organisation a créé, par ailleurs, en son sein un cercle politique, dont la naissance a été officialisée en juillet 1998. Ce nouvel organe a pour fonction d’élaborer et de diffuser le projet politique de l’association. Abdessalam Yassine a, longtemps, été hostile à la création de cette instance dont l’émergence a été favorisée par l’ouverture politique initiée par le souverain Hassan II et dont les grands principes ont été repris par son fils.
La direction du mouvement, et notamment le cheikh Yassine, a annoncé, en 2006, une révolution imminente, « une nouvelle ère », constatant « que le régime marocain vivait une situation d’effondrement général et de crise aiguë qui l’a mené à une impasse ». Des campagnes de recrutement sont organisées, à travers tout le pays, appuyées par des réunions d’information. Le régime décide de répondre à cette campagne par un mouvement de répression graduée ; durant plusieurs mois, des milliers de militants et de sympathisants sont interpellés. En une seule journée, le 24 mai 2006, la police arrête 43 militants à Temara, 75 à Rabat, 20 à Sidi Slimane et 20 à Tanger. Ils sont, systématiquement, libérés après de brèves détentions, des interrogatoires et des perquisitions. Parfois, des procédures judiciaires sont lancées pour appartenance à une association non autorisée et tenue de réunions sans déclaration préalable. Dans un communiqué en date du 31 octobre 2006, le cercle politique de Justice et Bienfaisance dénonce « les procès fabriqués de toutes pièces, les accusations mensongères et non fondées ». Certains cadres importants sont inquiétés lors de ces vastes opérations de police : Mohamed Abbadi, membre du conseil d’orientation, l’une des personnalités les plus influentes de l’organisation, est condamné à une année de prison ferme par la cour d’appel d’Oujda le 29 mars 2007. Rachid Ghoulam, chanteur, patron d’une société de production et militant très actif de l’organisation, est l’objet de deux procédures judiciaires : la première pour tenue de réunions illégales et la seconde, pour une affaire de mœurs, où le Tribunal de première instance de la ville d’Al Jadida le condamne à une peine d’un mois de prison. A la fin avril 2008, selon le mouvement, 5162 membres au total ont été arrêtés sur l’ensemble du territoire marocain depuis le début de la campagne de répression, 899 poursuites judiciaires ont abouti à des peines d’emprisonnement de 6900 journées et à de fortes amendes. Les années 2009 et 2010 sont, également, marquées par de nouvelles condamnations et par des arrestations massives mais aussi par quelques mois de relatives accalmies. A travers le pays, de nombreux rassemblements de soutien au peuple palestinien sont ponctués par des arrestations et de brèves gardes à vue et les procès sont, souvent, l’occasion de manifestations imposantes. L’organisation bénéficie de réseaux de soutien à l’étranger : elle est reconnue, officiellement, aux Etats–Unis où ses intérêts sont défendus par un intellectuel, scientifique de formation, Imad Benjelloun. Ce mathématicien, qui a été Imam dans un centre islamique situé sur la commune de Moline dans l’Illinois, entretient d’excellentes relations avec plusieurs organisations défendant les intérêts de la communauté musulmane comme la « Muslim American Society ». Al Adl Wal Ihsane dispose, dans ce pays, d’une maison d’édition portant le label de « Justice and spirituality publisher (New Britain, Connecticut) » et a créé, par ailleurs, au Maroc, une chaîne radiophonique dédiée au Coran. Par ailleurs, l’organisation mène une action caritative importante (pèlerinage, matériel scolaire, prise en charge médicale, mariage…) en faveur des populations déshéritées.
A l’occasion des révoltes arabes en Tunisie, Egypte et Libye, le mouvement affirme publiquement son soutien aux insurgés. Dès les premières manifestations organisées au Maroc en janvier 2011, pour la plupart par des mouvements de jeunes, les dirigeants de Justice et Bienfaisance font savoir leurs participations aux rassemblements. Sur le site électronique de l’organisation www.aljamaa.net plusieurs appels sont diffusés en des termes explicites : plus de place « au camouflage, aux calmants et aux promesses miroitantes. Désormais le gouffre s’est creusé entre le gouvernant et le gouverné et la confiance a disparu. Plus d’autre choix que celui d’opérer en urgence un changement démocratique qui rompt avec le despotisme et répond aux besoins, aux exigences du peuple ou bien le peuple prendra l’initiative de foncer pacifiquement et avec tous les sacrifices qui s’imposent pour balayer l’arbitraire. Aujourd’hui notre Maroc bien aimé est appelé à un rendez–vous avec l’histoire pour briser le cercle vicieux qui l’enserre et mettre fin à cet état régressif. » Le mouvement réclame l’abrogation de la constitution et se prononce pour « un dialogue national et responsable ». La chute du roi est envisagée, dans un autre texte diffusé sur le même site électronique intitulé « la fin des tyrans ». L’attitude du mouvement tranche avec celle adoptée par l’autre grande formation islamiste le parti de la justice et du développement, dont les dirigeants adoptent comme position de ne pas prendre part aux divers rassemblements. Le bureau national de la jeunesse d’Al Adl Wal Ihsane dans un communiqué en date du 16 février 2011 fait savoir « nous appelons à participer et à soutenir toutes les initiatives visant à fonder l’état de liberté, de dignité et de justice, dont les protestations du 20 février 2011. Insistons sur la nature pacifique de notre participation ». En Europe les réseaux de l’organisation font l’objet d’une surveillance accrue. La police italienne annonce le 25 février 2011, l’arrestation à Brescia de six personnes appartenant à Al Adl Wal Ihsane accusés « d’incitation à la haine raciale et religieuse » comme de vouloir « punir » le pape Benoit XVI pour avoir favorisé la conversion d’un journaliste égyptien à la religion catholique. L’organisation s’associe à de nombreux rassemblements dans le cadre d’un collectif rassemblant diverses sensibilités politiques désormais connu sous l’appellation de « mouvement du 20 février ». Des nouveaux rassemblements sont organisés le 6 mars 2011, de nombreux manifestants exigent le renversement « de la tyrannie ». A la suite du discours du roi Mohamed VI relatif à une réforme de la constitution et faisant état d’un projet de régionalisation comme des renforcements des pouvoir du premier ministre « en tant que chef d’un pouvoir exécutif effectif » le mouvement islamiste fait connaître des réserves importantes notamment par l’intermédiaire de son porte–parole Fathallah Arsalane. Pour Al Adl Wal Ihsane le « temps des constitutions octroyées est révolu ». Le projet « pérenise l’hégémonie et le despotisme ». Le mouvement réclame l’élection d’une assemblée nationale constituante. Des opérations de police sont organisées contre l’organisation. Mohamed Abbadi, membre du conseil d’orientation, est arrêté puis brièvement détenu le 9 mars 2011. Par ailleurs dans plus de cinquante villes du Maroc des rassemblements réguliers notamment devant des mosquées sont organisés par marquer la solidarité du « peuple marocain avec les peuples musulmans opprimés ». Durant les mois de mars et avril 2011, le mouvement s’associe à de nouvelles manifestations nationales prévues tous les dimanche et coordonnées par le collectif du « 20 février » regroupant d’autres organisations politiques dont le Parti de l’avant–garde démocratique et socialiste (PADS), la voie démocratique, le parti du congrès national Ittihadi et le parti socialiste unifié (PSU). Justice et Bienfaisance publie un communiqué pour répondre aux accusations de radicalisme portées contre sa direction : « L’opposition au Maroc, dont Al Adl Wal Ihsane, n’est ni rêveuse ni utopique, et n’a nullement l’intention de provoquer une crise. Elle ne prône pas la nécessité d’un recours à l’affrontement populaire ouvert avec le pouvoir. Elle n’exerce la tutelle sur personne, et ne prétend pas à l’autocratie sous quelque forme que ce soit…La seule et unique cause pour laquelle elle milite est de mettre fin au despotisme et de rendre au peuple son droit de choisir. » En contradiction avec certains de ces discours les plus radicaux, le mouvement diffuse des messages plus apaisants. Les dirigeants déclarent ne pas remettre en cause publiquement la légitimité du roi en tant que chef de l’Etat mais son statut de commandeur des croyants consacré par l’article 19 de la constitution. Al Adl Wal Ihsane, pour des raisons tactiques et pour ne pas détériorer ses rapports avec les autres tendances du mouvement de protestation, veille à négocier avec ses partenaires l’ampleur et les modalités de sa présence comme la teneur des slogans. A la suite de l’attentat de Marrakech perpétré dans un café le 28 avril 2011, le porte–parole du mouvement Fathallah Arsalane publie un communiqué le 30 avril 2011 : « Nous informons l’opinion publique intérieure et extérieure de ce qui suit : Nous condamnons cet acte criminel et barbare quels qu’en soient les auteurs, et réitérons notre refus catégorique de tout recours à la violence ; nous tenons à exprimer notre profonde affliction et nous prions pour toutes les victimes de cet odieux attentat ; nous présentons également nos sincères condoléances aux familles des défunts et souhaitons un bon rétablissement aux blessés ; nous mettons en garde les autorités contre le recours aux mêmes scénarios policiers médiatiques extrémistes que ceux qui ont suivi les douloureux évènements du 16 mai 2003. » Par ailleurs, le mouvement demande aux autorités d’annuler le festival de musique Mawazine 2011 qui marque la venue de plusieurs célébrités internationales (Joe Coker, Lionel Richie, Shakira) en faisant valoir la dilapidation des deniers publics, la déliquescence des mœurs, et l’atteinte à la morale public du peuple marocain. Durant le mois de mai 2011, les manifestations organisées par le collectif du 20 février sont marquées par des heurts et des arrestations. Al Adl Wal Ihsane, fait savoir dans un communiqué le 2 juin 2011, que l’un des militants « membre de la jeunesse » à Safi, Kamal Ammari, est décédé des suites de très graves blessures infligées par les forces de l’ordre lors d’une manifestation organisée le 29 mai 2011. Par ailleurs, le mouvement dénonce des tracasseries systématiques dont sont victimes certains responsables dont Mme Rhizlane Barhaoui, membre du secrétariat général du cercle politique. Après le discours de Mohamed VI révélant le contenu de la nouvelle constitution soumis au référendum, le mouvement par le canal de son porte–parole Fathallah Arsalane réitère son refus de soutenir le processus constitutionnel en cours, dénonçant « une constitution octroyée ». Al Adl Wal Ihsane s’associe à des rassemblements du collectif du 20 février organisé le 19 juin 2011. Par ailleurs, à l’appel du Comité marocain de soutien aux causes de la Oumma dépendant de l’organisation de nombreux rassemblements sont organisés à travers le pays, dans une vingtaine de localités devant des mosquées, pour exprimer le soutien du peuple marocain « au peuple syrien frère, dans son soulèvement contre le régime tyrannique ». Les dirigeants lance un appel pour le boycott du référendum sur la constitution : « Noble peuple marocain ! Nous vivons un moment historique qui nous impose de protester haut et fort contre l’injustice, la tyrannie et la corruption, et de briser toutes les chaînes afin de bâtir le Maroc du droit et de la loi où tous seront égaux. Boycottons tous le référendum sur la constitution imposée. » A la suite de la publication officielle des résultats du scrutin, marqué par une très large approbation 98,50 % un taux de participation élevé de 73,46 %, l’organisation évoque des fraudes, des manipulations. Fathallah Arsalane déclare notamment « nous pouvons affirmer que le peuple marocain a été l’objet de la plus grande falsification de sa volonté. ». En juillet, Al Adl Wal Ihsane s’associe à de nouvelles manifestations. Le 31 juillet des marches de protestations sont organisées dans 40 villes marocaines (Rabat, Casablanca, Tanger, Marrakech, Fès, Agadir, Safi, El Jadida….). Progressivement, durant le mois d’août, les rassemblements du collectif du 20 février sont moins nombreux et sont marqués par une moindre participation. Prenant acte, d’un essoufflement du mouvement, la coordination comme la direction du mouvement islamiste font savoir publiquement le 4 septembre 2011, qu’il faut « désormais inventer de nouveaux styles de protestation » et dépasser les « débats idéologiques qui portent atteinte à l’unité du mouvement. » Toutefois, le 18 septembre de nouveaux rassemblements notamment à Casablanca, Oujda et Tanger témoignent d’un regain de la mobilisation. Dans un contexte politique marqué par des élections législatives anticipées, le mouvement dans un communiqué en date du 9 octobre 2011 : « Appelle le vaillant peuple marocain à boycotter le feuilleton du mensonge, de la falsification de l’illusion, en boycottant les élections prévues le 25 novembre 2011 ». A la suite de cet appel, plusieurs cadres de l’organisation sont inquiétés par les autorités. Le 26 octobre 2011, Abou Chitae Moussaif, membre du conseil national du cercle politique, ingénieur installé à Salé est arrêté à son domicile. Le même jour Lotfi Hassani et Hicham Chouladi, également membres du conseil national du cercle politique, sont également arrêtés et interrogés sur leurs activités politiques. De nombreux militants et des cadres du mouvement Al Adl Wal Ihsane manifestent devant les sièges de la préfecture de police à Rabat et Casablanca pour exiger la libération des responsables détenus qui sont libérés après plusieurs heures d’interrogatoires. Le secrétariat général du cercle politique diffuse un communiqué pour dénoncer la série d’arrestations. Durant le mois de novembre 2011, le mouvement décide d’associer ses militants à une campagne active pour le boycott des élections législatives anticipées. Après le scrutin du 25 novembre 2011 Al Adl Wal Ihsane évoque des fraudes, notamment sur le niveau d’abstention. Aucun communiqué n’est consacré à la victoire électorale du Parti de la justice et du développement. Le 18 décembre 2011, le secrétariat général du cercle politique publie un communiqué pour annoncer la suspension de la participation de l’organisation au « mouvement du 20 février ».

ALGERIE

L’espace politique occupé par la mouvance islamiste en Algérie, après de longues années marquées par le terrorisme, reste conséquent. Un parti agréé, le Mouvement de la Société pour la Paix (MSP) se réclamant, explicitement, de ce courant politique et religieux dispose de plusieurs postes ministériels depuis 1996. Au sein de l’opposition parlementaire, un mouvement, Al Islah (La Réforme), traversé par une crise interne, exerce un rôle non négligeable sur la scène politique algérienne. Par ailleurs, d’autres acteurs, affirmant défendre les valeurs islamiques et combattre au nom de la religion, refusent de composer avec le régime en place et optent toujours pour la violence armée. Des repentis, des militants islamistes impliqués dans des violences par le passé, aspirent sans obtenir de reconnaissance officielle à jouer à nouveau un rôle politique.
En Algérie, l’islam est religion d’Etat, plusieurs rites comme les rites malékites, hanéfite – introduit par les colons turcs– et ibadite (pratiqué exclusivement dans la région du Mzab) ainsi que plusieurs écoles juridiques y cohabitent. L’Etat régit scrupuleusement les activités religieuses par le biais d’un ministère spécifique et d’un haut conseil islamique. Si la liberté religieuse est garantie, son exercice est strictement réglementé. Selon les indications du dernier recensement, les musulmans représentent plus de 98 % de la population et les chrétiens, selon des chiffres officiels, seraient aux environs de 11 500. Les Eglises catholiques et protestantes ont une existence légale. Toutefois, depuis une ordonnance de 2006 (ordonnance n°06–03 du 28 février 2006 fixant les conditions et les règles d’exercice des cultes autres que musulman en Algérie), l’exercice du culte, la diffusion des écrits, tout comme le prosélytisme, sont soumis à des restrictions très strictes. Des peines de prison de deux à cinq ans sont prévues dans l’article 11 de ladite ordonnance pour une personne qui « incite, contraint ou utilise des moyens de séduction tendant à convertir un musulman à une autre religion » ou encore « fabrique, entrepose ou distribue des documents imprimés ou tout autre support ou moyen qui visent à ébranler la foi d’un musulman ». Cet arsenal juridique a été utilisé à plusieurs reprises contre des membres de la communauté chrétienne qui ont fait l’objet de poursuites judiciaires.
Historiquement, l’apparition d’un courant politique intégrant les valeurs islamiques au cœur de son programme politique remonte à la décennie 1930–1940 avec le Parti du Peuple Algérien (PPA) et l’Association des oulémas du cheikh Ben Badis qui rallie, durant la guerre de libération en 1956, le Front de Libération Nationale (FLN). En 1962, à la suite de la déclaration d’indépendance, en dépit de la présence importante de responsables politiques d’obédience socialiste professant en faveur de la laïcité, la dimension musulmane de la nation algérienne est proclamée. En 1964, une association religieuse Al Qiyam (les Valeurs) qui se réclame, à la fois, des penseurs salafites Mohamed Abdou et Rashid Ridha et des Frères Musulmans égyptiens Hassan Al Banna et Sayyed Qotb est autorisée. Son orientation politique et religieuse est diffusée à travers la revue « Humanisme musulman ». En s’autorisant des prises de positions tranchées sur des évènements internationaux comme la pendaison du responsable des Frères Musulmans Sayyed Qotb, elle s’attire la vindicte des autorités. Le 17 mars 1970, un arrêté du ministre de l’Intérieur annonce la dissolution de l’association et d’un autre mouvement plus radical, les Soldats de Dieu. Durant les années 1970, sous le régime du président Boumediene, la place et le rôle de l’islam sont renforcés par une série de mesures : le vendredi devient jour de repos obligatoire ; la vente des boissons alcoolisées est prohibée comme l’élevage du porc. Les différents ministres des Affaires religieuses : Tawfik el Madani, Mouloud Kacim et Abderrahmane Chibane favorisent l’édification de nombreuses mosquées et la venue de prédicateurs proches des Frères musulmans, issus des pays du Proche–Orient. Entre 1962 et 1972, 4474 mosquées sont construites et de nombreuses églises sont transformées en lieu de culte musulman. Par ailleurs, des mosquées occultes sont édifiées en dehors de tout cadre légal. Convoitées par les islamistes, elles deviennent un enjeu de pouvoir. La constitution de 1976 stipule que le chef de l’Etat doit être « de confession musulmane » (art. 107) et qu’il doit prêter serment « de respecter et de glorifier la religion islamique » (art. 110). A partir de mars 1971, une revue Al Assala diffuse la doctrine religieuse officielle. Le 3 décembre 1971, une ordonnance est prise qui réglemente très strictement les conditions d’agrément des associations. Pour celles qui ont une vocation religieuse, les membres fondateurs doivent à la fois requérir l’agrément du ministère de l’Intérieur et de la direction des Affaires religieuses. Dans ces conditions, de nombreuses organisations se constituent dans la clandestinité. En 1972, plusieurs militants islamistes se réunissent en Kabylie pour créer une groupe clandestin, qui prend l’appellation de Mouvement du Renouveau « Civilisationnelle », connu par la suite sous la dénomination de Djaz’ara (algérianiste). Plusieurs personnalités marquantes émergent, stigmatisant la décadence et l’influence pernicieuse de l’Occident. Parmi eux, le cheikh Soltani, auteur d’un livre « le mazdaqisme est la source du socialisme », le prêcheur Mohamed Sahnoun et l’Imam de Constantine Mohamed Salah Abed qui est aussi président de l’Association de la réforme morale et sociale. Tous les trois sont dotés d’un charisme certain et bénéficient d’une audience non négligeable. Après l’avènement du président Chadli en 1979, une relative liberté semble régner, de nombreuses publications sont diffusées sans difficulté. Des affrontements opposent, dans les campus universitaires, étudiants francophones et arabophones sur fond de débats sur le statut personnel et la pratique religieuse. Le 2 novembre 1982, un étudiant Kamel Amzal, est poignardé sur le campus de Ben Aknoun (Alger) lors de violents heurts entres étudiants de gauche et islamistes. A la suite d’une série d’arrestations, plusieurs personnalités islamistes rédigent et signent une pétition adressée au gouvernement pour réclamer une série des mesures relatives au statut personnel, à la prohibition de l’alcool et à l’arabisation. Les principaux initiateurs de cette pétition Madani Abassi, Mohamed Sahnoun, et Abdelatif Soltani sont arrêtés. En 1982, un premier groupe armé islamiste, Le Mouvement Islamique Algérien (MIA) se fixant pour but de renverser le régime, est créé par un ancien membre du FLN (Front de Libération Nationale) employé de la Société nationale d’électricité, Mustapha Bouyali. Le MIA, responsable d’une série d’exactions, est définitivement démantelé en 1987 et des combattants et des sympathisants du mouvement sont incarcérés et font l’objet d’une procédure judiciaire instruite par la cour de sûreté de l’Etat de Médéa. Le 4 octobre 1988, alors que le pays est frappé par une crise sociale grave et par des mouvements de grève dans l’industrie, des heurts éclatent à Alger lors de manifestations liées au coût et à la raréfaction des produits de première nécessité. Les troubles, marqués par une répression féroce, concernent plusieurs villes importantes et durent plusieurs jours. Les négociations relatives à la résorption de la crise révèlent la place accordée aux islamistes qui deviennent des interlocuteurs incontournables du pouvoir pour ramener le calme. Le président Chadli est réélu pour un mandat de cinq ans le 22 décembre 1988, il installe à ses côtés une équipe de « réformateurs » incarnée par le Premier ministre Mouloud Hamrouche. Une nouvelle Constitution est adoptée quelques mois plus tard, le 23 février 1989. Une loi régissant les « associations à caractère politique » consacre la fin du parti unique et permet la création de nouvelles formations défendant des idéaux divers (islamistes, berbères, socialistes) de voir le jour. Les « bouyalistes » qui suivent le créateur du Mouvement Islamique Algérien Moustapha Bouyali, incarcérés pour avoir tenté de renverser le régime, sont graciés. Des élections municipales et départementales sont organisées en juin 1990. Un parti d’orientation islamiste, le Front Islamique du Salut (FIS), dirigé par Madani Abassi et Ali Benhadj, récupère la contestation sociale et s’impose comme la première formation politique du pays, en remportant 853 communes sur 1541 et en obtenant des scores électoraux très élevés dans la plupart des grandes villes du pays. La mouvance islamiste est toutefois divisée, le Hamas (l’Enthousiasme), officiellement agréé en décembre 1990, et le mouvement de la Nahda islamique (La Renaissance Islamique) du cheikh Djaballah représentant des alternatives au sein de ce courant. Les tensions sont ravivées dans le pays, dans un contexte international troublé marqué par la guerre du Golfe. A l’occasion d’un contentieux sur le mode de scrutin et le découpage électoral liées à la tenue d’élections générales, le FIS appelle à une grève générale illimitée le 23 mai 1991. De violents heurts opposent militants islamistes et forces de sécurité. L’Etat de siège est proclamé, le Premier ministre Mouloud Hamrouche démissionne. Madani Abassi et Ali Benhadj sont arrêtés le 30 juin 1991. Une nouvelle direction du FIS est nommée par les instances du parti, qui optent pour l’apaisement et pour une participation au processus électoral. Le 26 décembre 1991, le premier tour des élections législatives est organisé. Le Front Islamique du Salut, devance largement les autres formations politiques et obtient 47 % des suffrages exprimés et 188 sièges. Les simulations, sur l’issue du scrutin, font état d’une large majorité pour le parti islamiste. A la suite de multiples tractations orchestrées par la haute hiérarchie militaire, la démission du chef de l’Etat est annoncée. Face à un vide juridique, le président du Conseil constitutionnel refusant d’assurer l’intérim, un Haut Comité d’Etat (HCE) est créé le 14 janvier 1992. Dotée des pleins pouvoirs cette nouvelle instance et l’armée font appel à un ancien responsable historique du Front de Libération Nationale exilé au Maroc, Mohamed Boudiaf, pour assumer les fonctions de chef de l’Etat. Le processus électoral est suspendu, Abdelkader Hachani principal responsable du FIS depuis le mois de juillet 1991, est arrêté puis incarcéré à la prison de Serkadji (Alger). Le 9 février 1992, l’Etat d’urgence est proclamé.

De la guerre civile au « terrorisme résiduel » (1992–1999)

Une campagne de répression débute sur l’ensemble du territoire contre les militants et les cadres du FIS, dont la dissolution est prononcée à la suite d’un jugement rendu par le Tribunal administratif d’Alger le 4 mars 1992. Pour faire face à l’afflux des personnes arrêtées, sept centres de rétention sont créés dans le sud du pays. Plusieurs milliers de militants islamistes, dont des élus, sont affectés dans ces camps dès le mois de février 1992. Les Assemblées Populaires Communales et les exécutifs départementaux (les Assemblées Populaires de Wilayas), détenues par le FIS, sont dissoutes. Dans les municipalités concernées, des Délégations Exécutives Communales (DEC), nommées directement par le pouvoir central, sont mises en place. Des groupes armés se constituent dans de nombreuses wilayas, notamment dans le centre du pays. Le président Boudiaf, qui avait entamé parallèlement une lutte contre la corruption au sein de l’appareil d’Etat, est assassiné le 29 juin 1992, à Annaba, dans des conditions demeurées troubles, en dépit de l’arrestation et de la condamnation de l’assassin, un membre de sa garde rapprochée. Le 15 juillet 1992, le Tribunal militaire de Blida condamne Madani Abassi et Ali Benhadj à douze ans de réclusion criminelle. La situation sécuritaire ne cesse de se dégrader, des attentats sont perpétrés notamment contre des membres des forces de l’ordre. Ali Kafi, membre du Haut Comité d’Etat, est désigné pour succéder au défunt président. Un nouvel ordre judiciaire est mis en place avec la création de cours spéciales. Des personnalités sont visées par des attentats revendiqués par des groupes armés islamistes. Le directeur de l’école des beaux–arts, Ahmed Asselah, est abattu le 7 mars 1993. Quelques jours plus tard, le 16 mars, Djilali Lyabès, ancien ministre, directeur de l’Institut national d’études de stratégie globale (INESG) est assassiné. Le journaliste Rabah Zénati, l’écrivain Tahar Djaout, le psychiatre Mahfoud Boucebci, le dramaturge Abdelkader Alloula, le sociologue Mohamed Boukhobza et le responsable du Parti de l’Avant–garde Socialiste (PAGS) Abderrahman Chergou, abattu le 28 septembre 1993, sont à leurs tours victimes d’attentats. En visant des intellectuels, des journalistes, des hommes politiques, les fractions armées islamistes provoquent un climat de panique et fragilisent le régime. De fait, des milliers de cadres et de fonctionnaires quittent le pays afin d’échapper au climat de violence. Les deux autres formations islamistes le Hamas et le Mouvement de la Nahda (Renaissance) islamique (MNI), qui ne sont pas concernées par les mesures de répression, adoptent des attitudes divergentes. Le Hamas du cheikh Nahnah, tout en appelant au dialogue, manifeste sa volonté de collaborer avec les nouvelles autorités tandis que le MNI, dirigé par Abdallah Djaballah se prononce contre l’annulation du processus électoral et rejoint les rangs d’un « front du refus », tout en condamnant le recours à la violence à des fins politiques. Durant l’année 1993, les groupes armés s’avèrent incapables de s’unifier, opérant sous diverses bannières celle des Fidèles au serment, du Front Islamique du Djihad Armé (FIDA), du Groupe Islamique Armé (GIA), du Mouvement Islamique Armé (MIA), du Mouvement pour l’Etat Islamique (MEI). Ils parviennent, quand même, à recruter sans difficulté de nouveaux combattants. Les services de sécurité réussissent à infiltrer certains groupes et sèment la discorde en recueillant des informations. De nombreux islamistes dont certains cadres du FIS comme Annouar Haddam et Rabah Kébir fuient le pays afin de se soustraire aux opérations des forces de sécurité. Le 17 septembre 1993, le FIS annonce, dans un communiqué, la création d’une « instance exécutive à l’étranger » et préserve provisoirement l’unité du mouvement. En l’absence d’une victoire rapide de l’un des belligérants, le conflit dégénère en guerre civile. Les militaires se dotent d’un appareil répressif spécialisé dans la lutte antiterroriste et se livrent à de graves atteintes aux droits de l’homme par des enlèvements, des exécutions et des tortures. Les groupes armés s’attaquent aux biens économiques et visent désormais des civils sans véritable appartenance politique. Le 31 janvier 1994, le général Liamine Zéroual est nommé par le Haut Comité d’Etat, président de la République. En vue d’assurer les fonctions pérennes de l’Etat, un Conseil National de Transition est créé pour assurer la fonction législative, en lieu et place de l’Assemblée Populaire Nationale. Le parti islamiste Hamas accepte de siéger au sein de cette Assemblée et un cadre du parti assure la fonction de vice–président du CNT. Progressivement, le Groupe islamique armé (GIA), qui démontre sa forte capacité de nuisance, s’impose comme l’organisation la plus apte à incorporer de nouvelles recrues dans le centre du pays, notamment à Alger. L’émir national du GIA, Abou Abdallah Ahmed alias Chérif Gousmi obtient le ralliement d’autres fractions et de personnalités influentes du FIS comme Saïd Mekhloufi et Mohamed Saïd. Un accord est scellé entre les deux organisations le 13 mai 1994. En réaction, deux émirs opposés à cet accord disposant de réseaux militaires importants dans l’ouest et l’est du pays, Ahmed Benaïcha et Madani Mezrag, annoncent deux mois plus tard le 18 juillet 1994, la création d’une nouvelle organisation, l’Armée Islamique du Salut (AIS). Les actes terroristes se multiplient et des établissements scolaires, des mairies, des locaux d’entreprises sont détruits à l’explosif ou incendiés. Si les jeunes appelés, et plus généralement les membres des forces de sécurité, sont des cibles privilégiées, un bilan officiel, relatif à l’année 1994, fait état de milliers de victimes anonymes et d’assassinats de 76 maires (président des délégations exécutives communales), d’un wali (préfet), de onze chef de daïras (sous–préfets), de 101 enseignants, de 24 journalistes et de 15 magistrats. Les wilayas de Blida et de Médéa sont les plus touchées par le terrorisme. Des négociations sont entamées, puis abandonnées, par les autorités avec la direction du FIS notamment avec Abassi Madani. Le GIA, dans un communiqué diffusé le 13 septembre 1994, condamne ces tractations en diffusant comme mot d’ordre « Pas d’accord, pas de trêve, pas de dialogue ». Trois semaines plus tard, l’organisation annonce la mort de l’émir national Abou Abdallah Ahmed qui est remplacé par Djamel Zitouni alias Abdel Rahman Amin après des manœuvres révélant d’importantes dissensions au sein de l’organisation. Les représentants de la direction du FIS en exil, en liaison avec plusieurs formations politiques algériennes dont le Front de Libération Nationale et le Mouvement de la Nahda Islamique, organisent une conférence à Rome, en liaison avec la communauté catholique de Sant’ Egidio, pour promouvoir un plan de paix. Le principe de cette conférence, comme ses conclusions diffusées en janvier 1995, sont condamnés par les autorités algériennes. Le chef de l’Etat promulgue une loi de Rahma (clémence) afin de faciliter la reddition des combattants armés. Les repentis sont jugés et condamnés mais bénéficient de peines plus légères. Les grandes villes du pays comme Blida, Constantine ou Oran, à l’exception notable d’Alger, sont progressivement pacifiées, à la suite de multiples opérations des forces de sécurité. Les groupes armés se réfugient dans des maquis inexpugnables (Massif de l’Aurès, Ouarsenis…) et dans des zones rurales pour échapper à la répression et pour contrôler des territoires. Afin d’obtenir de nouveaux soutiens, au niveau international comme au niveau national, le chef de l’Etat et la haute hiérarchie militaire décident de mettre un terme au régime de transition et d’organiser une série d’élections pour restaurer les anciennes institutions. Des élections présidentielles sont organisées en novembre 1995 et sont un succès car les Algériens qui aspirent à la paix se déplacent massivement aux urnes. Liamine Zéroual est élu avec 61 % des suffrages exprimés. Un des responsables en exil du FIS, Rabah Kébir, reconnaît la légitimité du chef de l’Etat et déclare être prêt au dialogue. Une violente purge est organisée, au sein du Groupe Islamique Armé, par l’émir national, Djamel Zitouni qui désire conforter son emprise sur le mouvement. Plusieurs dirigeants sont abattus et l’organisation, largement infiltrée par les services de renseignements algériens, est durablement affaiblie. Le régime est conforté et l’hypothèse d’une victoire des groupes armés islamistes semble désormais écartée, en dépit d’un niveau de violence très élevé. Fragilisé par une guerre civile dévastatrice provoquant le départ à l’étranger de nombreux cadres, à la recherche de nouveaux soutiens au sein d’une classe politique très divisée, le régime entame une refonte partielle du champ politique, à la suite des élections présidentielles. De nouveaux acteurs de l’Etat algérien, détenteurs de postes à responsabilité sur la scène internationale, sont cooptés. Ils ont été choisis en puisant dans les rangs de la principale formation islamiste autorisée le Hamas qui accepte de s’associer à une coalition gouvernementale après avoir soutenu les réformes institutionnelles. La croissance d’une nouvelle élite islamiste devant permettre, dans l’esprit des concepteurs de cette refonte, de rallier au régime les classes moyennes (employés, petits commerçants, cadres….) attirées un temps par le discours conservateur et puritain diffusé par le Front Islamique du Salut comme de réduire les soutiens des fractions politiques les plus radicales tentées par l’action armée. Dans le premier gouvernement, nommé après l’élection de Liamine Zéroual et dirigé par Ahmed Ouyahia (du 5 janvier 1996 au 10 juin 1997), deux portefeuilles sont confiés à des cadres du Hamas devenu Mouvement de la Société pour la Paix, le ministère des PME–PMI confié à Abdelkader Hamitou et le secrétariat d’Etat chargé de la Pêche confié à Bouguerra Soltani. L’organisation est conviée à s’associer, par la suite, à toutes les coalitions. Toutefois, en 1996, à l’occasion de la rédaction d’une nouvelle Constitution, consacrant la fin de la période dite de transition, l’adoption d’un article relatif aux partis politiques semble marquer une rupture. Cet article portant le numéro 42 stipule : « Le droit de créer des partis politiques est reconnu et garanti. Ce droit ne peut toutefois être invoqué pour attenter aux composantes fondamentales de l’identité nationale (…) Dans le respect des dispositions de la présente constitution, les partis ne peuvent être fondés sur une base religieuse, linguistique, raciale, de sexe, corporatiste et régionale ». Dans les faits, du moins dans un premier temps, l’adoption de ce nouveau dispositif normatif n’est pas le signe d’un changement radical. Le Hamas change seulement d’appellation pour devenir le Mouvement de la société pour la paix (MSP) sans modifier, pour autant, son programme ou sa stratégie d’accession au pouvoir. Des groupes armés, issus de dissidences du GIA, sont créés dans le centre du pays : Al Mouhajiroun (Les Emigrés) en mai 1996 et le Mouvement Islamique pour la Prédication et le Djihad en juillet 1966 qui se livrent à des actions armées limitées. Alors que des contacts répétés sont entretenus entre l’émir de l’Armée Islamique du Salut, Madani Mezrag, et des responsables militaires pour tenter d’aboutir à un accord, le GIA, sous la direction de Djamel Zitouni puis d’Antar Zouabri à partir de juillet 1996, ne cesse de se radicaliser. Des massacres collectifs sont perpétrés contre des populations soupçonnées de soutenir le régime. Les violences provoquent des exodes massifs, les habitants fuyant les localités à proximité des maquis. Le 27 mars 1996, sept moines du monastère de Tibehirine sont enlevés. Ils sont tués quelques semaines plus tard dans des conditions demeurés troubles. Par ailleurs, des combats opposent régulièrement des fractions armées du GIA à des groupes affiliés à d’autres organisations comme l’AIS. Dans le Grand Alger, le GIA et le Front Islamique du Djihad Armé (FIDA), anciennement affilié au GIA, attaquent les forces de l’ordre et pratiquent des attentats ciblés contre des personnalités politiques et des journalistes. Mohamed Hardi, ancien ministre, est assassiné dans la capitale en mai 1996. La région centre est l’objet de luttes incessantes entre les différentes mouvances armées. Le 5 février 1997, une nouvelle organisation est fondée par l’ancien maire de Médéa l’émir Ali Ben Hadjar et le cheikh Mahfoud Rahmani, la Ligue Islamique pour la Prédication et le Jihad qui contracte une alliance avec le FIDA. Le GIA publie un opuscule intitulé « Le sabre tranchant » pour diffuser et illustrer sa doctrine comme sa stratégie militaire. Largement diffusé à partir du mois de février, notamment par le canal de la revue publié à Londres Al Ansar (les Victorieux) ce texte, signé par le mufti du GIA Abdel Moumin Zoubeir, justifie le recours à des massacres d’ampleur. Alors que les deux partis islamistes agréés : le MSP et Ennahda , à l’occasion des élections législatives de juin 1997, obtiennent des résultats électoraux non négligeables, au total plus d’une centaine de sièges, les actions armées se multiplient dans la Mitidja, à proximité de la capitale. Deux massacres collectifs faisant de nombreuses victimes sont notamment perpétrés dans les localités de Raïs et de Bentalha. Le 21 septembre 1997, dans un communiqué l’émir de l’Armée Islamique du Salut Madani Mezrag lance un appel à une trêve unilatérale pour le 1 er octobre. Des centaines de combattants acceptent d’être stationnés dans des camps à proximité de leurs maquis dans diverses wilayas du pays (Chlef, Jijel, Skikda…). Face à la radicalisation du GIA et suite à cet appel, de nombreux émirs locaux optent pour le maintien de l’action armée en prônant une stratégie militaire fondée, avant tout, sur une lutte contre les forces de sécurité et des attentats très ciblés. Un émir, ancien responsable de la zone II du Groupe Islamique Armé, opérant à l’est d’Alger et en Kabylie, Hassan Hattab, réussit à fédérer les irréductibles en agrégeant des dissidents de différentes organisations, dont de nombreux combattants du GIA en rupture de ban. Il créé un nouveau mouvement le Groupe Salafite pour la Prédication et le Combat (GSPC), dont la fondation est rendue publique le 14 septembre 1998. A Alger, la situation sécuritaire s’améliore progressivement. Des campagnes de presse, orchestrées contre des proches du chef de l’Etat dont le général Mohamed Betchine, témoignent de vives tensions au sommet de l’Etat. Liamine Zéroual, affaibli et isolé, annonce, le 11 septembre 1998, la tenue de présidentielles anticipées et sa volonté de ne pas se porter candidat. Un consensus se dégage au sein de la haute hiérarchie militaire sur l’opportunité d’un changement politique et sur la personnalité devant l’incarner.

La paix toujours reportée (1999–2010)

Le 15 avril 1999, Abdelaziz Bouteflika, ancien ministre des Affaires étrangères sous la présidence de Houari Boumediene, est élu chef de l’Etat en axant son programme sur la concorde civile et le rétablissement de la paix. Le 3 juin, l’émir de l’AIS Madani Mezrag, dans une lettre ouverte, réaffirme au nom de son organisation « sa disponibilité à déposer les armes ». Un projet d’amnistie, dont le champ d’application concerne l’ensemble de la mouvance armée, est déposé et adopté et doit aboutir au démantèlement définitif de l’Armée Islamique du Salut. La loi n°99–08 du 13 juillet 1999, relative au rétablissement de la concorde civile, prévoit, dans son article 1, que les personnes impliquées dans des actions terroristes, qui veulent mettre un terme à leurs activités criminelles, peuvent aspirer à reprendre la vie civile. L’article 2 prévoit, à cet effet, trois mesures : l’exonération des poursuites, la mise sous probation et l’atténuation des peines. Seules les personnes qui n’ont pas commis d’infraction ayant « entraîné mort d’homme ou infirmité permanente, viol ou (et) qui n’ont pas utilisé des explosifs dans des lieux publics » peuvent bénéficier de l’exonération. Les membres des groupes armés sont soumis à une période de probation de 3 à 10 ans et peuvent, sous conditions, bénéficier de mesures de réinsertion. La mise en œuvre du dispositif est toutefois entachée par l’assassinat de l’ancien responsable du FIS, Abdelkader Hachani, abattu par un homme armé chez son dentiste le 22 novembre 1999. Selon une évaluation officielle, rendue publique à la fin du mois de janvier 2000, 4112 combattants, au total, sont enregistrés comme repentis sur l’ensemble du territoire et peuvent bénéficier de la loi, au terme de la période définie pour l’application des mesures. Quelques 2800 combattants sont des anciens de l’AIS observant une trêve depuis octobre 1997. Le GSPC n’est que très partiellement affaibli par la politique de civile et bénéficie, par ailleurs, de nouveaux renforts au détriment du GIA. Ce dernier est miné par des dissensions et dont les réseaux opérationnels ne sont plus présents que dans certains secteurs géographiques de la région centre notamment dans les contreforts de l’atlas blidéen. Toutefois, certaines wilayas , très durement touchées par le terrorisme comme Aïn Defla, Blida, Chlef et Médéa ne le sont plus qu’épisodiquement et ceci à partir de l’année 2001. Les habitants de ces territoires, situés dans les zones rurales, peuvent juger des effets positifs concrets de la politique de concorde civile, retrouver une certaine quiétude et bénéficier d’une relative embellie économique. Les fiefs du GSPC se situent à proximité de la capitale dans les wilayas de Bouira, Boumerdès ou Tizi–Ouzou et dans celles de l’est du pays à Annaba, Jijel et Skikda. En Kabylie, l’organisation, qui dispose de réseaux importants, bénéficie indirectement d’un climat propice, suite aux violentes émeutes en réaction à l’assassinat d’un lycéen, le 18 avril 2001, dans les locaux de la brigade de gendarmerie de Béni Douala. La répression sanglante des troubles, marquée par le décès de 125 personnes, provoque un profond ressentiment dans la population. Le conflit, qui s’étend durant plusieurs mois, désorganise complètement les dispositifs mis en place pour lutter contre les groupes armés locaux. Des casernes de gendarmerie sont dévastées par des émeutiers, d’autres fermes sur ordre du pouvoir central. Lors des élections législatives du 30 mai 2002, le mouvement d’opposition islamiste Al Islah bénéficie de bons résultats électoraux avec 47 sièges et devance, désormais, à l’Assemblée le MSP dont la stratégie de participation à la gestion gouvernementale suscite des réserves de la part de son électorat traditionnel. Au sein de la mouvance armée, le GSPC est déstabilisé par des dissensions internes relatives à la stratégie militaire à adopter face aux nouveaux développements du déclenchement de la deuxième guerre d’Irak. L’émir national, Hassan Hattab, est en désaccord avec certains émirs, influents au sein de la direction du mouvement, qui souhaitent marquer leurs soutiens aux frères irakiens. Il est contraint à la démission. Un communiqué, en date du 17 août 2003, annonce la démission de l’émir Abou Hamza (Hassan Hattab). Il est remplacé par l’émir de la zone 5, Nabil Sahraoui alias Ibrahim Abou Mustapha. Le mouvement islamiste opte pour de nouvelles options stratégiques afin de pouvoir augmenter sa capacité de nuisance. La multiplication des émeutes sporadiques témoigne, parallèlement, d’autres formes violentes de contestation sociale et de l’importance du mécontentement social. Elles débutent souvent à partir de revendications très concrètes et se développent plus particulièrement dans les wilayas de l’est du pays à Annaba, Batna, Constantine, Jijel, etc. Le président Bouteflika est réélu, le 8 avril 2004, avec 85 % des voix, lors d’un scrutin marqué par une démobilisation de l’électorat. Son principal adversaire Ali Benflis n’obtient que 6,4 % des suffrages. Cette élection a donné lieu à des débats sur le thème de la « réconciliation nationale ». Le candidat sortant, en liaison avec l’Etat–major militaire, a pour objectif de régler plusieurs contentieux qui empoisonnent la vie politique algérienne : le sort des milliers de disparus, la responsabilité de l’armée et des forces de sécurité dans la « tragédie nationale » l’indemnisation des victimes du conflit et la réintégration des « repentis » dans la sphère politique. Un projet pour la paix et la réconciliation nationale est présenté en septembre 2005 aux suffrages des Algériens après maintes tractations en coulisse. En dépit du maintien de la violence armée, dans son préambule, les initiateurs du projet, qui entendent parachever l’œuvre entreprise depuis 1999, considèrent que le terrorisme a été « combattu et maîtrisé sur l’ensemble du territoire national qui a enregistré un retour de la paix et de la sécurité ». Des mesures d’extinction des poursuites et de grâce sont prises. Elles sont, pour la première fois, élargies à « des individus recherchés (…) à l’étranger, qui décident de se présenter volontairement devant les instances algériennes compétentes ». Concernant des demandes répétées formulées par les anciens responsables du FIS et de l’AIS pour une réintégration dans la vie politique, le texte prévoit que « Le peuple algérien souverain décide également que le droit à l’exercice d’une activité politique ne saurait être reconnu à quiconque aurait participé à des actions terroristes et qui refuse toujours (…) de reconnaître sa responsabilité dans la conception et dans la mise en œuvre d’une politique prônant le pseudo jihad (guerre sainte) contre la nation ». Par ailleurs, le régime qui couvre les « victimes de la tragédie nationale » est étendu, non seulement aux parents des défunts ciblés par des terroristes, mais aussi aux « ayants droits » des personnes disparues. La charte prévoit, également, que « le peuple algérien considère que la Réconciliation Nationale doit prendre en charge le drame des familles dont des membres ont pris part à l’action terroriste ». En application de ces dispositions, des émirs sont libérés, comme Abdelhaq Layada ancien émir national du Groupe Islamique Armé qui est relâché le 12 mars 2006. Parallèlement, plusieurs anciens responsables en exil du Front Islamique du Salut : Mourad Dhina, Abdelkrim Ghémati, Annouar Haddam, Rabah Kébir et d’autres sont contactés officiellement pour favoriser leur retour en Algérie. Certains refusent, d’autres, comme Rabah Kébir, donnent suite à cette démarche. Toutefois, désirant reprendre leur activité politique et disposer de la totalité de leurs droits civiques, ils se heurtent à un refus des autorités. Faute de garanties et restant sur un constat d’échec Rabah Kébir quitte à nouveau l’Algérie et regagne son pays d’accueil l’Allemagne. Alors que certaines régions sont toujours frappées par le terrorisme, le ralliement du GSPC à la mouvance Al–Qaïda est annoncé par Ayman Al Zawahiri puis par l’émir de l’organisation qui proclame l’abandon de « l’ancienne appellation : le Groupe Salafite pour la Prédication et le Combat (GSPC) (…) et qu’à compter de ce jour le 24 janvier 2007, toutes les publications et les communiqués seront signés par le nouveau nom de l’organisation Al Qaïda au pays du Maghreb islamique ». Quelques mois plus tard, les élections législatives, puis municipales, sont marquées par un taux d’abstention très élevé. Le pouvoir ne semble plus en mesure de pouvoir offrir de réponses à la crise politique. Dans un pays très centralisé comme l’Algérie, il est primordial pour tout mouvement armé, aspirant à déstabiliser le régime en place, de pouvoir opérer régulièrement dans la capitale. Par le passé, et notamment durant les premières années du conflit, les attentats à l’explosif à Alger ont été relativement rares. Les trois plus marquants ont frappé l’aéroport en 1992, le commissariat central en 1995 et la maison de la presse en 1996. Les unités armées privilégiant, alors, des attentats ciblés contre des personnalités du monde politique, de la presse ou des membres des forces de sécurité. A partir de l’année 1998, après l’implosion du GIA, Alger n’est qu’épisodiquement ciblé par des opérations terroristes de faible ampleur, le GSPC, principal organisation islamiste clandestine, peinant à créer et à entretenir des réseaux fiables et opérationnels dans ce secteur.
Le 11 avril 2007, après neuf années de calme relatif dans la capitale, des attentats à la voiture piégée visent le palais du gouvernement, qui abrite les services du Premier ministre, le ministère de l’Intérieur et un commissariat. Un bilan officiel fait état du décès de trente personnes. Le siège d’Interpol à Bab Ezzouar est également détruit en utilisant le même procédé et cause le décès de huit agents. Al Qaïda au Maghreb Islamique a pu, pour la première fois, frapper au cœur du pouvoir et démontrer sa capacité de nuisance. En dépit de la mise en place d’un dispositif de prévention plus élaboré et plus dense, le mouvement armé organise, quelques mois plus tard, une nouvelle opération hautement symbolique. Le 11 décembre 2007, les locaux du Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies et du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement), situés dans le quartier de Hydra, sont détruits par un attentat à la voiture piégée et provoquent le décès de dix–sept personnes. Presque simultanément, à Ben Aknoun à Alger les sièges du Conseil constitutionnel et de la Cour suprême sont également visés par un attentat. Un autobus transportant des étudiants est détruit par l’explosion. Au total, les autorités feront état de cinquante–deux victimes. Non seulement l’organisation islamiste démontre quelle est à nouveau capable de frapper la capitale, mais qu’il est possible de perpétrer des attentats dans des quartiers très sécurisés. En outre, le recours à des kamikazes, inconnu en Algérie durant de nombreuses années, traduit une évolution inquiétante et témoigne de l’existence de nouvelles techniques de propagande nécessaires pour le recrutement de « martyrs ». Selon des données officielles, qui couvrent la période allant du mois d’août 2007 au mois d’août 2008, 21 kamikazes ont été associés à des attentats recrutés et sélectionnés, pour la plupart à Alger. La puissance des charges explosives et l’efficacité des artificiers se sont révélées bien plus importantes que les années précédentes. Dans l’impossibilité de créer un climat d’insécurité permanent à Alger, la branche d’ Al Qaïda au Maghreb semble désormais opter pour des opérations éclairs qui nécessitent une longue préparation et une logistique importante. Le 4 juin 2008, un attentat kamikaze est perpétré à proximité d’une caserne de la garde républicaine située dans le quartier les Tamaris à l’est d’Alger et un bilan officiel fait état du décès de trois militaires.
Dès son accession, en août 2004, à la tête du GSPC, l’émir Abdelmalek Droukdal a intimé l’ordre à ses troupes de frapper des sociétés étrangères présentes sur le sol algérien pour tenter d’affaiblir le régime. Si des opérations meurtrières de ce type, qui ont marqué l’opinion comme les acteurs économiques, ont été effectivement perpétrées ces dernières années, la stratégie mise en place a toutefois, à ce jour, échoué. Les deux opérations les plus spectaculaires ont pris pour cible une société russe spécialisée dans la pose et l’entretien de canalisations de gaz et une entreprise américaine intervenant dans le secteur pétrolier. Le 10 décembre 2006, un bus transportant des employés de la société Brown Root and Condor, filiale de Halliburton, est la cible d’un attentat à l’explosif sur une route à proximité de la commune de Bouchaoui. La voiture est mitraillée et l’explosion fait deux tués et 7 blessés de diverses nationalités (Algériens, Libanais, Américains, Canadiens et Anglais). Al Qaïda au Maghreb islamique, comme précédemment le GSPC, pratique régulièrement des enlèvements visant les communautés étrangères. Le 22 février 2008, un couple d’Autrichiens est enlevé dans le sud de la Tunisie. Les otages sont transférés dans une région du Sahel au nord du Mali. La direction de l’organisation islamiste, qui a revendiqué l’acte dans un enregistrement transmis par la chaîne Al Jazeera, réclame la libération de détenus et le versement d’une forte somme d’argent. Ces opérations suscitent les réactions des représentations diplomatiques qui recommandent à leurs ressortissants des mesures de vigilance. Après les attentats commis à Bouchaoui, et ceux perpétrés à Alger le 11 décembre 2007, l’ambassade des Etats–Unis multiplie ses mises en garde et l’administration américaine déconseille, à ses ressortissants, la destination algérienne. Faisant suite à des menaces terroristes, l’ambassade du Danemark décide, pour sa part, en avril 2008, la fermeture de sa représentation diplomatique à Alger. Toutefois, dans un contexte économique très favorable marqué par une hausse vertigineuse des revenus liés à l’exploitation du pétrole et à une politique de grands travaux initiés par les autorités algériennes, la perspective de nouveaux contrats poussent certains acteurs économiques étrangers à maintenir leurs activités en Algérie, sinon à l’accroître. Les pays émergents, comme la Chine, et les Etats du Golfe ont renforcé, ces dernières années, leur présence sur le marché algérien. Les risques demeurent cependant élevés : le 8 juin 2008, un ingénieur français de l’entreprise de travaux publics Razel est tué à l’occasion d’un attentat à l’explosif visant sa voiture, à proximité de la localité de Beni Amrane dans la wilaya de Boumerdès. La même entreprise avait été visée par un autre attentat en septembre 2007 où deux Français et un Italien avaient été blessés. Dans le cadre de cette nouvelle stratégie, la direction de la branche d’ Al Qaïda au Maghreb chapeautée par Abdelmalek Droukdal, veille à recruter des combattants pour apporter une aide aux islamistes opérant en Irak, contre les forces coalisées sous l’égide des Etats–Unis et des troupes loyalistes. Cette option avait été, un temps, rejetée par l’émir Hassan Hattab lors du déclenchement du conflit en mars 2003. mais l’Algérie est l’un des pays arabes qui fournit le plus de recrues à la résistance irakienne contre le régime en place et les troupes coalisées. Devant le Maroc, la Tunisie et l’Egypte, le pays se classe derrière l’Arabie séoudite, la Syrie, le Yémen et la Libye. Si, des réseaux sont régulièrement démantelés par les services algériens dans la capitale et ses faubourgs, les cellules de recrutement les plus efficaces semblent avoir été constituées dans la wilaya d’El Oued, dans une vaste zone désertique composée d’oasis, à proximité de la frontière tunisienne. Le dispositif, censé consacrer la politique de rapprochement avec la direction historique d’ Al Qaïda , semble avoir été installé dans le courant de l’année 2005, quelques mois après la nomination au poste d’émir du GSPC d’Abdelmalek Droudkdal. Les recrutés sont transférés en Syrie par voie aérienne ou après avoir transité par la Tunisie et la Libye avant de rejoindre l’Irak. Selon des sources officielles à Alger, 600 Algériens auraient été affectés en Irak par le biais des différentes filières entre janvier 2005 et décembre 2007.

La violence armée en 2010

Selon des sources sécuritaires, le nombre de combattants en activité de l’organisation Al Qaïda au Maghreb Islamique est estimé en mai 2008 à 1200, sur l’ensemble du territoire algérien. Durant le dernier trimestre de l’année 2010, comme en témoigne le tableau ci–après, établi à partir des données transmises par la presse francophone et arabophone, les opérations des forces de sécurité, dans le cadre de la lutte antiterroriste, ont concerné 28 wilayas. Durant la même période, 44 attentats ont été répertoriés provoquant le décès de 38 personnes. Les victimes sont pour la plupart des membres des différents corps des services de sécurité (militaires, gendarmes, policiers, gardes communaux, membres de groupe de légitime défense….) et des agents de sécurité privés. Alors que certains citoyens, comme ceux de la ville de Mostaganem, n’ont été que très rarement confrontés au terrorisme à contrario, des habitants d’autres régions algériennes doivent, depuis une quinzaine d’années, tenter, chaque jour, de se prémunir contre la violence des groupes armés islamistes. Si des wilayas ont été, par le passé, très marquées par le terrorisme comme Ain Defla, Chlef ou Médéa, seules deux wilayas Boumerdès, Tizi–Ouzou, sont concernées, depuis le début du conflit, par la violence armée de manière continue, sur une portion importante de leur territoire.

ZONE DE CONFLITS
(Période de référence année 2010)

Zones de conflits de forte intensité
Attentats très réguliers, présence importante de groupes armés
Wilaya de Boumerdès – Wilaya de Tizi–Ouzou.

Zones de conflits de moyenne intensité
Attentats réguliers et opérations répétées des forces de sécurité.
Wilaya de Tébessa – Wilaya de Bouira

Zones de conflits sporadiques
Attentats sporadiques et opérations régulières des forces de sécurité.
Wilayas : Aïn Defla, Alger, Annaba, Batna, Bejaia, Bordj Bou Arreridj, Chlef, Constantine, Djelfa, Jijel, Khenchela, Médéa, M’Sila, Oran, El Oued, Oum El Bouaghi, Sétif, Sidi Bel Abbès, Skikda, Tamanrasset, Tipaza, Tissemsilt et Tlemcen.

Zone calme sans activité répertoriée
Wilayas : Adrar, Aïn Témouchent , El Bayadh , Béchar , Biskra , Blida , El Tarf, Ghardaia, Guelma, Illizi, Laghouat, Mascara, Mila, Mostaganem, Naâma, Ouargla, Relizane, Saida, Souk Ahras, El Tarf, Tiaret, Tindouf

TABLEAU
Attentats et opérations antiterroristes durant le dernier trimestre de l’année 2010.
O. A. : Opérations antiterroristes.
D.C.I : Décès combattants islamistes.


Ainsi dans l’est de la wilaya de Bourmerdès à quelques dizaines de kilomètres des faubourgs de la capitale et dans la wilaya voisine de Tizi–Ouzou, des attentats, des sabotages, des enlèvements et des extorsions de fonds sont très régulièrement commis sans véritable trêve. En raison de la multiplication des actes de délinquance certaines exactions comme les enlèvements sont parfois attribués à tort à des groupes armés islamistes : le tribunal de Tizi–Ouzou a prononcé ces dernières années des peines de prison contre des personnes n’ayant aucun lien avec la mouvance islamiste dans le cadre d’affaires de kidnapping. En 2010, la population s’est mobilisée à plusieurs reprises en solidarité avec des otages notamment en organisant des manifestations de protestation. Les opérations des forces de sécurité échouent à mettre un terme définitif aux activités des combattants qui se réfugient dans des maquis inexpugnables et dont les groupes armés, dans ces secteurs, sont régulièrement alimentés par des recrutements.
Particulièrement concernées par cette violence, elles sont, comme les nombreux hameaux avoisinants, l’objet d’attentats réguliers visant notamment des bâtiments des forces de sécurité. L’usage de fortes charges explosives et le recours à des kamikazes constituent des pratiques récentes non utilisées par le GSPC de 1998 à 2006. Ces localités sont confrontées, par voie de conséquence, à un marasme économique et ne bénéficient, qu’à titre marginal, de la croissance et des bienfaits liés à l’explosion des revenus pétroliers. Les entrepreneurs sont, de leur côté, victimes de tentatives d’extorsions de fonds, certains sont enlevés par des mouvements armés islamistes proches ou travaillant pour l’organisation opérant dans cette zone. Un entrepreneur de travaux publics Hend Slimani a été abattu alors qu’il tentait d’échapper à une tentative de rapt. Le terrorisme et la pauvreté ont favorisé un exode vers d’autres communes de la région ou même vers la capitale. A titre d’exemple, la localité de Beggas et les hameaux aux alentours totalisaient, au début du conflit, 5000 habitants, seuls 1000 sont restés en dépit de la présence sur les lieux, depuis 1998, d’une unité de l’armée. Dans ce secteur géographique, les attentats meurtriers contre des civils sont rares, les différents services de sécurité : militaires, policiers, gardes communaux, miliciens, etc… sont, par contre, l’objet d’attaques régulières. Ces dernières années, quelques hommes politiques ont été assassinés comme le maire de la localité de Benchoud en mars 2006, membre du Front de Libération Nationale (FLN), le président de l’Assemblée populaire de la wilaya de Tizi–Ouzou en octobre 2006, cadre du Front des Forces Socialiste (FFS) et le maire de Baghlia Mohamed Idir en 2010. Ce sont les personnalités les plus marquantes frappées par le terrorisme dans cette zone qui demeure très risquée pour les étrangers comme en témoigne l’attentat meurtrier visant l’entreprise française de travaux publics Razel, le 8 juin 2008 et déjà évoqué plus haut. Dans les wilayas de Boumerdès et de Tizi–Ouzou, les premières cellules clandestines ont été mises en place, dès 1993, par des militants islamistes affiliés au Front Islamique du Salut (FIS) et originaires de Draâ El Mizan et de Sidi Naâmane. Un maquis s’est alors constitué sur les contreforts du mont Sidi Ali Bounab et durant les mois de mars et d’avril 1993, les premières opérations terroristes sont perpétrées dans des villages avoisinants de Boumerdès et de Tizi–Ouzou. A Tizi Ouzou, la première victime civile est un professeur de droit islamique, enseignant à l’université de la ville, Ahmed Hambali abattu, le 30 septembre 1993, lors d’un attentat est attribué au GIA.
Par rapport aux années précédentes, les actions armées sont en diminution dans certains secteurs du centre du pays, notamment dans la wilaya de Blida. En revanche, le phénomène est réapparu, récemment, dans certaines wilayas de l’est, comme Tébessa. Des attentats ont été perpétrés comme des membres des forces de sécurité mais aussi contre des civils. En octobre 2010, un attentat à la bombe provoque le décès de 5 personnes à proximité d’un chantier dépendant de la commune de Tlidjen, le directeur des travaux publics de la wilaya de Tébessa Abdelmadjid Chibane est l’un des victimes. L’attentat a été commis vraisemblablement par un groupe armé qui écume le djebel Labiod, connu pour être un des maquis inexpugnables de l’organisation. Des cadres de la même direction et un entrepreneur sont les autres victimes.

La violence armée en 2011

L’année 2011 marque un nouveau recul de la violence terroriste sauf dans la wilaya de Boumerdès et en Kabylie (Tizi–Ouzou, Bouira, Béjaïa). La capacité de nuisance des groupes terroristes affiliés à AQMI est faible mais non négligeable dans certaines wilayas de l’est du pays (Annaba, Jijel, Skikda, Tebessa). La présence de quelques groupes isolés dans des maquis est signalée dans quelques autres wilayas (Tipaza, Bordj Bou Arreridj, Aïn Defla, Tissemsilt, Sidi–Bel–Abbès, Tlemcen) et quelques actes terroristes sont encore signalés dans ces secteurs. Dans la wilaya de Tizi–Ouzou, certaines zones géographiques peu touchées ces dernières années, renouent avec la violence terroriste. La ville de Ain El Hammam est le théâtre d’un attentat le 4 juillet 2011, un groupe armé s’attaque à des policiers en faction, dans le centre–ville. Un membre des forces de l’ordre est abattu. En Kabylie, selon des estimations officielles, plus de vingt groupes très mobiles seraient en 2011 encore en activité, relevant de sept katibates : Tariq Ibn Ziad, Othmane Ibn Affane et Ennour (wilaya de Tizi–Ouzou), El Arkam, El Fath (wilaya de Boumerdès) El Houda et El Farouk (wilaya de Bouira). Les groupes affiliés à AQMI sont toujours capables de réaliser des opérations spectaculaires exigeant une logistique importante : en août 2011, un double attentat suicide est perpétré à l’académie militaire de Cherchell provoquant la mort de 18 personnes dont des officiers étrangers.

Situation politique et islamisation de la société :

Le maintien du terrorisme en Algérie, s’explique, en partie, par des facteurs externes, le contexte international défavorable, mais aussi par des causes internes qui sont de nature politique et économique. Contrairement à la décennie précédente, la vie politique est marquée par une asthénie troublante. Les rares espaces de contestation sont verrouillés. Des dissensions ont été entretenues voire encouragées par le pouvoir au sein de la seule formation d’opposition islamiste, Al Islah, siégeant au Parlement. Les autres partis comme le Front des Forces Socialistes et le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie, non associés à la coalition gouvernementale, sont sclérosés et semblent, plus que jamais, incapables d’offrir une alternative. La classe politique est largement discréditée, comme en témoigne le niveau particulièrement élevé des taux d’abstention lors des derniers scrutins. Les dispositifs successifs, adoptés pour favoriser une réconciliation nationale, ont démontré désormais leurs limites. L’organisation Al Qaïda au Magrheb Islamique continue de recruter plus particulièrement dans la région centre. Les nouveaux combattants, qui ont, selon des sources concordantes, majoritairement moins de vingt et un ans, constituent les bases d’une troisième génération de « djihadistes ». Leurs motivations comme leurs formations politique et religieuse, sont distinctes de celles de leurs devanciers, militants du Front Islamique du Salut et qui sont à ce jour décédés, repentis ou incarcérés pour la plupart.
Les émeutes régulières qui ont secoué les diverses régions du pays, durant toute l’année 2010, traduisent d’importantes tensions sociales et le désarroi d’une jeunesse toujours tentée par une contestation violente du pouvoir.
Par ailleurs, un essor des mouvements de prédication salafiste est constaté sur l’ensemble du territoire algérien. Le mouvement religieux dawa salafiya qui propage une doctrine wahabite dont les principaux représentants sont Ali Ferkous et Abdul Madjid Djoumah affiche un mépris vis–à–vis de l’action politique classique mais contribue à la réislamisation de la société algérienne. Les tenants de ce mouvement contrôlent de nombreuses librairies islamiques, des écoles privées et des petits commerces. Partisans d’un retour aux sources du message coranique, les principaux responsables entretiennent des relations étroites avec les institutions religieuses saoudiennes. Alors qu’ils affichent théoriquement une neutralité par rapport au pouvoir en place, ils interviennent régulièrement dans le débat politique en affichant des positions publiques qui sont largement diffusées.
Des émeutes ont agité de nombreuses communes algériennes à partir du 5 janvier 2011, à la suite d’une série de hausse des prix des produits de première nécessité (farine, huile, sucre). Les troubles sont également liés à la volonté affichée par le gouvernement d’assainir le commerce informel qui est une source de revenu très importante pour de nombreux algériens au chômage. La capitale est notamment touchée. Pour éviter dans un contexte marqué notamment par des révoltes en Tunisie, une contagion, les autorités reculent et adoptent dès le 8 janvier une série de mesures pour favoriser une baisse des prix des produits concernés. L’embrasement est évité. Toutefois, des partis, des syndicalistes et des militants associatifs tentent d’organiser des manifestations pour réclamer des réformes politiques d’ampleur. Une Coordination nationale pour le changement et la démocratie est créée. Les partis islamistes (Al islah, Ennahda, MSP) ne s’associent pas à la coordination, qui est rapidement fragilisée par une scission. Les rassemblements de protestation ne sont pas marqués par une mobilisation importante. Aucune action populaire massive n’est enregistrée. Durant l’année 2011, les mouvements de contestations qui apparaissent sont locaux, éphémères et souvent corporatistes. Ils ne fragilisent pas le gouvernement comme le chef de l’Etat qui annonce cependant le 15 avril 2011 une réforme constitutionnelle, la dépénalisation du délit de presse et la fin de l’état d’urgence. Face aux révoltes en Libye, le chef de l’Etat et l’armée soutiennent le régime en place du colonel Khadafi, n’adoptant pas la position de plusieurs pays arabes (Egypte, Maroc, Tunisie…) qui reconnaissent la légitimité du Conseil national de transition (CNT). Le 29 août 2011, alors que les rebelles sont entrés dans Tripoli et contrôlent la majeure partie du pays, l’Algérie accueille sur son sol, l’épouse du colonel Khadafi, Safia et trois de ses enfants, Hannibal, Mohammed et Aïcha, pour des « raisons humanitaires ». Par ailleurs, la frontière entre les deux Etats est fermée, et des unités de l’Armée nationale populaire (ANP) sont stationnées pour faire face à d’éventuelles incursions de groupes armés et à un essor du trafic d’armes. Le régime algérien fait connaître son refus d’accueillir Mouammar Khadafi face à des pressions internationale et à la réprobation d’acteurs politiques nationaux qui critiquent les options diplomatiques prises au plus haut niveau de l’Etat. Les programmes de réforme politique, esquissés par l’exécutif, sont l’objet de luttes intestines au sein de la coalition présidentielle puis au parlement. Des nouvelles lois relatives aux partis politiques, au régime électoral, à la représentation des femmes dans les assemblées élues aux associations et à l’information sont adoptées durant l’automne 2011. Elles favorisent une relative démocratisation de la société algérienne. Une révision de la constitution est prévue pour l’année 2012 comme l’autorisation de nouveaux partis politiques. En décembre, le Mouvement de la société pour la paix annonce sa volonté de quitter l’alliance gouvernementale.

ALLIANCE DEMOCRATIQUE INDEPENDANTE

Tunisie
Mourou Abdelfatah

Coalition à tonalité islamiste, rassemblant des personnalités indépendantes et des partis politiques tunisiens, constituée à l’occasion des élections à l’Assemblée nationale constituante du 23 octobre 2011, l’Alliance démocratique indépendante est également connue sous la dénomination de Tarik Essalam . Deux partis sont présents au sein de cette alliance, le Mouvement national de la justice et du développement de Mourad Rouissi (candidat dans la circonscription de La Mannouba) et la Rencontre réformatrice démocratique dirigée par Khaled Traouli (candidat dans la circonscription de Kairouan). La coalition est notamment représentée par trois personnalités notoirement connues Abdelfatah Mourou (ancien membre fondateur du Mouvement de la tendance islamique), Radwan Masmoudi, et Salah Eddine Jourchi. L’alliance présente des listes dans vingt–sept des trente trois circonscriptions du pays, elle se fixe comme objectif de « sauvegarder l’identité arabo–islamique, de garantir les libertés publiques et privées ». Ses candidats déclarent être favorables à l’instauration d’un régime de type parlementaire. Les résultats obtenus par la coalition lors des élections sont très décevants. Aucune liste n’obtient de siège. La stratégie d’alliance est un échec, notamment pour Abdelfatah Mourou, très impliqué dans la constitution de cette coalition.

ALLIANCE NATIONALE POUR LE CHANGEMENT

Algérie
Al Islah
Mouvement pour la prédication et le changement

Coalition d’organisations à tonalité islamiste, créée en Algérie le 5 février 2011, regroupant des partis politiques agréés (Al Islah, le Rassemblement patriotique républicain, le Parti du renouveau algérien), non autorisés (le Mouvement pour la prédication et le changement et le Parti de la liberté et de la justice) ainsi que des personnalités (Ahmed Benbitour, Tahar Benbaïbèche), l’Alliance nationale pour le changement (ANC) s’est constituée à l’occasion des « révoltes arabes ». Ses dirigeants se sont prononcés pour un changement radical, pour une conférence nationale, des élections libres et une révision de la constitution.

AMARA Abdelkader

Maroc
Parti de la justice et du développement

Homme politique marocain, né le 28 janvier 1962 à Bouarfa (Maroc), Abdelkader Amara effectue des études universitaires à l’institut agronomique et vétérinaire Hassan II à Rabat, il tisse des liens avec la mouvance islamiste lors de ses études. Docteur en agronomie, il entame une carrière d’enseignant dans sa spécialité. Il est engagé par ailleurs comme expert par l’organisation mondiale des sciences dont le siège est basé en Suède. Militant puis cadre du Parti de la justice et du développement, il intègre le secrétariat général à partir de 1997. Président du comité central des cadres du PJD, il est candidat en 2002 aux élections législatives dans la circonscription de Salé El Jadida, il est élu. Membre fondateur du Forum mondial des parlementaires islamiques et de l’Alliance internationale pour le soutien d’Al Qods et de la Palestine, il est par ailleurs vice président du groupe PJD à la chambre des représentants. Il est réélu député en 2007. Il occupe les fonctions de trésorier général du PJD. Le 3 janvier 2012, il est nommé ministre de l’industrie, du commerce et des nouvelles technologies.

AMRAT Bachir

Algérie
Hamas
Mouvement de la Société pour la Paix (MSP)

Né le 30 octobre 1949 à Biskra en Algérie, titulaire d’une licence en droit, Bachir Amrat, entame, une fois ses études universitaires terminées, une carrière dans l’administration au ministère de la Jeunesse et des Sports. Il milite au sein du Hamas (l’Enthousiasme) et obtient rapidement des responsabilités en tant que chef de département de ce parti islamiste puis secrétaire général de l’Assemblée Populaire Nationale (1992–1994). Dans le cadre d’un accord politique scellé par son parti, connu désormais sous la dénomination de MSP (Mouvement de la Société pour la Paix) il est nommé le 25 juin 1997, secrétaire d’Etat chargé de l’environnement, dans le gouvernement dirigé par Ahmed Ouyahia. Il quitte ses fonctions ministérielles après l’accession à la magistrature suprême d’Abdelaziz Bouteflika en avril 1999. Depuis cette date, il n’exerce plus de rôle politique de premier plan.

ANNASSIR (Comité)

Maroc

Association marocaine, dont le siège est à Casablanca, créée en 2004 afin d’assurer la couverture juridique et la défense des personnes arrêtées dans le cadre d’opérations visant la mouvance islamiste, le comité Annassir s’est occupé à l’origine du sort de nombreux détenus impliqués dans les attentats kamikazes de Casablanca en mai 2003. Présidée par un ancien cadre d’Al Chabiba al Islamiya (la Jeunesse islamique), Abderrahim Mouhtad, cette association est notamment animée par de parents de détenus islamistes, les femmes étant particulièrement bien représentées au sein du bureau de l’organisation. Le comité Annassir a milité pour la révision des procès qualifiés d’expéditifs faisant suite aux développements judiciaires des attentats de mai 2003. Ses animateurs ont par ailleurs plaidé pour l’amélioration des conditions de détention (droit aux soins et aux visites) et l’abolition de la peine de mort en utilisant divers moyens comme les communiqués, les grèves de la faim, les marches et les rassemblements. Grâce en partie à l’activité du comité, de nombreux prisonniers ont pu bénéficier, à partir du mois d’avril 2005, de grâces ou de réductions de peine. L’association est également intervenue en 2007 et 2008 pour assurer la défense de prévenus incarcérés à la suite du démantèlement de nouveaux réseaux, dans le cadre d’affaires terroristes, comme Ansar Al Mahdi (Les partisans du guide). En 2011, l’association plaide au près des pouvoirs publics pour la réouverture de dossiers judiciaires impliquant des militants islamistes en faisant valoir des erreurs de procédures et des carences dans des enquêtes. Abderrahim Mouhtad fait savoir que l’association est favorable à un processus de réconciliation et qu’elle se démarque des salafistes djihadistes.

ANSAR (AL)

Algérie
Groupe islamique armé

Revue clandestine défendant les orientations du Groupe islamique armé (GIA) algérien, Al Ansar (Les partisans) est élaborée à Londres (Grande–Bretagne) par des islamistes radicaux de plusieurs nationalités dont le palestinien Abou Qatada. de juin 1993 à juin 1996 puis de février 1997 à septembre 1997, cet hebdomadaire diffuse les communiqués du GIA. En 1995, d’autres organisations radicales, comme Al Djihad (Egypte), le Groupe islamique combattant libyen (GICL), le Groupe islamique combattant marocain (GICM) et le Front islamique tunisien (FIT) sont associées, par l’intermédiaire de leurs représentants en exil, à la rédaction de la revue. Al Ansar s’est illustrée notamment par des attaques très virulentes contre le France et sa politique de soutien à la « junte » algérienne. Dans ses derniers numéros, la revue justifie les purges au sein du GIA et le recours au terrorisme de masse (massacres collectifs).

ANSAR AL MAHDI (LES PARTISANS DU GUIDE)

Maroc

Mouvement clandestin armé créé en 2006, projetant de proclamer le jihad (guerre sainte) afin d’instaurer le califat au Maroc. Composé de cellules réparties dans plusieurs localités du royaume (Salé, Sidi Yahya Gharb, Sidi Slimane, Casablanca…) l’organisation est dirigée par un ancien détenu islamiste Hassan el Khattab, inquiété dans le cadre des enquêtes liées aux attentats kamikazes du 16 mai 2003. Durant l’été 2006, l’organisation est démantelée, et cinquante et un membres présumés coupables sont arrêtés dont quatre femmes, quatre anciens gendarmes, sept militaires et un ancien officier de police. Accusés de vouloir capturer deux ministres (Mohamed el Yazghi et Fathallah Oualalou) et un secrétaire d’Etat (Mohammed el Ghas), d’avoir subtilisé des armes à la base aérienne des forces royales de Salé et de projeter des attentats suicides visant des établissements publics, les prévenus sont transférés à la prison de Salé. Le vendredi 4 janvier 2008, la chambre criminelle près la cour de Salé prononce des peines de deux ans à vingt–cinq ans de prison ferme à l’encontre des 51 prévenus. Hassan Al Khattab, considéré comme l’émir du mouvement est condamné à la peine la plus élevée (25 ans de prison), un ancien militaire Yassine El Ouardini à 20 ans de réclusion et trois autres prévenus (deux imams et un militaire) à quinze ans de détention. Ils sont reconnus coupables de « constitution d’une bande criminelle dans le but de préparer et commettre des actes terroristes visant à porter une atteinte grave à l’ordre public », de « collecte et gestion de fonds pour financer des actes terroristes » d’« appartenance à une association non autorisée » comme de participation à des « réunions publiques sans autorisation ». Les peines ont été alourdies à l’occasion d’une procédure d’appel, le 7 mars 2008, le tribunal de Salé condamne notamment le principal accusé Hassan Al Khattab à 30 ans de réclusion contre 25 ans en première instance.

ARMEE ISLAMIQUE DU SALUT (AIS)

Algérie
Front islamique du salut Mezrag Madani

Mouvement armé islamiste algérien fondé en juillet 1994, dont la création est annoncée par un communiqué signé par les émirs Madani Mezrag et Ahmed Benaicha, l’Armée islamique du salut (AIS) se réclame de Madani Abassi et d’Ali Benhadj. Se fixant pour but « l’instauration d’un Etat islamique en Algérie, en préalable à l’établissement d’un califat bien guidé selon la méthode du prophète », l’organisation s’inspire des options stratégiques de l’Armée de Libération Nationale (ALN) appliquées lors de la guerre nationale d’indépendance. Elle s’attaque, en priorité, aux différents corps de sécurité. Dirigée, à partir de mars 1995, par Madani Mezrag, l’AIS contrôle plusieurs maquis importants comme celui du massif de l’Ouarsenis. mais, elle ne dispose pas de relais conséquents dans le centre du pays, notamment à Alger. L’organisation bénéficie de relais internationaux notamment en Europe, et de l’appui de plusieurs anciens responsables en exil dont Rabah Kébir, réfugié à Bonn (Allemagne). Persuadé que le renversement du régime par les armes est impossible compte–tenu du rapport des forces et des divisions au sein de la mouvance armée, l’émir Madani Mezrag ordonne à ses troupes un arrêt immédiat des opérations armées à partir du 1 er octobre 1997. Les combattants sont stationnés un temps dans des camps, dont les plus importants sont situés dans les wilayas de Chlef, de Jijel et d’Annaba. Dans les camps situés à proximité de Texena (wilaya de Jijel) fief de l’émir national près de 3000 membres du groupe armé sont rassemblés durant les négociations. Ils peuvent recevoir des visites très régulièrement. Les combattants de l’AIS déposent les armes à la suite des dispositions prises par le président Bouteflika, dans le cadre d’un projet de « concorde civile » (la loi du 13 juillet 1999) adopté par référenduM. Bénéficiant « d’une grâce amnistiante » sous l’égide de l’ancien émir national, les anciens maquisards se réunissent régulièrement et tentent, en vain, de réintégrer la vie politique en projetant de constituer un nouveau parti politique. Les autorités refusent de donner suite à ces projets. Un ancien émir Ali Merad, candidat du FIS dans la circonscription de Souk Ahras I lors des élections de décembre 1991, a été abattu par un ancien responsable d’un Groupe de Légitime Défense (GLD) en 2001 après avoir bénéficié des dispositions légales.

ARTISANS DE LA SAUVEGARDE.

Algérie

Expression désignant au terme de la loi en Algérie « les citoyens qui ont par leur engagement et détermination, contribué à sauver l’Algérie et à préserver les acquis de la nation ont fait acte de patriotisme » (art. 44 de l’ordonnance n° 06–01 du 26 février 2006 portant mise en œuvre de la chartre pour la paix et la réconciliation nationale). Les membres des différents corps de sécurité (militaires, gendarmes, gardes communaux, membres des groupes de légitime défense…) et notamment les officiers de haut–rangs sont considérés comme des « artisans de la sauvegarde ». Dans le cadre de l’ordonnance précitée il est spécifié dans l’article 45 qu’ « aucune poursuite ne peut être engagée, à titre individuel ou collectif, à l’encontre des éléments des forces de défense et de sécurité de la république, toutes composantes confondues, pour des actions menées en vue de la protection des personnes et des biens, de la sauvegarde de la nation et de la préservation des institutions de la République algérienne démocratique et populaire. Toute dénonciation ou plainte doit être déclarée irrecevable par l’autorité judiciaire compétente. » Cette disposition a fait l’objet de polémiques et de contestations de la part d’ONG des droits de l’homme et par une partie de la mouvance islamiste qui condamnaient la volonté manifeste des autorités de protéger des responsables des services de sécurité qui se sont rendus coupables de crimes graves dans le cadre de la lutte antiterroriste.

ASSOCIATION INTERNATIONALE DE SOUTIEN AUX PRISONNIERS POLITIQUES.

Tunisie

ONG des droits de l’homme créée en 2001, non reconnue par les autorités tunisiennes, l’Association internationale de soutien aux prisonniers politiques est contrôlée par la mouvance islamiste. Dotée de neuf membres le comité directeur est dirigé par un avocat maître Samir Dilou, qui est un ancien dirigeant du syndicat islamiste interdit Union Générale Tunisienne des Etudiants (UGTE). Le président de l’AISPP est un ancien prisonnier politique, il a été détenu plus de dix ans du mois de mai 1991 à juillet 2001. Les autres dirigeants connus sont également avocats : maître Abdelwahab Maatar (vice–président) et maître Samir Ben Amor (secrétaire général). A de nombreuses reprises l’association, spécialisée dans la défense des détenus politiques, est victime d’opérations de police sous le régime du président Ben Ali. Après la révolution de janvier 2011, l’association continue ses activités en veillant à la libération des derniers prisonniers politiques et en diffusant des informations sur l’ampleur de la répression sous l’ancien régime.

ASSOCIATION POUR LA SAUVEGARDE DU CORAN

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