Géopolitique des migrations
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Description


REPÈRES ET CLÉS POUR DÉCRYPTER L'ACTUALITÉ



Pour quelles raisons les migrants quittent-ils leur pays d'origine ? Comment choisissent-ils leur pays d'arrivée ? Quel impact les migrations ont- elles sur les pays de départ ? Comment les pays d'accueil gèrent-ils l'ensemble des arrivants ? Ces questions traversent l'histoire contemporaine et resurgissent au fil de l'actualité. Des clichés à la réalité, cet ouvrage nous parle de lieux, de faits et de chiffres pour nous aider à y voir plus clair. Spécialiste incontestée, l'auteure propose 40 fiches documentées pour cerner les enjeux et les défis de ce phénomène mondial. L'ensemble est illustré de cartes, graphiques et tableaux.



"Catherine Wihtol de Wenden permet de comprendre de façon lumineuse l'un des défis stratégiques et sociétaux majeurs du XXIe siècle."

Pascal Boniface



NB : cet ebook est édité en couleurs et est adapté aux tablettes, smartphone, PC/Mac. En revanche, sur les liseuses noir et blanc, la lecture des cartes et schémas peut devenir difficilement compréhensible.




 





  • Un phénomène enraciné dans l'histoire


  • Défis et conflits


  • Dynamiques migratoires contemporaines


  • Évolution et perspectives

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 19 septembre 2019
Nombre de lectures 12
EAN13 9782212366891
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0600€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

REPÈRES ET CLÉS POUR DÉCRYPTER L’ACTUALITÉ
Pour quelles raisons les migrants quittent-ils leur pays d’origine ? Comment choisissent-ils leur pays d’arrivée ? Quel impact les migrations ontelles sur les pays de départ ? Comment les pays d’accueil gèrent-ils l’ensemble des arrivants ? Ces questions traversent l’histoire contemporaine et resurgissent au fil de l’actualité. Des clichés à la réalité, cet ouvrage nous parle de lieux, de faits et de chiffres pour nous aider à y voir plus clair. Spécialiste incontestée, l’auteure propose 40 fiches documentées pour cerner les enjeux et les défis de ce phénomène mondial. L’ensemble est illustré de cartes, graphiques et tableaux.
CATHERINE WIHTOL DE WENDEN est juriste et politologue de formation, spécialiste des migrations internationales, dans une approche multidisciplinaire. Directrice de recherche émérite au CNRS, elle est rattachée au CERI, laboratoire de Science Po Paris, où elle enseigne en master 2 Politiques publiques et à l’école doctorale. Elle enseigne aussi à Science Po Lille et à Rome, à l’université de La Sapienza. Après avoir mené de nombreuses enquêtes de terrain, elle est l’auteure de plusieurs ouvrages à succès sur l’immigration.
« Catherine Wihtol de Wenden permet de comprendre de façon lumineuse l’un des défis stratégiques et sociétaux majeurs du XXI e siècle. »
PASCAL BONIFACE
CATHERINE WIHTOL DE WENDEN
GÉOPOLITIQUE DES MIGRATIONS
40 fiches illustrées
pour comprendre le monde
Collection dirigée par Pascal Boniface
Attention : la version originale de cet ebook est en couleur, lire ce livre numérique sur un support de lecture noir et blanc peut en réduire la pertinence et la compréhension.
Éditions Eyrolles 61, bd Saint-Germain 75240 Paris Cedex 05 www.editions-eyrolles.com
Cet ouvrage est la nouvelle édition, revue, mise à jour et illustrée du livre paru dans la collection « Eyrolles Pratique » en 2016 sous le titre : L’immigration .
Création maquette et mise en pages : Claire Fauvain Réalisation des cartes : Légendes Cartographie
© Éditions Eyrolles 2019 ISBN : 978-2-212-57184-4
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans l’autorisation de l’Éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
SOMMAIRE
INTRODUCTION
PARTIE 1 UN PHÉNOMÈNE ENRACINÉ DANS L’HISTOIRE
FICHE 1 L’HISTOIRE DES MIGRATIONS ACCOMPAGNE L’HISTOIRE DU MONDE
FICHE 2 XIX E SIÈCLE : LA MIGRATION DE MASSE DES EUROPÉENS
FICHE 3 XX E SIÈCLE : LES TRAVAILLEURS, LES RÉFUGIÉS ET LES FAMILLES
FICHE 4 LA MONDIALISATION DES MIGRATIONS AU XXI E SIÈCLE
FICHE 5 UNE RÉGIONALISATION ACCRUE
FICHE 6 MIGRATIONS SUD-NORD, SUD-SUD, NORD-NORD ET NORD-SUD
FICHE 7 DÉFINITIONS ET CATÉGORISATIONS DES MIGRATIONS
FICHE 8 LES FEMMES MIGRANTES
FICHE 9 POPULATION, RICHESSE, CRISES
FICHE 10 GOÛT DE LA MOBILITÉ, TECHNOLOGIES ET OFFRE DE PASSAGE
PARTIE 2 DÉFIS ET CONFLITS
FICHE 11 ÉTAT ET SOUVERAINETÉ
FICHE 12 FRONTIÈRES
FICHE 13 CITOYENNETÉ, NATIONALITÉ, APATRIDIE
FICHE 14 INTÉGRATION, GÉNÉRATIONS ISSUES DE L’IMMIGRATION
FICHE 15 ISLAM ET IDENTITÉ
FICHE 16 DISCRIMINATIONS
FICHE 17 VIOLENCES URBAINES
FICHE 18 MORTS AUX FRONTIÈRES EN MÉDITERRANÉE
FICHE 19 CRISE DE L’ACCUEIL DES RÉFUGIÉS
FICHE 20 MINEURS ISOLÉS
PARTIE 3 DYNAMIQUES MIGRATOIRES CONTEMPORAINES
FICHE 21 L’EUROPE, UN CONTINENT D’IMMIGRATION MALGRÉ LUI
FICHE 22 L’AMÉRIQUE DU NORD : UN SOUS-CONTINENT FAÇONNÉ PAR LES MIGRATIONS
FICHE 23 L’AMÉRIQUE DU SUD : UN ESPACE MIGRATOIRE RÉGIONALISÉ
FICHE 24 LE GOLFE, TROISIÈME DESTINATION MIGRATOIRE AU MONDE
FICHE 25 LA RUSSIE, QUATRIÈME RÉGION D’IMMIGRATION
FICHE 26 LA TURQUIE, AU CENTRE DES TURBULENCES MIGRATOIRES
FICHE 27 INDE ET CHINE
FICHE 28 ASIE DU SUD-EST
FICHE 29 AUSTRALIE, NOUVELLE-ZÉLANDE
FICHE 30 LE CONTINENT AFRICAIN, TRAVERSÉ PAR LES MIGRATIONS
PARTIE 4 ÉVOLUTION ET PERSPECTIVES
FICHE 31 TENDANCES DE LA POPULATION MONDIALE
FICHE 32 L’URBANISATION GALOPANTE DE LA PLANÈTE
FICHE 33 LES DÉPLACÉS ENVIRONNEMENTAUX
FICHE 34 TRANSFERTS DE FONDS
FICHE 35 EXODE DES CERVEAUX
FICHE 36 LA DIPLOMATIE DES MIGRATIONS
FICHE 37 POLITIQUES MIGRATOIRES DANS LES PAYS DU SUD
FICHE 38 MIGRATIONS ET DÉVELOPPEMENT : COMPLÉMENTAIRES MAIS NON SUBSTITUABLES
FICHE 39 L’ÉMERGENCE D’UN DROIT À LA MOBILITÉ
FICHE 40 LA GOUVERNANCE MONDIALE DES MIGRATIONS
BIBLIOGRAPHIE
INDEX
TABLE DES ILLUSTRATIONS ET SOURCES
INTRODUCTION
La crise de l’accueil des réfugiés de 2015 en Europe a mis sur le devant de la scène la question des migrations internationales, un thème longtemps méconnu du grand public et parfois tenu pour illégitime comme grand enjeu mondial. Pourtant, le nombre des migrants internationaux est passé de 75 million s en 1977 à 266 million s en 2019, soit un triplement en quarante ans, bien que cela représente seulement 3,5 % de la population mondiale. On peut même s’étonner que, malgré les crises et les inégalités de développement, les hommes et les femmes bougent si peu. L’Union européenne reste la première destination migratoire au monde en termes de flux, devant les États-Unis, les pays du Golfe et la Russie, autres grands pôles migratoires. Mais, alors que les flux sud-nord occupent l’essentiel des débats, les flux se dirigeant vers le sud de la planète (sud-sud et nord-sud) ont rejoint en nombre les flux se dirigeant vers le nord (sud-nord et nord-nord). Il s’y ajoute 740 million s de migrants internes dans leur propre pays : un milliard d’habitants sur sept est donc en situation de migration. En Chine, il y a presque autant de migrations internes que de migrants internationaux dans l’ensemble de la planète, soit 240 million s. De nouveaux migrants, les femmes (48 % des migrants internationaux), les déplacés environnementaux (42 million s), les flux de réfugiés et de migrants forcés (70 million s), les mineurs isolés, les seniors installés au soleil et les migrations nord-nord liées à la crise économique en Europe expliquent cette redistribution des migrations à travers le monde. Depuis ces vingt-cinq dernières années, l’Union européenne a été confrontée à des mouvements migratoires divers : regroupement familial, demandeurs d’asile, étudiants, élites qualifiées, migrants à la recherche de travail, mineurs isolés. Les demandeurs d’asile ont pris de l’ampleur avec 1,2 million d’arrivants pour l’ann ée 2015 . Contrairement au passé, les migrations de travail sont devenues faibles en nombre en Europe et aux É tats-Unis par rapport aux autres flux, de regroupement familial, d’asile, d’études, même si les migrations de travail dominent à l’échelle mondiale.
Les migrants ont-ils leur place comme citoyens dans un monde en mouvement où l’on valorise la mobilité comme une expression de la modernité mais où ceux qui sont sédentaires ont plus de droits que ceux qui sont mobiles et où la mobilité est analysée comme un facteur essentiel du développement humain ? La question est posée pour les migrations internationales, car de nombreuses catégories de migrants ne trouvent pas de statut comme citoyens dans ce monde qui bouge, où pourtant certains veulent faire de la mobilité un bien public mondial, et l’inscrire comme droit de l’homme pour le XXI e siècle . Les pays construits sur l’histoire migratoire ont dû, de leur côté, modifier le contenu de la citoyenneté des nouveaux arrivants pour leur faire une place dans une identité redéfinie en permanence par la migration. Mais les migrations introduisent ce qui est perçu comme un désordre dans le monde international des États.
Depuis les années 1990, on a assisté à une généralisation du « droit de sortie » , caractérisé par la possibilité, dans presque tous les pays du monde, d’obtenir un passeport, après la chute du rideau de fer et l’ouverture de la Chine et des pays du Sud à une émigration de masse. Mais les frontières des pays d’accueil se sont fermées au plus grand nombre, alors que, souvent, jusqu’au XIX e siècle , il était plus facile d’entrer dans un pays que de sortir du sien. Les pays de départ étaient puissants, les pays d’arrivée, faibles. Les pays d’émigration sont maintenant faibles et les pays d’immigration, forts. Ainsi, aujourd’hui au contraire, l’entrée a été rendue plus difficile que la sortie. La frontière et sa transgression sont alors devenues un point de fixation pour les décideurs politiques et pour ceux qui veulent la franchir. Des murs, des camps se sont construits et l’économie du passage irrégulier est devenue florissante pour les trafiquants et mortifère pour ceux qui y ont recours. Loin d’être une fatalité inéluctable, la migration est un phénomène banal, qui fait partie de l’histoire du monde. Un décalage se creuse entre la réalité des migrations et la peur de ceux qui cherchent à s’en protéger. Le pacte de Marrakech des Nations unies sur l’immigration et l’asile, adopté par 169 États en décembre 2018, « pour une immigration sûre, ordonnée et régulière » cherche à sortir de l’approche répressive et dissuasive qui a présidé aux politiques migratoires et à l’illégitimité de cette question sur la scène internationale.
Construit autour de quatre parties, ce livre cherche à faire connaître, expliquer, analyser les grandes tendances et les perspectives des migrations dans le monde, dans une approche globale et pluridisciplinaire : Un phénomène enraciné dans l’histoire ; Défis et conflits ; Dynamiques migratoires contemporaines ; Évolution et perspectives.
PARTIE 1
UN PHÉNOMÈNE ENRACINÉ DANS L’HISTOIRE
FICHE 1
L’HISTOIRE DES MIGRATIONS ACCOMPAGNE L’HISTOIRE DU MONDE

UNE HISTOIRE MILLÉNAIRE
L’humanité a toujours migré et la migration fait partie de son histoire. Les religions du Livre (juive, chrétienne, musulmane) ont d’ailleurs inscrit les migrations dans l’histoire de leurs peuples ou de leurs guides spirituels : exodes, exils, hégire. D’autres temps forts de l’histoire du monde se sont inscrits dans la migration et la mobilité : les sociétés antiques faisaient une place particulière aux héros mythiques ayant vécu des odyssées (Ulysse, Énée), ou aux nouveaux venus (les métèques, souvent inférieurs en droits aux citoyens et parfois réduits à l’esclavage). Dans leurs sociétés le citoyen s’opposait, par son statut, à celui qui n’était pas libre, mais l’esclavage antique n’avait pas de caractère racial et le citoyen romain pouvait être promu aux plus hautes destinées quelle que fût son origine géographique au sein du monde romain. Puis les grandes invasions, les croisades, les grandes découvertes ont donné lieu à de multiples transferts de populations mais aussi de connaissances, de pouvoirs, de métissages, de violences liés à l’invasion et à la conquête. Les populations se sont superposées et mélangées avec des épisodes plus radicaux : en Andalousie, les mosquées ont été transformées en églises après la chute de Grenade tandis que, dans le même temps, la prise par les Turcs de Constantinople avait pour effet la transformation d’églises en mosquées. Plus tard, aux XVIII e et XIX e siècles, les États ont mis l’accent sur l’unité, la stabilité, la sédentarité et l’autochtonie de leurs populations et ont cherché à définir une identité commune, souvent ancrée dans une nation territorialisée avec une religion unique, sinon majoritaire (« cujus regio, ejus religio » : « à chaque région sa religion »), avec parfois un statut particulier pour les minorités. Ceux qui migraient étaient alors soit une élite (écrivains, diplomates, explorateurs, savants), soit des professionnels du voyage (marchands, colporteurs), soit des indésirables (minorités religieuses, expulsés politiques).
« Donnez à tous vos sujets l’envie de rester chez vous et aux étrangers d’y venir. »
Voltaire, Dictionnaire philosophique , article « Égalité »

DES CAUSES DIVERSES
Certaines migrations sont liées à des catastrophes environnementales : les épisodes de sécheresse, comme en Mésopotamie, ont amené la disparition de la civilisation de la période. D’autres à la conquête de territoires par des populations nomades ou semi-nomades circulant d’est en ouest, du nord de l’Europe et de l’Asie centrale à la M éditerranée . D’autres à des fins de reconquête religieuse, comme les croisades. D’autres à la maîtrise des mers, comme la découverte des Amériques et de l’Asie, à la recherche de ressources et de nouveaux mondes.
Puis la traite négrière a conduit au déplacement de million s d’individus : environ 10 million s ont été débarqués sur les côtes américaines et aux Antilles, du XVI e au XVIII e siècle , avec 20 % de morts estimés pendant le voyage. L’esclavage vers les îles à sucre ou les plantations de coton (Antilles, La Réunion, île Maurice mais aussi sud des États-Unis, Brésil, Colombie, Équateur) avait conduit à transporter vers les colonies, à des fins de transplantation, plusieurs million s d’esclaves dans le cadre du commerce dit triangulaire entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques : les compagnies maritimes apportaient en Afrique des produits manufacturés comme les armes, échangés contre des esclaves eux-mêmes transportés aux Amériques, puis ramenaient des produits coloniaux comme le sucre et le coton.
FOCUS
Emmanuel Kant, dans son opuscule sur l’ Idée d’une histoire universelle d’un point de vue cosmopolitique , écrit en 1784, a contribué à définir le citoyen du monde. Son point de départ est simple : la Terre est une sphère et nous sommes condamnés à y vivre ensemble. L’hospitalité doit donc être la première règle de conduite éthique de l’humanité. Dans son Projet de paix perpétuelle (1795), il prend soin de distinguer le « droit d’être admis au foyer domestique » du « droit de visite ou du droit de s’offrir à faire partie de la société, lequel appartient à tous les hommes, en vertu de la possession commune de la surface de la terre ». Ce droit d’émigrer (qui n’inclut pas l’installation définitive) s’inscrit dans une conception moderne des droits de l’homme fondée sur la liberté de l’être humain comme sujet. Il s’applique donc surtout aux réfugiés et commerçants. Son système mondial libéral, fondé sur le libre commerce et la paix, s’oppose au colonialisme au nom de la protection de la souveraineté des peuples.

À RETENIR

C’est au cours du XVIII e siècle mais surtout au long du XIX e siècle que les migrations internationales prennent une dimension nouvelle, par l’ampleur des flux impliqués : exilés politiques ou religieux, migrations de travail et de peuplement, colonisation, missions religieuses, commerce international, relégations pénales dans des territoires lointains. Il était souvent plus facile d’arriver quelque part que de sortir de chez soi, car la sortie du territoire des États était souvent contrôlée, voire interdite.
REPRODUCTION D’UNE CARTE DES MIGRATIONS EN 1858 RÉALISÉE EN 1862
FICHE 2
XIX E SIÈCLE : LA MIGRATION DE MASSE DES EUROPÉENS

DES MIGRATIONS FACILITÉES
Au XIX e siècle , plusieurs facteurs expliquent le phénomène de massification des migrations : la technologie, d’abord, et notamment le passage de la navigation à voile à la navigation à vapeur qui a permis de transporter une migration de masse et a surtout obligé les grandes compagnies maritimes à rentabiliser les voyages au long cours en proposant leurs services aux candidats à la migration par l’entremise de rabatteurs sillonnant l’Europe ; la constitution d’États-nations, notamment en Europe, qui s’est traduite par l’exclusion de nombreuses minorités, ethniques, religieuses ou linguistiques trouvant, dans la fuite, une solution à leur marginalisation ; la pauvreté conjuguée à la demande de main-d’œuvre ou de population dans les grandes régions et pays d’immigration de travail ou de peuplement ; les guerres et les conflits, qui se sont traduits par la production de populations en exil.
Le XIX e siècle voit se développer, dans sa seconde moitié, une migration de masse liée au peuplement de grands territoires vides ou peu peuplés : États-Unis, Canada, Australie, Amérique latine, dans un contexte d’entrée en mobilité de populations hier sédentaires. Rappelons que Tocqueville s’inquiétait de la capacité des Allemands à s’assimiler aux État s-Unis dans son livre De la démocratie en Amérique , que 31 million s d’Italiens ont quitté leur pays entre 1860 et 1960, et que la France, grand pays d’immigration à l’époque, devan ça it les États-Unis et comptait déjà un million d’étrangers en 1900. Au début du XX e siècle , les migrations internationales constituaient 5 % de la population mondiale, alors qu’elles n’en forment que 3,5 % aujourd’hui. Il s’agissait de migrations essentiellement blanches car l’Europe était relativement peuplée par rapport aux vastes territoires à peupler, à coloniser ou à occuper, et le droit de sortie était difficile alors que le droit d’entrée était aisé.

UN DROIT DE SORTIE DIFFICILE
Ce difficile droit de sortie et ce droit d’entrée assez ouvert étaient liés à des régimes souvent autoritaires (monarchies, grands empires) où la population était considérée comme un élément de richesse agricole, militaire, fiscale et de puissance internationale. En revanche, les grands pays d’immigration ouvraient leurs territoires aux immigrés car ils manquaient de main-d’ œuvre, comme en France à l’époque de son industrialisation et des grands travaux de la seconde moitié du XIX e siècle . D’autres pays d’accueil désiraient développer une immigration de peuplement. Ce fut le cas des État s-Unis et, à un moindre degré, du Canada et de l’Australie, mais aussi du Brésil, du Chili, de l’Argentine ou de l’Uruguay, largement peuplés d’Européens. Les migrants étaient une main-d’ œuvre constituée à la fois de personnes qualifiées et non-qualifi é es, car toutes les compétences étaient requises. C’est ainsi que les pays d’Europe du Nord ont perdu environ un tiers de leur population qui s’est dirigée vers l’Amérique du Nord (ce qui leur a permis d’être plus prospères), que les Allemands ont formé l’essentiel des nouveaux venus après les Anglais et les Irlandais aux État s-Unis, mais aussi, après les Portugais, au Brésil et après les Espagnols, au Chili et qu’ils ont contribué, avec les Italiens (nombreux surtout en Argentine), à peupler l’Amérique du Sud hispanique et portugaise. En effet, les politiques de santé développées au XIX e siècle dans les État s allemands ont eu pour effet un large accroissement démographique lié au déclin de la mortalité infantile. De son côté, l’Algérie a été comme l’Australie, progressivement peuplée par des proscrits puis par des colons car l’une comme l’autre attiraient peu les immigrants à leurs débuts : condamnés de droit commun, forçats, prostituées et enfants abandonnés pour l’Australie, quarante-huitards, opposants au coup d’ État du 2 décembre de 1851 de Napoléon III, Alsaciens-Lorrains après 1870, s’ajoutant aux judéo-espagnols déjà installés en Afrique du Nord depuis l’Inquisition.
« Cours, cours, intrépide, lui répondit l’ombre, Si tu cherches l’Eldorado. »
Edgar Poe, « Eldorado »
FOCUS
Stefan Zweig, dans Le monde d’hier. Souvenirs d’un Européen (Belfond, 1993), parle ainsi du monde ouvert aux Européens d’avant la Première Guerre mondiale : « Rien peut-être ne rend plus sensible le formidable recul qu’a subi le monde depuis la Première Guerre mondiale que les restrictions apportées à la liberté de mouvement des hommes, et, de façon générale, à leurs droits… Il n’y avait pas de permis, pas de visas, pas de mesures tracassières ; ces mêmes frontières qui, avec leurs douaniers, leur police, leurs postes de gendarmerie, se sont transformées en un système d’obstacles, ne représentaient rien que des lignes symboliques qu’on traversait avec autant d’insouciance que le méridien de Greenwich ». Il est à noter cependant que ce monde ouvert était celui des élites. Les travailleurs comme les candidats à l’installation étaient soumis à un tri plus ou moins minutieux à l’arrivée, selon les pays d’accueil.

À RETENIR

Au XIX e siècle, une immigration de masse d’Européens, à des fins de travail et de peuplement, quitte l’Europe pour le nouveau monde, mais aussi pour les colonies, les comptoirs, les missions religieuses et l’Europe industrielle, à travers tous les continents. Au début du XX e siècle, les migrants (essentiellement Européens) constituent 5 % de la population mondiale. Ils en forment 3,5 % aujourd’hui mais ne sont majoritairement plus des Européens.
L’EXPANSION COLONIALE FRANÇAISE AUX XIX E ET XX E SIÈCLES
FICHE 3
XX E SIÈCLE : LES TRAVAILLEURS, LES RÉFUGIÉS ET LES FAMILLES
Les débuts du XX e siècle sont à la fois le théâtre de la poursuite de l’industrialisation, des grands travaux, de l’agriculture qui nécessitent de la main-d’œuvre. Au Sud, l’exploitation de produits coloniaux (coton, canne à sucre, mais aussi cacao, café, caoutchouc) attire aussi des Européens. De même, la Première Guerre mondiale, avec l’effondrement des grands empires et son lot de déplacés, d’exilés et d’apatrides, entraîne des pénuries de main-d’œuvre dues aux nécessités de la reconstruction. La disparition de l’Empire ottoman s’est soldée par des départs massifs de réfugiés, dont l’exil des Arméniens qui se sont alors retrouvés bénéficiaires du passeport Nansen, ancêtre du statut de réfugié en 1922. L’échange de populations, grecque et turque, à la suite du traité de Lausanne de 1923, accompagna la formation de l’État turc, provoquant un bouleversement dans les régions habitées par les colonies grecques de Turquie et chez les Turcs de Grèce qui ont rejoint la Turquie. Les conflits récents du Proche-Orient illustrent la fragilité des États créés après 1918. La fuite des Russes blancs, à la suite de la révolution de 1917 et de la guerre civile, a profondément marqué l’Europe de l’entre-deux-guerres, y compris dans la production artistique et culturelle. La disparition de l’Autriche-Hongrie a provoqué également des mouvements de populations avec, pour les Juifs, le choix des États-Unis avant et après la Shoah, et des réfugiés après la crise de 1956 en Hongrie, tandis que la guerre civile espagnole a produit aussi le départ des combattants républicains arrivés en France en 1939 mais aussi au Chili.

LE TOURNANT DU SECOND APRÈS-GUERRE
Mais c’est la Seconde Guerre mondiale qui entraîne les plus amples mouvements de migrants et de réfugiés : tout d’abord, le départ des Allemands des territoires devenus polonais (Silésie, Poméranie, Dantzig) et russes (Königsberg devenu enclave de Kaliningrad) quand la Pologne s’est déplacée vers l’ouest après les accords de Potsdam de 1945. Ainsi, 12 millions de Vertriebene (personnes « retournées ») sont repartis sur le territoire restant de l’Allemagne après 1945. Ensuite, la construction du mur de Berlin en 1961 a donné lieu à des passages clandestins et à des morts chez ceux qui ont essayé de le franchir et de s’installer à l’Ouest, les Übersiedler (ceux qui passent au-dessus pour s’installer). La chute du rideau de fer en 1989 a eu pour effet l’arrivée de nouveaux Allemands en Allemagne, installés précédemment en Russie, en Sibérie, au Kazakhstan et dans les États baltes, 2 millions d’ Aussiedler (ceux qui sortent pour s’installer) y acquérant la nationalité allemande qu’ils n’avaient jamais eue, car ils avaient souvent quitté les territoires allemands au temps de Catherine II.
En 1975, la fin de la guerre du Viêtnam a aussi amené des réfugiés vers l’Europe et les État s-Unis, accueillis à bras ouverts, tout comme les Chiliens après 1973.

DÉCOLONISATIONS ET CHUTE DU MUR
D’autres désenchevêtrements de nationalités ont eu lieu après 1989 : Hongrois de Transylvanie devenue roumaine après 1918 vers la Hongrie, échanges de lieux d’installation entre Tchèques et Slovaques, à la suite de la partition de l’ancienne Tchécoslovaquie, départ de 500 000 Bulgares d’origine turque en Turquie, retour de 350 000 Grecs du Pont-Euxin (actuelle Géorgie et Turquie de l’Est) vers la Grèce, départs de Juifs russes vers Israël. La migration des Albanais vers la Grèce et l’Italie en 1991 a aussi marqué les esprits par les photos de bateaux pleins à craquer d’hommes à la recherche d’un avenir meilleur.
« On a appelé des bras et des hommes sont venus. »
Max Frisch
Les décolonisations ont aussi provoqué de nombreux mouvements de population : les pieds-noirs et les harkis (rapatriés et Français musulmans) vers la France pendant et après la guerre d’Algérie. Un échange massif de populations a suivi la décolonisation indienne en 1947, avec le départ des populations musulmanes vers le Pakistan par millions, concomitant de la création de l’État indien. D’autres États multi-ethniques et multiculturels ont éclaté comme l’ex-Yougoslavie, avec le départ de réfugiés vers l’Europe, ou comme le Liban, qui abrite déjà des réfugiés palestiniens. Les conflits du Proche et du Moyen-Orient ont conduit au départ de 6 million s d’Afghans dont certains sont revenus au pays, de 4 million s d’Irakiens et de 5 million s de Syriens, qui ont surtout trouvé refuge dans les pays voisins.
FOCUS
Si l’immigration de travail constitue, à l’échelle mondiale, l’essentiel des flux migratoires dans le monde, notamment au Sud de la planète, l’immigration de regroupement familial est devenue la principale source d’entrées légales dans des pays comme les É tats-Unis et les É tats européens, du fait de l’ancienneté du phénomène et de la fermeture des frontières à l’immigration salariée (Europe). Les facteurs de départ n’ont guère changé : pauvreté (même si ce ne sont pas les plus pauvres qui partent), crises politiques, goût de l’aventure, catastrophes environnementales, discriminations ethniques ou religieuses, nouvelles technologies de la communication, offre de voyage irrégulier et chômage, ont fait entrer le XX e siècle dans une aspiration à la mobilité comme mode de vie. Les migrants sont plus urbains et plus scolarisés, les femmes plus nombreuses (près de 50 %) ; ils sont souvent originaires du Sud de la planète, qui devient aussi une destination pour les nouveaux migrants du Nord.

À RETENIR

Le XX e siècle voit se développer l’immigration d’Européens et de non-Européens pour la reconstruction après les deux guerres mondiales et pour soutenir les besoins de main-d’œuvre dans les pays en croissance économique, tandis que les réfugiés sont les victimes de l’effondrement des grands empires, de l’affrontement est-ouest et des crises politiques. Toutes ces mutations entrainent des déplacements de populations. Le développement de l’immigration familiale se consolide en Europe et aux États-Unis au fur et à mesure de la durée de séjour.
PAYS D’ACCUEIL ET DE DÉPART DES RÉFUGIÉS
FICHE 4
LA MONDIALISATION DES MIGRATIONS AU XXI E SIÈCLE
En ce début du XXI e siècle, les migrations internationales se sont mondialisées : presque tous les pays du monde sont concernés par les départs, les arrivées et le transit, certains étant les deux ou les trois à la fois. L’aspect le plus significatif concernant les migrations est leur globalisation, comme tendance structurelle du monde, et leur régionalisation, avec un effacement relatif des catégories entre pays de départ, d’accueil ou de transit alors qu’ils étaient soit l’un soit l’autre dans le passé, et la diversification des catégories de migrants, aux flux dits mixtes, mêlant des profils de travailleurs et de familles à ceux des demandeurs d’asile.

UN PHÉNOMÈNE UNIVERSEL
Tous les continents sont inclus dans la migration internationale, l’Europe étant avec l’Asie la plus grande destination au monde (77 million s pour l’Europe si l’on inclut la Russie et l’Ukraine, 80 million s pour l’Asie), suivie par les État s-Unis (60 million s), les pays du Golfe (25 million s) et la Russie (12 million s). Le sud de la planète est en passe de recevoir autant de migrants que le nord de la planète (Asie 80 million s, Afrique 26 million s, Amérique latine et Caraïbes 10 million s, Océanie 8,4 million s), du fait de la diversification des migrations : les femmes (48 %), les déplacés environnementaux (42 million s dont seulement 17 million s sont des migrants internationaux), les mineurs isolés, les réfugiés (66,5 million s), favorisent l’attraction pour le sud car ces catégories de migrants préfèrent aller moins loin et se diriger vers les pays voisins des leurs. Les trois quarts des réfugiés dans le monde vont dans des pays du sud, comme lors des crises afghane (à destination de l’Iran et du Pakistan), irakienne (vers la Syrie), syrienne (en Turquie, Liban et Jordanie, pour l’essentiel). Les pays du sud ont peu de politiques migratoires et une cinquantaine d’entre eux ne sont pas signataires de la convention de Genève de 1951 sur l’asile, donc la protection est souvent relative, mais les migrants peuvent y entrer, la plupart du temps. L’essentiel des migrations internationales sont, à l’échelle mondiale, des migrations de travail, mais elles ne représentent qu’à peine 15 % des entrées en Europe, où le regroupement familial, les venues d’ étudiants et l’asile forment l’essentiel des flux. Aux État s-Unis également, l’essentiel des flux est constitué par le regroupement familial, à la différence du Canada et de l’Australie qui pratiquent des permis à points pour sélectionner les entrants en fonction de leur qualification.
« La migration est un voyage à la recherche de la dignité. »
François Crépeau, Université Mac Gill, Montréal

UN DROIT D’ENTRÉE DEVENU DIFFICILE
Le droit d’entrée dépend de la souveraineté des État s d’accueil, qui exigent un visa en fonction du risque migratoire représenté par chaque nationalité, donc selon le passeport du migrant : ce sont les Japonais qui peuvent entrer, pour trois mois, dans le plus grand nombre de pays dans le monde (189), suivis par les Européens, Américains et Canadiens (dans 185 pays en moyenne). Puis viennent les Russes, les Chinois et enfin la plupart des pays africains et du Moyen-Orient, dont les ressortissants de pays en crise (Irak et Afghanistan – 30 – , Syrie – 32 –, Somalie – 32 –, Pakistan – 33) qui n’ont de possibilité de migrer que dans les pays les plus proches du leur. Cet élargissement du monde est lié à son interdépendance : certains pays ont des richesses mais peu de main-d’ œuvre (comme le s pays du Golfe), d’autres une importante population et peu de ressources (comme le Mali, le Niger ou le Burkina). Certains pays sont directement menacés par les défis environnementaux comme le Bangladesh, premier au monde, les îles du Pacifique (Tuvalu, Fidji), les Maldives ou les pays du Sahel (désertification). Le vieillissement de la population en Europe, en Russie et au Japon est aussi un facteur de dépendance à l’égard des migrations, à cause de la contribution de celles-ci à la croissance démographique et à la fourniture de main-d’ œuvre. L’absence de droits dans les pays de départ ou de transit peut aussi favoriser le désir d’aller plus loin, y compris en risquant la mort.
Les régions de départ sont l’Asie (41 % des émigrants internationaux), l’Europe (23,7 %), l’Amérique latine et les Caraïbes (14,6 %), l’Afrique (14,1 %), l’Amérique du Nord et l’Océanie fournissant peu de partants.
Le phénomène de mondialisation des migrations va s’accroître, du fait de l’interdépendance accrue du monde.
FOCUS
Six migrants internationaux sur dix résident en Asie (80 millions) ou en Europe (78 millions). L’Amérique du Nord en abrite 60 millions, suivie par l’Afrique (26 millions), l’Amérique latine et les Caraïbes (9,5 millions) et l’Océanie (8,4 millions). C’est l’Asie qui a vu le nombre de ses migrants internationaux le plus fortement augmenter (30 millions entre 2000 et 2017), suivie par l’Europe (22 millions), l’Amérique du Nord (17 millions) et l’Afrique (10 millions) depuis 2000.
Les régions d’origine sont essentiellement l’Asie (106 millions) et l’Europe (61 millions), suivies par l’Amérique latine et les Caraïbes (38 millions), et l’Afrique (36 millions). Entre 2000 et 2017, l’Afrique a connu la plus forte croissance de son émigration (+ 68 %) suivie par l’Asie (+ 62 %), l’Amérique latine et les Caraïbes (+ 52 %) et l’Océanie (+ 51 %).

À RETENIR

À partir des années 1990, on assiste à une mondialisation des migrations. Toutes les régions du monde sont concernées par les départs, les arrivées et le transit, et certains pays connaissent l’une et l’autre de ces situations à la fois. On comptait 173 millions de migrants internationaux en 2000 et 220 millions en 2010. Selon le rapport du département des Affaires économiques et sociales des Nations unies (UNDESA 2017), ils sont aujourd’hui 266 millions selon la définition du département de la population des Nations unies, soit 3,5 % de la population mondiale. Cela représente une progression modeste puisque les migrants internationaux représentaient 2,8 % de la population mondiale en 2000.
LES FLUX MIGRATOIRES DANS LE MONDE
FICHE 5
UNE RÉGIONALISATION ACCRUE
Le chercheur américain Douglas Massey a analysé depuis la fin du XX e siècle le phénomène de régionalisation des migrations en systèmes migratoires complexes, faits de proximités et de complémentarités.

DES MIGRATIONS DE VOISINAGE
Dans toutes les régions du monde, il y a davantage de migrants de la même région que de migrants qui viennent d’ailleurs du fait que les migrants internationaux sont de moins en moins exclusivement des hommes seuls, mais présentent de nouveaux profils : familles, femmes, réfugiés et mineurs isolés ne vont pas aussi loin que les hommes seuls et effectuent moins de parcours transcontinentaux. La migration se produit surtout entre pays de la même région du monde : en 2018 (rapport UNDESA 2018), 67 % des Européens, 60 % des Asiatiques, 60 % des Océaniens, 53 % des Africains résidaient dans un pays proche de leur région de naissance. À l’échelle mondiale, la moitié des migrants internationaux résident dans leur région de naissance et ce sont les Asiatiques qui sont les plus nombreux à vivre hors de leur région d’origine. En Europe, le tiers des migrants internationaux viennent d’Europe, un chiffre qui a beaucoup augmenté avec l’ouverture à l’Est : Roumains, Bulgares, Polonais sont partis nombreux travailler en Europe de l’Ouest dès 2004, de même que les Européens du Sud (Italiens, Espagnols, Portugais, Grecs) après la crise de 2008 sont venus chercher du travail au nord de l’Europe, en Allemagne, au Royaume-Uni et dans les pays nordiques. Dans le continent africain, qui compte 26 million s de migrants internationaux, la plupart (79 %) sont des Africains d’un autre pays d’Afrique, selon les chiffres du département de la population des Nations unies (UNDESA 2018). Il en va de même en Amérique latine où la plupart des migrants sont des Latino-Américains : Vénézuéliens en Colombie, Péruviens en Argentine et au Chili, Paraguayens au Brésil, Boliviens dans les pays voisins du leur, tandis que les Centre-américains et Mexicains sont attirés par les État s-Unis. Même schéma en Russie, où, du fait de l’ouverture des frontières pour le travail à l’Asie centrale et au Sud-Caucase, la plupart des migrants viennent de la CEI (Communauté des État s indépendants, ex-URSS) et de la Chine vers les régions sibériennes. En Asie, les pays riches comme le Japon, la Corée du Sud, Taïwan, Singapour attirent les populations des pays pauvres ou très peuplés : l’essentiel des migrants viennent d’Asie (Philippins, Pakistanais, Indiens, Chinois). L’Australie est de son côté de moins en moins une Australie blanche et s’asiatise de plus en plus. Le Golfe attire les populations du Maghreb, du Pakistan, du Soudan, d’ Égypte , du Sri Lanka et des Philippines.

DES ESPACES MIGRATOIRES RÉGIONAUX
Les espaces migratoires régionaux facilitant la circulation sans visa à des fins de travail favorisent les mobilités. L’Europe, avec la citoyenneté européenne qui garantit la liberté de circulation, d’installation et de travail pour les Européens, est l’espace de circulation le plus abouti. Mais il existe aussi d’autres espaces régionaux, comme le Marché nordique du travail incluant la Norvège et l’Islande aux pays européens du Nord de l’Europe, la Cedeao, Communauté des État s d’Afrique de l’Ouest (ou Ecowas en anglais), la SADC entre l’Afrique du Sud et ses voisins, l’Asean pour l’Asie du Sud-Est, l’Unasur pour le continent sud-américain, la suppression des visas par la F édération de Russie avec les pays de la CEI, l’Australie avec la Nouvelle -Z élande (TTTA : Trans Tasman Travel Agreement ) et beaucoup d’autres, mais qui ne fonctionnent pas toujours bien, à cause des conflits régionaux. On dénombre 22 espaces de circulation régionaux dans le monde.

266 millions
de migrants internationaux et
740 millions
de migrants internes :
1 milliard
de personnes sont en situation de mobilité dans le monde.
FOCUS
Les migrations, mondialisées, sont aussi régionalisées car les nouveaux migrants (réfugiés, femmes, mineurs isolés non accompagnés, travailleurs peu qualifiés, déplacés environnementaux) migrent plus souvent dans leur région qu’à une échelle transcontinentale, dessinant ainsi des espaces, des systèmes (diasporas transnationales), voire des régimes (textes et pratiques du droit) migratoires régionaux : deux Africains sur trois migrent en Afrique, plus de la moitié des migrations d’Amérique du Nord vient d’Amérique du Nord (Mexique inclus), les migrations intra-européennes ont progressé considérablement depuis l’ouverture des frontières des pays d’Europe de l’Est et grâce à Erasmus, la rive sud de la Méditerranée alimente l’essentiel des migrations extra-européennes de l’Europe (Maghreb, Égypte, Proche-Orient et Turquie), l’Asie du Sud-Est compte essentiellement une migration d’Asie du Sud-Est et l’Australie a abandonné depuis longtemps son rêve d’une Australie blanche et exclusivement anglo-saxonne.

À RETENIR

Les migrations vers le Sud de la planète sont aussi nombreuses que les migrations vers le Nord : 77,8 millions en Europe (Russie incluse), 60 millions en Amérique du Nord (États-Unis et Canada), 7 millions en Australie, 26 millions en Afrique, 80 millions en Asie et 5,2 millions en Amérique latine et aux Caraibes. À l’échelle mondiale, on compte, selon le département de la population des Nations unies (rapport UNDESA 2018) : 89 millions de migrants internationaux allant du Sud au Nord, 57 millions de migrants du Nord au Nord, 14 millions de migrants du Nord au Sud et 97 millions de migrants du Sud au Sud.
LES CONFLITS AU PROCHE ET MOYEN-ORIENT
FICHE 6
MIGRATIONS SUD-NORD, SUD-SUD, NORD-NORD ET NORD-SUD
Aujourd’hui, on compte autant de migrants se dirigeant vers le Nord (sud-nord et nord-nord) que vers le Sud (sud-sud et nord-sud) de la planète. Les flux de migrants internes sont trois fois plus nombreux : 740 millions.

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