Graines de résistance
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Description

Basé sur un programme politique le plus récationnaire que la France ait connu depuis 1945, l'élection de Nicolas Sarkozy marque le glissement de l'opinion vers une droite dure, avec un affaissement des valeurs de solidarité et une résurgence d'idées conservatrices. Cet essai analyse la logique de ce système, le discours et les actes du pouvoir, dévoile les mensonges de la communication et met en lumière leurs effets néfastes. Il insiste sur la légitimité des idées de gauche et esquisse en creux des perspectives de changement.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2011
Nombre de lectures 52
EAN13 9782296811485
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

À la Résistance
GRAINES DE RESISTANCE
© L’Harmattan, 2011
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-55193-0
EAN : 9782296551930
André MESIN
GRAINES DE RESISTANCE
L’Harmattan
Questions Contemporaines
Collection dirigée par J.P. Chagnollaud, B. Péquignot et D. Rolland
Chômage, exclusion, globalisation… Jamais les « questions contemporaines » n’ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions Contemporaines » est d’offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.
Derniers ouvrages parus
Georges FERREBOEUF, Participation citoyenne et ville , 2011.
Philippe GOOSSENS, Les Roms : dignité et accueil , 2011.
André CHAGNON, Malades et médecins : pour mieux se comprendre, Eux et nous , 2011.
Philippe DELOIRE, Et si la France disait oui à l’Europe , 2011.
Jean MONTANIER et Alain AQUILINA, Violences, loi du silence, loi du plus fort , 2011.
Dominique ROTH, Economie et psychanalyse. Le progrès en question , 2011.
Claude OBADIA , Les lumières en berne ? Réflexion sur un présent en peine d’avenir ., 2011
Levent ÜNSALDI, Le développement vu de Turquie , 2011.
Maurice T. MASCHINO, Cette France qu’on ne peut plus aimer , 2011.
Véronique WASYKULA, RMI : vous devez savoir , 2011.
Antoine BRUNET, Jean-Paul GUICHARD, L’Impérialisme économique. La visée hégémonique de la Chine , 2011.
Louis R. OMERT, Le Sursaut. Essai critique, social et philosophique , 2011.
Jean-Pierre DARRÉ, De l’ère des révolutions à l’émancipation des intelligences , 2011.
Jean-Pierre LEFEBVRE, Pour une sortie de crise positive , Articuler la construction autogestionnaire avec le dépérissement de l’État, 2011.
Jean-René FONTAINE et Jean LEVAIN , Logement aidé en France, Comprendre pour décider , 2011.
Marc WIEL, Le Grand Paris , 2010.
Theuriet Direny, Idéologie de construction du territoire , 2010.
Carlos Antonio AGUIRRE ROJAS, Les leçons politiques du néozapatisme mexicain, Commander en obéissant , 2010.
Florence SAMSON, Le Jungle du chômage , 2010.
REMERCIEMENTS
Ce livre n’aurait pas vu le jour sans les conseils et le soutien de mon frère qui m’a en outre beaucoup aidé dans la phase de relecture et de mise en page.
Je suis très reconnaissant aussi à M. Patrick Le Hyaric, Directeur de L’Humanité , qui, sans me connaître, a bien voulu lire une première ébauche du manuscrit et me prodiguer ses encouragements.
Je sais gré aux éditions L’Harmattan de m’avoir fait confiance malgré ma totale inexpérience littéraire.
Avec certains internautes, nous avons noué sans nous connaître des relations chaleureuses et amicales, fondées sur une espérance commune et quelques convictions partagées. Les réflexions de ce livre sont aussi un peu les leurs.
J’ai une pensée pour mes deux parents qui, sans partager mes idées, n’auraient pas désavoué mon entreprise.
Je remercie enfin du fond du cœur mon épouse et mes enfants, dont l’affection est le moteur de ma vie. Qu’ils veuillent bien me pardonner les longues heures que je leur ai distraites pour ce qui a pu parfois leur paraître des chimères.
INTRODUCTION
Qui n’a déjà entendu cette chanson populaire chantée par les orchestres espagnols ou sud-américains : « Guantanameja » ? Dans le premier couplet, le poète cubain, José Marti, dit : « Yo soy un hombre sincero,(…) y antes de morir me quiero echar mi verso del alma » , ce qu’on pourrait traduire approximativement par « Je suis un homme sincère (…) et avant de mourir je veux faire sortir mon chant de mon âme ». J’aime bien cette chanson, sa mélodie entraînante et ses paroles. Sa première strophe correspond un peu à ce que je ressens, toutes proportions gardées. Je ne suis pas poète et n’ai aucune expérience littéraire. Par ailleurs, mon âge actuel me donne encore une espérance de vie significative. Néanmoins, j’éprouve le besoin d’exprimer aujourd’hui des réflexions sur notre situation politique et sociale qui me semble préoccupante. Je mesure le caractère dérisoire voire présomptueux de cette démarche mais, après tout, « les seuls combats qu’on est sûr de ne pas gagner sont ceux qu’on ne mène pas. »
J’ai grandi à l’époque insouciante des Trente glorieuses et mes convictions politiques se sont forgées dans les années 70. Elles ont toujours été à gauche.
Bien sûr, les rêves de jeunesse se sont heurtés à la dure réalité des débats politiques, à la déception des lendemains qui ne chantaient pas autant qu’espéré, à la complexité mouvante des réalités sociales, aux épreuves de la vie. J’ai néanmoins conservé un attachement profond aux valeurs de paix, de justice et de progrès social. Pendant toute la décennie 80, j’ai beaucoup milité aux niveaux politique, associatif et syndical. Comme beaucoup, j’ai espéré que la victoire de la gauche en 1981 allait réellement « changer la vie » . La réalité a été plus nuancée ! Malgré d’indéniables progrès politiques et sociaux dans les années 80 : abolition de la peine de mort, revenu minimum d’insertion, retraite à 60 ans, cinquième semaine de congés payés, décentralisation, droits nouveaux pour les salariés… le tournant de la rigueur en 1983, les affaires et les divisions ont progressivement entamé le crédit de ce pouvoir.
La chute du mur de Berlin en 1989 et l’implosion des régimes communistes de l’Est au début des années 1990 ont mis à nu les limites et les faiblesses de régimes politiques parvenus à bout de souffle par défaut de renouvellement idéologique et de démocratie interne. Un bras de fer de 45 ans, connu sous le nom de « guerre froide » tournait à l’avantage du « camp occidental ». On a espéré naïvement alors pendant un temps que cette « fin de l’Histoire » permettrait l’avènement d’un monde plus pacifique et que la course aux armements ferait place à la lutte contre la faim, le sous-développement et l’épuisement des ressources naturelles. Ce qu’on ne prévoyait pas alors, c’est que dans l’ivresse de leur victoire les vainqueurs allaient promouvoir partout un laisser-faire économique arrogant et sans limite à l’opposé de ces objectifs. On a ainsi assisté à un creusement des inégalités, à la suppression de nombreux dispositifs de régulation économique, au recul des solidarités et des services publics. La « menace terroriste » est venue remplacer le « péril rouge » pour justifier une reprise de la course aux armements et des mesures sécuritaires de plus en plus strictes.
Pour en revenir à notre hexagone, le retour de la droite aux affaires en 1993 était logique compte tenu de l’affaiblissement du président, de l’usure de la gauche et de la dégradation de son image dans l’opinion publique. Dans ce contexte, les 47 % de Lionel Jospin à l’élection présidentielle de 1995 étaient presque réconfortants. Il y a eu ensuite la dissolution surprise de 1997 et le retour un peu inespéré de la gauche aux affaires. Le bilan du gouvernement de la gauche plurielle de 1997 à 2002 a été à mon sens honorable : la dette publique a été réduite en valeur relative, la couverture maladie universelle a été mise en place, des réformes de société utiles ont vu le jour (le P.A.C.S. notamment), une lutte énergique contre le dopage dans le sport a été engagée, le chômage a baissé, les lois sur les 35 heures ont été populaires malgré leurs imperfections et le tassement dans l’évolution du pouvoir d’achat qu’elles ont entraîné ensuite. Cependant, les privatisations d’entreprises publiques telles que France Telecom, initiées sans trop de remous dans l’opinion sur le moment, portaient en germe de réels reculs sociaux.
C’est ainsi que la cote de popularité de ce gouvernement était encore bonne début 2002. Trop divisée, la gauche n’a cependant pas apprécié suffisamment pendant la campagne la montée en puissance des thèses sécuritaires et identitaires dans l’opinion, portées par le Front National et, de façon opportuniste, par la droite. Elle s’est probablement montrée trop timorée dans ses propositions pour ménager l’électorat centriste, son candidat allant jusqu’à déclarer : « Mon programme n’est pas socialiste » .
Elle l’a payé de son absence au 2e tour des présidentielles alors que cette élection était gagnable. Le deuxième mandat de Jacques Chirac a vu l’opposition gagner toutes les élections intermédiaires : cantonales, européennes, régionales, tandis que la droite se fourvoyait dans des projets impopulaires tels que le CPE et des déchirements internes illustrés par l’affaire Clearstream. Dans ces conditions, tous les espoirs étaient permis pour la gauche en 2007. Le manque d’unité de ses représentants, d’audace et de cohérence de ses propositions, combiné à une redoutable efficacité tactique du candidat de la droite, a conduit à une cruelle désillusion. Flattant ostensiblement l’électorat de l’extrême droite, les milieux d’affaires et les classes les plus aisées, Nicolas Sarkozy a manié dans le même temps un discours démagogique et simpliste qui a pu séduire momentanément une partie de l’électorat « flottant ». Il a ainsi réussi à se faire élire avec une nette majorité sur la base du programme de gouvernement le plus réactionnaire que la France ait connu depuis 1945.
Profondément déçu et préoccupé de la situation dès le début de l’année 2007, j’ai décidé de m’engager dans le débat pour exprimer mon refus d’une évolution inquiétante à mes yeux et mes espoirs de perspectives politiques plus conformes à mes convictions. C’est ainsi qu’en apportant périodiquement des contributions à un forum sur Internet, j’ai tenu au fil des semaines et des mois une sorte de journal de réflexions sur l’actualité politique et sociale. Les réponses reçues à ces billets, qu’elles aient été critiques ou approbatrices, m’ont incité à poursuivre cette démarche. Elles m’ont permis de mieux comprendre la situation, suivre attentivement son évolution et affiner ainsi mes analyses. Ce recueil se veut un témoignage modeste mais indigné et résolu de lutte et d’espoir. J’espère que ces quelques graines semées pourront contribuer, ne serait-ce que très peu ou un peu, à la réflexion collective et à la construction d’une perspective politique plus réjouissante que celle que nous subissons aujourd’hui. C’est ma seule ambition et, me sentant à des années-lumière de ceux qui rêvent de se payer une Rolex (de toute façon c’est trop tard, j’ai plus de 50 ans !), je ne souhaite en tirer aucun avantage personnel. Si d’aventure il me procure des droits d’auteur, l’intégralité de ceux-ci sera reversée à parts égales au Secours Populaire et aux Restos du Coeur.
Le livre est composé de billets regroupés en quinze chapitres thématiques couvrant une période de début mars 2007 à début mars 2011. A la fin de chaque billet figure un commentaire qui synthétise les réponses reçues, évoque tel évènement postérieur en lien avec le thème abordé et prolonge ainsi la réflexion. Entre chaque billet j’ai ajouté quelques mots pour esquisser un fil conducteur. Il m’est arrivé de rectifier une erreur matérielle ou de raccourcir certains textes mais, pour l’essentiel, j’ai respecté l’esprit originel de chaque billet.
1 UNE CUISANTE DEFAITE
Pourquoi commencer par le mauvais souvenir des élections de 2007 ?
Parce que cet évènement a été le déclic qui m’a poussé à prendre parti.
A partir de janvier 2007, la machine UMP, forte d’une minutieuse préparation, s’est mise en route avec l’efficacité d’un rouleau compresseur. On a vite senti que quelque chose clochait à gauche avec une campagne qui ne parvenait pas à embrayer vraiment. En écrivant au fil des jours les quelques billets qui suivent je n’avais guère d’illusion sur l’issue qui se profilait mais il me semblait important de ne pas baisser les bras. Il vaut toujours mieux lutter que subir !
La gauche a pourtant de bonnes idées…
7 mars 2007 Des écoles plutôt que des bombes
N'en déplaise à la droite, Ségolène Royal a raison quand elle propose d'affecter à l'éducation le coût d'un nouveau dispositif nucléaire. Il ne s'agit pas d'opposer éducation et sécurité. Notre dissuasion nucléaire est déjà suffisante, pourquoi construire encore à grands frais des armes de mort dont le mieux qui puisse arriver c'est qu'elles ne servent jamais ?
La seule réaction reçue à ce premier billet était favorable :
« Bravo, vous avez tout dit, entièrement d’accord avec vous »
Courant 2008, le projet de construction d’un deuxième sous-marin nucléaire a été abandonné en raison du déficit des finances publiques. L’argent économisé n’a donc pas servi à l’éducation.
… tandis que l’UMP roule pour les riches.
10 mars 2007 Cercle 2007 : une campagne de riches
J'ai reçu une invitation à mon domicile une invitation à soutenir la campagne de M. Sarkozy moyennant la modique somme de... 4600 €. Serait-ce un canular ? Mais non, pour ce prix vous êtes invité à différents événements de la campagne et à la soirée électorale. J'avoue ne pas avoir une telle somme disponible et, de toute façon, comme je n'ai pas de sympathie pour le programme de l'UMP, ce serait du masochisme ! J'en tire néanmoins une conclusion : M. Sarkozy est bien un candidat pour les riches !
Parmi les réponses, un internaute déplore la division de la gauche, un autre ironise : « Peut-être veut-il acheter un appartement à son juste prix… », un troisième approuve la démarche « Si vous préférez les candidats traîne-savates » (les intéressés apprécieront !), un autre encore doute « Que de rumeurs… »
J’ai bien reçu ce courrier à mon domicile. Il illustre à mon sens une dérive à l’américaine où les riches contribuent fortement aux campagnes, avec les risques que cela comporte sur l’indépendance des candidats.
Voterai-je communiste ?
22 mars 2007 Le dilemme du 1er tour
Lorsque la gauche de la gauche s'affaiblit, c'est toute la gauche qui recule.
Certains se réjouissent du déclin du parti communiste : communisme = stalinisme, n'est-ce pas ? Pourtant, il serait bon de se souvenir que chaque fois que la gauche a accédé ou participé au pouvoir, à chaque période marquée par des avancées sociales importantes (1936, 1944-1945, 1981-1982,...) la contribution du parti communiste a été déterminante. Pendant de nombreuses années, ce parti a su fédérer un électorat aujourd'hui tenté par l'abstention ou des solutions sans issue voire dangereuses. Aujourd'hui, la gauche de la gauche est affaiblie et morcelée. Si la gauche est présente au 2e tour, que se passera-t-il ? MG. Buffet, J. Bové et D. Voynet appelleront sans ambiguïté leurs électeurs à voter pour la candidate socialiste. O. Besancenot et A. Laguiller appelleront sans doute à battre la droite mais sans se prononcer aussi clairement, histoire de marquer leur différence. Bref, pas très facile, mais avant il faut déjà passer le 1er tour. D'où le dilemme si nous ne voulons pas avoir le 22 avril un nouveau "21 avril". Si la candidate socialiste a au moins 4-5 points d'avance dans les derniers sondages sur le candidat placé 3e, je m'autoriserai un vote pour Mme Buffet. Si tel n'est pas le cas, je voterai pour Mme Royal. Je ne parlerais pas de "vote utile" mais de "vote nécessaire". Il me semble que tous les électeurs qui souhaitent la victoire d'une gauche bien à gauche devraient se poser la question.
J’ai finalement voté pour Mme Buffet au 1er tour.
Le candidat UMP affiche la couleur sans complexe…
8 avril 2007 Les dérapages calculés du "Pinocchio" de la droite
Depuis que M. Sarkozy a menti effrontément à propos de Mme Royal et M.
Bayrou je m'autorise à l'affubler du sobriquet de "Pinocchio". Si on récapitule quelques-uns de ses "dérapages" et provocations simplement au cours des quinze derniers mois on ne peut qu'être inquiet :
- en octobre 2006, il critique le laxisme des juges. Il connaît pourtant les conditions difficiles de fonctionnement du Tribunal de Bobigny et le manque de moyens de la justice, mais peu importe : l'important est de susciter la polémique et de faire diversion sur les vraies responsabilités, les siennes.
- Le 18 mars 2007, il menace de "virer" la direction de France 3 s'il est élu. Il déclare que l'émission "France Europe Express" à laquelle il va participer l'emm... Que n'auraient pas dit tous les médias qui l'encensent si un(e) autre candidat(e) s'était permis de tels écarts de langage !
- Courant mars, à une émission de France Inter, il déclare sèchement "Vous êtes la porte-parole de Ségolène Royal ?" à une journaliste de France Inter qui avait osé objecter que la candidate socialiste n'avait pas tenu exactement les propos qu'il lui prêtait.
- La semaine dernière il déclare que la pédophilie a selon lui une origine génétique. C'est absurde, ça provoque la consternation des scientifiques compétents en la matière mais ça flatte une partie de l'opinion.
- Courant 2006, il tente (sans succès, heureusement) d'introduire par la loi un dépistage des délinquants dès l'école maternelle.
La "bravitude" de Mme Royal, abondamment exploitée par les médias, est une peccadille à côté de ces "dérapages" méthodiquement, cyniquement calculés. Le danger de cette méthode c'est qu'elle détourne l'attention de l'opinion des questions de fond à propos desquelles la droite, comme à son habitude, avance masquée.
Il est encore temps de lui barrer la route
Le maintien d’un climat de tension, le clivage permanent entre les citoyens et la démagogie sont le fonds de commerce de cette droite.
… et se révèle un excellent Tartuffe.
12 avril 2007 Sarkozy, protecteur des gens honnêtes ? Bof !
L'Elysée et M. Sarkozy protestent avec indignation contre les affirmations contenues dans le Canard Enchaîné de cette semaine selon lesquelles un accord aurait été passé entre l'actuel président et le candidat de l'UMP : soutien du premier contre engagement du second, s'il est élu, de faire avorter des affaires judiciaires en cours pouvant atteindre M. Chirac. Dans un autre registre, M. Tapie, la girouette, espère grâce à son soutien au candidat de l'UMP que ses démêlés judiciaires avec l'ancien Crédit Lyonnais s'arrangeront à son avantage et que les dizaines (ou centaines) de millions d’euros qu'il réclame (au fait, ça fait combien de milliers d'années de SMIC ?) rentreront dans sa poche.
M. Sarkozy a menti quand il a reproché à Mme Royal et M. Bayrou de soutenir les fraudeurs. Il ment encore lorsqu'il se déclare le protecteur des gens honnêtes. Il faut démasquer cette supercherie en votant à gauche !
En 2010, l'UMP s’engage à verser 1,7 million d’euros à la Ville de Paris pour la dédommager dans l’affaire des emplois fictifs. M. Tapie, lui, a opportunément profité d’une procédure exceptionnelle d’arbitrage pour récupérer 210 millions d’euros après apurement de ses dettes, ce qui a coûté au contribuable la modique somme de 380 millions.
Le PS, un peu aux abois, s’interroge sur ses alliances…
14 avril 2007 La proposition de M. Rocard
J'ai de l'estime pour M. Rocard bien que je ne partage pas toutes ses positions. Lors de son passage à Matignon, il a négocié un accord intelligent en Nouvelle Calédonie alors que la droite s'était embourbée dans cette affaire avec la tuerie d'Ouvéa. Il a mis en place le RMI qui, malgré toutes ses imperfections, est une mesure de justice sociale. Son bilan a été à mon sens honorable et je pense même que son départ en 1991 était immérité. Cela dit, je ne crois pas qu'une alliance au 1er tour entre Mme Royal et M. Bayrou serait le meilleur moyen de barrer la route à M. Sarkozy. Dans cette situation mouvante et incertaine, je crains que toute négociation hâtive n'apparaisse comme une marque de panique et un "replâtrage" sans consistance qui troublerait encore plus les électeurs. Il ne faut pas confondre à mon sens le 1er et le 2e tour. Le meilleur moyen de barrer la route à M. Sarkozy c'est que chacun reste sur ses valeurs au 1er tour pour faire le plein de ses électeurs.
Ensuite viendra le temps d'un rassemblement républicain. Je le dis tout net : je souhaite ardemment la victoire de la gauche mais si M. Bayrou était opposé au 2e tour à M. Sarkozy je voterais pour le premier... sans enthousiasme mais sans état d'âme. Si les électeurs de M. Bayrou font de même dans l'hypothèse inverse, tout est possible.
Les deux réactions reçues illustrent bien ce qui s’est passé au 2e tour :
« Pour ma part, je voterai Bayrou au premier tour et blanc au deuxième, parce que je ne veux plus cautionner ce système de droite/gauche imbécile et que les deux candidats "institutionnels" me semblent dangereux chacun à leur manière. »
Le centre de gravité du MODEM n’est pas franchement à gauche.
« Vous ne serez sans doute pas le seul... mais SR sera au second tour ! Par contre que vont faire les votants supporters de Bayrou ? Voter pour Sarko ou pour Ségo ? »
Ils n’ont pas tous voté « Sego », c’est clair.
… tandis que son adversaire UMP joue la provocation…
15 avril 2007 Les raisons de barrer la route au "Pinocchio" de la droite
M. Sarkozy n'a décidément pas à mon sens les qualités requises pour le poste de président de la République mais il en a d’autres :
- bonimenteur
- grossier
- égotiste
- violent (il voulait par exemple voir les instigateurs de l'affaire Clearstream "pendus à un croc de boucher")
- intolérant (il veut virer la direction de France 3 et insulte les journalistes de Libé )
- cynique
- démagogue
- réactionnaire
- veut contourner la volonté du peuple français d'avoir une constitution européenne plus sociale et non marquée du sceau de la dictature du marché
- courtise l’électorat du Front National
- outrancièrement atlantiste
- prêt à entraîner la France dans des aventures s'il estime que c'est bon pour son pouvoir
- déjà décrié dans de nombreux journaux étrangers
- excite les haines au lieu de rassembler
- "fait du vent" mais sa politique sécuritaire ne fait qu'augmenter la violence et le sentiment d'insécurité.
Un responsable UMP aurait dit en privé qu'élire ce monsieur équivalait à organiser un barbecue en plein été au sommet de l'Esterel ! Tout cela doit vraiment faire réfléchir les électeurs. Ne nous laissons pas berner par les sondages, ce danger public peut-être écarté !
Les réactions à ce billet véhément ont été nombreuses et contrastées. Le bilan de cette présidence ne conduit pas, à mon sens, à modifier ce billet.
… tout en multipliant les promesses à son électorat de droite.
21 avril 2007 Les promesses de M. Sarkozy
Lors de l'émission "Questions ouvertes" à France 2 le 18 avril dernier, M. Sarkozy a récapitulé la plupart de ses engagements de campagne :
- baisser les impôts. Quand on lui demande comment avec moins de ressources il protègera comme il le dit les Français les plus défavorisés il répond : "il faut que ceux qui veulent créer des entreprises viennent en France." C'est la vieille recette du "dumping fiscal" !
- revenir sur les 35 heures qui ont été selon lui une "régression sociale" ;
- légiférer avant la fin 2007 pour instaurer un service minimum dans les transports en commun ;
- pas de régularisation des sans-papiers. Il en profite au passage pour déformer grossièrement les propositions de Mme Royal sur ce point ;
- protéger les français contre les délocalisations : comment va-t-il s'y prendre, il ne le dit pas ;
- mettre fin à l'assistanat. Un chômeur qui refuse deux offres d'emploi "correspondant à ses capacités" (formule bien vague et qui ne dit rien sur le salaire) sera privé d'indemnisation ;
- évidemment, alourdir les sanctions contre les multirécidivistes. Ça, c'est facile et ça marche toujours auprès des électeurs !
En résumé, cela fait un concentré de traditionnelles mesures réactionnaires et de régression sociale, à combattre absolument par un vote de gauche massif demain et le 6 mai !
Les réactions à ce billet, bien que défavorables dans l’ensemble, sont intéressantes :
- « La régression sociale sera grâce aux socialos quand une bonne partie des chefs d'entreprises iront émigrer ailleurs... les socialos n'auront qu’à vous trouver du boulot, mais je présume que vous devez être bien au chaud dans la fonction publique.... mais qui vous payera ? Les sans-papiers, les RMIstes... ou que sais-je ? »
C’est bien connu, la gauche ne sait pas gérer et fait fuir les entreprises. Son électorat est composé de fonctionnaires et d’assistés. C’est évidemment faux : la gauche a déjà fait la preuve de ses capacités de gestion et de son aptitude à rassembler largement à différents moments de l’Histoire.
- « Quelle audace que d'appeler à voter pour le PS qui s'est partagé le pouvoir avec la droite pour le plus grand malheur du prolétariat. Si vous êtes objectif, les socialistes sont mêmes les initiateurs des pires régressions : CSG, précarité (TUC, SIVP, CES), budget global de l'hôpital, privatisations, signature du traité de Maastricht, annualisation du temps de travail, travail de nuit des femmes dans l'industrie, déremboursement de médicaments, ... »
Certaines des mesures prises par des gouvernements de gauche sont effectivement discutables mais cette critique frontale et sans nuance me semble excessive et caricaturale.
- « Il fera ce qu'il à dit au contraire des autres candidats... ces défauts pour vous deviendront des qualités dans sa fonction suprême. »
Toutes ces promesses ont été effectivement mises en œuvre ou engagées, à l’exception de deux : la protection des plus défavorisés (leur sort s’est plutôt aggravé) et la lutte contre les délocalisations (elles ont bien sûr continué).
Cette détermination droitière séduit ses électeurs.
21 avril 2007 Sarkozy "l'homme de fer"
Certains internautes de droite donnent avec admiration et espoir le surnom d’« homme de fer » à M. Sarkozy. C'est à mon sens un aveu non équivoque de l'état d'esprit dans lequel la droite de M. Sarkozy aborde cette élection : l'autoritarisme et la ferme volonté d'une rupture dans le sens de la réaction la plus dure et la plus démagogique. Pour mémoire, le surnom de "dame de fer" avait été donné à Mme Thatcher au Royaume-Uni. On voit encore aujourd'hui dans cet Etat les ravages provoqués par ses privatisations brutales et massives qui ont simplement servi à enrichir une minorité de possédants. Le réseau ferré britannique souffre d'un grave manque d'entretien, les accidents se multiplient, les usagers se plaignent des tarifs élevés, des incohérences entre les différentes compagnies et des nombreux dysfonctionnements. Mme Thatcher c'était aussi la répression brutale et impitoyable de la grève des mineurs, l'intransigeance absolue face à la grève de la faim des nationalistes irlandais qui a conduit à la mort de plusieurs d'entre eux. A-t-elle pour autant résolu la question irlandaise ? Non, bien sûr.
Seules la patience et l'obstination d'hommes de bonne volonté comme Bill Clinton, Tony Blair, Jerry Adams, Ian Paisley (oui, même lui),... ont permis d'engager enfin des réformes prometteuses. Les méthodes autoritaires et sectaires ne sont jamais la solution de questions politiques complexes. A long terme, c'est toujours le courage, l'intelligence et le coeur qui produisent les bonnes solutions. C'est pourquoi il faut absolument faire barrage à cet "homme de fer" demain et le 6 mai !
J’ai retenu cette réaction :
« Tony Blair a bénéficié de l'assainissement de l'économie fait par Mme Thatcher (le sale boulot), à un moment où celle-ci était en train de sombrer.
Sans la politique antérieure, M Blair qui a fait effectivement un bon travail, n'aurait pas les résultats qu'il peut afficher aujourd'hui. »
Cet « assainissement de l’économie » s’est traduit par une dégradation sans précédent des services publics et des conditions de vie des plus défavorisés.
Quant à M. Blair, il a ensuite mal tourné en se muant en un va-t-en-guerre illuminé.
La candidate du PS parle d’éducation, d’emploi et de sécurité.
21 avril 2007 Les engagements de Mme Royal
Le 19 avril dernier sur France 2, c'était au tour de Mme Royal de présenter quelques-uns de ses engagements de campagne à l'émission "Questions ouvertes".
En direction des jeunes et notamment ceux des quartiers en difficulté, elle propose :
- des moyens accrus pour l'éducation (alors que la droite veut supprimer des postes et fermer des classes)
- des dispositifs concrets d'accès à l'emploi, en faisant remarquer, à juste titre, qu'au delà de la répression nécessaire c'est l'emploi qui constitue le meilleur rempart contre la délinquance.
En matière de justice, les premiers délits seront systématiquement sanctionnés pour éviter les dérives vers les "multi récidives". La grosse différence avec la politique prônée par la droite, c'est que ce volet répressif s'inscrit dans un plan d'ensemble cohérent incluant l'économique et le social.
Mme Royal s'est en outre engagée à préserver la Sécurité sociale que M. Sarkozy veut continuer à démanteler doucement avec son "ticket modérateur" sur les consultations médicales (Mme Weill, qui le soutient, avait déjà inventé ça voilà vingt ans !)
En conclusion, elle a invité les électeurs à l'audace. Puisse le vote de gauche répondre massivement à cet appel demain et le 6 mai !
Une réaction critique :
« Mme Royal dit qu'il faut de l'emploi. On est tous d'accord, mais comment fait-elle pour créer plus d'emploi ? (…) D'un point de vue économique, son programme reste très léger. Et sans progrès économique, vous ne pourrez pas obtenir de progrès social. »
L’UMP et M. Sarkozy ont bien réussi durant la campagne à ancrer l’idée que la gauche c’est l’inflation, les déficits et la fuite des entreprises. En fait de rigueur gestionnaire, cette présidence s’est traduite par une explosion des déficits due bien sûr à la crise mais aussi à la poursuite des « cadeaux fiscaux ».
La grande bourgeoisie a déjà choisi son camp…
21 avril 2007 Le soutien de VGE
M. Giscard d'Estaing s'est positionné en faveur de M. Sarkozy. Est-ce une surprise de la part d'un M. qui vient de l'UDF et prétendait "gouverner au centre" ? Pas du tout. Il y a tout d'abord une explication personnelle : M. Giscard d'Estaing n'est pas fâché de jouer un mauvais tour à son vieil ennemi, M. Chirac, dont l'inimitié avec M. Sarkozy, malgré un soutien du bout des lèvres, n'est pas un secret. Il y a aussi des raisons moins anecdotiques : en bon représentant de la grande bourgeoisie, M. Giscard d'Estaing sait que M. Sarkozy sera le meilleur serviteur des intérêts de sa classe. Grande bourgeoise elle aussi, Mme Chirac ne s'y est pas trompée non plus et a mis de côté ses rancunes passées. Pour M. Giscard d'Estaing, M.
Sarkozy représente le candidat le plus sûr pour imposer (de façon détournée et peu démocratique, bien sûr) le projet de constitution européenne ultralibérale rédigé par la commission qu'il présidait. Quelle occasion rêvée d'inscrire dans le marbre d'une constitution la primauté de la loi de la concurrence et du profit sur toute volonté politique et sociale ! Cette loi d'airain s'imposerait pour longtemps aux générations à venir. C'est notamment pour conjurer ce péril qu'un vote de gauche est nécessaire demain et le 6 mai !
Le traité européen, copie conforme à 90 % du traité constitutionnel rejeté par 55 % des Français, a été adopté à la sauvette par le parlement français en février 2008. Près de 200 parlementaires, de gauche pour la plupart, ont voté contre la modification constitutionnelle préalable à cette adoption.
… et le candidat UMP promet encore…
28 avril 2007 Les promesses et les actes
M. Sarkozy promet beaucoup et dit qu'il fera ce qu'il dit s'il est élu. Pour certaines choses on peut lui faire confiance : baisse des impôts et des charges, politique plus répressive, service minimum dans les transports publics, démantèlement des 35 heures,... Pour les rares promesses sociales (salaire d'accompagnement de personnes en fin de vie, revalorisation des retraites,...) on ne peut qu'être dubitatif compte tenu de l'état catastrophique des finances publiques dont la plus grande responsabilité incombe à la droite. Pour M. Sarkozy ce n'est sans doute pas très grave : les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent !
Pour la revalorisation des retraites, on a eu droit en février 2008, à un mois des élections municipales, à l’annonce d’une augmentation de 25 % du minimum vieillesse… en cinq ans. Compte tenu des incertitudes sur l’inflation, le gain pourrait être assez modeste ! Pour l’accompagnement des personnes en fin de vie, les annonces se font attendre, à part les douloureuses franchises médicales mises en œuvre en janvier 2008 et censées financer la lutte contre la maladie d’Elsheimer. Les malades payent pour les plus malades, c’est la solidarité vue par la droite !
… tout en rajoutant une couche de provocation.
29 avril 2007 Pinocchio à la rencontre des Français Un article récent sur un déplacement électoral du candidat de la droite était intitulé : « Sarkozy à la rencontre de la France qui paye » . Serait-il allé à la rencontre des Français qui payent pour les parachutes dorés des grands patrons, les licenciements boursiers, la baisse des budgets sociaux, la ghettoïsation de nombreuses banlieues, l'insuffisance des logements sociaux, la précarisation de l'emploi ? Mais non, ne rêvons pas ! Il a simplement opposé "ceux qui se lèvent tôt" aux fainéants et assistés, pour le plus grand profit de sa campagne démagogique. Il n'y a décidément rien à attendre de ce chef de clan sans scrupule.
C’est une constante dans le discours de la droite au pouvoir d’opposer les Français entre eux. Ainsi, dans le nième « plan banlieue » présenté en février 2008, on oppose les jeunes qui veulent s’en sortir et se lever tôt aux voyous, on déclare une « guerre totale » à ces derniers et on annonce des internats réservés aux meilleurs élèves. C’est la méthode de gouvernement bien connue « diviser pour régner ». Le but poursuivi n’est pas tant de trouver des solutions efficaces et justes que de gagner des voix aux élections.
Ça devient dur pour la gauche…
1er mai 2007 Impossible n'est pas français !
Tous les instituts de sondage donnent imperturbablement M. Sarkozy vainqueur au 2e tour depuis trois mois. Les sondages du 1er tour se sont avérés relativement proches des résultats réels. Avec la constance et la finesse d'un rouleau compresseur, la droite martèle que son programme est précis et cohérent tandis que celui de Mme Royal serait flou et fluctuant.
D'un côté, le solide et le sérieux, de l'autre l'amateurisme et l'improvisation.
Pour autant, le résultat est-il déjà acquis ? Non, bien sûr. Beaucoup d’électeurs s’interrogent encore.
Le débat de demain sera important. Le choix se situe entre une "rupture" (en fait une société individualiste, brutale, inégalitaire, oublieuse de son passé) et un réformisme concerté, équilibré et juste. La gauche est au moins aussi compétente que la droite pour gérer les affaires du pays. Elle saura mieux que la droite être à l'écoute des aspirations des citoyens et fédérer les différentes sensibilités pour mener à bien les évolutions nécessaires. Elle saura mieux conjuguer dynamisme économique, progrès social, respect de l'environnement et bonne gestion des finances publiques. Tout est encore possible d'ici dimanche !
Dans cette campagne, les arguments rationnels ne suffisaient pas. Ce n’est pas tant le contenu des programmes qui a fait la différence que la capacité à créer une dynamique. Avec des slogans démagogiques mais simples tels que « travailler plus pour gagner plus », « je suis du côté des honnêtes gens, de ceux qui se lèvent tôt », « je serai le président du pouvoir d’achat », « il faut défendre les victimes et non les voyous », etc. le candidat UMP a su convaincre le temps d’une élection au-delà de son camp. Peut-être par manque de préparation et d’audace idéologique, la gauche s’est retrouvée le plus souvent en position défensive. Le premier ministre, François Fillon, le confirme dans un propos tenu en mai 2008 : « Nous avons emmené les Français sur le terrain idéologique que nous souhaitions. » … et il faut se faire une raison.
6 mai 2007 La démocratie va décider
Quel que soit le résultat de ce soir il s'imposera à tous. Que les gagnants, quels qu'ils soient, ne soient pas arrogants et comprennent qu'on ne peut gouverner un pays en s'appuyant sur la moitié seulement de ses citoyens.
Quel que soit le résultat, le débat démocratique continuera et il y aura d'autres échéances. Pour ma part je continuerai à rêver, lutter et espérer. Je dis rêver car une société pacifique, tolérante, ouverte, juste, fraternelle et tournée vers le progrès relève un peu de l'utopie. Je dis lutter et espérer car ce sont les utopies qui font avancer le monde !
Bon vote à tous. Vive la démocratie !
Les réactions à ce billet étaient plutôt sympathiques. « Rêver, lutter et espérer » : c’est à mon avis ce qui donne du sens à l’action politique. Il faut toutefois rajouter un verbe : « construire ».
La droite repart immédiatement en campagne pour les législatives…
20 mai 2007 Le battage médiatique continue
Le nouveau gouvernement a un seul objectif à court terme : gagner les élections législatives. Pour cela il utilise les techniques de marketing qui ont si bien réussi à M. Sarkozy durant la campagne présidentielle : prendre les valeurs de l'adversaire pour mieux les pervertir, organiser des apparitions médiatiques soigneusement étudiées, frapper l'opinion par des formules "choc", peu important qu'elles soient creuses ou mensongères. M. Sarkozy se rend à Toulouse pour rencontrer les syndicats d'Airbus. A-t-il annoncé un infléchissement du plan de suppression de 10000 emplois ? Non, bien sûr.
Pendant la campagne, cet adepte du "parler vrai" avait dit qu'il valait mieux subventionner directement Airbus que Latécoère à propos du site de Méaulte. Il ne dit plus la même chose aujourd'hui. M. Fillon et M. Sarkozy font passer pour de l'ouverture quelques débauchages individuels. Ont-ils pour autant repris à leur compte une seule des propositions de la gauche ?
Evidemment non puisqu’il ne s’agit que d’une agitation médiatique.
Encore une remarque : on nous parle de parité homme/femmes dans le nouveau gouvernement. Si je compte bien, 7 femmes sur 21 ministres et secrétaires d'Etat ça fait 1/3. Bah, comme disait César dans le film de Pagnol à propos d'une recette d'apéritif, ça dépend peut-être de la grosseur des tiers !
Après quelques mois d’état de grâce, les illusions se sont rapidement dissipées : les suppressions d’emplois à Airbus ont été maintenues, le site de Meaulte a été fermé et non vendu à Latécoère.
Quant à la prétendue « parité » hommes-femmes au gouvernement, elle a carrément volé en éclats lors du remaniement de juin 2009.
Finalement, c’est une défaite moins lourde que prévu pour la gauche.
18 juin 2007 Un groupe communiste à l'assemblée
Une défaite reste une défaite même si elle est moins amère qu'annoncé. Cela dit, la gauche a commencé à relever la tête hier. Le PS a augmenté le nombre de ses députés et le PCF, que l'on disait condamné à la disparition, est en passe de conserver un groupe parlementaire. Ironie de l'histoire, Noël Mamère, qui avait ravi en son temps la mairie de Bègles au PCF en ratissant sans trop de scrupule sur sa droite, accepte la main tendue de Marie-George Buffet. Allons, ne soyons pas rancuniers, s'il peut en sortir un renforcement et un enrichissement de l'opposition parlementaire de gauche, tant mieux. Je ne peux m'empêcher de citer une phrase du "Monde" d'hier : "le PCF aura bien du mal à préserver au mieux 12 sièges" ...on connaît la suite ! Que ceux qui rêvent d'une disparition s'arment de patience, ce n'était pas encore pour cette fois !
Quelques réactions étaient favorables et d’autres négatives. Pour ces dernières, les arguments sont assez classiques :
« Le communisme maintient son électorat par l’assistanat » : sorte de sophisme qui inverse volontairement la cause (la dureté de la société libérale) et l’effet (le besoin de solidarité envers les catégories les plus défavorisées).
« Le PC a des députés car le PS l’aide » (comme si la discipline républicaine au deuxième tour ne jouait pas aussi dans l’autre sens !)
« La disparition progressive du PC est inéluctable (dans l’Histoire, rien n’est jamais écrit d’avance).
« Le communisme c’est comme le fascisme, c’est l’absence de liberté » (de nombreux communistes sont pourtant morts pour la liberté dans le combat antifasciste).
2 LE DISCOURS DE LA DROITE AU POUVOIR
Revenons un instant à l’élection de 2007. Comment la droite a-t-elle pu gagner aussi nettement malgré le bilan assez médiocre du précédent quinquennat ? Le sens tactique, l’énergie et la détermination du candidat UMP face à une gauche divisée et parfois hésitante ont certes joué un rôle important. Cependant, au-delà des facteurs personnels, le discours de la droite a pu sembler plus cohérent, prometteur et convaincant. Par une sorte d’habile mystification, de vieilles idées rétrogrades ont été réunies dans un programme dit « de rupture » … et le temps d’une élection ça a marché ! C’est cette construction idéologique qu’il convient de bien comprendre pour mieux la dénoncer.
Règle N° 1 : baisser les impôts et les charges…
9 mars 2007 Les vieilles recettes de la droite
Décidément, la "rupture" de droite c'est toujours pareil : le financement du déficit de la sécurité sociale par les seuls assurés (les employeurs sont épargnés), la baisse des impôts pour les plus riches et, cerise sur le gâteau, un ministère de l'immigration qui fleure bon (euh, non pas bon) le pétainisme. Non merci !
Ce programme a été effectivement mis en œuvre dès les premiers mois de la présidence Sarkozy avec le « paquet fiscal », les franchises médicales et les objectifs chiffrés d’expulsions.
… pour « libérer les forces productives ».
14 mars 2007 Les vieilles recettes de la droite (suite)
M. Sarkozy veut baisser les impôts pour « libérer les forces productives » , c'est ce qui créera de l'emploi et compensera le déficit créé par ces baisses.
Vieille rengaine de la droite depuis un siècle. L'impôt sur le revenu a été créé en 1913 après des années d'obstruction farouche de la droite, tout ça n'est pas nouveau. C'est toujours la même mystification : d'abord, on nous dit que les impôts diminuent mais les impôts locaux ne cessent d'augmenter par un jeu de "vases communicants". Ensuite, on peut se demander pourquoi le déficit et la dette se creusent alors que les sociétés du CAC 40 font 100 milliards d’euros de bénéfices en 2006. Encore des vases communicants ?
Une réaction critique :
« La démagogie est la seule chose qui ne sera jamais taxée en France et c’est bien dommage. »
Evidemment, il ne s’agit pas d’utiliser intégralement les bénéfices du privé pour financer les déficits publics, ce serait irréaliste. Les bénéfices sont nécessaires s’ils servent à investir pour l’avenir et à rémunérer raisonnablement les capitaux investis par les actionnaires. Ils deviennent choquants lorsque l’objectif premier de l’entreprise devient la rémunération maximale de l’actionnaire au détriment de l’investissement productif ou même de l’intérêt général. C’est pourquoi une taxation supplémentaire ne serait pas « démagogique » à mon sens : la part des profits dans la valeur ajoutée a augmenté de près de 10 points au cours de ces vingt dernières années, ça ne ferait donc que corriger un peu ce déséquilibre.
Règle N° 2 : encourager la vindicte populaire.
14 avril 2007 Racaille
Voici la définition du mot "racaille" dans le Petit Robert : "populace méprisable". "Populace" : "bas peuple". Voilà ce que pense M. Sarkozy d'une partie de ses concitoyens. Il a employé ce mot à plusieurs reprises, hier encore à Meaux il a recommencé. Il connaît très bien la portée des mots qu'il utilise et ce n'est pas du tout un dérapage de sa part. Qu'on ne s'y trompe pas : je n'ai aucune complaisance envers les délinquants et les casseurs, ils doivent être sanctionnés. La gauche n'a jamais dit autre chose d'ailleurs, ce serait totalement irresponsable. Je dis simplement que s'il mérite une juste sanction, tout délinquant reste un être humain qui a droit au respect et à la dignité. Toute société qui oublie cela régresse vers la barbarie. Je comprends l'émotion et l'exaspération de personnes qui subissent la violence. Ce que je n'accepte pas c'est l'utilisation démagogique qu'en font certains responsables politiques, notamment M. Sarkozy. Comment ce monsieur peut-il prétendre rassembler les Français en se conduisant ainsi ? Il ne fera que diviser et tromper les gens s'il est élu. Il est encore temps de lui barrer la route !
Les réactions qui suivent sont bien représentatives de l’idéologie actuelle d’une partie importante de la droite :
« Vous avez raison, le délinquant est un être humain mais notre "respect" à son adresse en devient tout relatif en raison de ses actes. Pour ce qui est de sa "dignité"; il la perd dès lors qu'il la compromet.(…) Sans être radical, les mots employés doivent être conformes aux individus nommés et c'est le cas... »
« Mais ce sont effectivement des racailles, nous sommes beaucoup à le penser, quand ces racailles exécutent une jeune ou une petite vieille, allez voir s'ils ont du respect ou de la dignité… »
On peut très bien punir des gens en respectant leur dignité. Le but de la justice ce n’est pas venger ou humilier, c’est réparer et amender. Ça fait une grosse différence !
Règle N°3 : remettre en cause les acquis sociaux sous couvert de morale…
30 avril 2007 Mai 1968
Lors de son meeting à Bercy hier, M. Sarkozy a violemment attaqué les "héritiers de mai 68" . Avec le recul, certains slogans de cette époque comme par exemple "il est interdit d'interdire" ou "élections piège à c..." apparaissent évidemment très contestables. Cependant, on ne peut nier que ce mouvement, malgré ses excès et ses contradictions, a eu des conséquences positives sur les plans social et sociétal : accords de Grenelle, création du SMIC à la place du SMIG, majorité à 18 ans reconnue par la droite quelques années plus tard, promotion sans précédent des droits des femmes, reconnaissance des syndicats dans les entreprises, etc. En bon représentant de la droite la plus réactionnaire, M. Sarkozy voudrait bien revenir sur certains de ces acquis. Alors, 40 ans après, il charge de tous les maux cette période avec l'équation simpliste : gauche = laxisme = décadence morale.
C'est faux, bien sûr, mais si les sondeurs pensent que ça peut faire gagner des voix, on n'est pas à un mensonge près !
Il faut vraiment dénoncer cette imposture dimanche prochain !
Les réactions reçues à ce billet étaient dans l’ensemble favorables, ce qui montre, n’en déplaise au président, que Mai 68 reste globalement un évènement positif dans la mémoire collective de nombreux citoyens. Les sondages publiés par la presse en mai 2008 allaient dans le même sens.
… et gommer de l’Histoire tout ce qui dérange.
1er mai 2007 Liquider c'est oublier l'histoire Lors de son meeting à Bercy dimanche M. Sarkozy a dit qu’il fallait « liquider » l’héritage de Mai 68. Interrogé hier sur France Info, son ami M.
Coppé s’est efforcé de tenir cette position en essayant d’arrondir un peu les angles et en promettant de ne pas toucher aux acquis sociaux « des années 60 et 70 ». En se livrant à cette gesticulation, M. Coppé a eu un cri du cœur : « que voulez-vous, j’avais 4 ans en 1968, je ne suis pas un enfant de l’après-guerre ! » Qu’il y ait un changement de génération dans le personnel politique, c’est normal et c’est plutôt sain dans le principe. Que les nouveaux prétendants veuillent liquider les acquis de périodes historiques importantes (voire majeures pour la Libération) c’est plus inquiétant ! Pendant deux générations, la droite qui s’était pour une grande part compromise avec le fascisme pendant la guerre s’est voulue plus ou moins modérée. Elle oublie aujourd’hui cette retenue, ces « complexes » comme le disent ses dirigeants actuels, et retrouve peu à peu ses vieux démons des années 30 (xénophobie, égoïsme de classe travesti d’accents populistes). La « rupture » de M. Sarkozy pourrait être, si nous, n’y prenons garde, la prémisse d’une « révolution nationale » de sinistre mémoire. Avant le vote de dimanche, les Français seraient bien inspirés de méditer cette phrase : « malheur à ceux qui ne se souviennent pas de leur histoire, ils sont condamnés à la revivre ! »
Nous n’en sommes pas là mais, de glissement en glissement, tous les retours en arrière sont hélas possibles si l’on n’y prend pas garde : « Le ventre est encore fécond… »
Règle N°4 : avancer masqué en jouant sur les mots.
14 juillet 2007 La perversion des mots
M. Sarkozy et ses comparses ont l’art de capter les mots et les idées pour en pervertir la signification et les « retourner » dans le sens de leur idéologie.
Ainsi on qualifie de « rupture » des pratiques de débauchage au centre gauche déjà menées par M. Giscard d’Estaing voilà plus de trente ans auprès des radicaux de gauche. L’ « ouverture » consiste en fait à contourner le parlement pour mettre en place une commission présidentielle comprenant une ou deux « cautions » de gauche. Mme Lagarde, digne élève de son maître, n’est pas en reste : elle ose qualifier de « modernité » la quasi-suppression de l’impôt sur la fortune et les autres cadeaux fiscaux faits aux plus riches, alors que la droite ne rêve avec ces mesures que de revenir à la belle époque du 19e siècle avec le slogan du deuxième Empire : « enrichissez-vous ! » La défiscalisation des heures supplémentaires répondrait au souhait de "liberté" (comme si les salariés décidaient eux-mêmes de leur plan de charge, comme s’ils avaient en pratique le choix lorsqu’on leur demande de travailler plus) et de "meilleur salaire" (comme si remplacer un salaire différé par un salaire immédiat était vraiment la solution).
Ne nous laissons pas abuser : derrière l’habileté et le culot, il y a la réalité d’une politique douce pour les plus favorisés et dure pour les plus modestes.
L’ennui c’est que les gens finissent un jour par se rendre compte que la réalité qu’ils vivent ne correspond pas aux annonces du pouvoir. Alors, l’habileté tactique de ce dernier apparaît pour ce qu’elle est : une vieille politique politicienne.
Règle N°5 : tout justifier, y compris les injustices, par la responsabilité individuelle.
15 juillet 2007 Réponse à Cigale et fourmi
Vous avez un peu raison dans votre éloge de ceux qui parviennent par leur travail à s’enrichir et transmettre un patrimoine significatif mais un peu seulement à mon sens :
1) Si vous prenez au départ deux personnes au SMIC, la probabilité que l'une d'elles finisse avec une résidence secondaire et un logement de rapport est faible.
2) Il est normal de "rebattre les cartes" à chaque génération (avec des nuances bien sûr) car autrement on fige des différences de classes quasi insurmontables. C'est négatif pour le dynamisme d'une société.
3) Attention au dumping fiscal, vous trouverez toujours des partisans de nouvelles baisses. Ça peut mener à un réel appauvrissement collectif.
4) Ceux dont les idées et les actes sont les plus bénéfiques ne sont pas toujours les mieux payés. En euros d'aujourd'hui, combien faudrait-il payer Pasteur, Marie Curie, Copernic… ? Bien plus que Zidane, Johnny Halliday ou Noël Forgeard bien sûr ! En fait leur oeuvre n'a pas de prix. Qui a plus de mérite : Bill Gates ou l'abbé Pierre ? Il n'y a pas de réponse. Le but d'une vie, encore plus que l'argent, c'est son utilité à mon sens. C'est la quatrième limite que je vois à votre raisonnement.
Cordialement.
Ce billet répondait à celui d’une internaute qui prenait l’exemple fictif de deux smicards dont l’un réussissait brillamment par son travail tandis que l’autre stagnait dans un statut d’assisté. Elle en déduisait que les baisses d’impôt, les exonérations de droits de succession et les salaires très élevés permettaient de récompenser les plus méritants et les plus utiles à la société.
Règle N°6 : faire croire que les « réformes » ultralibérales sont inévitables.
26 décembre 2007 L'idéologie sarkozyste
L’idéologie développée avec succès par M. Sarkozy et son entourage pendant sa campagne et depuis son élection est simple. Elle tient en quelques principes :
- le clivage droite-gauche est dépassé, il y a seulement une opposition (à stimuler de façon démagogique) entre « ceux qui se lèvent tôt » et les « assistés » ;
- l’Etat n’a plus d’argent (sauf pour faire des cadeaux fiscaux aux plus riches) ;
- les réformes douloureuses sont inévitables, on n’a pas le choix (faux, ça dépend de choix politiques dans la façon de redistribuer les richesses) ;
- il faut restreindre les services publics au bénéfice de « la concurrence libre et non faussée » (encore faux, les services publics français sont enviés dans le monde entier mais les traités européens ont bon dos) ;
- ceux qui osent contester cette politique ne sont que des « gauchos » fainéants, assistés et irresponsables (il y a beaucoup de personnes dans le pays qui sont fières d’être de gauche mais avec des motivations à l’opposé de cette caricature) ;
- si vous voulez gagner plus il faut travailler plus (le président va donc travailler 140 % de plus ?)
- l’inné est plus important que l’acquis (idée particulièrement dangereuse, ça peut justifier toutes les dérives) ;
- la principale réponse à la délinquance c’est la répression (sauf pour la délinquance économique, on sera indulgent, comme promis au MEDEF). La prévention attendra, « l’Etat n’a pas d’argent. »
- donnons en permanence l'impression d'agir, engageons toutes les réformes en même temps pour dérouter l'opposition.
Plus le temps passe et plus cette tactique montrera ses limites. Ne nous laissons pas berner par ce recyclage de vieilles idées réactionnaires, on peut avoir une tout autre politique !
Malgré sa faible cote de popularité, le président a poursuivi sur sa lancée les années suivantes en misant sur la résignation de l’opinion et les divisions de l’opposition. L’ampleur de la crise l’a amené à infléchir momentanément son discours mais le fond de sa politique est resté le même.
Règle N°7 : prôner l’air de rien la supériorité de l’Occident chrétien.
13 janvier 2008 Politique de civilisation
Dans sa conférence de presse de janvier, M. Sarkozy est revenu sur la notion de « politique de civilisation » qu’il avait évoquée dans son discours de vœux aux français le 31 décembre dernier. Cette idée n’est pas nouvelle dans les propos du président. En mai 2007, dans un discours prononcé à Toulon, il avait appelé à « faire une politique de civilisation pour redonner corps au rêve qui avait jeté jadis sur les routes d’Orient tous les chevaliers d’Europe » . Quel était donc ce « rêve » des croisés ? Délivrer les lieux saints. Comme exemple de « civilisation » on peut trouver mieux. J’ai le plus grand respect pour la religion chrétienne comme pour toutes les religions en général. Je ne sais pas si Dieu existe, bien malin (sans jeu de mots) qui pourrait le dire avec certitude. Si toutefois, comme le disait Voltaire, il existe un « grand horloger » , il doit par définition être le même pour tous. C’est pourquoi les « lieux saints » , quels qu’ils soient, doivent appartenir à tous et les croisades, anciennes ou contemporaines, ne sont que de dangereuses manifestations d’obscurantisme, à l’opposé de la civilisation. Selon Edgar Morin, le sociologue à qui le président a emprunté la formule, la « politique de civilisation » , bien loin de l’idée de « guerre sainte » ou de « choc des civilisations » , doit consister à remettre l’individu et la qualité de sa vie au centre de la politique. Jusqu’à présent, rien dans l’action du gouvernement ne va dans ce sens. On peut donc craindre que cette « idée » du président ne soit au mieux qu’un écran de fumée au pire une orientation rétrograde et dangereuse.
Les réactions à ce billet étaient plutôt élogieuses.
On n’a pratiquement plus entendu parler de cette « politique de civilisation ». Le décalage entre cette annonce ambitieuse et les réalisations concrètes rendait-il la posture intenable ?
Règle N°8 : diaboliser le communisme en l’assimilant au nazisme
17 février 2008 La civilisation selon M. Sarkozy
Pas une semaine ne se passe sans que notre agité de l’Elysée ne suscite un nouveau débat polémique sur un sujet économique ou sociétal. Nous avons été « gâtés ces derniers jours avec notamment l’idée exprimée devant le CRIF (Conseil représentatif des Institutions Juives de France) selon laquelle les crimes du nazisme et du communisme s’expliqueraient par l’absence de religion dans les deux systèmes.
C’est doublement absurde. En premier lieu, nazisme et communisme n’ont rien à voir et les mettre sur un pied d’égalité ne fait que reprendre les thèses les plus éculées de, précisément, l’extrême droite nostalgique du nazisme, du fascisme et du régime de Vichy. Le nazisme théorisait depuis sa création le racisme, l’antisémitisme et la guerre expansionniste avec les concepts de « Lebensraum » (l’espace vital) et de « Drang nach Osten » (poussée vers l’Est). Le livre « Mein Kampf » contenait dès les années 20 tous les ingrédients de la tragédie à venir. Le communisme est né d’une analyse approfondie des rapports économiques et sociaux au 19e siècle. Son but était l’avènement d’une société plus juste et d’une vie meilleure pour tous. Certes, il y a eu de gros écarts entre la théorie et la pratique, des fautes et même des crimes. Cela ne suffit pas à disqualifier cette idée, pas plus que l’esclavage, les guerres coloniales, les dictatures imposées par la CIA et la fréquente surexploitation des travailleurs ne font du capitalisme un système intrinsèquement criminel. Le nazisme, lui, était INTRINSEQUEMENT criminel.
D’autre part, prétendre que les drames du monde s’expliqueraient par l’oubli de Dieu est une contre-vérité. Si la religion a parfois joué un rôle modérateur et apaisant dans les relations entre les hommes elle les a aussi envenimées à d’autres moments et ça continue : guerres de religion, Inquisition, croisades, djihads, fatwas, conflit pour les lieux saints de Jérusalem, terrorisme confessionnel, etc. La hiérarchie catholique a soutenu dans sa majorité la dictature de Franco et le régime de Vichy. Le pape Pie XII s’est tu à l’époque du nazisme et l’Eglise catholique a protégé certains responsables nazis après la guerre.
Contrairement à ce que dit le président de la République, c’est le mélange de la politique et de la religion qui est dangereux. Une vraie « politique de civilisation » serait de conforter la laïcité dans la sphère publique et la tolérance dans la sphère privée. Ce serait de dépasser les clivages au lieu de les attiser. Ce serait une autre politique !
Quelle importance, après tout, que l’on croie au Ciel ou que l’on n’y croie pas, pourvu qu’on soit de bonne volonté !
Règle N°9 : jouer sur l’ambiguïté du mot « réforme »
17 mai 2008 A propos des réformes
Le mot « réforme » a plusieurs sens d’après le Petit Robert :
- changer en mieux, améliorer
- rétablir dans sa forme primitive
- retirer du service ce qui est devenu impropre.
Le gouvernement, qui parle à tout bout de champ de ses « réformes », essaye de nous faire croire qu’il améliore les choses. En fait, le plus souvent, il met en œuvre de graves reculs sociaux qui tendent à nous ramener des décennies en arrière. Il cache donc derrière la connotation positive du mot « réforme » dans sa première signification la vraie réalité de son action qui correspond à la deuxième signification.
Il semble oublier qu’il y a un troisième sens au mot « réforme ». S’il continue dans la même voie, les électeurs pourraient bien, eux, s’en souvenir !
A méditer pour 2012 ?
Règle N°10 : remettre insidieusement en cause la laïcité.
16 septembre 2008 Laïcité positive
L’expression « laïcité positive » est surprenante et inquiétante. Comment une laïcité peut-elle être « positive » puisqu’elle se définit par une neutralité et un égal respect à l’égard de toutes les religions ? Le risque avec cette notion ambiguë et paradoxale c’est que l’Etat transfère peu à peu à des mouvements religieux certaines de ses responsabilités en matière de politique sociale, culturelle ou d’éducation et que cette « laïcité positive » se traduise en fait par moins de laïcité. Cela ne peut que renforcer les communautarismes et les replis identitaires, à l’opposé des valeurs d’ouverture et de tolérance de la République.
La religion est une affaire privée. Chaque fois dans l’Histoire qu’elle a interféré avec la politique cela a provoqué des drames. On le voit bien encore aujourd’hui au Proche-Orient, en Afghanistan ou en Iraq : des deux côtés, le fanatisme et la certitude d’être du côté du Bien alimentent les haines et l’incompréhension.
« Laïcité positive », « choc des civilisations », « racines chrétiennes de la France ou de l’Europe » , toutes ces expressions s’inscrivent dans un mouvement d’idée cohérent. Ce mouvement a la sympathie de certains dirigeants réactionnaires occidentaux, MM. Bush et Sarkozy notamment, qui y voient un moyen de conforter leur pouvoir et celui de leur clan.
Ce qu’ils nous proposent, c’est un retour au Moyen Age et à l’union « du sabre et du goupillon » . Devons-nous l’accepter ? Non merci !
Un internaute se dit convaincu que « les racines chrétiennes de la France sont une réalité historique incontestable et que la laïcité ne doit pas être de l’anticléricalisme »
Loin de moi tout anticléricalisme car la plus belle religion à mon sens c’est la tolérance ! La France a autant de racines chrétiennes que de racines grecques ou romaines. C’est un « creuset » où les différentes influences se sont rencontrées, mêlées et enrichies au fil de l’Histoire. Je dis simplement que le mélange de la politique et de la religion est souvent porteur de dangers. Je le dirais aussi de toute atteinte à la liberté de culte.
Règle N°11 : toujours parler de sécurité en période électorale.
28 mars 2009 Le discours de Saint Quentin
En déplacement dans l’Aisne, M. Sarkozy a présidé un meeting de militants UMP tout acquis à sa cause. Il y a prononcé un discours nettement marqué à droite malgré quelques accents sociaux, beaucoup plus un discours de candidat (pour 2012, déjà ?) que de président.
Sur l’économie, il fait mine de critiquer les dérives de certaines entreprises en matière de suppressions d’emplois ou de rémunération des dirigeants mais se garde bien d’annoncer des mesures concrètes pour y remédier, hormis la nomination de 150 « délégués à l’industrialisation » dans les régions.
Il est beaucoup plus précis sur le terrain de la sécurité, son domaine de prédilection. A partir de récents faits divers de violence inacceptables dans des établissements scolaires, il promet une nième loi sécuritaire pour le mois prochain. Il oublie simplement que toutes les lois de ce genre votées sous son impulsion ces dernières années n’ont eu qu’un seul résultat concret : l’entassement des détenus dans les prisons, tandis que les violences continuaient à augmenter.
Fidèle à son habitude, il oppose la France qui manifeste à celle qui se tait, oubliant de mentionner que près de 80 % des citoyens étaient favorables au mouvement social du 19 mars dernier.
Ce discours agressif a peut-être satisfait ses partisans les plus déterminés, il est loin d’avoir convaincu et rassuré tous ceux qui souffrent ou s’inquiètent de la crise.
Ce discours de campagne d’un chef de l’Etat plus à l’aise dans le rôle de candidat partisan que celui de président rassembleur ne restera pas dans les annales mais il est révélateur :
- il sera candidat en 2012
- il estime « qu’il n’a pas fait d’erreur », ce qui est vrai de son point de vue : il a fait exactement la politique réactionnaire qu’il avait promise.
Règle N°12 : entretenir un discours ambigu sur l’Islam
29 mars 2009 Islamophobie
On voit sur ce forum des billets reprenant de vieux poncifs éculés qui ne mériteraient que l’indifférence s’ils n’étaient porteurs de graves dangers. Les mythes du « choc des civilisations » , de la « menace islamique » ou de l’ « invasion des immigrés » ne sont que différentes facettes d’un même cancer social qui s’appelle la haine et le rejet de la différence. Dans l’Histoire ce fléau a pris d’autres visages : l’antisémitisme et les guerres de religion notamment.
La prétendue supériorité de la « civilisation occidentale chrétienne » est une aberration car toute civilisation est le résultat de brassages et d’échanges.
L’Europe a tout autant des racines chrétiennes que des racines grecques ou romaines, elle a profité d’apports scientifiques et culturels de bien d’autres parties du monde. La religion chrétienne et ses croisades, dont l’ancien président des Etats-Unis se réclamait lorsqu’il a attaqué l’Iraq, peut-être tout aussi agressive que la religion juive lorsqu’elle soutient les massacres de Gaza ou la religion islamique lorsqu’elle sert à justifier des attentats aveugles. L’occident chrétien n’a pas en matière de vertu de leçons à donner au reste du monde : pas un responsable religieux en dehors du pape n’a osé prendre en matière de sexualité et de lutte contre le SIDA des positions aussi rétrogrades, voire criminelles, que le pape.
Je ne dis pas cela pour heurter les sensibilités de qui que ce soit car la tolérance exige un égal respect envers « ceux qui croient au ciel » et ceux qui n’y croient pas. Je dis simplement que notre fragile planète bleue mérite autre chose que cet obscurantisme d’un autre âge.
Ce billet a suscité des réponses très contrastées entre adeptes de deux points de vue opposés :
- ceux qui considèrent l’Islam comme un intégrisme dangereux
- ceux qui prônent au contraire laïcité et tolérance.
Quelles que soient les religions concernées, cette controverse n’est pas nouvelle. Déjà, au XVIIIe siècle, Adam Smith, économiste pourtant classé à droite pour avoir loué l’action de « la main invisible du marché », conseillait aux gouvernants de préserver les peuples du « poison de l’enthousiasme et de la superstition » par deux antidotes : la science et les divertissements publics, autrement dit le savoir et la culture.
Règle N°13 : casser les services publics.
16 mai 2009 Les réponses de M. Fillon
Dans une récente interview le premier ministre, M. Fillon, ne voit que deux remèdes pour sortir de la crise : éviter tout impôt nouveau et continuer à diminuer les dépenses publiques. Concrètement, cela signifie qu’on ne reviendra pas sur le bouclier fiscal et qu’on va continuer à supprimer des emplois d’enseignants, de personnel hospitalier, de juges et d’auxiliaires de justice, de travailleurs sociaux, … Par une politique inconsidérée de cadeaux fiscaux aux classes les plus aisées, ce gouvernement a contribué à creuser en deux ans le déficit et la dette. Au nom de la lutte contre la crise, il s’apprête donc à détruire toujours plus le fameux modèle social français dont on dit pourtant qu’il explique la résistance un peu meilleure de notre pays face à la tourmente actuelle par rapport à d’autres pays occidentaux.
Cette politique est mauvaise, elle ne fera qu’accentuer chômage et précarité.
Crise ou pas crise, le gouvernement UMP garde le cap, comme s’il faisait sienne la doctrine de Ronald Reagan, président des USA dans les années 80 : « l’Etat n’est pas la solution mais le problème ». On voit pourtant où a mené cette politique du « moins d’Etat » : tout droit vers la crise !
Règle N°14 : augmenter les temps de travail et de consommation.
10 juillet 2009 Travail du dimanche et marketing politique
On peut reconnaître au moins une « qualité » au président, c’est, pour employer une expression sportive, « qu’il ne lâche rien ». S’il avait reculé voilà quelques mois sur le travail du dimanche ce n’était, comme il fallait s’y attendre, qu’un repli tactique. Malgré les critiques suscitées jusque dans son propre camp par ce projet, il a simplement attendu le moment propice pour faire passer cette réforme très impopulaire : l’échec du PS aux élections européennes et la limitation à l’Assemblée de la durée des débats rendue possible par la réforme constitutionnelle votée en 2008 lui ont fourni cette opportunité.
Pourquoi une telle obstination ? Le président s’en est expliqué récemment sans détour devant des parlementaires UMP : « On doit avancer sur le travail du dimanche car c’est notre marque » . Ainsi, le détricotage méthodique des acquis sociaux n’est rien d’autre que le marketing politique d’une droite arrogante et réactionnaire.
Face à un adversaire dangereux, habile et déterminé, la gauche doit choisir : se réunir pour gagner en 2012 ou rester divisée et décourager son électorat.
Dans ce cas, elle donnerait raison au président qui promettait récemment à ses proches « encore sept ans et demi de pouvoir » . Rien n’est joué à ce jour et l’Histoire politique est pleine de rebondissements surprenants. La vigilance, l’espoir et les luttes restent en tout cas plus que jamais nécessaires !
La loi a été votée à une courte majorité et le Conseil constitutionnel n’a rien trouvé à redire malgré la disparité flagrante de traitement entre les salariés des « métropoles » et ceux des pôles touristiques. Ces derniers n’ont droit en effet à aucune majoration de salaire pour travailler le dimanche.
Règle N°15 : faire diversion avec le patriotisme et le rejet des différences…
8 novembre 2009 Identité nationale
A la demande du président de la République, notre « transfuge » M. Besson vient de lancer un débat sur l’identité nationale. On passera rapidement sur le caractère évidemment politicien de la démarche à quelques mois des élections régionales, la ficelle est tellement grosse qu’elle ne trompe personne. On notera également que dans l’Histoire il est arrivé que le pouvoir glorifie la nation alors que celle-ci était blessée voire gravement menacée. Ainsi, sous l’Occupation, le pouvoir pétainiste avait mis la patrie dans sa devise alors qu’il collaborait ouvertement avec le pouvoir nazi.
L’identité nationale ? On pourrait penser qu’elle est résumée dans la devise de la République : liberté, égalité, fraternité. Pourtant, l’examen des réalisations de ce pouvoir permet d’être inquiet sur sa façon de voir les choses.
Les libertés sont menacées avec la multiplication des fichages policiers, l’intrusion dans la vie privée des gens rendue possible par la loi HADOPI, l’explosion du nombre des détenus et des gardes à vue, la vingtaine de lois sécuritaires votées depuis 2002 sans amélioration de la sécurité. L’égalité est mise à mal avec la multiplication des cadeaux fiscaux aux plus riches, l’étalage indécent de bonus des traders et des salaires de certains patrons, les pressions à la baisse sur les salaires comme par exemple la suggestion récente de l’Elysée aux agriculteurs d’employer des ouvriers de pays de l’Est aux conditions de leur pays, les multiples taxations nouvelles imposées aux plus modestes (taxe carbone, augmentation de la taxe d’habitation pour compenser la suppression de la taxe professionnelle, franchises médicales).
La fraternité ne semble pas faire partie des valeurs de ce pouvoir qui dresse sans cesse les citoyens les uns contre les autres, assimile toute dépense sociale à de l’assistanat inutile et expulse brutalement des gens travaillant dans le pays depuis de nombreuses années.
Allons-nous aller vers une conception de l’identité nationale fondée sur la terre (« La terre, elle, ne ment pas » disait Pétain), la religion ou le sang ? Ce serait une dangereuse régression. C’est pourquoi cette démarche politicienne n’augure rien de bon.
Les nombreuses réponses reçues à ce billet évoquaient pèle mêle les « racines chrétiennes de la France », la crise du modèle républicain dans les zones défavorisées, la guerre d’Algérie mais aussi le côté positif de l’ouverture aux autres cultures et une certaine tradition « universaliste » de notre pays.
Cette succession de monologues montrait bien l’inutilité d’une initiative qui a surtout offert une tribune à la xénophobie et renforcé les clivages. Le pouvoir espérait mobiliser son camp à l’approche des élections régionales mais la manœuvre n’a pas eu l’effet escompté. Il a donc discrètement enterré le débat en mars 2010.
… en flattant la xénophobie.
26 décembre 2009 Ce ne sont pas des dérapages !
Le débat sur l’identité nationale lancé par le gouvernement se poursuit dans des conditions chaotiques. Plusieurs voix dans la majorité, dont MM. Juppé, Raffarin, de Villepin (anciens premiers ministres) et Baroin, mettent en doute sa pertinence et demandent même son arrêt. A peine embarrassé, notre inénarrable inventeur de ce coup politique, le transfuge M. Besson, persisteet signe. Sans doute très fier de sa trouvaille, il annonce que le débat se poursuivra durant toute l’année 2010.
Dans ce climat un peu nauséabond, les médias s’émeuvent de certains « dérapages ». M. Hortefeux, actuel ministre de l’Intérieur, plaisantait ainsi en septembre dernier devant des jeunes de l’UMP : « Un étranger, ça va, c’est quand il y en a beaucoup que ça devient un problème ! » Piégé par une vidéo, il osait prétendre ensuite qu’il voulait parler des Auvergnats et non des Arabes !
Mme Morano, secrétaire d’Etat à la famille, conseillait plus récemment aux jeunes étrangers de « ne pas mettre leur casquette à l’envers et d’éviter de parler le verlan » s’ils voulaient s’intégrer. Comme si, à toutes les époques, les jeunes n’avaient pas cherché à se démarquer par leur tenue vestimentaire ou leur vocabulaire ! On se souvient d’une époque plus bienveillante ou le chef de l’Etat lui-même se disait « bléka » et ne s’offusquait pas d’être caricaturé avec une casquette à l’envers.
M. Clément, ancien ministre de la Justice, déclare, lui, que « le jour où il y aura en France autant de minarets que de clochers d’église, ce ne sera plus la France. » Comme si cette perspective était crédible : il y a dans notre pays infiniment plus d’églises que de mosquées et cette proportion n’est pas près de varier beaucoup.
Il y a mieux : M. Estrosi, ministre de l’Industrie, osait prétendre récemment que « si un tel débat avait eu lieu dans l’Allemagne hitlérienne on aurait peut-être évité la Shoah » . Comme si un « débat » avait pu contrer la folie furieuse des nazis annoncée dès 1923 dans « Mein Kampf » !
Enfin, M. Fillon, premier ministre, n’a pas hésité dans un discours récent sur l’identité nationale, à citer Jacques Bainville, idéologue d’extrême droite dans l’entre-deux-guerres, membre de l’Action Française de Charles Maurras. A son propos, ce dernier écrivait que « ce qu’il mettait immédiatement au niveau de rien, c’était la démocratie » .
Comme le dit justement Charb, directeur de la rédaction de Charlie Hebdo , dans un article récent, ces anecdotes ne sont pas des « dérapages » mais bien le reflet d’un sentiment xénophobe latent nourri par une politique délibérée d’exclusion et de repli identitaire. Le vrai dérapage, c’est d’avoir associé en 2007 les notions d’immigration et d’identité nationale, c’est de fixer des quotas d’expulsions et de renvoyer aujourd’hui des afghans dans un pays en guerre, en affirmant comme M. Lefebvre, porte-parole de l’UMP, « qu’ils feraient mieux d’aller faire la guerre chez eux. »
Quelle honte pour notre « identité nationale » !
Je cite cette réponse qui illustre bien la violence verbale, la caricature et le sectarisme encouragés par ce détestable débat :
« Les vrais dérapages, ce sont les centaines de voitures brûlées dans les banlieues, la Marseillaise sifflée, les pompiers et les professionnels de santé caillassés, les quartiers mis à sac chaque fois qu’une racaille se crashe toute seule, les paroles de rap haineuses anti-blanc et anti-français, la montée de l’islam politique et de ses exigences. Le vrai dérapage, c’est aussi la stigmatisation du peuple par les ayatollahs de la "bien pensance" quand la légitime colère des autochtones s’exprime. »
Ce concentré de haine tranquille ne fait que consolider le cercle vicieux de la violence et de l’incompréhension.

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