Le gouvernement des différences - Des citoyens handicapés à l Elysée…Utopie politique?
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Description

"Le gouvernement des différences - Les citoyens handicapés à l'Elysée... Utopie politique ?" Il s'agit en effet de constituer un gouvernement politique représenté par des personnes en situation de handicap (11 ministres - aveugle, IMC, autiste, accidenté, etc. - qui formulent leur programme sous la forme d'une lettre adressée à tous les français).

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 10 septembre 2015
Nombre de lectures 0
EAN13 9782359300970
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,056€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Collection
■ UN AUTRE REGARD ■
Du même auteur
Le rugby expliqué à mon fils,
« L’art de rester lié », Paris, l’Harmattan, 2012.
De la réparation ,
« Analyse comparative et transversale : psychologie et écologie », Paris, l’Harmattan, 2011.
La vague et la falaise,
« Éloge de la passivité », dialogue avec Marie-Jeanne Lemal, Bruxelles, coédition Mols
– Desclée de Brouwer, 2010.
La séparation à l’œuvre,
« Figures et expressions dans le domaine de la littérature », Paris, l’Harmattan, 2010.
Les Méditation s protophysiques , Paris, Librécrit , 2008.
De la séparation , Paris, l’Harmattan, 2007.
Recherches sur la séparation onto-chrono-cosmologique, Lille, ANRT, 2007.
Fecha , Paris, Saint-Germain-des-Prés, 1990.
Crédits photographiques
© Serge Surpin

ISBN : 978 - 2 - 35930 - 097- 0
©Les points sur les i
16 Boulevard Saint-Germain
75005 Paris
www.i-editions.com
Christophe Schaeffer Avec la complicité de Anne Voileau
Le gouvernement des différences
Des citoyens handicapés à l’Élysée… Utopie politique ?
Préface Jean-Christophe Parisot
Avec, par ordre d’apparition,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Ryadh Sallem (Ministre de l’Europe)
Benjamin Mauro (Ministre de la justice et de la liberté)
Marc Evarist (Ministre du travail)
Clélie (Ministre de la culture et de la communication)
Fabrice Champion (Ministre de l’écologie et du développement durable)
Félicie Gatinet-Pénau (Ministre de l’intégration et de la solidarité)
Jacques Zeitoun (Ministre du logement)
Jérôme Goust (Ministre de la jeunesse et des sports)
Maudy Piot (Ministre de l’éducation nationale)
Thierry Bravais (Ministre de la santé)
Julie Biguet (Ministre de la recherche)
Remerciements…
À commencer par Madame la Présidente, Anne Voileau, fondatrice, directrice de la radio Vivre FM et du journal « Être », grande complice et amie de la folle sagesse qui émane de ce gouvernement…

Consacrant la plus grande partie de son temps et de sa vie à ce monde « à part » avec beaucoup d’amour, de ténacité et d’efficacité, sa collaboration pour la constitution de cet État d’un nouveau genre fut extrêmement précieuse. Grâce à elle, j’ai pu en effet rencontrer la plupart de nos ministres et m’entretenir avec eux. Dans les moments de joie ou de grande incertitude, elle a toujours été présente. Une fidélité rare en politique…
Au fil des entretiens, de la retranscription et de l’écriture, j’ai passé un vrai temps avec chacun des ministres. J’ai appris à les connaître, à les aimer au cœur de leurs mots et de leur vie… Ces rencontres resteront pour moi aussi uniques qu’inattendues. Je remercie infiniment chaque participant pour sa confiance et son enthousiasme à l’égard d’un philosophe un peu étrange, embarqué sur un drôle de navire. Ma pensée va tout particulièrement à Fabrice Champion, disparu prématurément avant la fin du voyage…
La présence de Jean-Christophe Parisot à nos côtés est une proximité qui me touche (voir la préface et l’épilogue à cet ouvrage) car, pour qu’un capitaine de cette trempe veuille bien nous suivre, j’ose croire que notre cap n’est pas complètement imaginaire et fortuit. En retour, cette vague de mercis pour exprimer toute ma gratitude et mon respect…
Enfin, pour qu’un projet devienne livre, il faut qu’une personne s’investisse auprès de celui qui le propose. Alain Guillo, directeur des éditions « Les points sur les i », fut l’homme de la situation. Une vraie rencontre là encore… Son écoute, sa conviction et sa sensibilité m’ont permis de considérer, avec un grand « ouf » de soulagement, qu’il reste dans la profession des éditeurs engagés, davantage soucieux du propos et des intentions d’un ouvrage que de sa rentabilité commerciale. Qu’il en soit chaleureusement remercié !
« Ayant médité la douceur et la compassion, j’ai oublié la différence entre moi et les autres. » Milarepa
À la mémoire de Marie-Jeanne Lemal et Fabrice Champion…
Préface
Le handicap semble faire l’objet d’une découverte de la part de nos contemporains valides. Le film « Intouchable » n’y est pas pour rien. Constatant qu’une personne en situation de handicap a des aspects « normaux », le mur de la honte, de la stigmatisation, de la peur est en train de se lézarder. La vulnérabilité s’effacerait-elle devant l’authenticité de la personne ? On l’espère.
Un gouvernement « autrement » fait réfléchir. Le handicap n’est certes pas une assurance contre l’incompétence ou l’absence de probité. C’est néanmoins une interpellation sur l’homme dans son être, le civisme redécouvert, une autre sensibilité au « vivre ensemble ».
À une époque où l’image des élus et du politique s’assimile à une forme de duplicité et d’hypocrisie, il est intéressant de rapprocher la question du handicap et de la gouvernance de la cité. La reconnaissance de la différence est un long chemin qui dépasse les lois. C’est un défi démocratique permanent qui nous renvoie directement aux représentations que nous avons du pouvoir. Le chef d’État français a longtemps été thaumaturge, il guérissait les infirmités. Il prédit aujourd’hui la fin des conflits, les sorties de crise. Le pouvoir « sauve le pays ». Il ne peut donc être malade et son bulletin de santé reste une affaire d’État. Le ministre, à son image, ne peut qu’incarner la force, être performant.
En imaginant un gouvernement virtuel composé de citoyens handicapés, Christophe Schaeffer ose la transgression symbolique. Au-delà de l’utopie, il s’agit de répondre à la question : quels messages ont à nous dire ces êtres étranges qu’on regroupe sous le terme « d’handicapés » ? Sans déflorer les réponses de chacun, le lecteur comprendra vite que les personnes handicapées ont acquis des certitudes troublantes :
- La nature, l’Europe, les prisons, la famille, le sport les concernent directement. Plus encore, l’interaction entre chaque domaine est pour elles vitale.
- Tout projet commun suppose des règles et un idéalisme minimum. Les témoignages collationnés parlent de responsabilités, d’engagement, d’intérêt général, de prise de conscience dans un monde de compétition, de maîtrise de la vitesse et d’hyper-individualisme.
- Le mot société les pousse à sortir d’un compassionnel dégoulinant et dégradant, d’un spectacle organisant le malheur et la marginalité.
- On entend les mots pédagogie, savoir-vivre, valeur de la vie.
Emergera de cette lecture une société idéale, solidaire, presque fraternelle. Le lecteur sceptique pourra opposer un décalage entre ce flot d’aspirations généreuses et le réalisme politico-administratif français, les contraintes budgétaires hexagonales et la structuration jacobine de nos ministères.
L’essentiel est ailleurs. L’auteur ose parler du handicap dans le sanctuaire du pouvoir et de la politique. Serait-il inconvenant d’avoir un ministre aveugle ou IMC ? Pourquoi ? Cet ouvrage interrogera donc ceux qui le voudront bien. Pour certains lecteurs, la galerie de portraits proposée n’ira pas plus loin qu’un hommage au courage et au volontarisme. Pour d’autres, ce sera une invitation à refonder une pensée citoyenne ambitieuse, moins frileuse, moins discriminante. Le handicap sera-t-il un jour une banalité politique ? Au final, une certitude : changer les comportements est plus important que d’additionner des textes de lois sur l’exclusion.
Pourtant, et c’est là le paradoxe de cet ouvrage, les personnalités rencontrées ne sont, pour la plupart, pas membres de partis politiques. Comment interpréter le refus de ces ultras-citoyens d’adhérer à ces réseaux démocratiques ?
Ce livre atteste que l’image de la personne handicapée, accablée par le destin et préoccupée de son seul avenir, s’efface. Le « ministre imaginaire » milite déjà pour un monde meilleur, sans amertume. La personne handicapée de 2013 joue pleinement son rôle citoyen. Qui en doutait ?
Jean-Christophe PARISOT Premier Préfet tétraplégique de la République française
Avant-propos
Ma rencontre avec des personnes en situation de handicap m’a convaincu que leur fragilité constitue une chance et une force inestimables pour redonner un visage humain à la société d’aujourd’hui. Cette conviction n’est pas un concept de philosophe ou une manière de vouloir catégoriser le handicap en le déifiant, mais tire sa réalité et sa richesse d’un terrain sur lequel je me situe depuis plusieurs années. Fuyant les abstractions idéologiques, les discours et les « beaux » essais sur l’altérité et la vulnérabilité, mon souci a toujours été de me tenir au chevet d’une expérience de vie, de chercher une étincelle d’humanité dans toute sa clarté et son authenticité en repoussant le plus loin possible les normes et les préjugés. Ce livre, aussi singulier que les personnes qui le composent, représente, à sa manière, l’accomplissement de cette quête ou de cet engagement. Il trouve sa raison d’être ici : donner la parole à celles et ceux qui se mesurent à l’épreuve du handicap pour trouver dans le vécu de leur différence une autre manière de penser et de vivre. Oserais-je même prononcer le terme de sagesse …
Mais, du point de vue du politique, qu’est-ce que cela signifie ?
Les gouvernements se succèdent, à droite comme à gauche. Pour autant, quelle est leur capacité à faire évoluer notre regard sur le monde ? Force est de reconnaître que notre époque a quelque chose de déshumanisé. En ces temps de gadgets à profusion, de spéculations boursières, d’individualisme forcené et de crises à répétition, l’être humain erre parmi les siens en se demandant quel est le sens à sa vie dans une société en mal de repères. On ne peut indéfiniment survivre à l’illusion d’un monde matérialiste et le constat s’avère alarmant à plus d’un titre : planète saccagée, violence sociale accélérée, cynisme ambiant glorifié… Face à la pulsion de consommation et au sentiment d’impuissance généré par une mondialisation dont on a l’impression qu’elle est un train lancé à grande vitesse sans conducteur, beaucoup parlent de rassemblement à défaut de ralentissement, un leitmotiv qui puise sa conviction dans la prise de conscience que rien ne pourra se faire sans des valeurs humanistes retrouvées.
Mais sait-on seulement où chercher ? C’est toute la question et la difficulté.
Certes, subsistent les espoirs d’un lendemain d’élection, les désillusions aussi. Rien à l’avance n’est complètement écrit, prévisible et achevé. En fonction des époques et des événements historiques qui jalonnent la vie politique d’une nation et celle de ceux qui endossent la responsabilité de gouverner, il est toujours possible de voir rejaillir « le feu d’un volcan qu’on croyait trop vieux » comme le chantait Jacques Brel dans la chanson des vieux amants... C’est dire qu’à l’instant même où l’on s’apprête à entériner la séparation entre le politique et le peuple, un élan surprenant et extraordinaire peut surgir et faire soudainement descendre les gens dans la rue avec une ferveur n’ayant d’égale que la morosité qui la précédait. Il semblerait donc que le mot politique n’ait pas fini de rassembler en portant dans son Histoire l’espoir des peuples appelés à vivre ensemble aux confins des différences…
Pour autant, si l’idée est belle et mérite à elle seule une élection présidentielle, partagée d’ailleurs par tous les prétendants au titre suprême, que signifie vraiment « rassembler » et, concrètement, en quoi la « différence » peut-elle constituer une richesse qui permette un autre regard sur le monde ?
Dans l’immense majorité des cas, ces termes, copieusement utilisés par la classe politique, restent à l’état de programme ou de concept, voire sont instrumentalisés dans un discours politicien visant davantage à séduire qu’à produire des actions. Le mot rassemblement se trouve en effet dans toutes les bouches alors même que la division est le moyen habile par lequel on accède au pouvoir ; quant au mot différence , il est mis en avant comme une manière d’enrichir la société, mais l’abstraction ou la tactique électorale à laquelle renvoie son objet ne signifie rien ou pas grand chose en termes d’enrichissement. Et quand le concept rejoint le terrain de la réalité sociale, il qualifie le plus souvent un aspect négatif relatif à l’idée de marginalisation, d’exclusion ou encore de désocialisation. Loin des discours positifs sur l’enrichissement par la différence se dresse devant nos yeux l’appauvrissement de ceux qui n’ont plus de travail et de logement et dont la souffrance évidente se confronte à un sentiment d’impuissance voire de rejet de la part du plus grand nombre.
Face à cette contradiction qui alimente invariablement une forme de rejet du politique et de sa représentation – écart insurmontable entre la production de discours, les promesses et l’action –, il est nécessaire et urgent de sortir la question de la différence de son ornière conceptuelle et négative pour tenter d’entrer véritablement dans la société éveillée du rassemblement. Pour ce faire, il ne suffit pas d’avoir de bonnes intentions, mais d’aller chercher à la source ses constituants fondamentaux.
Qui sont-ils ?
Il existe des expériences de vie sans commune mesure avec la pensée et les discours, et c’est vers elles que nous devons nous tourner si nous voulons savoir de quoi nous parlons exactement quand les mots de différence et de rassemblement sont prononcés. Il ne suffit effectivement pas d’un programme pour leur donner un contenu, une réalité... Tendre l’oreille ou la main en direction de personnes en situation de handicap, de celles et ceux qui vivent dans leur vie le sentiment d’une mise à l’écart au quotidien, expérimentant en cela ce qu’est la souffrance de l’exclusion, ouvre un chemin pour tenter le pari d’une société rassemblée.
Avant d’en dire davantage, je commencerais par relever la provenance anglaise du mot handicap . Au milieu du XVIII e siècle, il désignait des courses de chevaux. À l’origine, elles étaient organisées sur le modèle d’un jeu dans lequel on proposait des sommes destinées à égaliser la valeur d’objets d’échange et où la mise était déposée dans une coiffure (en anglais cap « casquette, bonnet, toque » ; handicap étant probablement une contraction de hand in the cap « main dans le chapeau »). Le terme a évolué et désigne aujourd’hui une course qui offre théoriquement, à tous les concurrents, des chances égales de succès, en imposant aux meilleurs des poids plus lourds à porter et des distances plus longues à parcourir. Autrement dit, il s’agit d’un désavantage imposé dans une épreuve à un concurrent de qualité supérieure…
Si l’on recadre ces éléments dans le contexte du handicap humain, il faut donc admettre que la personne handicapée présente un avantage au départ par rapport aux autres – entendons ici les valides –, au sens où sa qualité, intrinsèquement supérieure, constituerait une force et une potentialité hors du commun. Ce paradoxe, un rien provocateur au regard d’une perception totalement opposée dans l’ordre du vécu et de la réalité sociale, souligne néanmoins une vérité fondamentale, laquelle constitue l’intuition et le fil directeur de cet ouvrage. Quand je mettais en avant l’incapacité des gouvernements successifs à faire évoluer notre regard sur le monde, il ne s’agit pas de douter des motivations des uns et des autres, mais du chemin engagé jusqu’alors. Si leur façon de concevoir l’idée d’un rassemblement dans le respect et l’écoute des différences s’appuie parfois (mais pas toujours) sur la critique du modèle ultralibéral qui prône avant tout la concurrence entre les personnes pour servir le profit financier, ces gouvernements peinent cependant à aller chercher l’inspiration là où elle existe vraiment. À la question – comment sortir d’une époque dédiée à la compétition, au profit et à la performance dans une course sans fin ? –, les réponses semblent tourner en rond dans la mesure où nous restons emprisonnés dans les rouages d’un système économique aliénant. La recherche d’une croissance quantitative à tout crin, l’accumulation de richesses et de biens, l’hypertrophie de la chrématistique (faire de l’argent avec l’argent, sans connexion avec l’économie réelle) représentent en effet les dimensions d’un conditionnement qui enferme l’individu plus qu’il ne le libère. À force d’appliquer et de répéter ce modèle qui porte en lui les racines de la violence, de l’appropriation, de l’exclusion, de l’asservissement, une forme d’impotence se crée au niveau du lien humain. Nous sommes en effet de moins en moins capables de vivre sur un plan collectif tellement nous apparaissons conditionnés par des réflexes individualistes assujettis à des critères de rentabilité. Dans le désert du capitalisme et du consumérisme, il semble que nous errions sans autre but que de satisfaire nos désirs sans faim…
C’est à partir de ce constat de la situation de crise que les personnes en situation de handicap doivent être entendues pour ce qu’elles auraient à dire sur la société. Changer notre regard passe par la conviction que l’extrême vulnérabilité n’est pas un défaut ou un manque d’être. Sans vouloir idéaliser ce point de vue et en tirer des généralités, il émerge une intelligence plus humaine de ces personnes dans la mesure où elles apparaissent moins conditionnées et influencées par les schémas globaux et environnants. Leurs ressources et inspirations restent en effet puisées dans l’essentiel de la vie : le besoin et le souci des autres, la capacité à apprécier la simplicité, le sens de l’écoute, de la rencontre et du partage, l’humour... La personne handicapée, physique ou psychique, de naissance ou à la suite d’un accident, ne peut satisfaire aux critères d’une société faite d’artifices, où tout va trop vite, où le culte de la performance et de l’ego est célébré à chaque instant. Sans aller jusqu’à dire que sa résistance passive comporte une dimension prophétique, je la considère néanmoins comme une réserve naturelle de notre humanité épuisée ou une sorte d’antidote à la mentalité moribonde du moment.
Indifférents à la différence – pour reprendre ici le slogan de Anne Voileau –, j’ai donc imaginé une utopie politique : un gouvernement constitué uniquement par des personnes handicapées. Une utopie telle que le philosophe Platon l’avait peut-être pensée en son temps et sous un autre jour pour gouverner la cité : le roi philosophe ou le philosophe roi.
À ma façon, j’ai souhaité relever le défi pour renouer avec la forme la plus inspirante de la philosophie politique en proposant à ces hommes et à ces femmes de prendre le pouvoir. En tant que ministre, chacun s’adressera à tous les français, car tel est bien l’enjeu de cette gouvernance extraordinaire : rassembler tout un peuple à partir d’une prise de parole enracinée dans une vie pas comme les autres. Il aurait été trop facile ou trop évident de le faire pour défendre ses propres intérêts en se situant notamment sur le terrain de la revendication où une minorité tente de faire entendre sa voix. Si ce type de projet conserve évidemment toute son importance, il n’est pas le mien, car l’utopie qui est proposée ici place au cœur de la vie politique, et non à la périphérie, toutes les personnes en situation de handicap. Il ne s’agit donc pas de leur donner la parole pour se faire entendre auprès des valides en suscitant éventuellement une écoute compassionnelle ou encore en créant une sorte de catégorie à part dans le règne de l’humain – ce serait le plus grand des pièges –, ni de se donner bonne conscience en allant passer du temps auprès de celles et ceux à qui la vie semble ne pas avoir fait de cadeaux, mais de leur attribuer le rôle de capitaine du navire en tant que tel. Dorénavant, nous ne parlerons plus pour eux, mais ce sont eux qui parleront pour nous, et ce, à la première instance de la République !
S’il s’agit d’une utopie politique que certains qualifieront de « fiction philosophique » ou « sociale », derrière la fable, se cache peut-être une plus grande vérité encore exprimée sous la forme de cette interrogation : le handicap peut-il constituer la sauvegarde de notre humanité dans un monde rendu exsangue par les financiers et le normatif ? Tout comme ses semblables, le responsable politique, de droite ou de gauche, subit la logique aveugle de croissance et se fond dans la masse pensant que réside ici sa seule chance de victoire un soir d’élection. La crainte de l’éviction est en effet trop forte pour risquer un autre cap, mais c’est oublié que nous avons besoin de différences, de reliefs, là où, par exemple, la fragilité humaine, non comme concept ou instrument de pouvoir, mais comme horizon et source d’inspiration, pourrait orienter l’avenir dignement, loin des apparats de puissance…
L’irréel est la réalité à venir, un dessein qui s’incarne au cœur des actions humaines. Je reste convaincu que ce potentiel est à découvrir en puisant sa force dans la reconnaissance de la faiblesse au sein d’une humanité solidaire et partagée.
« Le progrès n’est que l’accomplissement des utopies » Oscar Wilde.
Christophe Schaeffer
Ryadh Sallem Ministre de l’Europe

Handicapé depuis la naissance (sans jambes et mains atrophiées), Ryadh Sallem est un sportif de haut niveau au palmarès impressionnant (champion d’Europe de basket fauteuil, champion de France de quad rugby). Derrière les titres se cache un responsable d’associations qui milite activement pour le « mieux vivre ensemble ».
Fondateur et animateur de l’association CAPSAAA, Ryadh Sallem est une forte personnalité qui contribue largement au développement de la sensibilisation au handicap par le sport.
Dans l’esprit et le symbole, l’Europe est une invention extraordinaire car elle réalise l’union des peuples et la paix dans le monde. Après deux guerres mondiales, ce vieux continent ne le sait que trop bien… L’Europe est non seulement une invention extraordinaire, mais c’est également une nécessité. Aujourd’hui, il n’est plus possible de vivre chacun dans son coin, d’être replié chez soi. Avec la mondialisation et notamment les progrès de la technologie, le monde apparait de plus en plus petit. Il nous oblige à grandir, à élargir nos frontières, à nous dépasser. C’est une réalité de l’évolution. Toute la difficulté est pourtant de penser une culture commune. Quels sont les opérateurs qui permettront de constituer cette culture sur des bases saines, c’est-à-dire en évitant les conflits d’intérêt entre les peuples ?
En tant que ministre de l’Europe, et pour répondre positivement à cette question, je souhaiterais mettre en avant le rôle que peuvent jouer la monnaie, l’éducation, la culture et le sport. Ils représentent en effet la possibilité et la condition de l’union, mais pas à n’importe quel prix.
Je commencerais donc par la monnaie.
Avec l’Euro, la monnaie unique est une avancée considérable pour l’Europe mais, malheureusement, à ce jour, elle ne permet toujours pas de mettre en avant le sens et la valeur de ce qu’elle devrait représenter en termes d’union pour tous les pays. Au contraire, à cause d’un mauvais calcul ou d’une mauvaise gestion économique, elle se trouve à l’origine de déséquilibres graves : le rapport entre la monnaie initiale du pays et l’inflation des prix avec l’Euro est catastrophique. On a été également incapable de trouver une moyenne entre les monnaies fortes et les monnaies faibles pour faire en sorte que tous les pays s’y retrouvent. Résultat : l’Euro se trouve à la source de désaccords profonds et de crises au sein de l’union européenne. Pourtant, à partir du moment où il existe une monnaie d’échange, on retrouve des points de convergence, des intérêts communs et donc une culture commune. Ce qu’il faut changer, c’est donc l’axe de l’économie.
Comment repenser la monnaie pour trouver une fondation positive à l’union européenne ?
Ma première réforme consistera à donner plus de valeur au centime d’Euro. Ce qui justifie cette décision, c’est que ces centimes se rapprochent davantage des francs sur un plan symbolique. Aujourd’hui, plus personne ou presque ne se rend compte que 0,15 centimes d’euro est égal à 1 franc. On est en train de vouloir supprimer les centimes, c’est-à-dire finalement de payer uniquement sur la base d’1 euro, soit presque 10 francs.
Comment a-t-on pu perdre l’essence même de ce projet d’unification lié à la valeur de notre monnaie ? En dehors de tout passéisme ou nostalgie, il y a là un vrai problème économique et politique. Quand on sait également qu’il est fabriqué des produits en Asie pour un coût qui se chiffre en centimes et que nous les payons, une fois sur le territoire, plusieurs euros, ce décalage entre ce qui est produit et le coup de la production est tout à fait indécent, à la fois pour ceux qui font cette plusvalue, mais aussi pour ceux qui sont exploités par ces grandes entreprises. La paix entre les pays et la cohésion européenne passe nécessairement par un changement des mentalités et par un équilibre retrouvé entre les différentes monnaies.

Rien ne se fera si l’on ne se pose pas les vraies questions, si l’on n’éduque pas un minimum les gens sur le sujet. Pourquoi est-il absolument nécessaire de s’unir comme les États-Unis l’ont fait en leur temps ? Il faut que les programmes scolaires intègrent ce type de problématique, avec encore plus d’insistance. On doit faire en sorte que chaque individu développe, de façon multidimensionnelle, sa capacité à penser et à relier le lieu où il vit à un espace beaucoup plus grand, géographiquement et humainement. Cette pensée multidimensionnelle, si on ne la transmet pas d’abord dans les écoles, elle ne pourra jamais exister. Je donnerai donc les moyens pour la mettre en place…
En parallèle, je ferai en sorte que l’esprit collégial existe vraiment. De façon générale, on ne peut pas admettre la compétition entre différents établissements scolaires. Il n’est pas permis d’introduire le mode de l’entreprise dans les écoles. Je serai donc radical à ce niveau en mettant en place des mesures qui permettront de faire cesser toute forme de discrimination. Elles sont extrêmement dangereuses par rapport à l’identité communautaire. Je veillerais à ce que toutes les écoles, publiques ou privées, soient au même niveau, à l’échelle nationale comme à l’échelle de l’Europe. J’améliorerai également les systèmes d’échanges entre les universités européennes. Dans sa globalité, il est nécessaire de réaménager l’Éduction Nationale, réaménager les horaires, avec des rythmes beaucoup plus cohérents.

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