Les mutations de l intégration des Etats en Afrique de l Ouest
196 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Les mutations de l'intégration des Etats en Afrique de l'Ouest

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
196 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Le regroupement institutionnel des Etats d'Afrique de l'Ouest est resté contrarié pendant de longues années par des obstacles de natures diverses. L'auteur revient sur ces difficultés d'intégration dans une perspective juridique, renouvelant ainsi de façon originale la réflexion autour des questions d'intégration internationale. Il analyse les mutations récentes de ces Etats, issues de la naissance ou de la renaissance d'organisations telles que l'UEMOA ou la CEDEAO.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 janvier 2007
Nombre de lectures 365
EAN13 9782336267104
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Etudes Africaines
Collection dirigée par Denis Pryen et François Manga Akoa

Déjà parus
Jean-Marc ÉLA, L’Afrique à l’ère du savoir : science, société et pouvoir, 2006.
Djibril Kassomba CAMARA , Pour un tourisme guinéen de développement, 2006.
Pierre FANDIO, La littérature camerounaise dans le champ social , 2006.
Dominique BANGOURA, Emile FIDIECK A BIDIAS, L’Union Africaine et les acteurs sociaux dans la gestion des crises et des conflits armés, 2006.
Maya LEROY, Gestion stratégique des écosystèmes du fleuve Sénégal, 2006.
Orner MASSOUMOU (dir.), La marginalité en République du Congo , 2006.
Gilchrist Anicet NZENGUET IGUEMBA, Le Gabon : approche pluridisciplinaire, 2006.
Innocent BIRUKA, La protection de la femme et de l’enfant dans les conflits armés en Afrique, 2006.
Alain BINDJOULI BINDJOULI, L’Afrique noire face aux pièges de la mondialisation, 2006.
Benedicta Tariere PERETU, Les Africaines dans le développement, le rôle des femmes au Nigeria , 2006.
Armand GOULOU, Infrastructures de transport et de communication au Congo-Brazaville, 2006.
Abraham Constant NDINGA MBO, Savorgnan de Brazza, les frères Tréchot et les Ngala du Congo-Brazzaville (1878- 1960), 2006.
Alfred Yambangba SAWADOGO, La polygamie en question, 2006.
Mounir M. TOURÉ, Introduction à la méthodologie de la recherche, 2006.
Charles GUEBOGUO, La question homosexuelle en Afrique, 2006.
Pierre ALI NAPO, Le chemin de fer pour le Nord-Togo, 2006. Université Catholique de l’Afrique Centrale, Faculté de théologie, Le travail scientifique, 2006.
Les mutations de l'intégration des Etats en Afrique de l'Ouest

Alioune Sall
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
© L’Harmattan, 2006
9782296022942
EAN : 9782296019829
Sommaire
Etudes Africaines Page de titre Page de Copyright PREFACE INTRODUCTION PREMIERE PARTIE : HYPOTHEQUES D’HIER
CHAPITRE I — L’HYPOTHEQUE COLONIALE CHAPITRE II : L’HYPOTHEQUE POLITIQUE CHAPITRE III — L’HYPOTIEQUE TECHNIQUE
DEUXIEME PARTIE : TENDANCES d’AUJOURD’HUI
TITRE I : LE REAJUSTEMENT INSTITUTIONNEL TITRE II : L’APPROFONDISSEMENT DES ENJEUX
CONCLUSION
PREFACE
Après leur accession à l’indépendance dans le cadre des anciens territoires coloniaux, les Etats africains n’ont eu de cesse de mettre sur pied diverses formes de regroupements pour tenter de surmonter les inconvénients inhérents à ce qui fut naguère appelé la «balkanisation» du continent. Ce phénomène a été particulièrement marqué dans la région de l’Afrique de l’ouest, où l’on a assisté à une prolifération d’organismes internationaux présentant des caractéristiques variables quant à leur objet, leur composition, leurs fonctions, leurs pouvoirs et leur mode de fonctionnement. Depuis quelques années, cependant, les dirigeants ouest-africains ont ressenti le besoin d’une remise en ordre et d’une certaine rationalisation des différentes structures inter-étatiques, en même temps qu’ils ont perçu la nécessité de dépasser le stade de la simple coopération inter gouvernementale. Les solidarités propres aux populations de la région, jointes à une relative homogénéité territoriale, ont fait naître le dessein de la construction d’un grand ensemble sur la base d’une intégration économique des Etats de la région
C’est ce grand dessein porteur d’espoir que Monsieur Alioune Sall a entrepris d’analyser et d’expliquer. Il l’a fait d’une manière lucide et objective, en dressant un inventaire sans complaisance des obstacles qui ont longtemps obstrué la voie de l’intégration et en dégageant les nouvelles tendances apparues à la suite des récentes métamorphoses du cadre même de l’intégration ouest-africaine. En sa qualité de juriste, il ne pouvait que privilégier une approche institutionnelle de l’intégration, approche désormais d’autant plus nécessaire qu’une certaine «mystique du droit» anime aujourd’hui tout le processus en cours.
Ce qui frappe à la lecture de son ouvrage, c’est à la fois le caractère méthodique et systématique du propos, ainsi que l’esprit critique de l’auteur. Il ne se contente pas d’examiner et de décrire les institutions en charge du processus d’intégration. Se gardant de tout jugement subjectif de valeur, il n’hésite pas à formuler des appréciations portant non seulement sur la qualité rédactionnelle des textes ou leurs incohérences, mais aussi sur la tentation à laquelle ont parfois succombé les négociateurs des traités ouest-africains de reproduire plus ou moins grossièrement et servilement un modèle européen inadapté aux réalités africaines.
C’est dire combien ce livre peut être utile. Il permet de mieux saisir les enjeux de l’intégration des Etats d’Afrique de l’ouest et de mesurer le degré d’adéquation aux fins poursuivies des moyens mis en œuvre par les gouvernements de la région Par les perspectives qu’il ouvre ou qu’il laisse entrevoir, ce livre est aussi un acte de foi en l’avenir.

Jean-Pierre QUENEUDEC Professeur émérite de l’Université de Paris I Panthéon-Sorbonne Président d’honneur de la Société Française pour le Drait International (SFDI)
INTRODUCTION
A qui s’intéresse au problème du regroupement des Etats en Afrique de l’Ouest, c’est d’abord l’histoire qui fournit de la matière. La relative précocité du phénomène a été soulignée par nombre d’historiens qui s’y sont penchés 1 . Contrairement à d’autres parties du continent en effet, l’Afrique de l’Ouest a tôt expérimenté des formules fédératrices, ce qui a bien entendu facilité les entreprises d’intégration post-coloniales. Il est vrai que, d’une époque à l’autre, les motivations ont changé. Les grands empires pré coloniaux ont réalisé l’unité de la sous région dans une perspective hégémonique ; il s’est souvent agi pour eux, non de fédérer des collectivités sur une base égalitaire ou dans un ensemble générateur de profits équitablement redistribués, mais plutôt d’assujettir d’autres royaumes, d’annexer d’autres terres. Il n’en reste pas moins que même assez factices, mêmes violentes, ces tentatives d’unification de l’Ouest africain vont constituer, à l’heure des indépendances, un “acquis”, une donnée favorable au regroupement.
Dés le X ème siècle en effet, c’est dans le futur espace Ouest-africain qu’émerge le “premier empire noir connu avec assez de précision” 2 . Il s’étend alors du Tagant au Haut Niger, et du Sénégal à Tombouctou. Lorsque cet empire décline, ses successeurs n’en restent pas moins préoccupés d’unification. C’est l’empire du Mali notamment qui, dans ce domaine, va prendre la relève. Vers 1240, son bâtisseur, Soundjata Keita, est à la tête d’une vaste confédération de peuples. Son empire s’étend jusque dans le Haut Sénégal et la Basse Gambie, il mord sur les provinces extra occidentales de l’ex-empire du Ghana 3 . Chaque conquête est suivie d’une entreprise de colonisation proprement dite, ce qui favorise le brassage des peuples. La conquête de la Sénégambie en particulier sera suivie d’une arrivée massive de colons et de commerçants originaires du pays Malinké.
Sous le règne de l’empereur Kanka Moussa, cet empire Ouest-africain “s’étend à un an de longueur de marche à pied... Si l’Adrar des Iforgha et le Tagant n’y étaient pas entièrement englobés, les groupes berbères du Sud saharien étaient sous son autorité, qui s’étendait au sud jusqu’à la forêt guinéenne et, d’Ouest en Est, de l’Atlantique au pays Haoussa” 4 . Incontestablement, l’empire du Mali a joué un rôle majeur dans le rapprochement des peuples de l’Ouest- africain. Le symbole qu’il représente et le prestige dont il a joui sont restés si vivaces que son nom même a été repris par l’ancien Etat du “Soudan”. Le Mali a réalisé un modèle d’intégration politique où des peuples aussi variés que les Touareg, les Wolofs, les Malinkés et Bambara, les Songhai, les Peuls et Toucouleurs, les Dialonkés et autres populations reconnaissaient un seul souverain. Dans cet espace, les hommes, les biens et les idées circulaient librement. Il n’était pas nécessaire d’aller en caravane 5 .
A partir du XVI° siècle, et jusqu’au XIX°, les grands empires sont sur le déclin et, subséquemment, les desseins fédérateurs se font rares. Ils resurgissent avec les entreprises de Ousman Dan Fodio et d’El Hadj Omar Tall, peu avant que l’Afrique de l’Ouest ne tombe complètement sous la domination coloniale. Le second empereur va, vers 1865, construire un ensemble de mille kilomètres d’Est en Ouest. Sans aucun doute, il partage avec l’empire du Mali la palme de la réussite dans l’“entreprise unifcatrice supra tribale” 6 . L’empire d’El Hadj Omar, en demeurant “un des derniers grands desseins de l’Ouest- africain pré colonial”, revêt “la signification la plus grande pour l’histoire” en ce qu’un homme a “tenté de ressusciter sur cette boucle du Niger si fertile en empires un ensemble politique assez vaste pour faire échec aux forces étrangères...” 7 . D’autres tentatives d’intégration suivront - notamment celle de Samori Touré à la fin du XIX° siècle -, mais elles souffriront d’une menace de plus en plus sérieuse : celle de la colonisation européenne, qui les confine, de plus en plus, dans une position défensive.
L’acquis de l’Histoire n’est donc pas négligeable. Il semble même qu’au cours de ces Belles années, l’Afrique occidentale ait réalisé un objectif que les organisations d’intégration actuelles se sont fixés : l’instauration d’une monnaie commune. Si l’on en croit J. IGUE, un commerce sous-régional intense avait donné lieu, avant la colonisation, à la circulation d’un numéraire qui avait cours sur tout l’espace de l’Afrique de l’Ouest 8 .
Le colonisateur lui- même a inscrit son action administrative dans le cadre de cette homogénéité territoriale. L’espace considéré deviendra, sous un avatar technique, l ’Afrique Occidentale Française. Le Décret de 1895 qui l’instaure, avoue prendre acte d’un certain nombre de solidarités propres à cette partie du continent 9 . Au nombre de celles-ci, il y a d’abord les populations elles-mêmes. Elles “commercent” entre elles, abstraction faite des limites territoriales nouvelles. Maures, Toucouleurs, Peuls, Malinkés etc. se déplacent sur tout l’espace Ouest africain, entretenant et cultivant des relations de parenté que n’altèrent nullement les cloisonnements administratifs de l’espace.
Il y a, d’autre part, les implications pratiques de la loi du 30 juin 1950 (“Loi Lamine GUEYE”) relative à la fonction publique en AOF. Cette Loi instaure la mobilité des fonctionnaires en Afrique de l’Ouest, circonstance qui va jouer un rôle décisif au moment où émerge le mouvement d’émancipation dans les colonies. Cette “intelligentsia” nomade prêchera sa bonne parole à travers tous les pays de la sous-région.
On peut d’ailleurs remonter plus loin dans la recherche des facteurs d’unité en Afrique de l’Ouest. Avant même d’entrer dans la vie active, les fonctionnaires indigènes se sont retrouvés dans certains cadres qui ont contribué à leur inculquer une culture et une vision affranchies des conditionnements nationaux. L’“Ecole Normale William PONTY” est l’un de ces cadres. Située au Sénégal, elle vit passer bien de futurs hommes politiques d’Afrique de l’Ouest : Houphouët BOIGNY, Ouezzin COULIBALY (Côte d’Ivoire), Yacine DIALLO et Mamba SANO (Guinée), Fily DABO CISSOKHO et Mamadou KONATE (Soudan), H. DIORI (Niger), Lamine GUEYE (Sénégal) 10 .
Les luttes syndicales et les mouvements sociaux ont également été une occasion, pour les travailleurs de la sous-région, de manifester une certaine solidarité entre eux. Le Congrès des Cheminots, tenu à Conakry le 30 septembre 1956, est bientôt suivi du Congrès de l’unité, tenu à Cotonou le 16 janvier 1957. Il en sortira l’Union Générale des Travailleurs d’Afrique Noire (UGTAN). Au-delà des proclamations de principe, la solidarité des travailleurs se manifeste à travers des grèves “transfrontalières” comme celle des enseignants en décembre 1945 ou celle des cheminots qui se déroula d’octobre 1947 à mars 1948 11 .
Dans le bouillonnement des années 50, préparatoire à l’émancipation des peuples africains, une autre donnée joue en faveur du rapprochement des peuples de la sous région : c’est la naissance et le développement d’un parti politique “transfrontalier”, le Rassemblement Démocratique Africain ( RDA). Ce parti, qui a vu le jour à Bamako en 1946, avait cette particularité de ne pas être cantonné à un seul pays, mais d’être représenté par des “ Sections “ à travers des pays. Sa structure et son organisation mêmes favorisaient déjà une vision pan-africaniste des problèmes. Le RDA, présidé par Houphouët BOIGNY, avait ainsi pour “Sections” : l’Union Démocratique Dahoméenne, le Parti Démocratique de Guinée, le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire, le Parti Progressiste Nigérien, le Mouvement Populaire Sénégalais, l’Union Soudanaise, le Parti Démocratique Unifié de la Haute Volta.
Le RDA n’était bien sûr pas la seule formation politique en Afrique de l’Ouest D’autres lui disputaient la suprématie. Mais à l’instar de celui-ci, ces partis politiques étaient organisés sur une base “trans-territoriale”. Au-delà de leurs divergences de fond, ces formations étaient donc organisées sur le même modèle, et c’est ce qui importe ici. La vie politique se structure non dans les territoires nationaux, mais à l’échelle sous-régionale. Le fait est évidemment essentiel. On relève ainsi que les “Indépendants d’Outre-mer”, future “Convention africaine”, sont organisés en Union Progressiste Dahoméenne, Bloc Démocratique Sénégalais et Union Voltaïque. Les Socialistes - “Fédération d’AOF de la SFIO”, puis “Mouvement Socialiste Africain”-, sont regroupés en Mouvement Socialiste Africain du Dahomey, de la Côte d’Ivoire et du Niger, Démocratie Socialiste de Guinée, Parti Sénégalais d’Action Socialiste, Parti Soudanais du Progrès. Pendant quelque temps, l’unité de tous ces partis semble même réalisée avec la création d’un “intergroupe d’Outre-mer” au Parlement français 12 .
Le fait que les grandes questions de l’heure aient été débattus entre des hommes politiques issus de différents pays de la sous région a incontestablement forgé, plus tôt qu’ailleurs, une “conscience sous-régionale” qui est l’humus même des entreprises d’intégration ultérieures.

Un exemple le prouve assez. Lorsque, à la fin des années 70-80, le débat sur les modalités de l’unité continentale s’estompe, et que les intégrations sous-régionales (“régionales”, selon la terminologie de l’OUA) sont perçues, dans cette perspective, non comme des entraves, mais comme des préalables nécessaires, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’OUA adoptent le Plan de Lagos (1980), qui se veut la Charte de cette nouvelle vision. Ce Plan procède à un découpage en sous régions, chacune devant réaliser son intégration à l’intérieur d’organisations nommément citées. Or, l’Afrique de l’Ouest est curieusement omise. En fait, l’omission est un sous-entendu. Elle s’explique par le fait que l’on considère, justement, que l’Afrique occidentale a déjà réalisé, ou posé les jalons de ce qui est demandé aux autres sous régions. Ici, le regroupement des Etats est plus avancé qu’ailleurs.
Les juristes n’ont toutefois pas été les plus nombreux à travailler sur la matière. L’intégration étant “économique”, ce sont plutôt les économistes qui ont eu, le plus souvent, à se pencher sur elle. Comme structures de pouvoir, les organisations sous-régionales n’ont que peu intéressé les chercheurs, les approches de l’intégration ont rarement été institutionnelles 13 . C’est au comblement de cette lacune que le présent ouvrage, conscient de ses limites propres, veut très modestement contribuer.
Cette visée est aussi sa limite : on ne trouvera pas ici d’appréciation de nature économique, ni de proposition immédiatement applicable pour “améliorer le niveau de vie des peuples”, but ultime d’une organisation comme la CEDEAO. Il est plutôt question d’examiner des mécanismes institutionnels : les organes mis en place, les processus décisionnels, la nomenclature et les caractéristiques des actes en cours, la sanction, judiciaire ou politique, de ceux-ci. L’approche n’est cependant pas que descriptive. Dans le champ qui est le sien, elle émet quelquefois des jugements, critiques ou approbateurs.
La nécessité d’une approche institutionnelle de l’intégration n’est pas la seule raison d’être de cet ouvrage. Il y’a un autre motif, plus conjoncturel. Il tient aux développements récents du droit de l’intégration, à l’intérêt qui s’attache à leur analyse. Les rares études dans le sillage desquels nous nous inscrivons datent en effet de plus de dix ans, et le droit de l’intégration a, depuis, subi des évolutions d’une telle ampleur qu’il n’est pas exagéré de parler, à ce sujet, de métamorphoses. C’est la philosophie même du regroupement des Etats qui a évolué, la physionomie des organisations s’en est ressentie, le droit qu’elles produisent a fait l’objet de nouvelles modalités de sanction. En outre, les organisations internationales Ouest-africaines ont “annexé” de nouveaux domaines, leur activité s’est étendue à de nouvelles matières, traduction de besoins récemment ressentis par les Etats. Les exemples de la préservation de la paix et de la sécurité ou le traitement de questions purement politiques peuvent être cités.
On peut, plus généralement, parler d’une “politisation” récente des organisations sous-régionales. Mais le terme n’a rien à voir avec “l’hypothèque politique” dont on va tenter de montrer, plus loin, qu’elle a pesé sur l’intégration des Etats de la sous région. Naguère, la politisation des organisations internationales procédait de rivalités liées aux orientations idéologiques des régimes, elle jouait comme facteur de différenciation et de division, et entravait donc le fonctionnement régulier de celles-ci. Aujourd’hui, la politisation concerne le processus même de l’intégration, celle-ci s’enrichit d’une dimension nouvelle, qui consiste en l’unité autour de certains principes et valeurs jugés essentiels.
Les perspectives institutionnelles récemment tracées, qui procèdent essentiellement de l’objectif d’Union économique et monétaire, ainsi que la “conquête” de nouveaux secteurs d’activités par les organisations d’intégration sont donc la seconde raison d’entreprendre une étude d’ensemble du droit de l’intégration.
“Etude d’ensemble”, l’expression appelle quelques précisions. Deux organisations font l’objet de la présente étude : la CEDEAO et l’UEMOA. Elles ne sont pas, bien entendu, les deux seuls regroupements de type économique de l’Afrique de l’Ouest. Des organisations comme le Conseil de l’Entente ou l’Union du Fleuve Mano poursuivent dans une large mesure les mêmes buts que la Communauté et l’Union, mais deux raisons nous ont conduit à privilégier ces dernières.
La première est d’ordre purement factuel. Ces deux organisations internationales sont assurément les plus dynamiques de l’Afrique de l’Ouest. Non seulement elles fédèrent le plus d’Etats autour d’elles, mais leur objet est plus large que celui des autres organisations, et leurs ambitions plus grandes. De fait, c’est autour d’elles que se noue tout débat sur l’intégration. La question même de la réalisation de celle-ci dans un unique cadre met en jeu les relations entre ces deux organisations. Elles sont, assurément, les organisations d’avenir et le regroupement sous-régional ne saurait être pensé hors d’elles. Les autres organisations peuvent subsister, leur utilité n’est pas en cause, mais dans la perspective d’une “rationalisation” des Institutions de l’intégration, œuvre éminemment souhaitable et déjà esquissée, elles seront amenées à être “éclipsées” par la Communauté et l’Union.
Il se trouve, au demeurant, que les deux organisations les plus dynamiques sont celles qui, du point de vue d’une approche institutionnelle, présentent le plus d’intérêt Telle est la seconde raison du choix qui a été fait. Le Traité de la CEDEAO a été révisé en 1993, le Traité de l’UEMOA conclu en 1994, révisé en 2003 à l’occasion de l’adoption du Traité portant création du Parlement de l’Union. Au-delà de la concomitance et des coïncidences historiques, c’est la philosophie dont procèdent ces actes qui méritent l’attention. Il en a été déjà dit un mot. Tous deux adoptent une rupture par rapport à un certain passé, représenté, respectivement, par le Traité de Lagos de 1975 et le Traité de l’UMOA de 1973. Le renversement de logique qu’ils traduisent est patent. Ils opèrent le passage d’une vision inter étatique à une vision supra nationale. Le cas de figure était idéal pour une étude conjointe, parallèle, et c’est ce à quoi s’essaie ce travail. Il s’est agi d’identifier les lignes de force de cette évolution, les grands thèmes autour desquels on pouvait, en adoptant une approche institutionnelle, résumer l’activité des organisations.
La première partie de l’ouvrage, nécessaire pour apprécier les ruptures, s’attache à passer en revue les obstacles qui se sont pendant longtemps dressés sur la voie de l’intégration sous-régionale. La seconde partie fait le point, en cherchant à faire la part de la continuité et du changement, de la stratégie et des visées, des moyens et des fins. Il a fallu en effet, avant de chercher à aller plus loin dans les “conquêtes” des organisations internationales, réarmer institutionnellement celles-ci, procéder à un réaménagement du cadre d’intégration à travers la définition d’un nouvel objectif et de nouveaux moyens. Ce toilettage relève de la logistique. Il est au service de visées qui sont autant d’enjeux, d’axes de l’intégration. Ceux- ci ne changent pas en eux- mêmes. La démarche adoptée, tout en se situant en permanence sur le terrain des institutions, comporte donc un aspect historique et une présentation de l’état actuel du droit de l’intégration, état dont on ne mesure la portée que rapporté au passé, d’où le titre de l’ouvrage, Les mutations de l ’ intégration des Etats en Afrique de l’Ouest.
PREMIERE PARTIE : HYPOTHEQUES D’HIER
CHAPITRE I — L’HYPOTHEQUE COLONIALE
Il n’est pas paradoxal de relever, en même temps que l’ancienneté du phénomène de l’intégration en Afrique de l’Ouest, la force des résistances qui se sont dressées devant elle, et qui tiennent tout autant à l’histoire des Etats. C’est que ces deux réalités ne relèvent pas exactement du même registre. Le rapprochement des Etats actuels fut d’abord l’affaire des peuples, il a été l’œuvre spontanée des populations qu’unissaient des liens familiaux, parentaux, économiques ou culturels. Il a été également l’œuvre du pouvoir politique, c’est-à-dire, comme nous l’avons vu, de ces grands empires fédérateurs de l’Ouest africain. Si l’on évoque la précocité du phénomène de l’intégration dans cette partie de l’Afrique, par opposition à d’autres régions du continent, c’est essentiellement à ces réalités pré-coloniales que l’on fait référence.
L’irruption du colonisateur, dans un tel contexte, marque bien une rupture. Certes, les préoccupations administratives des autorités coloniales, ainsi que l’impératif de l’efficacité - mieux, de l’efficience - dans la gestion des territoires conquis ont pu être à l’origine d’un certain nombre de mesures d’inspiration unificatrice. La création de ce grand ensemble que fut l’Afrique Occidentale Française - de même que l’Afrique Equatoriale Française du reste - répond d’abord au souci d’une bonne administration. De façon indirecte il est vrai, cette volonté centralisatrice a pu aider à l’intégation des Etats issus de la décolonisation. Ce travail d’unification de l’espace Ouest africain a pu impressionner certains auteurs, tentés dès lors de réduire le bilan de la colonisation à ce seul aspect des choses 14 .
A l’encontre d’un tel point de vue, on fera d’abord valoir que l’intégration opérée par le colonisateur procédait d’une volonté purement administrative, et non, bien sûr, d’un parti pris pan-africaniste. Une chose est de prendre acte d’un fait, d’enregistrer ses résultats objectifs, une autre est d’apprécier les motivations de ses auteurs ou de scruter leurs arrière-pensées.
Mais surtout, l’œuvre unificatrice de la colonisation ne se conçoit qu’à l’intérieur d’un espace soumis à un même système de gouvernement, c’est-à-dire à la même puissance. Que l’on sorte de ce cadre, c’est-à-dire que l’on envisage le regroupement des Etats abstraction faite de leur passé, et la colonisation apparaît sous un autre jour : facteur de division plus que d’union. Dans la marche vers son unité, l’Afrique de l’Ouest a traîné le boulet de son passé colonial. Il s’agit d’apprécier le poids d’une telle hypothèque à travers ses principales manifestations.

Section 1 : L’ombre tutélaire des puissances coloniales
Les Etats Ouest-africains ont certes travaillé à leur unité plus tôt et plus efficacement que d’autres, mais celle-ci a beaucoup été retardée par le fait, difficilement contestable, qu’elle fut souvent prise en main par l’ancienne puissance coloniale. Du moins peut-on affirmer que l’existence d’organisations internationales fondées, en droit ou en fait, sur la communauté de passé colonial, a pu constituer un obstacle à l’unification d’un espace jadis régi par des puissances différentes. Ce poids du passé s’est également traduit, au cours du processus de décolonisation, par la difficulté de penser l’émancipation hors des schémas coloniaux.

1. Le rôle pionnier du colonisateur dans les regroupements sous-régionaux
Une fois les indépendances acquises, les puissances coloniales ont entendu conserver les liens particuliers avec leurs ex-colonies et ont, de ce fait, suscité elles-mêmes des regroupements fondés sur la seule communauté de passé. Elles ont, en d’autres termes, perpétué le huis-clos avec des peuples devenus certes indépendants. Une autre carte de l’Afrique s’est dessinée, “carte du tendre” si l’on ose dire, tant l’affectivité a sa part dans cette grégarité qui s’alimente du passé.
L’Afrique de l’Ouest est, de ce point de vue, assez diverse. On y dénombre trois zones de colonisations différentes : la zone francophone, “grosso modo” l’ex-Afrique Occidentale française, qui regroupe huit Etats 15  ; la zone anglophone, caractérisée par une certaine discontinuité territoriale et rebelle, de ce seul fait, à l’unification 16 et la zone lusophone, tout aussi discontinue, avec seulement deux Etat 17 .
La France a cherché à regrouper ses ex-colonies avant même la consécration formelle de leur indépendance. La Convention d’Union douanière du 9 juin 1959 regroupait déjà des pays qui n’étaient pas encore souverains et demeuraient membres de la Communauté Française. Ces entités sont la Côte d’Ivoire, le Dahomey, la Haute-Volta, la Fédération du Mali, la Mauritanie et le Niger. Il s’agit presque de l’ex-AOF, seule la Guinée en est absente. Il existe du reste une relation de dépendance organique entre cette Union douanière - qui est dotée d’organes comme la Commission des Experts ou le Comité de l’Union - et la Communauté Française : ainsi, c’est la Cour arbitrale de la Communauté qui est appelée à trancher les litiges nés de l’application ou de l’interprétation de ladite Convention.
De la même manière, une organisation comme l’Union Africaine et Malgache (UAM), mise sur pied par la “Charte de Tanananve” du 7 septembre 1961, porte très clairement l’estampille de l’ex-colonisateur français. Au mois de décembre 1960, les futurs Etats- membres de l’UAM, réunis à Brazzaville, ont au demeurant solennellement affirmé la particularité de leur relation à la France. Bien des vicissitudes marqueront l’existence de cette organisation internationale, mais la création en 1967 de l’Organisation Commune Africaine et Malgache (OCAM), qui procède du souci de dépasser les divergences au sein de l’ex-UAM, ne réussira pas à gommer l’empreinte française. De sorte que pour certains, le caractère régional de cette organisation internationale fait question, du moins si l’on fait consister la substance du régionalisme dans la proximité géographique ou les solidarités économiques 18 . L’OCAM a profondément souffert de cette image et c’est sans doute l’une des raisons du discrédit qui ne tarde pas à la frapper : entre 1972 et 1973, cinq Etats la quittent, entamant son évanescence, et bientôt son agonie.
La Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEAO), créée en 1972, porte également le même stigmate. D’aucuns l’ont considérée comme une sorte de créature de la France, mise sur pied pour faire pièce au Nigeria anglophone 19 . A l’instar des organisations précitées, la CEAO n’a jamais réuni que des Etats francophones, situés dans la zone franc, c’est-à-dire dans le giron monétaire de la France, et du reste politiquement proches d’elle.
La disparition de la CEAO depuis 1994 n’a pas levé l’hypothèque coloniale dans le regroupement des Etats en Afrique de l’Ouest. L’Union Economique et Monétaire de l’Ouest- africain (UEMOA), créée en 1994 au lendemain de la dévaluation du franc CFA et appelée à se substituer à l’Union Monétaire Ouest-africaine (UMOA), établie en 1973, se situe à bien des égards dans la continuité de la CEAO. C’est la France qui, aux côtés de la Banque Mondiale, a encouragé et financé les études de faisabilité relatives à la transformation de l’UMOA en UEMOA. Dans de telles conditions, cette nouvelle organisation internationale a pu être présentée comme institutionnalisant une “situation de non exercice de leur souveraineté monétaire” 20 par les Etats- membres.
Pour être de moindre envergure, les efforts des deux autres ex-puissances coloniales en Afrique de l’Ouest ne doivent pas être négligés. La Grande Bretagne a tôt voulu “patronner” le processus d’indépendance de ses colonies, elle les a retrouvées dans le cadre du “Commonwealth”, forum aux relents volontiers sentimentaux, et elle a fortement inspiré leurs systèmes politiques, constitutionnels et administratifs. L’Angleterre sut également précéder le mouvement de décolonisation en accordant, la première, l’indépendance à un territoire d’Afrique noire : la Gold Coast en 1957. Le jour même de l’indépendance, le leader politique Kwame NKRUMAH fut libéré de prison, et nommé premier ministre. Au Nigeria, l’octroi de l’indépendance fut subordonné au maintien de la forme fédérale de ce pays. C’est le sens des efforts déployés par le Secrétaire d’Etat aux colonies de l’époque, Alan LENNOX BOYD 21 . Le Portugal a tout autant cherché à se constituer un “pré-carré” en suscitant, dès 1979, un Comité chargé de la coordination de sa coopération avec ses anciennes colonies. En 1985, le Sommet de Sao Tomé, convoqué dans ce cadre, évoque “une langue et un passé communs, des habitudes de solidarité nées des luttes anti-colonialistes et la poursuite d’objectifs sociaux et politiques proches” 22 . Mais c’est seulement en juillet 1996 que ce réseau de solidarités s’incarne formellement dans une organisation internationale, la Communauté des Pays de Langue Portugaise (CPLP) dont le siège est à Lisbonne et dont les membres, en Afrique de l’Ouest, sont le Cap-Vert et la Guinée Bissau 23 .
Cette diversité du passé colonial de l’Ouest africain n’a bien sûr pas favorisé une rapide intégration des peuples. L’ombre tutélaire des puissances coloniales se manifeste sous une autre forme, plus topique et moins systématique, dans la mesure où elle se rapporte spécifiquement au traitement des situations de crise. Elle est donc empirique et sporadique, et se traduit par la rencontre, souvent concurrente, de légitimités incarnées par des organisations différentes. Plus précisément, c’est l’organisation sous-régionale qui se voit “talonnée” par une ou plusieurs autres organisations, fondées sur d’autres considérations parmi lesquelles, souvent, ce passé colonial. C’est dans le cadre du traitement des situations conflictuelles ou périlleuses que ce télescopage des légitimités a lieu. Il s’agit en l’espèce de concurrence plus de d’affrontement, même si, en pratique, une telle concurrence pourra être ressentie comme “déloyale” par l’organisation Ouest-africaine. L’immixtion de l’ancienne puissance coloniale dans le jeu diplomatique ou dans le règlement pacifique du différend vient rappeler la réalité du pouvoir de celle-ci, et, inversement, étaler les limites des organisations africaines.

2. La suppléance de fait des organisadons sous-régionales dans le traitement des crises
Le péril qui caractérise de telles situations, l’urgence qui les émaille, conduisent à ne rejeter aucune bonne volonté conciliatrice ou médiatrice. Une double pression va s’exercer sur l’organisation sous-régionale : celle de la crise elle-même, qui requiert célérité pour son traitement, et celle d’être, pour ainsi dire éclipsée par une autre organisation internationale qui poursuit les mêmes objectifs qu’elle devant une situation donnée. D’un point de vue juridique, les organisations Ouest-africaines ne sauraient prétendre au monopole du traitement de tels différends. Rien dans leur droit originaire ou dérivé ne les y autorise, et du point de vue strictement politique, toute récusation d’une bonne volonté “extézieure” serait maladroite et quelque peu mesquine. Elles se trouvent donc dans l’obligation de fait de subir la concurrence, c’est-à-dire de s’exposer au discrédit.

Les divers exemples pertinents montrent qu’en fait, des tiraillements sont souvent nés de cette concurrence. Les limites et les carences de l’organisation sous-régionale ont été comme mises à nu par les interventions extérieures. C’est dans cette perspective que le télescopage des légitimités représentées par les diverses interventions doit être envisagé comme une hypothèque : non du point de vue de la réalisation de la paix, objectif toujours bienvenu, mais bien dans la mesure où la crédibilité des organisations Ouest-africaines a pu pâtir de la pression résultant d’“ingérences” dans les affaires sous-régionales.
Deux crises l’ont illustré. La première concerne la Guinée Bissau, où une rébellion a éclaté au mois de juin 1998 dans les rangs de l’armée. Le général A. MANE, chef des mutins, entendait ainsi s’opposer à la décision de l’autorité politique de nommer un nouveau chef d’état major général des armées. La crise qui va en naître va donner lieu à diverses tentatives de médiation, concurremment initiées par CEDEAO et par la Communauté des Pays de Langue Portugaise (CPLP). Cette dernière organisation a commencé à intervenir au moment où les bons offices sous-régionaux semblaient entrer dans une impasse. C’est sous les auspices de la CPLP que le 26 juillet 1998, un Mémorandum est signé entre le gouvernement Bissau Guinéen et les rebelles. Cet accord stipule l’organisation de nouvelles élections et, dans l’immédiat, l’ouverture de “couloirs humanitaires” pour venir en secours aux populations civiles. La CEDEAO ne s’est jamais considérée comme liée par ce Mémorandum. Ce n’est qu’au mois d’août qu’une rencontre entre les représentants des deux organisations a lieu, elle se conclut par un communiqué conjoint annonçant la fusion des deux médiations “jusque-là concurrentes” 24 . La rivalité qui avait marqué ce processus de paix ressort très clairement de la déclaration du Secrétaire Exécutif de l’organisation sous-régionale dans son Mémorandum sur les situations en Sierra Leone et en Guinée Bissau, à la réunion d’Abuja des Ministres des Affaires Etrangères. Il y évoque sans ambages des “manœuvres de la CPLP tendant à priver la CEDEAO de jouer un rôle au cours des négociations” 25 .
Les développements de la situation sierra- léonaise ont également mis en évidence ce risque de rivalité dans le traitement des crises sous-régionales. Cette fois, la concurrence est venue de l’ancienne puissance coloniale, la Grande Bretagne. C’est surtout le contexte dans lequel cette dernière intervient en Sierra Leone qu’il importe de souligner : celle d’une montée des périls et d’une sorte de relégation de la CEDEAO.
C’est en effet dans le cadre de sa Force de maintien de la paix -l’ECOMOG-QUE cette organisation est intervenue en Sierra Leone. Le désengagement de cette Force Ouest- africaine est consécutif à la signature des accords de Lomé du 07 juillet 1999, accords inspirés, déjà, par la Grande Bretagne et les Etats-Unis. Or, aussitôt après le départ de la Force sous-régionale, les rebelles prennent en otages près de cinq cents “casques bleus” de la Mission des Nations Unies en Sierra Leone, supposée prendre la relève. C’est dans ce contexte, qui marque le dessaisissement de fait de la CEDEAO, que l’ancienne puissance coloniale va entrer en jeu, au nom du sauvetage des ressortissants des Etats- membres du Commonwealth 26 . En réalité, la Grande Bretagne est allée bien au-delà de cet objectif humanitaire. Son intervention en Sierra Leone, qui prend un tour décisif après l’échec du sommet sous-régional du 9 mai 2000 27 , a été sa plus vaste opération militaire depuis la guerre des Malouines en 1982. C’est principalement elle qui a imprimé au traitement de la crise ses différentes tournures : d’abord le règlement pacifique (accords de Lomé de juillet 1999), puis une action contre les forces antigouvemementales, selon des termes que le Général commandant les troupes britanniques ne s’interdisait pas, de son propre aveu, d’interpréter “de façon libérale”. A vrai dire, la Sierra Leone devenait l’affaire de la Grande Bretagne au moment où elle cessait, dans la pratique, de relever de la CEDEAO. Il y a quelque chose d’ahurissant dans la déclaration du Secrétaire d’Etat Britannique aux Affaires étrangères, relative à un Etat souverain doté d’institutions légitimes. Selon l’officiel anglais, “l’accord de paix pourrait être restauré, mais sans SANKOH, c’est-à-dire le camp rebelle ». En d’autres termes, la Grande Bretagne n’a pas exclu de déterminer elle-même les participants au processus de paix. Des observateurs britanniques n’ont d’ailleurs pas manqué de relever le caractère quelque peu anachronique du comportement de l’ex-puissance coloniale. L’un d’eux a pu ainsi déclarer : “C’est étrange. Nous avons toujours critiqué les Français qui ont francisé leurs ex-colonies, qui y sont intervenus régulièrement et y ont combattu après les indépendances. Or, nous-mêmes, qui avons totalement lâché nos colonies, reproduisons le schéma français à Freetown” 28 .
Dans les deux cas qui viennent d’être cités, qui sont loin d’être les seuls 29 , la réintroduction de l’ancienne puissance coloniale dans le jeu diplomatique a plus ou moins discrédité les organisations sous-régionales. Mais le poids de la colonisation ne s’est pas manifesté de cette seule façon. L’hypothèque du passé a également pesé sur les initiatives des Etats Ouest-africains eux-mêmes.

Section 2 : Les handicaps des Etats émancipés
Ils se sont traduits par la difficulté de s’évader des conditionnements coloniaux déjà évoqués, et par l’échec subséquent des premières tentatives de regroupement.

1. La difficulté de penser l ’ émancipation hors des schémas coloniaux
Pendant longtemps, la décolonisation a été pensée non de manière globale ou solidaire, mais en fonction d’une communauté forgée par le colonisateur. Les colonies anglophones, francophones et plus tard lusophones, se sont longtemps enfermées dans leurs particularismes linguistiques et leur tête-à-tête avec les puissances coloniales. Ce colloque est bien sûr exclusif: en choisissant de discuter de l’indépendance “entre soi”, on exclut les autres.
Ainsi, dans les colonies anglaises, un mouvement d’émancipation s’esquisse assez tôt, dans les années 20. La première réunion des élites africaines indépendantistes a du reste lieu en 1920, mais il est entendu qu’il s’agit d’un “Congrès national de l’Afrique occidentale britannique”. Ce congrès revendiquait le bénéfice des recommandations d’un rapport parlementaire de 1865, qui parlait “d’encourager chez les indigènes l’exercice de ces qualités qui peuvent permettre de leur transférer de plus en plus l’administration et le gouvemement. “ Plus généralement, au moment où les colonies britanniques d’Asie accèdent à l’indépendance, à la fin de la deuxième guerre mondiale, le gouvernement travailliste anglais, dans un “Livre bleu”, évoque déjà l’idée d’un “Commonwealth des Nations” dont le gros des bataillons sera effectivement fourni par les ex-colonies 30 .
En 1943, est publié un Mémorandum intitulé “La Charte de l’Atlantique et l’Afrique occidentale britannique ”, à l’initiative de N. AZIKIWE, leader du “National Council of Nigeria and Cameroons” (NCNC) et futur Président du Nigeria Cette initiative montre encore que les colonies anglaises entrevoyaient l’indépendance à l’exclusion des autres colones.
Dans les possessions françaises également, la perspective d’un regroupement postérieur aux indépendances fut longtemps pensée sans les autres peuples. A la veille du référendum de 1958 censé les maintenir ou les exclure de la Communauté (l’Union Française), le Mogho Naba, chef des Mossi en Haute Volta, s’exprime ainsi : “Pour ma part, un choix demeure capital : l’Afrique d’expression française est une réalité politique, économique et culturelle, dont nous avons le devoir impérieux de sauvegarder l’unité ... je demeure partisan d’une fédération des Etats d’A.O. F... car le morcellement nous conduirait à une telle exaspération des particularismes que l’œuvre de la France risquerait de ne pas porter tous ses fruits” 31 .
Révélatrice est également la position exprimée, dans le même contexte, par le futur président du Niger Hamani DIORI. Pensant très clairement au risque d’une hégémonie sous-régionale du Nigeria anglophone, il se déclare “partisan de la personnalité affirmée des Etats et d’une coordination économique inter- Etats, à partir de laquelle pourraient se créer, à travers la solidarité économique, les conditions et les liens d’une solidarité politique qui sauvegarde l’unité de l’ensemble français de l’Ouest - africain ” 32 . L’aveu du sénégalais Lamine GUEYE achève de prouver à quel point l’ombre de la France planait sur toute tentative d’unification de l’Ouest africain : “Nous pourrons tout par la France, tout par la République, jamais rien sans la France, jamais rien sans la République” 33 .
Ces particularismes liés au passé colonial sont tellement ancrés qu’un pan-africaniste aussi convaincu que le premier chef de l’Etat centrafricain, B. BOGANDA, semble s’y résigner. Selon lui, l’Afrique ne pouvait échapper à des subdivisions sur la base du passé culturel ou colonial. Il s’agissait d’abord, de son point de vue, d’un fait. A partir de là, il conçoit le projet d’“Etats-Unis de l’Afrique Latine”, qu’il dévoile le 17 octobre 1958 à la tribune du Grand Conseil de l’Afrique Equatoriale Française. Il cherchait surtout à sauvegarder l’unité de ce qui est aujourd’hui l’Afrique centrale. Il estimait que le continent était divisible en trois zones : le Maghreb et l’Afrique Orientale, avec le leadership égyptien, l’Afrique de l’Ouest, avec un leadership anglophone (Nigeria ou Ghana) et les “Etats-Unis d’Afrique latine” que la Communauté devait aider à s’établir 34 .
Il est vrai que les termes mêmes du référendum du 28 septembre 1958 étaient clairs. L’alternative se situait entre le regroupement au sein d’une Communauté avec la France, et la sécession, option qui fut celle de la Guinée qui vota “non”. La constitution de la V° République Française elle-même avait aménagé la possibilité, pour la République, de “conclure des accords avec des Etats qui désirent s’associer à elles pour développer leurs civilisations”(art.88). Mais il ne fait pas de doute que cette disposition de l’article 88 avait d’abord vocation à s’appliquer aux colonies d’Afrique noire. C’est pourquoi elle a constitué, jusqu’à la modification opérée par la loi constitutionnelle française du 4 août 1995, l’unique article d’un titre relatif, précisément, aux “accords d’association”. C’est bien une union de type fédéral que la France entend instituer avec ces “peuples coloniaux” 35 .
La difficulté de penser l’intégration hors des schémas coloniaux s’est concrètement traduite par l’échec des regroupements sous-régionaux au cours des années 60.

2. L’échec desprenuere tentatives de dépassement
L’hypothèque de la colonisation fut si pesante qu’elle annihila toutes les tentatives qui s’inscrivirent en faux avec elle. Certes, des initiatives comme la mise en place de la “West African National Secretary” à Londres, en 1946, et dont l’ambition est de rassembler les peuples de la sous-région sous domination française et britanniques, traduisent bien la prise de conscience de la nécessité de rompre avec les conditionnements du passé. Mais outre que de telles entreprises ne sont pas nombreuses, elles vont, en fait, se solder la plus part du temps par des échecs.
Ainsi, un projet comme celui de la Communauté des Etats africains indépendants, évoqué au mois de juillet 1959, tourne court. L’idée n’eut pas de suite, et il est certain que la déconvenue est imputable aux appréhensions, non-dits, et méfiances entre ses promoteurs, entre le Liberia certes jamais colorsissé mais que les Etats-Unis ont pris sous leur aile protectrice, et les autres partenaires, le Ghana et la Guinée, au passé plus tourmenté et aux vues plus ardentes 36 . De même, certains hommes politiques ont opposé une fin de non-recevoir au projet libérien des “Etats associés d’Afrique” dans la mesure où ils y ont vu la main des Etats-unis d’Amérique 37 .
Il n’est pas douteux, non plus, que les rivalités entre une organisation comme l’Union Africaine et Malgache (UAM) - d’où sortira, après bien des vicissitudes, l’Organisation Commune Africaine et Malgache (OCAM, 1967) — et le “Groupe de Casablanca” (mis sur pied par la Charte de Casablanca du 7 janvier 1961) tiennent, au moins en partie, à la nature de la relation qu’ils entendent instaurer avec leurs anciennes puissances coloniales. Plus exactement, ce “Groupe de Casablanca”, qui unissait des Etats au passé aussi différent que le Maroc, l’Egypte, la Libye, la Ghana et le Mali, entendait se poser en réplique à une UAM dont les linéaments avaient été esquissés, quatre plus tôt, par ce qui n’était encore que le “Groupe de Brazzaville”, lequel avait, justement, proclamé sa fidélité à la France.
Mais au-delà de ces divergences, c’est l’échec du “Groupe de Casablanca” qu’il importe de relever. Ce “forum” - qui est une véritable organisation internationale dans la mesure où il est doté d’organes permanents 38 - s’est voulu, nous l’avons vu, une tentative de dépassement des clivages coloniaux. Or, sur la question même du panafricanisme, cette coalition ne tarde pas à faire les frais d’une divergence entre les Etats- membres de l’Union des Etats Africains (créée par la Charte d’Accra du 29 avril 1961 regroupant le Ghana, la Guinée et le Mali) et les autres. Il s’est avéré, à l’épreuve des faits, que les thèses pan-africanistes les plus hardies, soutenues par les Etats d’Afrique Noire, ne seront pas consacrées. Le fait est qu’une sorte de déterminisme historique — déterminisme colonial — semble gouverner la question du regroupement des Etats de l’Afrique de l’Ouest. Dans les années 60, tout se passe comme si toute bonne volonté fédératrice était condamnée à abdiquer devant les pesanteurs du passé. Or, l’idée d’intégration est une idée progressiste, futuriste, évocatrice. Sa liaison au passé dessert sa dynamique pionniére.
Une telle situation peut connaître des prolongements sur une échelle qui dépasse les Etats africains eux-mêmes. Les relations entre la Communauté Economique Européenne et les anciennes colonies d’Afrique constituent une manifestation inattendue mais logique, de l’hypothèque coloniale. Le Traité de Rome de 1957 renfermait un Titre IV relatif aux rapports, que l’on voulait particuliers, entre la nouvelle organisation internationale et les colonies qui commencent à s’émanciper. Cette disposition avait été introduite à l’initiative de la France, qui en avait fait une condition de sa participation à la Communauté 39 . Théoriquement cependant, elle devait s’appliquer à tous les Etats devenus indépendants et n’avait aucun caractère discriminatoire. En pratique, cette partie du Traité jouera uniquement au profit des anciennes colonies françaises. Cela tient au fait que les deux autres puissances coloniales, la Grande Bretagne et le Portugal, n’adhéreront à la CEE que beaucoup plus tard (1972 et 1985 respectivement). Ainsi, les Etats “ACP” furent essentiellement des Etats francophones, alors regroupés au sein des “Etats Africains et Malgache associés”. Dans la mesure où les Etats anglophones et lusophones en étaient les grands oubliés, les relations “CEE-ACP”, traduites dans les “Accords de Yaoundé” puis “de Lomé”, ne contribuaient pas au rapprochement des Etats en Afrique en général, et en Afrique de l’Ouest en particulier. La leçon qu’il importe également de tirer de cette expérience, c’est que la conjoncture historique, une fois encore, disqualifie l’effort de dépassement des clivages nés de la colonisation. Cette disqualification semble administrer la preuve qu’hors du soutien de l’ancien maître, il n’y a pas de salut pour les regroupements régionaux ou sub-régionaux.
Le boulet du passé doit être évoqué à un autre égard, non plus vraiment colonial, mais culturel. C’est la situation des pays arabophones dans une Afrique noire jouissant, aux termes du Professeur Cheikh Anta DIOP, d’une “unité, culturelle” 40 , qui fait ici question. De fait, une sorte d’insularité arabe en Afrique noire existe. Dans la perspective de l’intégration, cette circonstance n’est pas toujours favorable. Le particularisme arabe eut à s’exprimer dès 1956 avec le projet d’une Fédération nord africaine. Plus récemment, c’est l’Union du Maghreb Arabe (UMA) qui a été créée par le Traité de Marrakech de 1989. Cette organisation internationale repose sur des “liens étroits basés sur une histoire, une religion et une langue communes”, et elle regroupe l’Algérie, la Libye, le Maroc, la Mauritanie et la Tunisie. C’est la situation de la Mauritanie qui a posé problème. D’abord du point de vue de la délimitation même de l’espace dont elle relève, de la géographie dans laquelle elle s’insére : c’est la question de la définition de la sous-région Ouest africaine, sur lequel nous reviendrons 41 . D’autre part, d’aucuns ont vu, dans la décision de cet Etat de se retirer de la CEDEAO, annoncée en décembre 1999, une éviction qui annonce une élection : celle de n’appartenir qu’à l’UMA, organisation aux fondements tellement culturels, au détriment, bien entendu, de sa culture négroafricaine.
L’hypothèque coloniale, sous des formes diverses, a donc incontestablement pesé sur les tentatives de regroupement des Etats en Afrique de l’Ouest Elle n’est évidemment pas la seule à avoir joué.
CHAPITRE II : L’HYPOTHEQUE POLITIQUE
L’Afrique de l’Ouest n’a pas échappé à cette donnée fondamentale des relations internationales que fut la rivalité Est-Ouest. A vrai dire, c’est tout le continent africain qui fut traversé par cette fracture. Une organisation comme l’OUA faillit en éclater dans les années 75-80, à l’occasion de la discussion de questions comme celle du soutien aux mouvements de libération rivaux d’Angola ou du Mozambique, l’admission de la “République Arabe Saharaoui Démocratique” ou celle du “non-alignement”. La ligne de partage était toujours la même : “pays modérés” contre “pays progressistes”, et le thème de la “pénétration soviéto-cubaine”en Afrique scandait la controverse.
Il n’est certainement pas exagéré de voir dans la re-dynamisation du processus d’intégration, dans les années 90, une des manifestations de la fin de la rivalité Est-Ouest. A bien des égards, le renouveau constaté en la matière tient à une certaine “dépolitisation”, et la terminologie même s’en ressent. Il serait intéressant de comparer le ton des déclarations, communiqués finaux et autres actes pris par ces organisations internationales. La tournure polémique et le caractère volontiers allusif de ceux-ci se sont estompés, l’approche de l’intégration est devenue plus pragmatique et moins “militante”.
Un autre fait l’atteste. Le bilan des organisations Ouest-Africaines dans les années 90 reste très mitigé. Il s’avère que celles qui ont le mieux réussi, celles qui s’acquittent le mieux de leur mission sont les organisations très sectorielles, à l’objet relativement restreint et au champ d’intervention bien défini. Des regroupements comme l’Organisation de la Mise en Valeur du Fleuve Sénégal (OMVS) ou l’Union du Fleuve Mano (UFM), plus préservées de la politisation parce qu’ayant un objet très technique, affichent des résultats plus flatteurs. Si l’on peut parler de politisation nouvelle des organisations Ouest-africaines, c’est dans la mesure, très différente, où celle-ci traduit un saut qualitatif dans le processus d’intégration et une cohésion autour de valeurs fondamentales. Autant la politisation d’antan fut une hypothèque et un facteur de division, autant celle d’aujourd’hui traduit un consensus 42 .

Section 1 : L’impact des antagonismes idéologiques
L’Afrique de l’Ouest a bien illustré ces rivalités. Les organisations internationales qui sont constituées le sont souvent sur des bases idéologiques et demeurent, de fait, “fermées”. Il est à peine exagéré de dire que dans un tel contexte, l’organisation internationale est d’abord un facteur de différenciation, elle structure des antagonismes, formalise des désaccords. Logique de la bipolarisation qui ne tarde pas à faire sentir ses effets dans la vie et le fonctionnement mêmes des organisations : puisque l’Etat n’existe que par son régime politique et son orientation idéologique, il suffira que ce régime change pour que sa participation à l’organisation internationale soit remise en cause. Le principe de la continuité de l’Etat et le respect de ses engagements internationaux sont, de fait, niés.

1. La bipolarisation de l’espace organisationnel
Dès 1946, à la Conférence de Londres convoquée par le “West African National Secretary” qui rassemblait des hommes politiques Ouest-africains, SENGHOR et APITHY lancent le projet de création d’une “Union des Républiques Socialistes d’Afrique Occidentale”. Cette Union avait un caractère idéologique et discriminatoire assez marqué.
Mais la bipolarité la plus spectaculaire met en jeu le “Groupe de Brazzaville” et celui “de Casablanca”. Le premier se dessine dès le mois d’août 1960, au terme d’une réunion organisée à Abidjan et relative à l’examen des “grands problèmes africains de l’heure”. Au mois de décembre 1960, le “Groupe de Brazzaville”, réuni dans la capitale congolaise, est né. Il s’agit surtout d’un regroupement d’Etats “modérés” et francophones 43 . En 1961, le Groupe s’organise en “Union Africaine et Malgache” (UAM) avant de se muer, devant les réticences de certains de ses membres (Etats- membres du Conseil de l’Entente notamment) à la voir se décharger des questions politiques au profit de l’OUA, en Organisation Commune Africaine et Malgache (OCAM, 1967).
C’est le “Groupe de Casablanca” qui va être la réplique de l’UAM. Sa création résulte, nous l’avons vu, d’une initiatives lancée par le Roi Mohamed V en janvier 1961. La Charte qui sort de cette réunion de Casablanca fixe le but de la nouvelle organisation internationale : “faire triompher les libertés dans toute l’Afrique, réaliser son unité, et cela dans le cadre du non-alignement, la liquidation du colonialisme et du néo-colonialisme sous toutes leurs formes”. Outre le Maroc, l’Egypte et la Libye, trois Etats d’Afrique de l’Ouest font partie du Groupe : le Ghana, la Guinée et le Mali.
Ce sont ces trois derniers Etats qui portent, avec le plus d’enthousiasme, le flambeau du camp “progressiste”. L’année même de la constitution du Groupe de Casablanca, ils créent, entre eux, l’Union des Etats Africains (UEA). Théoriquement “ouverte à tout Etat ou Fédération d’Etats d’Afrique qui en accepte les buts et les objectif”, l’Organisation internationale ne regroupera, en fait, que les trois Etats précités. Une lecture attentive de la “Charte d’Accra” du 29 avril 1961, qui l’institue, peut d’ailleurs faire naître un doute quant au caractère “ouvert” de l’UEA. Au titre des objectifs de l’organisation, le paragraphe 5 évoque en effet la “définition d’une orientation commune des directives sur la planification économique visant à la décolonisation complète des structures héritées du régime colonial et l’organisation de l’exploitation des richesses des pays dans l’intérêt des populations”. Il existe en outre, parmi les organes de l’Union, un Comité chargé d’assurer “une orientation idéologique commune indispensable au développement de l’Union”. Très vite, au reste, les Etats -membres de l’UEA expriment une conception très jalouse de leur souveraineté et prennent, par des mesures très symboliques, leurs distances vis-à-vis de l’ancienne puissance coloniale. La Guinée crée sa propre monnaie, elle sera suivie par le Mali. Quant au Glana, s’il reste dans la “zone sterling”, il met fin à l’union monétaire avec les autres colonies anglaises de l’Afrique de l’Ouest.
Autour de tous ces grands blocs, des divergences ne vont pas tarder à se faire jour. Dès sa création, le “Groupe de Brazzaville” avait été critiqué par le Ghana et le Mali, qui y avaient vu une “survivance du colonialisme” 44 . En créant, aux côtés de la Guinée, l’UEA, ces deux Etats disaient rejeter toute idée d’intégration “fondée sur la langue coloniale”.
En 1960, l’unité de l’Afrique dans son ensemble est mise à mal par la crise congolaise. Le “Groupe de Brazzaville”, sous la houlette de H. BOIGNY, soutient KAZAVUBU alors que l’Afrique “progressiste” est favorable à LUMUMBA. La Guinée et le Mali se retireront, pour cette raison, du Groupe africain à l’ONU. C’est également pour des raisons idéologiques que ces deux Etats refuseront de participer aux réunions de Monrovia et de Lagos de 1961, censées surmonter les dissensions de l’époque. Une autre organisation internationale dont le projet est formé dans cette même période, - Organisation inter africaine et Malgache — ne verra jamais le jour, mais elle aurait, sans doute, pâti des antagonismes politiques.

2. L’incidence des troubles politiques sur le fonctionnement des organisations internationales
Elle tient, bien entendu, à la politisation outrancière qui affecte les organisations africaines. Les Etats n’existant que par l’idéologie à laquelle ils s’affilient, tout changement de leur régime politique entraîne une remise en cause de leur appartenance aux organisations internationales. Or, dans les années 60, le coup d’Etat est le mode ordinaire d’accès au pouvoir. Autant dire qu’il se produit souvent, et perturbe le fonctionnement des organisations auxquelles l’Etat est membre. Du jour au lendemain, un Etat peut s’affranchir de ses obligations de membre, quand, à l’inverse, il n’est pas tout simplement mis à l’index à la suite de changements politiques internes. La politisation des organisations intex-nationales africaines est, de ce point de vue, un facteur d’insécurité juridique, elle porte une dynamique de remise en question des principes du droit international en même temps qu’elle constitue un élément retardateur de l’unité.
L’histoire de l’idée de Fédération du Mali l’a montré. Un Etat comme la Haute Volta, qui a participé à la réunion de Dakar de janvier 1959, consacrée à la mise sur pied de cette Fédération, s’est brusquement retiré du processus à la suite d’un changement de gouvernement, alors même qu’une Constitution “fédéraliste” — celle du 17 janvier 1959 — avait été adoptée à l’unanimité par l’Assemblée législative. Le Niger et le Dahomey se retireront également de ce qui n’était certes encore qu’un projet. L’échec de Djibo BAKARY et la victoire de l’anti-fédérafiste APITHY aux élections d’avril 1959 ramèneront la Fédération effective à deux Etats : le Sénégal et le Soudan 45 .
Le changement de régime politique au Togo, au début de l’année 1963, va également perturber de manière spectaculaire le fonctionnement de deux organisations d’Afrique de l’Ouest : l’UEA et le Conseil de l’Entente. Dans la première, le Ghana a immédiatement reconnu le nouveau gouvernement de GRUNITZKY, alors que la Guinée est hostile à celui-ci. Au sein du Conseil de l’Entente, les nouvelles autorités togolaises s’abstiennent de se faire représenter pour éviter une crise dans l’Organisation. Devant cette menace, cette Organisation internationale suspend d’ailleurs l’étude de la question de la reconnaissance du nouveau gouvernement togolais.
Au demeurant, le changement de régime au Togo provoque de nouvelles lignes de fracture au sein des “Groupes” précédemment évoqués de “Brazzaville” et “Casablanca”. Des Etats comme le Sénégal, le Dahomey et le Ghana ont reconnu le nouveau régime ; d’autres, comme la Côte d’Ivoire, le Nigeria et la Guinée réclament la mise en place d’une commission d’enquête pour élucider les conditions de la mort du Président Sylvanus OLYMPIO. A l’intérieur du “Groupe de Monrovia”, les divergences d’appréciation et les risques subséquents de division conduisent les Etats, réunis à Lagos, à ajourner l’examen de la question de la reconnaissance du nouveau gouvernement du Togo. Le “Groupe de Casablanca” fera de même à la Conférence de Marrakech 46 .
La chute du Président du Dahomey Hubert MAGA affecte également le fonctionnement d’une autre Organisation, le Conseil de l’Entente. Au mois de novembre 1963, un Etat membre, le Niger, refuse de recevoir une délégation des nouvelles autorités dahoméennes et provoque, en rétorsion à cette marque d’ostracisme, la fermeture du port de Cotonou à tout trafic avec le Niger. La tension ne baissera qu’une année plus tard, à la réunion d’Abidjan de janvier 1965 47 .
L’Organisation Africaine Mauricienne et Malgache (OCAMM), regroupement d’Etats classés “modérés”, fit également les frais des dissensions politiques entre ses membres. L’antagonisme a ceci de singulier qu’il concerne ici l’OCAMM elle-même et une Organisation continentale, l’OUA. A deux reprises notamment, pour des raisons purement politiques, les Etats- membres de l’OCAMM vont prendre leurs distances vis-à-vis de l’Organisation panafricaine. A la deuxième Conférence au sommet de celle-ci, qui a lieu à Accra en 1965, les Etats modérés font défection parce que la réunion est présidée par le “progressiste” Kwame NKRUMAH 48 . Bien sûr, la mise à l’écart de celui-ci et le changement de l’idéologie officielle mettront un terme à la brouille. Les événements du Biafra, entre 1968 et 1970, vont derechef opposer l’OCAMM, qui soutient le camp sécessionniste, et l’OUA, favorable au gouvernement central du Nigeria 49 .
Enfin, la question congolaise suscita des tiraillements au sein de l’Organisation Commune Africaine et Malgache (OCAM). La République Démocratique du Congo y fut admise en mai 1965 à la Conférence extraordinaire d’Abidjan, mais cette admission ne fut l’œuvre que de sept Etats, sur les douze que comptait l’Organisation. Or, ces sept Etats étaient tous favorables à M. TSCHOMBE. Au demeurant, ce parti pris idéologique était difficilement justifiable en droit puisqu’au moment où il intervient, il n’existe pas encore d’acte constitutif proprement dit de l’Organisation. La Charte de l’OCAM ne sera adoptée qu’en juillet 1966 à Tananarive par les ministres des Affaires étrangères. L’excessive politisation de l’OCAM va, de l’aveu même de l’ambassadeur de cet Etat, conduire la Mauritanie à se retirer de celle-ci 50 .
Quand elles ne donnent pas lieu à des tensions ouvertes allant jusqu’à mettre en cause la survie même des organisations internationales, les différences d’orientation politique des Etats peuvent susciter des dysharmonies préjudiciables à la bonne réalisation des objectifs définis par l’organisation. Tel a été le cas à la CEDEAO, s’agissant de la négociation des “règles d’origine et du Protocole portant sur les entreprises communautaires”. Alors que les Etats modérés étaient adeptes d’une approche libérale, laissant place à une participation extra-communautaire, les autres, inspirés par le socialisme, inclinaient pour une participation étatique et exclusive 51 .
Toutes ces divergences politiques et idéologiques, qui minent bien entendu le fonctionnement des organisations en cause, trahissent parfois des ambitions plus subjectives, c’est-à-dire des querelles de leadership.

Section 2 : Les querelles de leadership
Le fondement de telles prétentions diffère selon les Etats. Il peut d’abord consister en une sorte de prestige conféré par l’histoire, la nostalgie d’un certain passé en quelque sorte. Le leadership peut également vouloir s’appuyer sur une puissance économique ou militaire, dont on semble ainsi requérir la ratification juridique ou politique. Dans l’ensemble Ouest africain, quatre Etats ont cherché à imprimer leur marque aux divers essais d’intégration. Il s’agit du Sénégal, du Ghana, de la Côte d’Ivoire et du Nigeria. Le leadership ivoirien se distingue toutefois des autres dans la mesure où son inspiration est plutôt négative, c’est-à-dire réactive. La Côte d’Ivoire cherche à fédérer des Etats autour d’elle parce qu’elle est opposée à la philosophie de l’intégration défendue par le Ghana et le Sénégal notamment Elle s’inscrit en faux, plus qu’elle n’ouvre des pistes. De ce point de vue, son attitude doit être dissociée des autres.

1. Les précellences insinuées
Le Sénégal a montré dans les années précédant les indépendances, qu’il entendait, dans la nouvelle Afrique de l’Ouest, garder le rôle qui fut le sien dans l’AOF. La création même de cette AOF, dont Dakar était la capitale, avait suscité la crainte d’une hégémonie sénégalaise en Afrique de l’Ouest Dans une pétition du 28 mars 1895, les commerçants de la sous-région s’inquiétaient, pour la bonne marche de leurs affaires, de l’“annexion”de la Guinée au Sénégal 52 . Dans l’organe “La liberté des colonies” du 16 juin 1895, on lit qu’ “on aurait dû laisser la Guinée et la Côte d’Ivoire en dehors de la “combinaison” car, éloignées du Sénégal, elles ne gagneront rien à devenir des satellites gravitant autour de Saint-Louis ou de Dakar”. Devant le Grand Conseil de l’AOF, à la séance du 29 octobre 1954, le député du Soudan Fily DABO CISSOKO affirme sa conviction que “de plus en plus, Dakar prendra de l’importance en AOF. Personne, ajoutait-il, ne peut s’opposer à cela Dakar... restera toujours la capitale de la Fédération” 53 . L’AOF elle-même constituait, sur le continent africain, la première grande tentative d’unification sous-régionale entreprise par une puissance coloniale, entreprise au demeurant facilitée par les ambitions fédéralistes des grands empires pré-coloniaux Ouest-africains. Le Gouvernement général de l’AOF voit le jour en 1895.
La place du Sénégal dans l’AOF ne résultait pas d’une élection arbitraire. Outre l’avantage de sa situation géographique, le pays avait un poids économique relativement important. Avec la Côte d’Ivoire, il constituait le principal pourvoyeur de ressources de la sous-région. M. Louis DELMAS, rapporteur de la Commission des finances lors de la discussion du budget général du Grand Conseil en 1955, mit bien en évidence le fait que “six territoires de la Fédération sur huit, non seulement ne contribuaient pas au financement des services centraux et fédéraux ainsi qu’aux dettes fériérales, mais en outre recevaient du budget général et, pour parler plus clairement, des deux autres territoires (Côte-d’ivoire et Sénégal) des sommes supérieures aux recettes effectuées dans leur propre territoire au titre du budget général” 54 .
Capitale de l’AOF, doté d’un grand port, d’un chemin de fer qui le reliait au Niger, Dakar était un point de passage obligé pour les activités importatrices et exportatrices de la Mauritanie et du Soudan. Outre quelques grands services de l’Administration coloniale comme l’Ecole Fédérale de police, l’Hôpital Le Dantec, l’Institut d’Hygiène Sociale, Dakar abritait l’Exécutif Fédéral.
En termes politiques, la suprématie du Sénégal s’est notamment traduite par son leadership dans le projet de Fédération du Mali. Déjà en 1946, à la Conférence de Londres convoquée par le “West African National Secrctary”, L.S. SENGHOR avait joué un rôle prééminent De même, en 1956-57, au moment où la “Loi Cadre”est adoptée, l’homme d’Etat sénégalais s’est posé en chantre de l’union Ouest-africaine. Sa campagne électorale a mis en garde contre la “balkanisation” de l’Afrique. Mais c’est surtout dans le cadre de cette Fédération du Mali que le Sénégal révèle ses ambitions au leadership Ouest-africain. SENGHOR, qui avait créé en février 1958 le Parti du Regroupement Africain, avait fixé comme objectif à celui-ci “la réalisation de l’unité africaine dans le cadre d’une République fédérale dont la Fédération du Mali constitue la première étape” 55 . A cette fin, une réunion qui regroupe 44 représentants du Sénégal, du Soudan, de la Haute Volta et du Dahomey s’ouvre en janvier 1959 à Dakar. On sait ce qu’il adviendra d’un tel projet. Après les défections de la Haute Volta, du Niger et du Dahomey, la Fédération ne regroupera que le Sénégal et le Soudan. Elle éclatera peu de temps après sa création, en 1959.
Néanmoins, le Sénégal continuera à manifester sa vocation dirigeante au nom de sa qualité de pionnier dans le mouvement culturel africain : Dakar a abrité le premier festival mondial des Arts nègres en 1966 et le Président SENGHOR a joué le rôle que l’on sait dans la revendication de la “négritude”.
Le leadership Ghanéen s’appuie, autant que celui du Sénégal, sur des éléments objectifs et subjectifs. Le nom même de Ghana, tout d’abord, vient de celui de la Compagnie maritime “Black Star Line”, créée par Marcus GARVEY, pour le retour en Afrique des Noirs 56 . Mais si le lustre du Sénégal dérivait d’un certain passé, les ambitions du Ghana sont en quelque sorte tournées vers l’avenir. C’est dans sa perception très exigeante de l’émancipation de l’Afrique que le pays va tirer sa prétention à inspirer celle-ci. Et de fait, dans les années d’indépendance, Accra est la capitale des grandes initiatives africaines. Le slogan “Peuples de l’Afrique de l’Ouest, unissez-vous !” est initié par Kwame NKRUMAH en 1945, au cinquième Congrès panafricain de Manchester. Cette réunion fut l’occasion de la rédaction d’une “Lettre ouverte” à G. ATLEE, Premier ministre britannique. Il était question, dans cette lettre, de hâter le processus de décolonisation. En 1953, le Congrès de Kournassi, au Ghana, est l’occasion de la création du “Congrès National Ouest-africain” dont le secrétariat se trouve à Accra. Le Ghana lui-même est indépendant dès 1957. En 1960, NKRUMAH organise à Accra un banquet en l’honneur de W.E.B DUBOIS qui fut l’organisateur des premiers congrès panafricains. DUBOIS adoptera la nationalité ghanéenne, vivra et mourra à Accra en 1963. Son projet de rédaction d’une “Encyclopédie du Monde Noir” donne une idée de l’ardeur de ses convictions pan-africanistes 57 .
Le Ghana peut également revendiquer une grande part de la paternité de l’intégration dans la sous-région. C’est lui qui initie la première tentative de regroupement d’Etats souverains, l’“Union des Etats de l’Afrique de l’Ouest”. Créée en novembre 1958 avec la Guinée, cette organisation internationale est conçue comme “le noyau d’une union des Etats de l’Afrique de l’Ouest”. C’est aussi le Ghana qui accueille, trois ans plus tard, la réunion d’où sortira une autre organisation internationale, l’“Union des Etats africains”, qui regroupe les deux membres de l’UEAO et la République du Mali.
Plus tard, au moment même de la création de l’OUA, le Ghana se signalera encore par ses vues très avancées sur l’unité continentale. Aux côtés de la Guinée, il réclame une unité “immédiate”. Les positions du Ghana sont évidemment indissociables de la personne de NKRUMAH, devenu chef de gouvernement de la “Gold Coast” à la faveur des élections de 1950. Sa vision politique est exprimée dans son ouvrage au titre si révélateur, “L’Afrique doit s’unir”. Pour le leader ghanéen, aussi longtemps que l’Afrique n’aura pas réalisé son unité, elle restera isolée et exclue du concert des Nations.
Le Nigeria a également prétendu au leadership de l’Afrique de l’Ouest. Cet Etat s’appuie tout simplement sur sa puissance économique et démographique, sur son auréole de “géant” de la sous-région. Pendant longtemps, le regroupement des Etats en Afrique de l’Ouest, encore tributaire des schémas coloniaux, s’est essentiellement opéré contre le Nigeria, du moins a-t-on ainsi perçu des organisations comme l’UMOA ou la CEAO : organisations francophones, donc anti-anglophones, ayant vocation à sauvegarder le pré-carré Hexagonal, tel fut — et demeure — le préjugé.
Dès lors que, par le biais de la CEDEAO notamment, créée en 1975, le Nigeria entrait dans une organisation vraiment Ouest-africaine, ses ambitions ont naturellement éclaté. En 1990, le Nigeria et la Côte d’Ivoire assuraient 72% des exportations de la CEDEAO 58 . En l’an 2000, le Nigeria représente à lui tout seul 51% du produit intérieur brut de la CEDEAO 59 .
Cette puissance économique implique, de facto, des “devoirs”. Le Nigeria a été considéré comme le “gendarme”de la sous-région, compte tenu de sa très forte implication dans le maintien de la paix Ouest-africaine. Il a fourni les trois quarts des effectifs de la Force d’interposition de la CEDEAO, l’ECOMOG. En sorte que, lorsqu’il a agité la menace d’un retrait de ses troupes du Liberia, au mois de mai 1993 60 , c’est l’opération de maintien de la paix elle-même qui risquait de prendre fin. De même, le Nigeria a imprimé à ces interventions la tournure qu’il désirait, passant ainsi pour l’autorité tutélaire de la sous-région, celle qui fait et défait les gouvernements dans les Etats- membres en crise. C’est cet Etat qui a inspiré la dénaturation de l’intervention de la CEDEAO au Liberia, en soutenant un Communiqué final allant dans ce sens, à l’issue du “mini sommet” d’Abuja (7 novembre 1992). En Sierra Leone, les troupes Nigérianes iront jusqu’à chasser la junte putschiste, et, dans leurs fourgons, ramener le président démocratiquement élu en 1996, A.T. KABBAH 61 .
Il va de soi que parmi les différentes prétentions au leadership sous-régional, celle du Nigeria compte beaucoup aujourd’hui. Le Sénégal et le Ghana excipent peu ou prou, nous l’avons vu, de leur passé et du prestige de leurs dirigeants d’hier. Leurs ambitions correspondent ainsi à un moment seulement de l’histoire de l’intégration, celui de ses balbutiements, de sa fraîcheur et de sa ferveur. Quand la justification du regroupement s’éloigne des références du passé et puise, de plus en plus, dans le présent et dans les nécessités immédiates, tout leadership se pèse en termes de puissance économique.

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents