Politiques et langue de bois !
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Description


Ils sont sulfureux, hypocrites, indiscrets ou provocateurs.
Ils font et défont les candidats, portent aux nues ou démolissent les idées, les programmes, les systèmes de pensée.
Ils sont imaginés, élaborés et rodés dans le secret des cabine


Ils sont sulfureux, hypocrites, indiscrets ou provocateurs.



Ils font et défont les candidats, portent aux nues ou démolissent les idées, les programmes, les systèmes de pensée.



Ils sont imaginés, élaborés et rodés dans le secret des cabinets politiques pour frapper les esprits.



Ils reprennent parfois leur liberté, deviennent tics, dérapages ou lapsus et révèlent alors la stratégie des candidats, des pans insoupçonnés de leur personnalité, leur âme et le fond de leur pensée.



"Ils" ce sont les mots.



Et dans la conquête du Graal élyséen, où tout est communication et sémantique, ils pourraient bien faire pencher la balance...



Ouvrage publié avec le concours du Centre national du livre.




  • Introduction


  • Les hypocrites


  • Les sulfureux


  • Les indésirables


  • Les indélébiles


  • Les indiscrets


  • Les provocateurs


  • Les brocardeurs


  • Les baratineurs


  • Les astucieux


  • Les inédits


  • Conclusion

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 07 juillet 2011
Nombre de lectures 94
EAN13 9782212247428
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0052€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Résumé
Ils sont sulfureux, hypocrites, indiscrets ou provocateurs.
Ils font et défont les candidats, portent aux nues ou démolissentles idées, les programmes, les systèmes de pensée.
Ils sont imaginés, élaborés et rodés dans le secret des cabinetspolitiques pour frapper les esprits.
Ils reprennent parfois leur liberté, deviennent tics, dérapagesou lapsus et révèlent alors la stratégie des candidats, des pansinsoupçonnés de leur personnalité, leur âme et le fond de leurpensée.
« Ils » , ce sont les mots.
Et dans la conquête du Graal élyséen, où tout est communicationet sémantique, ils pourraient bien faire pencher la balance…
Biographie auteur

Olivier Clodong enseignela Communication politique àl’École Supérieure de Commerce deParis (ESCP-EAP). Il est l’auteur denombreux ouvrages consacrés à lacommunication et à l’économie et estdirecteur de la communication d’uneimportante collectivité territoriale.
Nicolas Clodong , HEC, a étéconseiller du ministre de l’Intérieur(2004) puis du Premier ministre(2005), pour lequel il était notammenten charge de la rédaction des discours.Il travaille aujourd’hui dans unegrande entreprise où il est au coeurdes négociations avec les syndicats.
www.editions-eyrolles.com
Éditions d’Organisation Groupe Eyrolles 61, bld Saint-Germain 75240 Paris Cedex 05 www.editions-organisation.com www.editions-eyrolles.com
En application de la loi du 11 mars 1957 il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans autorisation de l’Éditeur ou du Centre Français d’Exploitation du Droit de Copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
© Groupe Eyrolles, 2007 ISBN 10 : 2-7081-3754-9 ISBN 1 3 : 978-2-7081-3754-7
Olivier Clodong • Nicolas Clodong
Politiques et langue de bois !

« En partenariat avec le CNL »
Les mots sont la plus puissante des drogues de l’humanité
Rudyard Kipling
Comme il importe plus, en politique, de se justifier que de faire, les mots y ont plus d’importance que les choses
Bernard Grasset
Sommaire
Introduction
Les mots, vrais maîtres du jeu politique
Les hypocrites
La cohorte des mots faux-jetons, sournois, mielleux et insidieux
Les sulfureux
Ces mots périlleux et embarrassants, à manier avec la plus grande prudence
Les indésirables
Les mots tabous que les politiques bannissent de leur vocabulaire
Les indélébiles
Ces mots accablants que les leaders politiques traînent comme des boulets
Les indiscrets
Les tics de langage qui révèlent l’âme de Ségolène, Nicolas et les autres
Les provocateurs
Ces mots qui frappent les adversaires autant que les esprits
Les brocardeurs
Volontaires ou pas ces bons mots qui ne sont jamais anodins
Les baratineurs
La grande famille des mots creux, insignifiants, convenus et insipides
Les astucieux
Le bataillon des mots malins, fourre-tout, combinards et resquilleurs
Les inédits
Les mots nouveaux du débat 2007, derniers arrivés et déjà installés
Conclusion
Aller au-delà du mot
Introduction
Les mots , vrais maîtres du jeu politique
«  Les mots justes trouvés au bon moment sont de l’action  » écrit Annah Arendt.
C’est particulièrement vrai en politique, où la sémantique est une arme :
▶ au service des experts en communication, publicitaires, conseillers stratégiques et conseillers chargés des études (les plumes qui rédigent les discours), ces soldats de l’ombre qui œuvrent dans le sillage de leur leader ;
▶ au service des candidats eux-mêmes, qui mûrissent longuement leurs coups médiatiques et, dans l’élabo-ration de leur stratégie, prennent soin de tester leurs arguments et le déroulé de leur raisonnement auprès de leur entourage.
Cet envers du discours, si minutieux soit-il, n’est pas d’une étanchéité parfaite.
La question inattendue, le dérapage incontrôlé, le lapsus fatal, comme l’intuition géniale, font aussi partie du débat qui conserve, grâce à eux, son lot de spontanéité, sa part d’urgence ou d’improvisation ; sa part de sincérité pourrait-on dire.
Mais qu’ils soient prémédités ou non, en politique, ce ministère de la parole, les mots résonnent et retentissent avec une force particulière.
Ce sont eux les vrais maîtres du jeu.
Eux qui, « silex, velours, flamme ou rosée », sont la matière première de la discussion.
Eux qui permettent d’influencer les jugements et les décisions.
Eux qui, dans la course à l’Élysée, peuvent donner une avance décisive à un candidat ou éliminer un autre de la compétition, presque définitivement.
Eux qui, au final, peuvent décider du sort de l’élection.
Ces outils si puissants, nous les avons traqués et recensés. Puis nous avons sélectionné les plus intéressants d’entre eux, que nous avons classés en dix grandes familles :
▶ Les hypocrites : la cohorte des mots sournois et insidieux ;
▶ Les sulfureux : à manier avec la plus grande prudence ;
▶ Les indésirables : mots tabous que les présidentiables fuient comme la peste ;
▶ Les indélébiles : des boulets que les politiques traînent comme des casseroles ;
▶ Les indiscrets : ces tics de langage qui révèlent l’âme des candidats ;
▶ Les provocateurs : qui frappent les adversaires autant que les esprits ;
▶ Les brocardeurs : ceux qui, sous couvert de l’humour, peuvent faire très mal ;
▶ Les baratineurs : la grande famille de la langue de bois ;
▶ Les astucieux : jokers malins et combinards qui peuvent s’avérer très utiles ;
▶ Les inédits : petits nouveaux de la campagne 2007.
Parfois avec gravité, souvent avec humour (et toujours dans un souci explicatif), nous nous sommes attachés à montrer comment ils peuvent être décisifs, en quoi leur choix relève de la précision d’horlogerie, ce qui se cache derrière leur emploi et ce qu’ils révèlent sur le style et la stratégie de celles et ceux qui briguent notre suffrage.
En refermant ce livre, il ne vous restera plus alors qu’à exercer votre esprit critique en pleine connaissance de cause… Olivier Clodong Nicolas Clodong
La cohorte des mots faux-jetons, sournois, mielleux et insidieux
« Il y a des moments où je me demande si je ne suis pas en train de jouer avec les mots. Et si les mots étaient faits pour cela ? » s’interrogeait Boris Vian avec la causticité qu’on lui connaît. Une chose est sûre : nos hommes et femmes politiques sont souvent plus à l’aise dans l’hypocrisie que dans le franc-parler. Ils ont l’art de manier l’ironie grinçante (usant pour cela de petites phrases aussi subtiles qu’insidieuses), ainsi qu’une impressionnante capacité à régler des comptes à mots couverts…
Expérience
Dans leur sournoiserie, les leaders politiques déploient parfois des trésors de subtilité. Jugez plutôt : à la mijuillet 2006, le début du conflit entre Israël et le Hezbollah crée une crise internationale majeure. Le 25 juillet, inter-rogé sur cette guerre et ses répercussions, Jack Lang profite de l’occasion pour expliquer que le choix du candidat socialiste pour la présidentielle de 2007 devra se faire sur « l’expérience » de telles crises. Peau de banane habilement glissée sous les pieds de Ségolène Royal , dont chacun sait qu’elle ne dispose pas de crédibilité dans le domaine. Contrairement à Laurent Fabius ou Dominique de Villepin , elle n’a en effet jamais été à Matignon ; et, par rapport à Dominique Strauss-Kahn (en tant que ministre de l’Économie) et Nicolas Sarkozy (comme ministre de l’Intérieur), qui ont eu à gérer des périodes troublées, son CV est désespérément vierge. Dans ce contexte, « expérience » devient donc un petit bijou d’hypocrisie…
Le lendemain, c’est au tour de Laurent Fabius d’en rajouter une couche : interrogé par la presse à Perpignan, l’ancien Premier ministre de François Mitterrand (qui ne cite pas non plus directement Ségolène Royal ), précise l’air de rien : « Lorsqu’il faut traiter des questions d’Israël, du Liban, il faut quand même avoir l’habitude des crises et avoir eu l’occasion de les surmonter » . Fermez le ban… mais provisoirement seulement.
Car dans cet épisode façon « petits meurtres entre amis », le comble de la duplicité est atteint quelques jours plus tard. Lorsqu’un journaliste fait remarquer à Jack Lang que la guerre du Liban a curieusement servi à entraîner une série d’attaques contre Ségolène Royal , l’ancien ministre de la Culture se justifie d’un innocent « Il est normal que l’on s’interroge au moment où il s’agit de choisir le futur chef de l’État, le futur patron des armées et de la diplomatie internationale, sur l’aptitude des uns et des autres à exercer ses responsabilités. »
Confiance
L’hypocrisie subtile n’est pas réservée aux ténors de gauche. À droite aussi, on sait faire. À l’été 2006, le plus grand supporter du maintien de Dominique de Villepin à Matignon est ainsi un certain… Nicolas Sarkozy . « J’ai choisi de lui faire confiance » clame-t-il au sujet du Premier ministre dans Le Parisien du 18 juillet. Une confiance qui a de quoi surprendre l’électeur lambda pour qui la rivalité entre les deux hommes est un secret de Polichinelle…
L’interprétation de ce curieux passage de pommade est fournie quelques jours plus tard par l’hebdomadaire Valeurs Actuelles sous la plume experte d’ Arnaud Folch  : « Plutôt qu’un Jean-Louis Borloo auréolé d’une image d’homme neuf et de sondages flatteurs ou qu’une Michèle Alliot-Marie femme et expérimentée, mieux vaut (pour Nicolas Sarkozy ) un Premier ministre usé et plafonnant à 15 % dans les sondages présidentiels ». Voilà qui explique tout.
Le chef de l’UMP suit une stratégie identique vis-à-vis de Jacques Chirac (qu’il comparait pourtant en 2005 à Louis XVI finissant). En 2006, beaucoup d’observateurs ont ainsi pu s’étonner de la complaisance exprimée par Nicolas Sarkozy pour le chef de l’État : « J’éprouve de l’admiration pour les qualités de Jacques Chirac » […] « Entre lui et moi, il y a une filiation », écrit-il notamment dans son livre Témoignage .
Cette fois, ce sont les politiques eux-mêmes qui apportent les éclaircissements nécessaires : « Chirac pèsera plus qu’on ne pense dans l’élection présidentielle. Sarkozy a tout intérêt à ne pas l’avoir contre lui » analyse l’UMP Jacques Le Guen . En cas d’affrontement, « Nicolas doit être le gentil » et ne pas revêtir les habits de l’agresseur, explique pour sa part le sarkozyste (et conseiller politique du ministre de l’Intérieur) Brice Hortefeux .
Union
Abordons à présent la notion d’union. Une belle idée dans l’absolu, mais surtout une magnifique hypocrisie dans la bouche des politiques, où elle cache souvent une volonté de légitimer une division ou d’affirmer un leadership.
Car derrière cette pieuse invocation (l’union, comme le rassemblement, est en soi un concept consensuel), c’est en général un tout autre objectif qui est visé : étouffer ou diaboliser un allié encombrant…
▶ L’étouffer en jouant la stratégie du « bacio della morte » (le « baiser de la mort » qui asphyxie les parrains de la mafia). Tactique choisie par Nicolas Sarkozy vis-à-vis de François Bayrou pour empêcher ce dernier d’apparaître comme un « rebelle bis » aux yeux de l’opinion (segment de communication que Nicolas Sarkozy souhaite occuper seul). Comment ? En annonçant dès juillet 2006 que l’UMP ne s’opposera pas à l’UDF dans ses circonscriptions lors des législatives de 2007, Nicolas Sarkozy joue la carte de l’union, rendant problématique pour François Bayrou toute déclaration de guerre (et toute volonté d’autonomie), sauf à endosser l’handicapant costume de « diviseur » de la droite…
▶ Le diaboliser en le rendant responsable de la désunion éventuelle. Tactique utilisée par François Hollande à l’été 2006 vis-à-vis du Parti Radical de Gauche (de Jean-Michel Baylet , Bernard Tapie et Christiane Taubira ) et du Mouvement Républicain et Citoyen (de Jean-Pierre Chevènement ). En tendant la main « pour éviter toute dispersion » aux leaders de ces formations, le premier secrétaire du PS les place (en cas de refus) dans le rôle peu enviable de « fossoyeur » de la gauche. Les lieutenants de François Hollande se chargeant de rappeler au passage qu’en 2002, la candidature de Christiane Taubira avait empêché Lionel Jospin d’accéder au deuxième tour…
Sur les turpitudes du terme « union », signalons aussi une étonnante révélation que la présidence de l’UMP aurait sans doute préféré garder confidentielle. Nous la devons au mensuel Acteurs publics , qui publie un extrait de l’audit effectué pour le compte du parti gaulliste, lorsque sa nouvelle équipe dirigeante (celle de Nicolas Sarkozy ) s’est interrogée sur l’éventualité de changer le nom du parti : « L’UMP, qui signifie Union pour une Majorité Populaire, est un corps désincarné ; l’union est une façade, la majorité une apparence, le caractère populaire, une illusion » ont écrit sans détour les consultants chargés de l’audit…
Bouclier
Autre mot vicelard, mais plus facilement décryptable celui-là : « bouclier ».
C’est dès 2001 que Lionel Jospin définit l’euro comme « un bouclier contre les crises financières internationales et les dévaluations. » Dominique Strauss-Kahn résume en parlant de « bouclier monétaire. » Une adaptation sémantique nouvelle car jusque-là, ce terme était resté cantonné au domaine militaire : du bouclier antimissiles que les États-Unis veulent installer en Europe centrale, au concept de bouclier humain utilisé lors de la première guerre du Golfe ( Saddam Hussein protégeant ses infrastructures en y plaçant les populations civiles et les otages étrangers).
Le terme de bouclier frappe les esprits et est d’emblée compréhensible par tout le monde : c’est pourquoi on le retrouve aujourd’hui dans la bouche des politiques mais avec une certaine hypocrisie du sens :
▶ le « bouclier fiscal »  : mesure phare du projet de la loi de finances 2007 plafonnant les impôts directs (impôt sur le revenu, impôts locaux sur la résidence principale, ISF) à 60 % du revenu. Chacun se sent protégé et pourtant : cette mesure concerne au plus 125 000 contribuables qui dépasseraient ce seuil et permet d’abord de régler le cas de certains assujettis à l’ISF et de limiter l’évasion fiscale.
▶ le « bouclier logement »  : mesure qui figure dans le projet du Parti Socialiste pour 2007, plafonnant à 25 % du revenu le coût du loyer dans le parc privé conventionné pour les ménages modestes. Idée généreuse s’il en est mais, là encore, ciblée et surtout non chiffrée, qui laisse sceptique une partie des socialistes euxmêmes quant à sa faisabilité. On se souvient de la polémique autour du coût du projet socialiste : 34 milliards d’euros selon François Hollande , le triple selon Thierry Breton …
▶ le « bouclier social »  : formule plébiscitée aussi bien par les socialistes (par opposition au bouclier fiscal de Dominique de Villepin ) que par certains libéraux (qui envisagent la création d’un filet de protection universel permettant à chacun de vivre décemment). Ces libéraux y voyant du coup la possibilité d’assouplir fortement le code du travail…
Avenir et Europe
Expérience, confiance, union, bouclier… Dans les exemples que nous venons de voir, les politiques font l’effort de draper leur double jeu dans un voile de pudeur, un peu comme s’ils cherchaient à « sauver les apparences de la dignité ». Mais plus on avance dans la campagne et moins les candidats prennent le soin (et le temps) de masquer leurs tartuferies…
Il est vrai que pour devenir Président de la République, l’équation est simple : convaincre coûte que coûte une majorité de Français de voter pour vous ! Impensable dans ces conditions d’ignorer ou de se couper ne seraitce que d’une seule catégorie de nos compatriotes. « Pour gagner le droit de s’installer à l’Élysée, il faut séduire même ceux qui ne votent pas pour vous a priori » explique un conseiller en communication politique avant d’ajouter : « Quitte, pour y parvenir, à utiliser un vocabulaire imposteur. »
Rien d’étonnant donc à ce que Nicolas Sarkozy fasse les yeux doux à la frange de l’électorat de gauche susceptible de basculer en sa faveur. Renaud Dutreil explique ainsi : « Nicolas veut gagner, il doit donc rassembler et élargir. Peu importe par exemple la sincérité de son discours gaulliste social, le pragmatisme est sa marque. » L’éditorialiste Catherine Nay confirme : « Tout candidat à la présidentielle doit rassembler au-delà de son camp traditionnel. Ce que voudrait réussir Nicolas Sarkozy en captant l’électorat de gauche populaire qui, dit-il, a été abandonné par la gauche mondaine. »
Le président de l’UMP doit également dénicher les mots justes pour reconquérir les jeunes. Depuis la crise des banlieues, épisode de la « racaille » et du « Kärcher », Nicolas Sarkozy mobilise en effet difficilement ce pan important de l’électorat. Le journal Le Parisien révèle qu’au cœur de l’été 2006, un député UMP francilien (« qui connaît bien le sujet ») est venu trouver le ministre de l’Intérieur pour le mettre en garde : « Ou tu as 50 % des jeunes qui votent pour toi et tu es élu. Ou ils ne vont pas voter et tu as une chance. Ou tu as une mobilisation de la jeunesse contre toi et tu es mal parti. »
Manuel Aeschlimann , député-maire UMP d’Asnières et conseiller de Nicolas Sarkozy en charge du suivi de l’opinion, s’est donc vu confier la délicate mission d’identifier les attentes des jeunes et de trouver sur quelle base engager le dialogue avec eux. « Il faut leur parler d’avenir, d’emploi et d’Europe, mais surtout pas d’ordre et d’autorité » a-t-il préconisé. Une fois ces pistes connues, Nicolas Sarkozy s’est penché sur la manière de les mettre en musique. Il s’est alors tourné vers Henri Guaino (l’un des inventeurs de la thématique de la « fracture sociale » dans la campagne 1995 de Jacques Chirac ) pour s’approprier un ton nouveau. Ce qui fait dire à l’éditorialiste politique Catherine Pégard ( Le Point ) que « les discours politiques, c’est aussi la rencontre d’un homme et d’une plume. »
Cueillir les marguerites dans le camp d’en face
Pour « chasser » sur les terres écologistes, François Bayrou (qui refuse que l’on « infantilise le débat public avec des frontières qui ne sont plus de saison ») s’est lui aussi attaché à « trouver les mots qu’il faut ». Pour cela, il est allé au plus simple, reprenant à son compte et intégrant dans son projet présidentiel la proposition de Nicolas Hulot de créer un portefeuille de « vice-premier ministre en charge de l’Environnement ». « Cela doit être une fonction dédiée au développement durable, sur le modèle de ce que les grands hommes de l’après-guerre ont voulu faire, en bâtissant un plan et un service du plan » a indiqué le président de l’UDF. La technique a, semble-t-il, produit l’effet escompté, Nicolas Hulot affirmant que « cet engagement est une bonne nouvelle ».
Au Front National, c’est Jean-Claude Martinez , conseiller politique de Jean-Marie Le Pen pour l’élection présidentielle de 2007, qui pousse son leader « à aller cueillir quelques marguerites dans le camp d’en face » (selon la jolie formule de Philippe de Villiers ), notamment en s’adressant aux électeurs qui ont voté « non » au référendum, y compris ceux… d’ Arlette Laguiller . « Nos électeurs sont des prolétaires, et même des sous-prolétaires » explique le député européen frontiste pour justifier le fait d’aller « draguer » en territoire d’extrême gauche !
Un produit hybride
Ségolène Royal veut elle aussi « ratisser large ». Pour cela, elle doit conforter son capital électoral de gauche et éviter vis-à-vis de lui « les mots qui froissent ». Un de ses challenges est par exemple de parler de « flexibilité » alors que tout assouplissement du CDI est une réforme taboue dans son camp… Dans un premier temps, la présidente de la Région Poitou-Charentes avait pensé reprendre à son compte une expression nordique : la « flexi-sécurité » (le « bon deal » entre patrons et salariés, ainsi qu’elle le dit elle-même). Puis, la considérant probablement trop peu parlante, elle l’a progressivement remplacée par le terme « agilité ».
Mais Ségolène a aussi besoin de mordre sur l’électorat conservateur. D’où son « blairisme » économique pragmatique, qui la démarque du socialisme pur et dur. D’où aussi son « ordre juste » , sa « sécurité durable », sa « République du respect » et son « système d’encadrement militaire » pour les délinquants mineurs ; autant de formules et de postures (sincères ou feintes ?) qui lui permettent de défier Nicolas Sarkozy sur son terrain de prédilection.
Les politologues appellent cette technique la « triangulation », ou l’art d’aller chiper des idées dans le camp adverse. Les pros du marketing, eux, sont admiratifs. En témoigne cet édito de Christian Blachas dans le mensuel Communication CB News  : « D’un côté, Ségolène Royal revendique l’héritage mitterrandien et prétend défendre les valeurs socialistes. Et de l’autre, elle utilise un langage susceptible de plaire à tous les conservateurs. Et c’est bien ce qui emmerde Sarko , d’ailleurs. Elle n’a pas vraiment de programme. Elle ne dit rien. Ou presque. Mais elle prononce des mots qui flattent l’électorat traditionnel de droite : la famille, la rigueur, la discipline, l’effort, le travail. Un produit hybride. Un peu comme une lessive qui débarquerait sur le marché avec des arguments ancestraux (blancheur, propreté, antitache…), mais avec un conditionnement aussi sophistiqué qu’un parfum haut de gamme.

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