Printemps ou hiver arabe ?
190 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Printemps ou hiver arabe ?

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
190 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description

Quatre ans après le Printemps arabe, le bilan est mitigé. Malgré le départ de nombreux dictateurs, les avancées politiques dans certains pays ou la progression des droits de l'homme, un clivage est apparu entre modernistes et traditionnalistes. De plus, ces pays ont subi une grave récession économique du fait de l'instabilité politique. Le monde arabe est à reconstruire sur le plan politique, économique et social, sinon il sera marginalisé dans un monde en pleine évolution.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 15 août 2015
Nombre de lectures 28
EAN13 9782336388403
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4ème de couverture
Titre

Jawad K ERDOUDI








Printemps ou hiver arabe ?
(2011-2014)
Copyright
























© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
EAN : 978-2-336-73851-2
Sommaire
Couverture
4 ème de couverture
Titre
Copyright
Sommaire
Introduction
Les troubles en Algérie et en Tunisie. Quelles leçons à tirer pour les pays Arabes ? (17/01/2011)
La chute de Moubarak. Quel impact sur les pays Arabes ? (14/02/2011)
Libye : Halte au massacre des civils (09/03/2011)
Quelle constitution pour le Maroc ? (31/03/2011)
Projet de Nouvelle Constitution au Maroc. Un oui vigilant (28/06/2011)
L’après référendum au Maroc. Evitons la précipitation (05/07/2011)
Printemps 2011. Gloire aux peuples Arabes (07/09/2011)
Le nouveau panorama méditerranéen à la lumière du Printemps arabe (13/10/2011)
Printemps arabe : la vague islamique (29/11/2011)
Le Maroc. Les défis à court et long terme (12/01/2012)
Printemps Arabe. Le Maghreb face au défi sécuritaire (02/02/2012)
Syrie : Halte au massacre. Pour un droit d’ingérence des Nations Unies (22/03/2012)
Printemps ou automne arabe ? (28/05/2012)
Syrie Halte au massacre des civils (24/07/2012)
Victoire de l’opposition égyptienne. Un coup dur pour les Islamistes (12/12/2012)
Al Qaida. Bras armé de l’islamisme politique radical (22/01/2013)
Assassinat du tunisien Chokri Belaid. La vague islamiste menace le Printemps arabe (12/02/2013)
Deuxième anniversaire du drame syrien. Pour l’armement des insurgés (18/03/2013)
Printemps arabe : Espoirs et réalités (27/05/2013)
Le coût économique du Printemps arabe (17/06/2013)
Le Printemps arabe à la croisée des chemins (02/07/2013)
Evénements d’Egypte. Coup d’Etat ou seconde révolution ? (08/07/2013)
Printemps arabe. Situation alarmante en Egypte et en Tunisie (29/07/2013)
La crise syrienne. Une question qui divise le monde (13/09/2013)
Printemps Arabe. Quel avenir pour la Tunisie et l’Egypte ? (13/01/2014)
Printemps Arabe. Quel avenir pour la Libye ? (27/01/2014)
Printemps Arabe. Les difficultés de la transition démocratique (04/02/2014)
La Construction Maghrébine. Quel rôle pour la société civile ? (20/02/2014)
Elections présidentielles algériennes. Sombres perspectives (25/03/2014)
Printemps Arabe. Quel avenir pour la Tunisie ? (22/04/2014)
Printemps arabe. La grande désillusion égyptienne (07/05/2014)
Monde arabe. Les recommandations du FMI (13/05/2014)
Géopolitique de la Mauritanie (27/05/2014 )
Proclamation du Califat islamique. Faut-il s’en inquiéter ? (14/07/2014)
Agression israélienne contre Gaza. Honte à la communauté internationale (21/07/2014)
Le modèle turc. Un modèle à suivre ? (01/09/2014)
Menaces des djihadistes de Boko Haram et de l’Etat islamique (16/09/2014)
L’Assassinat du français Hervé Gourdel. La menace djihadiste de plus en plus pressante (30/09/2014)
Résistance courageuse des Kurdes à Kobané. La question kurde (20/10/2014)
Elections législatives tunisiennes. Quels enjeux ? (28/10/2014)
Pour la reconnaissance de l’Etat de Palestine (09/12/2014)
Forum Global de Lutte Contre Le Terrorisme. Réunion du Groupe de Travail sur les combattants terroristes étrangers Marrakech (15 et 16 Décembre 2014) (12/12/2014)
Monde arabe – Maghreb – Moyen Orient aux éditions L'Harmattan
Adresse
INTRODUCTION
O n peut dater le déclenchement du Printemps arabe le 4 Janvier 2011 lorsque le jeune tunisien Mohamed Bouazizi est décédé après sa tentative de suicide par le feu le 17 Décembre 2010.
La révolution arabe a débuté en Tunisie puis a déferlé tel un tsunami en Egypte, Libye, Syrie et Yémen. Le scénario est à près le même dans ces pays avec de grandes manifestations dans les places publiques, la dénonciation des régimes en place, et le slogan « Dégage » adressé au chef de l’Etat. Après une résistance parfois sanglante des dictateurs, ces derniers ont dû soit s’enfuir, soit démissionner, soit ont été tués. C’est ainsi que le tunisien Ben Ali a pris la fuite le 14 Janvier 2011, que Moubarak d’Egypte a démissionné le 11 Février 2011, et que le libyen Kadhafi a été tué le 20 Octobre 2011 après une opération militaire franco-anglaise. En Syrie, les événements ont tourné autrement après le début des manifestations en Mars 2011. En effet, le régime du Président Bachar El Assad aidé par l’Iran et la Russie n’est pas tombé, et la révolte s’est transformée en guerre civile après l’apparition de mouvements d’opposition armés islamistes. Au Yémen, les manifestations contre le Président Ali Abdallah Salah ont eu lieu de Janvier à Mai 2011 entraînant son départ du pouvoir en Février 2012. Au Bahreïn, les manifestations ont débuté le 14 Février 2011 contre le régime monarchique sunnite de Hamad Ben Issa Al Khalifa, qui a réagi par une forte répression armée aidée par les troupes saoudiennes et émiraties. Dans les autres pays arabes, des manifestations ont eu lieu également mais de moindre envergure en Algérie, Jordanie, Maroc, Mauritanie, et Oman. Les pays du Golfe n’ont pas connu de révolte contre les régimes en place.
Les causes de ce Printemps arabe sont communes dans pratiquement tous les pays arabes. Il s’agit de régimes autoritaires avec un manque de démocratie et de libertés et le non respect des droits de l’homme. De plus, les richesses du pays étaient accaparées par les dirigeants, leur famille et leurs proches. Ces pays souffraient d’une situation économique défavorable avec un chômage élevé surtout des jeunes, une grande inégalité sociale, des poches importantes de pauvreté, un logement social déficient, et la prolifération de l’économie de rente et de la corruption. A noter que ces régimes malgré toutes ces tares étaient soutenus par l’Occident (Europe et Etats-Unis) qui les toléraient par crainte de la prise de pouvoir dans ces pays par des islamistes radicaux. Les acteurs de ces révolutions étaient principalement des jeunes de la société civile, qui était mobilisés par les nouvelles technologies de la communication notamment Facebook. Ces jeunes réclamaient la fin des régimes en place, une meilleure répartition des richesses, la création de plus d’emplois, la lutte contre l’économie de rente et la corruption, et enfin l’éclosion de la dignité et de citoyenneté. Se sont adjoint à ces jeunes par la suite certains partis politiques de l’opposition et quelques associations de défense des droits de l’homme.
Les conséquences politiques du Printemps arabes ont été spectaculaires. Ce fût d’abord la chute des dictateurs en Tunisie, Egypte, Libye et Yémen. Des réformes politiques plus ou moins importantes ont été prises par certains pays sans révolution, tels que le Maroc, la Mauritanie, le Jordanie, l’Algérie. Des élections plus libres et plus transparentes ont eu lieu dans plusieurs pays arabes. On a noté également un élargissement des libertés individuelles et collectives dans les domaines de l’expression, de la presse, des rassemblements. Des Assemblées élues ont été mises en place, et des gouvernements issus des élections désignés. Mais il faut bien noter que le monde arabe n’est pas monolithique et que chaque pays a poursuivi sa propre trajectoire. C’est ainsi qu’il y a eu une montée en puissance des partis islamistes dans certains pays suite à des élections. Ce fut le cas de la Tunisie avec le parti Ennahda, du Maroc avec le PJD, et de l’Egypte avec la victoire des Frères musulmans. Cependant, à part le PJD du Maroc qui a pu se maintenir au pouvoir dans le cadre d’une coalition avec d’autres partis politiques, le parti Ennahda de Tunisie a du renoncer au pouvoir après l’assassinat de plusieurs leaders politiques modernistes.
En Egypte, les élections présidentielles des 16 et 17 Juin 2012 ont vu la victoire du Frère musulman Mohamed Morsi. Ce dernier a fait adopter une nouvelle Constitution le 22 Décembre 2012 plus favorable aux thèses islamistes. Suite à plusieurs erreurs politiques et à l’incapacité d’améliorer la situation économique, une grande manifestation populaire anti-Morsi a eu lieu à la place Tahrir du Caire, ce qui a permis le 3 Juillet 2013 à l’armée égyptienne dirigé par le Général Al Sissi de démettre Morsi de ses fonctions de Président de la République. D’autres pays arabes connurent une situation chaotique, telle que la Libye qui n’a pas pu éradiquer les milices armées et qui se débat dans un conflit interminable. La Syrie vit également une guerre civile sanglante qui a été compliquée outre le mouvement islamiste Nosra, par la menace de la création d’un Etat islamique en Syrie et en Irak. Ce dernier pays vit à son tour une situation dramatique après le départ des troupes américaines, avec des rivalités entre chiites, sunnites et kurdes, et comme pour la Syrie la menace de création d’un Etat islamique proclamé sous forme de Khalifa le 28 Juin 2014. Les autres pays arabes connurent une relative stabilité. En Algérie les élections législatives de Mai 2012 n’ont pas permis la victoire des islamistes, et le Président Bouteflika a été réélu le 17 Avril 2014 mais dans une ambiance d’immobilisme politique et de léthargie. Au Maroc la situation est plus stable du fait de la réforme de la constitution et d’un gouvernement multipartite dirigé par le PJD sous l’autorité du Roi. Au Yémen, le Président Salah a été remplacé par le Vice-Président Abd Rabo Mansour, mais des troubles continuent dans ce pays. En Jordanie, Mauritanie, Oman quelques réformes politiques ont permis le maintien des régimes en place. En Tunisie, une nouvelle constitution a été adoptée le 24 Janvier 2014 et les élections législatives du 24 Octobre 2014 ont permis la victoire du parti laïque « Nidaa Tounes », tandis que les élections présidentielles du 20 Décembre 2014 ont donné la victoire à son leader Béji Caid Essebssi ancien ministre de Bourgiba.
Enfin concernant la Palestine l’impact du Printemps arabe n’a pas été positif. Au contraire, le gouvernement israélien dirigé par les partis de droite et d’extrême droite a multiplié les colonies en Cisjordanie et à Jérusalem-Est et n’a fait aucune concession aux Palestiniens, toujours soutenu inconditionnellement par les Etats-Unis. Pire, l’armée israélienne a agressé la bande de Gaza le 8 Juillet 2014 sous forme de raids aériens, bombardements maritimes et opération terrestre, qui ont causé des milliers de morts et de blessés palestiniens et la destruction de la plupart des bâtiments.
Les conséquences économiques du Printemps arabe ont été également différentes d’un pays à l’autre. Les conséquences ont été les plus graves dans les pays arabes où il y a eu une révolution avec changement de régime. En effet, l’instabilité politique et les désordres de l’ordre public ont causé une baisse de la production et de l’activité économique en général. Sur le plan extérieur, l’instabilité politique a entraîné la baisse du tourisme, des échanges commerciaux et des investissements étrangers. C’est ainsi qu’ont connu une récession économique en 2011 la Libye (-53,9 %), la Syrie (-3,2 %), la Tunisie (-1,8 %) et l’Egypte (-0,5 %). La Libye a connu une baisse considérable de la production et l’exportation des hydrocarbures. La Syrie du fait de l’instabilité politique et de l’embargo qui lui est imposé, a connu une récession en 2012 (-30 %) et en 2013 (-10 %). La Tunisie a connu de son côté une baisse du tourisme, de l’activité industrielle et des IDE. L’Egypte a vu baisser son activité de tourisme et de l’industrie. Cette situation s’est accompagnée d’une détérioration du compte courant de la balance des paiements en 2011 : Tunisie (-7,4 %), Egypte (-2,3 %), Syrie (-1,2 %). Les autres pays arabes n’ont pas trop souffert du Printemps arabe. C’est ainsi que le Maroc a connu en 2011 une croissance économique de 5 %, la Jordanie de 2,6 % et l’Algérie 2,4 %, alors que l’on n’a noté aucun changement pour les pays du Golfe. Les prévisions économiques de la Banque mondiale pour 2014 indiquent une légère amélioration avec pour le Maroc et la Tunisie une croissance de (4,8 %). L’Egypte et la Jordanie (3,9 %) et l’Algérie (3,2 %). Par contre il est prévu une récession pour la Syrie de (-2 %).
Suite à cette période de turbulences qu’a connue le monde arabe depuis le 4 Janvier 2011, quelles conclusions peut-on tirer sur le plan politique et économique ?
Tout d’abord les pays arabes ont montré comme tous les autres peuples de la terre le désir de démocratie, d’égalité, de respect des droits de l’homme, et de développement économique et social. L’autre élément positif est que le monde arabe a été débarrassé de certains dictateurs. Cependant, les résultats du Printemps arabe sont mitigés du fait que certains régimes autoritaires ont pu se maintenir grâce à leur puissance financière qui leur a permis d’acheter la paix. L’autre surprise du Printemps arabe a été la montée en puissance des partis islamistes. Ces derniers qui étaient persécutés sous les régimes autoritaires précédents, avaient fait un grand effort d’organisation et de travail sur le terrain au profit de la population la plus déshéritée. Dès lors qu’il y a eu des élections libres et transparentes, ce sont eux qui ont gagné la plupart des élections. Arrivés au pouvoir, ils ont manqué de discernement en voulant ré-islamiser la société toute entière, et de compétence pour améliorer la situation économique. C’est ce qui a permis leur éviction totale de l’Egypte et en partie en Tunisie. Ce qui a compliqué encore plus la situation est l’entrée en scène d’islamistes radicaux qui prétendent rétablir le Khalifa islamique. Les perspectives politiques pour le monde arabe doivent à mon sens tendre à éradiquer tout d’abord les islamistes radicaux qui ont commis des atrocités et qui veulent nous ramener au Moyen-âge. Les islamistes modérés constituent dans la plupart des pays arabes une force réelle. Il faudrait instaurer une entente entre eux et les partis modernistes, tel que c’est déjà réalisé au Maroc et en Tunisie. Il est dangereux de les éliminer totalement comme c’est le cas en Egypte car cela va entraîner des troubles et des violences à l’avenir. Dans tous les pays arabes, il faut promouvoir la démocratie qui seule peut asseoir une stabilité et un développement à long terme.
Sur le plan économique, les pays arabes doivent assurer la stabilité, c’est-à-dire pas de déficit budgétaire, éviter l’endettement élevé, maintenir une inflation basse et autant que possible des réserves de changes substantielles. Ils doivent surtout diminuer le taux de chômage qui est de (13 %) en moyenne, mais (29 %) pour les jeunes. Pour résoudre ce problème de chômage, ils doivent parvenir à un taux de croissance économique annuel de (6 %), promouvoir les PME et lutter contre le secteur informel. Une autre recommandation est l’élargissement de la classe moyenne qui est trop faible dans la plupart des pays arabes et qui constitue le socle de toute économie. L’Etat doit se retirer de certains secteurs économiques et s’impliquer davantage dans d’autres secteurs tels que l’éducation, la santé, le logement social. L’Etat doit devenir régulateur et doit encourager le secteur privé et la concurrence. Il doit réduire les Caisses de compensation qui augmentent le déficit budgétaire et diminuent la capacité de l’investissement public. L’Etat doit enfin assurer un bon financement aux entreprises privées et surtout les PME.
En conclusion, le monde arabe est à la croisée des chemins. Deux voies s’offrent à lui, celle de la modernisation de ses structures politiques et économiques qui lui permettra de faire face à la mondialisation et de se tailler une part dans ce monde du XXI ème siècle. A défaut, il risque de se marginaliser davantage avec toutes les souffrances et les troubles qu’on peut imaginer. Il faut éviter que le Printemps arabe se transforme en Hiver arabe.
J’ai suivi en tant que Président de l’Institut Marocain des Relations Internationales (IMRI) jour par jour les évènements du Printemps arabe. Je présente dans cet ouvrage les chroniques que j’ai écrites au fur et à mesure avec leur date de parution. Puisse-t-il constituer un témoignage de cette période extraordinaire qu’a connu le monde arabe.
Les troubles en Algérie et en Tunisie Quelles leçons à tirer pour les pays Arabes ? (17/01/2011)
Les événements qui se sont déroulés en ce début de l’année 2011 en Algérie et Tunisie sont graves et interpellent le monde arabe dans son ensemble. Les causes principales de ces événements sont le manque de démocratie et de liberté, le chômage des jeunes, les inégalités sociales, la corruption, la pauvreté, le logement social déficient, pour résumer « un mal vivre » qui frappe la majorité de la population et surtout les jeunes.
Certes, la situation dans le monde arabe n’est pas le même pour tous les pays, et chacun a ses propres spécificités. Cependant on retrouve certains points communs. Prenons le problème de la démocratie et de la liberté. De là où on jette son regard, on ne voit que régimes autoritaires, où la démocratie est formelle, les libertés limitées, les droits de l’homme bafoués. Certains chefs d’Etat arabes s’accrochent à leur poste depuis des décennies, et tentent de pousser leur progéniture à prendre la succession. Dans beaucoup d’Etats arabes, la corruption est généralisée et les passe-droits sont monnaie courante. La presse y est le plus souvent muselée, et les médias publics utilisés principalement pour la propagande des dirigeants en place.
Sur le plan économique et social, ce n’est guère mieux. Le PIB par habitant dans les pays arabes est l’un des plus faibles du monde, sauf pour les pays pétroliers et gaziers qui bénéficient d’une manne providentielle, et dont ils ne font pas bénéficier leurs peuples. Les dirigeants et leur entourage s’accaparent la plus grande partie des richesses du pays dans le cadre d’une économie de rente, au détriment du reste de la population. L’analphabétisme et la médiocrité de l’enseignement ne permettent pas à la plupart des pays arabes de constituer une véritable classe moyenne, propre à assurer la stabilité sociale. Le résultat est une population généralement pauvre, mal éduquée, et frustrée.
A moins de prendre rapidement des mesures radicales, la plupart des pays arabes peuvent très bien connaître les troubles tels qu’ils se sont déroulés en Algérie et en Tunisie. Les dirigeants actuels arabes sans peine de connaître le même sort que Ben Ali, doivent accélérer la démocratisation de leur régime politique, l’élargissement des libertés individuelles et collectives, le respect des droits de l’homme. Ils ne doivent pas s’accrocher au pouvoir et doivent promouvoir la constitution de gouvernements crédibles, émanant d’élections libres et transparentes, avec tous les pouvoirs nécessaires pour gérer le pays. Ils doivent instaurer une séparation réelle du pouvoir judiciaire de l’exécutif, et lutter avec acharnement contre la corruption et les abus de droits. Il est indispensable d’éradiquer dans ces pays l’analphabétisme et d’améliorer la qualité de l’enseignement. Le développement économique et social doit être la priorité afin de permettre à la majorité de la population de bénéficier d’un emploi, d’un logement décent, et d’un niveau de vie convenable. Certes la tâche est difficile et rude, mais c’est le seul moyen d’éviter des troubles dommageables, des drames collectifs, et la marginalisation du monde arabe dans le concert des nations.
Contrairement à ce que beaucoup pensent, le meilleur rempart contre l’extrémisme religieux n’est pas l’autoritarisme, mais le développement de la démocratie et de l’économie sociale.
La chute de Moubarak Quel impact sur les pays Arabes ? (14/02/2011)
Ainsi il a fallu a peine 18 jours pour que Moubarak qui a gouverné l’Egypte pendant 30 ans quitte le pouvoir le 11 Février 2011. On ne peut que saluer avec fierté le courage et la détermination du peuple égyptien, qui a réussi malgré les attaques de la police, et les conditions matérielles déplorables, à tenir jusqu’à la victoire. On peut saluer également le comportement digne de l’armée égyptienne qui a refusé de tirer sur la foule. La communauté internationale a réagi favorablement au départ de Moubarak, avec une mention particulière pour le Président américain Obama qui a salué chaleureusement la victoire du peuple égyptien. Ce qu’il faut espérer maintenant, est que l’institution militaire égyptienne à qui a été dévolu le pouvoir, puisse préparer au mieux la transition vers les élections présidentielles de Septembre 2011, afin qu’enfin le peuple égyptien puisse bénéficier de la démocratie qu’il a amplement méritée.
Cette onde de choc, née de la révolution tunisienne du 15 janvier 2011, et qui s’est poursuivie en Egypte, aura certainement des effets sur les autres pays Arabes.
Cependant le monde arabe n’est pas monolithique, et chaque pays a ses propres spécificités. Trois pays ont le plus de similitudes avec la Tunisie et l’Egypte : il s’agit de l’Algérie, la Libye et la Syrie. En effet ces trois derniers pays partagent les mêmes maux : dictature, pauvreté et corruption. Cependant les dirigeants de l’Algérie et la Libye disposent de la manne pétrolière et gazière qu’ils peuvent faire jouer pour calmer le peuple. Ils peuvent aussi, ainsi que le régime syrien, réagir plus brutalement en cas de soulèvement des masses pour empêcher les manifestations. Des risques d’instabilité existent également au Yémen, en Mauritanie et en Jordanie, où le Roi Abdallah a changé de premier ministre suite à une contestation tribale dénonçant la corruption. Il y a moins de risques pour les pays Arabes producteurs d’hydrocarbures (Arabe Saoudite, Emirats du Golfe) du fait que les peuples de ces pays profitent plus largement de la richesse pétrolière, et que les jeunes n’y jouent pas encore un grand rôle dans des sociétés restées très traditionnistes. Cependant, l’onde de choc née de la révolution tunisienne aura à des degrés divers des conséquences sur tout le monde arabe.
Le cas du Maroc est également à part. Notre pays depuis une dizaine d’années a connu des grandes avancées sur le plan politique, économique et social. Multipartiste depuis l’indépendance, le champ des libertés s’y est considérablement élargi, et les associations de la société civile se sont multipliées. Les élections s’y déroulent d’une façon régulière et avec plus de transparence que dans le passé. Sur le plan économique, de grands chantiers ont été ouverts, et des politiques sectorielles ambitieuses ont été mises en œuvre avec succès.
Enfin sur le plan social, la compensation des prix pour les produits de première nécessité, l’Initiative Nationale de Développement Humain (INDH), et la politique de proximité menée par le Roi en personne, contribuent à sortir les classes défavorisées de la pauvreté. Cependant il ne faut pas se satisfaire de la situation actuelle. Afin que le pays puisse évoluer dans la sérénité, il faut accélérer les réformes pour parfaire notre démocratie, lutter contre l’économie de rente, et réduire les inégalités sociales qui restent flagrantes.
Libye : Halte au massacre des civils (09/03/2011)
Après les révolutions de la Tunisie et de l’Egypte, ce fût le tour de la Libye il y a une vingtaine de jours. Contrairement à Benali et Moubarak qui ont quitté le pays pour ne pas entraîner un bain de sang, Kadhafi s’accroche au pouvoir et impose à son peuple une guerre civile meurtrière. C’est ainsi qu’à l’Est et à l’Ouest de Tripoli, des combats intensifs ont lieu entre les révolutionnaires et l’armée régulière libyenne, soutenue par les milices du régime et les mercenaires venus de tous bords. D’après les témoignages des journalistes sur place, l’armée n’hésite pas à tirer sur les civils en utilisant des chars, des mitrailleuses et des grenades. Des centaines de morts sont dénombrés chaque jour, et 200.000 réfugiés ont déjà traversé les frontières tunisienne et égyptienne.
Dans une interview donnée au Journal du Dimanche du 6 Mars 2011, Kadhafi prétend combattre le terrorisme d’Al Qaida, mener le combat contre l’extrémisme musulman, et s’étonne qu’on ne vienne pas l’aider. Il affirme qu’il n’a jamais tiré sur son peuple, et menace l’Europe d’une immigration massive à partir de la Libye. Il demande enfin l’organisation d’une commission d’enquête menée par la France.
On ne peut que se révolter contre cette outrecuidance du responsable libyen, alors que tout montre que son peuple se révolte contre lui et contre ses quarante deux années de dictature. Le peuple libyen veut un changement radical et aspire à un régime démocratique. Quant à ne pas tirer sur son peuple, c’est son propre fils Khamis qui a lancé un assaut contre Misrata, ville tenue par les révolutionnaires à 200 km à l’Est de Tripoli. Pour ce qui est de la menace d’une immigration massive vers l’Europe à partir de la Libye, c’est un argument abject qui s’appuie sur la misère humaine, et crée des peurs injustifiées, et qu’il ne faut en aucun cas prendre en considération.
Entre temps, le Conseil de Sécurité de l’ONU dans sa résolution du 26 Février 2011, a condamné la violence et l’usage de la force contre les civils, décidé un embargo sur les armes à destination de la Libye, prononcé des interdictions de voyage et le gel des avoirs des dirigeants libyens, et saisi la Cour pénale internationale pour traduire Kadhafi en jugement. La France de son côté, vient de reconnaître le Conseil national libyen, et apporte son soutien aux principes qui l’animent et aux objectifs qu’il s’assigne. Elle condamne d’autre part l’usage inacceptable de la force contre les civils et rend hommage au courage des populations soumises à la violence.
Certes, ces positions de l’ONU et de la France sont positives mais insuffisantes. Ce n’est pas en leur interdisant de voyager et en gelant leurs avoirs, que les dirigeants libyens vont changer de comportement. Il faut absolument sauver le peuple libyen du massacre par ses propres dirigeants. Une première mesure à prendre d’urgence est l’institution d’une zone d’exclusion aérienne, pour que les avions militaires libyens ne bombardent plus les civils. Si ces mesures ne sont pas efficaces, il faut mettre sur pied une force d’intervention de l’ONU pour arrêter la guerre civile. De toutes façons, il n’y a pas d’autre solution que la chute de Kadhafi, car on ne peut pas imaginer qu’il puisse à nouveau diriger la Libye après ce qu’il a fait. La réussite de la révolution libyenne est aussi un signal fort pour tous les peuples du monde qui souhaitent s’émanciper et abattre les dictatures.
Quelle constitution pour le Maroc ? (31/03/2011)
Suite au Discours Royal de 9 Mars 2011 annonçant une profonde réforme de la constitution marocaine, l’IMRI a constitué en son sein un Groupe de Travail pour examiner cette réforme et apporter sa contribution en tant qu’organisation de la société civile. Etant un Institut orienté sur les relations internationales, nous avons estimé intéressant d’examiner quelques constitutions des pays étrangers. Le but évidement n’est pas de copier ces constitutions étrangères, mais déterminer ce qui peut être valable pour nous. Nous avons choisi trois pays : l’Allemagne, l’Espagne et la France. Le choix de ces pays tient à des raisons géographiques et historiques, et aussi au fait que l’Espagne est un Royaume comme le nôtre, alors que l’Allemagne et la France ont des expériences de régionalisation intéressantes. Nous avons retenu les grandes lignes suivantes des constitutions de ces trois pays.
La Constitution allemande dite loi fondamentale a été promulguée le 23 Mai 1949 et avait un caractère provisoire, du fait de la division de l’Allemagne entre sphère occidentale et sphère soviétique. Afin d’éviter les déboires de la République de Weimar et la résurgence du totalitarisme, la loi fondamentale allemande a beaucoup insisté sur la protection des libertés fondamentales, le caractère fédéral de l’Etat allemand, et a instauré un régime parlementaire. Il n’y a pas eu de référendum, mais la loi fondamentale a été adoptée par tous les Länder de l’époque, sauf la Bavière qui l’a refusé, mais qui a accepté son application sur le territoire bavarois. Elle autorise le Conseil constitutionnel fédéral à interdire un parti politique opposé à l’organisation démocratique et libérale de la République fédérale. La réalité du pouvoir exécutif est détenue par le (ou la) Chancelièr(e) qui est désigné par le Bundestag à la majorité de ses membres. Le pouvoir législatif est entre les mains du Bundestag, qui est l’instance parlementaire centrale, composé de 622 députés élus dans les différentes circonscriptions électorales. Toutes les lois sont examinées et adoptées par le Bundestag. Cependant certaines lois doivent recevoir l’approbation du Bundesrat qui est une Assemblée représentative des Länder, dont les membres sont désignés par les gouvernements régionaux selon une règle proportionnelle à la population. A la suite de la réunification allemande, la loi fondamentale a été étendue à l’Allemagne de l’Est le 3 Octobre 1990. L’Allemagne est constituée actuellement de 16 Länder qui ont chacun une constitution, un parlement et un gouvernement régional, et qui disposent de très larges pouvoirs. Le pouvoir judiciaire est exercé par les Cours suprêmes de la Fédération, les tribunaux fédéraux, et les tribunaux des Länder au niveau régional.
La Constitution espagnole a été promulguée en 1978 suite à la chute du régime franquiste. Elle a été approuvée par référendum, et a instauré une monarchie parlementaire démocratique respectant les valeurs de l’Etat de droit, de liberté, de justice, d’égalité et de pluralité politique. Les autres dispositions importantes sont la séparation des pouvoirs et la déclaration d’un Etat sans confessionnalité religieuse. Tout en adoptant l’économie de marché, elle reconnaît les droits sociaux des citoyens espagnols. Elle a organisé le territoire sous forme de communautés autonomes disposant de très larges pouvoirs par rapport au gouvernement central, qui ne garde que les fonctions régaliennes. Trois communautés autonomes appelées nationalités (Catalogne, Galice, Pays Basque) disposent pour des raisons historiques de pouvoirs supérieurs aux 17 autres régions autonomes. Cependant, le tribunal constitutionnel dans un arrêt de Juin 2010 a refusé à la Catalogne le terme de « nation », et a rejeté le caractère préférentiel de la langue catalane par rapport à l’espagnol. Le pouvoir législatif est détenu par les Cortes : Congrès des députés et Sénat. A ce titre, ils élaborent et votent les lois, et élisent le Président du gouvernement. Le pouvoir exécutif est de la responsabilité du gouvernement, qui dirige les administrations civiles et militaires, ainsi que la politique intérieure et extérieure du pays. Le Roi est le chef de l’Etat, chef des armées, symbole de son unité et de sa permanence. Il est l’arbitre et le modérateur du fonctionnement régulier des institutions. Le pouvoir judiciaire est composé du Tribunal constitutionnel, le Conseil général du pouvoir judiciaire et le Défenseur du peuple espagnol.
La Constitution française instituant la V ème République date du 4 Octobre 1958, et avait pour but de mettre un terme à l’instabilité gouvernementale de la IV ème République, et de résoudre la grave crise politique née de la guerre d’Algérie. Elle a voulu donner un pouvoir fort au Président de la République, qui est la garant des institutions. Le préambule renvoie à la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, et au préambule de la constitution du 27 Octobre 1946. Par la suite a été ajoutée la charte de l’environnement de 2004. La constitution de 1958 contient essentiellement des articles organisant les institutions françaises. Elle fixe les pouvoirs du Président de la République, qui est élu depuis 1962 au suffrage universel direct. Il est le chef de l’Etat, chef des armées, et chef de l’exécutif, en présidant notamment le conseil des ministres. Ses pouvoirs ont encore été renforcés en 2002 par le passage du mandat présidentiel de 7 à 5 ans. Il dispose du droit de dissoudre l’Assemblée nationale, nomme et révoque le Premier Ministre, qui est responsable devant le Parlement. Selon l’article 20 de la constitution le Premier Ministre « détermine et conduit la politique de la nation ». Mais en pratique, le Président s’accapare l’essentiel des prérogatives du Premier Ministre, notamment en ce qui concerne la diplomatie et la défense. L’article 20 de la constitution n’est véritablement appliqué qu’en cas de cohabitation (victoire du parti d’opposition aux élections législatives), où l’exécutif devient bicéphal. Le Président a en outre l’attribution de nommer aux emplois civils et militaires les plus importants, notamment trois membres du Conseil constitutionnel, et un membre du Conseil supérieur de la magistrature. La constitution fixe également les prérogatives du Parlement composé de l’Assemblée nationale et du Sénat, qui sont essentiellement le vote de la loi, le contrôle de l’action du gouvernement, et l’évaluation des politiques publiques. Les députés de l’Assemblée nationale sont élus au suffrage direct, et les sénateurs au suffrage indirect.

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents