Respirez !
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Description


La pollution de l'air tue. Elle est responsable de 48 000 morts par an en France - dix fois plus que les accidents de la route - et d'un tiers des infarctus et des AVC dans le monde. L'importance des enjeux mais aussi la gravité des compromissions en font le plus grand scandale sanitaire de ce début de siècle.



Que font les pouvoirs publics ? N'existe-il pas des solutions dans le domaine de la technologie, du droit, de la politique ? Nous assistons à une transformation profonde des mentalités qui nous permet enfin d'agir. Engagé et constructif, cet essai documenté ne se contente pas de dénoncer un état de fait :




  • il décrypte les enjeux de société ;


  • il relève les bonnes pratiques ;


  • il donne des pistes pour s'adapter (réinventer la mobilité, survivre dans un air vicié...).




  • Préface de Yann Arthus-Bertrand


  • Quand l'air devient nocif


    • Portrait d'un tueur invisible


    • Le diesel inculpé




  • Les défis à relever pour mieux respirer


    • La mobilité de demain


    • La résilience


    • Le problème politique


    • Perspectives


    • Conclusion



Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 28 mars 2019
Nombre de lectures 12
EAN13 9782212720167
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0550€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

SOLUTIONS
POUR LUTTER CONTRE LA POLLUTION DE L’AIR
La pollution de l’air tue. Elle est responsable de 48 000 morts par an en France – dix fois plus que les accidents de la route – et d’un tiers des infarctus et des AVC dans le monde. L’importance des enjeux mais aussi la gravité des compromissions en font le plus grand scandale sanitaire de ce début de siècle.
Que font les pouvoirs publics ? N’existe-il pas des solutions dans le domaine de la technologie, du droit, de la politique ? Nous assistons à une transformation profonde des mentalités qui nous permet enfin d’agir. Engagé et constructif, cet essai documenté ne se contente pas de dénoncer un état de fait : il décrypte les enjeux de société ; il relève les bonnes pratiques ; il donne des pistes pour s’adapter (réinventer la mobilité, survivre dans un air vicié…).
OLIVIER BLOND est journaliste, écrivain et militant écologiste. Président de Respire, l’association nationale pour la préservation et l’amélioration de la qualité de l’air, il a aussi été le directeur éditorial de la fondation GoodPlanet (avec Yann Arthus-Bertrand). Il a déjà publié plusieurs ouvrages dont Pour en finir avec l’écologie punitive , aux éditions Grasset.
Olivier Blond Préface de Yann Arthus-Bertrand
RESPIREZ !
SOLUTIONS POUR LUTTER CONTRE LA POLLUTION DE L’AIR
Éditions Eyrolles 61, bd Saint-Germain 75240 Paris Cedex 05 www.editions-eyrolles.com
Mise en pages : IGS-CP, L’Isle d’Espagnac
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
© Éditions Eyrolles, 2019 ISBN : 978-2-212-56831-8
Préface
Le progrès nous a bien déçus
Quand j’étais gosse et que je pensais au futur, j’imaginais qu’un jour les voitures voleraient dans d’immenses mégapoles verticales, et non pas que les centres-villes leurs seraient interdits. Le progrès nous a bien déçu ! Il a transformé les villes en univers menaçants, dans lesquels on s’entasse et on respire un air toxique.
La pollution de l’air est devenue un phénomène tellement immense, une catastrophe sanitaire tellement majeure que c’en est presque invraisemblable.
Les chiffres que rassemble Olivier Blond dans cet ouvrage, et qui proviennent pour l’essentiel de l’Organisation mondiale de la santé en témoignent : environ 7 millions de personnes meurent chaque année à cause de la pollution de l’air. Un bilan plus lourd que celui de toutes les guerres, de tous les attentats et de toutes les violences réunies ! 95 % de la population mondiale respire un air toxique ! Et les enfants sont particulièrement touchés par cette pollution…
L’enjeu est majeur, et l’automobile est à l’origine d’une partie importante du problème. Elle n’est pas la seule en cause. Et ce n’était pas mieux avant. Mais il faut changer. Pour autant, je ne dirais pas que c’est simple, moi qui comme tant d’autres citoyens prends ma voiture pour aller travailler.
Les responsabilités sont multiples, et il faut se méfier des amalgames. Mais nous passons beaucoup trop de temps dans nos voitures. Elles sont trop nombreuses, trop chères, trop polluantes, trop dangereuses. Elles prennent trop de place, dans nos rues ou dans nos têtes. Et ceux qui ont triché sur les moteurs diesels ont tué des gens. Ils devraient être jugés et ceux qui continuent à encourager des moteurs polluants portent une lourde responsabilité.
La pollution de l’air émerge ainsi comme un enjeu majeur de notre temps. Et à la différence de nombreux autres problèmes environnementaux, elle n’épargne pas les citoyens de l’Occident. Elle frappe même au cœur de nos métropoles, dans les lieux du pouvoir et de la richesse.
La pollution exerce aussi son action au présent, et non pas dans un futur que l’on peut toujours espérer éloigner ou dans un scénario plus ou moins hypothétique. Elle agit ici et maintenant. Elle tue au quotidien, et depuis des années.
Certes, la pollution est invisible la plupart du temps. Cela explique peut-être que le problème ait été négligé pendant de si longues années. Car le sujet n’a surgi que de manière récente dans le débat public. Il est apparu avec la soudaineté de certains pics de pollution. C’est l’une des mauvaises surprises de notre monde contemporain.
Et c’est aussi pourquoi il est important de réagir. Chacun à sa manière, mais tous ensemble. La bonne nouvelle que nous transmet Olivier Blond, c’est que des solutions existent. Je ne suis pas d’un naturel optimiste. Mais j’ai envie d’essayer. Et surtout, j’ai envie de me donner les moyens de transformer le monde dans lequel je vis.
Les débats autour de la voiture sont remarquablement difficiles. En particulier avec le mouvement des « Gilets jaunes ». Tout le monde se crispe très vite. La mauvaise foi arrive aussi rapidement.
Pour prendre un exemple parmi tant d’autres, la voiture électrique rencontre, étonnamment, bien des hostilités. Elle ne résoudra pas à elle seule tous les problèmes, bien sûr. Mais certains lui reprochent de rouler en France grâce à une électricité nucléaire. C’est vrai et je ne suis pas un partisan du nucléaire. Mais c’est aussi vrai du métro, or cela ne choque personne ! Quelle est la logique ?
Au-delà des propositions que formule Olivier Blond, je pense donc que résoudre le problème de la pollution de l’air nécessitera davantage que des solutions techniques. Il faudra une transformation profonde de notre attitude. Que nous changions notre regard sur le monde, sur la consommation, sur nos modes de vie. Que nous prenions conscience de nos responsabilités et des liens invisibles mais non moins puissants qui relient chacune de nos actions. Que nous soyons capables de davantage de bienveillance, d’empathie et de courage. Bref, il ne faudra rien moins qu’une révolution spirituelle. Chacun peut dès aujourd’hui commencer à y travailler.
Yann Arthus-Bertrand Photographe et réalisateur, Président de la fondation GoodPlanet
Introduction
La pollution de l’air tue plus que les guerres, les meurtres et les accidents réunis. En France, elle cause près de 48 000 morts prématurées chaque année. Soit autant de victimes que l’amiante en vingt ans, 20 fois plus que les affaires du sang contaminé ou du Mediator, et 200 fois plus que la vache folle. Elle est ainsi à l’origine du plus grand scandale sanitaire français 1 .
Les études scientifiques s’accumulent, les pics de pollution se succèdent et la liste des victimes s’allonge. La pollution de l’air est devenue la troisième cause de mortalité en France, derrière la cigarette et l’alcool. Mais depuis vingt ans, personne ou presque n’a rien fait.
Les victimes restent invisibles, comme l’est la pollution la plupart du temps. Mais lors des pics de pollution, tout devient perceptible ; chacun peut ressentir ce goût collant et métallique dans la gorge, quand les yeux ou le nez piquent, quand les lampadaires s’entourent d’un halo inaccoutumé, quand la tour Eiffel disparaît dans une brume persistante. En décembre 2016, la France a connu le plus long de ces pics de pollution depuis que l’on en prend la mesure. Une dizaine de jours en région parisienne, trente-trois jours d’affilée en vallée de l’Arve, autour de Chamonix. Les services de pneumologie ont connu un regain d’affluence.
Mais le véritable danger réside dans l’exposition quotidienne à des polluants toxiques qui entrent dans nos poumons pour pénétrer ensuite l’ensemble de notre corps et causer cancers et troubles cardio-vasculaires mortels.
Comme dans les autres scandales sanitaires, mais à une échelle plus large encore, on retrouve avec la pollution de l’air un écheveau d’aveuglements politiques, de données scientifiques enterrées, d’intérêts industriels égoïstes, de fraudes (dont l’affaire Volkswagen ne constitue qu’un aspect), de lobbying honteux, de dysfonctionnements et d’abandons à presque tous les étages des institutions censées nous protéger.
Mais cette crise sanitaire majeure s’est développée sur une durée inaccoutumée : plus de deux décennies. Et ces vingt années de déni ou d’intrigues nous placent aujourd’hui dans une situation critique, face à laquelle aucune demi-mesure n’est satisfaisante. Quelques jours de circulation restreinte ne résoudront pas le problème après tant d’années d’inaction, les véritables solutions nécessiteront un courage tenace et une volonté politique forte.
La crise de la pollution de l’air est ainsi une crise politique, au sens étymologique du terme : elle concerne la cité, la manière dont nous vivons ensemble. Par-delà l’enjeu sanitaire, évidemment primordial, elle porte en elle une remise en cause profonde de la gestion politique des questions de santé publique et d’environnement.
Afin de mettre en œuvre les solutions qui s’imposent, il faudra dépasser les clivages apparus progressivement autour de ce thème entre la gauche et la droite, entre les habitants des centres-ville et des banlieues, entre les automobilistes et les piétons. Pour sauver des vies, il ne faudra pas moins que réconcilier la France.
Mais la bonne nouvelle est ici que nous assistons à une transformation rapide. Les données politiques, économiques, technologiques, industrielles, juridiques, médiatiques, bref l’ensemble de notre écosystème est en train de se transformer sous nos yeux pour nous permettre d’envisager enfin des solutions à la pollution de l’air. En tout cas en Europe.
Difficile de tracer avec précision le début de cette révolution. C’est peut-être la décision de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de classer les fumées de diesel comme cancérigène, en 2012, qui a initié une dynamique profonde et inauguré une série de travaux scientifiques majeurs. Le scandale Volkswagen a quant à lui causé un séisme dont les multiples répliques ont sapé la respectabilité et la confiance de toute l’industrie automobile. La révolution sans précédent que connaît actuellement le monde automobile, entre voiture électrique, voiture autonome ou voiture partagée, a contribué à modifier l’attitude des grands groupes industriels. Les mesures fortes qu’Anne Hidalgo a portées à Paris, et les controverses qu’elles ont suscitées, ont marqué d’une manière décisive le débat public en France et jusque dans le monde entier. Les décisions de justice qui se sont succédé, entre le Conseil d’État, la Cour européenne de justice ou la Cour suprême du Royaume-Uni ont pesé d’un poids indéniable sur les décideurs politiques. Mais les lanceurs d’alerte, au rang desquels il faut placer l’association Respire, que j’ai l’honneur de présider, et qui se bat depuis sa création, en 2011, pour l’amélioration de la qualité de l’air et la protection des victimes, ont joué aussi leur rôle.
Lequel de ces éléments a fait basculer l’édifice ? C’est une constance des révolutions et des changements de paradigmes : les résistances semblent insurmontables et tout d’un coup elles s’effondrent. Les exemples sont multiples. La Structure des révolutions scientifiques de Thomas Kuhn en rend compte tout comme, dans l’histoire des idées, La Théorie de mèmes de Susan Blackmore 2 .
Quoi qu’il en soit, il faut se féliciter de cette révolution. Les vingt dernières années sont marquées par une inaction coupable ; les vingt prochaines pourraient être celles d’une résolution du problème. À cette échéance, la pollution de l’air pourrait ne plus être le problème majeur qu’il est aujourd’hui en France ou en Europe occidentale. L’impact sanitaire pourrait être considérablement amoindri.
Vingt ans, c’est trop long, et cela signifie un nombre de victimes encore bien trop élevé. Mais nous pouvons nous réjouir de la transformation qui commence sous nos yeux et à laquelle chacun peut participer.

1 . https://www.senat.fr/rap/r05-037-1/r05-037-1.html
2 . Susan Blackmore, The Memem Machine , Oxford Press, 2000.
Partie I
Quand l’air devient nocif
Chapitre 1
Un bilan sanitaire lourd
L’ IMPACT DE LA POLLUTION EN CHIFFRES
Les chiffres sont accablants et les experts unanimes. En France, la principale étude a été publiée en septembre 2016. Dirigée par Santé publique France, elle montre que la pollution par les particules fines dites PM2.5 tue environ 48 000 personnes par an en France. Auparavant, une étude européenne avait fait état de 328 000 morts en Europe chaque année, dont 42 000 en France 1 .
Et cela, alors que ces particules fines ne forment que l’une des composantes de la pollution de l’air. En prenant en compte l’impact des autres polluants comme les oxydes d’azote, l’ozone ou le benzène, le bilan morbide serait probablement plus lourd encore. Quoi qu’il en soit, ces chiffres font de la pollution de l’air la troisième cause de mortalité en France, après le tabac (80 000 décès par an) et l’alcool (49 000). À l’échelle planétaire, les données sont cohérentes. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la pollution de l’air tue 6,5 millions de personnes dans le monde chaque année.
Toujours selon l’OMS, 92 % de la population mondiale respire un air pollué au-delà des normes sanitaires internationales ! En Ile-de-France, selon Airparif cette fois, 1,3 million de personnes étaient exposées en 2017 à des seuils de pollution aux oxydes d’azote supérieurs aux normes légales. En ce qui concerne la pollution aux particules fines, ce sont plus de 100 000 personnes qui vivent dans des zones qui ne respectent pas les limites légales. Et 10 millions de personnes pour les objectifs de qualité, plus de la moitié de la population 2 !
L’État définit des « valeurs limites annuelles pour la protection de la santé humaine » pour toute une série de polluants, mais il tolère que ces limites ne soient pas respectées dans des parties importantes du territoire national, habitées de millions de personnes 3 ? La situation est absurde. Elle interpelle jusqu’à la Commission européenne, qui a ouvert un contentieux avec la France !
Comme on peut le lire sur le site du ministère de l’Environnement : « Après une première mise en demeure (2009), un avis motivé (2010) et une décision de saisine de la Cour de justice de l’Union européenne (2011) non suivie d’effets, la Commission a adressé à la France une mise en demeure complémentaire en février 2013 et a élargi ses griefs contre elle : désormais il est reproché à la France de ne pas se conformer aux niveaux réglementaires de concentration de particules fines dans l’air et de ne pas mettre en place des plans d’action répondant aux ambitions de la directive. »
« Les valeurs limites ne sont pas respectées chaque année dans plusieurs agglomérations. Parmi celles-ci, dix zones (Marseille, Toulon, Paris, Douai-Béthune-Valenciennes, Grenoble, Lyon, la Zone urbaine régionale de Rhône-Alpes, Nice, la Zone urbaine régionale de PACA et la Martinique) sont visées par un avis motivé reçu le 29 avril 2015 4 . »
C ONTOUR D ’ UNE INERTIE POLITIQUE
Face à cette crise sanitaire majeure, on pourrait attendre une réponse à la hauteur des enjeux. Il y a vingt ans, Corinne Lepage, alors ministre d’Alain Juppé, a mis en place la loi sur l’air qui pose les bases de l’action actuelle. La loi porte aujourd’hui son nom. Mais depuis, que s’est-il passé ? Rien, ou presque.
Pour donner un élément de comparaison, les gouvernements successifs ont pris à bras-le-corps les problèmes liés au tabac, à l’alcoolisme ou à la sécurité routière, et ont mené de grandes campagnes de prévention. Les accidents de la route tuaient ainsi plus de 15 000 personnes par an dans les années 1970. Cette mortalité a été divisée par cinq et atteint environ 3 500 personnes par an. Preuve en est que les gouvernements peuvent agir ! En 1993, un Observatoire national interministériel de la sécurité routière a été créé sous l’autorité du Premier ministre, des campagnes nationales de sensibilisation ont été menées régulièrement. Malheureusement, rien de tel n’existe pour la pollution de l’air et cette différence donne la mesure de l’inaction actuelle.
Ces éléments de comparaison montrent combien l’inertie de l’État est scandaleuse. Et pour donner un ordre de grandeur, un quinquennat d’inaction, c’est 250 000 morts, soit une ville comme Bordeaux ou Nantes qui disparaît. Mais à l’intérieur de ce scandale, il en est un autre : le silence presque complet du ministère de la Santé. Pendant les pics de pollution le ministère se contente en général de rappeler quelques mesures élémentaires de précaution comme éviter les efforts physiques. Plus généralement, les ministères de l’Environnement et de la Santé ne travaillent pas ensemble sur ce sujet 5 . C’est comme si le ministère de la Santé laissait l’alcoolisme et la tabagie au ministre de l’Agriculture sous prétexte qu’il ne s’agit là que d’un problème de vignes, de houblon ou de plants de tabac. Et cela, alors que les experts de l’Organisation mondiale de la santé multiplient les interventions, les rapports et les réunions internationales. Pour Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, la pollution de l’air est le tabac du XXI e siècle. « C’est une urgence silencieuse de santé publique 6 ». Mais, visiblement, le message n’est toujours pas passé jusqu’au ministère de la Santé.
L A SANTÉ MENACÉE
Afin de comprendre le bilan sanitaire particulièrement lourd de la pollution de l’air, il faut battre en brèche une idée reçue. La plupart des gens imaginent en effet que la pollution de l’air exerce principalement son action au niveau respiratoire. Il est vrai qu’elle provoque des irritations du nez ou de la gorge, et suscite ou aggrave des crises d’asthme. Mais ce n’est là que le début du problème, que la partie émergée d’un iceberg funeste puisque les molécules polluantes, lorsqu’elles parviennent aux poumons, passent dans le sang. Dès lors, elles peuvent atteindre l’ensemble des organes – jusqu’au cerveau où elles pourraient causer la maladie d’Alzheimer ou d’autres démences. Elles peuvent déclencher divers types de cancer – les gaz d’échappement des moteurs diesels ont ainsi été classés comme cancérogènes par l’OMS. À cela s’ajoute des troubles du développement, des effets indésirables pendant la grossesse, du diabète… La liste est longue.
Mais le problème principal est encore ailleurs et concerne le système cardio-vasculaire : les molécules polluantes endommagent progressivement veines et artères. Avec le temps, elles peuvent provoquer infarctus et accident vasculaire cérébral. Cette action à long terme peut passer inaperçue de longues années, mais c’est elle qui explique le bilan particulièrement lourd de la pollution. Car, toujours selon l’OMS, la pollution de l’air causerait un tiers des AVC et un tiers des infarctus dans le monde !
U NE SENSIBILITÉ EXTRÊME
Nous respirons environ 15 000 litres par jour. Et retenir sa respiration ne serait-ce que quelques secondes nous permet de réaliser à quel point ce geste est vital. L’air que nous respirons pénètre par notre nez ou notre bouche, traverse notre gorge et arrive aux poumons : c’est là que notre sang se recharge en oxygène et qu’il se déleste du dioxyde de carbone.
L’air traverse les poumons par de petites canalisations, les bronches, qui se ramifient en canalisations encore plus petites, les bronchioles, qui permettent à l’air d’accéder aux très nombreuses alvéoles pulmonaires où se produisent les échanges gazeux. Les poumons forment ainsi une structure très riche. Dépliée, elle mesure 140 m 2 chez un adulte – l’équivalent d’un terrain de volley. Ces 140 m 2 sont comme un immense filet à papillons que nous emmenons avec nous en permanence. Il nous permet d’attraper toutes ces molécules d’oxygène dont nous avons tant besoin. Mais son exceptionnelle efficacité est à double tranchant : il saisit également les molécules toxiques, même lorsqu’elles sont présentes en quantités infinitésimales. C’est pourquoi des concentrations relativement modestes de polluants peuvent constituer une menace importante de santé publique.
P ROTÉGER NOS ENFANTS
Nous ne sommes pas égaux face à la pollution. Certaines personnes sont plus exposées que d’autres, parce qu’elles habitent près d’un axe routier important, ou parce qu’elles travaillent dans une zone particulièrement polluée comme les enceintes souterraines du métro, par exemple.
Certaines sont plus vulnérables : les personnes âgées ou les personnes souffrant de difficultés respiratoires (elles sont plus de 5 millions en France). Les enfants sont parti-culièrement vulnérables à la pollution. Leur système respiratoire est immature, ils respirent plus vite, ils sont plus petits - plus proches des pots d’échappement.
Le nombre d’enfants asthmatiques a ainsi doublé en deux décennies, en grande partie à cause de la pollution. Bronchites, pneumonies mettent en péril les plus fragiles. La pollution de l’air provoque également un retard dans le développement cognitif des enfants, un déficit de QI. Elle favorise les maladies mentales ou neurologiques. Dès la grossesse, le fœtus est vulnérable à la pollution : le risque de précocité augmente, le poids à la naissance diminue. Médecins et organisations internationales sonnent l’alarme. L’OMS vient d’annoncer que 570 000 enfants de moins de 5 ans meurent chaque année de la pollution de l’air.
En Ile-de-France, 55 % des crèches, écoles, établissements d’hébergement de personnes âgées, hôpitaux et terrains de sport en plein air sont situés à moins de 500 mètres d’un axe routier majeur (plus de 100 000 véhicules par jour), du périphérique ou d’une section d’autoroute urbaine. Des études ont révélé que les dépassements des valeurs limites d’exposition concernent de nombreux établissements pour les particules de type PM10 et presque un quart d’entre eux pour le dioxyde d’azote. Et bien plus dans Paris intra-muros.
En cas de pic de pollution, l’une des premières mesures est d’interdire les activités sportives pour les enfants. Pendant l’hiver 2016-2017, la vallée de l’Arve (Haute-Savoie) a connu le pic de pollution le plus long enregistré dans le pays (trente-trois jours d’affilée) et les récréations dans les cours d’écoles furent interdites. Ailleurs dans le monde, le dernier exemple récent d’une telle mesure est à chercher dans les zones contaminées par l’accident nucléaire de Fukushima ! Avons-nous perdu tout sens commun pour ne pas être révoltés par cette situation ?

1 . http://invs.santepubliquefrance.fr/beh/2016/26-27/2016_26-27_1.html
2 . Surveillance et information sur la qualité de l’air en Ile-de-France - Bilan 2015
3 . http://www.airparif.asso.fr/_pdf/decret21102010.pdf
4 . http://www.developpement-durable.gouv.fr/Contentieux-engage-par-la.html
5 . http://tempsreel.nouvelobs.com/planete/20130329.OBS6200/la-france-dans-le-piege-du-diesel.html
6 . Déclaration de Tedros Adhanom Ghebreyesus, WHO’s director general. https://www.theguardian.com/environment/2018/oct/27/air-pollution-is-the-new-tobacco-warns-who-head
Chapitre 2
Portrait d’un tueur invisible
L E BESTIAIRE DE LA POLLUTION DE L ’ AIR
À quoi ressemblent les molécules toxiques qui nous menacent ? Elles sont extrêmement variées dans leur nature, leurs origines et leurs effets.
Les trois principales catégories sont les particules, que l’on écrit PM (pour particules de matière), les oxydes d’azote que l’on écrit NOx car il peut s’agir de NO ou de NO 2 et enfin l’ozone (O 3 ). Mais cette apparente simplicité cache une diversité immense. Car si l’ozone et les oxydes d’azote sont des molécules clairement identifiées, le terme de « particules » recouvre en fait une catégorie extraordinairement vaste de composés.
« On a un bestiaire absolument gigantesque. Différentes tailles, différentes formes, différentes compositions, différentes sources. Qui plus est, les particules évoluent une fois émises. Elles se combinent aussi les unes aux autres. Au total, cela fait une diversité absolument colossale 1 … », explique Jean-Baptiste Renard, du Laboratoire de physique et chimie de l’environnement et de l’espace, à l’université d’Orléans.
Certaines estimations atteignent 100 000 molécules différentes. Parmi elles, certaines sont complètement inoffensives et d’autres sont très toxiques : tout dépend de leur composition chimique. Ainsi, les poussières des déserts qu’emporte jusqu’à nous le sirocco, ou celles de la plupart des chantiers sont à peu près inoffensives comparées à celles issues des moteurs diesels ou des feux de cheminée traditionnels… En effet, les particules générées par les combustions contiennent souvent des particules aux noms savants et aux conséquences néfastes. Ce sont les dioxines et les furanes – environ 200 molécules différentes dont la plus connue est la TCDD ou tétrachloro-2, 3, 7, 8 dibenzo-para-dioxine, responsable des empoissonnements à Seveso en Italie en 1976. Les HAP – environ une centaine de molécules répertoriées – ont des effets sur le foie, le sang, les artères, la reproduction… Le plus connu d’entre eux est le BAP, ou benzo[a]pyrène, classé comme cancérigène certain par l’OMS et impliqué dans des troubles neurologiques, immunitaires et reproductifs.
Et ce ne sont là que les molécules identifiées. Certaines restent méconnues, on les appelle les polluants émergents, qui incluent les pesticides et les nanoparticules.
Leur nature et leurs effets sont encore largement méconnus, et comme tous les polluants de l’air, ils peuvent interagir entre eux pour se recombiner et créer encore d’autres molécules.
Pour revenir aux oxydes d’azote, cités plus haut, il faut mentionner qu’ils jouent un rôle particulier. Ce sont des gaz irritants, néfastes pour l’appareil respiratoire et le système cardio-vasculaire. Mais ce n’est pas tout : ils peuvent se combiner avec d’autres molécules présentes dans l’air, en particulier à la sortie immédiate du pot d’échappement, ou parfois un peu plus loin, pour former des particules (dites « secondaires ») toxiques. Les NOx contribuent ainsi à la formation des particules. Leur importance sanitaire est donc cruciale.
L ES COMBUSTIONS INCOMPLÈTES
Les plus dangereuses des particules possèdent un point commun : elles sont issues de ce que les experts appellent des combustions incomplètes. Ce sont des réactions dans lesquelles il y a un déséquilibre entre les différents composants nécessaire à la combustion – en général un manque d’oxygène.
Presque toutes les combustions sont incomplètes : les moteurs automobiles, les feux de cheminée ou les fumées de cigarettes partagent cette propriété et dégagent des fumées, des suies ou des poussières noires – en d’autres termes : des particules.
Ces fumées de combustions sont toxiques, et on le sait depuis longtemps. En 1775, c’est en étudiant les maladies des ramoneurs que le médecin londonien Percivall Pott découvrit ce qui fut la première maladie liée à l’environnement et le premier cancer professionnel : la verrue de suie, un cancer des testicules. La toxicité des fumées de cigarettes est connue depuis des décennies. Quant à celle des fumées de pots d’échappement, elle l’est depuis les premiers rapports datant des années 1980.
Le cœur des molécules qui composent ces fumées est composé de carbone presque pur, un composé peu toxique, mais celui-ci agrège tout un ensemble d’autres composés : dioxines, HAP et autres évoqués plus haut.
P ETITES MAIS DANGEREUSES
Face à cette complexité et à cette diversité, les particules ne sont pas classées par leur nature chimique mais par leur taille. Les PM10, ce sont ainsi les particules de taille inférieure à 10 µm ; les PM2.5 celles inférieures à 2,5 µm ; les PM1 celles inférieures à 1 µm, etc. – les plus petites sont appelées particules ultrafines ou ULP (Ultralight Particles). La distinction possède un intérêt sanitaire majeur car la pénétration des molécules dans l’organisme dépend de leur taille. Les plus grosses sont éliminées dans le nez et les poumons. Entre PM2.5 et PM0.1 se situe la zone de danger.
Comme le remarque Thomas Bourdrel, qui dirige un collectif de médecins, baptisé Strasbourg Respire : « Les plus petites particules sont plus dangereuses parce qu’elles pénètrent plus profondément dans notre organisme, parce qu’elles possèdent une surface proportionnellement plus importante, ce qui accroît leur réactivité. Et aussi parce qu’elles sont composées d’hydrocarbures et de métaux plus toxiques. Pourtant, elles représentent en masse très peu de chose dans les PM10. Des pics de particules ultrafines peuvent donc passer complètement inaperçus avec les mesures actuelles ! 2 »
La problématique des particules ultrafines (ULP) est particulièrement liée à la pollution automobile. C’est une question dont l’importance croît tous les jours car les véhicules les plus récents émettent davantage de petites molécules. La proportion de PM2.5 versus PM10 augmente. Or les normes actuelles concernent les grosses particules et non pas les petites, l’obligation règlementaire concerne les PM10 et non les PM2.5 ou les ULP (Ultralight Particles). Les critères pour le déclenchement des pics de pollution font également l’impasse sur ces petites particules. S’il n’y a eu « que » douze jours de pics officiels, il y avait plus de quarante jours de dépassement des PM2.5 en 2017. Cela, alors que les recommandations de l’Organisation mondiale de la santé mettent en garde au-delà de trois jours de pics par an ! Pour Gilles Dixsaut, médecin et expert de la Fondation du souffle : « Il est indispensable de changer les normes, la règlementation date d’il y a quarante ans.

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