Acupuncture urbaine
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Description

"Une bonne acupuncture permet d'entendre le son normal des villes. Faire le silence pour épurer le vrai son. Accorder le son de la ville.
Avant, il y avait des gens dont la noble mission consistait à allumer les lampes à gaz des villes. Moi, je voudrais être l'accordeur de leur son." Jaime Lerner

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2007
Nombre de lectures 88
EAN13 9782336255460
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

© L’HARMATTAN, 2007
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
9782296032798
EAN : 9782296032798
Acupuncture urbaine

Jaime Lerner
Villes et Entreprises
Collection dirigée par Alain Bourdin et Jean Rémy
La ville peut être abordée selon des points de vue différents : milieu résidentiel, milieu de travail, milieu de culture. Ceux-ci peuvent être entremêlés ou séparés. Il en va de même des groupes sociaux qui communiquent à travers ces divers types d’enjeux. La dimension économique n’est jamais absente, mais elle entre en tension avec la dimension politique. Ainsi peut-on aborder la conception urbanistique ou architecturale, l’évaluation des politiques sociales ou socio-économiques et les formes d’appropriation par divers acteurs. Pour répondre à ces interrogations, la collection rassemble deux types de textes. Les premiers s’appuient sur des recherches de terrain pour dégager une problématique d’analyse et d’interprétation. Les seconds, plus théoriques, partent de ces problématiques ; ce qui permet de créer un espace de comparaison entre des situations et des contextes différents. La collection souhaite promouvoir des comparaisons entre des aires culturelles et économiques différentes.
Déjà parus
Augusto CUSINATO, La genèse d’une culture locale d’entreprise au nord-est de l’Italie , 2007.
Sylvette PUISSANT, Les ségrégations de la ville-métropole américaine , 2006.
François HULBERT (sous la direction de), Villes du Nord, villes du Sud , 2006.
Jean-Pierre FREY, Henri Raymond, paroles d’un sociologue , 2006.
Jean-Louis MAUPU, La ville creuse pour un urbanisme durable, 2006.
Catherine CHARLOT-VALDIEU et Philippe OUTREQUIN, Développement durable et renouvellement urbain , 2006.
Louis SIMARD, Laurent LEPAGE, Jean-Michel FOURNIAU, Michel GARIEPY, Mario GAUTHIER (sous la dir.), Le débat public en apprentissage , 2006.
Alain BOURDIN, Annick GERMAIN, Marie-Pierre LEFEUVRE (sous la dir.), La proximité : construction politique et expérience sociale , 2005.
À René Dubos et Serge Antoine
Sommaire
Page de Copyright Page de titre Villes et Entreprises Dedicace LA VILLE DU CŒUR Introduction Les Coréens à New York L’ancien Cinema Novo La récupération d’un fleuve La ville interdite Cali Ne rien faire, de toute urgence Around the clock ou La ville 24 heures Courtoisie urbaine L’acupuncture par la musique La continuité, c’est la vie Les sons, les couleurs et les odeurs dans la ville Un bon recyclage Des gens dans la rue Smart car, smart bus La solidarité engagée Connaissez-vous votre ville ? ou Dessinez votre ville Instructions pour faire une acupuncture urbaine Loisirs créatifs x Médiocrité laborieuse L’auto estime, une bonne acupuncture La lumière est une bonne acupuncture Aquapuncture La carte de mobilité Eco clock La végétation Fabriquer la mémoire Des parcs, des places, des monuments Un guide d’une page Cholestérol urbain Immeubles dignes Acupuncture par le silence Ramblas et Galeries Une piqûre rapide est indolore Trompe-l’œil Lettre à Fellini Comment trouver quelqu’un dans une ville La présence d’un génie Marchés et foires Un comptoir de bar Aimer la ville
LA VILLE DU CŒUR
Chacun porte en soi une image de sa ville, qui ne correspond à aucun plan et qui n’évolue guère alors que sa ville change. « Dessinez votre ville ! » conseille Jaime Lerner, l’ancien maire de Curitiba. C’est une manière de la connaître et d’accompagner ses transformations.

Je revois une surprenante architecture en pinheiro 1 , bordée d’eau vive, au milieu d’un bois. C’était au seuil du millénaire, j’étais à Curitiba dans le bureau de Jaime Lerner, alors Gouverneur du Parana.

Aujourd’hui, ayant définitivement abandonné la politique, Jaime Lerner parcourt la planète, semant par ci par là deux à trois idées…sur la ville, à l’aide d’expériences vécues et d’exemples contemporains. L’homme est jovial, volontaire et pragmatique. Il a en horreur les vendeurs de complexité. Avec humour, il raconte des histoires simples qui méritent réflexion. « Acupuncture urbaine » est l’œuvre d’un grand architecte qui nous fait partager son amour de la ville.

Pour Jaime Lerner, la ville est un corps social vivant. Il en a observé beaucoup sur tous les continents et s’interroge sur leur évolution. Adepte d’une médecine douce, il mise sur la réaction du patient. Ainsi fait-il appel au génie créatif et à la solidarité engagée. L’essentiel serait-il de tisser des liens ?

Comme René Dubos, qui a inventé les antibiotiques et fut à l’origine du Programme des Nations Unies pour l’Environnement, comme Serge Antoine, ce prophète en écologie, Jaime Lerner, qui connut l’un et l’autre, est un humaniste de notre temps. Ecoutons le. Il parle le langage du cœur.

Sensible au silence comme à la musique d’une ville, Jaime Lerner emploie des mots gentiment désuets qui nous mettent en question : et s’il était bon de faire des révérences à la ville ? et pourquoi pas un peu, beaucoup, passionnément de courtoisie urbaine ?

La ville, dit-il, n’est pas un problème mais la solution. Jaime Lerner compte moins sur la force des pouvoirs centraux que sur les initiatives locales pour un développement durable à l’heure de la mondialisation.

Il y a une dizaine d’années, un ami médecin et chercheur m’appelle pour me signaler une émission sur Curitiba, qu’il avait vue la veille à la télévision. La capitale écologique du Brésil lui était apparue comme un exemple dont la politique de la ville en France ferait bien de s’inspirer. Alors il conclut par ces mots : A voir absolument ! Cet automne, notre crise des banlieues a éclaté à la face du monde. Demain, elle peut recommencer ici ou là. Réjouissons nous de cette traduction en langue française, offerte par l’Union internationale des architectes à son ex-président, et de ce cadeau d’anniversaire de la Latinité à la Francophonie. Il est grand temps de pratiquer l’Acupuncture urbaine. A lire absolument !
Paris, le 27 mars 2006
Anne Voisin
Introduction
J’ai toujours eu l’illusion et même l’espoir que l’acupuncture pouvait guérir les maladies. Le principe consiste à redonner l’énergie à l’endroit malade ou fatigué, tout simplement en le touchant et en provoquant la revitalisation de cet endroit ainsi que de la zone environnante.

Je crois que certaines “ magies ” de la médecine peuvent et doivent être appliquées aux villes, car elles sont nombreuses à être malades, quelques-unes sont même en phase terminale. L’urbanisme, tout comme la médecine, impose une interaction entre le médecin et le patient. Il faut faire réagir la ville, stimuler une zone d’une façon qui l’aide à guérir, à se rétablir et à créer des réactions positives en chaîne. Il est indispensable d’intervenir pour revitaliser et faire marcher autrement l’organisme.

Je me demande très souvent pour quelle raison certaines villes réussissent des transformations importantes et positives. Parmi de nombreuses réponses, il y en a une qui me semble commune à toutes les villes novatrices : c’est presque toujours un petit événement qui est à l’origine d’un début de transformation, d’un éveil qui fait réagir la ville.

Nous savons que la planification urbaine est un processus complexe. La meilleure des planifications possibles ne réussit pas à générer des transformations immédiates. C’est presque toujours un petit événement qui provoque une réaction en chaîne. J’appelle cela une bonne, une véritable acupuncture urbaine.

Quels exemples pourrait-on donner d’une bonne acupuncture urbaine ? Le recyclage de The Cannery, à San Francisco, le Parc Güell, à Barcelone. Parfois, c’est une œuvre qui déclenche un changement culturel, comme ce fut le cas du Centre Pompidou, à Paris, du Musée de Franck Gehry, à Bilbao, ou encore la restauration de Grand Central Station , à New York.

D’autres fois, l’acupuncture urbaine provient d’une touche de génie, comme la Pyramide du Louvre, la récupération de Porto Madero, à Buenos Aires et l’ensemble de Pampulha, d’Oscar Niemeyer, à Belo Horizonte. Elle peut aussi provenir de petites réalisations, comme le Paley Park, à New York, ou bien d’œuvres significatives comme l’Institut du Monde Arabe, de Jean Nouvel, à Paris et le Musée de l’Holocauste, de Libeskind, à Berlin.

Dans certains cas, les interventions résultent plutôt de la nécessité que du désir de guérir les blessures que l’homme a lui-même infligées à la nature, comme c’est le cas pour les carrières. Avec le temps, ces blessures ont créé un nouveau paysage. La réutilisation de ces lieux et la correction d’erreurs humaines constituent une acupuncture qui donne de très bons résultats. Un exemple très clair et même excellent est celui de l’Opera de Arame, à Curitiba, ou encore la suppression des freeway à San Francisco.

Les systèmes de transport ont d’ailleurs généré de bonnes acupunctures urbaines de par le monde. On les retrouve dans les belles entrées des anciennes stations du Métro de Paris, dans les stations de Norman Foster, à Bilbao et dans les tubes du Système Express, à Curitiba.
Les Coréens à New York
L’acupuncture urbaine ne se traduit pas toujours par des chefs d’oeuvre. Dans certains cas, c’est l’introduction d’une nouvelle coutume, d’une nouvelle habitude qui crée les conditions d’une transformation. Très souvent, une simple intervention humaine, non planifiée, n’aboutissant même pas à une œuvre matérielle, finit par provoquer une acupuncture.

Je dis souvent que New York devrait ériger un monument au “ Coréen inconnu ”. Ce peuple rend un service extraordinaire à la ville avec ses grocery stores , ses deli stores , ouverts 24 heures sur 24. Ces boutiques garantissent non seulement l’approvisionnement mais aussi l’animation dans toute la ville. Grâce à elles, les gens se rencontrent en allant faire leurs emplettes, il y a de la lumière, du monde et donc, plus de sécurité.
De plus, par leur fonctionnement ininterrompu, les boutiques créent un repère dans la ville. Ainsi, ces Coréens inconnus avec leurs petits commerces constituent une bonne acupuncture urbaine à New York, meilleure de loin, que n’importe quel programme d’animation culturelle.

Aujourd’hui, beaucoup d’endroits à New York rappellent l’ancien Marché des Halles, à Paris, au petit matin. Pendant des décennies, ce Marché a été le cœur de la ville, rythmant la vie de plusieurs générations, comme tant de marchés ouverts toute la nuit dans de nombreuses villes du monde entier. Toujours à Paris, rue de Seine et rue de Bucci, le petit marché est une tradition que le temps n’efface pas.

Les exemples orientaux ne manquent pas non plus, comme le marché du poisson à Tokyo qui s’anime d’une activité fébrile bien avant le lever du soleil. On y vend à la criée d’énormes poulpes, des raies géantes, dans une foule passionnée, toute à sa tâche de faire poindre le nouveau jour.

Je dis souvent que tous ces gens travaillant la nuit constituent une véritable équipe de soins d’une ville qui ne peut s’arrêter de respirer. Ils en sont l’Unité de soins intensifs.
L’ancien Cinema Novo
Il est essentiel qu’une bonne acupuncture urbaine participe à la promotion, au maintien ou à la récupération de l’identité culturelle d’un lieu ou d’une communauté. De nombreuses villes ont besoin aujourd’hui d’une acupuncture parce qu’elles ont négligé leur identité culturelle. La disparition des cinémas municipaux en est un triste exemple.

Dans le passé, les cinémas ont représenté pour les gens, l’espace magique de la fantaisie, de la musique, de l’utopie, de la réalité, du rêve, de l’espoir. Ils ont constitué aussi un important lieu de rencontre dans la ville.

Les cinémas ont influencé des générations entières, pas seulement sur le plan culturel. Les cinémas étaient des lieux où les gens se rencontraient, s’amusaient, discutaient et souvent, déplaçaient ces discussions vers d’autres points de la ville. Le cinéma a participé à la diffusion de la mode, de la littérature, de la danse, de la musique, de l’histoire. Rien ne dépasse la capacité du cinéma à enregistrer les périodes importantes de chaque nation.

Ces salles de cinéma ont raconté et ont fait l’histoire. Mais, elles disparaissent dans la plupart des villes du monde. Le vieux cinéma de chaque ville cède la place à d’autres activités : des supermarchés, des temples, etc. Très souvent, le cinéma traditionnel a été remplacé par des salles de cinéma dans des shopping centers , mais ça, c’est une autre histoire.
La mémoire de la ville est notre vieux portrait de famille. Tout comme on ne déchire pas un vieux portrait de famille, et le vieux cinéma en fait partie, on ne peut pas perdre un repère si important de notre identité.

Dans l’État du Paraná, nous avons commencé à réhabiliter les vieux cinémas municipaux. Nous avons cherché à les doter des équipements les plus modernes pour favoriser la création de circuits de cinéma national et d’art, très souvent ignorés par les réseaux de cinéma des shopping centers .
En fait, le vieux Cinéma Novo est un programme qui renforce notre identité culturelle. C’est une acupuncture urbaine qui tente de nous guérir de la perte de notre mémoire et de notre identité.
La récupération d’un fleuve
Mon arrivée à Séoul, bien que ce fût ma toute première visite à cette ville, semblait ne pas présenter de surprises. Ce n’était qu’une ancienne ville asiatique de plus, animée d’une impressionnante vitalité, grandissant si vertigineusement vers sa modernité, qu’elle ne faisait pas ses plus de 800 ans.
Ce n’était qu’une démonstration de plus d’un savoir-faire rapide d’immenses avenues et freeways , menant à un centre chaotique où les gens devaient emprunter des passages souterrains, les obligeant à monter et à redescendre, pour traverser tout simplement une rue, alors que les voitures disposaient d’un asphalte parfait donnant l’impression de glisser sur un tapis rouge.

Ainsi, de nombreuses villes ont été construites et détruites pour donner la priorité aux voitures. Dans de belles villes historiques, des immeubles et des palais d’une architecture magnifique sont cernés par les voitures, nos dragons modernes.

Ma première surprise à Séoul a été l’invitation qui m’a été faite à me prononcer sur une intention peu commune - la préfecture prétendait attribuer une bonne partie de l’espace public aux “ omnibus de Curitiba ” , instaurant dans plusieurs zones de la ville, un réseau de transport collectif déj

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