Dessin syncopé
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Description

Le dessin syncopé aborde l'expérience de la syncope et ses représentations dans le dessin contemporain. Il prolonge la recherche initiée lors du colloque La Syncope, expériences du ravissement qui s'est tenu à l'Université de Picardie Jules Verne le 17 mars 2016. Les oeuvres, regardées à partir des définitions de l'angoissant vertige, présentent les voltefaces d'une ligne dessinée jouant de dissipations et d'abandons. Leur analyse ponctue l'espace textuel divisé en notices, chacune guidée par un verbe liant l'acte à l'oeuvre achevée, son processus de création à son interprétation. Le dessin syncopé est-il une représentation éprouvée du malaise ? Est-il la traversée d'un événement brutal dont il livrerait paradoxalement le dessaisissement ? Des artistes comme Cathryn Boch, Christoph Girardet, Oscar Munoz, José Maria Sicilia, Yazid Oulab, chantalpetit, pour n'en citer que quelques-uns, élaborent dans leurs oeuvres la relève face à la chute, au choc, à l'effacement ou encore à la disparition. Chute et envol font en effet la tension antithétique de la syncope.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 07 juin 2019
Nombre de lectures 6
EAN13 9782304047080
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0025€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Le Dessin syncopé


Dans la même collection
La syncope dans la performance et les arts visuels , Véronique Dalmasso, Stéphanie Jamet et Fred Dalmasso, 2017
Regards sous le sommeil , Véronique Dalmasso et Stéphanie Jamet-Chavigny, 2015
Façons d’endormis, Le sommeil dans l’art contemporain , Véronique Dalmasso et Stéphanie Smalbeen, 2014
Façons d’endormis, Le sommeil entre inspiration et création , Véronique Dalmasso, 2013
Visuel de couverture : © Renie Spoelstra, Misty Road (détail)
ISBN 9782304047080
© mar s 2019
Éditions Le Manuscrit


Stéphanie Smalbeen
Le Dessin syncopé
Éditions Le Manuscrit Paris


Publié avec le soutien
du Centre de Recherche en Arts et Esthétique
Université de Picardie Jules Verne


À Matthias À mes Ami(e)s


« Le trait qui divise et dessine la forme est pareil au trait lancé par un arc. La tension de ce dernier se décharge en un rien de temps, en un lâcher de forces. »
Jean-Luc Nancy, « Le plaisir au dessin », in Lignes de chances, Actualité du dessin contemporain , Paris, École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, 2010, ouvrage non paginé.


Avant-propos
Véronique Dalmasso
Le Dessin syncopé tel qu’il inspire Stéphanie Smalbeen se situe dans le droit fil de l’ouvrage collectif La syncope dans la performance et les arts visuels publié en 2017 et qui rassemble l’expression et la pensée d’artistes et de théoriciens européens autour de la syncope 1 . Cette dernière y est envisagée comme un principe créateur par les uns, une méthode pour penser l’art et l’histoire par les autres. Une écriture qui s’inscrit dans le champ de recherches ouvert avec les Façons d’endormis , publications également liées à deux expositions réalisées au fracpicardie et à la fondation Francès de Senlis, suivi de Regards sur le sommeil 2 . En effet, la syncope (du bas latin syncopa, du grec sunkop è , de sunkoptein, briser) est un des sept états de vacatio animae avec le sommeil mais aussi l’humeur mélancolique, un tempérament équilibré, la solitude, la stupeur et la chasteté définis par Marsile Ficin dans le livre XIII de la Teologia platonica . Le philosophe néoplatonicien les envisage comme étant des possibilités de l’âme de se détacher de la matière et d’accueillir connaissances, inspiration, amour divin 3 .
Ainsi selon la définition néoplatonicienne du terme, la syncope permettrait d’être ravi en extase. Transport hors de soi qui fait la faiblesse d’un corps qui lâche mais aussi la force d’un esprit qui s’échappe. Incontrôlable cet état fécond est celui que la Renaissance prête aux artistes inspirés, frôlant le plaisir et la mort, il s’incarne dans l’art et se saisira des corps mystiques baroques entre tension extrême et relâchement. En écho, Stéphanie Smalbeen choisit de retenir une définition du dessin proche de celle de l’esquisse selon Vasari « un premier genre de dessin qui se fait pour trouver le mode et les attitudes, et la première mise en place de l’œuvre ; on la fait en forme de tache ( macchia ), et nous n’y fixons qu’une simple ébauche ( bozza ) de l’ensemble. Et parce que l’impétuosité ( furor ) de l’artiste l’exprime en peu de temps, à la plume, au charbon ou avec tout autre outil à dessin, et seulement pour rendre un souvenir présent à l’esprit, pour cette raison on l’appelle esquisse » 4 . Elle pose ainsi un regard de praticienne sur la matière et les gestes du dessin à travers le prisme pluriel de la syncope. N’est-elle pas la meilleure façon de penser et d’écrire la mise en acte du dessin ? C’est d’ailleurs par des verbes d’action, devenus têtes de chapitre, que Stéphanie Smalbeen à l’instar du dessin syncopé nous frappe et nous fait accéder à ses enjeux contemporains. De Yazid Oulab à Edith Dekyndt, du geste répété jusqu’à la violence à l’apparente douceur d’un lâcher prise, surgit du dessin toute la tension antithétique de la syncope.


1 L’ouvrage inclut les actes de la journée d’étude internationale, La syncope, expériences du ravissement , qui s’est tenue à l’Université d’Amiens le 17 mars 2016, associée à une exposition éponyme au fracpicardie composée d’œuvres du frac et de la fondation Frances de Senlis . Exposition La Syncope, expériences du ravissement , Amiens, fracpicardie du 15 mars au 8 juillet 2016.

2 Je renvoie aux deux publications Façons d’endormis 1 et 2 de la collection Via Artis , associées aux expositions qui se sont tenues à Amiens au fracpicardie du 29 novembre 2012 au 15 février 2013 et à Senlis à la Fondation Francès du 6 mars au 4 mai 2013. L’ouvrage Regards sur le sommeil , coécrit par Véronique Dalmasso et Stéphanie Jamet et publié en 2015 , poursuivait le questionnement initié sur la représentation du sommeil et ses significations dans l’art moderne et contemporain.

3 Marsile Ficin, Théologie platonicienne de l’immortalité de l’âme , traduction et édition de Raymond Marcel, Paris, Les Belles Lettres, 1964-1970, (3 vol.), vol. 2, p. 214.

4 « Une prima sorte di disegni, che si fanno par trovare il modo delle attitudini, et il primo componimento dell’opera. E sono fatti in forma di una macchia, e accennati solamente da noi in una sola bozza del tutto » . Giorgio Vasari, Le vite dei più eccellenti pittori, scultori et architetti, 1564 , André Chastel (sous dir.), chapitres XV et XVI de l’introduction, Paris, Berger-Levrault, 1981.


Le dessin syncopé, une épreuve de la fragilité ?
La syncope est un évanouissement. On dit d’elle qu’elle est une perte de connaissance. Durant la syncope tout se dissipe, s’évanouit, disparaît et c’est le noir. Le sujet perd toute réalité sinon cette obscurité, perd conscience dit-on et cependant est tout entier absorbé en lui-même. Une brusque absence à ce qui entoure, un retrait involontaire, une expérience du cesser d’être ; une fuite, une fugue, une échappée.
« Soudain, le temps bascule » 5
La durée de la syncope est souvent brève mais semble longue pour l’être absent. C’est d’ailleurs la question qui l’anime dès le retour au bien-être. La syncope est un basculement, un vertige. Elle suspend toute action contrôlée. Le corps et l’esprit désœuvrés relâchent et s’effondrent durant un laps de temps qui n’est plus mesurable. De haut en bas, c’est la chute violente. Le corps s’incline, se renverse et chavire. Passif, le corps gît. Couché, il ne peut plus se mouvoir. Les paupières sont closes mais ce n’est pas un sommeil, ce n’est pas non plus la mort. Juste un passage, une expérience de la fragilité, de la déperdition et de la défaillance. On reste, cette fois, vainqueur. Mais qu’en faisons-nous ?
La chute issue d’une figure du retournement souligne une dynamique de la syncope. La syncope est-elle un état ou un mouvement, une situation ou un déplacement déterminé au seul effondrement ? Non pas un simple mouvement de va-et-vient lorsqu’il s’agirait de partir et de revenir car se lient l’immobilité et le transport, la paralysie et le hors de soi. Partir et tomber, être transporté hors de soi, (se) dérober, et (se) perdre.
La syncope est moteur d’illusions mais ce n’est ici et là qu’un mouvement suspendu et un temps à part. La syncope ne fait pas vivre l’exil, ni la migration. La syncope relie le désaisissement, la déraison à la conscience et à l’extrême sensibilité à soi, relie l’abandon à l’hypervigilance. Elle est cependant inconséquente. La syncope arrive brutalement et fait rupture dans la vigueur d’un bon état. Elle est tout juste un déphasage, un court temps, et le retour à la vie mouvementée s’ensuit. Mais qu’en reste-il ?
Un souvenir ébloui, ravissant, presque doux. « Une découverte du bonheur aux frontières de la mort » 6 . Y aurait-il ainsi une jouissance de la syncope ? Une part maudite de la volupté ? Une vanité condensée dans cette échappée au temps 7 ?
Ce plaisir particulier, ce bonheur aux frontières de la mort, survient de l’accidentel lorsque le surgissement du chien danois fait chuter le promeneur qu’est Jean-Jacques Rousseau en le tirant violemment de ses méditations. L’irruption brutale de l’animal s’oppose à la marche fluide et rêveuse de l’homme et de sa communion avec la n

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