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Eléments d'esthétique arabo-islamique

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Description

L'étendue spatiale et temporelle de l'art arabo-islamique a toujours constitué la principale difficulté pour les chercheurs, tant historiens de l'art que philosophes esthéticiens. L'art arabo-islamique s'est développé dans un grand ensemble qui s'étend de l'Espagne, vers les pays d'Afrique du nord (Maghreb), l'Asie Mineure. Si la peinture arabo-islamique est non figurative dans sa quasi-totalité et si la sculpture y est presque inexistante, c'est surtout pour des raisons épistémiques. L'épistémé arabe, entre le VII° et le XIV° siècle, n'a pas ouvert une enquête systématique sur l'homme et la nature.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 mars 2005
Nombre de lectures 286
EAN13 9782336262710
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Epistémologie et Philosophie des Sciences Collection dirigée par Angèle Kremer-Marietti
La collection Épistémologie et Philosophie des Sciences réunit les ouvrages se donnant pour tâche de clarifier les concepts et les théories scientifiques, et offrant le travail de préciser la signification des termes scientifiques utilisés par les chercheurs dans le cadre des connaissances qui sont les leurs, et tels que “force”, “vitesse”, “accélération”, “particule”, “onde”, etc.
Elle incorpore alors certains énoncés au bénéfice d’une réflexion capable de répondre, pour tout système scientifique, aux questions qui se posent dans leur contexte conceptuel-historique, de façon à déterminer ce qu’est théoriquement et pratiquement la recherche scientifique considérée.
1) Quelles sont les procédures, les conditions théoriques et pratiques des théories invoquées, débouchant sur des résultats ?
2) Quel est, pour le système considéré, le statut cognitif des principes, lois et théories, assurant la validité des concepts ?
Déjà parus
Rafika BEN MRAD, Principes et Causes dans les Analytiques Seconds d’Aristote, 2004.
Fouad NOHRA, L’éducation morale au-delà de la citoyenneté, 2004.
Abdelkader BACHTA, L’esprit scientifique et la civilisation arabo-musulmane, 2004.
Lucien-Samir OULAHBIB, Le nihilisme français contemporain, 2003.
Annie PETIT, Auguste COMTE trajectoires du positivisme 1798-1998 , 2003
Bernadette BENSAUDE-VINCENT et Bruno BERNARDI, Rousseau et les sciences, 2003.
Ignace HAAZ, les Conceptions du corps chez Ribot et Nietzsche, 2002.
Jean-Gérard ROSSI, La philosophie analytique, 2002. Pierre-André HUGLO, Approche nominaliste de Saussure, 2002.
Abdelkader BACHTA, L’espace et le temps chez Newton et chez Kant, 2002.
Anna MANCINI, La sagesse de l’ancienne Egypte pour l’Internet , 2002
Eléments d'esthétique arabo-islamique

Taoufik Chérif
© L’Harmattan, 2005
9782747581608
EAN : 9782747581608
Sommaire
Epistémologie et Philosophie des Sciences Collection dirigée par Angèle Kremer-Marietti Page de titre Page de Copyright INTRODUCTION Chapitre I - LA NATURE DANS L’ESTHETIQUE ARABO-ISLAMIQUE Chapitre II - L’ECRITURE ARABE “KHATT” Histoire et calligraphie Chapitre III - MINIATURE ET VISION DU MONDE Chapitre IV - MODE MINEUR DE LA CRÉATION: ORNEMENTATION DU CORPS Chapitre V - VIE ET MORT DANS L’IMAGINAIRE ARABE BIBLIOGRAPHIE
INTRODUCTION
L’étendue spatiale et temporelle de l’art arabo-islamique a toujours constitué la principale difficulté pour les chercheurs tant historiens de l’art que philosophes esthéticiens. En effet, cet art s’est développé dans un grand ensemble de régions qui s’étend de l’Espagne (Andalousie), vers les pays d’Afrique du nord (Maghreb), la péninsule arabique, la Palestine, le Liban, l’Égypte, la Syrie, l’Asie mineure, la Mésopotamie, la Perse (l’Iran), le Turkestan, et l’Inde.

Les productions artistiques ont pris pour cette raison, plusieurs formes en rapport avec la couleur politique et le contexte culturel de chaque pays, au cours des différentes époques, depuis le deuxième siècle de l’hégire (VIIIe s. av. J.-C.).

Ces pays n’ont pas toujours appartenu à une seule entité ethnique, ni à une seule dynastie politique. Des centres politiques et par conséquent civilisationnels se sont formés chez différents peuples, berbères, mongols, perses et ottomans. Ce qui a constitué des lieux artistiques multiples et discontinus.

D’autre part, les études consacrées à l’art arabo-islamique par les historiens de l’art, se sont presque toujours élaborées à partir de critères occidentaux et ont, par conséquent, penché vers des jugements de valeur, soit en sa faveur, soit en sa défaveur.

Ainsi, l’explication par les seuls interdits religieux s’est trouvée réductrice et simplificatrice. Le statut de l’image et de la figuration, par exemple, gagnerait à être abordé par une approche esthétique et « poïétique » c’est-à-dire d’un point de vue non seulement du faire artistique lui-même, mais en exploitant aussi des textes théoriques à caractère philosophique concernant l’art et son auteur en tant qu’homme ayant une vision du monde spécifique.

En effet, si la peinture arabo-islamique est non figurative dans sa quasi-totalité, et si la sculpture est presque inexistante dans l’art arabo-islamique, c’est surtout pour des raisons épistémiques. C’est que l’épistémé arabe entre le VIIe et le XIVe siècle n’a pas ouvert, contrairement à la Renaissance occidentale, une enquête systématique sur l’homme et la nature.

Le débat serait, par conséquent, plus important si l’interrogation portait sur les conceptions philosophiques et scientifiques du monde arabe d’avant la Renaissance, dans ses représentations théocentriques du monde, lequel ne pouvait avoir d’existence nouménale nécessaire, mais qui était considéré comme un lieu de signes, le rattachant à Dieu, véritable créateur.

Pour ces différentes raisons, nous présentons dans ce livre une série d’études sur quelques aspects de l’art arabo-islamique par une lecture qui se veut, autant que faire se peut, intrinsèque, esthétique et philosophique, elle fera recours aux éléments culturels dans une quête de l’originel et par conséquent de l’authentique.

Ainsi, nous avons tenté de cerner les fondements de l’esthétique arabo-islamique à travers une étude de quelques thèmes de la nature végétale ou animale, traités par des artistes ou des artisans. Par-delà la proscription théologique de la figuration, les artistes ont pu inventer dans leurs techniques et leurs styles une voie majeure à la création. Aussi, il serait intéressant de retrouver ces idéaux dans des textes philosophiques classiques comme ceux des penseurs du IVe siècle de l’hégire qui relèvent en vérité d’une « épistémé » arabe différente de celle de la Renaissance occidentale.

Aussi, l’“épistémé” arabe n’a pas regardé le monde comme « une réalité en-soi », ni même en tant que « Nature » dont les attributs seraient la permanence ou l’éternité.

Ainsi, en vue de déterminer les présupposés théoriques et philosophico-théologiques, notre enquête s’est orientée vers la question de l’iconoclasme ou plutôt de ce que Oleg Grabar appelle « aniconisme ». Il va sans dire qu’une telle réflexion ne relève pas d’une approche historique de l’art, qu’il s’agisse d’architecture, de calligraphie, de miniature ou de poésie, mais plutôt d’une sorte d’archéologie, si l’on ose dire, des conceptions se rapportant à l’action artistique et de l’imaginaire arabe en général.

En effet, dans le vaste champ que recouvre le terme d’imaginaire, nous avons exploité l’idée de la mort et de la vie future dans l’eschatologie musulmane. Déterminée par la représentation que l’homme se fait de son devenir, cette idée est aussi déterminante d’un point de vue éthique et métaphysique. Et, ce n’est pas par hasard qu’en dehors des références coraniques, elle relève de certains éléments grecs qui ont trouvé leurs échos dans la pensée des soufis où les images de la mort jouent un rôle important dans la connaissance spirituelle et la plénitude de l’être. Aussi devrons-nous chercher les présupposés de leur symbolique afin d’appréhender la spécificité de l’héritage musulman.

Enfin, nous montrerons dans ce travail que l’art arabo-islamique, bien qu’il ait subi des influences porteuses d’éléments anté-islamiques et relevant d’autres visions du monde, tels que les symboles babyloniens, sumériens ou autres, cet art a conservé une forme spécifique émanant d’une vision de l’homme et du monde unifiante.
Chapitre I
LA NATURE DANS L’ESTHETIQUE ARABO-ISLAMIQUE
Le thème de la nature figure parmi les traits fondamentaux permettant une meilleure compréhension de l’expérience artistique musulmane, que ce soit en peinture, en architecture ou même dans des arts considérés habituellement comme mineurs, mais qui ne le sont pas réellement : ainsi les miniatures des maquamets, les travaux de calligraphie, de céramique, de tapisserie ou l’incrustation sur cuivre, d’enluminures, des stucs en pierre ou en bois et enfin en métaux sont aussi importants que des poèmes ou des monuments architecturaux (et ceci bien sûr durant une longue période qui va jusqu’à la fin du XVIIe siècle).
Cette expérience artistique se lie évidemment à l’expérience spirituelle religieuse et philosophique au sein de la civilisation arabo-islamique (sans oublier les différentes influences qu’elle a subies de l’extérieur, comme celles de Byzance ou de l’Inde, ou de l’intérieur, comme celles des ottomans ou des seljoukides entre autres).

Figure n° 1 - Khirbat al-Mafjer, Jordanie, VIIIe siècle.

Figure n°2 - Mchatta, Décor de la façade, Transjordanie, VIIIe siècle.
Mais les motifs d’origine naturelle, végétale ou florale et, également, les figures représentant des animaux et des êtres humains, témoignent selon les différentes études d’esthétique et d’histoire de l’art, d’un paradoxe qui a besoin d’être levé. D’un côté, préjuge-t-on, la nature est traitée négativement, soit par ignorance de la perspective, soit sous l’angle de la fameuse interdiction de figurer des êtres vivants, de l’autre la nature est appréhendée, positivement certes, mais dans le sens restrictif d’une simple transformation d’abstraction et d’ornementation décorative.

Figure n°3 - Khirbat al-mafjer, mosaīque, Jordanie VIII° siècle.
Or, si nous nous libérons de ces interprétations réductrices et péjoratives et si nous abordons de plus près la façon de représenter les éléments naturels, car la vraie question comme on le sait déjà 1 n’est pas de se demander “qu’est-ce que cela représente”, mais “comment cela est-il représenté ? ”, c’est-à-dire dans le sens d’une approche poétique qui cherche à cerner surtout le coté du “faire” de l’œuvre, ses modalités de production d’un point de vue technique.

Alors, nous pourrions peut-être saisir ce que Alexandre Papadopoulo appelle une véritable révolution esthétique, « où l’on assiste à une extraordinaire explosion d’art véritablement musulman, c’est-à-dire d’un art qui ne se distingue pas par l’absence de figures d’êtres vivants ni par la présence de sujets relatifs à la religion nouvelle, mais par sa texture même, dans son monde autonome, par la conception des formes et de leurs rapports, par la composition d’ensemble des œuvres, par les conventions utilisées en peinture pour figurer l’espace et le temps, les êtres vivants et surtout l’homme, mais aussi le réel dans son ensemble, entretient des rapports définis et stables avec les prescriptions de la théologie et avec l’ensemble de la philosophie et de la vision musulmane du monde. » 2

Cette révolution esthétique qui, bien avant l’apparition de l’art moderne, consiste dans le “refus de la mimésis comme Idéal de l’art”, ce qui nous permettrait aussi de saisir toute la profondeur de ce penchant pour le formel, l’abstrait et le fantastique, avec ses multiples arrière-plans spirituels (religieux ou philosophiques) et, bien évidemment, symboliques et imaginaires.

Figure n°4 - Miniature de Shéhérazade, Ishaq Ibn Ibrahi Nashipuri XVIe siècle
En effet, si la proscription des images a poussé les artistes, comme le croient certains, à éviter l’imitation de la nature, cette proscription doit être étendue dans un sens bien réduit, car, d’un point de vue strictement théologique, ce qui prédomine c’est le fait d’éviter les figures d’êtres vivants et non leur interdiction, d’autant plus que le texte coranique ne comporte pas vraiment d’interdiction, mais concerne uniquement “les idoles” utilisées par les païens comme objets de culte. Dans le verset 5.92 : « Ô Croyants, le vin, les idoles (al-ansab) et les flèches divinatoires sont une abomination, œuvres de Satan ; évitez-les et vous prospérerez heureux ».

Dans le verset 6.74 Abraham reproche à son père Azar d’aborder des idoles (al-asnam) : « Je te vois, ainsi que ton peuple, dans l’erreur manifeste ». Enfin, au verset 22.31, Mohamed recommande d’éviter l’impureté des “awtan”.

De plus, les proscriptions qui auraient influencé les artistes, même si elles existent dans les hadiths 2 , ne frappent que les figures animales et humaines. Elles sont insuffisantes pour expliquer à elles seules l’essence de l’art arabo-islamique.

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