Cinéma et mémoire
55 pages
Français

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Description

Atom Egoyan, cinéaste canadien d’origine arménienne, propose une œuvre large et multiple traversée par une réflexion continue sur l’image et son lien inextricable au champ de la mémoire.

S’il va de soi que le cinéma a partie liée avec la question de la mémoire (le cinéma enregistre le temps et les images filmiques s’inscrivent dans nos mémoires), cette analogie est constamment mise à l’épreuve dans les réalisations d’Egoyan. Que ce soit le rapport entre la mémoire et la technologie audiovisuelle, la mémoire et la Catastrophe, la mémoire et la diaspora, c’est chaque fois en construisant et en déconstruisant les fondations de l’image que ces alliances s’imposent. C’est dans cette dynamique, obsédante et répétitive dans son travail, qu’Egoyan crée des images à la fois artificielles et fragiles — des prothèses de la mémoire.

Marie-Aude Baronian est docteur en philosophie et en études cinématographiques. Elle enseigne la théorie filmique, la philosophie de l’image et la culture visuelle à la Faculté des sciences humaines de l’Université d’Amster-dam. Elle a écrit et publié sur les relations entre l’esthétique et l’éthique, sur celles entre l’image, l’archive et la mémoire ainsi que sur de nombreux artistes et cinéastes.

Sujets

Informations

Publié par
Nombre de lectures 15
EAN13 9782803103492
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0030€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

CINÉMA ET MÉMOIRE. SUR ATOM EGOYAN
Marie-Aude Baronian
Cinéma et mémoire. Sur ATom Egoyan
Préface d'Aïda Kazarian
Académie royale de Belgique
rue Ducale, 1 - 1000 Bruxelles, Belgique
www.academieroyale.be
Informations concernant la version numérique
ISBN : 978-2-8031-0349-2

© 2012, Académie royale de Belgique
Collection L’Académie en poche
Sous la responsabilité académique de Véronique Dehant
Volume 17
Diffusion
Académie royale de Belgique
www.academie-editions.be
Crédits
Conception et réalisation : Grégory Van Aelbrouck, Laurent Hansen, Académie royale de Belgique
Publié en collaboration avec
Bebooks - Editions numériques
quai Bonaparte, 1 (boite 11) - 4020 Liège (Belgique)
contact@laurore.net
www.laurore.net

Informations concernant la version numérique
ISBN 978-2-87569-040-1

A propos
L’Aurore est une maison d’édition contemporaine, intégrant l’ensemble des supports et canaux dans ses projets éditoriaux. Exclusivement numérique, elle propose des ouvrages pour la plupart des liseuses, ainsi que des versions imprimées à la demande.
Mes remerciements les plus vifs vont à Atom Egoyan et Marcy Gerstein pour leur aide ainsi que leur aimable autorisation à utiliser des extraits de l ’œ uvre cinématographique du réalisateur.
Préface
Il y a plusieurs années, j’ai [...] appris l’existence d’une cassette vidéo où mon grand-père Sissag B. — survivant de la tragédie (et décédé au début des années 1990) — relate les événements catastrophiques et livre sa propre expérience du génocide [...] j’ai vu mon grand-père « vivant » sur cette cassette [...]. Pour la première fois, je comprenais ce qu’étaient les empreintes d’un génocide et surtout le silence qu’il provoque. Je n’ai jamais revu cette cassette, [...] et, d’ailleurs, je n’en ai jamais vraiment ressenti le besoin. Ce qui compte, après tout, c’est qu’elle est là et qu’elle « existe » [...]. C’est là où j’ai, plus que jamais, saisi l’importance, bien qu’ambivalente, de cette image, à la fois unique, fragile, précieuse, et l’immense force de transmission qui en émanait.
Marie-Aude Baronian , Mémoire et Image. Regards sur la Catastrophe arménienne , Lausanne, L ’ Âge d ’ Homme, 2013.
Cette anecdote racontée par Marie-Aude Baronian concernant son grand-père pourrait être une scène d’un film d’Atom Egoyan, tant, à elle seule, elle réunit nombre de thématiques qui émaillent l’œuvre du cinéaste. De la figure du grand-père dépositaire d’une mémoire à l’enfant de la diaspora, autant de thèmes travaillés par le cinéaste, autant de thèmes qui le travaillent : l’image, la mémoire, la filiation, le témoignage, le silence, la diaspora, la transmission. Cette histoire m’évoque aussi la phrase de Mme de Sévigné : « la mémoire est dans le cœur ».
Les films d’Atom Egoyan soulèvent des interrogations sur les empreintes ou les blessures de l’Histoire. Son langage cinématographique vise à la fois quelque chose qui ne peut être représenté, de l’ordre de la mémoire trouée, et quelque chose qui n’existe que par la fiction enregistrée.
Marie-Aude Baronian a choisi de révéler l’image cinématographique à travers des questions originelles, en analysant le processus, le matériau, les techniques et l’esthétique qui lient le fond à la forme dans l’œuvre du cinéaste. L’insistance, par la diversité des répétitions, est un combat de la pensée, de la mémoire, et témoignage d’une tentative de représentation de l’irreprésentable. L’art n’est-il pas tendu vers un point de l’irreprésentable ? L’art de ces images construites, artificielles mais nécessaires ne transforme-t-il pas le singulier en universel ?
Aïda Kazarian,
Peintre,
Membre de la Classe des Arts de l’Académie royale de Belgique
Atom Egoyan ou penser l’image

L’œuvre dense et polyforme de ce cinéaste canadien d’origine arménienne né en 1960 – une dizaine de longs métrages, plusieurs courts métrages, téléfilms et (installations) vidéos, écritures et mises en scène de pièces de théâtre et d’opéras – exigerait certainement un examen exhaustif et détaillé. Notre propos constitue plutôt une réflexion sur l’image et son lien inextricable à la question de la mémoire. Cette question, obsédante et récurrente, traverse tout le travail de l’artiste et est articulée au moyen d’agencements esthétiques et narratifs variés mais ciblés.
S’il va de soi que le cinéma a partie liée avec la question de la mémoire (le cinéma enregistre le temps et les images filmiques s’inscrivent dans nos mémoires), cette analogie est constamment mise à l’épreuve dans les réalisations d’Egoyan. Que ce soit le rapport entre la mémoire et la technologie audiovisuelle, la mémoire et la Catastrophe, la mémoire et la diaspora, c’est à chaque fois en construisant et en déconstruisant les fondations de l’image que ces alliances s’imposent.
Le travail du cinéaste offre aussi bien une filmographie vaste et reconnaissable qu’une véritable perspective et une expression de l’imaginaire contemporain. Ses images racontent des histoires certes, mais elles racontent aussi le cinéma et la culture visuelle dans laquelle nous sommes immergés. Sans pour autant stimuler une « indigestion » des images, Egoyan bouscule nos codes et nos expériences du visuel et du visible, ses forces et ses limites, ses plaisirs et ses désenchantements. C’est dans la dynamique intime entre image et technologie qu’il prospecte ce que j’appelle ici la mémoire prothétique .
À la fois réalisateur, auteur, artiste, autobiographe et théoricien, il est hanté par la fonction mémorielle des images, dont les siennes. Des détours biographiques semblent alors nécessaires mais pas ultimes ; et autant de résonances pour signaler une seule et même obsession : l’image. Il est vrai qu’il aime engager le dialogue avec ses films ; preuves en sont ses nombreux entretiens et ses essais (ou même ses commentaires sur les DVDs des films) fournissant des pistes de lecture éclairantes et fascinantes.
À vrai dire, il interroge sans cesse la capacité du cinéma (et donc de l’image en général) à représenter, à inscrire et à archiver – que ce soit l’expérience du spectateur lorsqu’il est face à l’écran ou la capacité d’imaginer (dans les deux sens du terme) le passé et l’Histoire catastrophique.
Au fond, le cinéma et les pratiques visuelles d’Egoyan proposent une « théorie » originale, pertinente et complexe , du rapport entre image et mémoire.
Chapitre I
Répétition
L’œuvre large, multiple et cohérente d’Atom Egoyan dévoile la fascination qu’il nourrit, de créations en créations, pour la transmission des récits, personnels et collectifs, au travers des images. Si la question des histoires destituées et irrésolues est le plus souvent abordée à travers le thème de la famille dans ses films, l’intérêt qu’il y porte est une réfraction d’une réalité sociopolitique plus large : l’histoire collective des Arméniens – une histoire tragique marquée par le déni.
Depuis ses premiers longs métrages jusqu’à ses plus récents, ainsi que dans d’autres de ses réalisations, comme ses films pour la télévision, ses vidéos, ses installations, ses créations théâtrales et ses courts métrages, Egoyan a toujours « parlé », voire de façon oblique, de l’héritage de l’histoire arménienne, que ce soit par le récit, la structure ou le style visuel et sonore. Des composantes discrètes liées à cette histoire se répètent et reviennent régulièrement dans son œuvre. Ces références à l’Arménie prennent souvent la forme de noms propres, d’allusions culturelles et politiques, d’éléments symboliques, de motifs musicaux et d’apparitions physiques, mais aussi de thèmes propres à son histoire culturelle et traumatique. Si Calendar (1993) propose une réflexion sur le sens d’ être arménien , et si Ararat (2002) aborde explicitement le passé tragique arménien, on retrouverait également de

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