La Syncope dans la performance et les arts visuels
121 pages
Français

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La Syncope dans la performance et les arts visuels , livre ebook

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Description

La présente publication s’attache à saisir la diversité de la syncope dans les arts contemporains. Elle assemble des écrits, en langue française et anglaise, de théoriciens et d’artistes venant rythmer et élargir la réflexion lancée lors de la journée d’études, La Syncope, expériences du ravissement qui s’est tenue à l’Université d’Amiens le 17 mars 2016. Cette dernière était associée à une exposition éponyme au fracpicardie composée également d’œuvres de la fondation Francès de Senlis.
Outre l’équivalence de son et de sens en français et en anglais, la syncope, du grec sún « avec » et de koptô « je coupe », contient une tension antithétique qui a retenu notre attention. Ses trois expressions, physiologique, linguistique et rythmique se superposent et se mêlent parfois au sein d’une même œuvre. Nous avons pensé l’articulation de la publication comme une confrontation entre expériences et allégories de la syncope.
Déplacée en dehors du simple acte de sa représentation vers d’autres enjeux esthétiques et politiques, la syncope devient méthode qui interroge le hors-soi, hors-lieu, hors-temps. Echappées et volte-face qu’il est possible d’interpréter en termes de dé-production et d’utopie, de basculement vers une syncopolitique.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 07 avril 2017
Nombre de lectures 0
EAN13 9782304046250
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0037€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Sous la direction de Fred Dalmasso, Véronique Dalmasso et Stéphanie Jamet
La syncope dans la performance et les arts visuels
Syncope in Performing and Visual Arts
Via Artis
Éditions Le Manuscrit Paris


EAN 9782304046243 (livre imprimé) EAN 9782304046250 (livre numérique) © mars 2017 Éditions Le Manuscrit Paris
Couverture : José María Sicilia, Eclipses , 2007, Courtesy de l’artiste et la galerie Chantal Crousel Paris, collection fracpicardie/des mondes dessinés. © ADAGP/Paris 2016 © Florian Kleinefenn
Publié avec le soutien du Centre de Recherche en Arts & Esthétique Université de Picardie-Jules Verne et de l’Institut Supérieur des Beaux-Arts de Besançon


Dans la collection Via Artis
Véronique Dalmasso, Jérusalem ou la mémoire de la Passion , 2009.
Véronique Dalmasso, Façons d’endormis. Le sommeil entre inspiration et création , 2012.
Véronique Dalmasso et Stéphanie Smalbeen, Façons d’endormis 2. Le sommeil dans l’art contemporain , 2014.
Véronique Dalmasso et Stéphanie Jamet-Chavigny, Regards sur le sommeil , 2015.


À nos amis,


À l’origine, il y a du choc, du retranchement : on y perd ; mais nul ne dit ce qu’on gagne.
Soudain le temps bascule.
Surprise en effet : cette insigne faiblesse contient une force furieuse. Cet affaissement est créateur ; de ses désordres naissent souvent des énergies inconnues.
Soudain, le temps aura basculé dans la révolte, brusque et fragile immortalité.
Catherine Clément, La syncope. Philosophie du ravissement , Paris, Grasset (coll. Figures), 1990, p. 12, 39 et 383.


Avant-propos
Véronique Dalmasso
Attentif aux résonances de sujets qui traversent le temps, le comité scientifique de Via Artis ouvre le champ de cette collection à l’histoire de l’art, aux arts plastiques, à la danse, à la performance, au théâtre dans des liens souples tissés avec la sociologie, l’anthropologie, la philosophie et la littérature.
L’idée première de la collection est de considérer les sept états de vacatio animae propices, selon le philosophe Marsile Ficin, à libérer l’âme du corps et des contraintes de la raison afin qu’elle puisse s’élever vers le principe divin ; elle est définie dans le livre xiii de la Theologia Platonica : « Septem sunt vacandi genera : somno, syncope, humore melancholico, temperata complexione, solitudine, admiratione, castitate vacamus ». Les possibilités pour l’âme de se détacher provisoirement de la matière sont donc : le sommeil, la syncope, l’humeur mélancolique, un tempérament équilibré, la solitude, la stupeur et la chasteté 1 . Ainsi ces états particuliers laissent-ils aller l’âme du philosophe vers la connaissance, celle de l’artiste vers l’inspiration, le poète amoureux jusqu’à l’amour divin. Les sept voies empruntées par l’esprit selon les néoplatoniciens ont capté l’attention des artistes. Ces états de vacatio réapparaissent-ils dans l’art moderne et contemporain ? Quelles formes revêtent-ils alors ? Il ne peut s’agir que de les suivre, de s’attarder au croisement de leurs significations.
L’état singulier de syncope, communément nommé évanouissement associe l’abandon du corps à une absence. Quelles intentions animent les artistes contemporains quand ils évoquent cette échappée de l’esprit, cet état de dépossession de soi, le corps seul exprime-t-il la polysémie de la syncope ?
Reprenant le principe méthodologique des précédentes recherches sur le sommeil qui conjuguait journées d’études, expositions et publications ( Façons d’endormis 1 et 2 et Regards sur le sommeil ) 2 , la présente publication, La Syncope dans la performance et les arts visuels, s’attache à saisir la diversité de l’état de syncope dans les arts contemporains. Elle assemble textes de théoriciens et interventions d’artistes venant rythmer et élargir la réflexion. L’ouvrage inclut les actes de la journée d’études, La syncope, expériences du ravissement , qui s’est tenue à l’Université d’Amiens le 17 mars 2016 associée à une exposition éponyme au fracPicardie composée d’œuvres du frac et de la fondation Francès de Senlis 3 . Cette exposition a été réalisée depuis sa conception jusqu’à son accrochage par les étudiants des départements d’Histoire de l’art et des Arts plastiques de l’UFR des Arts de l’Université de Picardie Jules Verne, encadrés par Stéphanie Smalbeen et moi-même ainsi que, Yves Lecointre, Chloé Ducroq et l’équipe du Frac. L’œuvre d’art elle-même était vécue dans cette exposition comme une expérience du ravissement, notion éminemment déconcertante comme le souligne Marianne Massin dans Les Figures du ravissement. Enjeux philosophiques et esthétiques 4 , les paradoxes pointés par l’auteur rejoignaient ceux de l’état de syncope.
En effet, la syncope, en bas latin syncopa, vient du grec sún et koptein , un des sens du verbe koptein étant « couper, séparer en coupant » et le préfixe sún qui lui est joint signifie « en même temps, avec cela » 5 . Elle s’exprime dans l’art à partir des attitudes et de la gestualité du corps notamment dans la représentation de la souffrance vive de Marie, évanouie au pied de la croix, mais aussi dans les extases profanes ou sacrées.
L’extase mystique prend en effet peu à peu l’apparence d’un corps qui chancelle puis se renverse, corps de François stigmatisé soutenu par l’ange, corps convulsé de Thérèse et de la bienheureuse Ludovica Albertoni sculptés dans le marbre par Bernin, corps innombrables et défaits de Madeleine. Effondré dans cette immanence, livré au regard, le corps révèle néanmoins la transcendance de l’union de l’âme sainte et aimante à Dieu.
Expérience indicible et indescriptible comme le souligne déjà le « je vois tout et je ne vois rien » d’Angela de Foligno, mystique toscane du Quattrocento. Impuissance à dire et pourtant ressort de l’écriture de Thérèse d’Avila ou de Jean de La Croix. L’état extatique emprunte à la syncope le corps terrassé dans sa suspension temporelle pour figurer le hors de soi.


1 Marsile Ficin, Théologie platonicienne de l’immortalité des âmes , édition et traduction de Raymond Marcel, Paris, Les Belles Lettres, 1964-1970, (3 vol.), vol. 2, p. 214. Il se réfère à Platon qui dans le Timée écrit que l’inspiration surgit dans les moments de dépossession du sujet, caractérisés par la perte de raison. L’intention du philosophe conciliant la philosophie platonicienne et le christianisme est de démontrer l’immortalité de l’âme, médiatrice entre le corps et le monde.

2 Expositions Façons d’endormis , temps 1 et 2 qui se sont tenues à Amiens au fracpicardie du 29 novembre 2012 au 15 février 2013 et à Senlis à la Fondation Francès du 6 mars au 4 mai 2013.

3 Exposition La Syncope, expériences du ravissement , Amiens, fracpicardie du 15 mars au 8 juillet 2016

4 Marianne Massin, Les Figures du ravissement. Enjeux philosophiques et esthétiques , Paris, Grasset, 2001, p. 87. Elle conclut ainsi son premier chapitre consacré aux figures platoniciennes du ravissement : « Expérience de l’inoui, brèche terrassante, exigence urgente, le ravissement affranchit la parole du disciple menacé de mutisme par respect filial. Il ouvre la possibilité d’une fidélité non reproductive, d’une mimésis constructive. Dans la révélation d’une continuité, se libère le travail actif d’une continuité admirative. Ces contradictions se vivent et se disent dans cette figure, elle-même contradictoire du ravissement : mélange de possession et d’extase, de dépossession et d’enthousiasme, de perte et de plénitude, d’enchantement mortifère et d’inspiration féconde. »

5 Anatole Bailly, Dictionnaire grec/français, Paris, Hachette, 1950 (16 e édition), « koptein » p. 1120 et « sun » p. 1834.


Où sommes-nous ?
Fred Dalmasso et Stéphanie Jamet
Lorsqu’ensemble nous nous sommes penchés sur les sept états de vacatio mis au jour par Marsile Ficin, le mot syncope a immédiatement retenu notre attention pour son côté insaisissable. Puisant dans le grec sa racine au sens étrangement antithétique redonné dans l’avant-propos, de sún (avec) et de koptô (je coupe), il possède en outre la qualit

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