Marc Vincent chantauteur (1984-2020)
224 pages
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Marc Vincent chantauteur (1984-2020)

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Description

Suite au succès de la première partie de l'ouvrage, Bruno Daguebone a repris la plume afin de rédiger le second volume de la biographie de l'artiste. On découvre un nouveau visage de Marc Vincent : celui d'un étonnant voyageur devenu globe-trotteur au début des années 1980 accompagné de sa fidèle guitare.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2012
Nombre de lectures 26
EAN13 9782296493704
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0124€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Marc VINCENT chantauteur
(1984-2020)

Danslamêmecollection

Marc Vincent chantauteur tome 1,Bruno DAGUEBONE,
2011.
Un cabaret rue Mouffetard, Christian Stalla, 2007.
C’est l’destin Célestin, Gilbert Hennevic, 2009.
Les compagnons pianistes, Anne Audigier, 2010.
La chanson de proximité, Michel Trihoreau, 2010.
La chanson pour tout bagage,Ginette Marty.
Mamette,Gil Baladou.
Chez Georges,Bruno Joubrel.
As-tu appelé Dominique?, Pierre Louki.

Danslacollection«Cabaretenvers»

Quand on écrit dix fées ramant,Marc Vincent, 2012.
Comme la truite sous la pierre, Patrick Deny, 2011.
Porte-toi bien la vie, Louis Amade, 2009.
Esquisse d’incertain, Aurélien Carton, 2010.

BrunoDAGUEBONE

MARC VINCENT
CHANTAUTEUR
(1984-2020)

Marc VINCENT
CHANTAUTEUR

On a volé mon antivol
Histoire de vin
Vingt ans déjà
Bretagne est poésie
Recueil :Paroles + Accords (l’intégrale)
Livres :Guide mots passants
Quand on écrit dix fées ramant
et, de Bruno Daguebone :
Marc Vincent chantauteur, tome 1 (1946-1983)
Marc Vincent chantauteur, tome 2 (1984-2020)

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Pour les enfants :
La journée du petit Alexandre
Au pays de Coralie
Paul, que fais-tu ?
Recueil :Paroles + Accords
Livres :La planète Fadidouda
Les contes de chez moi… et des autres planètes

Marc VINCENT
49, avenue de Brocéliande
35400 SAINT-MALO
FRANCE
Tél. 02 99 56 32 51
chantauteur@libertysurf.fr
Fax 02 99 40 55 67
http://marcvincent.chanteur.free.fr

© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-96855-4
EAN : 9782296968554

DISQUES
MERLIN

CD 2194
CD 3588
CD 9791
CD 11703

CD 6494
CD 8492
CD 10695

CHANTAUTEUR: nom masculin (nom déposé). Poète,
ménestrel qui va de lieu en lieu chanter les œuvres dont il est
lui-même auteur et compositeur, en s’accompagnant de
quelque instrument, guitare ou autre.
Dictionnaire Leroux,
Édition de 2049

ÀOmbeline,Aliénor,Ambroise etGrégoire

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SOMMAIRE

Introduction
Le tueuràgages
Tombées duciel
LeMaroc,l'Espagne et lePortugal
Larépétition
L’Amérique latine
Les médias
L’Amérique duNord
Embruns et emprunts
Le tour du monde
Les loisirs
La France
Sesancêtres déjà
L’Ukraine
Les partenaires
Lesautres pays d’Europe
Latarteauconcombre
De la TunisieauxÉmirats
LesSPRD
LeLiban,la Turquie et la Syrie
Le disque,le livre
De l’Indeà Taïwan
Saint-Malo
Latournée des îles
Coda

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INTRODUCTION

« Je préfère lescacahuètesau whisky », avait dit,un jour,
Marc Vincentavant d’êtreatteint de délirium très mince.Le
facteurRhésus,entre deux tournées, avaitapprouvé.
Ence temps-là, au milieu de la GrandeOurse,divaguait
une planète sur laquelle ne vivaient que desanimaux en
peluche.Parmi eux,il en était un,très mignon,vêtu de gris.
Il rêvait souvent de se rendre sur une terre lointaine semblant
encore plus mystérieuse quecelle sur laquelle il habitait.Sa
mamanavait voulu l’appelerPoint-Virgule, à cause de son
nez et de salason pngue ;apa,lui,l’avait prénommé
Théophile,parce qu’il était né le 20 décembre.Théophile
Point-Virguleavait tellement d’imagination qu’il ne
désespérait pas de se rendre un jour surcettebellebille,
balle, bulle inconnue.Iladmirait de loin,grâceàdes lunettes
achetéesàun prixastronomique,l'eaubleue d'icelle,formant
un énorme lac.Par endroits,des îles émergeaient du remuant
liquide.Certaines paraissaient si grandes qu’on lesappelait,
semble-t-il,descontinents.Fait extraordinaire,il voyait
s’agiter surcette planète,des êtresàlafois diaboliques et
angéliques, àlafoi diabolique etangélique.Cesanimaux
étranges ingurgitaient diverses nourritures,notamment du
miel.Comme ilauraitaimé,luiaussi,ma!...nger du miel
mais il était en peluche,et ne l’oubliait pas !
R!evenons sur terreJamais je n’aurais imaginéavoirà
rédiger,un jour,le second volume deMarc Vincent
chantauteur.Cependant,voilàque les événements se sont
précipités et en ont décidéautrement.Déjà,le premier tome
aintéressé, àmagrande surprise,un éditeur.Je ne
m’attendais pas du toutà cela.J’ai, certainement parchance,
peut-être par hasard,trouvé ma bonne étoile et n’ai plus eu

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qu’à la suivre.ChristianStalladirigeait,ences temps
reculés,la collectionCabaret, àl’emblème duChat noir, aux
éditionsl’Harmattan.Il savait que j’avais,modestement,une
connaissanceassez vaste de lavie decechanteur méconnu:
Marc Vincent.C’est vrai,j’aibeaucoup travaillé sur le sujet.
Mais de là àme proposer de signer uncontrat !Nousavons
monté quelques marches que je n’auraiscertainement pas su
gravir tout seul.Mes écrits,sanscette rencontre,seraient
restés lettres mortesau fond d’un sombre placard.Auclair
de lalune, ce soir, aubord de l’écluse où uncheval dort,je
ne doute pas que le motStallaveuille direÉtoile…bonne
étoile.
Ensuite,dès les premières ventes du premierbébé,de
nombreux lecteurs m’ont demandé de leur réserver le tome
deux, alors qu’il n’était encore ni pondu,niconçu,ni même
envisagé.Mais tout doux! je ne suiscapable d’accoucher
que d’un enfantàlafois,et encore me faut-il un long
moment de pauseaprèschaque naissance.Pourtant les
saisons passent vite,plus vite que le temps.Il m’apparait
doncévidentaujourd’hui de devoir reprendre laplume sans
tarder.Ceci n’est pas pour me déplaire,d’autant plus que,je
le sais maintenant,si je me résousà agir, c’est pourcontenter
tousces encourageants lecteurs.Heureusement, Suzanne
Garrigou-Vincent, arrière-petite-fille de l’artiste
deSaintMalo, a,de soncôté,poursuivi ses recherches et engrangé
une nouvelle et importante documentation.Etc’estavecsa
gentillesse et sagénérosité proverbiales,qu’ellea bien voulu
mettreànotre disposition tous les renseignements glanés
depuis nos précédentes rencontres.Le second volume
(19842020) decet ouvrage:Marc Vincent chantauteur,peutainsi
voir le jour sous les meilleursauspices.Sachez que j’en suis
le premieragréablement surpris ; espérons que vous le serez
aussi.Enattendant que le meilleur hospice,deBeaune ou
d’ailleurs,ne nouscueille, àdéfaut de nousaccueillir,nous
savons tropbien que,sous latreille,toutes les maisons de
retraite ont un petitcôté ombreâgée.

1

2

L’Anatique (Journal du collège Anatole-France)
o
n 2,avril 1989,Casablanca (Maroc)
FRANCOPHONIE

À l’occasionde lajournée de lafrancophonie,notre
collègeareçuMarc Vincent, auteur-compositeur,interprète.
Ila bien voulu nousaccorder une interview.

e
Y.C: Présentez-vous !., élève de 4
M.V.: J’ai 42ans,je suis une vieillebarbe, chanteur
professionnel depuis l’âge de 20ans.Celafait maintenant 8
ans que je parcours le monde.Dans mon répertoire,j’ai
autant dechansons pour enfants que pouradultes… et pour
ados.Quantàl’avenir,je n’ai pas trop d’inquiétude.Mais il
faut savoir que,quand on faitce métier,on estcomme un
oiseau sur la branche.Je suis toujoursà6 mois duchômage.

Y.C. :Comment devient-on chanteur ?
M.V.: Moncas est un peu particuliercar,par mes parents
qui faisaient de la chanson et du théâtre enamateurs,j’ai
baigné très tôt danscetteambiance.Àchacun sarecette.
Pour l’auteur,il yatout simplement l’écpour leole ;
compositeur et l'interprète,il yaleconservatoire.Mais il
faut surtout qu’il yait uneaspiration,unbesoin,une
inspiration.Le mot « vocation » est peut-être fort.Les débuts
sont généralement très difficiles et il faut vraiment de la
volonté pour s’accrocher.

Y.C. :Beaucoup d’élèves ne s’intéressent pas aux
matières artistiques, les négligent.
M.V :Amh !ais je ne savais pasça.J’espèreau moins
que mavenue servira à changer leschoses.Si,par exemple,
quand j’étaisau lycée,unAnglais était venu nouschanter du
folk ou desballades,je me seraiscertainement davantage
intéresséàlalangueanglaise.

1

3

Y.C. :Vous êtes invité à la journée de la francophonie.
Que comptez-vous y faire ?
M.V.: Simplement vouschanter meschansons.Car il est
important, aujourd’hui,de montrer que deschansons en
langue française existent encore.Onal’impression qu’en
France le français se perd.Àl’étranger, çane vapas mal.Le
vrai français, c’estauMarocetauQuébecqu’on le parle.

Y.C. : Quels sont vos projets ?
M.V.: Je reviendraiauMarocen novembre pourchanter
dans de nombreux établissements scolaires.Je vaisaussi
bientôt produire un recueil decontes que j’ai écrits.Chaque
histoire seraillustrée par un dessin d'enfant.

Y.C. :Compte tenu de votre propre expérience, que
pouvez-vous dire aux élèves ?
M.V.: Leurconseiller de ne pas exercer le même métier
que moi,en toutcas… parce qu’il estbien difficile !

Y.C. : Quel genre d’élève étiez-vous ?
M.V.: Unbon élève jusqu’en seconde.Après, ça aété
plus périlleux.Bizarrement,j’étais meilleur en maths et en
physique qu’en français, alors que le français est devenu une
de mes principalesactivités.Après lebac,j’ai été étudiant en
physique,mais, aubout de deuxannées de fac,j’ai eu le
vertige:qu’est-ce que je faisais là?J’avais pris unascenseur
qui ne meconvenait pas du tout,qui ne me menait pas où je
souhaitais me rendre.C’est làle problème de l’orientation:
quand ona14 ou 16ans,on fait deschoix sans trop savoir,
au fond, ce qu’on vafaire, ce qu’on veut faire.

Y.C. : Le mot de la fin ?
M.V.: Je vous remercie de votreaccueil.Je suis persuadé
que je reviendrai régulièrementauMaroc.

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Y.C. :Eh bien ! merci pour cet entretien… et à bientôt !

1

LE TUEUR À GAGES

Noussommes le dimanche 8 novembre 2020.Il est
environ sept heures du soir.Marc Vincentafait unbon feu
dans la cheminée,pour réchauffer l'atmosphère et ilapassé
une partie de l'après-midiàlire des nouvelles deMaupassant.
Avecune gourmandise diabolique,il n’apas oublié de
déguster,de temps en temps,unchocolat:il en reste encore,
il en reste toujours.Dehors,un froid humide enveloppe les
rares passants.Bienauchaud, Marcest recroquevillécomme
un escargot dans sa coquille,quand il entend sonneràla
porte.Il vaouvrir,se demandant vraiment quicelapeut être.
Un homme luiapparaît, bien emmitouflé dans un gros
manteau,unchapeau de feutre mou sur latête.Il s'agit d'un
individu de taille moyenne,decarrure moyenne.
–Bonsoir monsieur, c'est pour quoi ?
–Bonsoir,je me présente:je m'appelleGragner...Francis
Gragner.Vous permettez ?
–Entrez,je vous en prie.
Marcfait signeàl'homme, assez timide,d'entrer,puis il le
débarrasse de sagabardine et de sonchapeau.Lechantauteur
lui propose d'avancer près du feu et de s'asseoir.Francis
Gragnerales yeuxbleus,lescheveuxblonds-blancs,
c'est-àdire qu'ils ont étéblonds et qu'ils tirent sur leblanc; en effet,
le visiteur sembleavoir unecinquantaine d'années.
–Qu'est-ce qui me vaut l'honneur de votre visite ?
–Ehbien ! voilà,j'exerce un étrange métier:je suis tueur
àgages.Je propose mes servicesà ceux qui ont des
ennemis... mortels,etbeaucoup d'argent.Je leur propose de
tuer les individus qu'ils me désignent,mais, bien sûr, contre
une forte somme.Je ne leur donne satisfaction qu'en échange
de vingt millions d’euros.Il se trouve qu'un riche personnage

1

5

vous considère,vous, àtort ouàraison, comme son ennemi,
et qu'iladécidé de vous supprimer.En d'autres termes,si je
suis venu icice soir, c'est pour vous faire disparaître.
Marc Vincent reste médusé.Jamais de savie il n'aété
pétrifiéautant qu'à ce moment-là :
–L'ennemi de quelqu'un ? moi ?Mais de qui s'agit-il ?
–Monsieur,vous lecomprendrez,je ne puis vous le dire:
sec; il en vret professionnelade mapropre vie.Sachez
simplement quecet homme est puissant... très puissant.Je
peux tout de même vous préciser qu’il est spécialiste de
musicologie,de sociologie et de linguistique,enseignantàla
Sorbonne,écrivain,et je pourrais vous en dire plus encore.Il
se prendaussi trèsau sérieux,étant le seulà comprendre son
propre humour.
–Vous m'avez dit:«Un riche personnage ».Je ne vois
pasàqui vous faitesallusion.Je necrois pasconnaître un tel
genre d'homme.
–Peu importe,monsieur,laquestion n'est pas là.Je sais
simplement qu’il descend d’une riche famille pied-noir et
qu’ilarécemment hérité d’une petite fortune provenant,
selon larumeur,du trésor de guerre de l'OAS.Ceci dit,je
dois m'exécuter,ou plutôt,je dois vous exécuter.Voyez,j'ai
un pistolet,muni d'un silencieux,un pistoletà barillet et
Grédy,qui tire sixcoups,modèle 1927 révisé 1968.
Constatez,il estchargé... si vous voulez jeter uncoup d'œil.
Et l'homme de tendre le pistoletau
retraitébreton.Celuici observe l’objet sur (et sous) toutes lescoutures.C'est,en
effet,un vraibijou,unearme magnifique, brevetée sans
garantie du gouvernement.Lechanteurcommenceàprendre
peur quand son doigt en vientàeffleurer lagâcethette ;
aussitôt lecoup part.Uneballe vase ficher dans le feu où
elle fait voler quelquesbraises.
–Oh ! maisc'est dangereux,ditMarc.
–Oui, c'est un instrument extrêmement sensible.Je
l'entretiens méticuleusement:démontage régulier,graissage,
remontage...Cebel objet n'aplus de secret pour moi.

1

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Comme le dit monamiMaxime:« unbon ouvrieradebons
outils ».Je doisajouter,vous l'avezcertainement remarqué,
quece pistolet est muni d'un silencieux,unBX13,le dernier
modèle.Au moment où lecoup est parti,toutàl'heure,on
aurait pu entendre une mouche voler.Ce n'est qu'àl'arrivée
de la balle dans la cheminée que nousavons entenduce léger
bruit debraises pulvérisées.Croyez-moi,il m'arrive
plusieurs fois par jour decontempler mon pistolet.
Comprenez: c'est mon gagne-pain ; sans lui,je ne suis rien.
Marcredonneavecprécaution sonarmeà Francis
Gragner qui,immédiatement,l'essuieavecun mouchoir
blancsorti prestement de sapoche.Puis il lecaresse, comme
un enfantcaresse un ours en peluche.Il effleure son pistolet
de lamain droite,l'arme étant placée sur latable.Unange
passe puis, au grand étonnement de l’artiste,l’homme porte
samain gaucheàsa bouche et se metàsucer son pouce.
Cette scène semble durer une éternité pendant laquelleMarc
observe son étrange visiteur.Les deux hommes échangent
encore quelquesbanalités,quand une larme perleaubord de
l’œilbleu deFrancisGragner.Constatant que l'artistea
remarqué son émotion,le tueur se laissealleràpleurerà
chaudes larmes,puis sort de nouveau précipitamment son
mouchoirblancet s'essuie longuement les joues et les yeux.
–Excusez-moi,dit-il,je suis très émotif.D'ailleurs,
sachez-le,je suis un drôle de tueuràgages puisque, à ce jour,
touchons dubois,je n'ai encore jamais tué personne.
–Maisalors, comment faites-vous pour gagner votre vie ?
–Ehbien !c'est très simple.Pour gagner mavie,etcelle
de manombreuse famille,voicicomment je procède:
d'abord il me faut trouver les riches personnages,les
commanditaires... il n'en manque pasàtravers le monde.
Quand je dis «àtravers le monde », c'est que je travaille sans
idée préconçue.Je propose mes servicesàtous les riches
individus,sans distinction de pays,de race ou de religion.Je
travaille également sans faire de distinction parmi les
ennemis personnelschoisis.Je peux faire disparaîtreaussi

1

7

bien une jeuneSuédoise qu'un vieilÉthiopien.Pour trouver
mesclients,je procède tout simplement par petitesannonces.
Je ne passe qu'une seule petiteannonce paran,dans quelques
journauxbienciblés ; une simple phrase, concise,laconique:
Tueuràgages,discrétionassurée,téléphone:02 99 56 32
51.Cetteannonce paraît uniquement le premieravril de
chaqueannée et me vaut une trentaine d'appelsà chaque fois.
–Mais... que fait lapolice ?
–Lapremièreannée,uncommissaire m'a appelé.Je l'ai
tout de suite rassuréavec cette phrase lumineuse et
transparente:«Premieravril,poisson d'avril ! ».Ilapris
bonne note de mes explications et l'enquête s'estarrêtée là.
Lasecondeannée,j'ai reçu unappel d'unbrigadier-chef.
Celui-ciarempli une fiche,viteclassée.Depuis,tous les
quatre oucinqans,un stagiaire m'appelleau téléphone.
J'explique quec'est une plaisanterie... de l'humour... le
premieravril.Uneannée,l'un d'entre eux,moins malin... ou
plus malin... ou plus tatillon,est venu me voir, ayant pris
rendez-vous laveille.Il est reparti rassuré, aprèsavoirbu
deux whiskies...Je sais recevoir !Je l'ai revu une ou deux
fois depuis,je l'aicroisé en ville.
–Mais enfin ! vous m'affirmez que vous n'avez jamais tué
personne ; vraiment,je necomprends pas.
–Attendez,je vais y venir.Il est vrai que je n'ai jamais
fait de malàune mouche... mais personne ne m'ajamais
commandé de tuer une mouche.Il faudrait me payercher
pour tuer une mouche... environ deuxcent mille euros.Je
disais doncque le principal de mon travailconsistaità
trouver leclient.Heureusement, comme je vous l'ai déjàdit,
il n'en manque pas.Parmi latrentaine d'appelsannuels,je
sélectionne soigneusement.J'élimine, après enquête,les
demandes qui me paraissent scabreuses,malhonnêtes,
douteuses... et je neconserve quecinq ou sixcontrats, ce qui
est largement suffisant pour vivre,vous enconviendrez.
Selon l'usage,jecommence par encaisser lamoitié de la
somme promise.Ensuite,je rends visiteàl'hommeà abattre ;

1

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en l'occurrence, aujourd'hui,il s'agit de vous.Arrivé là,voici
ce que je propose:simplement,nous partageons.Je vous
donne dix millions d’euros et vous disparaissez.C'està
prendre ouàlaisser.Pour parlerclairement,vousavez deux
solutions:oubien vous n'acceptez pasces dix millions
d’euros et je me voiscontraint de vous tuer sur-le-champ –
ce qui, avouez-le,nouscontrarierait fort,vouscomme moi,–
oubien vousacceptezces dix millions et vous prenez
aussitôt la clé deschamps.Vous êtes toutàfait libre de
choisir.
–Mafoi,je n'ai pasbesoin de réfléchir longtemps:
j'encaisse lesbeauxbillets et je disparais.
–Tenez,voici lavalise.Ellecontient lasomme en
espèces.Vous pouvez vérifier.
–Je vous faisconfiance.
–Maintenant,il est urgent pour vous de quitter
définitivement larégion.Pourcela,j'ai tout prévu.Nous
avonsconstitué uneassociationavecleschers disparus qui
vous ont précédé.Cetteassociation vousaidera au mieux.
Ces nombreuxamis sont près deMontevideo... enUruguay.
Ils se sont tous établis là-bas sous de nouvelles identités et
leurs entreprises prospèrent.Larégion estaccueillante.Les
uns sont dans lecommerce:restaurants,magasins de
vêtements,d'autres possèdent des estancias,quelques-uns
sont industriels... lesautres vivent de leurs rentes.Vous
n'avez plus qu'àles rejoindre ; ils s'occuperont de tout:faux
papiers dans un premier temps,puis vrais faux papiers dans
un délai d'unan, àpartir de quoi vous serezcitoyen
uruguayenàpart entière.Monsieur,si vous voulez me
suivre,je vous emmèneàl'aéroport:vous prenez le premier
avion.Votre placeaété réservée enclasseaffaires.Voici
votrebillet,venant s'ajouteraux liasses de lavalise...c'est
plusagréable que le pistolet,même muni d'un silencieux,
vous enconviendrez.Allez !ne perdons pas de temps,ne
laissons pas de tracle feu ves ;adoucement s'éteindre.Ma
voiture est garée devant laporte,je vous yattends.Je vous

1

9

donne dix minutes pour emporter un minimum d'affaires.Ne
craignez rien,lecomité d'accueil deMontevideo sera
prévenu de votrearrivée ; on vous fourniratout le nécessaire.
Quantàmoi,je vous reverrai peut-être.En effet,le jour où
uncondamné préfèreralamortàdix millions d’euros,je
n'aurai pas lecourage de le tuer.À ce moment-là, c'est moi
qui prendrai l'avion pourMontevideo et découvrirai enfin les
charmes et les orangers de l'Uruguay,pays où j'ai déjà
envoyé tant de monde.

Ainsi,sans espoir de retour, ayant disparu précipitamment
sans laisser d'adresse, Marc Vincent,le lundi 9 novembre
2020,foulait le sol uruguayenavecpour seulbagage sa
guitare, avecpour seulearme seschansons.

2

0

Ouest-France du 2 janvier 1979
Les hommes et leur temps:
les huit heures de boulot
de Marc Vincent
artisan de la chanson

Le petit monde de la chanson estcomme une forêt.
Quelques gros troncs,fortifiésàl’engrais liquide,forment un
mur épais en haut de l’Olympia.Ils dissimulent une quantité
de petitsarbres ouarbrisseaux,parfois d’essence
rare.Ceuxlà,les passants ne les voient pas.Il faut franchir lalisière…
Il existe enFranc200e quelque 1chanteurs et diseurs
professionnels.Unecinquantaine d’entre eux sontconnus du
grand public.Lesautres,pourtant,viventcomme ils peuvent
avecet par la chanson.LeurOlympia, c’est une salle
provinciale et leur petit échiquierc’est un foyer de jeunes ou
uneMJC.J’ai rencontré un deces «gagne-petit »de la
variété.Il demeureà Paramé enSaint-Malo et se nomme –à
lavillecommeàlascène –Marc Vincent.Un «artisan de la
chanson », comme il se définit lui-même.

Lamaison de l’artisan estaubout d’une impasse donnant
sur l’avenue deBrocéliande.Toujours laforêt !C’est une
bâtisseancienne restauréecachet parcachet, avec beaucoup
de recoins,de petites piècescommeautant decouplets.Le
refrain,dans lequel on revient toujours, c’est lasalle de
séjour donnant sur un jardin et des pommiers.Une maison
aussicompliquée que ses hôtes sont simples.Marc Vincent
est en semi-vacances.Un procha»heureux événementin «
contraint son épouse, Nicole, àune immobilisationbeaucoup
1
moins heureuse.Lecôtéanimation estassuré par un
merveilleux petit lutin: Alexandre,3ans et six mois.

1
Depuiscette visite, Coralie estarrivée.Paroles et musique deNicole
etMarc Vincent !

2

1

Commechaque matin, Marc a commencé sajournéeà9
heures.Quand je dis qu’il est en « semi-vacances », c’est une
façon de parler ; – «J’ai simplement évité les tournées.Mais
je me produis quand même dans l’Ouest et je travaille ici ».
Cuisine-administration-création.Lecôtécordonbleu, c’est
exceptionnel.Le reste, c’est le lot quotidien. «Je me
considèrecomme unartisan.Ce n’est pas une image mais
une réalité.Pour vivre dece métier,il faut être très organisé.
Comme unartisan maç».on ou menuisierLecheveubien
coupé,la barbe nette, Marc Vincent est tout lecontraire du
bohème.Un petitcôté enseignant qu’il n’apas été. «Je n’ai
jamais eu d’autre profession.J’étudiais laphysique mais je
préféraischanter et écrire des textes.Je tiens sans doutecela
de mes parents.Jecrois que mon pèreauraitaimé faire la
mêmechose.J’ai passé mon enfance dans l’ambiance du
chant,de lamusique,du théâtreamateur… »Papa avait pris
uneautre voie, celle deschemins de fer.Marc,lui,s’est
lancé dans l’aventure descabarets parisiens, côtoyant des
inconnus qui le sont parfois restés ou sont devenus,plus
rarement,de grosbaobabs pour le jardin deM.Coquatrix,
commeAlainSouchon,par exemple. «J’ai été vite lassé de
courir deboîte enboîte.J’ai voulu revenir en province,
chercher une qualité de vie pour les miens et moi.Nous
sommes tombésamoureux decette maison… »
Certains disent:« descendre en province ».Marcest
simplement revenu.Il est néà Morlaix en 1946,d’une mère
bretonne et d’un père normand.Une racine dechaquecôté
duCouesnon. «C’est sans doute pourcelaque je ne suis pas
régionaliste.On me l’aparfois reproché.Mais j’aimebien
nagerà contre-courant.Le régionalisme est un peu récupéré,
non ?Quand l’écologie ne s’appelait pascommeça,je
chantais deschansons écologistes.Maintenant,j’en plaisante
un peu.Quand lecontre-courant devient lecourant,je vaisà
contre-courant ducontre-courant… »

2

2

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