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L'image numérisée du visage

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Description

La numérisation de l'image modifie-t-elle notre approche du visage ? Qu'est-ce qu'engagent la production et la diffusion de l'image numérisée du visage ? Comment l'évolution des technologies de l'image joue-t-elle sur notre rapport à l'Autre ? Le champ d'étude de cet ouvrage s'étend des premiers travaux informatiques sur l'image du visage jusqu'aux usages contemporains de cette image diffusée, des "créatures digitales" à l'identification de l'individu.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2013
Nombre de lectures 55
EAN13 9782336288246
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Franck Leblanc
L’image numérisée du visage De la pose au positionnement
Série Photographie Collection Eidos
L’image numérisée du visage
CollectionEidos dirigée par Michel Costantini & François Soulages Série RETINA Manuela de Barros,Duchamp & Malevitch. Art & Théories du langage Eric Bonnet (dir.),Le Voyage créateur Michel Gironde (dir.),Les mémoires de la violence François Soulages (dir.),La ville & les arts. A partir de Philippe Cardinali Série Photographie Philippe Bazin,Face à faces Philippe Bazin,Photographies & Photographes Catherine Couanet,Sexualités & Photographie Benjamin Deroche,Paysages transitoires. Photographie & urbanité Michel Jamet,Photos manquées Michel Jamet,Photos réussies Anne-Lise Large,La brûlure du visible. Photographie & écriture Franck Leblanc,L’image numérisée du visage Panayotis Papadimitropoulos,Le sujet photographique François Soulages (dir.),Photographie & contemporain François Soulages & Julien Verhaeghe (dir.),Photographie, médias & capitalisme Marc Tamisier,Sur la photographie contemporaine Marc Tamisier,Texte, art et photographie. La théorisation de la photographie Christiane Vollaire (dir.), Ecrits sur images. Sur Philippe Bazin Série Groupe E.I.D.O.S. Michel Costantini (dir.),Ecce Femina Michel Costantini (dir.),L'Afrique, le sens. Représentations, configurations, défigurations Groupe EIDOS,L'image réfléchie. Sémiotique et marketing Pascal Sanson & Michel Costantini (dir.),urbainLe paysage Marc Tamisier & Michel Costantini(dir.),Opinion, Information, Rumeur, Propagande. Par ou avec les images Hors Série Michel Costantini (dir.),beauSémiotique du Michel Costantini (dir.),La sémiotique visuelle : nouveaux paradigmes Bibliothèque VISIO 1, Biblioteca VISIO 1, Library VISIO 1 Comité scientifique international de lecture Aniko Adam (Université Pázmány Péter, Piliscsaba, Hongrie), Michel Costantini (Université Paris 8, France), Pilar Garcia (Université Bellas Artes de Séville, Espagne), Alberto Olivieri (Université Fédérale de Bahia, Brésil), Panayotis Papadimitropoulos (Université d’Ioanina, Grèce), Gilles Rouet (Université Matej Bel, Banska Bystrica, Slovaquie), Silvia Solas (Université de La Plata, Argentine), François Soulages (Université Paris 8, France), Rodrigo Zuniga (Université du Chili, Santiago, Chili)Publié avec le concours de RETINA.International,Recherches Esthétiques & Théorétiques sur les Images Nouvelles & Anciennes, & d’ECAC,Europe Contemporaine & Art Contemporain.
Franck Leblanc L’image numérisée du visage
De la pose au positionnement
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-00055-8 EAN : 9782343000558
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«Pendant toute sa préhistoire ce monde du numérique est largement lié à l’histoire de la technologie informatique, celle du calcul de l’information ; mais dès lors qu’il croise l’univers de l’image, il se passe quelque chose, à la fois du côté de ce monde, du côté de ce qu’il fait et de la manière dont il le fait. 1 Quelque chose d’autre s’inaugure.» Alain Renaut
« Attention ne bougeons plus !… » Longtemps cette phrase a scandé la construction du portrait photographique. Où le temps de pause permettait à la pose de prendre place, d'inscrire le corps du sujet photographié dans une posture, de construire la fiction de la photographie. L'image numérique et son corolaire de données associées s'inscrit dans une logique nouvelle, une logique du positionnement. Là où le portrait consacrait une esthétique et une logique de la pose il semblerait que l'image numérisée du visage soit à envisager avant tout comme dépendante d'une esthétique et d'une logique du positionnement.
Nous avons choisi de réfléchir ici sur les enjeux de la « maîtrise du visage » dans le portrait photographique à partir de la question de la numérisation de l'image. Il semble en effet que cette technologie de traitement et de diffusion de l'image photographique modifie notre rapport de spectateur au visage photographié et engendre également de nouvelles pratiques sociales et politiques à partir de cette nature numérique de l'image. Ce déplacement des
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Alain Renaut, « L'Imag e : de l'analogique au numérique (enjeux philosophiques) », inRevue du Collège iconique, 5 Mars 1997, pp. 2-3.
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usages du portrait permettrait — c'est ce que nous allons étudier ici — la mise en place d'une politique — et d'une économie — de l'image du visage prise comme clef d'identification automatisée et à distance de l'individu, déplacement qu'il semble essentiel de questionner. Cette réflexion sur l'image numérisée du visage a été abordée à partir de la double acception de la technique proposée par Edmond Couchot dans son ouvrageLa technologie dans l'art, comme relevant à la fois d'un mode de production mais également d'un mode de 2 perception . Notre approche se fera à partir des œuvres, à partir des photographies donc, dans le cadre d'une réflexion esthétique sur les images — l'esthétique sera ici envisagée dans sa dimension d'étude des relations qu'entretient l'art avec la société —, tout en essayant d'éclairer les enjeux éthiques et politiques de ce regard contemporain, elle se déploiera alors également dans une étude attentive et critique des usages et des visées qui reformulent les utilisations de cette image numérisée du visage. Le développement de notre étude sur ces questions que pose l'image numérisée du visage nous a conduit peu à peu à envisager un retrait de l'attention portée sur le portrait lui-même, sur la pose, sur l'incarnation sociale qu'elle peut traduire ou bien sur la mise en scène qui va construire l'apparition du visage au profit d'une focalisation des technologies et des usages sur le seul visage. Cependant lorsque nous évoquons dans le premier temps de cet ouvrage une créature digitale, nous entendons encore évoquer une construction relevant de l'art du portrait. La créature digitale représente cette construction du portrait photographique ; mais une construction qui rejoue et déjoue la photographie par un déploiement dans le temps du post-traitement d'une ouverture du visage photographié à l'hybridation numérique, d'une transfiguration remodelant la trace photographique en un nouveau jeu d'apparences. Portrait donc mais qui déjà attire vers le visage photographié toutes les attentions, qui déjà installe le visage au cœur du projet artistique, territoire pouvant être restructuré, remodelé, territoire dont l'apparence peut totalement se transformer et se dévoiler sous les traits d'un nouvel être, dans un jeu nouveau. Le visage objet de toutes les attentions, des meilleurs traitements, devient également l'objet de toutes les sollicitations, de tous les intérêts, objet
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Edmond Couchot,La technologie dans l'art. De la photographie à la réalité virtuelle, Nîmes, Jacqueline Chambon, 1998, p. 8.
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de reconnaissance. La pose, l'attitude, la construction disparaissent alors peu à peu de l'avant-scène de l'image, le visage seul, capté se trouve enrôlé dans un processus d'identification, de positionnement de l'individu reconnu.
La première entrée pour cette recherche se fera par l'entremise des questions posées sur le portrait photographique à partir donc de la production des images du visage. L'ouverture du portrait à la transfiguration, où nous nous attacherons, à partir de quelques exemples significatifs, à réfléchir sur le visage se présentant à nous sous forme photographique mais ayant été, dans le temps du laboratoire, retravaillé, rejoué, transfiguré et nous donnant à voir une autre chose que l'image du modèle — ou des modèles — qui posèrent devant l'objectif. Cette transfiguration pourra aboutir nous le verrons à la création d'un portrait sans visage, d'un portrait numérique entendu comme pré-vision comme projection d'un visage potentiel, image non plus tournée vers la célébration d'un passé définitivement révolu mais projetée en une hypothèse formulée visuellement.
Le second temps de cette recherche sera celui d'une réflexion sur la perception automatique du visage dans l'image numérique. Il s'agira ici d'envisager la portée du développement de fonctionnalités d'analyse automatique de l'image, dont l'utilisation se généralise pour le grand public mais qui est aussi et surtout un moyen de contrôler à distance l'identité des sujets ciblés. Si pour le grand public cette technologie est déployée essentiellement pour l'organisation de l'archivage, elle peut également être utilisée pour des recherches d'images de visages. En quoi la numérisation de l'image pourrait alors modifier notre rapport au portrait, à l'image du visage de l'Autre ? L'image sera entendue ici à partir de sa nature numérique même, c'est-à-dire stockée comme données numériques dans une base de données, captée dans un flux continu — vidéo — ou encore diffusée sur un réseau et soumise à une requête, à une recherche, à des applications de détection et de reconnaissance automatisées. Détection et reconnaissance, dévisagement de l'individu par l'identification et le contrôle à distance. Afin que les systèmes de détection et de reconnaissance soient opérationnels, il doit leur être fourni des images parfaitement lisibles et normées. Ainsi le corps est
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soumis à la contrainte d'une pose réglée, millimétrée pour que le visage puisse être appris par les systèmes de détection et de reconnaissance. Le portrait d'identité contemporain aboutit à une aliénation de l'individu, son corps une fois mis en règles et enregistré pourra être contrôlé à distance, à son insu, sans le consentement du citoyen ciblé par l'objectif.
Vers une fin du consentement à l'image, vers une fin de l'anonymat ? Dès lors que des applications informatiques sont en mesure d'analyser les images, de les lire et d'y détecter un visage, il suffit que ce visage soit enregistré et nommé, identifié, pour qu'aux prochaines occurrences, les applications de détection et de reconnaissance automatisée soient capables de le détecter et de l'identifier. Il en va de même nous le verrons, pour les utilisations « ludiques » des fonctionnalités de recherche sur le réseau Internet ou bien au sein d'une application de gestion d'images, une fois marqué, le visage pourra être identifié à chaque détection dans l'image, à cette identification précise pourront alors être associées d'autres images de cette personne, sans lien avec la pose ou le sens de l'image initiale. Deleuze et Guattari nous indiquent l'ouverture nécessaire de notre interrogation aux relations tissées entre outils et société lors d'une réflexion impliquant la technologie et les outils qu'elle génère. « La technologie à tort de considérer les outils pour eux-même : ceux-ci n'existent que par rapport aux mélanges qu'ils rendent possibles ou qui les rendent possibles. Les outils ne sont pas séparables des symbioses ou alliages qui définissent un agencement machinique Nature-Société. Ils présupposent une machine sociale qui les sélectionne et les prend dans son « phylum » : une société se définit 3 par ses alliages et non par ses outils. » Ces mélanges rendus possibles par la numérisation de l'image du visage sont donc à étudier notamment relativement aux usages liés à cette image et ceux-ci se développent également par le biais d'applications destinées aux utilisateurs d'outils numériques de prise de vues, d'archivage et de diffusion d'images. Les portraits photographiques numérisés et diffusés ainsi mis en relation automatiquement par une requête informatique semblent initier une nouvelle approche, un nouveau contexte de réception de l'image du visage de l'Autre. Il semblerait
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Gilles Deleuze et Félix Guattari,Mille plateaux. Capitalisme et schizophrénie 2, Paris, Les Éditions de Minuit, 1980, p 114.
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que poursuivie dans ce sens, cette logique d'identification systématique aboutisse à une disparition de la photographie d'« anonymes », les portraits diffusés de tout un chacun pouvant être nommés à leur insu, leurs images potentiellement regroupées sans action particulière de leur part. Sur le réseau informatique, l'universel du portrait anonyme laisse place peu à peu à des groupes de portraits 4 sélectionnés à partir des « personnes présentes dans l'image » , logique de la désignation de l'individu, de son identification. Traçabilité des images, données collectées et constituées en fichiers, accessibles à partir de la photographie du visage analysée par l'application adéquate. Possible fin du portrait unique, du portrait anonyme, de la photographie du visage regardée dans son isolement au profit de la constitution d'un parcours de vie en images, d'une multitude d'images relatives à un sujet recherché — sorte d'album sans localisation mais se constituant par les images diffusées puis reliées entre elles —, accessible à tous par le biais d'une requête informatique sur le réseau. L'image numérisée semble dès lors rebattre les cartes du jeu photographique auquel nous étions accoutumés. Non seulement apparaissent de nouvelles images mais également et plus problématiquement peut-être, ce ne semble plus tant être le regard qui est convoqué pour accueillir le visage de l'Autre que le programme informatique qui va lire, décoder et identifier à la place du regard, qui va dire par la constitution d'une somme d'images, de toutes les images disponibles, ce qu'il en est de chacun d'entre nous, de nos apparitions imagées et diffusées.
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Nom donné à la fonctionnalité de reconnaissance faciale surflickr, site de partage d'images.
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