Les secrets de la photo de paysage
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Description



"Une promenade inspirée parmi les plus beaux panoramas de France et d'ailleurs, pour apprendre à capter l'essence d'un paysage avant de l'immortaliser."




Qui n'a jamais été déçu en regardant ses photos d'un magnifique panorama devenu étendue plate et sans saveur sur le tirage ? Photographier les paysages est l'une des disciplines les plus difficiles qui soient, tant il est délicat de transcrire en deux dimensions les émotions qui nous saisissent devant le spectacle de la nature, d'un monument ou d'une ville. Trouver son sujet, appréhender un lieu afin de lui rendre justice par l'image, lire la lumière et choisir l'heure, le jour ou la saison, construire la scène avant de cadrer... autant d'étapes à ne pas négliger pour réussir dans ce domaine tout en subtilité, Grâce à l'expérience de Fabrice Milochau, arpenteur de lieux magiques depuis des années, et à ses explications limpides qui vous guideront en douceur, ce livre vous amènera à mieux comprendre l'essence des paysages que vous avez sous les yeux et vous aidera à faire les bons choix (point de vue, focale, cadrage...) pour mettre en valeur leur beauté.




  • L'état d'esprit du photographe de paysages


  • Le matériel photo


  • L'exposition


  • Le cadrage


  • Trouver son sujet


  • Saisir ta vie


  • Les univers du paysage

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 02 juin 2016
Nombre de lectures 76
EAN13 9782212091458
Langue Français
Poids de l'ouvrage 14 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

R sum
Qui n’a jamais été déçu en regardant ses photos d’un magnifique panorama devenu étendue plate et sans saveur sur le tirage ? Photographier les paysages est l’une des disciplines les plus difficiles qui soient, tant il est délicat de transcrire en deux dimensions les émotions qui nous saisissent devant le spectacle de la nature, d’un monument ou d’une ville. Trouver son sujet, appréhender un lieu afin de lui rendre justice par l’image, lire la lumière et choisir l’heure, le jour ou la saison, construire la scène avant de cadrer… autant d’étapes à ne pas négliger pour réussir dans ce domaine tout en subtilité. Grâce à l’expérience de Fabrice Milochau, arpenteur de lieux magiques depuis des années, et à ses explications limpides qui vous guideront en douceur, ce livre vous amènera à mieux comprendre l’essence des paysages que vous avez sous les yeux et vous aidera à faire les bons choix (point de vue, focale, cadrage…) pour mettre en valeur leur beauté.
« Une promenade inspirée parmi les plus beaux panoramas de France et d’ailleurs, pour apprendre à capter l’essence d’un paysage avant de l’immortaliser. »

AU SOMMAIRE
L’état d’esprit du photographe de paysages : qu’est-ce qu’un beau paysage ? le regard, l’approche, progresser
Le matériel photo : l’achat, comment choisir, les accessoires, connaître son appareil
L’exposition : trop ou pas assez de lumière, mesure de la lumière, jouer avec la lumière, le « best of » des lumières
Le cadrage : de la réalité à la photo, B.A.-BA de la composition, mise au point et profondeur de champ, lignes et perspectives, contrastes et couleurs
Trouver son sujet : aller voir, tours et retours, se documenter, le goût des autres, la quête, toujours prêt !
Saisir la vie : analyse de la photo parfaite, bouger, vibrer, ressentir
Les univers du paysage : forêt et jungle, eaux vives, eaux calmes, landes et tourbières, littoral, roches et pierres, gorges et vallées, campagne, montage, paysages urbains
Biographie auteur
Amoureux de grands espaces, Fabrice Milochau ( www.fabrice-milochau.eu ) se spécialise très tôt dans la photo de paysage. Ses images ont illustré de nombreux livres parus chez Arthaud, Glénat, National Geographic, et sont publiées dans les plus grands magazines ( Géo , Terre Sauvage , Figaro mag , Détours en France …).
www.editions-eyrolles.com
Fabrice Milochau
Les secrets de
LA PHOTO DE PAYSAGE
Approche – Composition – Exposition
Deuxième tirage 2016 avec nouvelle présentation
Groupe Eyrolles
61, bd Saint-Germain
75240 Paris Cedex 05
www.eyrolles.com
Conception graphique et mise en pages : Nord Compo
Attention : la version originale de cet ebook est en couleur, lire ce livre numérique sur un support de lecture noir et blanc peut en réduire la pertinence et la compréhension.
En application de la loi du 11 mars 1957, il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement le présent ouvrage, sur quelque support que ce soit, sans l’autorisation de l’Éditeur ou du Centre français d’exploitation du droit de copie, 20, rue des Grands-Augustins, 75006 Paris.
© Groupe Eyrolles, 2014, 2016 pour la nouvelle présentation
ISBN : 978-2-212-14396-6
À l’occasion de son deuxième tirage, cet ouvrage bénéficie d’une nouvelle couverture. Le texte et les illustrations ont été mis à jour.
Chez le même éditeur
Dans la même collection
F. Landragin, Les secrets de la photo de paysage , 2015, 224 p.
L. Tichané, Les secrets de la photo d’enfants , 2015, 240 p.
C. Jentzsch, Les secrets de la photo de voyage , 2015, 224 p.
G. Lepetit-Castel, Les secrets de la photo de rue , 2015, 224 p.
P. Bricart, Les secrets de la photo de nu , 2015, 250 p.
D. Dubesset, Les secrets du cadrage photo , 2015, 144 p.
E. Balança, Les secrets de la photo d’animaux , 2014, 232 p.
G. Simard, Les secrets de la photo en gros plan , 2014, 208 p.
A. et I. Guillen, Les secrets de la photo sous-marine , 2014, 280 p.
V. Bergamaschi, Les secrets de la photo de nuit , 2014, 120 p.
E. Balança, Le grand livre de la photo de nature , 2013, 260 p.
Boîtiers argentiques et numériques
P. Garcia, Photographier avec son Canon 750D/760D , 2016, 240 p.
V. Lambert, Photographier avec son Nikon D7200 , 2015, 304 p.
P. Druel, Photographier avec son Nikon D750 , 2015, 200 p.
V. Lambert, Photographier avec son Nikon D810 , 2015, 304 p.
P. Druel, Photographier avec son Nikon D3300 , 2014, 224 p.
N. S. Young, Photographier avec son Canon D70 , 2014, 280 p.
R. Bouillot, Pratique du reflex numérique , 4 e édition, 2013, 484 p.
L. Breillat, Choisir l’objectif idéal pour son reflex Canon/Nikon , 2013, 176 p.
Techniques de la photo – Prise de vue
A.-L. Jacquart, Retouchez vos photos pas à pas , 2014, 180 p.
S. Arena, Lumière – Pratique photo , 2013, 284 p.
T. Legault, Astrophotographie , 2 e édition, 2013, 165 p.
A.-L. Jacquart, Photographier au quotidien avec Anne-Laure Jacquart , 2013, 256 p.
S. Calabrese Roberts, La photo documentaire , 2013, 192 p.
T. Nagar, Street photo , 2013, 176 p.
A. Amiot, Conseils photo pour les voyageurs , 2013, 192 p.
F. Hunter, S. Biver, et al., Manuel d’éclairage photo , 2 e édition, 2012, 260 p.
A. Mante, Composition et couleur en photographie , 2012, 208 p.
A.-L. Jacquart, Mémophoto – Les réglages de l’appareil , 2012, dépliant, 14 p.
A.-L. Jacquart, Mémophoto – La composition étape par étape , 2012, dépliant, 14 p.
A.-L. Jacquart, Composez, réglez, déclenchez ! La photo pas à pas , 2011, 168 p.
G. Blondeau, Photographier la nature en macro , 2 e édition, 2010, 224 p.
B. Bodin, C. Bruno, Photographier la montagne , 2008, 166 p.
Consultez notre catalogue complet sur www.editions-eyrolles.com .
REMERCIEMENTS
Je tiens à remercier l’ensemble des magazines et partenaires qui m’ont accordé leur confiance tout au long de ces quinze dernières années, ainsi que Gilles Martin et Oliver Grunewald pour m’avoir conseillé et donné envie de faire ce métier à mes débuts.
PRÉFACE
De l’utilité de la photographie
Nous n’avons jamais vu autant de photographies. Aujourd’hui, nous avons tous un appareil photo, un téléphone portable équipé pour prendre des images ; certaines sont même publiées dans la presse.
Rien ne se passe dans notre vie ou dans l’espace public sans images. Les réseaux sociaux nous racontent la vie des gens, leurs rencontres, leur décor, ce qu’ils ont mangé, et les sociologues de demain auront un matériel extrêmement riche pour analyser la vie de ce début de siècle. Mais quantité ne signifie pas nécessairement qualité. Nous avons aussi besoin d’images pour apprendre, pour comprendre et maintenir notre mémoire, pour témoigner pour ceux qui viendront après nous.
Il est donc important de savoir pourquoi et comment on photographie, de connaître les règles et méthodes qui donneront à nos images la valeur de documents. Fabrice Milochau a commencé timidement avec des photos fraîches et neuves, un nouveau regard sur une forêt qui avait beaucoup été photographiée, et que plus personne n’avait regardée depuis longtemps ; le sujet, paraît-il, avait été épuisé. Pourtant, il apportait au magazine GEO une vision nouvelle, faite de connaissance des lieux et de maîtrise technique. Il nous révélait les arbres, les espèces, les chemins secrets, la vie animale que nous pensions connaître à Fontainebleau. Il nous a invités à redécouvrir ce que nous pensions avoir déjà vu.
Aujourd’hui, il peut partager son expérience et enseigner aux autres à voir et à intégrer les bons réflexes pour savoir rendre justice à ces paysages qu’il aime tant. Ses connaissances et sa passion sont là pour parfaire une vision, pour raconter une histoire. Nous avons besoin d’images pour comprendre notre monde, encore faut-il qu’elles soient de qualité !
Sylvie Rebbot
Journaliste au Journal de la photographie puis, depuis 2013, à L’ œil de la photographie, Sylvie Rebbot a également été directrice du service photos du magazine GEO et directrice des archives de l’agence Magnum.
TABLE DES MATIÈRES
L’état d’esprit du photographe de paysages
Portrait d’un arpenteur de paysages
Pourquoi photographier la nature ?
Qu’est-ce qu’un beau paysage ?
Le regard
Choisir votre approche
Vous, plutôt qu’un autre
Comment progresser
Le matériel photo
Au-delà des apparences
L’achat
Les objectifs
Le choix de la focale
Le boîtier
Comment choisir ?
Les accessoires indispensables
Le trépied
Les filtres
Les petits accessoires
Le sac
Connaître son appareil
L’exposition
Trop ou pas assez de lumière
La cellule, pièce maîtresse
Les modes d’exposition
La question de la dynamique
La température de lumière
La mesure de la lumière
Systèmes de mesure intégrés
La cellule externe
Les « mesures volontaires »
Jouer avec la lumière
La surexposition
La sous-exposition
Le diaphragme
Le flare
Profiter de la lumière ambiante
Les filtres
Le « best of » des lumières
Les conditions orageuses
L’aube et le crépuscule
Brume et brouillard
Le cadrage
De la réalité à la photo
D’un monde à un autre
Mise en scène
Pensez photo !
Une allumette taillée dans un baobab
B.A.-BA de la composition
La règle des tiers
Les exceptions
Exploitez tout le cadre
L’élément fort
Mise au point et profondeur de champ
Diaphragme et focale
Les plans
Le flou volontaire
Lignes et perspectives
Horizontales
Verticales
Diagonales
Lignes complexes
Point de vue
Format et orientation du cadre
Contrastes et couleurs
Dégradés et ambiances monochromes
Compositions polychromes
Contrastes
Trouver son sujet
Allez voir !
Comme un battement d’ailes de papillon…
Tours et retours
Recherches documentaires
Le goût des autres…
L’avantage temps
La quête
Toujours prêt !
To be aware…
Saisir la vie
Analyse de la photo parfaite
Le mythe
La quadrature du cercle
Bouger
Vitesses lentes
Vitesses rapides
Vibrer
Spot de lumière
Aura
Réflexion
Ressentir
Mise en scène d’un personnage
Les émotions visuelles
Les référents sensitifs
Référents symboliques, imaginaires et inconscients
Les univers du paysage
Forêt, jungle
Eaux vives
Eaux calmes
Landes et tourbières
Littoral
Roches et pierres
Gorges et vallées
Campagne
Montagne
Paysage urbain
 
 
1
 
 
L’état d’esprit du photographe de paysages
Portrait d’un arpenteur de paysages
Généralement mystérieux, secret, habillé simplement, le regard toujours un peu ailleurs, le photographe de paysages passe souvent inaperçu au premier abord. Sa spécialité conduit fort peu aux exubérances auxquelles se livrent volontiers ses cousins des villes, branchés de la pub et autres manitous de la mode. D’un naturel solitaire, autonome, il ne se lasse pas de mettre son nez dehors là où personne ne va, aux heures où personne n’est levé, ou lorsque tout le monde est rentré ; toujours à contre-pied de l’humanité, il se délecte de ne jamais faire comme les autres… ! Pourquoi « il » et non « elle » ? Force est de constater que l’espèce est très largement dominée par les mâles, qui semblent, pour des raisons encore méconnues, constituer 80 % des effectifs.


La contemplation est le premier pas vers l’envie de photographier. Le paysage doit déjà s’inscrire en vous.
Toujours est-il que la population est aujourd’hui stagnante, voire en régression sous certaines latitudes. Les qualités requises ne sont plus en vogue : une extrême attention générale à l’environnement, une recherche permanente de magie dans chaque parcelle visible, de la patience, une grande faculté d’oubli de soi, la volonté de toujours aller voir un peu plus loin, découvrir ce qui se cache derrière les choses, l’oubli de la fatigue physique, le goût de la marche, du silence, le respect de toute chose vivante et inanimée. Et pour couronner le tout, la perspective de ne pas devenir riche avant deux ou trois siècles lorsque l’idée saugrenue d’en faire son métier a pris le dessus.
Au hasard d’une forêt ou d’un marécage, l’arpenteur de paysages perturbe parfois la quête d’un spécimen encore plus étrange que lui, le photographe animalier. Sans s’arrêter, un regard, un simple hochement de la tête, ils se sont déjà tout dit ; leurs deux mondes n’en font qu’un.
Lorsque, contraint et forcé, le paysagiste doit revenir dépouiller ses précieuses images, c’est bien souvent la mort dans l’âme, mais le ventre ravi de retrouver quelques plats consistants. À l’instar du marin au long court, nombre d’entre eux ont, sinon un(e) époux(se), du moins un(e) compagnon(gne) qui les attend au port. Cet être d’exception fait non seulement bouillir la marmite, mais se trouve souvent à l’origine de ce qu’il y a dedans : le temps infini que le grand coureur des plaines passe au dehors ne profite guère à son foyer.
Contrairement à beaucoup d’autres photographes, l’amateur de paysages rechigne à exhiber son matériel ; il aurait même tendance à le soustraire au regard des curieux. Pourtant, boîtiers, objectifs et trépied ne passent pas inaperçus, a fortiori lorsqu’il utilise ces engins d’un autre âge que sont chambres et appareils moyen format. Mais au fond, il considère que ce n’est pas l’essentiel.
N’allez pas croire pour autant que le profil soit unique, nombre de différences et de variantes cohabitent. Les uns se spécialisent régionalement, les autres ne jurent que par l’exotisme d’horizons lointains, certains idéalisent la lumière, la tempête ou le bas vu d’en haut, bref chacun trouve sa voie. Une chose pourtant les relie tous : le besoin impérieux de capturer la beauté du monde.
Pourquoi photographier la nature ?
Si vous vous reconnaissez dans le portrait qui précède, c’est que vous avez sans doute des affinités particulières avec Dame Nature. Bien sûr le paysage au sens large regroupe d’autres univers, urbains ou ruraux, mais ils restent généralement marginaux par rapport à la fascination qu’exercent les paysages sauvages. Vos motivations personnelles sont essentielles car elles détermineront votre approche photographique, votre regard sur les choses. Aussi n’est-ce pas innocent de vous interroger sur ce que la nature représente pour vous : un ensemble d’écosystèmes, un espace de rêve, de détente, de liberté, d’exotisme, un patrimoine biologique à préserver, la matrice originelle, l’œuvre de Dieu, un univers esthétique, des forces incontrôlables ?
En cernant la ou les réponses qui sont les vôtres, vous donnerez plus facilement une « intention » à vos photos, une personnalité, un parti pris qui sera le fil rouge de vos images. Il ne s’agit pas forcément d’une démarche rationnelle, cartésienne, voire militante ; il peut s’agir d’une relation surtout affective, émotionnelle. Mais au moins, vous serez conscient de ce que vous voulez montrer ou faire passer aux autres à travers vos photographies. Commencez d’ores et déjà par considérer l’approche photographique comme une quête artistique, et non comme une simple représentation du réel. Chacun de nous entretient sa propre perception du monde, à travers le filtre de ses sentiments, de son éducation, de sa culture ; photographier est incontestablement un acte subjectif et créateur. Pourquoi photographier la nature, alors que vous pourriez vous contenter de la contempler ou de vous y balader ? Assurément pour livrer et revendiquer votre regard sur elle.


La nature incarne l’archétype de la notion de paysage. À l’état sauvage, elle échappe au contrôle des hommes et ses éléments composent d’infinies variations. C’est une source intarissable d’émerveillement.
Qu’est-ce qu’un beau paysage ?
La notion de « beau » est très complexe ; il ne s’agit pas d’entamer une réflexion philosophique sur la question, ce livre n’y suffirait pas. L’essentiel est plutôt de comprendre ce qui nous pousse à vouloir qu’une photo de paysage soit « belle ». Ce but conditionne toute l’approche technique et artistique. Au cœur de toute photographie développée et montrée à des tierces personnes, il y a la notion de partage : c’est un peu comme faire la cuisine pour des invités ou raconter une histoire à quelqu’un. On cherche à montrer le meilleur de soi, à faire plaisir, à susciter l’adhésion, à communiquer une émotion… Tout cela se fait bien plus facilement à travers des expériences et des sujets agréables.
Un beau paysage serait donc, avant tout, un paysage qui va émouvoir de façon quasi unanime un grand nombre de personnes. Mais vous le savez, les goûts de chacun sont différents et votre sensibilité n’est pas celle du voisin ; alors comment faire ? La seule solution est de créer une image qui sera ressentie par tous de façon positive. Autrement dit, c’est surtout votre façon de présenter les choses, de travailler votre photo, qui rendra tel ou tel paysage « beau » aux yeux de tous. Un paysage en soi n’est ni beau ni laid, c’est votre regard qui construit cette beauté, et ce sont vos efforts qui révéleront cette beauté aux autres : la technique photographique est précisément conçue pour cela.


Le fameux paysage de carte postale est universel, il plaît à tous. Il incarne nos rêves d’exotisme, de dépaysement, symbolise un monde idéal où tout est beau et tranquille… Cette approche est très fédératrice, mais très peu personnelle : c’est un peu la photo de tout le monde et de personne.
Le regard
Instinctivement, votre attention se porte sur des scènes et des détails qui résonnent en vous, provoquent une émotion, un étonnement ; au milieu d’une multitude de choses, votre regard se posera là où d’autres ne verront rien de particulier. On a coutume de croire que cette faculté s’apparente à un don, une sorte de sixième sens inné et aléatoire. C’est le fameux « œil du photographe », qui ferait de certains des êtres à part, capables de voir ce que personne ne voit. Quelles que soient vos prédispositions personnelles, il vous faut prendre conscience que le regard s’exerce, se travaille et se conditionne. Oui, regarder s’apprend, et particulièrement dans le domaine photographique.


Choisir un petit morceau du monde, en apparence tout à fait banal ou inintéressant, pour en faire une image habitée, est le propre du photographe de paysage. Dans cette scène urbaine, ce n’est ni la lumière ni la splendeur de la nature qui priment, mais la composition et l’atmosphère.
La première étape consiste tout simplement à se nourrir des images des autres ; des photographes bien sûr, mais aussi des peintres, des illustrateurs. Visitez des musées, des galeries d’art, plongez-vous dans les magazines, les livres, les catalogues de voyage. Plus vous serez confronté à de belles choses, au talent de différents artistes, plus votre subconscient retiendra des compositions, des structures que vous aurez vous-même tendance à « reproduire » par la suite. L’émerveillement est un facteur d’apprentissage très puissant. Il ne s’agit pas de plagier le travail d’autrui, juste de forger et d’affûter votre culture artistique, vos référents esthétiques.
Vous le savez, la peinture obéit à des règles et des techniques souvent très élaborées et les beaux-arts nécessitent des années d’apprentissage et de travail assidu. De Pieter Bruegel à Paul Sérusier en passant par William Turner et Paul Cézanne, les paysages peints sont des exemples d’équilibre, d’harmonie et de composition ; un regard artistique extraordinaire servi par une rigueur technique irréprochable. Regarder, c’est savoir isoler et recomposer : c’est une construction patiente et méticuleuse. Un photographe de paysage ne peut se contenter de voir les choses dans leur globalité car on ne peut tout faire entrer dans une image de quelques centimètres carrés. Il s’agit de trouver des mondes dans un monde ; de percevoir toute parcelle comme potentiellement autonome. Ce n’est pas une question d’échelle : un simple massif de mousse tendre gorgé de pluie est déjà un paysage en soi. La base de tout est ce fameux petit rectangle photographique que vous devez avoir constamment à l’esprit : qu’est-ce qui pourrait bien rentrer à l’intérieur, se prêter à sa géométrie particulière ? Voir la vie dans un rectangle n’est pas un acte naturel et spontané (voir les chapitres suivants).


De tout petits mondes peuvent recréer des déserts peuplés de monstres étranges. Un paysage n’est pas forcement grand, il faut aussi savoir dénicher le diable dans les détails.
Choisir votre approche
En fonction de votre mentalité et de votre tempérament, deux grandes approches photographiques du paysage s’offrent à vous.
La première, la plus académique et certainement la plus répandue chez les professionnels, est celle que nous appellerons la photo imaginée. Il s’agit de construire l’image idéale dans votre tête, voire sur un story-board, et de tout planifier pour optimiser le résultat attendu. Cette démarche consiste à vous documenter le plus possible sur ce que vous allez trouver sur le terrain, à vous faire conseiller par des gens qui connaissent l’endroit, à localiser vos itinéraires sur une carte, à repérer les sites, les angles les plus intéressants, sans les photographier, à déterminer la meilleure saison, les meilleures conditions météo, la meilleure heure de prise de vue, et enfin à retourner sur place au moment et dans les conditions voulues pour réaliser la photo de vos rêves. Ici, rien, ou très peu, n’est laissé au hasard : le paysage est une sorte de décor de cinéma que le metteur en scène (le photographe) sélectionne au mieux pour servir son projet créatif. Cette scénarisation permet de réaliser des images exceptionnelles car elles ont le temps de mûrir dans votre esprit et de bénéficier de toute votre énergie. En revanche, elle nécessite du temps et implique que vous sachiez exactement ce que vous voulez.
La deuxième approche repose sur le direct. C’est une sorte de version « live », où tout est basé sur la magie de l’instant. Nous l’appellerons la photo révélée. Dans ce cas, le photographe est comme une sorte d’antenne à l’écoute de tout ce qui se passe autour de lui. L’essentiel n’est plus dans l’anticipation, mais dans la découverte. L’ouverture d’esprit, le regard qui se pose partout, la symbiose avec l’environnement, le plaisir d’être là, le présent, comptent plus que le projet final. Votre trépied sur l’épaule, vous avancez d’un pas tranquille, vous êtes attentif à chaque rayon de lumière, chaque scène qui s’offre à vous ; vous êtes prêt à profiter de la moindre opportunité. Les photographies ne sont pas le fruit de votre volonté, mais vous sont proposées par la nature ou la ville, offertes par le hasard. Cette démarche implique une grande confiance en vous et un tempérament optimiste. Vous ne devez pas craindre de rentrer bredouille ou de perdre votre temps. Ici, rien n’est sûr, rien n’est prévu d’avance. Le moment vécu prend le pas sur la garantie du résultat. Au final, cette méthode aléatoire et intuitive peut donner d’aussi bons résultats que la première. Elle permet de vous confronter à tous types de conditions et exercera efficacement votre œil. Mais, aucune productivité n’est garantie…


Ce genre d’image peut très bien se penser à l’avance. Il suffit de repérer les lieux et d’attendre le coucher du soleil avec un petit ciel de traîne.
Entre photo imaginée et photo révélée, beaucoup de compromis existent : dans la pratique, il est fréquent de mixer les deux approches. Néanmoins vous constaterez que l’une et l’autre ne conduisent pas au même type de photographies, ni aux mêmes conceptions du paysage.


Ici, pas d’autre choix que de se trouver au bon endroit au bon moment. On ne peut prévoir ou attendre une telle configuration de lumière et de nuages, sauf à passer des années sur le pont d’où cette vue a été prise…
Vous, plutôt qu’un autre
Chaque photo est unique, parce que chaque photographe l’est également. Vos images auront donc immanquablement de l’intérêt. Pour vous seul dans un premier temps, et pour les autres dès que vous aurez progressé techniquement. La photographie est rarement perçue comme un art, en particulier la photo couleur : elle est si proche du réel que nous avons l’impression que c’est simplement le réel. Le noir et blanc, lui, gomme cette dimension colorée et devient naturellement différent de la réalité ; on admet donc plus volontiers qu’il puisse être artistique. Mais en définitive, seul le support change, l’intention créative reste la même. S’il nous est si difficile d’entendre critiquer nos photos, c’est que nous y mettons beaucoup de nous-même ; chaque image est une projection de soi. C’est à la fois une représentation de l’intérieur (de nous) et de l’extérieur (le paysage).


Une vision personnelle et subjective dégage le sentiment dominant du photographe au moment de la prise de vue. Ici, une impression de solitude et de calme absolu, mais aussi de délicatesse et d’éternité.
À ce titre, tout photographe, quel que soit son niveau, propose une vision inédite du monde. C’est le savoir-faire, l’expérience, la pratique plus ou moins intensive et, dans une moindre mesure, le matériel, qui creusent des différences, pas la valeur personnelle. Un photographe professionnel est professionnel parce qu’il a choisi de vivre de sa passion, pas parce qu’il est « supérieur » à un photographe amateur. Il suffit de se confronter aux lauréats des multiples concours photo pour prendre conscience de la qualité exceptionnelle de certaines images « amateurs ». Les chances sont égales pour tous : seule votre implication et votre travail vous mèneront là où vous souhaitez aller.
Comment progresser
Lisez beaucoup : c’est un facteur de progression efficace. La photographie s’accommode très bien d’une pédagogie écrite. Vous assimilez à votre rythme, profitez de l’expérience des autres, et vous pouvez sélectionner les thèmes qui vous intéressent particulièrement. Cet ouvrage est bien entendu le meilleur, mais je vous encourage à feuilleter tous les livres techniques qui vous passent sous la main. Nombre d’entre eux ont au moins un mérite, celui de donner envie, et ce n’est déjà pas si mal. Les dossiers pratiques des magazines spécialisés sont souvent plus détaillés et plus opérationnels que les livres : ils donnent de petits trucs et des avis objectifs particulièrement utiles. Je dois personnellement 70 % de mon bagage technique à ces publications.


Les parcs et jardins sont souvent de très bons endroits pour s’exercer facilement à la photo de paysages. Les châteaux offrent de nombreuses configurations et angles de vues, avec de vastes perspectives.
Mais photographier n’est pas un concept, c’est un acte ; l’action reste déterminante et primordiale. Vous voulez devenir un bon photographe, alors photographiez ! Sortez, déclenchez, essayez différents cadrages, osez même des choses aléatoires, variez les réglages, mais développez rapidement vos pellicules (étape gommée par le numérique). Il faut avoir toutes les circonstances de prise de vue à l’esprit lorsque vous regardez vos photos.
En numérique, ne vous contentez pas d’effacer une image ratée, sans trop savoir pourquoi. Plus vous vous confronterez à la réalité (parfois dure) du résultat, plus vite vous progresserez. On peut faire d’immenses progrès en un an. Cela peut vous paraître long, mais ce n’est rien en comparaison d’un apprentissage musical ou sportif.


Cette diapositive a dû être parfaitement exposée pour rendre les ombres suffisamment lisibles. Col de Bavella, Corse.
Pour acquérir un maximum de rigueur et de précision, testez si vous le pouvez la diapositive : cette émulsion jugée moins pratique et conviviale que la photo papier est sans doute le plus beau support photographique. Toute erreur d’exposition sera immédiatement visible. Les tirages papier (chimiques et numériques) corrigent ou compensent facilement un fichier (ou un négatif) trop sombre ou trop clair, sans que vous vous en rendiez compte.
Ensuite, soumettez votre travail à d’autres regards : des amis, votre famille, mais surtout à des interlocuteurs de qualité. Un amateur plus aguerri que vous, dont vous aimez les images, un graphiste, un maquettiste et, si vous en avez la possibilité, un photographe pro ou un iconographe de métier. Il faut que ce soit une démarche volontaire de votre part, sinon vous prendrez probablement très mal les critiques. Armez-vous de courage et prenez du recul : vos chères photos vont être contestées, décortiquées, et pas toujours de façon agréable.
Ne cherchez pas les compliments auprès de gens gagnés à votre cause, cela ne vous aidera pas. Tout cela doit vous permettre de tirer profit de vos bides : toutes ces photos ratées, pas assez comme ci ou trop comme ça, sont en fait de vrais petits trésors. Elles vous indiqueront le chemin à suivre, comme autant de petits cailloux blancs dans la forêt. Mais il ne faut pas vous complaire dans l’échec pour autant. L’auto-motivation est importante pour garder le moral et aller de l’avant. Pour cette raison, une fois les enseignements pris de vos maladresses, n’hésitez pas à jeter purement et simplement les photos ratées. Il faut savoir s’entourer de réussite pour progresser : privilégier les belles images, positiver, être fier de soi, avoir la preuve sous les yeux que l’on n’est pas si nul, tout cela est essentiel.
LES ERREURS LES PLUS COURANTES

• Exposition : globalement trop sombre, trop claire ? Des parties bouchées, grillées ?
• Composition : sujet principal trop centré, trop petit ? Bords du cadre inexploités ? Ligne d’horizon centrée ?
• Perspective : image trop plate ? Absence de premier plan ? On ne se rend pas compte de l’échelle ?
• Rendu : lumière trop dure ? Pas assez de contraste, d’intensité ? Ciel blanc ?
• Netteté : bougé ? Profondeur de champ trop faible ? Arrière-plan peu esthétique ? Mauvaise mise au point ? Trop de grain ?
• Émotion : rien ne passe ? C’était bien plus fort en vrai ? Les autres ressentent autre chose que moi ?
Vous reconnaissez, en lisant cette liste, les déceptions ressenties en regardant vos photos ? C’est tout à fait normal, nous sommes tous passés par là. L’essentiel est déjà de savoir identifier ses erreurs et de s’en servir pour progresser.
 
 
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Le matériel photo
Au-delà des apparences
Point de photographies sans appareil photo, du moins pour le moment ; cette mystérieuse machine, presque magique, est en fait d’une grande simplicité. Des toutes premières chambres sur trépied, avec le petit rideau pour mettre la tête dessous, au dernier cri du numérique, les éléments essentiels sont restés les mêmes. Une boîte, bien hermétique pour qu’aucune lumière parasite n’y pénètre ; dans la boîte une pellicule (chimique) ou un capteur (numérique) sur lequel va « s’imprimer » la photo ; un trou dans la boîte, devant lequel on place quelques bouts de verres (des lentilles) cerclés dans un tube (l’objectif) ; pour fermer et ouvrir le trou à volonté, une petite trappe (le rideau) ou tout simplement un bouchon d’objectif. Et le tour est joué ! Tout le reste n’est que perfectionnement, amélioration de confort de ces éléments de base.


Ce genre de photo toute simple peut être réalisé avec n’importe quel type de matériel, et quasiment n’importe quel objectif. Et pourtant, elle est chargée d’une vraie émotion, un peu nostalgique, qui capte le regard.
Très vite est apparu un système pour faire varier la taille du trou, et donc la quantité de lumière qui passe à travers : c’est le diaphragme. Le principe est logique, plus le trou est petit et plus le temps de pose est long, plus le trou est grand, plus le temps de pose est court. Aussi, fallait-il également maîtriser précisément ce fameux temps de pose durant lequel le diaphragme reste ouvert : le ciel nous envoya l’obturateur mécanique, puis électrique, électronique… Pour permettre de viser au mieux ce que l’on photographie, un autre bon génie inventa la « visée reflex » qui, par un jeu de miroirs, nous permet de voir ce que voit exactement l’objectif.
À partir de là, tout est permis : vous pouvez peindre votre boîte en noir ou argenté, y incruster des diamants si cela vous fait plaisir ; vous pouvez choisir différents matériaux, acier, plastique, carbone, carton ou titane galvanisé, à votre guise ; vous pouvez aussi lui donner un petit nom, comme Lulu, Barnabé, la Chose, voire Canon, Leica ou Pentax… Pour faire encore plus sérieux, il est conseillé d’y adjoindre un nom de code, que vous seul et quelques autres initiés emploierez pour vous distinguer du commun des mortels : des sigles comme EOS, D5, OM-D ou NEX feront très bien l’affaire. Ceux qui ont gardé leur âme d’enfant seront ravis de voir s’allumer de petits voyants rouges ou d’entendre la boîte faire des bips-bips toute seule. Enfin, si vous êtes sensible à la subtile alchimie du marketing, vous opterez, mesdames, pour des modèles miniatures aux courbes douces et fines, messieurs pour de gros gabarits, massifs et anguleux.
En dépit de tout cela, l’appareil magique n’existe pas : les professionnels, comme les autres, disposent d’une boîte avec un trou et des morceaux de verre… Simplement, ils peuvent débourser un peu plus pour se doter d’un matériel plus robuste et mieux adapté à leurs besoins. N’ayez donc aucun complexe à débuter avec un boîtier acheté d’occasion, sans fonctions dernière génération, et un objectif standard. Seul votre ego en prendra peut-être un coup en croisant un reporter bardé de matériel : laissez-lui donc ses jouets !


Cette image a été prise avec un smartphone. Aujourd’hui photographier est devenu un acte aussi courant que parler ou écrire et la démocratisation du matériel numérique autorise une créativité de chaque instant.
L’achat
Le choix du matériel est une étape cruciale. Même si vous disposez déjà d’un équipement, vous serez amené à le compléter ou le renouveler. Le tout est de ne pas se perdre dans les fonctions inutiles et d’investir à long terme dans des valeurs sûres.
Par ailleurs, l’électronique évolue rapidement ; comme dans l’informatique, la technologie rend constamment obsolète le matériel précédent. Il faut néanmoins savoir se lancer, sans attendre indéfiniment la sortie d’une nouveauté.
Les objectifs
Pour investir dans du matériel adapté à la photographie de paysage, fixez-vous quelques priorités : en premier lieu, gardez à l’esprit que la lumière ne traverse qu’une seule chose avant d’être enregistrée par l’appareil, ce sont les lentilles de l’objectif. C’est donc le nerf de la guerre et le poste budgétaire numéro un ; les 2/3 de votre investissement doivent lui être consacrés. En second lieu, optez pour des grands-angles (des objectifs qui voient large) plutôt que des longues focales (des objectifs grossissants) ; les grands-angles vont de 20 mm à 35 mm (en équivalent format 24 × 36, voir plus loin) ; plus le chiffre est petit, plus le champ visé est large.


Cette photo est caractéristique de ce que l’on peut réaliser avec un grand-angle de 20 mm : de grandes perspectives, un champ très large et la possibilité de s’approcher très près du premier plan boostent la composition.
Notez que la qualité optique d’un objectif initialement conçu pour l’argentique n’est pas forcément constante en usage numérique : d’excellents objectifs d’antan sont devenus médiocres une fois montés sur des boîtiers numériques. Mais la plupart du temps, vous aurez affaire à des objectifs modernes, spécifiquement conçus pour le numérique.
EN BREF

Privilégiez des objectifs :
• à grande ouverture (f/2,8-4,5) pour les zooms ;
• avec un pare-soleil fourni et adapté (ceux qui sont vendus à part sont souvent mal adaptés et engendrent du vignetage) ;
• avec des diamètres de filtre semblables en raison du coût des filtres ;
• traités multicouches, fluorite, spectra, nanocristal, etc. ;
• avec des lentilles spécifiques (asphériques, ED…) ;
• pas « tout plastique » ;
• de marque spécifique au boîtier (Canon, Nikon, Sony, Pentax, Zeiss…) ;
• haut de gamme pour les marques génériques (Sigma, Tamron, Tokina).
Le choix de la focale
La focale, autrement dit le type d’objectif, est décisive pour déterminer l’amplitude du cadrage. Du fish-eye au télescope, en passant par le classique 50 mm, les possibilités sont très étendues.
Les appareils reflex permettent de choisir l’objectif que l’on souhaite utiliser, alors que les compacts ou les bridges disposent d’une focale unique, montée à demeure. Une nouvelle génération de petits appareils, les hybrides, ont aussi un système plus ou moins étendu d’objectifs dédiés, mais encore moins riche que la gamme pour reflex.
La logique des reflex est d’entrer dans un système composé de l’ensemble des objectifs interchangeables d’une marque, alors qu’un compact est une configuration figée propre à un seul appareil. Toutes les marques d’appareils reflex disposent donc d’une gamme d’objectifs conséquente, adaptée à tous les besoins : les focales disponibles vont de moins de 10 mm à plus de 400 mm. Les gammes les plus étoffées sont celles de Nikon et de Canon (suivis de Sony et Pentax).
En moyen format, citons Phase One, Pentax, Leica et Hasselblad. Il existe aussi des objectifs moins onéreux qui peuvent se monter sur toutes les marques de boîtiers : Sigma, Tamron et Tokina en ont fait leur spécialité.
ATTENTION AUX INCOMPATIBILITÉS

Les objectifs d’une même marque ne se montent pas toujours indifféremment sur des boîtiers argentiques ou numériques de différentes générations, il existe nombre d’incompatibilités. Par ailleurs, les objectifs APS-C ne peuvent pas être utilisés sur les boîtiers plein format.
Le choix de la focale conditionne directement le recul ou le grossissement d’une portion de paysage. L’image horizontale est obtenue avec une focale grand-angle de 24 mm (équivalent 24 × 36), alors que la verticale utilise un petit téléobjectif de 90 mm (équivalent 24 × 36).
Rappelons que nombre de boîtiers numériques (APS-C) appliquent un coefficient multiplicateur de 1,5 ou 1,6 par rapport à la focale 24 × 36 plein format. Ainsi, un objectif de 50 mm se transformera en un 75 mm une fois monté sur un boîtier numérique APS-C. Cela a une incidence sur les grands-angles car il est difficile d’obtenir une focale très courte sur un boîtier APS-C. D’où l’effort des fabricants pour mettre au point des focales spécialement dédiées aux APS-C : une focale de 13 mm, par exemple, est nécessaire pour obtenir l’équivalent d’un 20 mm en 24 × 36.
Focales très courtes
Les courtes focales sont très utiles en photo de paysage. Elles permettent de voir large et de compenser le manque de recul dans certaines situations. Cette capacité s’accompagne parfois de petits défauts optiques, notamment une distorsion des lignes droites (surtout horizontales). Dans les cas extrêmes, avec les super grands-angles, aussi appelés fish-eye (œil de poisson), qui compriment une vision extrêmement large dans une sorte d’image sphérique, toutes les lignes droites sont fortement courbées. N’importe quelle portion du monde devient alors une sorte de petite planète ronde, au sens propre du terme.
Lorsque ces aberrations optiques sont corrigées (avec les lentilles asphériques), l’objectif perd son statut de fish-eye pour devenir un très grand-angle : ce sont les focales de moins de 14 mm en numérique APS-C (équivalent à un 20 mm en 24 × 36), aux vertus irremplaçables. Chaque photographe de paysage devrait disposer d’une telle focale. Le champ couvert est considérable, tout en permettant des premiers plans très proches et une grande zone de netteté. L’image est vaste, elle respire, elle permet de rendre compte de grands panoramas avec de longues perspectives. En revanche, l’impression de recul peut rendre certains éléments du décor insignifiants, car paraissant très lointains ; un premier plan fort est alors très important.


Ce détail de laine de mouton sur du grillage n’est pas à proprement parler un gros plan : l’utilisation d’un très grand-angle permet de conserver l’ampleur du paysage à l’arrière-plan, tout en s’approchant très près de ce premier plan insolite.
Attention de bien gérer la présence du ciel, qui peut occuper une grande part de l’image. Ce genre de focale fait aussi des merveilles avec les lacs et leurs reflets, et toutes les étendues dénudées (landes, déserts, tourbières…). Il ne faut pas hésiter à tester une position à ras du sol. C’est aussi la focale de la contre-plongée par excellence.
Focales courtes (grands-angles)
Viennent ensuite les grands-angles, de 14 à 24 mm en APS-C (20 à 35 mm en 24 × 36). C’est certainement la focale la plus utile et la plus utilisée en photographie de paysage, notamment le 18 mm (28 mm en 24 × 36). Le champ reste très large sans perdre son naturel, avec des aberrations réduites et une grande qualité optique. Ce sont des focales très polyvalentes, souvent fournies en premier équipement. Elles sont assez rarement proposées sous forme de focale fixe, davantage en zoom. C’est une option très pratique sur le terrain, qui évite la multiplication des objectifs dans la sacoche.
Même si l’écart sur le papier n’est pas très important, il y a de vraies différences entre un 16, un 18 et un 24 mm APS-C (et de 16 à 24 mm, l’écart est considérable). Les paliers sont très visibles et l’on a besoin de pouvoir couvrir toutes ces focales suivant les cas. Un zoom de type 16-85 mm ou 17-50 mm APS-C est un compromis idéal, qui vous permettra aussi de couvrir des focales supérieures. Mais vous pouvez aussi opter pour un 10-24 mm APS-C, spécifiquement grand-angle.
Il existe des zooms à ouverture maximale variable, selon la focale, ou à ouverture constante, par exemple f/2,8 quelle que soit la focale. Ces derniers sont plus chers mais ils offrent aussi une meilleure qualité optique, et bien sûr une plus grande luminosité. N’hésitez pas à vous payer ce type de zoom, même d’occasion, quitte à faire provisoirement l’impasse sur d’autres focales.
Les zooms à ouverture variable sont beaucoup moins chers et très courants dans toutes les marques. Ils sont définis par deux chiffres, f/3,5-5,6 par exemple. Le plus petit (f/3,5) correspond à l’ouverture maximale de la plus courte focale du zoom (par exemple 16 mm) et le plus grand (f/5,6) à la plus longue focale (par exemple 85 mm). Leur qualité reste tout à fait honorable aux ouvertures moyennes (f/8), mais décroît dans les extrêmes. Leur luminosité est également moindre, ce qui devient gênant dès qu’il fait sombre.
Attention, à l’opposé, la mode actuelle est de proposer des objectifs qui culminent à f/16 (en plein format), voire f/8 (sur des bridges). Cela implique que la profondeur de champ maximale diminue par rapport à des objectifs qui allaient couramment jusqu’à f/22.


Le grand-angle, ici un 28 mm, donne une impression très proche de ce que l’on perçoit à l’œil nu. Le paysage semble avoir la même étendue. Pourtant, techniquement, c’est la focale de 50 mm qui est réputée être la plus neutre possible (elle n’éloigne ni ne rapproche le sujet). En paysage néanmoins, elle manque toujours d’ampleur.
ET SUR UN COMPACT ?

Si vous achetez un appareil compact, veillez à ce que le zoom intégré aille au moins jusqu’à 28 mm ou inférieur (en équivalent 24 × 36) ce qui n’est pas toujours le cas. En focale « compact », cela donne souvent 7 mm ou inférieur.
Les grands-angles sont très largement utilisés par tout le monde. C’est devenu une sorte de vision photographique standard à laquelle nous nous sommes habitués… Les images issues de ces focales nous paraissent donc moins originales que d’autres. Sauf cas extrêmes, le spectateur se rend très peu compte des focales utilisées. Lorsqu’il est agréablement surpris, il associe cela à la beauté intrinsèque du paysage ou au talent du photographe. En fait, une focale moins habituelle peut aussi y contribuer largement, soyez-en conscient. À l’inverse, votre photo devra être d’autant plus soignée et pertinente qu’elle sera prise à une focale courante.


Ce jardin est photographié avec une focale courante et non un grand-angle. Pourtant, la perspective « respire » et la scène n’a rien d’étriqué. Ceci est dû au choix du cadrage vertical et à la bonne lisibilité de chaque plan de l’image.
Focales standards
Au-delà de 24 mm et jusqu’aux alentours de 45 mm APS-C, on entre dans le domaine des focales moyennes, qui n’élargissent ni ne rétrécissent le champ visuel réel. La focale la plus « neutre » étant le 33 mm APS-C (50 mm en 24 × 36). Avec ce type d’objectif, vous cadrez à peu près ce que vous verriez en regardant le monde à travers un objectif sans lentilles, une simple petite lucarne… On a donc coutume de dire que c’est ce qui se rapproche le plus de la vision réelle. C’est vrai pour la perception des distances, mais pour le reste, c’est un faux discours. En effet, votre perception visuelle appréhende un champ bien plus vaste que le cadre assez étriqué de ces focales. On est généralement très frustré de cette étroitesse qui ne montre que des bouts du paysage embrassé par les yeux.

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