Concours commun IEP 2022. 1re année.  La peur / Révolutions
225 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Concours commun IEP 2022. 1re année. La peur / Révolutions , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
225 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Plus de 100 fiches pour réussir l’épreuve de Questions contemporaines. L’épreuve de Questions contemporaines du concours offre toujours le choix au candidat avec une question ciblée sur chacun des deux thèmes.Pour réussir cette épreuve, cet ouvrage vous propose :- des conseils de méthode illustrés par des exemples précis ;- des fiches de culture générale pour cerner et approfondir les deux notions retenues pour 2022 : La peur et Révolutions ;- des fiches de lecture pour consolider vos connaissances ;- des dissertations entièrement rédigées.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 21 septembre 2021
Nombre de lectures 1
EAN13 9782340060326
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,1250€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Table des matières
Liste des auteurs
Introduction générale
Méthodologie
La peur
Introduction au thème « La peur »
Fiches de culture générale
La peur, énergie vitale
Physiologie de la peur
Typologies des peurs
Digressions sur les petites et les grandes peurs
La perception de la peur
Les Peurs dans l’Antiquité grecque
Représenter et susciter la peur, un double parcours artistique de l’Antiquité à l’art contemporain
Hobbes, le philosophe de la peur
De quelques philosophes devant la peur
L’avenir de la peur
Hans Jonas : une heuristique de la peur
La peur, un enjeu en politique
Peur et religion
Le Marketing de la Peur
La place de la peur dans les révoltes contre le pouvoir
Dangers et peurs des crises sanitaires
Le nouveau terrorisme islamiste
La peur : un rouage du droit pénal ?
Le principe de précaution
La peur et l’imaginaire : focus sur le merveilleux et le fantastique
Fiches de lecture
« La Peur » dans Les Contes de la bécasse , Guy de Maupassant, 1883
La Peur, Stefan Zweig, 1920
Grand-peur et misère du III e Reich ( Furcht und Elend des Dritten Reiches ), Bertolt Brecht, 1945
Les Justes , Albert Camus, 1949
La peur, Histoire d’une idée politique , Corey Robin, 2004
Conjurer la peur, Essai sur la force politique des images , Patrick Boucheron, 2013
Anatomie de la Terreur : Le processus révolutionnaire (1787-1793) , Timothy Tackett, 2015
Shining de Stanley Kubrick, 1980 et Fenêtre sur cour d’Alfred Hitchcock, 1954 : faire naître l’angoisse au cinéma
Shining, Stanley Kubrick, 1980
L’Administration de la peur , Paul Virilio, entretien avec Bertrand Richard, 2010
Dernier train pour Busan , Sang-Ho Yehon, 2016
Utøya, 22 juillet ( Utøya 22. juli ), Erik Poppe, 2018
Dissertations
De quoi le film d’horreur est-il le nom ?
Face à la crise sanitaire actuelle, comment expliquer en France la peur de basculer dans la pauvreté ?
De la réaction face à la peur
Doit-on avoir peur de la peur ?
La peur, meilleure alliée et pire ennemie de la justice
La peur peut-elle parfois être bonne conseillère ?
Faut-il avoir peur de la mondialisation ?
Les classes moyennes doivent-elles craindre un déclassement ?
Faut-il avoir peur des robots et de l’intelligence artificielle ?
Conclusion sur la peur
Nos peurs
Révolutions
Introduction au thème « Révolutions »
Fiches de culture générale
La notion de révolution
La révolution copernicienne, un mythe ?
1789 : qu’est-ce que la Révolution française ?
Les révolutions françaises du XIX e siècle
Marx : la pensée révolutionnaire
La pensée contre-révolutionnaire
Mai 1968 : une révolution ?
« Du passé faisons table rase » Révolution et destruction
La propagation des révolutions
La révolution de nos mœurs par les minorités
Révolte ou révolution ?
Mouvements populistes, mouvements révolutionnaires ?
Révolution industrielle : de la machine à vapeur à l’économie 4.0
Révolution numérique et bouleversement des processus économiques
Fiches de lecture
Révolution, Jack London, 1905
La révolution sexuelle, Wilhelm Reich, 1936
Révolutions, Jean-Marie Gustave Le Clézio, 2004
Jojo, Le Gilet jaune, Danièle Sallenave , 2019
Dissertations
L’utopie peut-elle mener à la révolution ?
Qu’est-ce qu’une révolution politique ?
Existe-t-il une ou plusieurs formes de révolution ?
Tout processus révolutionnaire porte-t-il en lui les signes de sa propre fin ?
La révolution est-elle toujours souhaitable ?
Les révolutions scientifiques, seul salut pour l’avenir de l’Homme ?
Dans quelle mesure toute révolution n’est-elle qu’un retour en arrière ?
Existe-t-il un modèle pour les révolutions ?
Conclusion Révolutions
Révolution : un tour sur nous-même…


Liste des auteurs

Catherine Aupècle est professeure de sciences économiques et sociales au lycée Victor Grignard de Cherbourg. Elle a publié aux éditions Ellipses des ouvrages pour le lycée (collections Contrôle continu, Interro suprise, Compétences attendues).
Laurence Briday, agrégée de Sciences sociales, enseigne l’Économie-Sociologie-Histoire du monde contemporain en 2 e année de classe préparatoire aux Grandes Écoles commerciales (ECG), au lycée Camille Vernet de Valence (26).
Isabelle-Rachel Casta, professeur émérite à l’Université d’Artois ; sa recherche porte sur la sérialité, les littératures criminelle et fantastique, ainsi que la culture « young adult » ; elle dirige la collection « Séries policières » aux éditions Garnier.
Aude Catteau-Sainfel, professeur agrégé de Lettres modernes, enseigne le Français en seconde et première, l’Expression et la Culture générale en BTS au lycée Jean-Rostand, à Chantilly (Oise).
Isabelle Clochard enseigne en master I Lettres et Langues et est formatrice en Français et Espagnol CFA-CFP à La Providence Cholet (49).
Bertrand Connin, directeur marketing d’une entreprise innovante, juriste en droit des médias et consultant en communication/stratégie de développement. Intervient régulièrement dans la presse pour livrer ses analyses économiques et politiques.
Julia Delannoy, doctorante contractuelle et chargée d’enseignement au Centre de Droit pénal et de Criminologie de l’université Paris Nanterre.
Raphaël Didier, économiste et professeur affilé à l’ICN Business School Nancy, auteur de plusieurs livres dont Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’économie (Ellipses, 2018) et Les grands mécanismes de l’économie en clair , 2 e édition (Ellipses, 2016), anime par ailleurs un blog économique : http://raphael-didier.fr
Francky Donse est professeur de Lettres modernes et de Culture générale au lycée Auguste Angellier (Dunkerque), à l’université du Littoral-Côte d’Opale (ULCO) et à l’Iscid-Co.
Jean-Marie Duplàa est professeur agrégé de Lettres modernes et enseigne en lycée. Il est également chargé de cours à l’université Paris X Nanterre. Il est l’auteur d’ouvrages de préparations aux concours.
Clarisse Drunat, assistante sociale de formation, thérapeute pour l’accompagnement de ceux qui ont encore des difficultés à mettre des mots sur leurs émotions et qui souffrent de maux.
Nathalie Fagot agrégée de Lettres modernes et titulaire d’un DEA de Lettres modernes, enseigne à Sciences Po Nancy ainsi qu’au lycée Henri Poincaré de Nancy.
Sylvain Galinat est avocat au barreau de Bordeaux.
Michèle Giraudeau est agrégée et docteur d’État en Études grecques. Elle est l’auteur de L’Aventure , Ellipses 1998 ; Histoires de bêtes , Ellipses 2201, et a enseigné en khâgne au lycée Camille Jullian de Bordeaux.
Nicolas Grenier, diplômé de Sciences Po Paris, enseigne la Culture générale.
Alexis Hab, médecin généraliste.
Philippe Henry est professeur certifié de Philosophie au lycée Pierre de la Ramée à Saint-Quentin (02), après avoir été professeur de lycée professionnel en Lettres-Histoire. Il a publié trois recueils de poésie.
Annie Heredia, professeur de Lettres modernes, lycée Vaclav Havel, Bègles.
Gilles Jaillot, ancien élève de l’École nationale d’Administration, est magistrat financier de la Chambre régionale des comptes, et ancien directeur de la classe préparatoire à l’ENA de l’IEP de Grenoble.
Arnaud Lacheret est docteur en Sciences politiques et chercheur associé au laboratoire PACTE Univ. Grenoble Alpes, CNRS, Sciences Po Grenoble. Il est également directeur de la French Arabian Business School au sein de l’Arabian Gulf University à Bahreïn où il a notamment conçu et lancé le workshop on Big Data and Artificial Intelligence.
Valérie Lambert, certifiée de Lettres modernes, professeur de Français au lycée Jean Jaurès à Argenteuil et de Culture générale et Expression en BTS, participe également à l’ouvrage de BTS Le thème en fiches aux éditions Ellipses.
Frank Lanot est professeur de Lettres en CPGE (filières scientifiques) au lycée Victor Hugo de Caen. Son dernier ouvrage paru s’intitule Petits É loges du double , aux éditions de l’Observatoire (Paris, 2021).
Bénédicte Lanot, docteur es lettres, a enseigné en classes préparatoires aux écoles de commerce à Caen, au lycée Charles de Gaulle.
Lucien Masson, auditeur de justice à l’École nationale de la Magistrature (promotion 2020).
Jacques Oréfice, docteur en médecine, gynécologue-accoucheur, DIU de Médecine du Don, directeur de collection 2016-2020 « Les Essais Écossais ».
René Rampnoux est agrégé en économie & gestion, auteur de l’ Histoire de la pensée occidentale, Ellipses.
Sophie Rochefort-Guillouet, ancienne élève de l’École normale supérieure (Sèvres), de l’université Paris IV Sorbonne en Lettres classiques et de l’Institut d’études politiques de Paris, enseigne l’Histoire de la Route de la soie ainsi que l’Histoire de l’Art à Sciences-Po Paris et la Littérature dans le programme Humanités et Monde contemporain du département des Lettres et Sciences humaines à l’université de Rouen.
Virginie Tisserant est diplômée d’un master 2 de Hroit, économie, gestion à l’IEP d’Aix-en-Provence et d’un master 2 de Recherche en langue, littérature et civilisation hispanique à l’université d’Aix-Marseille. Elle enseigne la Culture générale en classes préparatoires aux Grandes Écoles, la Communication à l’ESSCA en école de management ainsi que l’Histoire et les relations internationales à l’université d’Aix-Marseille.
Christophe Verneuil, agrégé et docteur en Histoire, est maître de conférences en Histoire contemporaine à l’université de Picardie Jules-Verne et a publié plusieurs ouvrages chez Ellipses.



Introduction générale
L’épreuve de Questions contemporaines du concours offre toujours le choix au candidat avec une question ciblée sur chacun des deux thèmes. Pour réussir cette épreuve, cet ouvrage vous propose :
– des conseils de méthode illustrés par des exemples précis,
– de cerner les deux notions retenues pour 2022, La peur et Révolutions ,
– d’en approfondir par des fiches synthétiques toutes les dimensions,
– de fonder votre propre perception sur des fiches de lecture des ouvrages de référence,
– de vous essayer à la dissertation par des thèmes avec correction.
Une partie pour chaque thème. Trois temps dans chaque partie : fiches de culture générale, fiches de lecture, dissertations rédigées.
Utilisez cet ouvrage selon votre inspiration; la séquence peut-être rompue car il importe surtout que vous ayez l’envie de connaître, le vrai gage de la réussite car vous façonnez ainsi votre savoir.


Méthodologie
par Nathalie Fagot
L’épreuve, fiche technique
◆ Nom de l’épreuve : Examen commun d’entrée en première année
◆ Discipline : Questions contemporaines
◆ Durée : trois heures
◆ Coefficient : 3
◆ Format : deux sujets au choix, correspondant aux deux thèmes de préparation annuels
◆ Exemples
Thèmes et sujets 2020
– Thème 1 : Révolutions. Sujet 2020 : « À la lumière de vos références historiques, culturelles ou artistiques, pensez-vous que les révolutions font table rase du passé ? »
– Thème 2 : Le secret. Sujet 2020 : « À la lumière de vos expériences et de vos lectures, pensez-vous encore possible de préserver le secret aujourd’hui ? »
Thèmes et sujets 2019
– Thème 1 : Le secret. Sujet 2019 : « Les institutions démocratiques peuvent-elles reposer sur le secret ? »
– Thème 2 : Le numérique. Sujet 2019 : « Faut-il tout dématérialiser ? »
Thèmes et sujets 2018
– Thème 1 : La ville. Sujet 2018 : « Les villes sont-elles en crise ? »
– Thème 2 : Les radicalités. Sujet 2018 : « Peut-on être à la fois radical et démocrate ? »
Thèmes et sujets 2017
– Thème 1 : La sécurité. Sujet 2017 : « Le risque zéro est-il possible ? »
– Thème 2 : La mémoire. Sujet 2 : « Comment comprendre aujourd’hui la notion de mémoire nationale ? »
Thèmes et sujets 2016
– Thème 1 : L’école. Sujet 2016 : « Le système d’enseignement en France vous paraît-il assurer l’égalité des chances ? »
– Thème 2 : La démocratie. Sujet 2016 : « La démocratie donne-t-elle le pouvoir au peuple ? »
Thèmes et sujets 2015
– Thème 1 : La mondialisation. Sujet 2015 : « Mondialisation et contestations »
– Thème 2 : La famille. Sujet 2015 : « la famille a-t-elle un avenir ? »
Thèmes et sujets 2014
– Thème 1 : Le travail. Sujet 2014 : « Le travail est-il toujours un facteur d’intégration sociale ? »
– Thème 2 : La culture. Sujet 2014 : « La mondialisation de la culture conduit-elle à une uniformisation ? »
◆ Les critères de notation
Les critères tournent autour de quatre pôles :
– La culture (le fond, la précision, les connaissances).
– Le raisonnement, le traitement de la problématique (cohérence et actualisation de la réflexion).
– La structure (le plan).
– La langue (style, vocabulaire, syntaxe).
◆ L’épreuve
Extrêmement rapide, elle demande avant tout une mobilisation de vos réflexes et de vos plus grandes qualités rédactionnelles, réflexives, et mémorielles. Elle demande d’appliquer une méthode et un savoir-faire bien dominés. Tel est l’objet des pages qui suivent.
La dissertation, qu’est-ce que c’est ?
Il s’agit d’un texte argumenté, d’une production écrite qui doit se lire comme un raisonnement dynamique, en lien direct avec la question posée. La dissertation est une « pensée en marche » : on doit y voir la réflexion se faire sous nos yeux, les problèmes se poser, s’exposer et se résoudre de façon vivante et captivante. Autrement dit, la dissertation est plus la photographie d’une pensée en mouvement dynamique qu’une compilation austère et statique, ou qu’un texte persuasif tentant d’imposer une vision préétablie d’un problème donné.
◆ Ce qui est attendu, les pièges à éviter
Avant tout que votre travail corresponde précisément au sujet, et ne soit pas un raisonnement plaqué préparé à l’avance, même si bien sûr vous vous serez préparé à l’avance sur toutes les possibilités de problématiques. Un maître mot : l’adaptation. Vous devez être réactif au moindre élément du sujet.
◆ Remarques sur le lien entre thème et sujet
Le sujet reprend presque exclusivement le terme clé du thème annuel. Ces thèmes, au regard des petites « annales » que nous avons établies au début de cette méthode, permettent de remarquer deux éléments : le premier est l’émergence de thèmes fortement liés au circonstanciel : ainsi celui intitulé « les radicalités » proposé en 2018, alors que la France essuyait depuis 2015 des séries d’attentats qui marquèrent l’opinion. Ou encore, en 2019, le thème du numérique offrait cette possibilité de bâtir une réflexion assez mûre, sur ce phénomène sujet à diverses controverses, concernant le secret médical, la transparence des données. L’autre élément est qu’un des deux thèmes reste ancré dans ce que l’on peut appeler une constante de l’anthropologie, un des « universaux de l’anthropologie », comme le dit René Rampnoux dans son introduction : Tel la ville, ou, cette année, la peur, dont vous trouverez sous la plume de M. Rampnoux tous les arcanes, de la psychologie à la manipulation politique… Mais il faut noter également que même ces universaux peuvent trouver un écho puissant dans l’actualité : nul doute que notre expérience commune de la pandémie ait engendré une réflexion sur la peur.
Cependant le thème n’est pas encore le sujet : si le premier dessine un champ assez large de réflexion, il ne donne aucune direction d’étude. Le sujet, seul, vous permettra d’orienter votre pensée vers des voies plus précises : vous devrez alors faire preuve d’une belle capacité d’oubli, parce que vous serez jugé sur votre capacité à traiter le sujet, et non sur votre degré de connaissances sur le thème. Autrement dit, un hors sujet sera mal noté, en dépit des connaissances dont vous ferez preuve sur le thème associé.

Ce qui fait la spécificité du sujet , c’est d’une part sa brièveté, souvent une phrase courte, parfois non verbale, ajoutant un ou deux termes au noyau du thème ; d’autre part une syntaxe souvent interrogative et qui touche à une contradiction intrinsèque du thème. On peut noter néanmoins la longueur des sujets les plus récents, en raison de consignes, qui n’entrent pas dans le fond du sujet : « À la lumière de vos références historiques, culturelles ou artistiques » , « À la lumière de vos expériences et de vos lectures » : l’accent est mis explicitement (contrairement aux autres années où ces consignes n’apparaissaient pas) sur le recours à votre culture, ce qui est une invitation à être précis dans vos références.
Il est donc attendu, dans le traitement de la problématique, que vous ayez exploré toutes les subtilités de ce sujet en particulier, et que vous abordiez clairement ces nuances, comme l’adverbe « tout » dans le sujet 2019 « Faut-il tout dématérialiser ? » Il est évident que dans cette formulation, la réflexion est moins orientée sur le fait de dématérialiser ou non, que sur ce qu’il convient de traiter par le numérique, ou ce qu’il convient d’en écarter. Vous pouvez également être sensible à une certaine connotation provocatrice, dans des intitulés comme « la démocratie donne-t-elle le pouvoir au peuple ? » (20016), en partant de l’étymologie de « démocratie » qui est justement le pouvoir au peuple.
Quoiqu’il en soit, votre approche du sujet dépendra de votre exploration, en amont, de toutes les implications du thème : à la lecture de l’introduction de René Rampnoux sur la peur, vous comprendrez que le sujet n’est rien sans avoir pleinement conscience de la largeur du spectre couvert par le terme générique, mais que le thème n’est pas assez précis pour présumer d’un sujet.
– Que votre raisonnement soit dynamique, évolutif, articulé . Le lecteur doit avoir l’impression en vous lisant d’être le spectateur d’une pensée maîtrisée, mais en mouvement, posant les obstacles et les dépassant. Donc votre travail ne doit pas être un catalogue de réflexions ou remarques accumulées, si érudites soient-elles, sans cohérence d’ensemble.
– Que votre travail réponde clairement à la question . Même si votre dissertation est complexe, elle doit être unie dans la réponse : celle-ci pourrait tenir en une seule phrase à la fin de votre travail. Toute votre dissertation ne tend qu’à un seul but : répondre à la question posée par le sujet.
– Que le texte soit clair, écrit dans une langue soutenue , voire savante, mais jamais obscure : la culture générale, tant sur le fond (l’objet de ce livre) que sur la forme (l’objet de cette méthode), est un équilibre permanent entre des connaissances accessibles à tous, mais néanmoins encyclopédique, pluridisciplinaire, touchant autant aux domaines de l’histoire autant que de l’actualité, de la sociologie, du droit, de l’économie…
La méthode
Il s’agit ici de la méthode à appliquer le jour de l’épreuve. Certains vous diront que « peu importe la méthode, l’essentiel est d’en avoir une ». Cependant, le canon de la dissertation est tel que quelques évidences sont incontournables, et que le mieux est d’arriver en sachant exactement ce que vous devez faire, tant dans la succession des étapes que dans la gestion du temps.
La gestion du temps : le temps imparti étant très court, il convient de savoir à l’avance comment l’employer. Deux parties distinctes sont à délimiter :
– le travail préparatoire au brouillon (analyse du sujet, traitement de la problématique, récolte des exemples, élaboration du plan et rédaction de l’introduction ET de la conclusion) ;
– la rédaction.
Nous pouvons préconiser d’accorder un temps équivalent aux deux parties. Autrement dit, le travail préparatoire peut prendre une heure et trente minutes, au maximum. Au minimum, une heure. Cette demi-heure de différence est à ajuster par chacun : un étudiant qui éprouve des difficultés à écrire vite peut réduire le temps préparatoire. Un entraînement régulier en temps réel permettra de décider l’heure à laquelle, au mieux, on change d’activité pour se consacrer à la rédaction.
Dans le travail préparatoire, nous préconisons d’établir la rédaction, à l’avance et sur brouillon, d’une introduction ET d’une conclusion (même si nous en exposerons la méthode dans la partie « rédaction »). Pourquoi ? Trois raisons sont à invoquer :
– Par gain de temps : lorsque vous arriverez en fin d’épreuve, la fatigue et le stress ou le manque de temps vous empêcheront peut-être de trouver en quelques instants une bonne conclusion. Dans ce cas, vous serez heureux de reprendre celle que vous aurez déjà faite : il n’y aura plus qu’à la recopier.
– Par nécessité de cohérence . En écrivant à l’avance et à la suite l’une de l’autre l’introduction ET la conclusion, vous pourrez travailler l’effet de cohérence : l’introduction posera des questions auxquelles pourra répondre directement la conclusion. Cet effet sera sensible à la lecture.
– Par sécurité : l’épreuve étant très rapide, et très intense, vous ne savez pas exactement dans quel état d’esprit vous arriverez à la fin de l’épreuve. Or rien n’est pire qu’une conclusion bâclée, improvisée, mal pensée, ou portant les traces de la fatigue. Dans le cas où il ne vous reste que cinq minutes et peu d’idées, la « conclusion de secours » fait son office.
1.Travail préparatoire
Analyser le sujet
Problématique
Le plan
Comment organiser son brouillon
2.La rédaction
Introduction, conclusion
Développement Transition
Insertion des exemples
Le style, le registre de langue
1. Travail préparatoire

1.1 Analyser le sujet
1.2 Travailler la problématique
1.3 Faire un plan
1.4 Comment organiser son brouillon
◆ 1.1. Analyser le sujet
Si bref soit-il, peut-être même en raison de sa brièveté, le sujet doit être analysé avec soin. Il faut distinguer plusieurs types d’éléments à analyser et commenter au fur et à mesure sur votre brouillon.
Les mots-clés
Parmi ceux-là, vous reconnaîtrez bien sûr le mot-clé de votre thème, mais vous prendrez soin de vous attarder également sur les autres noms communs du sujet, ex. : « Le travail est-il toujours un facteur d’intégration sociale ? »
– Pour le mot-clé de votre thème , vous avez toute l’année, ainsi que ce recueil, pour approfondir toutes les nuances de la notion. Ici, le mot « travail » a pour étymologie le terme tripalium latin, désignant un instrument de torture à trois pieux : autrement dit, il était intéressant de noter que dans sa racine même, le « travail » n’est pas assimilé à une notion d’épanouissement ou d’intégration, ou en tout cas que celle-ci se fait au prix d’une souffrance. Le sujet proposé apparaît alors logique.
– Donc le groupe nominal supplémentaire définit exactement le champ de la dissertation. Dans ce thème sur le travail, on vous demande de réfléchir sur les aspects de l’intégration sociale, et rien que cela. Toute considération sur le travail qui ne permette pas de réfléchir à l’intégration sociale par le travail peut être considérée comme hors sujet. Cependant, le mot « intégration » peut vous mettre sur la piste de deux ou trois thèmes particuliers : intégration des étrangers, intégration des chômeurs, et enfin, rien ne vous empêche de jouer sur les mots et de penser à « désintégration », avec le phénomène du burned out , l’exact inverse d’un épanouissement par le travail.
Certains mots peuvent vous paraître secondaires, mais demandent tout de même de l’attention. Ici nous avons « un », et pas l’unique ou « le » : cela induit que l’on attend que vous parliez du travail parmi d’autres facteurs.
– Autre exemple d’association lexicale intéressante : « Peut-on être à la fois radical et démocrate ? » La radicalité récente nous a montré que les radicalismes s’opposaient à une certaine forme de société démocratique, et donc ne soutenaient pas ce terme. Mais nombre de partis politiques, parmi les plus récents, associent ce terme « radical et démocrate » dans leur intitulé…
Les mots de liaison, les adverbes
Ils sont essentiels.
Le travail est-il toujours un facteur d’intégration sociale ?
Il est évident que l’emploi de cet adverbe permet de nuancer : toujours ? Pas toujours ? Dans quels cas ne l’est-il pas ? Et la problématique, souvent, va se définir plus à travers les adverbes et mots de liaison. En effet, la question porte sur le « toujours », et non sur la nature intrinsèque de l’intégration par le travail.
Dans l’intitulé 2019 du sujet sur le secret, « Pensez-vous encore possible de préserver le secret aujourd’hui ? » le terme « encore » était à examiner avec attention : il indique une évolution dans le temps de cette possibilité de préserver le secret, et donc il invitait à s’interroger sur le devenir, dans le droit autant que dans les pratiques, de ce qu’on nomme « secret » dans ses acceptions les plus diverses. Cela implique une certaine orientation du sujet, à la fois historique et prospective.
La syntaxe, la grammaire
– Les interrogatives . Une formule interrogative implique que vous testiez les réponses grammaticalement possibles à ces questions. Ici, grammaticalement, nous pouvons répondre :
• Oui, le travail est toujours un facteur d’intégration sociale ;
• Non, le travail… n’est pas toujours un facteur d’intégration sociale. Reprendre la phrase exactement dans sa totalité permet de voir que répondre « oui » est pour le moins hasardeux, parce qu’il est facile de trouver des contre-exemples : travail au noir, exploitation, surinvestissement des cadres, conditions très difficiles physiquement, etc.
– Les pluriels . Ils sont également à prendre en compte, surtout s’ils ne sont pas logiques a priori . Le sujet 2012 nous apparaît à ce titre emblématique : « le sport, une affaire d’État(s) ? »
Ce type d’intitulé nous guide non seulement vers la représentation nationale des sportifs de chaque pays, mais aussi, avec ce pluriel suggéré, vers la diplomatie, les relations entre États, voire entre régimes : pensons aux Jeux Olympiques 2008 en Chine, par exemple. Enfin, ce pluriel souligné par la parenthèse nous mène sur la voie du jeu de mot avec la locution « affaire d’État », ouvrant sur les implications diplomatiques délicates.
– La syntaxe . L’association des mots-clés du sujet se fait parfois à l’aide d’une conjonction de coordination « Mondialisation et contestations », parfois dans une simple énumération sans lien explicite. Ainsi, votre travail est d’imaginer tout type de syntaxe liant les termes, de façon à n’en oublier aucun. Dans « Mondialisation et contestations », on ne peut éviter de penser que la mondialisation permet aussi des contestations, tout autant que la mondialisation est l’objet de contestations. Donc, de même que pour l’adverbe « toujours » dans le sujet sur le travail, la conjonction « et » porte une grande partie de la réflexion.
◆ 1.2. Travailler la problématique
Dès l’étape précédente, vous avez pu aborder ce qui tient en fait à la problématique, à savoir repérer une contradiction, un problème en apparence insoluble.
La problématique n’est pas qu’un questionnement de pure forme. Si elle est bien cernée, elle donne naissance au plan, de façon presque naturelle.
Il s’agit, pour chaque sujet, de repérer tout d’abord cette contradiction.
Exemples :
– Le travail est un facteur d’intégration, MAIS il peut être source de souffrance et de marginalisation.
– La famille est porteuse des valeurs de l’avenir MAIS sa nature profonde est remise en cause.
– Ou encore : la « justice » est censée protéger les citoyens, MAIS elle peut être aveugle, inégalitaire, trop longue, ou encore, être trop proche du système politique.
– La mondialisation ouvre sur d’autres cultures MAIS elle tend à effacer les particularités culturelles.
Il faut ensuite trouver la ou les formulations adéquates. Poser le problème, le cerner, permet de dépasser les obstacles plus facilement.
Ainsi, pour « la famille a-t-elle encore un avenir », l’on peut proposer : « la nature profonde de la famille est d’assurer un avenir aux nouvelles générations ». Mais est-elle le fruit d’une législation, d’un consensus social et civilisationnel, ou est-elle des fondements « naturels », ou encore, est-elle le fruit d’un « usage », de mœurs qui évoluent naturellement ? La législation en s’adaptant à la vie moderne semble remettre en question la nature même de ce qu’on entend habituellement par « famille ». Dès lors, la question de « l’avenir de la famille » ainsi que de la « notion de famille » se pose légitimement : la « famille réelle » observée dans l’évolution des mœurs est-elle une remise en cause de la famille traditionnelle ? La législation en tentant de s’adapter fait-elle aussi fi d’une nature profonde de la famille ? Enfin, peut-on encore envisager de futures évolutions de la famille dans les générations à venir ?
◆ 1.3. Le plan
– Le plan n’est que la mise en ordre logique et dynamique de vos idées, une mise en ordre qui doit vous permettre de tout intégrer, et qui doit rester équilibré.
– Il doit également être une réponse assez directe à la question posée.
– Il doit enfin éviter la caricature, ou même l’incohérence de répondre dans une partie par « oui » et une autre par « non ».
– Il n’y a jamais de « plan type », cependant l’on peut proposer quelques pistes.
Le plan dialectique
Traditionnellement il répond à un enchaînement « thèse » « antithèse » « synthèse », et s’adapte bien à des sujets très problématisés, comme celui sur le travail par exemple. Il permet d’une part d’exposer une nature, une définition évidente de la notion, puis de la remettre en cause, et d’explorer ses limites, pour enfin proposer des pistes pour sortir de la contradiction. Ainsi, pour le sujet « Le travail est-il un facteur d’intégration ? », cela donnerait :

I.Le travail est présenté comme facteur d’intégration
II.Mais, dans sa nature même, il est souvent associé à un effort, voire une altération de l’individu au sein d’un système
III.Quelles sont donc les législations et attitudes à adopter pour qu’il reste autant bénéfique pour l’individu que pour le système qu’il sert ?
Dans un plan dialectique, la dynamique est servie par plusieurs points :
– Éviter les parties contradictoires et radicalement opposées.
– Pour cela, préférer les oppositions concessives, plutôt que les oppositions totales (le travail « par certains points », … mais « dans d’autres cas »).
– Le plan tout entier doit être susceptible de tenir en une seule phrase, elle-même étant une argumentation par concession à elle seule.
– Exemple « Si le travail est présenté pour des raisons évidentes comme un facteur d’intégration, (I) il n’en reste pas moins que dans certains cas il peut aliéner l’individu, (II) c’est pour cela qu’il ne faut jamais cesser de s’interroger sur les législations et les comportements qui permettront d’éviter ce déséquilibre (III) ».
Le plan thématique
Moins problématisé, il peut être adapté à des sujets où il y a moins de tension paradoxale, et où visiblement l’on vous demande plus de faire le point sur un état de fait, et d’en explorer les contours.
Par exemple, le sujet sur la mondialisation juxtaposant deux notions, pouvait inviter à cette démarche. Dans un sujet comme celui-là, questionner par des « comment » des « pourquoi » et « pour quels enjeux » peut aider à dégager des parties.

(I) Comment s’expriment les contestations à la mondialisation ?
(II) Pourquoi assiste-t-on à cette remise en cause ?
(III) Pour quels enjeux de société cette remise en cause doit-elle s’exprimer ?
À noter que les plans en deux parties et deux sous-parties sont assez prisés au sein même de Sciences Po, même si il ne s’accorde pas à tous les sujets. Il vous appartient de choisir quel type de plan convient le mieux à votre réflexion.
◆ 1.4. Comment organiser son brouillon ?
Le temps étant court, vous devez vous concentrer pour d’une part ne pas perdre les idées qui peuvent vous venir tout au long de votre réflexion et d’autre part veiller à ce que ce relevé parfois désordonné reste utilisable au moment de la rédaction.
Ainsi, les premières pages de votre brouillon pourront être un véritable brain storming où les idées se bousculent, et où vous ferez régulièrement des allers-retours entre analyse du sujet, problématisation, et récolte d’exemples. Mais très rapidement, vous dégagerez des grandes parties, et nous vous invitons à préparer une page de brouillon par partie, de la façon suivante :
Titre de la partie
Idées, notions
Exemples, connaissances
Titre de la 1 re sous-partie
L’excès de travail
Le burned out , notion médicale ? Reconnaissance par la société ?
Titre de la 2 e sous-partie
Ainsi, en travaillant progressivement à compléter ces cases, vous serez amené à accompagner chaque notion d’un exemple concret, et inversement, chaque connaissance entrera dans la construction de votre raisonnement.
Vous ne pourrez envisager la rédaction que lorsque le plan sera complet, sous parties et exemples compris.

2. La rédaction

2.1. Introduction, conclusion
2.2. Développement, transitions
2.3. Insertion des exemples
2.4. Le style, le registre de langue
◆ 2.1. Introduction, conclusion
Il faut prendre l’habitude de travailler ces deux éléments ensemble. Nous avons déjà évoqué les raisons de ce procédé, en particulier pour des raisons de sécurité devant la « menace » du manque de temps.
Mais c’est avant tout pour une notion de cohérence. En effet, lorsqu’on observe les étapes traditionnellement requises pour ces deux pôles importants de la dissertation, il est aisé de remarquer que la conclusion répond directement à l’introduction.
Étapes de l’introduction
Étape 1 : l’accroche
Exercice libre par excellence : un fait historique, un événement de l’actualité, une citation (rendue avec exactitude et assortie de son auteur, éventuellement de sa source) : tout élément qui peut vous permettre d’aborder le thème du sujet, est susceptible de faire une bonne accroche.
Mais il faut éviter deux écueils : tomber trop « bas » dans l’anecdotique, ou le sensationnel, ou rester dans des définitions trop larges, qui auraient convenu à n’importe quel sujet sur le thème au programme. Préférez l’exactitude d’une définition, d’un fait juridique ou historique, à une narration longue et sans légitimation réelle.
L’importance de cette accroche est telle qu’elle fonctionne comme une main tendue : on y lit votre style, et le regard que vous portez déjà sur le sujet.
Étape 2 : reprise du sujet
Étant donné la brièveté de l’intitulé, vous devez le reprendre dans sa totalité, en l’intégrant dans une phrase qui le justifie. Si certains termes peuvent être reformulés, il ne faut pas cependant proposer une nouvelle question trop éloignée de ce qu’on vous a soumis.
Étape 3 problématique
La problématisation du sujet peut passer par une définition rapide de termes que vous jugez importants, ou un résumé d’analyse de points forts. C’est l’étape du questionnement, de la mise en relief de paradoxes : votre raisonnement doit être apparent, et peut s’exprimer sous forme de questions successives.
Étape 4 : annonce du plan
Le plan est un procédé pour répondre à la problématique, il lui fait donc suite dans une logique déductive. Il doit apparaître comme découlant naturellement du questionnement précédent.
Étapes de la conclusion
Étape 1 :
bilan
Il est intéressant de reprendre rapidement les étapes de son travail, justement pour mettre en valeur son caractère logique. Bien sûr il faut opter pour la synthèse et non le catalogue de conclusions partielles.
Étape 2 :
réponse à la problématique
Cette étape est importante, même si elle peut paraître formelle. Elle confirme que votre seule préoccupation a été, tout au long du travail, de répondre à la question posée. Elle reprend le fil de la pensée amorcée en introduction.
Étape 3 : ouverture
Elle témoigne de votre capacité à lever les yeux et élargir encore le point de vue. Elle propose d’englober le sujet dans une problématique plus vaste encore.
Rappel
– L’étape 2 de la conclusion répond directement au sujet. Introduction et conclusion se présentent sous la forme d’un paragraphe, mais les différentes étapes doivent être liées par des connecteurs, des mots de liaison. Elles doivent pouvoir se lire d’un seul tenant, de façon naturelle, et ne pas donner l’impression d’un déroulé de vos devoirs.
– Si introduction et conclusions sont prêtes avant même la rédaction du développement, bien sûr rien ne vous empêche de refaire une conclusion dans le feu de l’action, si celle-ci vous paraît plus adaptée.
◆ 2.2. Développement, transitions
Le plan, l’introduction la conclusion ayant été préparés, la rédaction du développement doit se faire au fil de ce guide, sans solution de continuité. La rédaction d’une dissertation sera tenue fermement en étau entre deux limites :
– Le plan doit rester sensible , et l’on doit sentir se succéder les grandes, petites parties, paragraphes à la lecture.
– Cependant il faut éloigner toute lourdeur , et tout l’art de la rédaction sera dans cet équilibre. Préférez, dans votre développement, l’annonce directe des thèmes de vos parties. Préférez les phrases verbales aux titres de parties. Exemple : « L’État reste important pour réguler les transactions mondiales » est préférable à « L’importance de l’État dans la régulation des transactions » pour annoncer une grande partie.
– L es transitions jouent ce rôle : en assurant le liant à l’ensemble de votre texte, elles garantissent la structure sans tomber dans le cloisonnement. Nous ne saurions trop insister sur les formules « concessives » (cependant, pourtant, néanmoins), pour exprimer des « limites » à certains concepts plus que des oppositions rédhibitoires.
– L’usage du conditionnel , dans ce sens, peut être bien utile pour avancer des idées fortes (« il serait donc juste de se méfier de la mondialisation » plutôt que « il faut se méfier de la mondialisation »). Votre travail n’est pas un exposé d’opinions personnelles, mais un tour d’horizon d’une pensée contemporaine. Vous pouvez être porte-parole de tout type d’opinion, mais vous devez vous poser de façon neutre, en observateur savant.
– Mise en page : votre manuscrit sera aéré, avec des espaces et des sauts de lignes qui suivront la logique de votre plan, dans sa hiérarchie. Exemple : si vous sautez deux lignes pour passer d’une grande partie à une autre, sautez-en une entre vos sous-parties.
◆ 2.3. Insertion des exemples
L’exactitude des données . La dissertation étant un exercice de culture générale, valorisez-vous en donnant l’intitulé exact d’un texte de loi, l’auteur d’une citation, le lieu et la date d’un traité, le titre d’un livre sans erreur. Ceci demande une préparation de longue haleine, et sera le fruit de votre travail de l’année : préparer une liste de données à mémoriser par thème paraît une attitude raisonnable.
Les titres de livres, en version manuscrite , se présentent de la façon suivante :
– Le titre : souligné.
– L’auteur : prénom et nom.
– Date.
L’insertion doit être la plus naturelle possible . Variez les manières d’introduire vos exemples. Quelques possibilités s’offrent à vous :
– Citer directement l’exemple , et le commenter ensuite.
– Amener une idée , « le métissage culturel est flagrant au cinéma : le film Slumdog Millionaire en est une preuve » l ’intégrer totalement dans une phrase : « il faut voir le film Parasites (2019) de Boon Jon-Ho pour prendre la mesure de la verticalité de l’organisation sociale, et de sa cruauté. »
• Du point de vue argumentatif, un exemple peut servir d’argument.
• Argument d’autorité lorsque vous apportez des chiffres, des noms propres célèbres.
• Exemples à valeur d’argument : « le peu d’égard de Face Book pour nos données personnelles prouve notre vulnérabilité à l’heure des réseaux sociaux ».
• Contre-exemple, pour prouver qu’une thèse est erronée.
◆ 2.4. Le style, le registre de langue
Enfin, et pour finir : quelques mots sur le style.
En matière d’essai, il est convenu de dire que la correction est le seul style demandé, et que tout effet de style est un luxe qui n’est pas requis.
Néanmoins, il y a, au-delà de la correction orthographique et grammaticale de vote production, quelques évidences à rappeler.
– Choisissez une énonciation impersonnelle ou éventuellement la première personne.
• Votre langue doit être soutenue, voire savante . Cependant, elle ne doit pas être absconse (déf. : obscure, incompréhensible), et si par hasard il vous arrivait d’utiliser un jargon spécialisé, n’oubliez pas de rappeler discrètement la définition des mots difficiles, autrement l’on pourrait vous accuser de vouloir mettre en évidence l’incurie (déf. : l’ignorance) de votre lecteur.
• À l’inverse évitez l’écriture inclusive , écartée par le ministère de l’Éducation nationale, elle ne facilite pas la lecture de textes longs : elle est réservée à des textes brefs d’ordre administratif.
• La syntaxe doit être assez simple : ne multipliez pas les phrases complexes. Il vaut parfois mieux scinder une longue proposition avec ses subordonnées en plusieurs phrases simples.
• En un mot, restez agréable et fluide à la lecture, en évitant le piège du style journalistique (quoique de belles plumes hantent nos magazines). Votre propos est un propos savant, humaniste, mais accessible à tous.


La peur


Introduction au thème « La peur »
par René Rampnoux

« Au commencement était la peur… » (Victor Ellenberger, Afrique : Avec cette peur venue du fond des âges, sorcellerie, initiation, exorcisme ). La peur suinte de partout, des phénomènes climatiques et naturels, de la famine, de la violence tous azimuts, des guerres, de l’emprise des dirigeants, des divers rituels, des féticheurs, des devins, des sorciers…
« La peur est un élément fondamental de la condition humaine » (Jean Delumeau, La peur en Occident , France culture, décembre 1978).
Peur, un mot bien simple…
De Johnny Hallyday qui chante :
« La peur Elle viendra un jour pour te bloquer le cœur »,
au célèbre historien Lucien Febvre (1878-1956) qui disait de la France ancienne : « Peur toujours, peur partout. »
… mais complexe en réalité
La peur est une notion simple que l’apport de multiples disciplines va complexifier de telle sorte que les frontières en sont désormais brouillées entre l’animal et l’humain, le normal et le pathologique, le physiologique et le psychologique.
« Hommes et bêtes, nous apportons en naissant des terreurs aussi vieilles que le monde. Aujourd’hui encore nous sentons des émotions et répétons des gestes des premiers hommes, qui eurent tant de raisons de s’effrayer quand ils commencèrent de vivre sur la terre inconnue qu’il fallait conquérir, sous le ciel mystérieux qu’il fallait comprendre. La peur est la première émotion que l’humanité ait sentie. Rien n’est plus humain que la peur » (Ernest Lavisse, historien phare de la III e République, Discours aux écoliers du Nouvion-en-Thiérache , 1912).
1. Cerner la peur
La peur est trop souvent analysée dans sa contextualisation : qui a peur et peur de quoi , mais rarement pour elle seule.
◆ Champ sémantique de la peur
Il est large et polysémique ; il y a un gradient d’intensité, de la simple « inquiétude » qui trouble la quiétude, le calme, à la peur qui désigne un sentiment plus déstabilisant, un état désagréable et une émotion plus difficile à contrôler. Si la peur devient plus profonde, voire difficilement surmontable, elle peut conduire à l’angoisse. Si elle déstabilise totalement, au point de faire perdre ses capacités et le contrôle de soi, on parle de terreur. La mythologie grecque distinguait Phobos, personnification de la peur et de la panique, de son frère Déimos, représentant de l’effroi et de la terreur, les deux fils de d’Arès et d’Aphrodite. Sous l’influence de la psychiatrie, la peur est à distinguer de l’angoisse comme de l’anxiété car elle une réaction automatique déclenchée par une menace, réelle ou imaginaire. Elle est une réponse réflexe à un objet.
La peur mobilise des disciplines très diverses : celles qui touchent au psychisme (psychiatrie, psychanalyse, psychologie), au cerveau (neurologie, neurobiologie), à l’anthropologie, à l’éthologie, aux sciences politiques, à la philosophie, à l’histoire… Elle est un fondement de la culture. Le vocabulaire engendré par la peur est donc d’une abondante et riche diversité, qu’il s’agisse du langage populaire, poétique ou savant. Tout cela confirme la force évocatrice de cette onde de choc qu’est la peur avec sa forme exacerbée, l’angoisse.
« La Peur, avec une majuscule, désignera le phénomène en général, avec son arrière-fond tout en verticalité ; la peur, avec une minuscule, indiquera une peur plus spécifique, mieux identifiée, plus dans l’ordre horizontal, visible, concret des choses. La peur de la maladie, par exemple… La Peur est une leçon vivante de complexité. Elle génère le meilleur et le pire » (Pierre Migneault, psychiatre, Rendre son dû à la Peur , Frontières, 2000).
◆ La peur diffuse
« La chose qui suscite le plus l’épouvante est l’ubiquité des peurs, qui peuvent surgir de quelque angle ou fissure de notre maison ou de notre planète, de la rue sombre ou des lueurs des écrans de télévision, du poste de travail ou du métro que nous prenons pour nous y rendre ou pour en revenir, de ceux que nous connaissons ou de quelqu’un dont nous ne nous étions même pas aperçus de la présence, de quelque chose que nous avons mangé ou avec quoi notre corps s’est trouvé en contact. La peur la plus terrible est la peur diffuse, dispersée, indistincte, libre, désamarrée, fluctuante, sans cible ni cause claires. « “Peur”, c’est le nom que nous donnons à notre absence de certitudes, à notre ignorance de la menace » (Zygmunt Bauman, sociologue polonais).
Lutter contre cette menace diffuse de l’agression, de l’attentat, de la contamination, de… explique que le vote populiste soit souvent le plus fort quand il n’y a pas d’autre moyen d’expurger une peur intérieure. Il faut lutter contre cette ignorance qui mène à la violence comme l’alcool mène à l’ivresse. La peur est aussi une dimension de la prise de conscience collective, donc de la responsabilité politique.
2. Rôle Janus – Deux faces opposées
La peur peut conduire à la vigilance comme à la honte, à la sécurité comme à la panique.
◆ Aspects négatifs
Ce sont peut-être les antonymes du mot peur qui aident le mieux à la cerner. Sont proposés : audace, bravoure, calme, courage, espérance, euphorie, impavidité, optimisme. Que des notions positives, quand la peur entraîne des moqueries, une dépréciation. Peureux s’oppose à courageux. Le courage est une vertu associée à l’honneur et à la gloire. La peur est donc d’abord sujette à connotation négative.
La peur est un principe d’action ; le mouvement est premier… La paralysie est plutôt provoquée par l’angoisse ou l’anxiété, qui ne connaissent pas vraiment leur objet.
La peur est mal vue. Paralysante, mauvaise conseillère, émotion primaire et animale… Tout est mis en œuvre pour optimiser notre marge de manœuvre individuelle, pour que nous ne soyons empêchés par rien, ou pour réduire les risques collectifs, que nous soyons en sécurité partout. On veut transformer un signal primaire d’alerte, de survie, de doute, pour mieux s’apprivoiser, comme si on ne supportait pas que quelque chose de soi nous échappe. La peur est mauvaise, nuisible, et doit être combattue ou au moins dépassée ; le courage serait ainsi moins l’absence totale de peur que la résistance à la peur.
Enfin, la peur est dangereuse car sous son emprise, on peut commettre jusqu’au pire. Dans son film documentaire, Bowling for Columbine , Michael Moore dénonce le climat de peur aux États-Unis et les drames consécutifs à l’usage des armes à feu dans ces situations.
◆ Aspects positifs
La peur n’est pas un problème en soi si elle reste dans sa fonction première qui est de nous avertir de l’existence d’une menace. La peur, dans beaucoup de domaines de l’existence, est légitime, utile et même nécessaire.
L’éthologie (l’étude scientifique du comportement animal en milieu naturel) montre que l’instinct de peur est non seulement utile mais parfois vital au point d’être un élément déterminant dans la sélection naturelle. La peur est liée au danger et devient fondamentale pour la survie, individuelle comme collective. Les animaux qui ont peur de leurs prédateurs fuiront plus tôt que les autres et auront plus de chances de survivre. La peur est donc à l’origine de certains comportements vitaux. A contrario , chez l’enfant, l’absence de peur du vide est parfois fatale…
En politique, Hobbes va inverser les valeurs en revalorisant la peur. « La peur, c’est un peu comme le tonus de base de tout être vivant et conscient, le tonus musculaire étant l’état de légère contraction permanente du muscle vivant » (Pierre Migneau, Rendre son dû à la Peur ).
Elle met l’imagination en marche pour penser à ce qui peut arriver, souvent de manière exagérée. Cette anticipation peut engendrer des peurs, voire de l’anxiété, mais c’est une manière de se protéger et de se préparer à affronter une situation difficile.
Le nucléaire a une particularité :
– la peur a été à l’origine de l’équilibre de la terreur atomique qui a maintenu la paix durant la guerre froide ;
– la peur du nucléaire civil a été justifiée par les catastrophes de Tchernobyl à Fukushima.
3. Présence de la peur
Aujourd’hui, l’homme n’est plus l’objet de prédation comme il a pu l’être, et la nature des risques que nous encourons dans notre vie quotidienne a beaucoup changé. Pourtant, la peur demeure. Albert Camus va jusqu’à écrire en 1948, dans le journal Combat , un article intitulé Le siècle de la peur : « Le XVII e siècle a été le siècle des mathématiques, le XVIII e celui des sciences physiques, et le XIX e celui de la biologie. Notre XX e siècle est le siècle de la peur. »
« La peur de prendre l’avion, la peur des espaces trop vastes ou trop fermés, la peur de la maladie, la peur des catastrophes naturelles, la peur de la diversité et de la folie. Car ces peurs, si elles ne sont pas analysées et comprises, peuvent déboucher sur une agressivité envers autrui ou contre soi-même ; l’agressivité et la destructivité des adolescents en particulier sont dans certains cas la conséquence de fragilités et de sentiments d’insécurité, d’inquiétudes et de peurs dont les adultes ne peuvent pas ou ne veulent pas comprendre les racines psychologiques et qui se transforment alors dans des modes de vie socialement précaires » (Eugenio Borgna, psychiatre, La solitudine dell’anima ).
Famine, épidémie, guerre, catastrophe naturelle, nucléaire, bactériologie, climat… la peur reste tapie au cœur de nos sociétés. Et plus la sécurité gagne, plus la peur due à l’insécurité paraît scandaleuse. La peur de la technique se généralise jusque dans la méfiance envers les algorithmes.
4. Paradoxes
◆ La recherche de la peur
L’album Astérix chez les Normands se fonde sur les effets de la peur. En effet, la décharge d’adrénaline décuple les forces et permet de courir très vite pour s’enfuir, aussi vite que si on avait des ailes. D’où le proverbe : « La peur donne des ailes. » Les féroces guerriers normands « qui ignorent la peur », le prenant au premier degré, ne le comprennent pas. Leur objectif alors : avoir peur. « Nous pourrons dire à la face du monde admiratif : les Normands savent ce qu’est la peur ! Les Normands sont les plus peureux de tous ! » (Grossebaf). Heureusement, la sagesse revient en fin d’album : « C’est en connaissant la peur que l’on devient courageux. Le vrai courage c’est de savoir dominer sa peur ! » (Panoramix)
Cas archétypal : le cirque, autant pour le spectateur, qui a peur d’être le complice forcé et passif de l’irrévocable, que pour l’acrobate, qui a peur d’être l’acteur involontaire de son propre drame.
En plus des usages récréatifs existent une utilisation de la peur en politique – lors d’un vote – comme en marketing – lors d’un achat – car un message est d’autant mieux mémorisé qu’il est associé à l’émotion. Physiologiquement, la zone essentielle de la peur dans le cerveau, l’amygdale, est reliée à l’hippocampe, responsable de la mémoire.
La peur fait aussi prospérer tout un marché de la protection, de la sécurité, de tous ceux qui par leur métier ou leurs convictions voudraient placer les individus à l’abri du risque… Les assureurs, les compagnies de vigiles, les avocats, les politiques…
◆ La culture de la peur
La culture de la peur est « l’accoutumance à la menace comme composante essentielle du monde naturel » (Vaclav Havel, lettre ouverte au président de la République socialiste tchécoslovaque, 1975). « C’est cela que j’appelle la culture de la peur. Elle envahit aujourd’hui les sociétés libérales parce qu’aucune politique ne peut plus éviter d’être en même temps une politique des affects… Toute culture de la peur n’est jamais dissociable d’une culture de l’ennemi. C’est ainsi que l’on offre au public ce que le sociologue Zygmunt Bauman appelait des « cibles de substitution » : la cause de votre insécurité économique et sociale, ce sont les Roms, les sans-papiers, les immigrés, les musulmans… Une société dans laquelle ne se partage rien d’autre que la peur est une société démoralisée. Une façon d’y résister peut être de réinventer des formes de partage et d’engagement collectif » (Marc Crépon, Le Monde , décembre 2017). La médiatisation de la violence participe d’une culture de la peur mais « il est toujours possible d’unir les uns aux autres par les liens de l’amour une plus grande masse d’hommes, à la seule condition qu’il en reste d’autres en dehors d’elle pour recevoir les coups » (Freud, Malaise dans la civilisation ).
Les références : les ouvrages du sociologue britannique Frank Furedi : Culture of Fear , 1997 ; How Fear Works : Culture of Fear in the 21st Century , 2018 ; et de Barry Glassner, professeur de sociologie, The Culture of Fear: Why Americans Are Afraid of the Wrong Things , 2018.
Pour Franck Furedi, « nos sociétés ont à nouveau peur de tout et de rien, peur de leur ombre. Autrefois, elles brillaient par leur dynamisme et leur esprit d’aventure parce qu’elles croyaient au progrès. Le courage, le sens du devoir et la solidarité leur permettaient d’envisager leur avenir avec optimisme. Un premier tournant dans le sens de la crainte de l’avenir a été pris, en Occident, durant l’entre-deux-guerres. Mais, plus récemment, les politiques de Margaret Thatcher ( There Is No Alternative ) et de Tony Blair ( Third Way ) lui paraissent avoir détruit tout ce qui restait à la politique : la capacité à promettre un avenir différent, une rupture authentique… Résultat : non seulement, nous ne croyons plus à la possibilité du changement réel, mais nous en avons peur. Englués dans le fatalisme, conformistes, nous sommes voués à la passivité. Selon F. Furedi, nos sociétés ont cessé d’être tournées vers l’avenir, comme elles l’étaient… Le progrès, la science, nous font peur. Jamais l’humanité n’a disposé de ressources aussi abondantes, jamais la vie n’a été meilleure sur terre. Les progrès stupéfiants de la médecine ont permis de doubler l’espérance de vie en moins de deux siècles. Rarement, il y a eu aussi peu de violence dans notre histoire. La pauvreté recule très rapidement, alors que le nombre d’humains sur la planète a augmenté dans des proportions que les pessimistes prétendaient insoutenables. Mais nous ne le voyons pas » ( France culture , mai 2021).
Glassner dénonce pour sa part « l’utilisation d’anecdotes poignantes à la place de preuves scientifiques, le baptême d’incidents isolés en tant que tendances, des descriptions de catégories entières de personnes comme intrinsèquement dangereuses… » L’avenir n’est envisageable que grâce à l’imagination ou au calcul. Il reste bien trop inconnu donc une source de peur.
« La seule chose que nous ayons à craindre, c’est la peur elle-même, une terreur irraisonnée et injustifiée qui paralyse » (Franklin Roosevelt, Discours à la Convention , mars 1933).



Fiches de culture générale


La peur, énergie vitale
par Clarisse Drunat
Qu’est qu’une émotion ?
Une émotion, on la ressent, on la vit, on la côtoie quotidiennement, mais on ne la comprend pas forcément.
De nombreux psychologues, dont Paul Ekman (1934), distingue six émotions fondamentales : la joie, la tristesse, la peur, la colère, la surprise et le dégoût. Il existe des émotions à forte intensité : la surprise, la joie et la colère, et des émotions à basse intensité : la tristesse, la peur et le dégoût.
La peur est un signal
Un élément déclencheur est à l’origine de chaque émotion, c’est un signal qui peut venir de l’intérieur ou de l’extérieur. L’émotion est donc une réponse à ce fameux déclencheur.
Un stimulus interne (une pensée) ou externe (un évènement) déclenche une réponse. Dans un premier temps, elle est physiologique (cerveau reptilien/limbique) qui entraîne plusieurs réactions physiologiques (transpiration, augmentation du rythme cardiaque, changement de la couleur de la peau, expression du visage, larme, crie…) et hormonales (adrénaline, dopamine).
Dans un second temps l’information traitée par le cerveau va déclencher une autre action, physique celle-ci : la fuite, le combat, l’immobilisme.
La peur une information à traiter
Le circuit de l’information, suit un chemin spécifique identifié et commun à toutes formes de communication et d’échange d’informations. Un signal, une perception est traitée à plusieurs niveaux avant d’activer une réponse (action).
1. Le signal est dans un premier temps perçu par nos 5 sens. Chacun de nous, confronté à un déclencheur identifiera celui-ci de façon différente car nos capteurs sensoriels sont personnels et uniques.
2. Le second filtre est social et culturel. Notre milieu culturel, social influence nos perceptions et contribue à la déformation de nos représentations.
3. Le troisième filtre est personnel. Notre éducation, notre histoire, nos expériences, l’ambiance familiale, les traumatismes, les routines quotidiennes, nos croyances, nos valeurs, nos états émotionnels orientent notre vision du monde et la perception des évènements.
La peur déclenche une action
Le déclencheur, une fois identifié et passé par les différents filtres, actionnera une prise de décision, un choix (conscient ou inconscient) pour satisfaire une intention positive.
Cette intention positive satisfaite remet à niveau le ressenti émotionnel. L’intensité émotionnelle « peur », physique ou/et psychique, descendra en intensité pour retrouver une sensation, un ressenti, un état émotionnel confortable.
L’efficacité de l’action apportée au déclencheur dépendra de l’intensité de la représentation de celui-ci. La représentation de l’émotion est l’arbre qui cache la forêt.
– La peur du noir est en réalité la peur de ce qui se cache.
– La peur du vide ou vertige est en réalité la peur de tomber.
– La peur de la foule est en réalité la peur d’être rejeté.
– La peur d’aimer est en réalité la peur de ne pas être aimé en retour.
– La peur de ne pas contrôler ou lâcher prise est en réalité la peur que la réalité nous échappe.
– La peur d’essayer de faire quelque chose est en réalité la peur de l’échec.
– La peur de l’avenir est en réalité la peur de la fin (la mort, la fin du monde, etc.).
La peur, énergie vitale
Les émotions, et en particulier la peur, sont sources d’énergie. Elles font partie du vivant. Elles constituent un moteur puissant pour fuir, pour combattre, pour se mobiliser. A contrario , elles sont parfois un frein engendrant l’immobilisme, la sidération, le repli.
L’intensité du ressenti et le traitement de l’information par la structure de surface (conscient) et la structure profonde (inconscient) détermineront le choix, le comportement qui sera mis en action. À chacun sa peur. Toutefois si la réponse est le plus souvent instantanée et efficiente, elle peut parfois perdurer dans le temps et s’installer. L’intensité émotionnelle se chronicise et influence l’énergie vitale (physiologique).
C’est à ce stade que l’on trouve l’angoisse, l’anxiété, la crainte, l’inquiétude, la méfiance, la préoccupation, la terreur… Toutes ces émotions secondaires de la peur s’installent un temps, ponctuellement, régulièrement, dans toutes situations ou seulement dans des situations particulières, et perturbent l’équilibre énergétique.
En médecine chinoise, par exemple, le psychologique et le physiologique sont interdépendants. Le vivant fait partie d’un ensemble d’énergie. L’énergie circule à l’extérieur et à l’intérieur. L’organisme suit les flux, les mouvements, les interactions énergétiques. Chaque émotion fondamentale est associée à un chemin énergétique. La peur, elle se trouve sur les méridiens des reins et de la vessie. Ces organes qui filtrent, assimilent font parfois de la rétention d’informations et rendent le traitement de celles-ci (conscient/inconscient comme arbre/forêt) difficile.
Chaque évènement passe par ce processus de filtres, de représentations qui génère une (ou des émotions) qui actionne un comportement. Ce cycle peut être perturbé et cette perturbation entraîner des blocages. L’émotion est un élément de communication. Elle a à être exprimée. « Tout ce qui ne s’exprime pas s’imprime ».
Dans les années 70, il a été identifié, l’alexithymie (ou le silence des émotions), un trouble de la régulation émotionnelle. Elle se concrétise par une difficulté à identifier ses émotions, à les nommer, et une difficulté à l’introspection. Ce terme a émergé chez les psychanalystes (le psychiatre américain Peter Sifneos) puis plus s’est généralisé. Ces travaux ont fait la lumière sur ce trouble qui est à l’origine de certaines maladies psychosomatiques et aussi dans une grande variété de problèmes psychologiques (cela concernerait 15 % de la population, cerveauetpsycho.fr ).
Le psychanalyste canadien Guy Corneau écrit : « Lorsque nous mettons des mots sur les maux, les dits maux deviennent des mots dits et cessent d’être maudits. »
Être à l’écoute de ses émotions
La peur est « le » système d’alarme du vivant.
Se mettre en relation avec ses émotions joue un rôle important dans la prise de décision, c’est-à-dire dans l’action à mettre en œuvre pour répondre à l’évènement. Dans les années 90, le neurologue Antonio Damasio ( L’erreur de Descartes ) écrit que la prise de décision implique les émotions. L’être humain n’est plus seulement un être rationnel (nécessitant de s’extraire de ses émotions) selon la pensée de Descartes, mais devient aussi un être d’émotion.
La capacité d’identifier et de savoir déchiffrer ses émotions facilite la prise de décision et permet de répondre efficacement aux signaux que celles-ci nous adressent. Sans ce décryptage, et l’expression de celui-ci, le vivant s’éteint. Aujourd’hui on parle d’intelligence émotionnelle, cette capacité à reconnaitre, comprendre, maîtriser ses émotions et à interagir avec les émotions des autres. À vivre ensemble.
Comment vaincre sa peur
Pour gérer sa peur il est nécessaire de se mettre en action, de sortir de sa zone de confort, de connaître ses limites et d’avoir un regard averti sur son « intériorité ». Vous conviendrez que face à un lion dans la savane, l’action est nécessaire : la fuite ou le combat. Dans les deux cas, connaître ses capacités, ses limites est indispensable à sa survie.
À RETENIR
La peur est un élément essentiel du vivant qui indique autant la place de l’homme dans la chaîne du vivant que la spécificité de son espèce par le pouvoir de sa parole face à la peur.



Physiologie de la peur
par René Rampnoux
Peut-être que la difficulté à évaluer la gradation dans la peur vient de l’entrelacement total du corps et de l’esprit.
Sentiment (au sens neurologique)
La conscience de la peur commence avec les sentiments au sens vieilli du terme : « Faculté de sentir, de percevoir une sensation » ( Lexilogos ). C’est une représentation du corps avec l’aide du système nerveux. Soif, faim, désir, angoisse, douleur, stress… sont des sentiments qui informent sur l’état du corps. C’est de l’état du vivant dans un organisme à un moment donné. Le sentiment précède l’émotion. La conscience n’arrive qu’après.
L’homme et la vie nécessitent d’être en homéostasie, c’est-à-dire d’avoir un (des) système de régulation qui maintient un équilibre entre deux valeurs, entre deux limites au-delà desquelles commence le danger. Le système nerveux associé à la peur est très ancien. La preuve ? Il est sans myéline (couche de lipide qui protège les axones et accélère les transmissions électriques), un produit de l’évolution des espèces. À l’opposé, le système nerveux qui pilote la vision, de la rétine au cortex, lui est très moderne car les neurones sont myélinisés.
Dans l’évolution, les sentiments apparaissent très tôt, avant les émotions, avant les constructions sociales destinées à l’extérieur pour lui donner à voir, volontairement ou pas, mon état mental.
Émotion
La peur est une émotion, comme la tristesse, la joie, la colère, l’empathie…, une réaction psychologique et physique à une situation, une réaction comportementale face à un danger immédiat, imaginaire ou distant. Descartes identifie six émotions simples : « l’admiration, l’amour, la haine, le désir, la joie et la tristesse » ( Les Passions de l’âme ). Paul Ekman, psychologue américain (1934), a identifié six émotions primaires universelles : colère, dégoût, joie, peur, surprise, tristesse. Il considère que la peur est l’émotion la plus primitive, l’émotion fondamentale à partir de laquelle émergent toutes les autres. Il s’agit de la prise de conscience d’une menace, la première étant la rencontre avec l’Inconnu. La peur existe dans les organismes vivants avant même l’existence des vertébrés.
Elle a deux dimensions : une manifestation interne et une réaction extérieure. Ce qui se passe en interne relève de la catégorie sentiment. Comme un acteur, on peut masquer ses sentiments. La peur peut-être excessive ou impropre, source de la pathologie qu’est l’anxiété.
Le fait d’avoir peur provoquerait un « éveil », une activation physiologique qui accélère le rythme de l’horloge interne. Cet « éveil » se traduit par une dilatation des pupilles, une accélération du rythme cardiaque, une élévation de la pression artérielle, une contraction musculaire. Il est le reflet d’un mécanisme de défense déclenché dans une situation de menace, l’organisme se préparant à agir, en l’occurrence à attaquer ou à fuir. Cette surestimation temporelle dans une situation de menace a également été observée par ces chercheurs chez des enfants de 3 ans.
Pour les émotions existent une partie non consciente, prédominante, et une partie consciente qui est la perception, le ressenti subjectif. À partir du moment où il existe un stimulus qui est considéré comme prioritaire par l’organisme quelle que soit la raison, cette information importante est gérée par des réseaux émotionnels afin que l’organisme s’y adapte. Plusieurs niveaux seront impliqués. Intervient donc tout d’abord le tri des informations par les réseaux émotionnels, puis la partie préparation du corps à l’action. Ce sont des mécanismes extrêmement rapides qui vont se mettre en place par les systèmes nerveux sympathique et parasympathique. Ensuite arrive la perception subjective. Ressentir telle ou telle émotion va produire un certain nombre de pensées et de jugements d’évaluation conscients cette fois. Par exemple, à partir d’une émotion comme la peur, la pensée consciente va être de se protéger de la situation par un comportement. Ce ressenti subjectif, les pensées et les jugements qui en découlent, sont la partie visible de l’iceberg.
Composants de la peur
– Un comportement : fuite, combat ou inhibition (mis à jour par le physiologiste américain Walter Bradford Cannon avec comme exemples la préparation à la fuite du zèbre face au lion et au combat pour le chat face au chien) ;
– une expression : cri, réaction faciale, rougeurs…;
– une modification physiologique associée à une préparation pour une action musculaire violente : augmentation du rythme cardiaque et de la respiration, sudation, ventre crispé, souffle coupé, paralysie, libération de glucose, dilatation des pupilles, constriction des vaisseaux sanguins dans plusieurs parties du corps, perte d’audition, accélération instantanée des réflexes, tremblements…
Et en plus, chez l’homme :
– la conscience d’avoir peur et des modifications corporelles ;
– une aptitude à revivre une situation de peur qui a été très forte.
Trois systèmes s’activent :
– l’amygdale qui régulerait tout ce qui est perturbant pour notre survie, donc la peur ;
– une structure qui libèrent des hormones ou génèrent des comportements de peur ;
– un système de régulation, une sorte de zone de contrôle, de la peur qui savent inhiber les réactions de peur.
Pour une peur contextuelle, l’amygdale est court-circuitée pour une communication directe cortex préfrontal/tronc cérébral. Le niveau de stimulation de l’amygdale varie selon les sujets. Le grimpeur de l’extrême Alex Honnold dispose d’un seuil très haut quand un anxieux a un seuil très bas.
S’il est impossible de gérer nos réseaux émotionnels qui sont extrêmement rapides, et travaillent en amont de l’accès à la conscience, une fois que les idées apparaissent on peut prendre du recul, une distanciation, par rapport à nos pensées et à nos comportements. Il est normal d’éprouver des émotions qui soient désagréables, peur, colère, honte, jalousie… Outre le fait de les accepter pour mieux les réguler, on pourra observer ses comportements et ses jugements comme une personne extérieure, apprendre à discuter avec soi-même, à argumenter, et, en fonction de son esprit critique, à considérer ce qui en découle sous un autre angle.
Anxiété
Il est normal d’avoir un certain niveau d’anxiété car il engendre une vigilance nécessaire, vitale. Mais le monde technologique moderne sur-sollicite le système de la peur et de l’anxiété par trop de stimulus. Cela pèse sur l’amygdale et affaiblit la régulation des circuits préfrontaux.
Sur le plan pathologique, la peur prend par exemple la forme de la phobie (claustrophobie, agoraphobie…) ou de l’angoisse (qu’on a pu définir comme une « peur sans objet ») ; certaines personnes sont manifestement plus disposées à ces formes de peur qui sont heureusement, dans une certaine mesure, susceptibles d’être « guéries » (par psychothérapie et éventuellement avec des médicaments, comme les anxiolytiques), sauf dans ses formes extrêmes comme la paranoïa.
À RETENIR
La peur freine, inhibe, bloque. Les peurs sont dites « inavouables » d’une part, mais d’autre part bénéfiques car elles marquent nos limites en guise de protection.



Typologies des peurs
par René Rampnoux
Lorsqu’il s’agit de la peur pour un individu, la dimension physiologique est essentielle. Le sens restreint du mot peur convient tout à fait : une réaction face à un danger immédiat, réel ou imaginaire.
Pour un groupe, le domaine est bien plus large car « toute civilisation, toute collectivité est engagée dans un dialogue permanent avec la peur » (Jean Fourastié, Les lundis de l’Histoire – La peur en Occident , France culture, décembre 1978).
Peur des plus jeunes
Les enfants jubilent aux récits qui leur font peur. « L’enfant choisira souvent des récits mettant en scène ses peurs car il a besoin d’être confronté à celles-ci afin de les maîtriser et d’être rassuré. Le fait qu’il demande de lire et de relire sans cesse la même histoire effrayante montre qu’il est nécessaire pour lui de se confronter encore et encore à ce qui donne des frissons mais apaise aussi une fois la lecture terminée ! De tels récits sont nécessaires car ils aident l’enfant à rencontrer ses peurs et à les dépasser, ainsi il se crée des carapaces psychologiques… La peur ainsi concrétisée sous forme de loup, d’ogre, ou de sorcière permettra de ne pas garder en soi une émotion envahissante ou floue et de matérialiser sa peur en une image précise » ( media.ecoledesloisirs.fr ). « Un enfant trop sécurisé ne s’attache pas, il n’a pas appris la fierté d’avoir été plus fort que la peur » (Boris Cyrulnik, Assises internationales du roman, francetvinfo.fr ).
La famille, elle a trop souvent le tort grave d’employer la peur comme moyen d’éducation. Pour faire obéir un récalcitrant ou taire un braillard obstiné, elle appelle le gendarme, le ramoneur ou Croquemitaine. Cependant il ne faut pas jouer avec la peur ; elle fait beaucoup de mal, puisqu’elle donne l’angoissante appréhension de la souffrance. Les rituels d’initiation sollicitent des situations de peur : rituels d’apprentissage shamanique, rituels de passage chez les Amérindiens…
Aujourd’hui, « les jeunes ont peur » (Olivier Galland, Les jeunes Français ont-ils raison d’avoir peur ? ). La crise du modèle méritocratique est primordiale dans l’explication de ce constat inquiétant.
Peur innée – Peur apprise
La peur innée est située dans le génome. C’est elle qui fait qu’un nourrisson de six mois manifeste de la peur (dilatation des pupilles) si on lui projette des images d’araignées ou de serpents.
La peur apprise est plus connue : le danger que représente une prise électrique. De ce type de peur, on peut s’en défaire plus aisément. Le Juif, l’Arabe, le Franc-maçon, le Jésuite, la femme sorcière crée la peur en Occident.
Mais tout évolue et la peur de la batterie déchargée, la nomophobie où la peur de se retrouver sans téléphone portable, concerne 34 % de Français, 53 % des 25-35 ans et 64 % des 18-24 ans (enquête d’OpinionWay pour Oppo, selectra.info, mars 2021).
Peurs collectives
Pour la peur individuelle, il n’existe pas de constante. Âge, classe sociale, sexe différencient les peurs. Les manifestations sociales de la peur (sudation, pupilles dilatées) existent pour prévenir les congénères du danger perçu.
◆ Analyses
Pour Jung, au plus profond de l’inconscient se trouvent tous les instincts, traduction psychique du biologique. Ils sont génétiques, voire culturels. L’inconscient collectif, mot malheureux car c’est en fait une autre strate complémentaire de l’inconscient, est hanté par des archétypes immémoriaux. L’archétype ( arché , le fondement ; tupos , l’empreinte) est une structure inconsciente qui s’imprime dans notre psychisme et contient l’expérience existentielle, familiale ou historique. Il en résulte notre capacité à comprendre le monde et la structure de notre imagination. L’activation des instincts dans du biologique n’est pas une constante ; chaque homme active les quatre processus – la pensée, la sensation, l’intuition (processus inconscient de création et d’élaboration) et le sentiment (jugement subjectif) – selon son équation personnelle (extraverti, introverti, juge ou observateur). Jung regarde le psychisme individuel comme le reflet de l’âme collective des nations. Les grandes traditions culturelles influent sur les périmètres de la peur. La peur est une constante mais sa définition bouge.
Les peurs régissent les rapports entre les hommes et sont un des moteurs de l’histoire. Mais se marque une dimension culturelle : on avait peur de l’éclair, du tremblement de terre ou du feu ; on craint désormais le nucléaire, la biologie. La science engendre la peur autour des questions d’environnement, du climat, de biotechnologie, de génétique. La spirale de la peur est une marque des sociétés où règne trop de violence. Aux États-Unis, Trayvon Martin, jeune adolescent afro-américain, a été abattu par Georges Zimmerman, en 2012, alors qu’il venait de s’acheter un paquet de bonbons ; le policier a été blanchi au nom de sa propre frayeur de proie. Les victimes, parce qu’elles sont susceptibles de répliquer, génèrent une peur qui les transforme en danger à neutraliser, au nom de la peur de ceux qui eux-mêmes se désignent comme des proies potentielles.
Les réactions de l’individu devant un danger précis sont connues : il peut s’écraser, fuir ou attaquer. Mais les collectivités assiégées, comment réagissent-elles ? « Comment les agressions subies par les groupes pourraient-elles ne pas provoquer, surtout si elles s’additionnent ou se répètent avec trop d’intensité, des mobilisations d’énergie ? Et celles-ci doivent logiquement se traduire soit par des paniques, soit par des révoltes, soit, si elles n’aboutissent pas à des extériorisations immédiates, par l’installation d’un climat d’anxiété, voire de névrose, lui-même capable de se résoudre plus tard en explosions violentes ou en persécutions de boucs émissaires… C’est donc à plus ou moins longue échéance une attitude suicidaire de la part d’un groupe dominant de parquer une catégorie de dominés dans l’inconfort matériel et psychique. Ce refus de l’amour et de la « relation » ne peut manquer d’engendrer peur et haine » (Jean Delumeau, La Peur en Occident ).
L’autre figure ayant popularisé l’image de la foule incontrôlable et prise de panique est Gustave Le Bon (1841-1931, médecin). Il a, par son livre Psychologie des foules , exercé une grande influence sur les sciences sociales pour qui la foule reste longtemps vue comme dangereuse. La panique, selon Le Bon, peut être déclenchée par la simple croyance du danger imminent, sous l’effet de la contagion des émotions. Dans cette situation, le lien social s’effondre et chacun en vient à se représenter autrui comme un obstacle à sa propre survie. On fait remonter à Hobbes et à sa conception de la nature humaine cette représentation classique du comportement panique de la foule. Lorsque l’humain est en situation de danger, l’individu ne serait intéressé que par sa survie.
Or, de nombreux travaux ont montré qu’en réalité, les situations de danger, même lorsqu’elles sont perçues comme mortelles, ne mènent pas forcément à la panique individuelle, et rarement à la panique collective. Les comptes rendus des rescapés de l’attentat du 11 septembre 2001 contre les deux tours du World Trade Center recueillis par les médias décrivent en général les autres victimes comme « calmes » et « ordonnées ». Près d’un cinquième des témoignages mentionnent aussi que les autres étaient « aidants ». Les photographies prises lors de l’évacuation des tours par John Labriola confirment ces dires. Une enquête sur les attentats du 7 juillet 2005 ayant frappé les transports publics londoniens donne les mêmes résultats : comportement des personnes majoritairement perçu comme « calme » et « ordonné », nombreux témoignages de l’aide que s’apportent mutuellement les victimes, comportements égoïstes paraissent rares, et de portée limitée, alors que ces témoignages attestent pourtant d’une sensation de peur importante et de la conscience aiguë de la possibilité de mourir. Le besoin de maintenir un lien social dans une situation extrême semble réel, voire vital. Peut-être un sentiment de destin commun. « Dans ces situations singulières, ce sont moins des motivations individualistes et sociales qui s’opposent, qu’une reconfiguration profonde des stratégies sociales et non sociales qui s’opère en vue de permettre la survie » (Guillaume Dezecache, Les paradoxes de la peur panique , La Vie des idées , mai 2017).
◆ Deux illustrations de la notion de peur collective
1. La Grande Peur ou « Quand le peuple se fait peur à lui-même » (Georges Lefebvre, La Grande Peur de 1789 ).
Après la prise de la Bastille et jusqu’au 6 août 1789, un mouvement de panique se développe dans les campagnes françaises. Cette frayeur collective perdure jusqu’au mois d’août et l’abolition des privilèges. La « Grande Peur » est entretenue par de nombreuses rumeurs : on évoque tantôt un complot des aristocrates, tantôt une guerre imminente, tantôt enfin des attaques de brigands dans les campagnes. La rumeur s’accompagne souvent de prises d’armes de défense. Comme les dangers n’étaient que le fruit de leur inquiétude, les paysans rassemblés, armés, apeurés et préalablement mécontents, s’en prirent aux châteaux et aux abbayes. Née pour traquer les brigands, mais débouchant sur la mise à sac des châteaux et domaines, cette violence paysanne organisée va déraper vers des objectifs politiques inédits, notamment en exigeant de la part des châtelains la restitution des terriers ou des titres de féodalité qui sont alors livrés au feu. C’est une « peur subie ». Par contraste, on parle de « peurs organisées » pour les mesures prises par cet État révolutionnaire né d’une violence fondatrice, le 14 juillet 1789. Paraîtra en 1790 une brochure anonyme L’Éloge de la peur , prononcée par elle-même en séance de l’Assemblée nationale. Cela présage des massacres sauvages de septembre 1792 sur 1 300 personnes (faussaires des assignats, prêtres réfractaires, « aristocrates »…) prisonnières à Paris, en écho à la peur provoquée par le « manifeste Brunswick » qui menace le Paris révolutionnaire d’un bain de sang expiatoire au cas où la famille royale serait violentée.
Peur collective et rite de violence expiatoire constituent ici un rituel social qui fait intégralement partie du processus révolutionnaire. L’appel à verser « le sang impur » de la Marseillaise ! « Les peurs suscitées un peu partout en France lors de la fuite du roi, en juin 1791, ont entraîné dans presque tous les villages la Création de Comités de vigilance prêts à parer au moindre danger perçu » (Jean Palou, La Peur dans l’Histoire ).
2. Le canular radiophonique d’Orson Welles
Le 30 octobre 1938, Orson Welles décide d’interpréter La Guerre des Mondes , roman de science-fiction de H. G. Wells, 1897, sur les ondes de la radio CBS. Le personnage principal conte ce qu’il vit : l’invasion des Martiens. Beaucoup d’auditeurs vont croire qu’il s’agit de bulletins d’informations décrivant une réalité. Malgré les avertissements en début d’émission, des milliers d’Américains paniquent en croyant à une réelle invasion extraterrestre. Le Président Roosevelt convoque même l’armée.
Peurs de l’élite – peurs populaires
Les juges et les théologiens ne partagent pas les peurs de paysans. Ceux-ci craignent Satan et ses agents (le turc, le juif, la femme, le sorcier), les revenants, la mer, la nuit, la peste, les loups, le voisin qui est un délateur en puissance. L’élite se préoccupe plus d’eschatologie, surtout après le Grand Schisme d’Occident.
Les fléaux (la Grande Peste de 1348 et ses multiples récidives, la guerre de Cent Ans, les famines dévastatrices) apparaissent comme autant de punitions de Dieu et annoncent pire encore.
L’historien et démographe Louis Chevalier publie en 1958 Classes laborieuses et classes dangereuses à Paris pendant la première moitié du XIX e siècle car les classes laborieuses sont, en ce siècle, décrites dans des termes à forte connotation raciale ou ethnique par la bourgeoisie et l’aristocratie. La « classe » dominante navigue entre mépris et condescendance, peur ou haine, toujours aujourd’hui.
« Qu’on l’appelle peuple, populace, classes laborieuses ou dangereuses, cette partie importante de la population se trouve reléguée, hier comme aujourd’hui, sinon dans la condition criminelle, du moins aux confins de l’économie, de la société et presque de l’existence dans une condition matérielle et morale favorable à la criminalité et à la rébellion » (Hobsbawm, L’ère des empires ). « Plus qu’aucun autre groupe, ce sont les élites qui ont l’initiative et recueillent les bénéfices de la peur » (Corey Robbin, La peur ).



Digressions sur les petites et les grandes peurs
par Jacques Orefice
« Tous les hommes ont peur. Celui qui n’a pas peur n’est pas normal » (Jean-Paul Sartre).
Petite ou grande, la peur est un invariant anthropologique propre à l’espèce humaine. La peur se définit comme une émotion ressentie lors de la perception d’une situation extérieure réelle ou supposée risquant de mettre en danger l’être humain dans l’urgence du présent. La peur permet l’évitement et la fuite devant un danger vital potentiel. Comme l’affirme l’historien Jean Delumeau, la peur est « une émotion-choc, provoquée par la prise de conscience d’un danger présent et pressant qui menace notre conservation ». Émotion inhérente à la condition humaine, elle s’avère fondatrice de toute existence individuelle et collective et de leur préservation.
La peur, constitutive de toute expérience humaine, est identifiée depuis la plus haute antiquité que ce soit dans les mythologies grecques, dans la Bible et dans tous les romans. Elle revêt aujourd’hui un polymorphisme qui rend difficile sa compréhension en ce qu’elle recouvre toutes les conduites humaines. Y compris et surtout parce qu’elle génère un profond sentiment d’exister, d’être-au-monde.
La peur ne doit pas être assimilée à l’angoisse pas plus qu’elle ne peut être réductible aux phobies. La peur est un phénomène physiologique et doit être analysée comme telle. La peur est provoquée par un objet extérieur, c’est cette extériorité qui la différencie de l’angoisse. L’angoisse, elle, s’affronte à un danger sans objet qui vient de l’intérieur, elle est « appréhension réflexive de soi » comme l’écrivait Sartre, elle met en rapport le présent et un futur de tous les possibles, elle est conscience que rien d’autre que la liberté du sujet détermine sa conduite et donc sa responsabilité. Dans la confusion sémantique qui prévaut, elle doit absolument, pour être comprise, être différenciée des phobies. Le terme de phobie n’est attesté en France qu’en 1875 dans une psychiatrie descriptive situant les symptômes dans une psycho-pathologie nosographique. De gravité variable, elle aliène toute liberté et toute responsabilité. La phobie est folie et se produit lorsque la peur franchit la limite du rationnel. La galerie des phobies, pourtant abondamment garnie par plus de 500 phobies, s’enrichit tous les jours. D’aucuns ont même cru pouvoir s’affirmer atteint d’une phobie administrative (Thomas Thévenoud, éphémère secrétaire d’État de 9 jours en 2014, fut condamné en janvier 2016 pour fraude fiscale. Il affirmait souffrir d’une « phobie administrative » dont il a déposé la marque auprès de l’INPI, ce qui prouve a minima que s’il était phobique, il n’avait peur de rien). Quant à Woody Allen, il allait jusqu’à se revendiquer comme panphobique, celui qui a peur de tout, jusque et y compris « avoir peur d’avoir peur. » Il se rapprochait ainsi du dieu Pan à l’origine des peurs paniques capables de désorganiser les armées les mieux préparées.
« L’émotion la plus ancienne et la plus forte de l’humanité est la peur. Et le type de peur le plus ancien et le plus fort est la peur de l’inconnu » (Howard Philips, Lovecraft ).
Dans la matrice originelle, le fœtus ne connaît pas la peur, rassemblé qu’il est dans la fusion biologique qui l’unit à sa mère et dans le même temps il est baigné dans la peur de sa mère qui sait qu’en donnant la vie, elle donne aussi la mort et que l’enfant qu’elle porte est condamné à mort car ne meurent que ceux qui sont conçus.
De la période néo-natale à l’adolescence, l’être humain en devenir apprend par imitation les peurs des familiers qui l’entourent et il les mémorise. Il les intègre et construit ses propres peurs qui sont autant de signaux d’alarme et de survie et qui in fine participent à son éducation. Le Petit Chaperon rouge remplit pleinement cette fonction sociale éducative de l’apprentissage de la solitude face à l’inconnu.
La peur de la nuit et du noir, de la nuit noire est emblématique de cette peur de l’inconnu. « J’ai peur du sommeil comme on a peur d’un grand trou noir, tout plein de vague horreur, menant on ne sait où » écrivait Baudelaire dans ce sublime poème qu’il eût pu tout aussi bien intituler La Peur ( Les Fleurs du Mal ). Il savait, lui, qu’Hypnos est le frère jumeau de Thanatos, que le rythme circadien est à l’échelle de l’homme ce qu’est le cycle annuel à l’échelle de la terre, et que le crépuscule et l’aurore le renvoyaient à l’alternance des solstices et donc que la peur du sommeil équivalait à la peur de la mort. Les sociétés modernes marquées par l’utopie d’une mise à mort de la mort, de mettre la mort hors-la-loi ont commencé par les illuminations extérieures de nos nuits comme le montre l’accroissement constant de l’éclairage artificiel de la Terre depuis l’avènement de l’éclairage public à Antioche au IV e siècle. Associées à l’éclairage intérieur de nos logements et à notre connexion quotidienne à tous les écrans qui nous accompagnent en permanence, ces lumières abolissent les ténèbres, veulent abolir nos peurs, participent de l’abolition du monde de la nuit, de l’éviction du noir et de notre solitude. Mais n’est-ce pas seulement contribuer à déplacer les lieux de la peur et les lieux de l’étrangeté où s’élaborent les monstres, les démons, les fantômes et les cauchemars qui permettent de libérer nos mondes intérieurs et de les apprivoiser ? Pour pouvoir affronter les grandes peurs individuelles et collectives, il est préférable d’avoir dépassé les petites peurs, ces petites peurs en surface qui dissimulent et préparent aux grandes peurs en volume. Les lumières artificielles sont autant d’artifices qui enfouissent les peurs de la ville et de la vie.
Quant à l’étranger, cet inconnu qui incarne au propre cette étrangeté, il focalise nos peurs. En effet, au fil de sa vie, l’être humain développe une peur de l’étranger et de l’étrangeté en même temps qu’il se confronte à l’inconnu par une insatiable curiosité. L’inquiétante étrangeté peut aussi receler une certaine familiarité qui attise le désir et qui attire l’enfant. L’inconnu est symbolisé par l’autre, par l’étranger dont la peur conduit au rejet, à l’évitement et à l’absence de communication. Ainsi en est-il de la xénophobie, de l’islamophobie, de l’homophobie et de toutes les socio-pathies racistes qui résultent de peurs indépassées.
Toutes les peurs enfantines sont grosses de toutes les peurs à venir. Tous ces éléments de peur contribuent à la construction de la personnalité de l’adulte en devenir qu’est l’enfant. Toutes les métamorphoses subies sont autant de réinterprétations du monde que le milieu social dans lequel il évolue lui transmet. Dans cette réinterprétation, les contes imaginaires racontés aux enfants témoignent de toutes les réalités humaines sources de toutes les petites peurs enfantines qui ne demandent qu’à devenir les grandes peurs : peur d’être abandonné, peur de ne pas être aimé, peur de la réussite comme la peur de l’échec. « Rien n’est pire que l’échec sinon la réussite quand elle ne vous comble pas » (Luc Ferry, Qu’est-ce qu’une vie réussie ? ). Tous sentiments qui accompagnent l’Obélix de notre enfance. « Nous, les Gaulois, n’avons peur que d’une chose, c’est que le ciel nous tombe sur la tête » (Goscinny et Uderzo, Le ciel lui tombe sur la tête ).
Popularisée par les albums d’Astérix et d’Obélix, cette phrase tire son origine de la rencontre, rapportée par Strabon (-60 +20, Géographie ), des Celtes de l’Adriatique avec Alexandre le Grand. Ce dernier, les interrogeant pour savoir ce qu’ils redoutaient le plus au monde, s’entendit répondre « qu’ils ne redoutaient rien que de voir le ciel tomber sur eux ». Ni les Celtes de l’Adriatique ni Diogène ne manifestaient d’autre crainte que celle de la puissance supérieure, ciel ou soleil, et faisaient ainsi savoir au simple mortel qu’était Alexandre l’étendue de la vanité de son pouvoir temporel. Dans le même ordre d’esprit, la formulation d’un serment irlandais rappelait sa validité éternelle, sauf cas de force majeure ainsi exprimée : « Sauf si le ciel s’effondrait, si la terre était ébranlée, et si la mer se déplaçait ». Ainsi s’énonçait l’impuissance humaine devant la violence des catastrophes naturelles perçues comme d’origine divine. La pandémie due à SARS-CoV-2 et à ses variants ne se formule pas autrement en filant la métaphore maritime des vagues successives dans l’attente du tsunami prédit par certains collapsologues qui se substituent aux prophètes jouant, à tort ou à raison, sur les peurs.
Entre les adeptes des théories du complot, qui font de la science et de ses applications un nouveau Léviathan en dehors de toute rationalité, et les scientifiques horlogers, qui prédisent l’Apocalypse dans une minute et 40 secondes, les grandes peurs du XXI e siècle trouvent toutes à se focaliser sur les multiples objets qui s’offrent à leurs choix. Et ils ne manquent pas : guerres nucléaires, anthropocène, trans-humanisme, épidémies ( The Doomsday Clock est une horloge conceptuelle prédictive de la fin du monde imaginée par le Bulletin des savants atomistes, Chicago), terrorismes, totalitarisme, Big Brother… Les siècles passés n’échappaient pas pour autant à l’instrumentalisation des peurs. Sans en faire une impossible revue exhaustive, tant politique que religieuse, il suffit de présenter « la pastorale de la peur », doctrine officielle de l’Eglise catholique pendant 5 siècles. Cette pastorale est issue du concile de Trente (1542-1563) est rigoriste, doctrine officielle de l’Eglise catholique du MoyenÂge à l’Epoque Moderne. Elle était censée s’opposer à la Réforme protestante et provoquer les conversions par la peur qu’inspiraient les châtiments de Dieu, notamment l’Enfer et la damnation. Parallèlement, Thomas Hobbes (1588-1679) est le premier philosophe qui a placé la peur au fondement de l’ordre social et qui en fit la force productive de tout État. Le XX e siècle, le siècle le plus meurtrier de l’histoire, fut le siècle le plus productiviste en matière de peur. Il n’est donc pas étonnant que ce soit un philosophe allemand Hans Jonas qui produisit une heuristique de la peur. Pour lui, la peur à l’égard du destin futur de l’humanité est un instrument de connaissance en ce qu’il nous permet de dépasser le sens de l’humain et un impératif catégorique qui nous pousse à agir comme responsable. La peur ainsi contrôlée devient utile à l’action.
À RETENIR
Au XX e siècle, les neurosciences ont non seulement démontré l’universalité de la peur, mais aussi son étroite parenté avec la douleur et le plaisir dont elle partage les mêmes circuits neuronaux et les mêmes neuro-transmetteurs (l’adrénaline, la sérotonine et la dopamine). La littérature, les films d’horreur, les attractions foraines et les jeux vidéo nous avaient depuis longuement appris cette parenté d’autant que leur pratique s’exerce dans un environnement protecteur.
Ce sont ces « ressorts » de la peur qu’ignorait Montaigne ( Essais ) dans son chapitre De la peur mais il avait parfaitement perçu qu’elle était partie intégrante de notre humaine condition et qu’elle était la source de l’impossible plénitude de l’être. Ceci lui faisait conclure : « C’est ce de quoy j’ay le plus de peur que la peur. »



La perception de la peur
par René Rampnoux
« Il restera toujours la peur. Un homme peut détruire toute chose en lui-même, l’amour, la joie, la haine et même le doute mais aussi longtemps qu’il tient à la vie, il ne peut pas détruire la peur. » Joseph Conrad
La rumeur
Elle est le pivot de la culture de la peur. Elle génère la peur et la peur contribue à créer de nouvelles rumeurs.
◆ Illustrations
1. Été 1953, Morbihan (Jean Palou, La Peur dans l’Histoire ).
Des grèves naissent un peu partout en France, paralysant les moyens de communication et aussi la distribution des courriers. Dans le Morbihan, un paysan écoute à la radio une émission de chansonniers. Il prend cette émission en retard, et d’ailleurs se trompant de poste, il croit être au moment des informations. Il apprend le débarquement des Russes en Bretagne. Sans en entendre davantage il se précipite dans le village pour y porter la nouvelle. On l’écoute d’autant plus qu’il est un gros propriétaire du canton. Ses auditeurs, déjà surexcités par une certaine presse, marquent un mouvement d’affolement. Arrive des champs un autre paysan qui aussitôt confirme l’information. Il a vu près des bois proches du village des hommes armés qui se dissimulaient, en réalité des Américains d’un camp voisin. On s’affole. La peur règne sur un village de deux cent cinquante habitants.
2. La rumeur d’Orléans
En 1969 naît à Orléans une inquiétante rumeur faisant état de la disparition de jeunes femmes, prétendument chloroformées dans les cabines d’essayage. À l’origine, un groupe de lycéennes. Un véritable vent de panique avait soufflé pendant plusieurs mois sur la ville. Edgar Morin lui consacre un ouvrage : « Résurgence dans une cité moderne de récits empruntés au Moyen Âge. Tous les commerçants visés étaient juifs. »
◆ Oralité et réseaux sociaux : le même mécanisme ?
Longtemps l’homme, souvent analphabète, a dû se contenter d’une culture de l’oralité et de l’image. Jusqu’à la scolarisation de masse, l’accès à l’information est souvent le fruit d’un intermédiaire (le héraut des pièces antiques qui informe des lois et des débats importants pour la communauté, le prêtre qui à l’église donne aussi des informations sur la vie de la paroisse), d’un « médiateur » qui fait le lien entre celui qui a l’information et celui qui ne l’a pas. Les réseaux sociaux empruntent quelque chose de cette oralité à laquelle s’ajoute la vitesse de diffusion. Via twitter et les réseaux sociaux, chacun peut développer une « info », un « scoop », même si l’information reste à l’état de rumeur.
◆ Un contresens : « La France a peur »
Roger Gicquel ouvre ainsi son journal télévisé de TF1 du 18 février 1976. C’est le lendemain de l’arrestation du meurtrier d’un enfant de sept ans. Et d’oublier que le journaliste ajoute : « Nous avons peur, et c’est un sentiment qu’il faut déjà que nous combattions je crois. Parce qu’on voit bien qu’il débouche sur des envies folles de justice expéditive, de vengeance immédiate et directe, et comme c’est difficile de ne pas céder à cette tentation quand on imagine la mort atroce de cet enfant. » Il voulait dénoncer la vengeance, on n’a retenu que l’effet de saisissement ; « manier » la peur est dangereux.
Les médias
Pourquoi les médias récupèrent-ils et alimentent-ils cette rhétorique de la terreur, postulant que l’homme « aime » se faire peur ?
La peur est-elle un moyen d’encadrer et de contrôler la société, et les médias sont-ils alors les serviteurs passifs d’un État soucieux d’ordre et d’harmonie ?
Les spectateurs, lecteurs, « surfeurs » acceptent-ils passivement un discours de la peur ou se le réapproprient-ils en le transformant, en y plaquant leurs propres fantasmes dans un processus de « réception créatrice » ?
Les médias reflètent-ils le passage à une société « post-historique » (Edgard Morin) et à une société du « risque » ?
La peur a été le thème fédérateur entre des auteurs et un public plutôt démuni culturellement au départ. Les « canards » sanglants pullulent dans la seconde moitié du XIX e siècle : le Petit Journal , le Petit Parisien ou l’ Illustration (à l’échelle locale également comme l’ Éclaireur de Nice ou le Petit Niçois ) séduisent les masses par cette écriture simple qui renvoie à des faits divers hors normes et qui leur parlent. Ces récits sont redondants, très codifiés, théâtralisés. Ils mettent en scène non des personnages exceptionnels mais des quidams, si bien que tout à chacun peut se trouver en position de « héros ».
La plupart des informations relayées par les médias sont de plus en plus nombreuses et de moins en moins rigoureuses ; les médias dans une logique de concurrence et de rentabilité doivent réagir dans l’instant, être les premiers à faire connaître l’événement. Le poids de l’image donne l’illusion de la vérité et endort le sens critique, voire le bon sens. « Un sentiment d’insécurité est assez strictement contemporain de l’épanouissement des médias… un procès constant, dont les termes sont inlassablement répétés depuis un siècle, intenté à la presse. Les axes de ce procès sont complémentaires : la presse favorise la contagion du crime en abusant des récits de crimes et de violence, elle démoraliserait la jeunesse et serait à l’origine de la dissolution des mœurs. Mais elle offrirait également une représentation faussée des dangers qui menacent l’ordre et la sécurité, exagérant certains périls, en atténuant d’autres… La presse privilégie l’exceptionnel au quotidien parce que, pour elle, c’est l’exception qui fait l’événement, l’actualité, la nouvelle… Les récits de crime et de châtiment sont accusés de pervertir le sens moral des lecteurs les plus influençables, à savoir les membres des classes populaires » (Anne-Claude Ambroise-Rendu, Crimes et délits, une histoire de la violence de la Belle Époque à nos jours ).
« La présence de la peur dans les médias apparaît aujourd’hui massive comme les médias eux-mêmes, surtout à la télévision… On a peur ensemble et la peur produit sans doute du lien social face aux multiples dangers, menaces et risques qui guettent… Face à l’insécurité moderne, les médias n’inventent pas la réalité des dangers, risques et menaces. Ils n’inventent pas le discours sur l’insécurité, mais ils en choisissent l’exposition, les mots, le récit et la problématisation (quels sont les thèmes et les urgences). Ils fixent l’ordre du jour conceptuel et émotionnel de la réalité vécue. Ils socialisent la peur en la diffusant dans le corps social et en tombant d’accord entre eux sur ses termes de référence » (Antoine Maurice, directeur de l’Institut de journalisme et communication de Neuchâtel, journaliste à la Tribune de Genève ). La peur garantit toujours une bonne audience et la versatilité du public s’aggravant, les médias sont sur le qui-vive.
Peur et mort
« La forme la plus pure de la peur est la crainte de la mort, le mal futur absolu » (Corey Robin, La peur ). Par-là peut se comprendre la peur de la mort. À supposer qu’elle soit considérée comme un mal, la mort, étant une certitude pour chacun d’entre nous, devrait plutôt susciter le désespoir que la peur. Toutefois, à bien y réfléchir, ce n’est pas exactement la mort elle-même qui fait peur, mais ce qu’elle représente d’inconnu : quand vais-je mourir ? Que m’arrivera-t-il au moment de ma mort ? Celui qui connaîtrait la réponse à ces deux questions n’aurait-il plus peur de la mort ?
Se libérer de ses peurs
Si l’on n’a peur que de ce qu’on ne connaît pas, le savoir s’impose logiquement comme le remède contre les peurs. Ainsi la science nous libère-t-elle de certaines d’entre elles : la foudre cesse en grande partie d’être effrayante dès lors qu’on en a une connaissance scientifique. De même, l’avenir étant, par définition pourrait-on dire, inconnu dans une large mesure, il est l’une des grandes sources de nos peurs.
« Ce qui peut donc seul rompre le cercle infernal de la souffrance et délivrer l’individu de la peur qui le paralyse (de cette peur tout à la fois tapie en chaque recoin de l’espace interhumain et collant à l’existence au point de faire corps avec elle), cela est, pour Dostoïevski, la bienveillance qui est accueil, amour, compassion… Ce n’est que la compassion qui sait aimer ; elle peut engendrer de la vie parce qu’elle est à même de rendre à l’autre la possibilité d’habiter la vie, en se tenant, sans peur dans sa propre vie… Une présence qui sait laisser entendre, par soi seule, qu’il n’y a rien à redouter, qu’il n’y a plus de place pour la méfiance et pour la peur, qui sait, d’un mot, laisser entendre à l’autre à qui elle s’adresse qu’il peut, à son tour oser venir et s’avancer vers elle comme, elle, elle ose s’avancer » (François Chirpaz, Difficile rencontre ).
À RETENIR
Les peurs et les angoisses de chacun nous se déterminent face aux risques (Ulrich Beck, La Société du risque , 2008). « La source de la peur est dans l’avenir, et qui est libéré de l’avenir n’a rien à craindre » (Milan Kundera, La lenteur ).



Les Peurs dans l’Antiquité grecque
par Michèle Giraudeau
Introduction
Si une crainte raisonnée est sage devant un danger, la panique est une émotion qui paralyse car on ne peut rien face à Zeus ou à un monstre ! Pourquoi l’antiquité grecque a-t-elle si souvent évoqué cette émotion ? Comment a-t-elle triomphé de ce besoin pathologique d’avoir peur ?
Les Peurs sages ?
Certaines peurs sont « éducatives » et les coups de fouet augmentent avec les tuiles cassées par un garnement ( Hérondas, Le Maître d’École 44), d’autres testent le courage, ainsi, quand Hippocrate envoie son fils, le médecin Thessalos, apporter ses soins dans une zone de guerre ravagée par une épidémie, ce dernier affirme n’en avoir été détourné ni par « la crainte de la mer ni la crainte aux combats » ( Presbeutikos 8, 15), inversement la peur de la contagion gagne les Athéniens lors de la peste ( Thucydide, II, LI, 5). Elles contribuent aux équilibres militaires : si les Athéniens se décidaient à armer cinquante trières et à y embarquer, Philippe « prendrait peur en vous sachant prêts » leur répète Démosthène ( 1° Philippique 18). On est angoissé par le sort de l’être aimé : « Ainsi s’en est allée la fleur des guerriers du pays de Perse et sur eux la terre d’Asie, qui fut leur nourrice, gémit toute d’un regret ardent cependant que parents, épouses, en comptant les jours, frémissent du temps qui s’allonge » (Eschyle, Les Perses 59) : cette anxiété est de toutes les guerres. On partage la peur de Priam qui se risque sans escorte en pleine nuit dans le camp ennemi pour réclamer le corps de son fils à celui qui l’a tué. La peur peut même provoquer une maladie : « Zeus fit entendre un fort grondement et lança sa foudre, le feu de l’éclair frappa mes yeux, le bruit frappa ma tête… la frayeur me mit en sueur » : telle est l’origine que Libanios attribue à ses migraines incurables ( Autobiographie , 9). Or ce sont bien là les symptômes de la Panique.
La Panique lancée par les dieux et les monstres ?
La Panique émane souvent de Zeus – seul dieu à qui les Cyclopes ont donné le tonnerre, l’éclair et la foudre forgés au cœur des volcans ; toutefois Dionysos sait en user : « On l’a vu disperser, avant le choc des lances, en proie à la terreur, une armée en bataille » (Euripide, Les Bacchantes 304), ou bien Arès dont les écuyers sont les démons Deimos (Crainte) et Phobos (Terreur). Cette « peur verte » est un bouleversement physique toujours décrit avec grande précision : cœur qui bat contre le diaphragme (Hippocrate, Maladie sacrée 17), dents qui claquent, genoux qui se dérobent, frissons de froid glacial et teint verdâtre (livide, pâle, plombé), incapacité à agir : « Zeus… fait entendre un tonnerre effrayant. Une terreur livide alors les saisit ; ils laissent fuir à terre le vin de leurs coupes » ( Il, VII, 478) ; « Zeus… fait entendre un fracas terrible et dépêche une lueur flamboyante vers l’armée des Achéens. Ceux-ci la voient et sont pris de stupeur, et, tous, une terreur livide les saisit » (Il, VIII, 75) ; « Zeus Père… fait alors dans Ajax se lever l’épouvante. Ajax s’arrête, saisi de stupeur… il frissonne, il jette sur la foule, en tournant la tête, le regard éperdu d’une bête traquée, c’est à peine s’il meut un genou après l’autre » ( Il, XI, 544). De même les Troyens poursuivis par Ajax : « Quand les hommes sont pris de panique et que Zeus parmi eux a fait lever la déroute ( Il, XIV, 522)… ils s’arrêtent près des chars et demeurent là, blêmes d’effroi et saisis de panique » ( Il, XV, 3 ). Parfois l’ennemi humain la provoque : ainsi, face à Ulysse, « Dolon s’arrête, saisi d’effroi. Il balbutie ; dans sa bouche, on entend claquer ses dents. Il est blême de peur » ( Il, X, 374). Puisqu’il ne peut plus les combattre, Ulysse aux Enfers redoute les morts : « Ils accouraient à l’entour de la fosse avec des cris horribles : Je verdissais de peur » ( Od, XI, 42).
La mythologie présente des monstres aussi nombreux que les apparitions du Diable ou de la Dame blanche au Moyen Âge ! Les Grecs ont donné à leurs dieux forme humaine, c’est cette même référence qui définit inversement les monstres : ils sont d’une altérité radicale dans leur forme et dans leur comportement, et pour cela, provoquent cette peur irrépressible. Ainsi une créature peut multiplier les organes au-delà de la norme : Cacus, Géryon ou Cerbère possèdent trois têtes ; Scylla a douze pieds, six têtes dont chacune possède trois rangs de dents ( Od., XII, 90). Le monstre peut mêler plusieurs espèces animales : « Et voici que les mortels… ont senti leurs cœurs bondir d’épouvante pâle devant un spectacle inconnu : à leurs yeux s’offrait, repoussante, une bête mêlée d’être humain, partie génisse, partie femme », telle est Io vue par Eschyle ( Les Suppliantes, 565-569). Un composé d’oiseau, femme, lion ? la Sphinx ! de serpent, lion, chèvre, à plusieurs têtes ? la Chimère ! de femme et d’oiseau ? les Sirènes et les Harpyes ! d’homme et taureau ? le Minotaure ! d’homme et de bouc ? le Centaure ! d’homme, vipères et dragons ? Typhon ! La Gorgone Méduse possède des défenses de sanglier, des mains de bronze, des ailes d’or et une chevelure de serpents , si bien qu’aux Enfers, l’angoisse saisit Ulysse : « Je me sentis verdir de crainte à la pensée que, du fond de l’Hadès, la noble Perséphone pourrait nous envoyer la tête de Gorgo, ce monstre terrible » ( Od, XI, 633-635). Avec Talos, on ne sait plus s’il s’agit d’un être ou d’un objet puisque ce robot est fait de bronze qu’il rend incandescent pour serrer ses victimes contre lui (Pausanias VII, 4, 8). Des objets aussi ont des pouvoirs terrifiants : le casque d’Hadès rend invisible. La magicienne Circé possède des servantes automates, Perséphone un siège dont on ne se relève pas. Quelques rares héros du passé comme Thésée, Jason ou Héraclès ont pu tuer des monstres mais tout homme sensé, si courageux qu’il soit, les redoute parce que non seulement ces êtres ont un physique terrifiant mais surtout ils font preuve d’un comportement transgressif et inhumain. Ainsi les Harpyes sont ravisseuses d’enfants et d’âmes, Charybde avale les navires qui passent près d’elle, la Chimère souffle des flammes. Tantôt ils métamorphosent leur victime en une autre forme du règne animal (compagnons d’Ulysse changés en porcs ou chiens) ou bien du règne végétal (Myrrha en myrrhe) ou minéral : la Gorgone Méduse peut, même décapitée, changer en pierre ceux qu’elle regarde ( Pindare, Pythique XII, 15). Tantôt ils sont anthropophages comme les Sirènes, la Sphinx ou le Cyclope Polyphème qui, de surcroît, brave les lois de l’hospitalité régissant les rapports humains puisque le seul cadeau qu’il consent à Ulysse, pourtant venu avec des présents, est de promettre de le dévorer le dernier ( Od., IX, 370) !
Du bon usage de la terreur par la tragédie ?
Le Grec ne craint certes pas de devenir Méduse ou Sphinx, mais il sait que l’être humain peut accomplir des actes monstrueux. Il jugule donc sa terreur en l’associant à la pitié comme l’analyse Aristote : « Sont à craindre toutes les choses qui, arrivant à d’autres ou les menaçant, sont propres à exciter la pitié » (Aristote, Rhétorique 1382b) ; ces deux sentiments deviennent les ressorts de la tragédie. En effet, parce que le héros tragique est un monstre sans l’avoir librement décidé, tout Grec redoute de se retrouver dans sa situation. Il ressent devant ceux qui ont commis ces actes inhumains à la fois une profonde pitié et une immense terreur, ce qui purge son besoin vital de ces deux sentiments sans lui nuire : c’est la catharsis opérée par la tragédie « qui, suscitant pitié et crainte, opère la purgation propre à de pareilles émotions » (Aristote, Poétique 1449b).
Puisqu’il y a des divinités chargées de rendre fou – les Erinyes poursuivent Oreste –, que les Dieux sont trompeurs – Athéna égare Ajax, Dionysos rend folle Agavé le temps qu’elle tue son fils – et que « souvent les dieux agissent en trompant notre attente » (Euripide , Les Bacchantes v. 1390), nul ne sait ce qu’il peut commettre sans le vouloir : Œdipe pouvait-il savoir que l’homme qu’il tue en légitime défense est son père, que la reine qu’on lui donne comme épouse en récompense de sa victoire sur la Sphinx est sa mère ? Quelle jeune fiancée prévoirait d’être enterrée vivante comme Antigone ou sacrifiée comme Iphigénie ? Quel adolescent rêvant de gloire ne serait saisi d’une répulsion horrifiée devant la mission imposée à Néoptolème : voler à un vieillard infirme et confiant l’arc magique qui lui permet de se nourrir ? Quelle femme voudrait être Médée, l’épouse trahie si désespérée qu’elle tue ses enfants pour faire souffrir leur père ? Comment Oreste, vengeur de son père, supporterait-il de tuer sa mère ? Pourtant inceste, séquestration à mort, infanticide, vengeance meurtrière peuplent les faits divers de la presse : « Mortelle cure de rajeunissement ! » ; « Elle empoisonne son mari en croyant le rendre fidèle ! ». Voilà des titres pour l’édition du soir mais c’est aussi l’horrible erreur des filles de Pélias ou de la naïve Déjanire que l’on plaint. Donc, pour vivre sans danger personnel ces deux émotions inséparables, terreur et pitié, la Grèce a inventé la tragédie qui les unit. Sachant combien les conséquences d’une guerre perdue sont atroces, les Grecs victorieux ont pour leurs « Frères humains » une si grande pitié qu’elle les pousse à pleurer les Perses vaincus, dans leur terreur que ce ne soit la Grèce qui un jour ne perde une autre guerre (Eschyle, Les Perses ) .
Conclusion
L’antiquité grecque exalte la raison dans le culte d’Apollon mais elle n’oublie pas la part d’ombre en l’humain, la part Dionysiaque venue d’Orient. Comme le prouve l’essor contemporain du fantastique, l’homme a en lui le besoin d’éprouver de la terreur mais c’est en ressentant de la pitié qu’il prouve son humanité, c’est pourquoi Athènes a inventé la tragédie qui repose sur ces deux émotions.
À RETENIR
La tragédie n’apporte pas seulement des réflexions politiques ou morales, elle permet au public grec antique de défouler son besoin d’avoir peur, peur du danger, des créatures mythiques mais surtout de soi-même.

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents