Citoyenneté, engagement, pratiques de la laïcité :
72 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Citoyenneté, engagement, pratiques de la laïcité :

-

72 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description

Depuis 2015, des citoyens, réservistes de l'Education nationale, vont au contact des jeunes, dans et hors leurs établissements pour échanger, parler des règles et des institutions, revisiter l'histoire, contribuer à refonder les idéaux de la République, réfléchir sur les distorsions avec les réalités quotidiennes qui heurtent le sentiment de justice des plus jeunes. Les interrogations autour de la laïcité appellent à cette démarche. Pilier de notre République, la laïcité est un gage de liberté et une chance pour chacun et pour tous. Comment la décliner au quotidien ?

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 décembre 2017
Nombre de lectures 0
EAN13 9782336806341
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Copyright










© L’Harmattan, 2017
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
www.editions-harmattan.fr
EAN Epub : 978-2-336-80634-1
Titre

Sous la coordination de
Jean-Louis Auduc et Jean-Pierre Rosenczveig







Citoyenneté, engagement, pratiques de la laïcité : réponses à des lycéens


Postface de Gérard Delfau
Contributeurs
Pour l’ACREN
Jean-Louis Auduc
Christian Do Huu
Philippe Guittet
Bénédicte Rolland-Villemot
Jean-Pierre Rosenczveig
Martine Souweine-Serveau
Pour le Rectorat de Rennes
Les lycées et les collégiens participants au 9 décembre 2016 Christian Lippold, référent académique pour la Réserve citoyenne qui n’a pas ménagé son temps pour la réussite de cette opération et toute l’équipe du rectorat de Rennes
Gérard Delfau pour sa post-face.
Et les éditions L’Harmattan pour leur réactivité et la confiance placée en l’ACREN
Que chacun en soit remercié.
Avant-propos
Il fallait saluer l’initiative très originale prise par le Rectorat de Rennes le 9 décembre 2016 à l’occasion de la Journée nationale de la laïcité d’inviter des élèves, non pas à commémorer la loi de 1905, mais à s’exprimer sur ce thème, par le dessin, en jouant des extraits de pièces de théâtre ou encore en interpellant des interlocuteurs susceptibles de réfléchir à voix haute, notamment les Citoyens Réservistes de l’Education nationale.
Convié comme grand témoin, es-qualité de président de l’ACREN, je l’ai fait dans mon propos introductif en direction de M. le Recteur et de son équipe. J’ai ensuite participé le matin aux trois tables rondes organisées en cette Journée nationale de la laïcité avec des lycéens avant de réagir l’après-midi aux affiches réalisées par de plus jeunes élèves.
Il est en effet essentiel de revisiter les règles du jeu social avec les plus jeunes, de rappeler les conditions de leur adoption – l’histoire explique toujours le présent – éventuellement de les re-légitimer et, pourquoi pas, d’avancer des pistes pour leur évolution. Il nous faut, non pas être dans l’incantation des valeurs de la République, mais assumer que ce sont des idéaux et, comme tels, parfois difficiles à tenir. Pour autant, peut-on s’en passer pour donner un sens à la vie individuelle et collective ? Il y a et il y aura toujours un fossé entre les droits formels et les droits réels. On ne peut pas s’en satisfaire. Il nous appartient de tenter en permanence de le combler. Mais, déjà, nous devons assumer ces distorsions sans fuir les interpellations au risque de discréditer tout le dispositif et d’alimenter les réponses simplistes et la démagogie.
Tel était l’un des enjeux de cette journée du 9 décembre.
La qualité de l’écoute des jeunes et des moins jeunes atteste que l’objectif aura été, sinon atteint, du moins approché : être plus au clair sur ce principe de laïcité, souvent présenté comme difficile à saisir.
Cet opuscule est issu de l’engagement pris publiquement le 9 décembre 2016 de ne pas laisser sans réponses les questions préparées par les collégiens et lycéens qui n’avaient pas pu trouver réponse lors d’un temps de travail nécessairement contraint.
Cet engagement aura été tenu.
Il nous est aussi apparu intéressant pour les élèves du ressort du Rectorat et, pourquoi pas également au-delà, de rendre compte de ces questionnements et de permettre à chacun par cet opuscule d’approfondir sa réflexion.
Nous avons donc repris les questions reçues, posées ou non en public, en respectant leur formulation. Nous les avons organisées et complétées avec certaines qui pouvaient faire relais.
Les réponses que nous avançons se veulent des argumentaires référés à la loi et facilement accessibles.
On admettra sans difficulté que ce document est perfectible. Il ne se veut pas un travail scientifique, mais une démarche de vulgarisation. Il mérite d’être enrichi. A ceux qui le souhaiteraient d’y contribuer.
Nous y avons introduit certaines des affiches préparées par les plus jeunes pour cette journée qui avaient vocation à être apposées sur les panneaux ad hoc de la ville de Rennes.
Merci à tous ceux – enseignants, élèves et Réservistes – qui ont ainsi directement ou indirectement contribué à ce travail.
Merci spécialement à l’équipe du Rectorat de Rennes qui n’a pas hésité à nous soutenir dans notre projet de publication, a relu attentivement ce document et nous a prodigué des conseils avisés.
Formons le vœu que ce travail contribue à répondre aux questions des plus jeunes, mais aussi des parents et des enseignants et les encourage à approfondir leur réflexion individuelle et collective !
Jean-Pierre Rosenczveig, magistrat honoraire, président de l’ACREN
Qu’est-ce que la Réserve citoyenne de l’Education nationale ?
Lancée le 12 mai 2015 par M. François Hollande, président de la République et Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Education nationale, la Réserve citoyenne de l’Education nationale offre à tous les citoyens et la possibilité de s’engager bénévolement pour transmettre et faire vivre les valeurs de la République à l’École, aux côtés des enseignants et des équipes éducatives.
Complémentaire des actions conduites par les associations partenaires de l’École, elle offre une opportunité pour cette dernière, et par-delà pour les acteurs de terrain, de bénéficier de l’engagement d’acteurs de la société civile.
La Réserve citoyenne de l’Éducation nationale constitue une forme d’engagement individuel bénévole : elle répond aux demandes, nombreuses, de citoyens désireux d’apporter leur concours à la transmission des valeurs de la République.
Qu’en attend-on ?
Elle permet aux équipes éducatives des écoles et des établissements scolaires, publics et privés, de faire appel plus facilement à des intervenants extérieurs pour illustrer leur enseignement ou leurs activités éducatives, notamment en matière :
• d’éducation à la citoyenneté et à la laïcité
• d’éducation à l’égalité entre filles et garçons
• de lutte contre toutes les formes de discriminations
• de lutte contre le racisme et l’antisémitisme
• de rapprochement de l’école et du monde professionnel
• d’éducation aux médias et à l’information
Qui peut en faire partie ?
Elle est ouverte à toutes les personnes majeures : bénévoles d’associations, jeunes étudiants, jeunes volontaires et anciens du service civique, élus, salariés d’entreprises ou personnels de la fonction publique, professions libérales, retraités, réservistes de l’armée, délégués départementaux de l’Education nationale, etc.
Comment intégrer la Réserve ?
Avant tout, il est recommandé de s’informer en allant sur le lien : www.lareservecitoyenne.fr
L’enregistrement des candidatures se fait en ligne, sur le même lien : il suffit de répondre au questionnaire proposé et de renseigner une fiche indiquant les champs de compétences et le périmètre géographique dans lesquels il est possible au candidat d’intervenir, puis de l’envoyer.
Dans chaque Académie, un référent est chargé, sous l’autorité du recteur, d’examiner les candidatures et d’animer le dispositif.
Il prend ensuite éventuellement contact avec les postulants pour connaître leurs motivations réelles. Il pré-valide ainsi les candidatures déposées électroniquement.
Les candidats retenus sont ensuite invités pour une réunion d’information au rectorat de l’Académie à laquelle ils ont souhaité être rattachés.
S’il maintient sa candidature après cette réunion, le futur Réserviste doit adresser un extrait du bulletin n°3 de son casier judiciaire aux services de l’Education nationale qui en font la demande.
Une fois la candidature validée, le Réserviste reçoit un courriel l’informant qu’il fait désormais partie de la réserve citoyenne de l’Education nationale.
Tous les éléments concernant sa mission lui sont envoyés par courriel dont la « Charte du réserviste citoyen de l’Education nationale » à laquelle il a accepté d’adhérer.
Les informations recueillies pendant le processus de sélection font l’objet d’un traitement informatique destiné à constituer l’annuaire des citoyens Réservistes de l’Education nationale. Les destinataires des données sont les services de l’Education nationale, les directeurs d’école, les chefs d’établissement et, en tant que de besoin, chacun pour ce qui le concerne, les enseignants concernés, ainsi que les collectivités territoriales si le réserviste a donné son accord pour intervenir dans le cadre d’activités périscolaires.
Un vivier est ainsi constitué dans chaque académie qui permettra aux enseignants et aux personnels éducatifs de faire appel aux Citoyens Réservistes dans le cadre scolaire et périscolaire.
Quand et comment le Réserviste est-il sollicité ?
Le Réserviste est contacté directement par l’enseignant ou tout autre membre d’une école ou d’un établissement scolaire ayant un projet d’activité correspondant aux compétences et à la proposition d’intervention indiqués dans la fiche renseignée lors de la candidature.
Des temps d’échanges sont prévus pour que l’enseignant présente son projet pédagogique à la lumière des programmes d’enseignement et du projet de l’école ou d’établissement et convenir avec le Réserviste des grandes lignes de l’intervention.
Sont notamment abordés les objectifs pédagogiques visés, l’adaptation de l’intervention au public-élèves, le matériel nécessaire, les supports utilisés, le périmètre d’intervention de chacun.
Le déroulement de l’intervention
L’intervention se déroule sous la responsabilité de l’enseignant ou du personnel éducatif concerné qui est présent en permanence.
L’enseignant/le personnel éducatif fait part au directeur d’école ou au chef d’établissement de toutes les observations qu’il juge utiles de mentionner sur l’intervention. Ces observations alimenteront une rubrique « commentaires » située à la fin de la fiche de chaque Réserviste.
Les Ambassadeurs de la Réserve citoyenne
Pour diffuser le plus largement possible la démarche d’engagement aux côtés de l’École, le ministère de l’Éducation nationale s’associe avec des personnes physiques ou morales désireuses de faire connaître auprès des citoyens en général, et en particulier auprès de leurs usagers et des membres de leurs réseaux, la possibilité de participer à la Réserve citoyenne et de promouvoir cet engagement pour les valeurs de la République.
L’ACREN est ambassadeur national de la Réserve.
Quid de l’ACREN ?

Ambassadeur national de la Réserve Citoyenne de l’Education nationale
L’ACREN en bref…
L’ACREN a été fondée, le 7 janvier 2016 par un groupe de citoyens admis par le ministère de l’Education nationale à intégrer la Réserve que les pouvoirs publics v venaient cde créer avec l’idée que l’élan citoyen suscité par les attentats de 2015 devait être entretenu et amplifié. Il nous est alors apparu que les Réservistes ne devaient pas se contenter de répondre aux sollicitations, mais qu’ils devaient s’organiser pour contribuer à construire le dispositif et faire en sorte qu’au fil des années d’autres le rejoignent et le fassent vivre.
Les valeurs de la République méritent que l’on s’engage pour elles. Profondément convaincus du bien-fondé de la Réserve citoyenne, nous voulons qu’elle soit pérenne, vivante et efficace, au service des jeunes et de leur environnement pédagogique.
L’ACREN se veut une association laïque et totalement indépendante politiquement, engagée pour l’intérêt général.
Notre volonté
Notre association a pour objet de faire le lien entre les Réservistes ainsi qu’avec le monde éducatif, dans le cadre d’une coopération constructive avec l’Education nationale.
L’ACREN a pour ambition de recenser, partager et développer les méthodes, ressources et outils utiles aux réservistes, de favoriser la communication entre eux et l’amélioration continue de leurs interventions, en relation avec les enseignants, inspecteurs d’académies et référents de l’Education nationale. Et être force de propositions.
Elle s’attache aussi à contribuer à la définition du statut des Réservistes et à sa valorisation.
Notre association est reconnue
L’ACREN a été reconnue « Ambassadeur National de la Réserve citoyenne de l’Education nationale » le 8 avril 2016. Elle coopère avec les autres Ambassadeurs de la Réserve Nationale et diverses associations proches du monde de l’éducation, avec qui elle développe des actions communes au service des objectifs de la Réserve.
Notre rayonnement
Bien que le siège soit à Paris, nos adhérents sont des Réservistes répartis sur tout le territoire de la République et sont inscrits auprès des 30 académies (Métropole et Outre-Mer). Parmi eux, certains ont accepté de nous représenter afin d’être au plus près des besoins de chaque région et de coordonner les actions avec le référent académique « réserve citoyenne » de chacune d’entre elles.
Nous sommes en effet convaincus que la réussite de la Réserve citoyenne passe par le rassemblement de tous les réservistes, car il s’agit bien là d’un projet collectif et non de la compilation d’actions individuelles.

Composition du bureau de l’ACREN
Président : Jean-Pierre ROSENCZVEIG
Vice-Présidents : Jean Louis AUDUC, Philippe GUITTET, Marie-Benedicte ROLLAND-VILLEMOT
Secrétaire générale : Martine SOUWEINE-SERVEAU
Trésorier : Christian DOHUU
Coordonnées et contact Adresse :
C/o ESPOIR, 63 rue Croulebarbe – 75013 PARIS
• Courriel : assoc.acren@gmail.com
• Site : https://acren.info
Observation :
Nous avons tenu à reprendre les termes exacts des 89 questions posées par les lycéens. Leurs mots, leurs tournures, leurs angles d’attaque ont du sens et devaient être pris en compte pour nouer le débat.

Affiche réalisée par les élèves de CMI-CM2 de l’école Jean de la Fontaine de Parthenay
Table ronde 1 Le(s) sens de l’engagement citoyen aujourd’hui
Pourquoi un magistrat, un avocat, un enseignant, un chef d’entreprise, un éditeur de bandes dessinées, un sportif, un agriculteur, etc., femme ou homme, jeune ou moins jeune, en activité professionnelle ou non, doit-il prendre de son temps pour engager un dialogue avec les plus jeunes ? Parce que trop de jeunes ne trouvent pas en face d’eux des interlocuteurs qui, non pas assènent des vérités, mais qui en revisitant l’histoire et nos valeurs communes, contribuent à refonder aux yeux de chacun la République aujourd’hui interpellée, la question de la laïcité étant au cœur d’une société démocratique. Tel est le sens de l’engagement des Citoyens Réservistes de l’Education nationale qu’interrogeaient les lycéens réunis à Rennes le 9 décembre 2016.
Jean-Pierre Rosenczveig
1. Qu’est-ce que cela vous apporte de donner de votre temps et de vous-même ?
Il faut l’avouer honnêtement : si la démarche est éprouvante car exigeante, elle est aussi extrêmement valorisante. Egoïstement, on reçoit singulièrement plus qu’on ne donne !
D’abord, cet engagement est au service des idées auxquelles on croit. On peut penser les faire progresser en les partageant et en tentant de convaincre.
Ensuite il est de la responsabilité de chacun, jeune ou plus âgé, à notre niveau, avec nos compétences théoriques ou pratiques, et dans les lieux que nous fréquentons ou pouvons fréquenter, de s’engager au service du bien commun quand la situation est délicate. Et elle l’est ! D’autres l’ont fait avant nous dans des périodes somme toute bien plus difficiles et souvent au risque de leur vie.
Et puis, on trouve toujours une forte satisfaction à aider l’autre : au risque de surprendre, cette situation permet de mesurer les richesses qu’on a en soi.
Tout simplement, s’engager pour une cause, pour une idée, pour venir en aide à une personne ou un groupe de personnes, répond à la nature des choses : l’homme n’est pas seul, il est membre de communautés (famille, quartier, école, lieu de travail, club, etc.). Il lui revient de prendre une part dans la gestion de ce groupe à la hauteur de ses compétences.
2. Comment s’engager aujourd’hui sans être manipulé ou instrumentalisé ? Le principe de laïcité n’est-il pas aujourd’hui instrumentalisé (médias, partis politiques…) ?
L’engagement dans la Réserve citoyenne de l’Education nationale n’entend pas seulement répondre à l’attente des pouvoirs publics qui ont décidé sa création en janvier 2015. Les 7000 citoyens volontaires pour l’intégrer sont de toutes tendances politiques et de toutes obédiences, mais ils possèdent un point en commun : ils estiment que la République est aujourd’hui menacée, notamment faute d’avoir été suffisamment et régulièrement parlée et légitimée dans le débat public. Pour beaucoup, jeunes comme moins jeunes, ses valeurs dont nous sommes fiers, liberté, d’égalité et de fraternité, affichées aux frontons des monuments publics et dans nombre de discours politiques apparaissent comme des mots qui sonnent souvent creux quand on les rapporte à la réalité quotidienne.
Les Réservistes adhèrent à la démarche proposée de nouer un débat avec les plus jeunes autour de l’engagement citoyen afin de leur redonner de l’espoir et les dissuader de tomber sous le charme de ceux qui leur font miroiter, via l’embrigadement, un monde meilleur par la violence terroriste. Cette motivation est essentielle à leurs yeux.
Peu importe que tel ou tel tente de s’arroger le fruit de l’action menée par ces Réservistes, si le résultat est acquis. L’important, c’est l’action qui doit dépasser ceux qui l’ont instituée pour les raisons qu’ils croyaient opportunes quand ils l’ont fait.
Ce débat n’est pas d’aujourd’hui. Pour prendre une illustration, en 1982, il fallait décider une mobilisation exceptionnelle pendant l’été quand beaucoup de jeunes étaient livrés à eux-mêmes faute d’activités au risque d’embraser certains quartiers et de troubler la paix sociale comme ce fut le cas aux Minguettes, dans la banlieue de Lyon, en 1981. Une mobilisation originale fut alors décidée à la veille de l’été 1982 sur 11 départements sensibles par le premier ministre. Beaucoup se sont alors engagés dans ce dispositif quand bien même ils ne partageaient pas, sur bien d’autres points de vue, les options du gouvernement en place. L’objectif a été atteint. Les acteurs étaient fiers du résultat atteint. Le gouvernement s’est félicité du succès enregistré, comme ceux qui leur ont succédé par-delà leur couleur politique. Et ce dispositif existe toujours sous le nom de V.V.V. (Villes, Vie, Vacances).
Il est vrai que, de tous temps, la laïcité a pu faire l’objet de tentatives d’instrumentalisation auxquelles elle a essayé de résister. Tous ceux qui s’en réclament n’ont pas que de pures pensées.
Ainsi en 1905, certains ont tenté, au nom de la laïcité de l’Etat, de faire travailler les ouvriers les jours fériés religieux, voire le dimanche. La CGT (Confédération Générale du Travail), alors seul syndicat existant, s’y est fortement opposée sur la base de l’article 42 et ses décrets d’application. Elle a obtenu que les jours fériés existants, même d’origine religieuse, soient considérés comme des « acquis sociaux » et que le dimanche soit un jour de repos obligatoire. 1
Aujourd’hui, le principe de laïcité continue à être l’objet de tentatives de détournement. Certains y voient un instrument de lutte contre les musulmans de France quand, dans une autre époque, on la tenait pour viser à réduire l’influence des catholiques de France ! En vérité, il affirme d’abord la liberté de conscience de chacun d’entre nous.
Des personnes et des groupes y voient aussi l’instrument d’une société détraquée qui finalement porte facilement atteinte aux libertés individuelles. La laïcité empêcherait tout un chacun d’exprimer ses convictions religieuses. C’est oublier que la laïcité permet l’expression de toutes les convictions et croyances et surtout que la société n’est pas composée que de croyants.
Certains interpellent aujourd’hui la laïcité avec le souci de porter des coups de boutoir aux démocraties occidentales accusées de tous les péchés et de déstabiliser l’équilibre acquis durant le siècle dernier, équilibre où les religions tiennent leur place dans la société, ni plus, ni moins.
Toutes ces postures existent. Si nous voulons éviter des affrontements majeurs qui pourraient rapidement passer des mots aux gestes comme il en est parfois il nous faut veiller à ne pas tomber dans l’une ou l’autre de ces provocations.
On ne doit donc pas renoncer à s’engager, mais, comme dans tout acte social, il convient d’être lucide et de ne pas tomber dans l’angélisme. Il faut rester clair et fort dans ses convictions pour, au mieux, dissuader les provocations ou l’instrumentalisation et déjà a minima les contenir en évitant les pièges tendus.
3. Peut-on s’engager si notre identité culturelle n’est pas reconnue ?
Reconnue ou pas l’identité de chacun (et de chaque groupe) existe. Il est déjà essentiel de croire en soi. Ensuite on peut mener démocratiquement le combat pour se faire reconnaître. L’histoire est truffée de démarches de cette nature.
La quête d’identité, notamment culturelle, est légitime.
Fernand Braudel affirmait qu’il existe un danger à nier les particularismes et la pluralité : « Ni l’ordre politique, ni l’ordre social, ni l’ordre culturel ne réussissent à imposer une uniformité qui soit autre chose qu’une apparence ». 2
Mais cette recherche d’identité doit se concevoir dans l’esprit indiqué par Aimé Césaire : « La quête d’identité, ce n’est ni tourner le dos au monde, ni faire sécession au monde, ni bouder l’avenir, ni s’enliser dans le repliement communautaire ou dans le ressentiment. Elle n’a de sens que s’il s’agit d’un ré-enracinement certes, mais aussi d’un épanouissement, d’un dépassement et de la conquête d’une nouvelle et plus large fraternité. » 3
4. Pourquoi s’engager alors qu’on a le sentiment d’être injustement traité, y compris à l’école ?
Ici comme ailleurs chacun se doit d’exercer ses responsabilités.
C’est déjà la responsabilité de l’Ecole que de garantir les droits de chacun un traitement adapté
Des mécanismes légaux et administratifs permettent de dénoncer une injustice et de la faire cesser. Des règles générales – le code pénal, le code civil, etc. – ou spécifiques (code de l’éducation, règlements intérieurs) s’appliquent à l’Ecole. Par ailleurs, dans toutes les académies, pour les questions scolaires, des médiateurs peuvent être saisis en cas d’injustices constatées concernant un élève. Il ne faut pas hésiter à les mobiliser, ce qui suppose de les connaître et d’y avoir accès. Le Défenseur des droits 4 peut aussi être saisi et ses interventions contribuent à résoudre des problèmes individuels et faire bouger les lignes.
Il y a sans aucun doute, comme toutes les administrations des progrès à accomplir.
En tout cas, on ne peut plus appeler la victime d’injustices à les supporter en silence.
L’école ne repère pas tout, mais elle observe déjà beaucoup. Elle peut être défaillante. Elle doit veiller à les réduire ses failles et tirer les leçons de chaque affaire qui émerge pour améliorer encore son dispositif d’écoute et de réaction.
Comme toute institution qui sait que des personnes accueillies – en l’espèce des enfants – peuvent y être victimes de rackets, de violences, de discriminations, etc., elle veillera à être vigilante et déjà à installer des voyants lumineux qui l’alerteront. Il y va même de son intérêt : on sait qu’un enfant victime de racket pourra être tenté de se faire justice lui-même, causant d’autres troubles. Non seulement il aura été victime, mais en plus il sera puni pour avoir lui-même agressé, sauf légitime défense reconnue. On peut éviter ces dégâts.
S’engager pour qui ?
Certainement pour soi comme on l’a dit, mais aussi pour d’autres. On peut être confronté à des nombreuses difficultés au quotidien et avoir une fibre sociale, voire une sensibilité, exacerbée. Ainsi tous les collecteurs de fonds en direction des populations fragiles relèvent que ce sont les personnes les moins fortunées qui, toutes proportions gardées, donnent finalement le plus. Elles donnent peu, mais sont fidèles dans leurs engagements. En d’autres termes on peut être soi-même en grande difficulté et en grande souffrance et trouver l’énergie, la volonté, la satisfaction, pourquoi pas, d’aider l’autre.
Il est important de s’engager, de ne pas laisser faire.
Un poème du pasteur Niemöller, détenu en camp de concentration de 1939 à 1945, sur l’enjeu de l’engagement, appelle à réfléchir au bien-fondé de cette assertion que trop contestent encore :
« Lorsque les nazis vinrent chercher les communistes, je me suis tu, je n’étais pas concerné, je n’étais pas communiste.
Lorsqu’ils sont venus chercher les sociaux-démocrates, je me suis tu, je n’étais pas concerné, je n’étais pas social-démocrate.
Lorsqu’ils sont venus chercher les juifs, je me suis tu, je n’étais pas concerné, je n’étais pas juif.
Lorsqu’ils sont venus chercher les catholiques, je me suis tu, je n’étais pas concerné, je n’étais pas catholique.
Et lorsqu’ils sont venus me chercher, il n’y avait plus personne pour protester. »
5. L’engagement au sein de la Réserve militaire (et de la Garde Nationale en général) ne peut-il pas être considéré comme une forme d’opposition à certaines « idéologies et religions » plutôt qu’une forme de protection de la Nation et du territoire national ?
Non. La Réserve militaire existe depuis plus de deux cents ans. Elle vise à maintenir le lien entre l’armée et la Nation et à avoir, en cas de conflit, une force d’appoint en hommes rapidement disponible. Il s’agit dans un moment délicat qui suppose une très forte mobilisation de personnes susceptibles de porter les armes – ce qui ne s’improvise pas –, de disposer de personnels compétents et rapidement mobilisables qui vont venir compléter les forces actives.
Cette politique de personnels volontaires pour des missions de sécurité n’existe pas que dans l’armée ; elle concerne aussi la gendarmerie et la police.
Pourrait-on faire face aux incendies s’il n’y avait des pompiers-volontaires qui peuvent, sur un appel, quitter leur travail et se rendre rapidement sur le lieu du sinistre ?
Que ferait-on sans les secouristes-volontaires de la Sécurité Civile présents sur de nombreux évènements rassemblant des foules ?
La mission de, tous ces Réservistes n’est pas dirigée contre « certaines idéologies et les religions » comme vous l’avancez sans esquisser la moindre démonstration, mais vise à protéger le pays, ses valeurs, les personnes et les biens.
6. Et la Réserve de l’Education nationale ?
La mission des Réservistes de l’Education nationale ne consiste pas être contre, mais pour !
En 2015, les pouvoirs publics ont fait le constat qu’une partie de nos concitoyens s’interrogeait sur les valeurs fondamentales de la République.
Au quotidien les mots Liberté , Egalité , Fraternité de la devise républicaine peuvent sonner creux aux oreilles de nombre de jeunes quand ils observent aisément un déphasage parfois énorme entre les droits affirmés et les réalités sur le terrain. Nul n’ignore que la fracture sociale dénoncée par J. Chirac et L. Jospin, les deux candidats du deuxième tour de l’élection présidentielle de 1995 ne s’est pas réduite. Au contraire elle s’est accentuée 5 au point d’être de plus en plus insupportable pour des jeunes qui ne se voient pas d’avenir. Beaucoup estiment que l’école et les valeurs de la République ne leur garantissent plus de trouver une place vivable dans la société, qui plus est, s’ils sont issus d’une famille immigrée vivant dans les banlieues. Certes on trouverait aisément des contre-exemples, mais ce serait une faute majeure de négliger ce sentiment d’injustice largement répandu.
Quand la religion redevient aux yeux de beaucoup une référence qui donne un sens à leur vie, la laïcité est souvent vécue comme une posture dirigée contre les religions et spécialement contre les musulmans.
Dès lors on perçoit la nécessité de revisiter toutes ces valeurs de la République qui restent valables plus que jamais valables et constituent notre bien commun, quelles que soient nos convictions.
Pour autant, pour être crédible et déjà audible, il faut éviter les discours purement incantatoires et théoriques, mais au contraire développer une approche concrète, référée au quotidien qui inscrive l’affirmation de ces valeurs dans leur histoire, en n’hésitant pas à éclairer le fossé entre ces idéaux et leurs réalités d’aujourd’hui. Et ce fossé peut se réduire et se réduit régulièrement. Si on en a volonté et si chacun, à son niveau, du responsable public ou associatif au simple citoyen, assume ses responsabilités.
Pour contribuer à cette démarche, la République a eu le souci de demander à des femmes et des hommes investis dans la cité de montrer, à partir de leur expérience personnelle, comment, au-delà les égoïsmes, l’engagement citoyen est possible, utile à chacun et à tous.
Certains ont pu vivre cette mobilisation comme une agression alors même qu’il ne s’agit que de parler de la République. Peut-être réagissent-ils ainsi parce qu’ils ont pu faire prospérer jusqu’ici leurs idées, sans coup férir, faute d’interlocuteurs.
Faut-il ajouter que les Réservistes ne s’introduisent pas de force dans l’école ou dans les activités périscolaires : ils y sont appelés par les professeurs et les éducateurs en soutien aux activités projetées, et ils y interviennent sous leur contrôle.
7. S’engager dans des associations, est-ce suffisant pour faciliter le vivre ensemble ?
Non, bien sûr. Ni suffisant, ni même nécessaire car il y a bien d’autres formes d’engagement, depuis la vie publique jusqu’à la littérature et l’art, mais l’engagement associatif présente deux qualités.
D’abord il permet de dépasser la démarche individuelle. Il oblige au débat y compris avec ceux qui vous sont proches.
Ensuite, il s’inscrit dans la durée et oblige à être responsable, c’est-à-dire sérieux au regard des engagements pris, et prêt à rendre des comptes. On doit assumer ses réussites, mais aussi ses échecs.
La loi reconnaît deux formes de démarche associative.
• Déjà, on peut créer une structure et la déclarer en préfecture, conformément aux termes de la célèbre loi du 1 er juillet 1901 tenue pour un des piliers juridiques de notre démocratie, avec des instances dirigeantes issues de l’assemblée générale annuelle des associés.
Il faut préciser ici que beaucoup sont convaincus que seuls des majeurs peuvent créer et diriger une association et, tout simplement, y adhérer. Ils se trompent. Il existe aujourd’hui 1
500 associations animées par des mineurs – les Juniors associations – conformément à l’article 15 de la Convention internationale des Nations Unies du 20 novembre 1989 relative aux droits des enfants (CIDE) ratifiée en 1990 par la France.
Ce droit a été précisé par l’article 43 de la loi Egalité et Citoyenneté – 27 janvier 2017 – créant un article 2 bis dans la loi du 1 er juillet 1901 (conf. encadré)
L’association peut contracter en son nom, acquérir des biens (mobiliers comme immobiliers), agir en justice, encourir une responsabilité, engager des salariés, et, bien évidemment, recevoir des subventions publiques, dons ou legs de particuliers.
• Ensuite, on le sait moins, on peut aussi participer à une association de fait. Si nécessaire la justice reconnaîtra a posteriori cette démarche.
L’association de fait n’existe que par et pour ses membres. N’ayant pas été déclarée en préfecture, elle n’a pas de personnalité juridique. Les actes qu’elle aurait accomplis sont, en principe, de nullité absolue. Cette nullité peut être demandée en justice par ceux qui ont intérêt à l’invoquer, y compris le ministère public.
Toutefois, du fait que l’association de fait soit tenue pour légale par la justice, certains assouplissements ont été admis : les biens acquis par l’association sont, en principe, la propriété indivise de ses membres ; tout contrat passé au nom de l’association engage la personne qui s’est présentée comme représentant du groupement ; si la personne en question s’est présentée en qualité de mandataire des autres membres du groupement, tous seront solidairement responsables de l’acte souscrit ; il en va de même s’ils sont commerçants et que l’acte en question est un acte commercial.
Pour résumer, pour qu’une association puisse avoir une personnalité juridique, disposer d’un patrimoine et nouer des relations incontestables avec un tiers, il est préférable qu’elle soit déclarée en préfecture.

L’engagement associatif des moins de 18 ans
La loi du 27 janvier 2017 sur la citoyenneté a révisé les termes des responsabilités que les moins de 18 ans peuvent exercer (art. 2 bis de la loi de 1901).
1 – « Tout mineur peut librement devenir membre d’une association dans les conditions définies par la présente loi. »
2 – « Tout mineur âgé de moins de seize ans, sous réserve d’un accord écrit préalable de son représentant légal, peut participer à la constitution d’une association et être chargé de son administration dans les conditions prévues à l’article 1990 du Code civil. Il peut également accomplir, sous réserve d’un accord écrit préalable de son représentant légal, tous les actes utiles à l’administration de l’association, à l’exception des actes de disposition . »
3 – « Tout mineur âgé de seize ans révolus peut librement participer à la constitution d’une association et être chargé de son administration dans les conditions prévues à l’article 1990 du Code civil. Les représentants légaux du mineur en sont informés sans délai par l’association, dans des conditions fixées par décret. Sauf opposition expresse du représentant légal, le mineur peut accomplir seul tous les actes utiles à l’administration de l’association, à l’exception des actes de disposition. »
On ne peut que recommander à ceux qui partagent des objectifs en commun de s’inscrire dans une démarche associative en créant une association ou en adhérant à une association qui préexiste. Cette attitude présente deux avantages : il s’agit certes d’une démarche collective, mais qui offre l’avantage de s’inscrire dans la durée, quand trop de personnes, jeunes et moins jeunes, sont dans l’éphémère et la politique du coup !
Dans la mesure où le réseau associatif contribue au maillage social et à impulser des démarches collectives utiles à tous fréquemment reprises par les pouvoirs publics nous avons un intérêt collectif à insuffler un sang neuf dans les associations qui peinent aujourd’hui à trouver de nouveaux militants.
Pour faciliter l’investissement dans des associations, la loi « Egalité et citoyenneté » du 27 janvier 2017 a consacré un engagement bénévole et citoyen en permettant aux salariés et agents publics exerçant bénévolement certaines responsabilités au sein d’une association ou qui sont membres d’un conseil citoyen de prendre légalement un congé, de six jours par an, non rémunéré (sauf accord d’entreprise).
8. Quelles associations sont les plus efficaces ?
Difficile de répondre. Mais essayons.
Il existe des associations dans tous les domaines Certaines réunissent des joueurs de pétanque, d’autres des scientifiques ou des personnes affectées par tel drame, etc. Disons qu’on se contentera de répondre sur des associations qui s’attachent à répondre à des objectifs sociétaux.
Tout dépend déjà de ce que l’on entend par efficace. Certaines associations se battent pour des idées : soit pour les porter haut et fort, soit avec le souci de les mettre en œuvre, directement ou non. Les partis politiques et les syndicats sont des associations. On peut les vilipender, comme il est de bon ton aujourd’hui ; on ne peut pas nier qu’ils ont globalement, par-delà leur diversité, contribué à hisser le niveau de démocratie de ce pays et participé à une meilleure reconnaissance des droits des personnes, des libertés et du bien commun.
Il est aussi des associations qui gèrent des services et apportent des prestations à leur population cible. Par exemple des associations prennent en charge la majorité des enfants en danger ou des enfants dit en conflit avec la loi qualifiés aussi d’enfants délinquants. Ainsi, en région parisienne, une association comme « Espoir », aujourd’hui centenaire, gère avec 450 travailleurs sociaux, une vingtaine de services pour aider les jeunes à ne pas basculer dans la délinquance ou en accompagner d’autres en danger. Elle fonctionne sur fonds publics dans le cadre de commandes passées par les administrations départementales.
D’autres associations visent à récolter de l’argent pour le mettre au service d’actions. C’est le cas du Comité français de l’UNICEF.
Il est aussi des associations de soutien technique. Ainsi l’ACREN vise à faciliter l’intervention des Réservistes de l’Education nationale dans les établissements scolaires ou des activités périscolaires avec l’idée qu’il faudra développer ces actions sur plusieurs décennies.
L’efficacité est un concept relatif. Rares sont les associations qui accomplissent à 100 % leurs objectifs. Elles y tendent et, souvent, doivent s’inscrire dans une durée plus longue que prévu ou renouveler en permanence leurs actions car les problèmes auxquels elles s’attachent réapparaissent en permanence, comme un puits sans fond.
La plupart des associations françaises qui se donnent des objectifs sociaux sont d’une extrême fragilité car elles ne disposent pas de fonds propres. Elles exercent souvent une mission déléguée par les pouvoirs publics – Etat ou collectivités locales – avec des financements de plus en plus contraints et difficiles à adapter aux besoins. Chaque année beaucoup disparaissent ou au mieux se regroupent au sein de structures de plus grande taille afin de maintenir leur engagement en disposant d’une administration mutualisée et d’une trésorerie moins sensible aux soubresauts.
9. En quoi la laïcité mérite-t-elle pour vous, plus que d’autres causes, d’être défendue ?
On peut déjà répondre en citant Jean Jaurès qui, à Castres, le 30 juillet 1904, parlant de la laïcité, affirmait qu’« elle respecte, elle assure l’entière et nécessaire liberté de toutes les consciences, de toutes les croyances, de tous les cultes, mais elle ne fait d’aucun dogme la règle et le fondement de la vie sociale. Et en France, elle est étroitement liée à l’expression de la démocratie. »
La laïcité est bien l’un des piliers de la société française.
Ce principe veut que la République soit bien séparée en France de toutes les religions.
« L’Etat chez lui, la religion, chez elle » disait Victor Hugo. 6 C’en est fini de l’époque où l’Eglise de France pouvait revendiquer de guider le pays, sinon de le gouverner. La pensée religieuse, les religions dans leur pluralité, ont eu un rôle dans l’histoire du pays et peuvent avoir un point de vue sur les questions de société, comme toutes les autres options philosophiques. Par exemple, il n’est pas anormal qu’elles aient une opinion sur l’institution du mariage, aujourd’hui sur le recours aux « sciences de la vie » à travers les procréations médicalement assistées et autres gestations pour autrui et, d’une manière générale, sur les questions éthiques. Elles offrent des références, souvent utiles et pertinentes.
Elles peuvent même songer à influencer la morale ambiante et les politiques suivies, notamment les lois. Elles se confrontent alors à d’autres courants de pensée, mais au final, c’est le parlement – Assemblée nationale et Sénat – qui fait la loi de la République sous le contrôle du Conseil constitutionnel. 7 D’une manière ou d’une autre, les partis politiques, les syndicats, les associations, les courants de pensée, les religions peuvent s’évertuer à infléchir nos lois, en proposer de nouvelles et même les contester une fois adoptées. Par les voies démocratiques s’entend !
Reste, et ce point est essentiel, que les religions ne font plus la loi en France quand, dans certains pays, on revendique toujours que la loi religieuse soit la loi commune.
En d’autres termes, les idéologies et les religions ont leur place dans la cité, mais le bien commun les transcende ; elles peuvent, elles doivent alimenter les débats sociétaux, mais une fois démocratiquement adoptée, la loi qu’elles auront contribué à nourrir les dépasse et leur est supérieure.
L’Etat a donc coupé le lien qui le reliait à toutes les religions en France alors que, dans un pays comme l’Angleterre, le chef de l’Etat, la Reine ou le Roi, est le chef de l’Eglise anglicane ou, au Maroc, le roi est le Commandeur des Croyants. En France le temporel est bien séparé du spirituel. Par exemple, on ne jure par sur la Bible comme aux USA.
Dans un domaine sensible comme l’Education nationale, à l’école primaire, au collège et au lycée, s’agissant notamment des enfants – les personnes de moins de 18 ans – l’Etat affiche une neutralité absolue. Il ne veut pas que les personnels – enseignants, mais pas seulement – affichent leurs convictions religieuses – ou politiques –, tant dans leur comportement que dans leurs propos. 8
Neutre au regard des religions, l’Etat entend les respecter toutes, y compris ceux qui n’en ont pas et se refusent d’en avoir, et ainsi contribuer à la paix sociale : chacun, y compris les mineurs, se voit reconnaître la liberté de conscience, libre de croire en telle religion ou de ne pas croire.
Concrètement, ce même Etat protège toutes les religions et facilite leur pratique dès lors qu’elle ne trouble pas l’ordre public. Chacun y trouve son compte quand, trop longtemps, on pouvait être agressé au nom de ses convictions religieuses ou voir des lieux de prière attaqués ou des cimetières profanés.
On comprend donc aisément ce que le principe de laïcité nous a apporté sur plus d’un siècle.
10. Sur quels principes repose la laïcité ?
La laïcité s’appuie sur trois piliers :
• La liberté de conscience qui permet à chaque citoyen de choisir sa spiritualité. Il n’y a pas de croyance obligée ; pas de croyance interdite. Chacun est libre de croire ou de ne pas croire, de pouvoir vivre avec une religion ou sans, de pouvoir même en changer s’il le souhaite. La liberté de culte permet à toutes les religions l’extériorisation, l’association et la poursuite en commun de buts spirituels. La liberté de conscience va de pair avec la liberté d’expression. Rien n’empêche par exemple la critique de la religion qui ne doit pas être confondue avec la discrimination envers les croyants qui elle est condamnée.
• L’égalité en droit des convictions, des options spirituelles et religieuses prohibe toute discrimination ou contrainte et garantit que l’Etat ne privilégie aucune option. Elle implique l’égalité de tous les hommes, quelle que soit leur option spirituelle, qu’ils croient ou ne croient pas en un dieu. Pas plus qu’il ne défend un dogme religieux, l’Etat laïque ne promeut pas une conviction athée ou agnostique. Ainsi, au nom de ce principe d’égalité, chaque religion présente en France, des catholiques aux bouddhistes en passant par les musulmans, les juifs, les orthodoxes, les protestants, a droit à un temps d’antenne sur France 2, chaîne de télévision publique. 9
• La neutralité du pouvoir politique implique que le pouvoir politique reconnaît ses limites en s’abstenant de toute immixtion dans le domaine spirituel ou religieux. Pour que chaque citoyen puisse se reconnaître dans la République et que chacun puisse vivre ensemble, elle soustrait le pouvoir politique à l’influence dominante de toute option spirituelle ou religieuse. Cette conception implique également que toutes les religions respectent les lois de l’Etat et ne considèrent pas disposer d’un « droit de veto » sur les décisions prises par celui-ci.
11. Où s’applique la laïcité ?
La laïcité, référence fondamentale de notre société, se décline partout, mais différemment selon les espaces de vie. Ce qui, on l’admettra peut être complexe.
• L’espace privé, lieu où la famille peut développer ses traditions, son espace singulier, particulier, son « jardin secret », ses convictions et traditions où elle peut éduquer comme elle le souhaite ses enfants et où, sauf atteinte physique entre personnes, personne n’a à regarder par « le trou de la serrure », est l’espace plein et entier de la liberté de conscience, évoqué dès l’article 1 de la loi du 9 décembre1905.
Cet espace privé, cette liberté de conscience absolue, justifient que l’Etat garantisse de pouvoir croire, mais aussi exercer son culte dans certaines situations. Ainsi la loi du 9 décembre 1905 et ses textes d’application permettent l’installation d’aumôneries dans les collèges et lycées publics, les hôpitaux, les prisons, l’armée. Et les décrets de la loi de 1905 ont ouvert la possibilité de jours d’absence pour les grandes fêtes religieuses de différentes religions qui ne seraient pas fériées (Cf. encadré).
Dans notre époque d’exhibitionnisme forcené dans toute la société, notamment chez les jeunes, via les réseaux sociaux (Twitter, Facebook…) ou via les tenues vestimentaires, il est important de réfléchir sur ce qu’est l’intime, le jardin secret, l’espace de confidence.
Il est vrai que la société, y compris et peut-être surtout dans la classe politique, a oublié qu’il existe des espaces non partagés avec tous.
Est-ce qu’une société peut vivre dans la confiance si chacun, de manière visible ou spectaculaire, présente ses moments d’intimité aux yeux de tous ? Outre les risques pour le futur, notamment dans le cadre de la recherche d’emploi, qu’est-ce qu’une société où personne n’a de jardin secret ?
• L’espace public « partagé », c’est la rue, les transports où, chacun peut, dans le respect de la loi, afficher ses opinions, ses croyances, mais où sa liberté s’arrête où commence celle des autres. Il n’y a pas d’interdits de signes religieux ou politiques ou commerciaux dans l’espace public « partagé ».
Dans cet espace on peut faire de la propagande en distribuant des tracts religieux politiques ou syndicaux. Aux termes de l’article 27 de la loi de 1905, « les cérémonies, processions et autres manifestations extérieures d’un culte… » sont gérées comme les manifestations politiques ou syndicales, donc soumises à déclaration et autorisation.
• L’espace des services publics (établissement scolaire, mairie, tribunal, etc.), c’est le lieu du bien commun, de l’intérêt général, qui n’est pas la somme des intérêts particuliers. Ainsi, dans l’école, l’intérêt général s’exprime comme « la culture commune et partagée ».
Les programmes scolaires ne sont pas la somme des interventions de différents groupes de pression, mais ce que la Nation, à un moment donné, entend promouvoir auprès des élèves. Ils doivent être à l’abri de toute propagande et prosélytisme religieuse, politique ou commerciale. C’est ce qui garantit la neutralité de l’Etat et l’impartialité de ses fonctionnaires.
Pour les établissements scolaires, espaces ô combien de bien commun, le principe de laïcité a été défini pour l’école primaire par les lois Ferry de 1881/1885 et, pour les collèges et lycées publics, non concernés par les lois Jules Ferry, par les circulaires de 1936/1937 de Jean Zay, suite à la gratuité de l’enseignement secondaire et à l’extension de la scolarité obligatoire à 14 ans.
Il faut le rappeler inlassablement : alors qu’elle est présentée comme une atteinte aux libertés fondamentales la laïcité n’est pas dirigée, comme on le dit souvent, contre une religion et ses adeptes, hier les catholiques, aujourd’hui les musulmans.
Elle marque simplement des limites qui ne doivent pas être franchies pour permettre à chacun de vivre ses convictions, religieuses, agnostiques ou athées, dans un pays apaisé, quand tant d’autres sont à feu et à sang pour des raisons religieuses.
Bien évidemment, comme tout principe, il supporte des exceptions ou limites, avec des compromis indispensables, généralement fruits de l’histoire, mais qui peuvent le rendre moins facilement lisible.
Ainsi, on l’a dit, l’Etat admet qu’il puisse y avoir des aumôneries dans les établissements scolaires. Cela tient à l’existence à l’époque de nombreux internats pour les élèves qui ne revenaient chez eux qu’au moment des vacances.
Il a aussi accepté que, dans trois départements de France, l’éducation aux religions soit obligatoire à l’école. Cela tient, en France métropolitaine au maintien du Concordat en Alsace-Moselle.

Les jours protégés
Georges Clémenceau est à l’origine du premier texte (1907) qui ne concernait alors que les fêtes juives. Ainsi en fonction de ce texte l’école de la rue des Hospitalières Saint-Gervais, située dans le Marais de 1907 à 1940, fermait certains samedis et ouvrait certains jeudis.
Après la Première Guerre mondiale (1914-1918), les jours protégés furent étendus aux fêtes musulmanes et arméniennes. Quelquefois sans rapport avec la religion. Par exemple, pour les Arméniens, étaient « protégées » la fête nationale arménienne et la journée du souvenir du génocide de 1915. De 1950 au milieu des années 1990, les instructions ministérielles annuelles étaient d’ailleurs intitulées : « Circulaire relative aux autorisations d’absence pouvant être accordées à l’occasion des fêtes propres aux communautés arménienne, musulmane ou juive ». La dernière à avoir porté cet intitulé fut celle du 15 janvier 1996.
Des circulaires de cadrage étaient régulièrement publiées pour préciser les publics concernés. La dernière toujours en vigueur, rappelée dans les circulaires annuelles, date du 23 septembre 1967.
A partir de la circulaire du 18 octobre 1996, l’intitulé fut : « relative aux autorisations d’absence pouvant être accordées à l’occasion des principales fêtes religieuses des différentes confessions ».
Une autre du 16 décembre 1998 étendit les jours protégés aux fêtes religieuses orthodoxes et à une fête bouddhiste.
La circulaire du 18 mai 2004 a explicitement inclus « les institutions universitaires » dans la logique des textes précédents : « L’institution scolaire et universitaire, de son côté, doit prendre les dispositions nécessaires pour qu’aucun examen ni aucune épreuve importante ne soient organisés le jour de ces grandes fêtes religieuses » 10
Sur l’ensemble du territoire, il s’efforce au fil du temps de ne pas faire obstacle à la catéchèse en veillant à ne pas libérer les débuts et fin de semaine de toute activité scolaire qui faciliterait les départs en week-end. Il essaie d’éviter une rentrée scolaire le jour d’une fête juive majeure. Etc.
Des responsables publics peuvent assister ès-qualité à des cérémonies religieuses lors des moments solennels pour le pays.

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents