Guide de conjugaison en fang
130 pages
Français

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Description

Ce livre est un précis qui tente de simplifier l'art de conjuguer en fang. Il répond parfaitement à l'exigence qui consiste à mettre en place une série d'ouvrages scolaires et parascolaires dans le but de vulgariser la langue fang et la rendre plus accessible auprès des locuteurs. Voici un document pionnier dans les études linguistiques relatives à la langue fang en Afrique centrale.

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Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juillet 2012
Nombre de lectures 117
EAN13 9782296499201
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

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GUIDE DE CONJUGAISON
EN FANG
Collection « Cours et Manuels »
Harmattan Cameroun

Sous la direction de Roger MONDOUE
et Eric Richard NYITOUEK AMVENE

La plupart des élèves et étudiants africains achèvent leur cycle d’apprentissage sans avoir accès directement aux sources des savoirs reçus. Les cours et/ou manuels de leurs enseignants sont alors les seuls ou rares outils pédagogiques disponibles. Il devient donc urgent de publier et diffuser ces cours et manuels, afin d’assurer l’accès du plus grand nombre d’apprenants à une éducation de qualité.
La collection Cours et Manuels est ouverte aux enseignants de toutes les disciplines de l’enseignement maternel, primaire, secondaire et universitaire, dont le souci majeur est de relever le niveau d’éducation et de promouvoir le développement tant escompté sur le sol africain.


Déjà parus

Lucas PONY, Éthique et développement et économie générale pour BTS Annales BTS et épreuves corrigées , 2012.
Théophile MBANG, Thierry Stéphane NDEM MBANG, La chimie dans les grandes écoles et classes scientifiques préparatoires , 2011.
Emire MAGA MONDESIR, Eliezer MANGUELLE DICOUM, Gilbert MBIANDA, L’indispensable mathématique pour les études en physique. Premier cycle universitaire. De l’angle au champ , 2011.
François FOTSO, De la pédagogie par objectifs à la pédagogie des compétences , 2011.
Joseph TANGA ONANA, Dissertation et commentaire en histoire , 2010.
Oscar ASSOUMOU MENYE, Mathématiques financières, outils et applications , 2010.
Cyriaque Simon-Pierre Akomo-Zoghe


GUIDE DE CONJUGAISON
EN FANG


Préface de Claver Bibang
Du même auteur
La religiosidad bantu y el evangelio en África y América siglos XVI-XVIII, Bogotá, Editorial Pluma de Mompox, 2008.

L’art de conjuguer en fang, suivi de 4000 verbes fang-français, Paris, L’Harmattan, 2009.

Parlons fang, culture et langue des Fang du Gabon et d’ailleurs, Paris, L’Harmattan, 2010.


© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-99263-4
EAN : 9782296992634

Fabrication numérique : Actissia Services, 2012
Remerciements
Je remercie d’abord M. Denis PRYEN d’avoir permis la publication de ce manuel de conjugaison.

Je pense à Henriette et Louis NKOGHE NDONG, pour leurs conseils, leur encouragement et leur estime.

Je remercie également les professeurs Bonaventure MVE ONDO, Nicolas NGOU-MVE et Grégoire BIYOGO pour leurs conseils et leur soutien indéfectible.

Je remercie particulièrement Claver BIBANG, pour la rédaction de la préface, ses suggestions, conseils et surtout pour ses encouragements.

Mme Gisèle AVOME MBA pour ses encouragements.

M. Marc MVE BEKALE pour son aide et ses conseils pratiques.

Je pense aussi à Steeve ELLA et Antonin MBA NGUEMA, pour la relecture du manuel.

Je remercie également Tatiana KOUNGA pour son amitié.

Je n’oublie pas Nadia ASSENGONE pour son soutien moral.

A Sani MOHAMADOU, Patrick NZE MBA, MOUHAMADOU Yaya, Aboubacar MOUSSA, Edmond OBAME BEKALE, Hania, Awa et Germain ALLOGHE BIVEGHE.
Dédicace
In memoriam :

Simon-Pierre AKOMO-ZOGHE, mon défunt père pour tout ce qu’il m’a offert de précieux dans la vie durant mon enfance, mon adolescence et à l’âge adulte : la fierté d’être fang, l’amour du travail, la perpétuation de la généalogie et du patrimoine culturel fang.

Ma mère Martine ANDEME OVONO, pour sa patience et son amour maternels.

Pierre-Claver ZENG EBOME, pour avoir stimulé en moi l’amour et la fibre patriotique ékang. Grâce à ses chansons, j’ai décidé de faire acte scripturaire de la culture fang afin de l’immortaliser et d’en assurer la transmission aux générations nouvelles.

Vivy Christelle AKOUME NDONG, chantre de la musique tradi-moderne, fille de Mitzic. Ma sœur, je te dédie aussi cet ouvrage afin de t’exprimer ma gratitude pour le bonheur que tu m’as procuré au travers de tes chansons durant mes années d’exil intellectuel en Europe.

Ayvra-Trécy OBONE AKOMO, Alexandra OTETEGN AKOMEZOGHE, Lévitique AKOMO-ZOGHE, Déborah et Simon-Pierre AKOMO-ZOGHE Jr.
Moan aâteb dia abégn nya akal na ébele mintsang.

« Un enfant ne refuse jamais le sein de sa mère
parce qu’il a la gale ».


Ékúm mendzim Nkokh anga dzô na abole si nde abole émièn.

« En voulant souiller la terre qui l’héberge
le Psychotria Gaboniae a souillé sa propre existence ».


Ossughe ntute ožôngbe ki ndung.

« Quiconque secoue le fourré,
supporte les débris qui tombent ».


Adages fang
Préface
Claver BIBANG

Docteur en Littérature et Civilisation françaises,
Spécialiste de Poétique et Théorie


« Dès ses premiers séjours en Afrique, Samuel Galley éprouva, après beaucoup d’autres, le charme indéniable de la langue fang et reconnut, à son tour, le rôle de premier plan que cet idiome pourrait jouer un jour comme agent de liaison et de culture entre les différents peuples du Gabon » {1} . Ainsi s’exprimait André-Charles Henry, dans l’ Avant-propos au dictionnaire publié par le Pasteur Samuel Galley, quatre années à peine après l’indépendance du Gabon. Ce missionnaire venu de Suisse, qui a passé quarante ans dans différentes régions du Gabon, était membre de la Société des Missions Evangéliques de Paris. La découverte de la langue et de la culture Fang fut pour lui une véritable révélation. Il entreprit de connaître et d’étudier en profondeur une langue et un peuple qui le fascinaient, s’y retrouvant, s’y immergeant au-delà de tout esprit colonialiste qui était pourtant en vigueur en ces temps des soleils des indépendances , pour reprendre l’intitulé d’une célèbre fiction de l’ivoirien Ahmadou Kourouma {2} , dans laquelle le romancier décrit et expose le parcours de Fama, prince malinké qui, après avoir participé avec courage et optimisme à la libération de son peuple, reçoit, dans une désillusion qui permet à l’auteur d’inventer une langue nouvelle, une carte nationale d’identité en même temps qu’une carte du parti unique qui a remplacé les oppresseurs, en guise de récompenses. Surprenant missionnaire qui, loin des stéréotypes qui justifièrent, depuis Voltaire et Montesquieu, en passant par Victor Hugo et Gobineau, la mission civilisatrice que s’assignait l’Europe, ici la France, pour sortir le continent africain, vaste étendue désertique, sans pensée et sans raison, résolument hors de la marche de l’Histoire, selon l’idéologie de la tabula rasa, de la vacuité séculaire dans laquelle il était supposé se vautrer. L’Africain, alors analysé comme un être réfractaire au progrès, sera poussé dans la modernité occidentale, à coups de « chicottes » et de code de l’indigénat. Lorsqu’on sait le rôle que la religion en général, chrétienne en particulier, joua dans la perception péjorative du Négro-africain, conçue au fil des siècles et fixée dans les imaginaires, pour justifier la Traite Négrière d’abord, l’Esclavage ensuite, et plus tard la Colonisation, l’œuvre de Samuel Galley, avec ses prises de position interculturelle, oblige à la relativité d’une expression vindicative qui stigmatiserait l’ensemble de la culture européenne dans une disposition essentiellement raciste.
La langue est non seulement le « système d’expression commun à un groupe » {3} d’hommes, mais également un espace de transmission de valeurs et de dispositions identitaires. Or, dans la culture Fang, comme dans nombre de lieux africains, la langue est un art de la totalité, qui lie dans une expression variante et multiple, le sacré, le rite et le discours dans une configuration poétique, en même temps que sémio-pragmatique. Un univers complexe dans lequel le mot, pour dire au plus fort d’une conscience, apprend à se taire. Rien de surprenant à cette paradoxalité du dire, qui fait écho à l’ontologie du sens, que Martin Heidegger, attentif au surgissement aléthéique d’une parole problématique, avait déjà su entendre. Le philosophe affirmait effectivement que « la parole parle […] où sonne le silence » {4} .
Afin donc de recueillir cette parole séminale, il convient de se mettre à l’écoute. Ce à quoi s’obligea Samuel Galley, en des temps favorables aux poncifs. Le missionnaire se mit si bien à l’écoute de la parole Fang, qu’il en recueillit les sèmes et sémèmes et, loin des pesanteurs idéologiques, accéda à sa propre conscience, en même temps qu’à la pensée globale de tout le peuple Ekang, au sens hégélien du terme. Le philosophe du progrès {5} , affirmant effectivement une unité dialectique entre la pensée et la langue, plutôt le langage , qui, différant de la parole, rapport à l’oralité, est davantage un instrument qui associe la réalité symbolique d’une chose à la réflexion qui la suppose, pour y découvrir un accès du sujet à la nature profonde de ses pensées.
Pensant avoir entendu le tumulte silencieux du dire Fang, Galley, enthousiaste, préconisa la langue du peuple Ekang comme vecteur possible d’une culture internationale, sous-régionale, mais aussi nationale. Enthousiasme interculturel qu’il contamina à André-Charles Henry, dans un postulat pragmatique qui le conduisit à hisser sans hésitation la langue Fang au niveau du Français, pour une nation gabonaise unie : « A côté du français, – qui reste au Gabon, la langue « politique », et la langue « culturelle », enseignée dans toutes les écoles, le fang-peut courir sa chance […] de devenir demain non seulement une grande langue de relation pour toute l’aire Sud-Cameroun et Nord-Gabon, mais le lien, entre tous les autres peuples de la République » {6} . Ce souhait, pragmatique d’antan, aujourd’hui vœux pieux, formulé par des européens épris de diversité culturelle et d’inter-culturalité, prônant le rapprochement des peuples, notamment gabonais, avait omis une réalité tenace et féroce : la discrimination ethnique.
En effet, le Gabon, à l’instar de bon nombre de pays africains, est miné par le régionalisme identitaire et les replis tribaux. Le peuple Fang, tant aimé et admiré de Galley, de Henry, de Durand-Réville et de bien d’autres en Occident, fait l’objet d’une haine farouche vis-à-vis des autres ethnies. Cette discrimination ethnique est de fait aussi redoutable que le racisme en Europe, dont les idéologies aboutirent aux heures les plus sombres de l’humanité. Il ne faut pas être surpris de ce que l’Afrique entra dans le XXI e siècle, de la plus honteuse des manières : le génocide Rwandais dont chaque africain est comptable. Lors de précédentes élections présidentielles, au Gabon, un slogan indiquait à suffisance, la haine dont le peuple Fang est l’objet : « TSF ». Ce sigle signifie, T out S auf les F ang. Autrement dit, peu importe son honnêteté ou sa compétence, un Fang ne pourrait jamais plus accéder à la magistrature suprême, coupable de ses origines. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir des personnes, estampillées expertes, défiler dans les médias nationaux pour stigmatiser les Fang. Certains évoquent, l’air savants, un présumé mensonge fomenté par les Fang, qui feraient croire au monde qu’ils auraient de lointaines origines égyptiennes. Il existe pourtant un nombre considérable d’ouvrages qui ont établi cet état de fait. Sans remonter à cheikh Anta Diop, à Xavier Cadet et autres égyptologues ou historiens, prenons cette énonciation de l’Anthologie de littérature francophone , définissant le mvett, épopée Fang : « Le mvett (ou mvet) est la grande épopée fang du Gabon et du Cameroun, racontée par un aède […]. Cette épopée est sans doute née au XVIII e siècle, au moment de la grande migration des Fang, depuis la haute vallée du Nil […] » {7} .
La question du Fang, ancien égyptien, ou descendant des vallées nilotiques, est source de véritables schizophrénies au Gabon, les autres peuples, vivant ce rapport à l’Histoire comme une invective monumentale. Les remises en question de tout ce qui concerne ce peuple ont pignon sur rue. Ainsi peut-on par exemple entendre certains intellectuels gabonais affirmer, la bouche bavant de colère et le regard hostile, que les Fang ne sont pas patriarcats, mais matriarcats. Comme s’il y avait une noblesse spécifique au patriarcat qu’on refuserait au Fang. Affirmation pourtant honteuse de gens qui ne savent plus que trouver de nouveau pour déverser leur haine. Car le Fang est bien patriarcat. Cela relève surtout du fait que pour le peuple Fang, l’enfant occupe une place primordiale dans la société. Aussi, en cas d’infidélité avérée, un homme préfèrerait divorcer de son épouse, en conservant l’enfant conçu par celle-ci, même s’il n’est pas le sien. Dans les valeurs taxinomiques Fang, la biologie s’écarte au profit du culturel. Une parémie Fang dit : « mone é se mone a biale. Mone a ne mone a abagle ». En d’autres termes : le père d’un enfant n’est pas celui qui l’a conçu, mais celui qui l’a éduqué. La filiation n’est donc pas ici d’essence biologique, mais de postulat culturel.
Dans la même veine, le Fang procède à une mesure récitative de sa généalogie, pour légitimer son appartenance au peuple, en partant de lui-même d’abord, articulé à son père ensuite, remontant progressivement la chaîne , et non l’arbre, prononçant le nom de chacun de ceux qui l’ont précédé, parcourant la famille, la tribu, le clan, le lignage, avant d’arriver à l’ancêtre commun de tous les Fang, un certain Be wè be Zame , dit le sourire de Dieu, personnage mythique qui rattache tout le peuple à Dieu. Précisons que le récit généalogique se fait du côté paternel, le Fang étant bien patriarcat, quoi qu’en disent les commerçants de haine. Haine si fortement enracinée qu’un organe de presse ethnique ironisa sur « l’Eglise Efangélique du Gabon », pour moquer un christianisme protestant pratiqué en partie par des Fang. D’autres très nombreux sont catholiques. Un touriste visitant ce petit pays de l’équateur, ne doit pas être surpris d’entendre un jour, « les mone dzang ». C’est une formule péjorative particulièrement appréciée des membres d’autres ethnies, qualifiant la solidarité supposée que les Fang entretiendraient entre eux. Et n’oublions pas tous les autres stéréotypes autrefois usités par les européens à l’endroit des Africains, entre autres : « barbares », « violents », « primitifs », « anthropophage », « cruels »…
Ces stéréotypes, qui permirent à l’Europe de soumettre l’Afrique à l’esclavage, et plus tard à la colonisation, sont déversés régulièrement sur les Fang. Avec cette différence si importante, que cette fois, il ne s’agit plus d’une manifestation du racisme eupéocentré, mais d’un racisme afro-africain, gabono-gabonais. Nous entendons déjà les objections nerveuses de quelques afro-centristes, figurant le déni permanent d’une discrimination pourtant active entre négro-africains, mais aussi les rodomontades de certains puristes de la langue, cherchant à nous indiquer que le racisme, étant consubstantiel à la race, n’est pas identifiable entre Noirs. Pourtant, nous persistons : il y a un racisme afro-africain, au moins aussi féroce et absurde que le racisme d’Europe. Si effectivement le racisme désigne une idéologie s’affirmant dans une « hostilité envers un groupe racial » {8} différent, il détermine également, du point de vue archéologique, l’hostilité manifeste d’un groupe d’hommes envers un autre, de culture ou de religion différente, entre autres. En fait, « la caractérisation par la race a fait place à l’hostilité pour un groupe humain, la notion de race faisant place à celle de nationalité […], d’appartenance religieuse ou culturelle – l’ambiguïté étant présente dès l’origine […] » {9} . Le racisme, au-delà de sa signification fondamentale, a donc fini par désigner aussi la haine d’une communauté envers une autre, que cette hostilité s’enracine dans la race ou, à l’instar du sujet qui nous préoccupe présentement, dans l’ethnie. Ecoutons les linguistes français, dans leur lecture de l’adjectif « interracial » : « qualifie des relations entre races (ou ethnies) différentes » {10} .
Notre propos n’est toutefois pas de dire que toutes les ethnies africaines, ou gabonaises, se haïssent viscéralement, ni de prétendre que les Fang sont seulement victimes de l’hostilité des autres peuples. Loin de là. Les Fang sont eux-mêmes conducteurs d’autres stéréotypes pénibles sur les autres, tout en contribuant à l’ambiance de rejet général, au moins à travers la décomposition identitaire dont font de plus en plus preuve les nouvelles générations, surtout enclin à singer l’Occident dans une disposition paresseuse. Nous avons surtout évoqué le climat de suspicion et de haine qui a cours, pour montrer à quel point les dispositifs d’une Afrique interculturelle, avec une nation gabonaise parlant un Fang commun n’est même pas une utopie.
Pourtant, comme le disait si bien Durand-Réville, président de l’Académie des Sciences d’Outre-mer, à propos d’une langue Fang transcendant les différences nationales, dans une réciprocité des identités, y compris fondée sur le savoir, « il était important qu’une correspondance intelligente des mots de ces langages, fut proposée à des hommes de bonne volonté dont l’enrichissement philosophique ne saurait être que mutuel » {11} . Tant pis pour l’harmonie des différences et la construction d’une humanité solidaire, les Gabonais, comme nombre d’Africains, sont trop occupés à se haïr les uns les autres, dans une détestation d’autant plus difficilement surmontable, que les intellectuels, supposés, par la maturité de leur conscience, favoriser plus de sagesse, sont eux-mêmes pris dans les tourments du ressentiment permanent de l’autre.
Tout l’enjeu de l’œuvre de Cyriaque Simon-Pierre Akomo-Zoghe se dévoile ici. Le Guide de la conjugaison Fang , s’inscrivant dans la même veine que Parlons Fang {12} , et juste avant, L’Art de conjuguer en Fang {13} , s’installe résolument dans une quête de relations inter-identitaires, un dialogue entre toutes les cultures, et d’abord celles qui ont en partage la langue française. Il s’agit d’inciter l’autre, entrant dans le langage Fang, à aller à la quête de sa propre conscience dans une variation toute derridienne, identité différant le sens de l’autre dans le mutable de soi-même, sans a priori et sans idéologie. Une invitation du sujet, par delà toute posture réactionnaire, à se lier aux mots, ici Fang, pour manifester un savoir global tout autant que particulier, qui puise dans la différence, les unités sémantiques d’une relation universelle. N’est-ce pas le sens de la notion de conjugaison , que de favoriser la complémentarité des formes verbales, mais aussi identitaire ? Un geste essentiel et urgent qui consiste à arracher la langue Fang au risque de la déperdition. Mouvement d’autant plus capital, que malgré la bonne foi et l’enthousiasme de nos frères européens, missionnaires et académiciens, premiers à tenter de vulgariser la langue Ekang, dans une perspective interculturelle, des risques de més-écoutes demeurent.
Més-écoutes susceptibles de pervertir un projet pédagogique et culturel louable, à cause des surinterprétations, ou des tentatives de forcer le trait, en poussant l’isotopie d’une langue Fang qui dit en se taisant, à signifier dans la conformité du Français. C’est ainsi que Samuel Galley, dont nous saluons encore une fois le courage et l’intelligence des autres, a cru comprendre les particularités d’une langue qui s’inscrit dans les contrastes d’un lexique rigoureux aux accents universalistes, mais aussi métaphoriques, résolument figuratifs. Galley a approché l’essence du parler Fang, sans toutefois la saisir, la prendre avec lui, au sens archéologique du verbe comprendre, c’est-à-dire, cum qui veut dire « avec » en grec, et prehendere , qui signifie « prendre ». Comprendre, ou cum prehendere , c’est alors, prendre avec soi les différentes unités d’une langue, et de son dérivé le langage, les « empoigner, [les] happer » {14} , les « saisir ensemble » {15} . Quelque chose que nous ne saurions expliquer a entraîné Galley, au-delà de la grandeur de son entreprise, à saisir parcellairement, parfois faussement, la langue Fang.
En effet, dans son Dictionnaire Fang-Français et Français-Fang (1964), le missionnaire commet une foultitude d’impairs. Dans la première partie de son ouvrage, l’auteur interprète le verbe arriver, qui écrit-il, se dit Avagha so {16} . Selon lui, le sens de ce verbe supposé serait « il est arrivé ». Double erreur. D’abord, il ne s’agit pas d’un verbe en soi, mais d’une expression verbale. Ensuite, celle-ci ne correspond pas au sens que l’auteur lui donne. A vagha so, dite plutôt A vaghe zu, signifie très exactement, « il tente de venir ». Venir en Fang se dit A zu, et Avaghe, c’est tenter. De même, le verbe « arriver » ne se décline pas par A zu , mais par A so .
Galley propose ensuite le sens du mot avare. Il indique qu’il faut dire « aler-a-mor » {17} , ce qui correspond littéralement à « l’homme dur ». C’est une tentative d’adaptation du sens d’un mot Fang en Français. C’est une erreur importante. Car il y a bien un mot, pour désigner l’avare, sans la moindre extension littérale. Il s’agit du sème atchûgn, pratiqué surtout dans le Nord du Gabon. Dans l’Estuaire et autres provinces, il faut prolonger la prononciation : atchûûû .
Autre impair fâcheux, l’expression Nkyel – a – môr, que l’auteur traduit par « homme intelligent » {18} . Or, cette expression désigne très exactement un « homme prudent ». L’item Nkyel, ou plutôt Nkel, mais aussi Nkee, est plutôt un adjectif qui qualifie la « prudence ». Pour désigner l’intelligence en langue Fang, on dira, soit Nem, soit N’yem, c’est-à-dire le savant, celui qui connaît. Au pluriel, on dira Beyem, les savants. Il convient de préciser que ces mots désignent également le cœur.
Le Fang pense effectivement que toute réflexion, y compris la plus rationnelle, est d’abord une sensation, une secousse émotive qui submerge le sujet, avant de trouver une organisation plus formelle dans le cerveau. Raison et émotion sont ainsi les deux faces indissociables d’une même logique qui appelle une réaction conséquente. Il s’agit de ce que Senghor a appelé la Raison intuitive, qui fait écho à Henri Bergson avec sa théorie d’un savoir artistique qui permet de connaître bien mieux qu’une raison qui fonde sa pertinence dans l’utilité. Ajoutons que le mot Nem suscite peur et méfiance dans la population, car souvent associé, par la ruse des initiés soucieux de préserver leur savoir à l’abri des curieux, à la sorcellerie avec laquelle il n’a pourtant rien à voir. Prenons un dernier exemple : Mone kal a Ngyeme. Selon Galley, il s’agit du « fils de la sœur de Ngyeme » {19} . Mais c’est bien plus compliqué.
En effet, dans la langue Fang, le mot cousin n’existe pas, tout comme le mot neveu , du moins dans une première circonstance. L’enfant de la sœur, comme celui du frère, se disent enfants, tout simplement. Cependant, les parents maternels d’un enfant sont considérés comme ses uniques oncles. On dit alors be gnandome, les oncles. L’enfant est ainsi « neveu » dans la famille de sa mère (et non dans celle de son père où il demeure simplement enfant dans une mesure patrilinéaire), où il est appelé mone Kale, c’est-à-dire, « l’enfant qui est protégé ». Car, selon la croyance Fang, il est strictement interdit de faire le moindre mal à mone kale , sous peine de susciter l’ire des ancêtres, qui provoqueront alors des cataclysmes susceptibles d’anéantir une famille, voire une tribu sur plusieurs générations. C’est pourquoi l’enfant, appartenant à son père, est en même temps protégé par la famille de sa mère. Une manière d’équilibrer les rapports existentiels de chaque être humain, qui doit pouvoir disposer d’une alternative, d’un côté ou de l’autre, des siens.
Les différentes erreurs, qui se sont glissées dans l’œuvre de Galley, incitent à plus de vigilance, et à la nécessité d’écrire aussi soi-même sur sa propre langue, sans pour autant nier l’apport interprétatif de l’autre, dont l’amour du semblable ne fait l’ombre d’aucun doute. Cyriaque Simon-Pierre Akomo-Zoghe invite ainsi les uns et les autres, à s’approprier, pour ceux qui savaient déjà, à se réapproprier une langue qui, n’étant pas la leur, leur dit quelque chose d’eux-mêmes. Il prend soin d’apporter des précisions, de type épistémique, le langage Fang étant binaire, en même temps, dit l’auteur, « langage parlé et […] langage écrit ». Le présent opus guide le lecteur dans un univers complexe, où s’associent différentes unités d’une langue graphique, où il est invité à dire, mais avant tout, à savoir dire, dans la préciosité d’un Fang qui s’énonce dans une configuration classique du XVII e siècle français, et même avant, dans l’humanisme renaissant de la Pléiade , qui trouvait dans les mots et les sons, le moyen d’élever un homme nouveau, rendu savant, entre autres, par une rhétorique qui empruntait les règles des anciens, toujours imités, sans cesse inspirants.
Dans une perception didactique, Akomo-Zoghe, autour d’une œuvre à six parties, passant de la « structure des verbes » aux « verbes irréguliers », en passant par une pratique ferme de la « conjugaison des verbes », commet ici un véritable manuel qui, dans une transculturalité efficiente, met l’orateur [l’écrivain lui-même] et l’auditoire [nous autres lecteurs] dans un agir communicationnel {20} de type habermassien, unifiant praxis, l’action du sujet, et logos, le discours portant tout cela, dans une procédure objective qui n’est pourtant pas évidente, mais qui pourrait trouver dans l’idéal du contexte de chacun qui se mue en contexte de tous, espace d’expression majeure où le Savoir est en partage. Michel Mayer, évoquant les formes rhétoriques du langage et du discours, affirme justement que « ce savoir partagé, qui permet l’échange, s’appelle le contexte : le contexte est l’ensemble des réponses supposées que doivent partager, à titre de connaissances, l’orateur et l’auditoire » {21} . Nous savons depuis Habermas, que le langage, engendrant la procédure d’une raison communicationnelle qui tient du matérialisme et de l’histoire, suppose une pratique communicative et intercompréhensive des acteurs qui ne sont plus régis par des rapports de domination ou d’oppression. L’agir communicationnel est alors un espace de dialogue dans lequel on tente de s’accorder avec l’autre, dans l’interprétation solidaire d’une situation donnée, tenant compte mutuellement de la conduite à adopter. C’est ce que nous offre le présent ouvrage d’Akomo-Zoghe, à travers l’unité fondamentale de diverses techniques de conjugaison, grâce auxquelles nous faisons l’apprentissage, à partir de la langue Fang et dans un rapport d’égalité et de partenariat, du langage commun de l’amour. C’est encore Durand-Réville, académicien de cette France d’ailleurs, venue d’Outre-mer, qui résume le mieux le projet exhaustif du présent Guide : « Pour que se comprennent et s’aiment des Français [cet amour est aussi possible entre gens du Gabon] et des Fang, pour que s’opère la féconde symbiose des civilisations qui se sont formées pour les uns et pour les autres, parallèlement à leurs langages respectifs […] » {22} .

Paris, 14/02/2012

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