Idéologie et traductologie
242 pages
Français

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Description

En théorie, la traduction est censée être neutre et le traducteur indépendant. Mais en pratique, c'est loin d'être le cas. Cet ouvrage présente le regard croisé de onze chercheurs issus de langues aussi diverses que l'arabe, le bulgare, l'espagnol, le grec, l'italien, le japonais, le polonais, le russe ou encore le turc. Il réunit des études de cas relevant de contextes de communication variés, mais qui révèlent tous les multiples interactions de la traductologie et de l'idéologie.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 février 2016
Nombre de lectures 26
EAN13 9782140000034
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Sous la direcIon
Idéologie et traductologie
Sous la direcIon d’Astrid Guillaume
Préfaces de Marianne Lederer et François RasIer
Idéologie et traductologie
Collection Traductologie Directeur : Mathieu Guidère La collectionTraductologiepublie des ouvrages qui traitent des questions de la traduction et de l’interprétation dans une perspective multilingue, interculturelle et intersémiotique. Elle s’intéresse à toutes les problématiques qui concernent les traducteurs dans l’exercice de leur métier et les spécialistes du langage dans l’analyse des traductions. Elle est ouverte à toutes les approches théoriques et méthodologiques, appliquées à tous types de textes traduits. Elle se donne un double objectif : d’une part, promouvoir des recherches actuelles menées sur la traduction écrite, orale et audiovisuelle ; d’autre part, publier des jeunes chercheurs dont les travaux mériteraient une plus large diffusion. Les études traductologiques sont ici envisagées dans leur acception la plus large, celle qui motive les recherches interdisciplinaires susceptibles d’éclairer la complexité d’un domaine au contact des langues et en mutation constante. Que l’on se réfère aux sciences du langage, à la linguistique, aux sciences sociales ou encore à l’histoire des idées et des mentalités, il s’agit de révéler la richesse et la diversité des approches actuelles des phénomènes liés à la traduction et à l’interprétation dans un monde globalisé et interconnecté. La collection Traductologie est dotée d’un comité scientifique et d’un comité éditorial qui examinent de façon anonyme les travaux soumis. La publication des travaux acceptés n’est soumise à aucune contribution financière des auteurs.Déjà paru Guidère Mathieu,Traductologie et géopolitique, ʹͲͳ5.
Sous la direction d’Astrid Guillaume Idéologie et traductologie
Préfaces de Marianne Lederer et François Rastier
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08338-4 EAN : 9782343083384
Préface de François Rastier
En sommant la tradition condillacienne, Destutt de Tracy 1 institua lidéologie comme une science des idées : elle inventoriait les idées élémentaires et analysait leurs combinaisons. Dans un dispositif qui appartient à la philosophie du langagenon à la linguistique alors naissante mais  elle les liait à une grammaire générale et à une logique qui létait tout autant.
e Quand Marx, au milieu du XIX siècle, reprend la notion didéologie, cest dabord pour la lier à la susperstructure : dans la société capitaliste, lidéologie a pour fonction de travestir les rapports de production qui caractérisent la base économique. Elle soppose ainsi à la connaissance objective de la réalité sociale et jusquà nos jours les courants marxistes et marxiens sattachent à la critique des idéologies. Dans la société socialiste cependant, lidéologie prolétarienne devrait refléter correctement les rapports de production, car elle sappuie sur le matérialisme historiquebel et bien considéré comme une science, de Marx à Althusser.
e Dans la seconde moitié du XIX siècle, certains courants de pensée, illustrés notamment par Steinthal et Lazarus, projetèrent détudier les représentations collectives dans leurs rapports avec les langues, ce qui laissait entrevoir une sémantique « sociale ». Le lien problématique entre la diversité des langues et la diversité des représentations sociales fut largement débattu. Pour sa part, Saussure, dans une lettre de 1894, voyait dans la linguistique un intérêt « presque ethnographique ». Le lien entre représentations collectives et le contenu linguistique sarticule de manière problématique chez Louis Hjelmlev, quand il estime que ce quil appelle lasubstance du contenuest constitué, à son premier niveau danalyse, de telles 1 Élémens didéologie, 1804-1817, Paris, Courciez, 3 vol. Voir aussiIdéologie et théorie des signes, La Haye, Mouton, 1971.
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représentations sociales ; toutefois, larticulation entre forme et substance du contenu reste dautant plus énigmatique que pour lui seule la forme relève de la linguistique.
En outre, objecterons-nous, ces représentations ne sont pas liées à des catégories déterminées et sont susceptibles de divergences et de conflits sans quoi, comme le prétendait Barthes, dans une provocation discutable, la langue serait fasciste.
Ne pourrait-on alors admettre que la doxa, dans tout ce quelle a dapproximatif ou du moins de variable selon les groupes sociaux, constitue la « matière » du senstout comme dans le domaine de lexpression le son ou la graphie constituent la matière expressive ? Nous avons testé cette hypothèse avec les méthodes de la linguistique de corpus, ce qui a conduit à distinguer divers niveaux de la doxa, selon quelle caractérise un genre (et se rapproche de la thématique), un discours (et sidentifie partiellement à la topique). Enfin, on a pu attester une doxa transdiscursive, faite de catégories actives dans divers discours (par exemple, en français moderne, lopposition entre amour etargentretrouve dans des discours politiques, se 2 religieux ou littéraires) . Ce fonds commun de catégories partagées semble fait de préjugés dautant plus sédimentés que les conflits dopinion sappuient sur ses catégories plus quils ne les mettent en cause : il reste ainsi en quelque sorte invisible.
Cest là pour les traducteurs tout à la fois un défi et une chance. Dune part, les textes semblent dautant mieux traductibles quils véhiculent une doxa translinguistique : par exemple les textes scientifiques sont normés au plan international, tant pour lexpression que pour le contenu ; sur le fond des connaissances partagées que lon appelle létat de lart, les divergences peuvent alors être formulées précisément. Toutefois, si les normes translinguistiques réduisent lincertitude (notamment lincertitude lexicale, par les conventions terminologiques), elles ne dispensent jamais le
2  Lauteur,La mesure et le grain. Sémantique de corpus, Paris, Champion, 2011, ch. 4.
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traducteur de sa mission critique, qui conditionne la qualité de son travail.
Cette mission lui impose deux tâches complémentaires : outre lanalyse de la teneur propre (composée de lexpression et du contenu) du texte quil transpose et de celui quil élabore, il doit déterminer unpoint de vuesur chacun de ces textes, point de vue qui saccorde à la pratique sociale à laquelle il prend part (technique, politique, littéraire, juridique, etc.). Le point de vue, concept herméneutique majeur, suppose le recul nécessaire à la position critique. Pour limiter larbitraire dune subjectivité, il doit être contrôlé par unegarantie, qui sappuie en premier lieu sur les corpus antérieurs qualifiés, dans une langue comme dans lautre. Lunité duelle du point de vue et de la garantie définit 3 alors laportéeНО lК trКНuМtТon, Оt Оn ПКТt unО œuvrО.
Certes, la problématique informationnelle sous-tend encore les théories qui réduisent le texte à traduire à une « source » et le texte traduit à une « cible », tout comme la problématique communicative qui fait de la traduction une sorte de négociation entre deux systèmes de valeurs préétablies. Mais la traduction ne passe pas tout uniment dune idéologie à une autre : elle se tient à égale distance et ouvre un espace nouveau, en enrichissant le corpus des deux langues en jeu. En revanche, une traduction pourrait être dite idéologique quand elle renonce à sa mission critique et ne prend pas la distance nécessaire : elle concrétise alors un système de croyances préétabli.
La question délicate de larticulation entre teneur et portée de la traduction séclaire par labsurde quand on considère linsuffisance de la traduction automatique, qui se limite principalement à la teneur et ne tient aucunement compte de la portée. Certes, lautomate ne prêche aucune autre idéologie que lidéologie techniciste : mais en ne traitant que la teneur du texte, sans tenir compte du point de vue ni de la garantie, elle reste sans portée.
3  Sur la dualité entre teneur et portée, voir Driss Ablali et al., éds. (2014) Documents, textes, œuvres, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, pp. 13-38.
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La même question séclaire aussia contrario par les traductions tendancieuses qui veulent imposer un point de vue non critique : quil soit ou non politiquement correct, il fait violence au texte et affaiblit dautant sa traduction.
Apparemment insaisissable, souvent invoquée comme une puissance mystérieuse, lidéologie na pas de « marques » privilégiées, comme on le croit trop souvent en analyse du discours. Certes, on cite volontiers des mots chargés de sens symbolique et quelque peu iconisés comme la saudade ou le Sehnsucht. Mais le sens dun texte ne réside pas dans ses motsune machine pourrait les traduire. Les mots absents ne le révèlent pas moins : par exemple, en comparant des corpus de sites racistes et antiracistes en français, allemand anglais, on peut constater que les mots homme, Man et man sont absents des sites racistes (cf. op.cit., ch. 7). En outre, les grammèmes, la ponctuation, la typographie même varient avec les positions idéologiques, même dans des genres et des discours identiques. Dautres variables, comme la longueur moyenne des phrases ou des mots sont également sensibles.
Bref, comme lidéologie réside non moins dans le dit que dans le non-dit, il faut alors pouvoir traduire aussi ce non-dit, tout en le respectant. Les ontologies, thesauri et réseaux sémantiques ne seraient ici d: tout ce qui relèveaucune utilité la portée dun texte relève dune dé-ontologie, pourrait-on dire.
Aussi, la critique des partis pris idéologiques dans les traductions ne consiste pas à leur opposer des partis pris opposés : il sagit bien plutôt de les problématiser. Au-delà, on peut concevoir une science des idéologies, mais il reste évidemment beaucoup à faire pour objectiver ces systèmes conflictuels de représentations collectives : dans son domaine propre, la traductologie peut contribuer à cette entreprise.
Sans égard pour la sottise inévitable de linstrument ni pour les manipulations dun relativisme qui conclut à lintraductibilité, les études que recueille cet ouvrage contribuent à mettre en valeur la fonction critique de la traduction. Elles ne prétendent pas pour autant résoudre la
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contradiction entre la doxa comme « matière première » du sens, les idéologies qui sappuient sur elles pour lexploiter au profit de groupes dintérêt, et les événements textuels qui font rupture, introduisent des nouveautés décisives, modifient léquilibre qualitatif des corpus et contribuent à lévolution historique de lensemble des représentations collectives.
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