Intervenir : appliquer, s impliquer ?
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Intervenir : appliquer, s'impliquer ? , livre ebook

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Description

Ce volume présente les Actes issus du Ve Colloque International du RFS, soit une trentaine de contributions. Les nombreux thèmes (migrations, contacts de langues) sont traités à la fois dans une perspective épistémologique, méthodologique et descriptive. Ils constituent autant de questions sensibles, qui sont envisagées à partir de différents terrains (Afrique du Sud, Belgique, Canada, France, Maghreb). Ces travaux tentent de cerner les enjeux pertinents au plan social, scientifique et institutionnel de ces questions.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mai 2009
Nombre de lectures 245
EAN13 9782296226159
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

EME
LEVCOLLOQUE DURFS :
1
BILAN ET PERSPECTIVES

2
Un colloque,un dispositif

Les colloquesdu RFS–2000à Tours (avant lalettre),2001
à Grenoble, 2003àl’ENS-SHS de Lyon,2005 à ParisV –
3
suscitentdepuisleur création une participationcroissante .La
cinquièmeéditiondescolloquesduRFS (actuellementRéseau
Francophonede Sociolinguistique),quis’estdérouléeà Amiens
les 13-15 juin 2007, s’estappuyéesur cette dynamique en se
donnantcomme objectifune ouverture explicite.Cettevolonté
s’est traduite d’une partparlechoixd’une dimension
internationale etd’autre partpar unquestionnementcentral pour
leréseau, devenudepuislecolloque deGrenoble de plusen
plus saillant, et quereprend en l’étatl’intitulé duprésent
volume – «Intervenir: appliquer,s’impliquer ?».
Entermesd’organisation, nousavonsopté,commeà
chacune des rencontresprécédentes, pour un dispositifadapté et
particulier.Pourl’essentielcelui-cisecaractérise ici par :
- deux volumesdetextesdontle présent volume d’Actes ;
- neuftables rondes, en plusdes quarante-six
communications acceptées ;
-un formatd’écriture particulierpourles Actes.

1
IsabellePierozak,Jean-MichelEloy,Université dePicardieJules
Verne,LESCLaP-CEP.
Nous tenonsàremercierde leur soutien financieret/oulogistique le
Conseilrégional dePicardie, le Conseilscientifique de l’UPJV ainsi
quesonPrésident, lecomité d’organisation ducolloque dont tout
particulièrement, pourleuraide précieuse,M. C. Rey ainsique
MmeA.Masset.
2
Cette présentationappelle égalementlalecturecomplémentaire de
notretexte introductif, dontl’exposéaouvertlecolloque, et quise
trouve, pour cetteraison, placé justeaprès.
3
Les Actes successivementédités sont rappelés àlafin du texte.

6

Intervenir : appliquer,s’impliquer ?

Il estimportantderappeler comment sesontdérouléesles
opérationspour caractériserle produit queconstituent ces
Actes :nous allonsdonc revenir sur ces troispoints brièvement.

Une édition en deux temps
Le présentouvrage faitéchoà unautre ouvrage,quiaété
publié enamontde la tenue du colloque,auprintemps2007.
Cette première publication,constituantle premiernuméro des
Carnetsd’AtelierdeSociolinguistique, estcentréesur trois
longs textesdePh.Blanchet,L.-J.Calvetet D. deRobillard,
d’orientation explicitementépistémologique.Envoici les
intitulés :
-L.-J.Calvet:«Pour une linguistique dudésordre etde la
complexité »
-D. deRobillard:«Lalinguistiqueautrement: altérité,
expérienciation,réflexivité,constructivisme, multiversalité:
enattendant que leTitanicnecoule pas»
-Ph.Blanchet :«Quels‘linguistes’parlentdequoi,à qui,
quand,commentetpourquoi? Pour un débat
épistémologiquesurl’étude desphénomèneslinguistiques»
dansCAS n°1,UnsiècleaprèsleCoursdeSaussure:la
4
Linguistique enquestion.
Ces textesontdonné lieu àl’une desneuftables rondes
(«Leslinguistiques sont-elles contextuelles ?»).Le dispositif
était alorslesuivant :lesparticipants avaienteu accès au
préalableà ces textes, par voie électronique puispapier, pour
qu’il ensoitdébattulorsde l’ouverture du colloque.
Lesdébats qui ont suivi, et qui ont animé lecolloque jusque
dans sesintermèdes, ontd’abord permisde donner à
l’épistémologieune placecentrale parmi nosmultiples sujetsde
préoccupation.Sansdoute lesenjeux, en l’occurrence de nature
interventionniste,sont-ils apparusplusnettement ?Lesmêmes
débatsont aussi permisdevisibiliserdespointsdevue pluriels
voire opposés,quiauraientpupasser–s’il n’enavaitété

4
Le numéro peutêtreacheté et/ouconsultévia
:http://www.upicardie.fr/LESCLaP/spip.php?rubrique55

eme
LeV colloqueduRFS… –I.Pierozak et J.-M.Eloy

7

question de manièreapprofondie – pourde «simples»
différencesméde «tohode »,uméde «tohodologie »u bien
encore de «cadragethéorique ».
Aufinal,c’est-à-direbienaprèsla tenue du colloque, le
présent volumetémoignetrèsexplicitement comme nousle
verronsinfra, decesouci épistémologique,qui,aprèsle débat
d’idée,s’estdonc aussitraduitlorsde l’écriture.Encela, on
peutparlerici d’une édition «rétro-anticipatrice »,témoignant
d’uneréellecohérence entre lesdeux temps– enamonteten
aval – dececolloque.

Tablesrondeset communications
Deuxformatsd’exposé ontété proposés : soit souslaforme
d’unetableronde discutante (s’apparentant auformatdespanels
mais sur untempsnéanmoinsplus réduit),soit souslaforme
d’unecommunicationclassique.L’intitulé debeaucoup de
tables rondes aété formulésouslaforme d’unequestion,afin
de favoriserlesdébats.
S’il estimpossible etinutile d’énumérerlesintitulésde la
cinquantaine d’exposés toutformat confondu, nous
mentionnerons cependantles seulsintitulésdes tables rondes,
querien ne distingue dansla table desmatières,sice n’est un
volume designes un peuplus conséquent.
-M.Ali-Khodjaetal.:«Vivre danslesmarges:espacesde
liberté oudecontraintes ?Réflexions surla condition du
chercheuren milieuminoritaire »
-V.Castellotti etal.:«Aproposde lanotion decompétence
plurilingue enrelationà quelques concepts
sociolinguistiquesoudu rôle de l’implication etde
l’intervention dansla constructionthéorique »
-I.Léglise et al.:«Applications/implications:des
réflexionsetdespratiquesdifférentesen fonction des
5
(sous)disciplines ?»

5
A signalerici,danslecadre decette présentation du colloque,
l’ouvrageApplicationsetimplicationsensciencesdulangage, édité

8

Intervenir : appliquer,s’impliquer ?

-M.Mattheyet al.:«Intervenir...Oui, mais...ya-t-ilune
demandesociale?»
-A.Milletetal.:«Surdité etcontactsde langues:quelles
implications socio-didactiques ?»
-L.Mondadaetal.:«Etudierlespratiquesprofessionnelles
plurilingues:enjeuxanalytiques, défispratiques»
-M.Richardsetal.:«Transnationalisme et
postnationalisme:languesetidentitésen mouvance.
Comment saisirles changementsdiscursifs ?»
-M.Rispail etal.:«Quelle implication et quelle
intervention pour quelsenseignants-chercheursdans
l’enseignementdeslanguesauMaghreb?Lecasde
l’EDAFenAlgérie »
Dèsleurintitulé parfois,ces tables rondes–commebon
nombre d’autrescommunicationségalement–articulentleurs
réflexionsàlafois surl’intervention et surdesconsidérations
épistémologiques.Cetraitmérite d’êtresouligné danslamesure
oùl’on peutlire icicettearticulation entermesdeconséquences
de l’uneverslesautres(cf. infra).Pourautant, on ne peut que
regretterl’insuffisancede laparticipation decequ’il est
convenud’appelerproblématiquementdes« professionnels».
Soulignonsl’intérêt que présente leurapport,venantde
domainesaffinitaires(enseignants, etc.),quand ilsdéveloppent
uneréflexivitésurleurspratiques, en particulierau sein
d’équipesderecherches.

Un formatd’écriture particulier
Le présent volumecomporteaufinaltrente-six textes,tout
formatd’exposéconfondu,qui ontétéassezdrastiquement
limitésentermesdevolume.Cettecontrainte – d’autantplus
ressentieque les volumes sonthabituellementplusgénéreux–
nerépond pas seulementàl’objectif pratique d’éditerenunseul
volumeautantdecontributions.

en2006parI.Léglise,E.Canut,I.DesmetetN.Garric,chez
L’Harmattan.

eme
LeV colloquedu RFS… –I.Pierozak etJ.-M.Eloy

9

Ils’agissaitaussi, parcechoix, desusciterdes textes
(re)travaillantlamanièredes’énoncerentant quetexte
scientifique, pournotamment se focaliserdavantagesur
l’essentiel,àsavoirce pour quoi letexte est rédigé,
généralementexprimé ici entermesd’enjeux/
positionnements /questionnements sociaux, disciplinairesou
institutionnels(cf. l’appel initial).
Unregretpeut-être:étantdonné ladifficultéà s’extraire des
6
normesde l’écriturescientifiqule «e ,savoir-communiquer»
nos recherches,qui est aussiune forme d’interventionàne pas
négliger,aurait sansdoute dûêtre l’objetd’unetableronde.Ce
savoir-communiquerconcerne nonseulementceque l’on
appelle ladiffusion (pourne pasdireàl’heureactuelle la
médiatisation), maisaussinosproprescommunautés
scientifiques.En effetlesfonctionnementsdiscursifsdeces
dernières sontpotentiellementmenacéspar uncertain nombre
derisques, favorisésparlesnormes scientifiquesactuelles:
reditespartiellesd’untexteàl’autrechezle mêmechercheur,
déséquilibresentre lapartd’exposition desdiverscadrageset
celle desapportsliésau regard original duchercheur, etc.

Lecture descontributions:intervenir doncse
questionnercomme (/ sur le) scientifique?

Venons-enàl’organisation des textes,c’est-à-direàla
lecture –une parmi d’autres–que nousproposons, par
l’ordonnancementdanscevolume, desdiversescontributions,
que nousne présenteronspas uneàune.Apremièrevue, il
pourrait sembler quecertainesmanifestent unerelation non
immédiate, entoutcaspeuexplicite,aveclathématique du
colloque.On pourraitainsirassemblerd’une partdes textes
essentiellementaxés surlaformulation dequestionnementsde

6
Parexemple, onremarque parfoischezlesplusjeunesdes
contributeurs que l’exposé des«corpus» etautres« méthodologies»
decadragetendàsurconsommerdu tempsde parole oude l’espace
d’écriture.

10

Intervenir: appliquer,s’impliquer ?

fond,touchantparexempleauxpositionnementsduchercheur,
àsesoutilsdecadrage, etc., etd’autre partdes textes
prioritairementfocalisés surdes terrains,comptes rendus
d’expérience, etc.
Commentlaquestion de l’intervention est-ellealors traitée?
Commentavons-nouschoisi derendrecompte dece
traitement ?
Al’inverse de lasolution généralementadoptée dansles
recueils quitouchentàlathématique de l’intervention,assez
nombreuxcesdernièresannées, les textesn’ontpasété
organisés selon lesdisciplinesoudomainesconvoqués.Cela
auraitété peuappropriéconcernantceux, dansceréseau
notamment,quiseviventnonseulementcomme deslinguistes
(certesleterme estpourle moinsmarqué) maisaussi (surtout ?)
comme deschercheursenscienceshumaines, pour qui les
langues sontdes voiesprivilégiéesàl’humain (ré-)envisagé
dans sonunité.Celal’auraitétéaussi pourceuxchez qui ont
prédominé,àpartirde leurspropres«terrains» ouexpériences,
les questionnementsépistémologiques,centrés surla
responsabilité deschercheurspar rapportà« lascience »,
conçuecomme ensemble deressources, évolutives, en matière
de pratiques/représentations.
Laquestion de l’interventionappelleunereformulation en
apparencetriviale:qui est-on pourfairequoi?Et/ou
corollairement que fait-on pourêtrequi?Cequi peutaussi
diversement se décliner:parexemple,comment se perçoit-on /
est-on perçu ?, etc.Cettesimpleremarque permetde
comprendre pourquoi l’intitulé ducolloque, «Intervenir:
appliquer,s’impliquer ?»,adonné lieuen grande partieàun
traitementépistémologique de l’intervention.
«Epistémologies»que nousenvisageonsiciaupluriel étant
donné lesconceptionsdiverses,s’opposantparfois, ou tout
simplementarticulantet/ou subordonnantdiversementà ce
terme d’autres termes,commeceuxde positionnement, posture,
méthode, méthodologie,théorie, etc.Au-delàdoncdupremier
volume édité, entièrementconsacréà ces questions, plusde la
moitié des textesici présentés témoignentexplicitementd’une
réflexion épistémologique, parfoismise enavantdèsleur

eme
LeV colloque du RFS… –I.Pierozak etJ.-M.Eloy

11

intitulé.Enaurait-il étéautrement si lecolloqueavaitportésur
« l’interventenion »,visagéecomme produit, etnonsur
« l’intervenir», envisagécomme processusnécessairement
transformateur, desoi, desautresetdes situations ? Unechose
apparaîtentout cas avec certitude:l’épistémologie osese
discuter beaucoup plusouvertement qu’auparavant.Des
colloques à venirentémoignent àl’évidence:Questions vives
ensociolinguistique(juin2009) oùl’engagement citoyen dans
ses rapports aveclapratiquescientifique ensociolinguistique
estlà aussi posé, dans une optique interventionniste
pourrionsnousdire;Pour une épistémologie de lasociolinguistique
(décembre2009) dontlaformulationau singulierfera sans
doute débats, etc.
Autretendance notable, les réflexionsépistémologiquesne
sontpasl’apanage des seuls chercheursexpérimentés, etleur
appropriation de lapartde jeunes chercheursparaît salutaire
aujourd’hui.Cettetendanceaugurecertainementàl’avenir
d’une meilleure prise deconscience de ladiversité de
conceptionsen matière d’activité /résultat scientifiquesainsi
que du statutdecesderniers ycomprisen dehorsde lasphère
scientifique.
Au-delàdecequi précède, il est unetendance encore plus
centrale,qui nesurprendrasansdoute pasnoslecteurs, mais qui
s’afficheclairement,cequi estloin d’êtreanodin.En effet si
l’onconsidère l’emploi (notammententermescomptablesdans
les textes) des termes(ycomprisleursdérivés)composant
l’intitulé ducolloque,se dessineuneréponsecollectiveàla
question posée parcetintitulé.Ainsiunetrèsnette majorité des
participantsnesemblentpas sereconnaître dansla
traditionnelle frontière entresciencesfondamentale et
appliquée.L’intervention, massivemententenduecomme
processusimplicatif desoi etdesautres, està cetitre
profondément,redisons-le, de nature épistémologique,car
reconfiguratrice deconceptions scientifiques, encoreressenties
commetrop massivement tournées versle paradigme des
sciencesdures.
Laseconde moitié des textesne faitpasl’impassesurcette
dimension épistémologique, maislafocale estgénéralement

12

Intervenir: appliquer,s’impliquer ?

autre.Nousavonsfaitlechoixdevisibiliser, parmicesdix-huit
textes, huit textesdansleurdimension francophone etdix textes
dansleurdimension didactique.Celanous semblerefléterau
demeurantdescourantsfortsau sein du réseau– en matière
d’enjeuxdidactiques quiconstituentclassiquementlecœurde
nos réflexions– de mêmeque l’évolutionrécente du réseau,
désormaisexplicitement« franc–ophone »adjectifrenvoyant,
au-delàde l’une deslanguesdetravail possibles,surtoutaux
problématiques traitantde francophonie (cf. infra).Lapartie,
intitulée «Parcoursetcontactsfrancophones»,regroupeainsi
des réflexions surdesmigrants, desjeunes, en faisant
notammentlechoix quecequise passe enFrance (lamoitié des
textesici)concernetoutautantlafrancophonie.Néanmoins, on
trouverapeuderéflexionsen matière de politique linguistique
dudomaine francophone,cequi nous semble êtreun manque
problématique, donc àquestionner,au regard de lathématique
ducolloque.
Cette organisation entroispartiesdesdynamiquesde
réflexionsne parvientpas– et sansdoute heureusement–à
éviterlesintersectionsetcroisements, ouàl’inversequelques
textes« horslimites»catégorielles.Nouspouvonsainsicroire
que l’objectifvisé parlaprésente organisation deconstruire des
échosentre les textesest un peu rempli.

Perspectives

LescolloquesduRFSontencommunune organisationà
chaque foispropre,quicomportecependant toujoursdes temps
fortsderéflexionsurlesaspectspratiques, ladynamique, le
devenirdu réseau,qui permettrontnotammentdese projeter
jusqu’aucolloquesuivant.
Aumêmetitreque lesactionsetmanifestations recensées
7
dansl’historique du réseau surlesitecorrespondant, il nous
paraîtimportantde faire étatici deces séances, généralement

7
Consultableàl’adressesuivante:http://rfs.univ-tours.fr/

eme
LeV colloque du RFS… –I.Pierozak etJ.-M.Eloy

13

traitéesdanslecadre decomptes rendus,quand ilsexistent,
malheureusement volatilsentoutétatdecause.
Concernantlecolloque d’Amiens, lapré-organisation deces
séancesanotammentfavorisé l’émergence d’une liste de
diffusion (février2007) puis d’une liste de discussions du
8
réseau–avec commeconséquenceultérieure intéressante de
donnerde lavisibilité (ycomprispournous-mêmes)àladensité
de nosactivités,auxlieuxprivilégiésd’édition, etc.
Lesdiscussionsdurantlecolloque ontaboutiquantàellesà
plusieursdécisionsimportantes:
- organiserle prochaincolloque en2009à Rennes 2;
-changerle nom du réseau,appelé parailleursàdevenir une
association (loi 1901) pourlaquelleun groupe detravaila
étéchargé d’élaborerdes statuts ;
-constituer, danslaperspective de pouvoir répondreàdes
appelsd’offres(detypeANR, projetseuropéens, etc.),un
Groupementd’IntérêtScientifique (GIS) intitulé
«PluralitésLinguistiquesetCulturelles» (PLC).Cetype de
groupement s’opère entre deséquipesetnon desindividus.
Les responsablesdeséquipesinitiatricesetintéresséesont
ainsi étéchargésdesamisesurpied.
Concernantcesdeuxdernierspoints, l’association pourrait
donc aussi permettre d’accueillirdeschercheursdontles
équipesderattachementne feraientpaspartie duGIS.
Depuismai2008, leRFS, initialement Réseau Françaisde
Sociolinguistique, estainsi devenuleRéseauFrancophone de
Sociolinguistique,cequi peutêtrevucomme l’explicitation de
fonctionnementsantérieursnotammentauplan des
collaborationsetdes thématiquesdetravail.
Nousachevonslànotre présentation du volume dontil ne
nous reste plus qu’àespérer que lalecturevous sera agréable et
contribuera àfaire émergeren écho d’autresmanifestations
scientifiques.L’une d’entre elles setiendra à Rennesen juin
prochain.Ils’agiraplusprécisémentdupremiercolloque

8
Cf. http://listes.u-picardie.fr/wws/info/rfs,
http://listes.u-picardie.fr/wws/info/discussions.rfs

14

Intervenir: appliquer,s’impliquer ?

conjointduRFSetduGIS, intitulé «Langue(s) etinsertion en
contextesfrancophones:discriminations, normes,
apprentissages, identités… ».

Référencesbibliographiques
desprécédents colloquesdu RFS

AUZANNEAU M. (ssladir. de),2007,La miseen œuvre deslangues
dansl’interaction,L’Harmattan,Paris.
BILLIEZ J.,RISPAIL M. (Eds.),2003,Contactsde langues :
modèles,typologies, interventions,L’Harmattan,Paris.
CASTELLOTTI V., ROBILLARD D. de, (Eds.),2002/2003,France,
paysdecontactsde langues,CAHIERS DE L’INSTITUTDE
LINGUISTIQUE DELOUVAIN,tomes1 (n°28.3-4) et 2(n°29.1-2).
VAN DEN AVENNE C. (Ed.),2005,Mobilitéset contactsde
langues, L’Harmattan,Paris.

PARTIE1

DYNAMIQUES EPISTEMOLOGIQUES

1
POURUNE LINGUISTIQUE HUMANISTE?

Nous voudrionsiciamorcer uneréflexion,àpartird’une
lecture possible de laproblématiquequi nous réunit.L’intitulé
de notrecolloque n’estpasnouveau.Au sein duRFS, par
exemple, le deuxièmecolloquequis’estdérouléà Grenoble fin
2001, interrogeaitdéjà, dans son intitulé, lanotion
d’intervention(Billiez,2003).Mais cesinterrogations,au sein
de la communautéscientifique,surlespositionnementsdes uns
etdesautresdoiventouvrirpluslargementle débat surla
conception même de ladiscipline «sciencesdulangage » (cf. la
bibliographie pour quelques références récentes).
Laquestionque nousposonsest:quels sontdoncleseffets
decette problématique de l’interventionsurnotreactivité /
identité dechercheurs ?Etaufond,quesignifie l’adjectif dans
lalexie«scienceshumaines»?Que pourraitêtreune pleine
prise encomptle de «’humain »?Enquoi leconcept
d’humanisme peut-il exprimer une perspective intéressante?

L’intitulé ducolloque:réfléchirentermesde
processuset retrouverla spécificité des sciences
« humaines»?

Il n’estpasanodin dereformulerles termesdudébat sur
l’intervention (implication /application)àl’aide de verbes
plutôt que de noms.En pointantdavantagesurlesprocessus que
surlesproduits, onremetaupremierplan lesacteursconcernés.
Ainsi, leterme d’implicationréfèreàdeuxprocèsbien
distincts:être impliqué, et/ous’impliquer.
Faut-ilvraimentdémontrer quetoutchercheurestimpliqué?
Ilsuffitderappeler que la contextualité estconstitutive detout
discours, et que lechercheurlui-même estconstitutif d’un
contexte.Autrementditil n’yapasde démarchescientifique
n’obéissant qu’àune nécessité propre, indépendante desacteurs

1
Jean-MichelEloy,IsabellePierozak,Université dePicardieJules
Verne,LESCLaP-CEP.

18

Intervenir: appliquer,s’impliquer ?

individuelsetcollectifs,qui laproduisent(cf. lechoixdes
thématiques, desapprochesoudesconcepts).
Si doncon estforcémentimpliqué,alors quesignifie
s’impliquer?Celapourrait serésumeràexpliciter résolumentet
systématiquement–autant que nousle pouvons–comment
nousconstruisonsnosdiscoursencontexte;cardumêmecoup
nous sommesen position de menerla critiqueréflexive de notre
propre démarche, en portant uneattention particulièreaux
dynamiques qui nousconstruisent, etenacceptantpleinement
notre propre présence desujet socialaucœurmême de notre
discours scientifique.
Etre impliqué, formeverbale passive, peutdonner
l’impressionquec’estàsoncorpsdéfendant, dans unesituation
finalement subie.S’impliquer, formeactive et réfléchie,
introduit,aucontraire, l’idée d’uneattitude délibérée,assumée,
voirerevendiquée.
Or si l’onconsidère lespositionnements scientifiques
attestésenscienceshumaines, ilsemblequ’onsoitpassé, ou
qu’onsoitentrain de passer, d’uneconception de lascience
rêvantde fonctionneràlafaçon d’uneusineautomatisée (cf.
l’approche positiviste),àuneconceptionselon laquelle non
seulementnosobjets, maisaussi nosdiscours scientifiques
doiventinclure la complexité de l’être humain,celle-ci étant
bien entenduassuméecommeconstruction.Ceàquoi nous
avonsl’ambition detravailler,c’est uneconception de la
sciencequitire pleinementparti decette présence du sujet
(social, psychologique, historique...: chercheur,communauté
scientifique,témoins,autresacteurs...) dansle discours
scientifique.
C’estainsique nousessayonsd’envisagericiune
linguistiqueserevendiquantcomme humaniste.

Langue(s) dulinguiste: scientifique (?) / humaniste (?)

Ilyauraitbeaucoupà apprendre de ladifficultéque nous
éprouvonsàdire nos recherches: comment vivons-nouscette
languequiseveut scientifiqueau risque d’être déshumanisée?
Ils’agitd’unvieuxproblèmerécurrent,quitransparaît

Pour une linguistique humaniste?J.-M.EloyetI.Pierozak

19

d’ailleursdansnosproductionsmais qui est rarementexplicité
et thématisé entant quetel.
Cette difficultéà communiquerestliéeaufait que nos
positionnementsnesontpas toujourscohérentsavecles termes
usuelsdudiscours scientifique dominant, et son idéal de
neutralité.
Nouscontinuonsàparlerdedonnées, maisaussi, plus
anodinsencore, d’objets, defaits...L’usage dufameuxil
«apersonnel » (vsle «jes’impliquant»),sorte d’« énonciateur
fantôme »,estdumême ordre.Enbref,ceschoixdisenten
creux–souventàl’insude leurs utilisateurs– des
positionnements qu’il faudrait–aumoins– expliciterpour
éviterdesincohérences.
Surtoutderrièreces questionsdeterminologie,que nous
voudrionscohérentesavecun positionnementd’implication
2
réflexivilée ,yadevraisenjeuxetdeschoixlourdsde
conséquences, liésàlavaleur que nousdonnonsàl’adjectif de
lalexie «scienceshumaines».

L’exempledes« languesproches»

LeLESCLaPtravaille depuis quelquesannées surla
problématique de laproximité deslangues(Eloy2004;Eloyet
ÓhIfearnàin,2007).Dansbon nombre desituations,aussibien
lescitoyens que leslinguistesnesaventpas s’ilsontaffaireà
deux« langues» (ouplus), ouàunautre phénomèneà
l’intérieurd’uneseule « langue ».Pourles unscomme pourles
autres, le problème est que lesconceptionshéritées,concernant
leterme de «langue »,rendentdifficile
l’«appréhensionconstruction »des réalités– lesdeux termesétant
indissociables.Ces questionsmajeuresde notre disciplinesont
dépendantesducontexte oùnousles rencontrons(parexemple,

2
Latournure (nominale) idéaleauraitété:un positionnementde
«s’implication ».Le «se »réfléchitémoigne de l’investissementde
l’enseignant-chercheur,quece dernierest– professionnellement–
amenéàréfléchir/ «réflexir» (Symposium juin2007,Tours:Vers un
paradigmeréflexif? Conditions, modalités,conséquences).

20

Intervenir: appliquer,s’impliquer ?

lecasdufrançais, ossifié par sixou sept sièclesdeconsensus
institutionnalisé, n’incite pasàse posercetype dequestions)...
Leconsensus surleslimitesde langue,surtout, faitproblème
dansces situationsde languesproches.En effetlesconflitsde
langues sontparticulièrementprégnants,aupoint qu’il est
particulièrementimpossible,surces sujets, decroire ne pas
prendre position.Ainsis’intéresserà certaines variétés
«basses»suffitbiensouventà assignerle linguisteau rôle de
« défenseurdeslangues régionales» étantdonnéque le «black
out» estletraitementpolitique dominantdeces variétés(alors
que ne pas s’yintéresser,cequi estmoins visible, estpourtant
toutaussi « impliqué »).
Nouspourrionsformulernotre positionàlamanière du
«constructivisme moderniste » (cf.A.Wendt)selon lequel « la
réalitésociale n’estni objective nisubjective, mais
intersubjective,c’est-à-direqu’elle estceque lesagents,
euxmêmesconstituésparlastructure des significationspartagées
toutencoconstituantcelle-ci,sontd’accord pourdirecequ’elle
3
est» .Lesconstruits sontdes réalitésàpartentière, mais
socialement situées, etauxquellesappartientaussi leregardqui
lesconstruit.Entenantcompte decela, le discours,auprix
d’une explicitationcritique desoncontexte, peutlégitimement
prétendre exprimer unsenspartageable.
Cette position exigeuneanalysecomplexe – dynamique,
multidimensionnelle, non mécaniste, dialectique,récursive et
réflexive.Nous sommesamenésen effet, particulièrementdans
ces situationspde «roximitlingé »uistique,àprendre en
compteàlafoislescontraintes systémiques(ceàquoicertains
limitentlalinguistique!) etlesprocessusanthropologiques:le
conceptde «collatéralité »visetoutcela.
Cettecomplexité impliqueun modèle deconnaissance
ouvert, parcequel’étendue etle degré d’hétérogénéité des
phénomènesàprendre encompte nesontpasfixésapriori.

3
Nous reprenonslàlaformulation deD.BattisteladansSCIENCES
HUMAINES183, p. 56.

Pour une linguistique humaniste?J.-M.EloyetI.Pierozak

Retours sur lanotion d’humanisme

21

Travailler selonuneapproche humaniste,c’est-à-dire dansla
multidimensionnalité, n’estguèreaisé.Pourle diresimplement,
il nousarrive deregretterde ne pasêtreàlafois sociologue,
ethnologue, psychologue, logicien, historien, etc. pour saisir
l’être humain dans seslangues.En mêmetemps,sortirdesa
«spécialitpé »résente des risques,commecelui d’utiliserdes
« outils»sansenavoirlalégitimité institutionnelle etla
compétencereconnue.Mais quelle «spécialité »ensciences
4
humainesa aujourd’hui lalégitimité de la« prise encharge »
disciplinaire decette multidimensionnalité,constitutive d’une
approche humaniste?Aminima,celasignifie doncque notre
domaine,centrésurle langage etleslangues, doit s’y risquer.
Nousdevonsassumercette nécessité, justementparcequ’il ne
s’agitpasd’additionnerdesconnaissances segmentées.
Danscette perspective, il est unautreaspectdécisif.Un
chercheurne disparaîtpasderrièreson objest :esexpériences,
motivations, objectifs,stratégies, etc.,quisontdetoutordre,
doiventêtre explicitéspour queson discours sorte de la
«clôture »et surtoutprennesenspour/aveclesautres.Cette
réflexionsurlesimplicites,tropsouvent tuscar subjectifs(donc
nonscientifiques ?...), esten faitloin d’êtresuperflue.Elle est
constitutive égalementdeceque nousappelonsiciune
« linguistique humaniste ».

Conclusion

C’estdonc bienune perspective proprement«scientifique »,
que nousenvisageons.Cethème de l’humanisme, dontl’on
connaîtlapolysémie et surtoutlesdiverses utilisations, peut
être glosé entermesplus techniquesde multidimensionnalité,
decomplexité etd’« implicationréflexivée »:ilrejointdes

4
Laprécisionason importance étantdonné le projetdecequi
constitualaphilosophie,avant quecelle-ci n’évolueàsontouren
«spécialités»segmentées.

22

Intervenir: appliquer,s’impliquer ?

approchesdéjà bien éprouvées–réhabilitation du«sujet
parlant», « écologie deslangues», etc.
C’estaussiune propositionambitieuse pourlalinguistique,
entoutcasbien plusambitieuseque lalinguistique de la
clôture, du système désincarné,asocial etanhistorique (cf. les
CARNETS D’ATELIER DESOCIOLINGUISTIQUE1).
Parcette entrée « langage / langues »,qui présenteun intérêt
majeurparmi les scienceshumaines, ils’agiten effet
d’explorer, dans une perspectivecomplexe, les rapportsdes
êtreshumainsàleurslanguescarleslanguesnesont que dans
ces rapports.
Comptetenude la conception ici esquissée d’une
« linguistique humaniste »,l’«application »tendànousmettre
devantcertainescontradictions.En effet,àpartirdes
connaissancesaccumulées,quisont, enscienceshumaines,
multidimensionnelles,complexesetcontextuelles, l’application
reste le plus souventlaproduction desavoir-faire, de
technologies, peuoupasmultidimensionnellesetcomplexes, et
largementdécontextualisées.Voilàpourquoi, dansnos
domaines, leschercheurs sont souventinsatisfaitsdes
applications, oubien, dès qu’ilslesexaminentdans un esprit
critique,regrettentla complexité etla contextualité perdues.
Pensezàl’apprentissage de lalecture, etàl’incompréhension
d’un ministre de l’Education...
An’en pasdouter, lescontributions réuniesàl’issue dece
colloque donnentmaintesoccasionsde menercette exploration
desdiversesfacettesde l’« intervenir».

Pour une linguistique humaniste?J.-M.EloyetI.Pierozak

Références bibliographiques

23

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L’Harmattan,Paris.

ENTRE AUTONOMIE ET ENGAGEMENT PUBLIC:
L’EXEMPLE DEPIERREBOURDIEU ET
1
RAISONSD’AGIR

Comment concilierl’autonomie de larecherche etlavolonté
d’intervenirdansle débatpublicpour rectifierdesidéesfausses,
diffuserdes résultatsoudesinterprétationscritiques surles
questions« d’actualité »?Leschercheursensciences sociales,
souvent suspectsde fonderleursanalyses surdespostulats
idéologiques, peuvent-ilsconjuguerexigencesderigueur
scientifiqueset spécialisation etprisesde position publiques
(dansl’espritde l’intellectuelspécifiquecherà Michel
Foucault)?Aquellesconditionsdetellesprisesde position
sont-ellespossibles, légitimes, efficaces ?Autantdequestions
quisesontposéesdèslesoriginesducollectifRaisonsd’agir
réuniautourdePierreBourdieuen décembre1995,etdevenu
association en1998.Ense fondant sur unebrève histoire des
débats qui ont traversécecollectif depuis sesorigines, nous
reviendrons surlesprincipauxenjeux, difficultés voire
contradictions rencontrésparleschercheursensciences sociales
lorsqu’ils souhaitent s’engageractivementdansle débatpublic.
Ilsconcernentaussibien lesformesd’intervention, leslimites
des savoirs scientifiques,que lescontraintesposéespar
l’existence d’unchamp politico-médiatique doté desespropres
règles ?
S’il est une notionquicaractérisebien lasociologie de
PierreBourdieu, etdeschercheurs regroupésautourde lui,c’est
celle d’« engagement» (Mauger, 1995).Pourtant, dèsl’origine,
cette notion estintrinsèquementproblématique:danslamesure
oùPierreBourdieuassigneàlasociologieun impératif
d’autonomiescientifique,toute forme d’« implication »
pratique horsde laproduction / diffusion deconnaissances (par
exemple danslechamp politique) peutapparaîtrecommeune
menace et un danger.Lesavoirautonomes’accommode

1
Frédéric Lebaron,CURAPP(UPJV-CNRS) etIUF.

26

Intervenir: appliquer,s’impliquer ?

difficilementdu«compagnonnage deroute »,fût-il
«critiquoe »,udesdiversesformesd’expertise politique ou
socialeauxquelslespouvoirs(économiquesetpolitiques), mais
aussi lespartisetlesmilitants,voudraient souvent réduire la
contribution de lasociologie.
Dèslors, lesdeuxpôlesde l’engagementduchercheuren
sciences sociales sontasseznettementdéfinis:d’uncôté,chez
lamajorité deschercheurs, leretraitdanslasphère de la
production etde ladiffusion pédagogique des savoirs, de
l’autre, pour une petite minorité, l’engagementdirectdans
l’action politique oumole «uvement social »au risque de
perdretoutlienaveclapratiquescientifique etlesavancéesde
larecherche.Entre lesdeux se déploieun espace de possibles
combinantsavoirsetactions;lesactivités scientifiques,
intellectuellesetmilitantesdePierreBourdieului-même offrent
nonseulementdecetespaceun échantillonassez vaste (quiva
de lasignature de pétitionsàlarédaction detextesengagésen
passantparl’animation decollectifs«scientifico-politiques»,
ladiffusion detravaux scientifiquesméconnusetenrupture
avecladoxa), maisellesfournissentaussi de nombreux
élémentsderéflexion pour toutchercheurensciences sociales
quis’accommoderaitmal de l’enfermementàvie dans sa«tour
d’ivoire »,selon la catégorie fréquemmentmobilisée parles
défenseursdespositions« interventionnistes»...En m’appuyant
icisur untravail menéavec GérardMaugerilyaquelques
années, lorsde larelance ducollectifRaisonsd’agiraprèsle
décèsdeson fondateur(Lebaron etMauger,2003), jereviendrai
brièvement sur quelques-unesdestensionssuscitéeset révélées
parl’intervention du sociologue dansl’espace public, en les
reliantàquelquesenjeuxlexicauxapparusalors.
L’engagementdePierreBourdieuàtraverslecollectif
Raisonsd’agirpeutêtre décritcommeunetentativevisantà
donnercorpsàun projetd’« intellectuelcollectif »qu’ilavait
conçuetpourainsi dire formalisé dansdivers textesconsacrés
auchamp intellectuel, notammentdansLes règlesde l’art
(Bourdieu, 1992).Maisil fautaussisituerle projetetles
réalisationsdeRaisonsd’agirdansl’histoireconcrète des
réseaux scientifiques, intellectuelsetpolitiquesetdes

Entreautonomie etengagementpublic… -F.Lebaron

27

entreprisescollectivesauxquelsBourdieufutassocié,
pratiquementdepuis sesdébutsentant quesociologue,àlafin
desannées1950,etjusqu’àlafin desavie.
Alafin desannées1980,une entreprise éditoriale
internationale, larevueLiber.Revue européenne deslivres,
permetà PierreBourdieudeconstituer unréseaude
correspondantsintellectuelsdansdifférentspayseuropéens.
L’activité deLiberestcentréesurladiffusion d’ouvragesde
littérature etdesciences socialesentre différentspays,qui
fonctionnentle plus souventcomme des universcloisonnés:
l’internationalisationde laproductionculturelle estdoncle
pointde départde l’entreprise politique.Cetterevue estdiffusée
aveclesActesde larecherche ensciences sociales, larevue
scientifique dirigée parBourdieudepuis1975,maisaussivia
l’adhésionàuneassociation, leclubLiber.
Apartirde lapublication etdu succèsdeLamisère du
monde(1993), lavisibilité publique dePierreBourdieuetdes
chercheurs regroupésàl’occasion decette enquêtes’accroît très
rapidement.Parmi lesliensmultiples quivont se développer
durantcette période, en dehorsdes réseauxdechercheurs
proprementdits–quivontégalement s’étendre dansdifférents
2
pays,Bourdieuestencontactavecune entreprise plus
clairementpolitiquevisantàfédérerintellectuelscritiques,
syndicalistesde la« gauchesyndicale
»(gaucheCFDT,SUDSolidaire, fractions critiquesde laCGT…), militantsassociatifs
etpolitiques, dontl’un desanimateursestalorsJacques
Kergoat, principalementàtraverslarevuePolitique-LaRevue
(relancéeaprès une période d’existencesousle nom
dePolitisLaRevue,Duval etal., 1998).Ony trouve desmilitants
syndicauxetd’associationsde lutte, deschercheursmilitants.
Cesgroupes serontprésentslorsdesinitiatives tournées versles
« mouvements sociaux», etbiensûren premierlieuen
novembre-décembre 1995.Ladimension « militante »,selon la
catégorieutilisée, estfondamentale danscet univers:ils’agit

2
Lamisère dumondeseranonseulement traduite maismise en
scène et reproduite dansd’autrescontextes(Bourdieu, 1993).

28

Intervenir: appliquer,s’impliquer ?

deconstruireune force politico-intellectuellesusceptible
d’intervenirefficacementdansle débatpublic.
Lesluttesintellectuellesde novembre-décembre1995vont
accélérerle projetdeconstitution d’un intellectuelcollectif.Le
23décembre1995,après un moisde prisesde position diverses
danslechamp intellectuel,alieuauCollège deFrance la
premièreréunion d’uncollectif dontle nom n’apparaîtraqu’en
février1996:Raisonsd’agir.Si l’«agir» marqueclairementla
volonté de ne pas secontenterd’une observation de l’extérieur,
les«raisons»rappellent que les sociologuesmobilisentdes
savoirsàprétentionrationnelle et se fontlesdéfenseursde la
rationalité dansl’espace public.Parmi lesprojetsexplicitement
formulésdèslapremièreréunion figure « larédaction de ‘petits
livres’(128 pages) destinésàun publiclarge (grande lisibilité,
petit volume, petitprixe) »tl’« ouverture d’unecollection
portantle label de l’organisation ».
LescontactsdePierreBourdieuavecdiverséditeurs
intéressés(AlbinMichel,Syllepse, etc.)aboutissentfinalement
danslecourantde l’année 1996àla création d’une petite
maison d’éditionassociative,quis’appelle dans un premier
tempsLiber.La collection de petitslivres s’intitule «Raisons
d’agir».LeséditionsduSeuil enassurentladiffusion.
Le projetéditorials’imposetrès vitecomme le moteurdu
collectif, maisdespublicationsde petitsarticlesde pressesont
égalementenvisagées, puis réalisées, dansLeMondeet
Libération.DescontactsavecLeMonde diplomatiquevont
également seconcrétiserparlapublication de plusieursarticles
et un projetde dossier spécial en mai 1999,qui nesera
finalementpas réalisé,révélantaussi leslimitesd’une
implication plusconcrète danslapublication detextes tournés
vers un publicpluslarge.
Lesdiversesformesd’interventionquisecristallisentdurant
cette période définissent un espace intellectuelqui,àla
différence deceque l’on observeavec Jean-PaulSartreau sortir
de ladeuxième guerre mondiale, nesestructure pasautour
d’unerevue intellectuelle (Boschetti, 1985):ni lesActesde la
recherche ensciences socialesniLiberneremplissant
exactementcette fonction d’engagementdansla«Cité », même

Entreautonomie etengagementpublic… -F.Lebaron

29

s’ils sontdespiècesimportantesde l’entreprisecollective
autourdeBourdieu.
Aprèsdeuxansd’existence informelle, lecollectifRaisons
d’agirdécide de prendre laformeassociative en mars1998.En
mai 1998, l’article «Pour une gauche de gauche »estpublié
dansLeMonde.Ilsuscite de nombreuses réactionsdansla
presse etdanslechamp politique et uneavalanche decourrier
adresséà PierreBourdieuetàRaisonsd’agir.L’expression
connaîtraplus tarduncertainsuccèsdanslamouvance des
collectifs unitairespostérieursau référendum de2005,
lorsqu’elleserareprise pardesacteurspolitiquescomme
ClaudeDebonsouClémentineAutain, oul’hebdomadaire
Politis.C’estàpartirdecette période (1998), et sansdoute plus
précisémentdesRencontreseuropéennescontre laprécaritéde
Grenoble, fin 1997,que lescontacts se fontplus réguliersavec
deschercheurseuropéens, enrelationavecdesfinancementsde
projetsderecherche parla Commission.Cescontacts sontàla
fois,selon lescatégoriesalorsmobiliséesen permanence,
«scientifiques» (avec cesprojetsderecherche encommun) et
« politiques»,avecl’idéechèreà PierreBourdieudurant toute
cette grande période de grandscolloquesinternationaux qui
auraientpoureffetdecontribueràrendrevisible le groupe,au
niveaueuropéen notamment, et simultanémentde matérialiser
le lienavecle « mouvement social européen ».
Les réussitesetlesdifficultésinhérentesà ce projet
illustrent, pluslargement,tout un ensemble detensionsliéesà
l’intervention publique deschercheursensciences sociales:
facilitée parle fortcapitalsymbolique d’une personnalité
(PierreBourdieu seradécritcomme « l’intellectuel deréférence
dumouvement social » enFrance,voire enEurope), ellerisque
en mêmetempsde perdretoutcaractèrecollectif;menaçant
l’«autonomie » de larecherche etlagarantie de «scientificité »
liéeàlaproductionscientifique pourlespairs, l’intervention
rencontre l’obstacle de larecherche dereconnaissance interne
comme préalableàtout usage « externe » ducapitalsymbolique
accumulé;inversement, elle peutparfoisàjustetitreapparaître
commeunevoie parallèlequicourt-circuite leslogiquesde
validation propresauchampscientifique.Si lamobilisation des

30

Intervenir: appliquer,s’impliquer ?

chômeursapuêtre décrite parBourdieucommeun « miracle »
comptetenudes régularités sociales qui éloignentleschômeurs
de l’actioncollective,connuesdepuisl’enquête de l’équipe de
PaulLazarsfeldà Marienthal danslesannées1930(Lazarsfeld
etal.,1982), l’engagement/ implication deschercheursen
sciences socialesn’estpeut-être pasloin d’être plusmiraculeux
encore.

Références bibliographiques

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579-580,674-696.

VIVRE DANS LES MARGES:ESPACES DE LIBERTE
OU DE CONTRAINTES?REFLEXIONS SUR LA
CONDITION DU CHERCHEUR
1
EN MILIEU MINORITAIRE

Introduction

Prenantacte desconséquencesactuellesde lamondialisation
surlavitalité descommunautésde langue française de parle
monde etàleurscapacitésàtisserde nouveauxliensentre elles
età créer, depuis unevingtaine d’annéesetdansdesdomaines
divers, des réseauxdecommunicationtransnationauxinédits,
lesmembresde l’atelierontexaminé de plusprèscequ’il en
2
étaità cetégard de lasituation de la communautéacadienne de
laprovincecanadienne duNouveau-Brunswick.Pource faire,

1
MouradAli-Khodja,AnnetteBoudreau,Sonya Malaborza,Isabelle
Violette,Université deMoncton,Nouveau-Brunswick,Canada.
2
L’année 1604 marque la création de l’Acadieavecle premier
établissementfrançaisenAmérique duNord.Entre leTraité d’Utrecht
quicédaiten 1713l’Acadie historiqueauxAnglaisetcelui deParis
qui, en 1763,consacraitlasuprématieanglaise enAmérique duNord,
lesAcadiens,refusantde prêter sermentàla Reine d’Angleterre,
connurenten 1755 la Déportationversla France, l’Angleterre etles
Etats-Unis.Cetévénement,qu’on désignaensuite par«Grand
Dérangement» etauquel l’AméricainHenryWadsworthLongfellow
(1847)consacrason poème épiqueEvangéline,constitue l’un des
momentsfondateursde l’histoire de l’Acadie.Parailleurs,ce «Grand
Dérangement» marquaégalementl’éclatementde l’Acadie historique
etamorcerale processusde laminorisation desAcadiensetde leur
dispersion danslesProvincesMaritimes.Aujourd’hui, l’Acadie des
Maritimescomprend lesprovincesduNouveau-Brunswick, de la
Nouvelle-Ecosse etde l’Île-du-Prince-Edouard.Etantdonné le poids
démographique desfrancophones quicomposentprèsde33% desa
population, il neseraquestion icique duNouveau-Brunswick.
Notons quec’estavecla Premièreconvention nationaleacadienne
quialieuen 1881ques’ouvre lapériode dite de la Renaissance
acadienne.

32

Intervenir: appliquer,s’impliquer ?

ilsontproposéuneréflexionàplusieurs voix surlespratiques
sociolinguistiquesde/dans la communautéacadienne tout en
prenantenconsidération, dans unsouciréflexif, letravail
intellectuel et scientifique deschercheursetleurs rapportsavec
le déploiementdes savoirsen milieuminoritaire.Partantdu
constat quesi lalangue française estbienaucœurdudispositif
symbolique,culturel etpolitique de la communautéacadienne
etnotantl’hétérogénéité despratiqueslangagièresetleurs
variationsentre lesdeuxpôlesopposésducontinuum des
languesofficiellesduCanada– l’anglaisetle français
standardisé – lesmembresde l’atelier sesontdemandé
commentanalyseretcomprendrecette diversité linguistique
comptetenude lafragilité desespacesfrancophonesetde la
légitimité politiquerestreinte danslesquelleslesconfine
généralementlecontexte minoritaire?Qu’en est-il parailleurs
du travail intellectuel et scientifique duchercheuren milieu
minoritaire dontl’implicationrecouvre – pour reprendreune
expressionchèreà Elias–« engagementetdistanciation »
autantfaceàsesobjets qu’aux savoirsdontil dispose?C’esten
s’appuyant surlesperspectivesouvertesparlaproblématique
de l’exiguïtéproposée parFrançoisParé (2001)tellequ’il l’a
appliquéeauchamp littéraire, mais transposéeà celui des
scienceshumaineset sociales(SHS)que lescommunications
ont tentéchacune derépondreàtoutesces questions sansperdre
devue l’intrication permanente de l’objetàétudier– les
pratiqueslinguistiques–aveclanature des savoirsauxquelsles
chercheursen milieuminoritaire fontappeltouten n’évacuant
paslapartderéflexivitéquerecouvrentleursimplications.
L’atelieradonctraitésuccessivementde laproblématique de
l’exiguïtéetdesesimplicationsdansla construction des savoirs
en milieuminoritaire, despratiqueslinguistiquesetdesdiscours
surlalangue dans un milieudetravail, danslesproductions
artistiquesetdanslesespaces« migrants».Commençonsparle
conceptd’exiguïté.

Vivre danslesmarges… -M.Ali-Khodjaetal.

Lapensée de l’exiguïté etles savoirsen milieu
minoritaire

33

Latransposition de l’analysequeFrançoisParéafaite des
«petiteslittératures» méritetoutàfaitd’être étendueauxSHS
en milieuminoritaire danslamesure oùelle permetde
comprendreàlafoisleslogiques qui présidentàleur
émergence,àleurconstruction etàleurcoexistence etcelles qui
touchentaux rapports qu’ellesentretiennentavectousles
paradigmes.Avantdevoircequecelaimplique exactement,
quelquesprécisions sontici nécessairesafin debiencernerce
que lapensée de l’exiguïtésignifie exactement.Voyonsd’abord
cequ’il en estdeslittératures.
Lasituation deslittératuresen milieuminoritaire estd’autant
plusprécaire,souligneParé,que lesGrandeslittératures
constituentlaréférenceultimeàpartirde laquelle elles sont
appréciées.Unetelleréférence en dévalorise lestatutet
entretient un doute permanent quantàleurexistence.Exclues
duLogos(2001:89-90) etprivéesdetoute filiation légitime
aveclesGrandesŒuvres, les«petiteslittératures», placéesen
dehorsde l’Histoire, n’existent quesurle mode detousles
manques– manque destyle, manque deraffinement, manque de
légitimité, manque de liberté(s), manque institutionnel.Ne
vivantdoncque dansl’espoirde parvenirà atténuerlesforces
de l’indifférencequi lesaliènentetàpoursuivre letravail
symboliquequ’elleseffectuentdans« l’urgencee »tla
«résistance »,les«petiteslittératures»reproduisent souvent
contre elles-mêmesetcomme par« mimétisleme »,sformes
dontellesprétendent s’émanciper.EtParé de lierlasituation de
ces«petiteslittératures»àla culture minoritaire laquelle, déjà
« largementinférioriseée »t qui devientàsontour
« infériorisante »,accentuantainsison «insulariteé »t son
«ambiguïté » (2001:7).Celaétantdit,bienqueconfinéeaux
marges,cetteculture de l’exiguïtépeutdevenirle «symbole du
refusde disparaître »(2001:12) etlevecteurde lalucidité
tragiquequ’induit sa condition, mais sans toutefoisabdiquerle
«travailcritique »(2001:154-155)qu’elle doit
impérativementeffectueret qui lui permettraitde faire pièceà

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