Langue(s) et immigration(s): société, école, travail
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Description

Les nouvelles orientations sociopolitiques en matière d'intégration des immigrants renforce le rôle déterminant de la "maîtrise" du français pour une intégration réussie en milieu social, éducatif et professionnel. Les enjeux d'une intégration réussie interpellent les politiques linguistiques, les dispositifs institutionnels, les formations linguistiques proposées aux travailleurs sociaux, les questions linguistiques et culturelles liées aux processus identitaires.

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Informations

Publié par
Date de parution 01 mai 2009
Nombre de lectures 167
EAN13 9782296228276
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Langue(s) et immigration(s) :
société, école, travail

Sous la direction de

James ARCHIBALD et Stéphanie GALLIGANI

Langue(s) et immigration(s) :
société, école, travail

L’Harmattan

Introduction

La langue, l’immigration et la cohésion
sociale

Ce recueil de contributions est le fruit de nouvelles rencontres
scientifiques transatlantiques organisées respectivement par
l’université McGillà Montréalendécembre2007et par l’équipe
derecherche DILTEC(EA2288)àl’université dela Sorbonne
Nouvelle–Paris 3en janvier 2008,sur lerapportentrelalangue et
l’intégrationdes immigrants.Dansces pages, deschercheurs
françaiset québécois s’interrogent, d’unepart sur lesenjeux
socioéducatifset professionnelset, d’autrepart,sur lesenjeux
sociauxet identitairesdu processusd’intégrationdes immigrants
enFrance etauQuébec, deuxÉtats francophones qui mettenten
action –chacunàsamanière– unepolitique d’immigrationetdes
pratiquesd’intégration linguistiquepourassurer unemeilleure
cohésion sociale.

Depuis lapublicationdenotrepremièreréflexioncollective,La
langue et l’intégration des immigrants. Sociolinguistique,
politiques linguistiques, didactique(Archibald &Chiss 2007),la
France et le Québecont progressivementadopté denouvelles
recommandationsen matière d’intégrationetdelutte contrela
discriminationet ses manifestations.Ces orientations
sociopolitiques nous ont fourni uneoccasion unique d’approfondir
notrequestionnement, d’unepart sur lerôle centraldelalangue
dans l’établissementdes migrantsetdes immigrants sur leterritoire
nationalet, d’autrepart,sur lalutte engagée contreles
discriminations qui prennent racine dans lesdifférencesculturelles
et linguistiquesentreles groupes (im)migrantset les milieux
d’accueil.Ilestclair, en l’occurrence,quela« maîtrise»dela
langue du paysd’accueil joueun rôle déterminantdans une
intégration linguistiqueréussie en milieu social, éducatifet
professionnel ;elle constitue defait une conditiond’obtentiondela

9

résidencepermanente(égalementdans le cadre du regroupement
familial), dela citoyenneté auCanadaoudelanationalité en
France.

Depuis nos journéesd’études tenuesà Parisetà Montréalen
2005,lesautorités publiques,les institutionset leschercheurs
universitaires n’ontcessé des’interroger sur laproblématique
d’une« immigrationchoisie»etdmi’un «eux vivre ensemble»
dans lerespectdes valeurs sociales partagées sur lesquelles se
fondenotre conceptiondel’État moderne.Leprésent livre
permettra defairelepoint par rapportàun glissement inéluctable
verscequel’onappelleune« immigrationchoisie» –enjeu
économique et politiquemajeur pour le Canada et le Québecface à
lafaible croissance démographique etau vieillissementdela
population –etaux visages multiplesdela discrimination reconnue
dansdes sociétésd’accueil qui se définissenten termes
sociolinguistiques.Nousavons laresponsabilité denous
questionner sur lerôle delalangue dansceschangementset sur le
degré de discrimination qui relève del’identitésociolinguistique
des (im)migrants.Il s’agit plus précisémentdel’existence d’un
linguicisme dont l’État nefait guèremention,mais queles
chercheurset les militantsdes milieuxassociatifs ontévoqué à
maintes reprisesdansdes travaux récents sur les obstaclesàune
intégration réussie.

Lefaitderéfléchirà cetteproblématique endeux temps, à
Montréaletà Paris, apermisde confronter les visions française et
québécoise delasituationetdemiser sur la dynamiquepartagée de
deux sociétésdelanguefrançaisequi voient lamaîtrise dela
langue commeun facteur incontournable dans la construction
d’unesociétéqui nepourraserevaloriser quegrâce àune
e
immigration réussie.L’immigrantduXXIsiècle devrarelever
deuxdéfis importants:savoir faireetsavoir êtredans son pays
adoptif.Ildevra aussi savoir faire etêtretouten faisant face à des
discriminationsexpliciteset implicitesdont l’État ignoresouvent
l’existence.Parmi les mobilesde cesdiscriminations,s’inscrivent,
bienentendu,lalangue del’immigrant,laglottopolitique du pays
d’accueilet lesattitudes, croyances,représentationset valeursdes
natifs.

10

Tant en France qu’au Québec, les axes de réflexion interpellent
àlafois lapolitiquelinguistique,sociale etéducative,la didactique
delalangue d’accueil,la connaissance delalangueprofessionnelle
et lerattachementaux langues identitaires.Àmoinsdes’entendre
sur lesenset les paramètresdel’intégration, aucune action
pratiquenepeut s’envisager.

C’est précisément pourcetteraison quelepremierensemble de
textes se concentresur lesEnjeux sociaux et identitaires de
l’intégrationet lesaspectsdéfinitionnelsdelaproblématique.
Qu’entendons-nous par « intégration » ?C’està cettequestion que
Dominique Schnapperrépond endistinguantd’unepart,les
politiquesd’intégrationet l’intégrationcommeprocessus social
avecsesdimensionset ses modalitéscomplexeset, d’autrepart,les
décalagesentrel’intégration «culturelle»et l’intégration
«structurelle»des migrants.

James Archibalds’attache,lui, à définir lanotionde
«linguicisme»commeun phénomènesociolinguistiquequi
renvoie auxdiscriminations linguistiques quesubissent les
(im)migrantsen raisondeleur non maîtrise delalangue du pays
d’accueil.Peut-on parlerde discriminationsd’État ?Pourcet
auteur,ilexisteun linguicismeofficielauQuébecqui semanifeste
par un pouvoirde discrimination qui peutconduirel’(im)migrant
jusqu’àl’exclusion.

Àpartird’exemples,Marcienne Martinmontrel’existence de
pratiquesdiscriminatoiresen matière delalangueréalisées surdes
territoiresbien spécifiques quiévoluenten fonctiondescroyances
encoursetdeleurs valeurs.Le conceptde«méta-appartenance»
lui permetainsiderendre compte dephénomènesderegroupement
desujetsautourdevaleurscommuneset partagéesen relationavec
lephénomèneidentitaire;cequi l’amène àréfléchir sur le«bien
vivre ensemble».

Bassam Barakétraite delaquestiondelalangue comme
facteurde discrimination oud’intégration liée à celle del’identité
sur les plans individuel, culturelet social.Il montre ainsi, àpartir
d’exemples personnels,les manifestationsdel’identité dans la
communication ordinaire et les «différences identitaires» que

11

peuvent ressentirdes migrantsau seindelasociété d’accueilen
raisondu manque dereconnaissance deleur identité.
Enfin,Gregory Nutefe Kwadzoexplorele double effet
discriminatoire delalangue àpartird’une étude de cas portant sur
des familles originairesd’AfriquemigrantauCanada.
Discrimination linguistique en paysd’originepar les formes
d’appropriationdes langues,par les rapportsentretenusentreles
languesetdiscrimination linguistique en paysd’accueil par la
primauté dela culture del’écritauCanadaqui pénaliseles
migrantsafricains issusd’une culture detransmission orale.
Les institutions françaiseset québécoisesépousent maintenant
uneorientation revigorée demanière àrenforcer la cohésion
sociale de chaque État, car la France et le Québec,par leurs
politiqueset leuraction sociale,reconnaissent lerôle delalangue
dans uneintégration réussietantchez les immigrants jeuneset
moins jeunes que chez tousceux qui sont issusdel’immigration.
Qu’ontencommuncesdeuxÉtats ?Lefrançais,langueofficielle
dela Républiquefrançaise etduQuébec, estdans lesdeuxcas
l’instrument privilégié dela cohésion sociale.C’estdonc autour
desApproches institutionnelles de l’intégration enFrance et au
Québecquesont regroupés les textesdela deuxièmepartie de cet
ouvrage.

Pour la France,Christine CandideetCécile Cochyprésentent
les nouvelles orientationsetdirectives ministériellesen matière
d’intégrationdepuis l’applicationdelaloideprogrammation pour
la cohésion sociale du 18janvier 2005, en pointant lesdifférents
partenairesetacteurs sociauxconcernés par l’accueilet
l’intégrationdes populations migrantes ou issuesdel’immigration.
Claire Extramianas’intéresse, desoncôté, aux formations
linguistiquesdispenséesaux migrantsendonnantdesexemplesde
dispositifs publics participantàlaformation linguistique dans le
cadre delaformation professionnelle.Ellemontre ainsicombien la
Francelielaquestiondel’intégrationdes migrantsàlamaîtrise de
lalangue du pays.
C’est, ensuite,laquestiondelapolitiquelinguistique
québécoisequePierre Georgeaulttraitelorsqu’il présenteles

12

résultats de l’analyse de lasituation linguistique duQuébec àpartir
desdonnéesduConseil supérieurdelalanguefrançaise etdu
rapportdela commissionBouchard-Taylor sur les
«accommodements raisonnables»et l’intégration linguistique et
sociale des immigrants.Ilen ressort quele développementdela
cohésion sociale auQuébecpasse également par la connaissance et
lamaîtrise du français, commelangue d’usagepublic.Et pour
assurercette cohésion sociale,l’école et lemonde du travail
représentent incontestablement lesdeux pôles intégrateurs.

En matière depolitiquesocioéducative,la France et le Québec
partagentdes objectifs toutàfait semblables.Cettepolitiques’étaie
deplusieursexemples probantsamenés pardeschercheurset
didacticiensconvaincusdu pouvoir intégrateurdel’école, cette
institution qui « francise» les nouveauxarrivantsauQuébec et les
initie aux valeurs républicainesenFrance.Sanselle,l’intégration
s’avèreimpossible commele développent lescontributionsdela
troisièmepartie,: enjeuxS’intégrer par la languesocioéducatifs,
de cerecueil.

Stéphanie Galliganimontre, àpartird’une étudemenéesur les
enfantsdetravailleurs migrants temporaires scolarisésdans un
dispositifd’accueiletd’intégrationdans lepremierdegré,
l’importance defacteurs tels quel’histoirepersonnelle del’enfant,
son parcoursdevie,sesexpériences langagièresetculturelles,le
contexte descolarisationenFrance,sur la conceptionet l’image
qu’il sefaitdelalangue dominante et sonapprentissage
obligatoire,gage deson intégration scolaire et socialeréussies.

Suzanne Belzil,quantà elle,présenteles grandes orientations
du programme d’intégration linguistique,scolaire et sociale(ILSS)
misen place auQuébec dans le cadre duProgramme de formation
de l’école québécoiseetdestiné auxélèves nouvellementarrivés
qui nemaîtrisent pas suffisamment lefrançais pour poursuivreleur
scolarisationdans lesclasses ordinaires.Ellemontrelesdéfisde
l’intégrationde cesélèveset lesenjeuxdela«francisation».

Eva Lemaires’intéresse, àpartird’une étudesur les mineurs
étrangers isolés, aux moyens qui sontdonnésà ces jeunes migrants
deseformer sur les plans linguistique et scolaire.Elle dénonceune
forme de«discrimination systémique»en pointant, entre autres,
13

les carences du système éducatifenFrance dans l’accueilde cette
population spécifique, contraignant parfoisces jeunesàsuivre des
coursdefrançaisdansdescentresassociatifs qui lesaccueillent.

Pourcloresur lesenjeux socioéducatifs,Corinne Weber
s’interrogesur lesconditionsd’uneintégration réussiesur leplan
langagieren montrant l’importance d’une didactique del’oral
adaptéepour interpréterdesespacescommunicationnels nouveaux
dans le casdes migrants.

Mais tous leseffortsd’intégration ne concernent pas seulement
lajeunesse.L’autrequestion qui préoccupelesautorités françaises
et québécoises relève detoutelaproblématique del’insertiondes
travailleurs immigrésdans lemonde du travail.Danscemonde,la
connaissance du français n’est riend’autrequ’unevéritable
compétenceprofessionnelleque cesoit sur unchantierde
construction oudans unblocopératoire.Leschercheursdont les
articles paraissentdanscettequatrièmepartie,La langue comme
compétence socioprofessionnelle,illustrentdeplusieursexemples
lelien vitalentrelamaîtrise du françaiset l’intégration
socioéconomique et professionnelle.

Ainsi,Laurence Le Ferrectraite du lienaffirmé entrelangue,
travailet intégrationdepuis l’applicationdelaloidu 4 mai 2004
relative audroitàlaformation toutau longdelavie.Elle
s’interrogesur les impactsd’une compétencelinguistique
insuffisante des migrantsdans un milieu professionnelen pleine
mutation.
Dans lefildela discussion précédente,Anne Vicheranalysela
manière dont lesentreprises ont intégré cettenouvelleprérogative
delaloide2004àpartirderésultatsd’unappeld’offres sur
l’identificationdesbesoinset les représentationsdesacteurs par
rapportàlamaîtrise delalanguefrançaise en situation
professionnelle.Elle dégage ainsi quelques préconisationsen
matière deformation linguistique en milieu professionnelet pointe,
àson tour,lesdifficultés rencontrées par les migrants par lanon
maîtrise du français.
Enfin,Brigitte LabadieetChristine Letaconnouxenvisagent
lalangue commefacteurd’intégration sociale etd’insertion

14

professionnelle en prenant pourexemplele dispositifdescentres
Défense deuxième chance(CD2C)dont le butest l’intégration
sociale et l’insertion professionnelle dejeunesendifficulté.

En guise de conclusion,Jean-Louis Chissreprend certains
élémentsdela doublethématique de cet ouvrage–enjeux
socioéducatifset professionnelsd’unepartet, enjeux sociauxet
identitaires, d’autrepart –enélargissant le débataux questionsde
politiques linguistiques, de dispositifs institutionnels misen œuvre
pour l’intégrationdes migrants, de conceptionsdel’intégrationet
deformesde discriminations produites par les sociétés.

Nousespérons quelesdiverses partiesde cerecueil permettront
aux lecteursde bien saisir lelien indissoluble entrela compétence
linguistique et lapleineparticipationdetous les nouveaux venus
arrivés sur nos terresd’accueil.Nousespéronsaussi queles
citoyenset les gouvernements serendrontcompte des méfaitsde
toutesces formesde discrimination linguistiquequiempêchentde
fait les nouveauxarrivantsderéussir leur immigrationet leur
installationdans leurs nouveaux paysd’élection.

JamesARCHIBALDetStéphanieGALLIGANI

15

Première partie

Enjeux sociaux et identitaires
de l’intégration

Penser l’intégration

Dominique SCHNAPPER
École des hautesétudesen sciences sociales (EHESS)

Desdébats passionnés onteu lieu, aucoursdesannées
19801990, autourdelanotiondemulticulturalisme,qui opposaientceux
qui insistaient sur lapriorité del’intégrationdes populationsde
toutes originesetceux quientendaient redéfinir les relationsentre
desappartenancesculturelles multipleset l’organisation politique.
Lapolitiquefrançaise apparaissait plus proche du modèle de
l’« intégration » (qualifiéparfoisd’« intégrationniste»)etcelle de
l’Allemagne et surtoutdelaGrande-Bretagne du modèle du
« multiculturalisme».

Dans les faits,les politiques ontétémoinsdifférentes queles
débats nesemblent l’indiquer.Tous les gouvernementsde
l’Europe, aprèsdesdébats plus ou moins houleuxet obscurs sur le
« multiculturalisme»,ont finalementadopté des politiquesdites
d’intégration.NienFrance,nienAllemagne,nienGrande-
Bretagne, desdroitscollectifs n’ontété accordésà des groupes
particuliers.La démocratie est fondéesur l’égalité de chaque
citoyen.Dans laréalité des pratiques,la dynamique démocratique a
conduit lesFrançais,tenus pour lemodèlemême delapolitique
d’« intégration », à des politiquesdefaitde discrimination positive,
mêmesielles sont justifiées pardesarguments sociauxet non
ethniques (politiquesdela Ville,politiquesdesZEP,parexemple).
L’Allemagne amené, desoncôté,unepolitique d’intégrationdes
populationsd’origine étrangère,ycompris par son nouveaudroit
delanationalité adopté en 2000.LaGrande-Bretagne,suiviepar
lesPays-Bas, aremis profondémenten question sapolitique de

19

reconnaissancesociale(mais non juridique)descommunautésde
migrants.Cesconvergences laissent subsisterdes spécificitésdans
les modalitésdel’intégration,mais lesexigencesdémocratiqueset
l’évolutiondel’État providence conduisent tous les payseuropéens
àmeneren fait unepolitique d’intégrationen respectant les
identitésde chacun,maisen limitant leurexpressioncollective
dans l’espacepublic.Jean-Claude Monod a eu raisondesouligner
que, dans lapérioderécente,les politiquesdefait suivies par les
différents gouvernements sesont rapprochéeset queles
« modèles »d’intégrationétaientdésormais plusdifférents par les
discours qui lesaccompagnent quepar les politiqueseffectivement
suivies par les gouvernements.Pourquoicetterelative
1
convergence?

Politiquesd’intégration et intégration

L’immigrationest un phénomènenormaldans tous les sensde
cemot.S’agissantdes populations qui ont vocationàsestabiliser
sur les terresd’immigration, en particuliercelles qui viennentde
pays plus pauvreset moins libres,il n’est qu’unepolitique
possible, celle del’intégration, c’est-à-direunepolitiquequi vise à
leurdonner les moyensdeparticiperàlavie collectivesur une base
aussiégalequepossible.Lapolitique d’intégration n’est pas le
produitd’unchoix parmid’autres possibles, c’est unenécessité.
Peut-on imaginer qu’on mèneunepolitique d’exclusion oude
marginalisation ?C’est sur les modalitésde cettepolitiquequ’on
peut légitimement s’interroger,non sur son sens ou sonbut.
Leterme d’intégrationestambigu parcequ’ilappartientàla
foisau langagepolitique età celuidelasociologie.Le

1
HeckmannF.& SchnapperD. (eds) (2003).The Integration of Immigrants in
EuropeanSocieties. NationalDifferences and Trends ofConvergence.Stuttgart:
Lucius& Lucius.

20

gouvernement françaisa comporté, audébutdesannées 1990,un
ministre del’intégration (KofiYamgnane),ilcompte aujourd’hui
un ministèrel’Immigration, del’intégration, del’identiténationale
etduco-développement.En mêmetemps,l’intégrationest un
2
conceptcentralduSuicided’Émile Durkheimdepuis 1897et son
utilisation fait partie du fondscommundetous les sociologues.

S’agissantdes migrantsetdeleursdescendants,les
connotationsdu terme d’intégration sont pourtantdevenues
péjoratives.Lesdescendantsdes migrants sont unanimesà
dénoncer radicalement lanotionelle-même, dans lamesureoù,la
politique dite d’intégration leurétant plus particulièrement
destinée, elle aboutiraitàles singulariser, donc àles
stigmatiser:«Vous voulez quejem’intègre àquoi ?C’est mon
pays la France !».Les sociologues sont nombreuxà avoirentendu,
lorsdeleursenquêtes, cette exclamation indignéequi traduit la
confusionentrepolitique d’intégrationet processusd’intégrationet
négligelefait quel’une et l’autrene concernent pas seulement les
descendantsdemigrants mais lasociété dans sonensemble.

Ilconvientdonc de distinguerclairemententrelespolitiques
d’intégration(au sensdepolicy, c’est-à-dire del’ensemble des
dispositions prises pourdéfiniretappliquer unevolontépolitique)
et lefait sociologique du processusd’intégration.Les premières,
on l’avu,sontadoptées par tous les gouvernementseuropéens.
L’intégrationau sens sociologique est, elle, évidemment
problématique, c’est-à-direqu’elle doitêtrel’objetdelaréflexion
critique etdela connaissancepar larecherche.Il nefaut pas
confondrel’intégrationcommerésultat recherchéou proclamé des
politiques publiqueset l’intégrationen tant queprocessus social
susceptible, commetout processus, d’avancéesdifférentes selon les

2
DurkheimE. (2007).Le suicide.Étude de sociologie.Paris: Alcan,1897,
nouvelle édition, PUF, coll. «Quadrige».

21

domaines, de décalages, deretournements, d’inventionsde
modalités nouvelles oude contre-tendances.
Pratiquement,ondoit tenir l’intégration, commel’identité,pour
un «concept-horizon», c’est-à-dire, commel’explicite Claude
Lévi-Strauss,«une sorte de foyer virtuel auquel il nous est
indispensable de nous référer pour expliquer un certain nombre de
choses mais sans qu’il ait jamais d’existence réelle» (1977:332).
Ellepeut orienter les interrogations sociologiques,mêmesiellene
seprêtepasàl’observationdirecte,mêmesiellen’est pas
directement opératoire dans lesdémarchesdelarecherche.

Intégration des migrants et intégration de la société

Qu’apportelarecherchesociologique d’Émile Durkheimà
l’ensemble des recherches menées par les sociologuesdes relations
interethniquesauxÉtats-Unis ?Si l’on tenteunbilan
nécessairement schématique d’un siècle derecherches,on peut
3
avancer quelques résultats fondamentaux .Les processusde
l’intégration varient selon lesdifférentsdomainesdelavie
collective(ou, dans unautrelangage,selon ses «dimensions »).En
particulier,on observe desdécalagesentrel’intégration
«culturelle»des migrantsetdeleursdescendants, àsavoir
l’adoptiondes modèlesculturelsdelasociété d’installation, et
l’intégrastrution «cturelle», àsavoir laparticipationaux
différentes instancesdelavie collective, en particulierau marché
du travail.L’intégrationculturelle a ététoujours plus rapide et plus
facilequel’intégration structurelle.De cetécartentrel’une et
l’autrenaissent les frustrationsdes individuset leur ressentimentà
l’égard del’ordresocial.L’intégration n’est pas un processus
uniqueou rectiligne,ilcomporte desdimensionsetdes modalités

3
On trouveraunbilan moins schématique dansSchnapperD. (2007).Qu’est-ce
que l’intégration ?Paris: Gallimard, coll. «Folio ».

22

différentes,impliquantdesdiscordancesentre cesdivers processus.
Pardéfinition,personnen’est totalement «intégré».Il n’existe
doncpasd’intégrationdans l’absolu – intégrationàquoi, de
quoi ? –,ilexiste desdialectiquesetdes processuscomplexes
d’intégrationetdemarginalisation oud’exclusion.Toute
organisation sociale,quel quesoit son niveau –delafamille à
l’entrepriseouàlanaimpliqution –epardéfinition un processus
d’intégrationdes unset un processusd’exclusion oude
marginalisationdesautres.Cequ’il importe de comprendre, ce
n’est pas l’intégrationen tant quetelle, cesont les modalités que
prennentcesdivers processusetdimensionsde cetteintégration.Il
nepeut pas yavoird’échelleuniquepour mesurer l’intégration,
parcequelaviesociale est formée de dimensionsdiverseset parce
qu’ilexisteune dissociation potentielle entrelesdimensions
objectiveset subjectivesdel’expériencesociale des individus ou,
dans les termesd’ErvingGoffman,une étrangetévirtuelle de
4
l’homme àses rôles sociaux .

Lanotiond’intégrationdésigne, eneffet,les processus par
lesquels les individus participentàlasociétéglobalepar l’activité
professionnelle,l’apprentissage des normesde consommation
matérielle,l’adoptiondescomportements familiauxetculturels,les
échangesaveclesautres,laparticipationaux institutions
communes.Danscesdiversesdimensionsdelaviesociale,les
modalitésdel’intégration peuventêtre décaléeset même
discordantes.Il faut souligner quele concept nepeutêtreutilisé de
manièrefécondeques’ilest prisdans lesensactifd’un
procenssus ; ile désignepas unétat ou lerésultatacquisde ce
processus.Deplus,il neportepas seulement sur les formesdela
participationdepopulations particulièresàlasociéténationale,
maisaussi sur l’évolutiondelasociéténationaletoutentière.

4
GoffmannE. (1968).Asiles. Études sur la condition sociale des malades
mentaux (1961).Paris: Éditionsde Minuit, coll. «Lesenscommun ».

23

Le concept d’intégration renvoie donc à deux sens principaux.
Il peutcaractériser larelationdes individus oud’un sous-système à
un systèmeplus large,ou intégration tropique.C’estalors la
propriété del’individu oud’un groupeparticulieràl’intérieurd’un
ensembleplus large.Mais il peutaussicaractériser l’ensemble d’un
systèmeoudelasociété,ou intégration systémique.C’estalors la
propriété du groupe dans sonensemble.On peutanalyseren termes
sociologiques lasociéténationale commeun processus
d’intégrationdelasociétépar lapolitiquequi,pardéfinition,n’est
jamaisachevé.L’intégrationdetel ou tel groupeparticulieràla
société déjà constituéen’est qu’une desdimensionsdel’intégration
delasociété dans sonensembleoudel’intégration systémique.Les
deux phénomènes sont indissociables.On nepeut séparer
l’intégrationdes individus – migrants ou non migrants –àla
société del’intégrationdelasociété dans sonensemble.

C’est pourquoi on nepeut s’interroger sur l’intégrationdes
migrants sans s’interroger sur l’intégrationdelasociété dans son
ensemble.Mêmes’il importe denepas négliger lescaractéristiques
des populationselles-mêmes,lesdifficultéset lescontradictions
objectivesdeleurcondition,maisaussi leur volonté et leur
capacité d’action,il faut souligner que cequiest perçudans lavie
publique commele« problème des immigrés » ou le« problème de
l’immigration »estd’abordun problème delasociéténationale
elle-même, desa capacité àintégrer toutes les populations,y
compris les immigréset,plus généralement, du rapport queles
nationauxentretiennentaveclesAutres.On ne devrait pas reporter
sur les populations marginales laresponsabilité del’ensemble dela
crisesociale et politique delasociétéfrançaise.

24

Intégration à la société

Si l’on retientcommel’undes facteursexplicatifsdela criseles
discordancesentreintégrationculturelle et intégration structurelle,
on nepeut manquerdesignaler qu’une enquête européenne a
5
montréque c’estenFrancequele décalage est le.plus fort
Comparésauxdescendantsdes migrantsenAngleterre eten
Allemagne,lesenfantsdemigrants français sont les plus ignorants
et les plusdétachésdela culture d’origine deleurs parents,les plus
totalementacculturésàlalangue et la culturelocales,maiscesont
aussiceux pour lesquels l’accèsau monde du travailest leplus
difficile.Leur scolarité est laplus longue et leur niveaude diplôme
leplusélevé,mais leur « intégration structurelle» ou « intégration
sociale»,laplus problématique.Deplus, dans lamesureoù ils
sontdésocialiséset neparticipent guère àlaviereligieuse,ils ne
bénéficient pasdelasolidarité communautaireque connaissent,par
exemple,lesPakistano-Britanniques,fortement rassemblésautour
deleur mosquée, dont les pratiquescollectives sont organisées par
des leaders reconnus par les pouvoirs locaux,ou mêmelesTurcs
d’Allemagne.Les lienscommunautaires,plus ou moinsencouragés
par lasociété d’installationenGrande-Bretagne etenAllemagne,

5
L’enquêteportant sur lesenfantsdemigrantsâgésde18 à25ans,nés ouarrivés
avant l’âge desixansenAllemagne, FranceouGrande-Bretagne, a étéréalisée en
réponse àunappeld’offre dela Commissioneuropéenne en 1998,«Effectiveness
ofNationalIntegrationStrategies towardsSecond GenerationMigrants »ou
«Effnatis »(référenEce :ffnatis projectSOE2-CT07-3055).Elle a étéréalisée
sous la direction scientifique de FriedrichHeckman (Allemagne), RogerPenn
(Angleterre)etDominique Schnapper (France).Entre1999et 2000,ontété
interrogésenAngleterre178 enfantsdemigrants pakistanais,130demigrants
gujaratiset 418 enfantsd’autochtones ;enAllemagne,287enfantsdemigrants
turcs,283enfantsdemigrants yougoslaveset 215enfantsd’autochtones ;en
France,218 enfantsdemigrantsalgériens,212enfantsdemigrants portugaiset
286enfantsd’autochtones,soit un totalde2226 personnes.Letravaila donnélieu
àplusieurs rapports remisàlaCommissionetconsultables sur lesite de
l’université deBamberg[http://www.efms.de./].

25

sont, en tous cas à court terme, plus
d’intégration individuellefondéesur
propre àlatradition française.

protecteurs que lapolitique
l’école et l’emploi,quiest

Alors quela France aintégré dans lepassé des vagues
successivesdemigrants,sanséchapperàlaxénophobiemais sans
queseformeun ordreracial,leprocessus semble aujourd’hui
connaîtreplusdeheurts oude difficultés.C’est moins les
caractéristiquesdes migrants qui sonten jeu que cellesdela
société dans laquelleil importequ’ils s’intègrent.

6
L’intégration de la « démocratie providentielle »

Or uncertain nombre de caractéristiquesdelasociétéfrançaise
rendentaujourd’hui l’intégrationdes immigrésetdeleurs
descendants plusdifficiles que dans lepassé :leschoixcollectifs
ontétéfaitsau profitdu secteur public auxdépensdu privé, au
profitdes plusâgésauxdépensdes jeunes, cequidoublement
défavoriselesdescendantsdemigrants ; l’État providence est
devenu moins «assurantiel »et plus «assistantiel », alors même
quel’assistancetend àhumilier sesbénéficiairesetà consacrer leur
échec, àles installerdans lestatutdevictimes ; laségrégation
spatialerenforceleseffetsdelamarginalisation professionnelle et
des originesethniquesdévalorisées ; lesystèmepolitique bloqué
donnepeud’occasionauxdescendantsd’immigrésdeparticiperà
laviepublique; l’affaiblissementdu patriotisme et lelaxisme des
mœurs troublent les processusdel’intégrationdes populations
d’origine étrangère.

Les valeurs mêmesdela démocratienefavorisent pas
l’intégrationdesdescendantsdemigrants.La critiqueradicale des
institutions seporte demanièreprivilégiéesur toutes les instances

6
SchnapperD. (2002).La démocratie providentielle.Paris: Gallimard, coll.
«NRF/essais ».

26

politiques,lieudelagestionducollectifet, en particulier,surcelles
qui organisent lareprésentation politique.Les grandes instancesde
l’intégration stato-nationale,telles l’École,l’armée,lajusticesont
aujourd’hui soumisesà descontestations renouvelées.Nidans
l’école,ni même devant lajustice,l’autoritén’est respectée en tant
quetelle, elle doit se conquérir.L’État lui-même, dont l’action
s’étend deplusen plusauxdomaines les plus quotidiensdelavie
collective, délèguevolontiers ses moyensd’actionà desacteurs
privés – lesassociations –etauxcollectivités locales.Son pouvoir
de contrôles’affaiblit.L’Étatcentraletcentralisateur, aujourd’hui
éclaté,intervenantdans tropde domaines, assuremal larégulation
desacteurs quiagissenten son nom.

La critique des institutions politiques se conjugue avecleseffets
sociauxdela crise économique et lafind’uneorganisation
économiquequi garantissait lepleinemploi.Deplus,la
désinstitutionnalisationdes relations familialeset l’affaiblissementdes
solidarités obligéesentreles membresdelafamille entraînent
l’amenuisementdesautres relations sociales.Le chômageremeten
question lestatutdel’individudans lasociétémaisaussià
l’intérieurdu groupefamilial.Il risque deprovoquer
l’affaiblissementet parfois larupture des liensconjugauxet même
filiaux.Lerisque de connaîtreleprocessusd’exclusionest
étroitement lié àlasolitude.Plusdelamoitié desallocatairesdu
7
RMIn’ontaucun lien familial.Les individus isolés sont moins
susceptiblesdetrouver unemploi oud’en retrouver un s’ils ontété
licenciés.

L’individualismen’est pas par lui-même contraire à
l’intégration sociale.Cequ’onappelle couramment la«crise du
lien social »autorisele déploiementdelibertés nouvelles.La
sociétémodernese caractérise, eneffet,par lamultiplicité et la

7
RMI :revenu minimumd’insertion.

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fluidité des rôlesetdes participations.Mainvis s’«enter
soimême»continuellement, choisir sesancêtres,son identité,ses
références,sesamis,sesamourset samoralen’est pas une capacité
universellement répartie.Elle concerne essentiellement lesclasses
moyennes.Les plus pauvres ou les plus humiliés,qu’il s’agisse des
ouvriers oudesassistés oude certainsdescendantsdemigrants,ne
disposent pasdelamêmeliberté.L’individualisme apoureffet
perversdefavoriser objectivement l’intégration normative de ceux
qui ont hérité d’unesocialisation familialeforte.Les institutions
sociales puissantesetassuréesd’elles-mêmes, del’École àl’État,
élèventet protègent les faibles,les institutionscontestées laissentà
lasocialisation par lafamille etàl’héritagefamilial, économique et
culturel,un rôleprimordial,qui tend à accentuer les inégalités
sociales liéesau milieudenaissance.Lelien né de
l’individualisme,paradoxalau premierabord,peutêtre efficace
pourceux qui ontbénéficié d’unesocialisationénergique et
conforme aux valeursambiantes,qui ontacquis l’assurance des
mieux nés, des pluscultivésetdes plus robustes.Leliendetype
« individualiste» n’est positif quepourceux qui ontdéjà
intériorisé,par leur héritagesocialet leuréducation,les normes
d’unesociété dont lescontrôlesextérieurs sont faibles.Commeles
lois fortes protègent les plus faibles, commel’affaiblissementdu
règne delaloi favoriseles plus puissants,les sociétés où le
contrôlesocialestdéfaillant fragilisent les plus vulnérables.

Les populations migrantes sont les premières victimesde ces
modalitésdel’intégration nationale dans la démocratie
providentielle.Elles sontdépourvuesde capital hérité–
économique, culturel,relationnel –et sont particulièrement
bouleversées par lelaxisme des mœurs, contrairesaux modes
traditionnellesdel’intégration sociale etdela conceptiondes
rapportsentreles sexeset les membresdelafamille.

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La relativité des valeurs qui imprègnel’espritdu tempsagit, en
effet, dans lemêmesens.L’in-distinctionàlaquelletendlemonde
démocratique constitueunchocpour les héritiersdescultures
8
traditionnelles .Lalibertésexuelle,lamultiplicationdes familles
monoparentalesetdesenfants nés hors mariages,la discussion
autourdes mariages transgenresconstituentautantdefaits qui
heurtentdes populationsdont les traditionsétaient organisées
autourdes valeurs familiales.Toutenotiondelimite, d’interditet
demoraleleur semble disparaître.Or,on observe chez tous les
migrants lerepli sur lasphère et les valeursdelafamille.C’està
partirdes valeurs traditionnelles, des relations stabiliséesentreles
générationset les sexes qu’ils maintiennentdesélémentsculturels
quidonnent un sensàleurexistence, alors qu’ils sontconfrontésau
choc delatransplantationetàlarupture denombreuxautres liens
sociaux.Cequi leurapparaîtcommelelaxisme des mœurs
modernesest particulièrementdifficile àintégrerdans la culture
héritée.Devant l’agressionde ces formes hors normes,laréaction
peutêtre de deux ordres –également préjudiciablesàla
socialisationdeleursenfants – soituneperte detouteréférence,
entraînant larupture des liens familiauxet la désocialisation,soit le
repli pathologiquesur unetraditiondécontextualisée.Lesenfants
élevés pardes parentsdont les repères moraux ontété bousculés
risquent, àleur tour, de céder soitàl’abandondetouteréférence en
sombrantdans la désocialisation,soitàun traditionalisme exacerbé
et inutile, dont lemachisme brutaldevient un indicateur.Mêmesi
ces réactions sont,sansdoute,minoritaires, et sibeaucoupde
familles immigrées font preuve d’unegrande capacité d’adaptation,
on trouve dansces réponsesaux valeursambiantes l’une des
sourcesdelanon-socialisationde certainsdesenfantsdemigrants.

8
Pour undéveloppementde cesanalyses,voirSchnapperD. (2006). «L’échec du
‘modèlerépublicain’ ?Réflexiond’unesociologue».Annales. Histoire,Sciences
socialesn°4. pp. 759-776.

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