Langues, littératures et identités culturelles
302 pages
Français

Langues, littératures et identités culturelles , livre ebook

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
302 pages
Français
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Cet ouvrage collectif est articulé sur un questionnement des rapports entre langues, littératures et identités. Quatre axes principaux sont abordés: la littérature, qui combine enjeux culturels et esthétique littéraire ; la sociolinguistique, sous l'angle de la dynamique des langues dans un contexte de mutations sociales; la morphosyntaxe comme description des langues africaines; la didactique des langues africaines en contexte multilingue et multiculturel.

Découvrez toute la collection Harmattan Cameroun !

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2012
Nombre de lectures 196
EAN13 9782296493469
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait








LANGUES, LITTÉRATURES
ET IDENTITÉS CULTURELLES























Gabriel Mba, Jules Assoumou
et Alphonse Tonyè (éds)

Avec la collaboration de Ndibnu Messina Ethé






LANGUES, LITTÉRATURES
ET IDENTITÉS CULTURELLES





Avant-propos de Nsame Bongo

























































© L’Harmattan, 2012
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-99054-8
EAN : 9782296990548







Tout se perd,
Rien ne se crée,
Rien ne se transforme !


LES CONTRIBUTEURS
Alphonse Tonyé, Université de Yaoundé I
Denise Mayoudom, Université de Yaoundé I
Flora Amabiamina, Université de Maroua
Fred Hailon, Université de Poitiers
Gabriel Mba, Université de Yaoundé I
Henri Rodrigue Njeugou é Ngamaleu, Université de Yaoundé I
Jean Ayevo, Université Omar Bongo
Jean Biyon, Université de Douala
Jesse Moba, Université de Douala
Jules Assoumou, Université de Douala
Julia Ndibnu Messina Ethé, Université Douala
Luntadila Nlandu Inocente, Université Autonome de Barcelone
Maya Mincheva, Université de Sofia
Mireille Nnanga, Université de Douala
Moïse Tameken Ngo utsop, Université de Yaoundé I
Réné Ndedje, Université de Yaoundé I
Valentin Feussi, Université de Douala
Georges Victor Ngu épi, Université de Douala
Wega Simeu, Université de Yaoundé I








COMITÉ SCIENTIFIQUE
Félix Nicodème Bikoi, Université de Maroua
Edmond Biloa, Université de Yaoundé I
André-Marie Ntsobé, Université de Yaoundé I
Maurice Tadadjeu, Université de Yaoundé I
Ambroise Queffelec, Université de Provence
Marielle Rispail, Université de Grenoble
Rémy Sylvestre Bouelet, Université de Douala
Beban S. Chumbow, Université de Yaoundé I
Jean-Jacques Marie Essono, Université Yaoundé I
Gabriel Mba, Université de Yaoundé I
Alphonse Tonyé, Université de Yaoundé I
Zachée Denis Bityaa Kody, Université de Yaoundé I
Louis Martin Onguene Essono, Université de Yaoundé I

COMITE DE REDACTION
Gabriel Mba, Université de Yaoundé I
Jules Assoumou, Université de Douala
Alphonse Tonyé, Université de Yaoundé I
Messina Ethé Julia, Université de Douala
Gabriel Djomeni, Université de Yaoundé I
Yaphète Majirade, Université de Yaoundé I
Paul Fonkoua, Université de Yaoundé I
Shérif Nna, Université de Yaoundé I
Paul Péguy Kégoum Kétchatang, Université de Yaoundé I
Emmanuel Ebongue, Université de Yaoundé I
Raihanatou Yadji, Université de Yaoundé I
Denise Mayoudom, Université de Yaoundé I

SOMMAIRE
AVANT-PROPOS ................................................................................... 11
INTRODUCTION ................................................................................... 13
SECTION I
LITTÉRATURE, ESTHETIQUE LITTERAIRE, ENJEUX
CULTURELS ET INTERCULTURELS ......................... 23
Imaginaire et dialogue interculturel dans L’homme qui m’offrait le ciel de
Calixthe Beyala : entre valeurs positives et stéréotypes
Flora Amabiamina ................................................................................... 25
Autobiographie et satire : deux discours aux confins du réel et de
l’imaginaire
Mireille Nnanga ....................................................................................... 45
Chien Blanc de Romain Gary : contre le racisme, une aventure de chien
en blanc et noir aux États-Unis
Jean Biyon ............................................................................................... 57
Guerrilla poetry and the search for an alternative
MOBA Jesse ............................................................................................ 67
Aspects de la réception. Pour une stylistique des textes littéraires
africains
Alphonse Tonyè ...................................................................................... 77
SECTION II
SOCIOLINGUISTIQUE ................................ 91
Identité sociale et attitude vis-à-vis de la langue maternelle. Le cas des
adolescents bamiléké
Henri Rodrigue Njengoué Ngamaleu ...................................................... 93
Politiques linguistiques éducatives en milieux francophones plurilingues :
du ready made aux situations éducatives
Georges Victor Nguépi, Jules Assoumou et Valentin Feussi ................ 107
Mutations socioculturelles et innovations lexico-sémantiques dans le
langage de la sexualité chez les jeunes au Cameroun : analyse
sociologique
Moïse Tamekem Ngoutsop ................................................................... 121
9
Idéologisation de faits d’altérité dans la presse française
Fred Hailon ............................................................................................ 135
Le français, langue ivoirienne ?
Jean Ayevo 149
SECTION III
MORPHOSYNTAXE .................................. 175
Temps et aspects en poàriè
Wega Simeu .......................................................................................... 177
Du signe linguistique à l’étude morphologique de la phrase : impact de la
relation dépendantielle entre les morphes spécifiques en grammaire
structurale
George Victor Nguepi ........................................................................... 189
Les classes d’objets des prédicats de grandeur et des lexèmes
paramétriques en langues romanes : exemples en portugais, espagnol et
français
Luntadila Nlandu Inocente .................................................................... 209
Analyse morphosyntaxique du verbe en méèñgaàmboè
René Ndedje .......................................................................................... 223
SECTION IV
DIDACTOLOGIE DES LANGUES ET TRADUCTOLOGIE ......... 235
Système verbo-temporel du gh maàlaà’ : le cas de l’infinitif et du
conditionnel. Eléments de comparatisme avec le français
Gabriel Mba ........................................................................................... 237
Harmonisation des programmes d'enseignement de la culture nationale
dans l’éducation de base au Cameroun
Julia Ndibnu Messina Ethé .................................................................... 253
Evaluation des pratiques d’alphabétisation urbaine en langues
maternelles : cas du gh ma la ’, du yemba et du nweh à Yaoundé
Denise Mayoudom ................................................................................ 269
Connotations sexuelles dans la notion de traduction
Maya Mincheva ..................................................................................... 285

10
AVANT-PROPOS
Cet ouvrage est un repère académique important et une source
indéniable d’informations scientifiques sur les langues, la littérature et les
identités sociales. Il est le fruit de l’engagement de l’université de Douala
à livrer à la communauté scientifique des travaux de bonne facture. Pour
ce qui les concerne, Les premières Journées des Science du langage et de
l’éducation organisées du 07 au 09 novembre 2008 par le Réseau des
doctorants en sciences du langage (RED) ont tenu ce pari.
La grande diversité et l’excellente originalité des sujets traités
témoignent de la fécondité scientifique de ces échanges. Les différentes
préoccupations des chercheurs les ont conduits à s’intéresser à des
thématiques variées : l’esthétique littéraire et ses enjeux culturels et
interculturels, les langues en rapport avec les attitudes et représentations
qui fondent les identités sociales, l’organisation systématique de la
langue et ses créneaux de diffusion, d’apprentissage et de promotion que
sont les médias et l’enseignement, etc. Ces multiples regards se sont
croisés en toute convivialité, ajoutant à la rigueur scientifique et à la
richesse des contenus, l’ouverture des esprits et l’intercompréhension.
J’invite les uns et les autres à consulter ce précieux volume qui, non
seulement offre de la matière pour les langues et littératures africaines,
mais aussi pour les langues romanes. Le dynamisme linguistique vécu
dans divers contextes est ici appréhendé, soit par le style des auteurs, qui
dépeignent à travers différentes œuvres littéraires les réalités et les
imaginaires sociaux, soit par les innovations lexico-sémantiques, soit
encore par les distorsions et la créativité sémiologiques. Les usages
circonstanciés des langues par rapport aux faits sociaux sont des témoins,
tant de la vie culturelle intime des détenteurs de chaque bouquet de fleurs
linguistique, que de l’organisation sociétale stratifiée et diversifiée.
Je remercie les éditeurs de l’ouvrage pour avoir réuni avec bonheur les
contributions les plus pertinentes et les plus enrichissantes de la
conférence et d’avoir subtilement dépassé le cadre du colloque en
intégrant des textes non présentés directement lors des travaux, mais dont
l’apport est significatif. Je félicite de même les organisateurs de ces
rencontres, pour avoir su mener l’ensemble des travaux avec doigté et en
les inscrivant dans la plus pure déontologie universitaire.
11
Qu’il me soit enfin permis, au nom de la Faculté des lettres et sciences
humaines de l’université de Douala, de saluer encore cette initiative du
Réseau des doctorants en sciences du langage (RED) et de souhaiter que
l’expérience soit renouvelée pour que Les deuxièmes Journées des
Sciences du Langage connaissent une moisson scientifique plus
fructueuse, à partager avec les hommes de sciences et de culture, les
artisans et les ouvriers des langues, les adeptes de l’apprentissage intégré
des langues et les défenseurs du multilinguisme fonctionnel.
Mais que seraient les conclaves des spécialistes si leur savoir de haut
niveau n’était vulgarisé et exploité socialement pour améliorer la qualité
culturelle de nos populations ? C’est ainsi que les recherches de
l’université sont appelées à répondre aux attentes de la cité pour le
progrès national. Il est louable que ce colloque mette en avant cette
préoccupation essentielle de la problématique du développement.

Pr. NSAME MBONGO
Maître de Conférences
Doyen de la F.L.S.H
Université de Douala

12
INTRODUCTION
Le présent volume consacré aux langues, à la littérature et aux
identités culturelles est une tentative de faire dialoguer des chercheurs et
universitaires de différents champs disciplinaires et d’horizons divers sur
un questionnement transversal. Aussi, les contributions rassemblées dans
cet ouvrage collectif ont-elles été sélectionnées avant tout sur la base de
leur potentiel heuristique relativement à la problématique centrale : la
découverte et le développement des identités particulières et plurielles, à
travers les usages des langues sous-tendus par la littérature, l’éducation et
la communication sociale.
Les contributions qui meublent ce livre couvrent pour l’essentiel
quelques-unes des communications du colloque international organisé
par le Réseau des doctorants du Cameroun (RED) à l’université de
Douala du 7 au 9 novembre 2008 et dont le thème était : Premières
journées des Sciences du Langage et de l’Éducation. Elles sont
organisées autour de 4 (quatre) sections qui livrent à la fois l’esthétique
littéraire, les enjeux culturels et interculturels, les langues dans
l’éducation et les médias, les attitudes envers les langues minoritaires et
minorées, les descriptions morphosyntaxiques des langues spécifiques, et
les mutations langagières consubstantielles à une socialisation toujours
plus dynamique.
La section I traite de la littérature dans ses aspects esthétiques et
culturels. La section II s’appesantit sur les usages des langues en société
et la créativité sémantique qui en découlent. La section III, centrée sur le
corpus des langues, étudie quelques aspects formatifs et organisationnels
internes. La section IV s’occupe de la didactique des langues africaines et
des problèmes de traduction, notamment les connotations sexuelles qui
souvent revêtent une dimension culturelle et idéologique.
Section I : Littérature, esthétique littéraire, enjeux culturels et
interculturels
Cette section comprend cinq (05) contributions dont la dominante
principale reste les productions de certains écrivains, la finesse de leur art
et les rapports avec la société qu’ils dépeignent ou qui est supposée
consommer en l’interprétant (à sa guise et avec son être), les imaginaires
réduits à l’écrit.
13
L’imaginaire interculturel dans « L’homme qui m’offrait le ciel »
de Calixthe Beyala
Dans cet article, Flora Amabiamina décrypte au travers d’une passion
entre deux personnages de sexes différents appartenant à des races et
cultures différentes, les aspects multiformes et sinueux du phénomène
interculturel qui se dégagent du roman de Beyala. Le dialogue des
cultures qui entre nécessairement dans un rapport de force ne peut être
véritable que si l’identité et l’intégralité de l’un sont partagées par l’autre
dans une relation interculturelle saine.
Autobiographie et satire : deux discours aux confins du réel et de
l’imaginaire
Deux romans (La petite fille du réverbère de Calixthe Beyala et Le
ventre de l’Atlantique de Fatou Diome) ont servi de prétexte à Mireille
Nnanga pour mettre au grand jour le fait que l’écriture autobiographique,
loin d’être une écriture à propos de soi, est davantage une écriture à
propos de la société, de ses travers, de ses dérives, de sa conscience
collective. La réalité sordide du sort de la femme africaine vouée à la
polygamie est dépeinte à travers la satire et la dérision. Chantres de
l’émancipation de la femme africaine qui ne doit plus se définir
uniquement par la maternité et le mariage, Beyala et Diome trouvent en
la gent féminine un élément incontournable du développement social et
de la transformation de la vie économique, sociale, culturelle et politique
de l’Afrique. Au-delà, c’est une confrontation entre l’Afrique et les
Africains, les immigrés et l’Europe, qui illustre froidement la crudité et la
cruauté de l’imaginaire et du réel qui habitent les consciences africaines,
celles restées au pays autant que celles exilées en Europe.
« Chien blanc » de Romain Gary : Contre le racisme, une
aventure de chien en Blanc et Noir aux États-Unis
La cohabitation sociale harmonieuse, le partage d’un espace commun
de vie par les êtres vivants se heurtent très souvent à des préjugés, à des
stéréotypes qui sont transcrits et linguistiquement véhiculés à travers les
œuvres littéraires. Les procédés rhétoriques, les construits stylistiques
divers sont enfourchés par les écrivains pour dépeindre ces vécus
sociaux. Jean Biyon, en se saisissant de l’œuvre de Romain Gary, nous
rapproche du procès des extrémismes racistes aux États-Unis, pays
supposé de la convivialité et du partage interculturel. La haine entre
Blancs et Noirs, vécue à travers l’histoire d’un chien dressé d’abord
contre les Noirs et, ensuite contre les Blancs, révèle à quel point le
14
racisme est enraciné dans le subconscient américain. Le mérite de Gary,
comme le souligne Biyon, c’est d’avoir réussi à mettre ensemble
aventure, anecdote, allégorie et métaphore pour présenter, en les
condamnant, les extrémistes racistes, véritables psychoses individuelles
et collectives qui rythment la vie américaine.
Guerilla poetry and the search for an alternative
La poésie moderne s’oriente vers une littérature citoyenne. Son but
n’est pas d’informer et de distraire, mais de sensibiliser et de
conscientiser la société eu égard aux réalités de l’existence quotidienne.
Ses praticiens, les jeunes gens en colère, modèlent un art qui repose sur
les réalités sociales avec un but bien voilé : sensibiliser les masses sur le
problème de l’illumination dialectique et de l’enthousiasme nécessaire à
la remobilisation des énergies vitales, dans l’optique de les inciter à
entreprendre une refonte salutaire de la société. Jesse Moba s’arrête sur le
texte artistique nigérian pour saisir ce moment essentiel de l’entreprise
poétique.
Aspects de la réception. Pour une stylistique des textes littéraires
africains
L'élaboration d'un appareil critique cohérent et pertinent de la
littérature africaine est une préoccupation majeure de l’esthétique
littéraire. Elle commande que l'on sorte de l'impasse théorique dans
laquelle certains postulats ont plongé la réflexion y relative. Le texte
africain, comme tout texte littéraire, se définit comme un lieu esthétique,
culturel et idéologique. Cependant, ces considérants ne sauraient lui
appartenir en propre. Ceci est un principe crucial dans la prise en compte
des critères fondamentalement définitoires du discours littéraire africain.
De plus, à défaut d'énoncer clairement le parcours méthodique à suivre
pour le décryptage efficient des productions africaines, Alphonse Tonyé
précise qu’il est utile d’indiquer des pistes d'investigation pertinentes ou
des postes langagiers à considérer.
Section II : Sociolinguistique
La section II comprend cinq (05) chapitres. La thématique ici tourne
autour du rapport de la langue, premier instrument de socialisation et
d’identité sociale, facteur crucial de caractérisation des peuples et des
individus sur la base des attitudes, des représentations et des pratiques
linguistiques…, dans la perspectique de rendre compte de la dynamique
des langues dans un contexte de mutations socio-culturelles.
15
Identité sociale et attitude vis à vis de la langue maternelle : le cas
des adolescents bamiléké
La langue est reconnue comme le premier instrument de socialisation
d’un individu. Plongé dans l’univers de sa langue, l’enfant se construit un
lien identitaire positif avec elle, la valorise et s’en donne une
représentation positive. Mais du contact avec d’autres langues et des
locuteurs d’autres langues, il peut se créer des clichés sociaux négatifs
qui, intériorisés et vécus comme tels, risquent de créer un doute dans
l’esprit des locuteurs ; surtout ceux qui, bien qu’appartenant à une sphère
linguistique donnée, ne peuvent parler leur langue : ils sont plus ouverts
aux clichés sociaux négatifs qui les inhibent et font naître un rejet de
l’identité sociale, et surtout une attitude négative envers une langue
supposée être la leur. Tel est le cas des adolescents bamiléké qui, parce
que ne maîtrisant pas leur langue maternelle, ont tendance à valoriser les
clichés sociaux péjoratifs. La réflexion engagée par Njengoue Ngamaleu
participe du souci largement partagé de faire de la promotion des langues
camerounaises une véritable option politique.
Politiques linguistiques éducatives en milieux francophones
plurilingues : du ready made aux situations éducatives ?
L’enseignement des langues en milieu scolaire est indissociable des
décisions politiques qui en définissent les règles et les conditions. Dans
l’espace francophone, il devient urgent d’évaluer jusqu’à quel point le
contexte social intègre des pulsions idéologiques afin de les adapter aux
nouvelles exigences des politiques linguistiques. En Europe comme
ailleurs, l’opinion publique qui manifeste un grand respect envers la
langue maternelle s’oppose parfois à la réciprocité et à la cohabitation,
dans la perspective d’une politique co-actionnelle, telle que voulue par le
conseil de l’Europe à travers le Cadre européen commun de référence
(CECR). George Victor Nguépi, Jules Assoumou et Valentin Feussi
montrent qu’au-delà du vouloir politique, la sociolinguistique du monde
impose désormais une dynamique de globalisation dans un partenariat
linguistique à plusieurs vitesses, mais qui intègre l’idée d’une identité
linguistique des peuples.
Mutations socioculturelles et innovations lexico-sémantiques dans
le langage de la sexualité chez les jeunes au Cameroun : Analyse
sociologique
La globalisation a pour conséquence d’ouvrir toutes les sociétés,
fussent-elles restreintes ou larges, à des mutations diverses qui sont la
16
plupart du temps exprimées par des innovations comportementales et
surtout linguistiques. Les jeunes sont les plus sensibles à ces mutations et
par conséquent, adoptent un nouvel éthos communicatif, c’est-à-dire de
nouvelles manières de se présenter et de se comporter dans l’interaction
1verbale (Mulo, 2008) . Cette ingéniosité s’observe au Cameroun dans le
domaine de la sexualité où, en quête de reconnaissance, les jeunes
veulent se créer une « carte d’identité sociale » respectée et reconnue.
Les innovations lexico-sémantiques dont ils sont friands, et qui procèdent
d’une resémantisation des mots déjà connus ou à leur extension
sémantique, participent de la construction d’une nouvelle identité sociale
fortement engagée et qui, chaque jour, se singularise et se particularise.
Idéologisation de faits d’altérité dans la presse française
La presse est le lieu de la manifestation des richesses d’une langue en
vue de la description des faits d’information. Fred Hailon se demande
comment et à partir de quelle position idéologique chaque support de
presse rend le sens des altérités dans son discours. Cette interrogation
sera levée par le recours à quatre titres de la presse quotidienne française
à savoir : Présent, Le Figaro, Le Monde et La Nouvelle République du
Centre-Ouest.
Le français, langue ivoirienne ?
La Côte d’Ivoire, comme la plupart des pays africains qui ont connu la
colonisation française, a certainement développé des variétés de français
en raison de la forte pression de cette langue de communication
internationale sur les langues locales. Ces dernières sont exclues du cadre
officiel de la communication et n’ont qu’une existence affective. Mais
une virée hors du cadre institutionnel permet de poser une question
fondamentale : le français est-il réellement la langue la plus pratiquée en
Côte d’Ivoire ? Ou encore, quelle est la place réelle du français dans le
concert des langues parlées en Côte d’Ivoire ? C’est à ces questions
qu’Ayevo tente d’apporter une réponse à travers une enquête de terrain.
Section III : Morphosyntaxe
Le grand reproche fait aux langues africaines est le manque d’études
descriptives pouvant permettre leur réduction à l’écrit, et surtout leur
élévation au statut de langue d’enseignement et de partage d’informations

1
B. M. F., 2008, De la politesse linguistique au Cameroun/ Linguistic politeness in
Cameroon, Francfort, Peter Lang.
17
écrites. Deux (02) des quatre (04) articles qui composent cette section
s’emploient à combler ce vide pour ce qui est du  et du mengambo,
parlés au Cameroun, respectivement dans les départements du Haut-
Nyong, du Lom et Djerem pour l’un et des Bamboutos pour l’autre. Dans
les deux autres, une revisitation de l’impact des relations entre les
morphes spécifiques en grammaire structurale et une analyse sémantique
des prédicats de grandeur et des lexèmes paramétriques sont opérées dans
le contexte des langues romanes.
Temps et aspect en 
Wega Simeu, après une étude phonologique du (2004), a bien
voulu s’interroger sur le système temporel et aspectuel de cette langue.
Une étude préalable de la structure morphologique du verbe a été faite
pour comprendre les mutations que l’on peut observer plus tard dans le
comportement de ces verbes par rapport aux temps du présent, du passé
et du futur. Les marqueurs aspectuels, pour la plupart des morphèmes
libres, précèdent toujours la base verbale. Cependant, il convient de
souligner que le système verbal du   n’est ni essentiellement temporel
ni essentiellement aspectuel. La flexion verbale combine fort
harmonieusement ces deux réalités.
Du signe linguistique à l’étude morphologique de la phrase :
impact de la relation dépendantielle entre les morphes spécifiques
en grammaire structurale
Le fonctionnement syntaxique de la phrase en grammaire structurale
est régi par le rôle joué par les constituants immédiats qui peuvent être
des unités plus petites relevant d’une classe formelle bien définie. Le
signe linguistique apparaît donc comme base de départ pour l’étude
morphologique de la phrase. Victor Nguépi se fait fort de ce principe
qu’il applique aussi bien au français qu’à l’espagnol.
Les classes d’objets des prédicats de grandeur et des lexèmes
paramétriques en langues romanes : exemples en portugais, en
espagnol et en français
L’analyse syntaxique et sémantique des prédicats de grandeur est un
domaine intéressant de la linguistique qui s’évertue à décrire les
propriétés lexicales desdits prédicats dans une construction phrastique.
Les grandeurs mesurables ou quantifiables (hauteur, longueur, vitesse,
intensité, épaisseur, poids, prix, température, âge, pression, durée) sont
18
concernées par cet état de choses. Les phrases à prédicats de grandeur
admettent des constructions d’un certain type. Il existe des prédicats à
propriété ou structure argumentale, à restructuration et /ou
transformation, à réduction et à effacement. Mais le but essentiel de cette
communication de Luntadila Nlandu n’est pas nécessairement une étude
comparative des trois langues romanes, mais plutôt une recherche « en
vue d’applications dans le domaine du traitement automatique des
langues ». Les informations lexicographiques contenues dans la base des
données augurent d’une possibilité fructueuse et enrichissante de
« génération automatique des phrases ».
Analyse morphosyntaxique du méèñgaàmboè
Le structuralisme est l’approche théorique dont se sert René Ndedje
pour aller à la rencontre du verbe en méèñgaàmboè. Partant du principe que
toute langue est un système indépendant dont il faut découvrir les
arcanes, l’auteur scrute le verbe quant à sa forme infinitive, sa
classification, sa base, les suffixes grammaticaux dont il peut
s’accommoder, et surtout les bases étendues qui constituent une richesse
lexico-sémantique. La syntaxe verbale expose aussi les aspects
grammaticalisés qui renseignent sur les temps verbaux et l’orientation
des procès.
Section IV : didactologie des langues et traductologie
L’éducation et les médias ont de tout temps été identifiés comme les
pôles d’excellence de la vulgarisation et de la promotion des langues,
qu’elles soient majeures, mineures ou minorées. Aussi, trois des quatre
communications qui charpentent cette section analysent-elles autant
l’aspect enseignement/apprentissage que l’aspect diffusion des langues
avec, en prime, la culturalité, l’historicité, la diversité linguistique et
culturelle, les droits linguistiques des minorités. Une communication est
consacrée aux problèmes de traduction, notamment à une dimension
cruciale qui échappe souvent aux analyses hâtives de par sa discrétion : la
dimension culturelle et idéologique.
Système verbo-temporel du ’ : le cas de l’infinitif et du
conditionnel et éléments de comparatisme avec le français
L’étude du système verbo-temporel du ’ entreprise par
Gabriel Mba est conduite dans l’optique de la mise en route d’une
didactique de l’interprétation et de l’apprentissage dans une perspective
19
bilingue. Les aspects fortement utilisés en ’ permettent de
raffiner et d’exprimer toute la gamme de temps dont la langue française
fait étalage.
Harmonisation des programmes d’enseignement de la culture
nationale dans l’éducation de base au Cameroun

Si l’enseignement de la culture nationale fait partie, depuis l’an 2000,
des corpus d’enseignement au Cameroun, l’observation empirique de son
opérationnalisation au niveau primaire pose un réel problème
d’harmonisation lié essentiellement à la perception de chaque partie du
pays (francophone et anglophone en l’occurrence). Une ré-interrogation
systémique du paradigme pourrait favoriser une harmonisation heureuse
de ces corpus en milieu scolaire et œuvrer ainsi pour une meilleure
sauvegarde des langues minoritaires en milieu plurilingue. La culture
nationale ainsi abordée sera l’élément clé d’une réintégration des jeunes
dans leurs communautés linguistiques.
Evaluation des pratiques d’alphabétisation urbaine en langues
maternelles : cas du ghómaàlaà’, du yemba et du nweh à Yaoundé
Si la communication en milieu urbain plurilingue pose différents
problèmes, notamment la communication en langue maternelle et la
transmission intergénérationnelle des langues maternelles, comment
l’alphabétisation urbaine utilisée par les comités d’étude des langues
camerounaises comme stratégie de remédiation pallie-t-elle ces déficits
communicationnels ? L’étude macro-évaluative engagée par Denise
Mayoudom permet de juger de l’efficacité de ces programmes
d’alphabétisation pour une réelle amélioration de la qualité et de la
diversité linguistiques communicationnelles.
Connotations sexuelles dans la notion de traduction
La traduction est considérée à juste titre comme moyen privilégié de
production littéraire et d’échanges permanents de la littérature déjà
produite. Il se dégage ainsi le fait que les romans, les ouvrages
scientifiques, passent aisément d’une langue à l’autre, d’une région à une
autre, d’un siècle à un autre, par la « magie » de la traduction. Seulement,
Maya Mincheva trouve qu’il existe un complexe de suppositions qui
sexualise la traduction et donne une image des femmes en termes de
« passivité », de « maîtresse », de destin linguistique dégradé. Les
théories classiques de la traduction y sont pour quelque chose. L’auteur
20
de l’article voudrait présenter ses points théoriques, étudier la paire
original-traduction comme couple homme-femme et dévoiler, chemin
faisant, « le rapprochement des issues sexuelles et linguistiques dans le
procès de traduction ».

Les auteurs

21


SECTION I

LITTÉRATURE, ESTHETIQUE LITTERAIRE, ENJEUX
CULTURELS ET INTERCULTURELS
Imaginaire et dialogue interculture dans L’homme qui m’offrait le ciel de
Calixthe Beyala : entre valeurs positives et stéréotypes.
Flora Amabiamina
Autobiographie et satire : deux discours aux confins du réel et de
l’imaginaire.
Mireille Nnanga
Chien Blanc de Romain Gary : contre le racisme, une aventure de chien
en Blanc et Noir aux Etats-Unis.
Jean Biyon
Guerrilla poetry and the search for an alternative.
Jesse Moba
Aspects de la réception. Pour une stylistique des textes littéraires
africains.
Alphonse Tonyè




Imaginaire et dialogue interculturel dans L’homme qui m’offrait le
ciel de Calixthe Beyala : entre valeurs positives et stéréotypes

Flora Amabiamina
Introduction
L’imaginaire littéraire peut être perçu comme la manifestation d’une
performance esthétique en vue de l’expression d’une vision du monde.
Associé à l’interculturalité, il peut être entendu comme un réseau
d’images en relation qui met en relief les valeurs universalisantes
(Gilbert Durand les dénommerait les « invariants cachés ») des cultures
en situation de dialogue, mais aussi et surtout des différences, marques
singulières de ces cultures. Il apparaît qu’il ne peut y avoir de dialogue
que là où pointent les différences, différences que les cultures en
dialogue se doivent de prendre en compte et de respecter.
L’interculturalité en appelle donc à l’ouverture, l’ouverture de soi à
l’autre, désir de rencontre de l’autre sans toutefois s’oublier soi-même.
En d’autres termes, c’est un art de la relation où le "vivre ensemble" ne
doit pas être dilution de soi dans l’autre, mais devenir plutôt le creuset de
la compréhension mutuelle et du respect de la différence. Tout cela
suppose indéniablement le contact des cultures, leur rencontre et
l’échange où les différences et les similarités, mais aussi les singularités,
se révèlent. Et c’est ce dont il est question dans L’homme qui m’offrait le
ciel de Calixthe Beyala, roman qui mêle deux appréhensions du monde,
l’une africaine et l’autre occidentale, plus précisément française. C’est la
rencontre de l’Afrique avec l’Europe, la coexistence de l’ici et de
l’ailleurs à travers deux personnages qui s’aiment d’une passion folle,
cette dernière devenant par là même le lieu d’ouverture à la différence. Il
s’agit, en l’espèce, de rendre compte des interactions culturelles par le
biais d’une passion amoureuse qui figure un carrefour culturel où deux
êtres différents par le genre (une femme et un homme), par la race (une
Noire et un Blanc) se côtoient. L’imaginaire interculturel participe ainsi
de la découverte d’un univers qui invite à une redécouverte de l’individu
et au rejet des stéréotypes, redécouverte qui passe par une déconstruction
du monde.
L’homme qui m’offrait le ciel est certes une autofiction chaude et
passionnelle, mais cette œuvre ne met pas seulement en exergue une
simple relation amoureuse réussie ou manquée entre deux individus, elle
25
pose davantage, et ce en filigrane, la relation à l’altérité en tant qu’être
chargé de culture ou de certaines valeurs culturelles par la miscégénation
et l’oxymorisation des êtres. L’imaginaire interculturel dans le roman de
Beyala peut ainsi s’appréhender comme une notion pluriphonique et
dialogique qui invite à penser tant l’exotisme que l’engagement.
L’exotisme, ici, est un corollaire de la miscégénation et ce d’autant plus
que l’écriture dans cette autofiction est une écriture en situation
biculturelle. C’est certainement ce qui fait en sorte qu’elle obéit à la
présence de l’altérité et de ses apports dans la saisie et la vision du
monde de l’écrivaine. Celle-ci donne à voir que si la rencontre des
cultures est réelle, les différences qui devraient constituer des éléments à
même de révéler l’harmonie sont plutôt des signes de la disharmonie.
Aussi, l’interculturalité se présente comme une chimère car elle ne reste,
pour l’heure, qu’hypothétique ; une sorte de projet humaniste en
construction.
1. La réalité imaginaire interculturelle
Dans un monde où les frontières douanières et partant culturelles sont
appelées de plus en plus à se rompre, à s’effacer, il peut paraître incongru
de s’interroger sur la réalité de l’interculturalité. S’il est incontestable que
les cultures ne se valent pas tant elles sont différentes, il est aussi
indéniable qu’elles se rencontrent, cohabitent et essaient de dialoguer par
la force des choses, les migrations des populations étant de plus en plus
inéluctables.
L’histoire représentée dans L’homme qui m’offrait le ciel en est un
exemple. La rencontre somme toute banale de deux êtres humains (la
narratrice - héroïne, Andela et son amant, François) qui aboutit à une
histoire d’amour chaude et passionnée et qui abouche avec deux
imaginaires, deux cultures, en l’occurrence l’occidentale et l’africaine ;
l’ici représenté dans le roman par l’espace français, espace principal de la
diégèse, et l’ailleurs constitué par l’Afrique ; espace d’origine de
l’héroïne, qui apparaît alors lointaine. Cette passion entre deux êtres va se
poser comme le lieu de la découverte de l’altérité, mais aussi de l’ipséité,
la découverte de l’autre passant par l’ouverture de soi à l’autre. C’est une
sorte d’intersubjectivité, d’interaction qui s’initie dans certains lieux que
l’on peut dénommer des lieux de rencontre, mais aussi des lieux de
différence car ils s’y révèlent. Les lieux de rencontre et de l’universalité
sont ceux-là dans lesquels les différences se gomment et deviennent
sources d’enrichissement et de découverte.
26
L’amour figure, en premier, au rang des moments et lieux privilégiés
de rencontre et de partage car, suivant Gaston Bachelard, il « n’est qu’un
1feu à transmettre » . Le feu peut être conçu, dans cette perspective,
comme la dynamique de l’échange avec l’altérité. L’amour tel que
dépeint et voulu par la narratrice est un sentiment universel qui ne doit
porter ni couleur ni âge ; il doit simplement être vrai et naturel. C’est bien
pourquoi il peut se dire dans toutes les langues, même celles qui
pourraient paraître les plus obscures, et porter la même signifiance sans
subir quelque altération. Aussi, la narratrice peut-elle dire le sentiment
amoureux qui les habite, son amant et elle, dans diverses langues - des
"je t’aime", "je t’aime", des "te quiero", "te quiero", des ʺma ding woa",
"ma ding woa", "I love you", "I love you" (92) - et sous différentes
formes d’expression, les bêlements, les mugissements, les beuglements.
Lorsque Andela scande son amour pour François en français, en anglais,
en espagnol et en ewondo (un des dialectes de la langue beti/fang au
Cameroun), le message qu’elle entend proclamer, c’est l’universalité de
l’amour.
Ce qui apparaît au travers de cette coloration langagière dans les
formulations expressives de l’amour de l’héroïne, c’est l’enseignement
selon lequel l’amour ne diffère que par la forme et est identique dans le
fond. La différence, ou encore la « différance » pour parler comme
Derrida, n’est dans ce cadre que phénotypique par opposition à l’essence
qui est génotypique. Et cet amour qui a rendu Andela, suivant ses propres
aveux, « innocente et béatement animale » (92), est proprement humain.
L’amour n’aurait donc pas de langue, mais un langage. L’amour, et
partant l’humanisme, serait alors, on peut le poser, le véritable creuset de
l’interculturalité. Dans ce cadre, la modalité de la relation à autrui, de la
« communion archétypale des âmes », pour reprendre Durand, de
l’intersubjectivité des consciences, ne laisse que très peu de place au
conflit. C’est pourquoi on observe que, dans des sentiments tels le
chagrin et la douleur qui relèvent de l’ordre du commun, les différences
humaines et culturelles se gomment pour ne plus faire place qu’à
l’Homme et à la Culture comme une facette de la vie.
Ainsi, c’est le partage de l’expérience commune de la perte d’un être
cher qui a favorisé le rapprochement de l’héroïne et de François qui
affirme, dans une tautologie, qu’un « chagrin est chagrin » (23) ébranlant

1 Gaston Bachelard, Psychanalyse du feu, Paris, Gallimard, coll. « Idées », 1949 [1938],
p. 48.
27
la certitude d’Andela qui est persuadée de ce que « le chagrin est plus
léger lorsqu’on dort dans de la soie que lorsqu’on se demande que faire
pour payer son loyer » (23). Ils vivent peut-être dans deux mondes
différents, Andela dans le 93, en banlieue parisienne, et François dans un
quartier chic ; ils n’en éprouvent pas moins la douleur subséquente à la
mort d’un parent : pour l’héroïne, sa sœur aînée, et pour Ackerman, son
frère aîné. Le besoin de parler, de s’ouvrir, de se confier à une personne
disposée à écouter, dans de tels moments, cet élan proprement humain
relevant de la culture universelle, va participer à consolider cette
rencontre et à lui donner corps. François, manifestement, souffre
cruellement du manque d’affection et de l’absence d’une oreille attentive.
Son épouse, qui aurait dû assumer ces rôles, étant défaillante, Andela
endossera les fonctions de thérapeute et de confidente.
L’on ne peut manquer de relever ici le cliché qui veut que les sociétés
occidentales soient fondamentalement centrées sur l’individu, qu’en
Occident les hommes n’aient pas de temps pour les hommes mais
davantage pour les animaux : on en a une illustration dans le roman avec
l’épouse de François dont les chats sont les compagnons privilégiés au
point qu’elle leur a fait une place dans le lit conjugal aux dépens de son
époux, François ; ce dernier a aussi pour meilleur ami un labrador. On
pourrait même dire, sans exagération, que ce chien tient la place de son
enfant puisqu’il l’a adopté alors qu’il n’était qu’un "bébé" et qu’il l’élève
depuis lors. Pour témoigner du grand attachement du personnage à ce
chien, il n’y a qu’à relever le nom dont il l’a affublé, Max, un prénom
propre aux humains. Cet inestimable ami est le témoin privilégié des
ébats des deux amants, autorisé qu’il est de suivre son maître en tout lieu.
C’est donc à dessein que son épouse s’en prendra à ce compagnon
précieux, talon d’Achille de son mari, pour régler ses comptes avec sa
rivale et essayer de ramener son époux récalcitrant à la maison. Mais
c’était sans compter avec Andela qui, en maîtresse modèle, a tissé toute
une toile d’araignée autour de lui, le domestiquant par le sexe.
Le sexe, même s’il peut différer dans les pratiques, suivant les
civilisations, est une donnée universelle. Bien au-delà de ce que d’aucuns
pourraient considérer comme des contingences biologiques purement
mécaniques, dans le texte de Beyala, il représente un conglomérat
d’atomes crochus. Il se pose aussi comme un facteur d’ouverture, de
correspondance, de désir vis-à-vis de l’autre, de complémentarité et de
langage. Il y est simplement question de partenaires, d’hommes, s’offrant
l’un et l’autre du plaisir, ce « plaisir [qui, comme le souligne la
28
narratrice, se dit] dans toutes les langues du plaisir » (101). Par-delà les
intérêts égoïstes, la recherche du plaisir, il y a un don de sa personne,
certains diront de son corps, qui donne vie à autrui. Tout cela suppose
l’acceptation des différences et leur fusion dans l’union charnelle ; ici,
l’homme fait place à l’Homme. Le caractère prédateur attaché au
partenaire masculin est le même sur toute la planète ; et le désir qu’il peut
susciter chez son alter féminin ne porte pas de couleur. C’est ce qu’on
peut lire dans l’attitude de François qui, en bon mâle, dès le premier
rendez-vous avec Andela, alors qu’ils sont attablés dans un restaurant de
la célèbre avenue des Champs-Elysées, reluque ses jambes exposées,
peut-être à dessein, et émet « son désir de foufoune » (27). La narratrice,
elle aussi, ne cache que très peu le désir que provoque le sexagénaire en
elle et va, très vite, refaire son éducation sexuelle à la manière d’une
matrone africaine, se servant de différents savoir-faire africains pour
dompter son mâle. Il est alors question de donner à voir, à sentir ;
d’entendre, mais aussi de goûter ; mais plus encore, de partager l’altérité.
François va ainsi découvrir le sexe pratiqué à l’africaine, Andela se
servant de l’art du massage africain.
Je compris qu’il était un homme à déminer, à déterrer. Qu’il me fallait
extraire son corps des profondeurs abyssales. Je le massais doucement,
l’éveillais à la conscience de sa chair, de ses os, de ses muscles, de ses
artères, de ses veines. Je procédais à la manière de ces mères d’Afrique
oignant leurs petits garçons de beurre de karité pour leur faire prendre
conscience de leur sensualité (100).
Mais ils passeront aussi en revue nombre d’autres pratiques sexuelles
dignes de l’archétexte oriental, le kamasoutra :
On califourchonnait ! On brouettait ! On chevrotait ! On soixante-sixait !
On courcaillait nu dans la maison ! On missionnait ! On vaporisait ! On
mordillait ! On s’ébattait telles des abeilles en ruche ! (113)
L’on voit dans cette accumulation descriptive que le réseau
isophonique accentue au travers des reprises anaphorique et épiphorique
de même que des allitérations et des assonances, que le sexe tient, non
seulement, une place importante dans la vie des deux amoureux (il la
rythme), mais il est également le symbole, sinon même l’unique, de leur
fusion, ainsi que le connote le ton extatique et musical dans lequel la
narratrice le relate. Et même lorsque leur relation est au plus mal, le seul
lieu qui permet encore la rencontre et l’entente des deux amants, c’est le
sexe. Il en est ainsi alors que François a décidé de rompre de façon peu
cavalière, laissant sa collaboratrice accomplir la sale besogne, se refusant
29
ainsi à assumer ses responsabilités. L’ultime entrevue entre les deux
soupirants s’est célébrée dans la « cadence lascive de [leurs] corps […]
dans une gamme de tristesse » (210), avant l’adieu définitif. De fait, « la
sexualité [est] le seul mode de communication entre [ces] deux mondes
2qui restent fondamentalement étrangers l’un à l’autre » .
L’invitation au partage ne se cantonne pas à la fusion charnelle, elle se
lit également dans un habitus séculaire, le manger. Les deux amants
apprécient l’un et l’autre les mets propres à la culture de chacun. Andela,
l’Africaine, savoure les plats typiquement français dans les restaurants
huppés qu’elle fréquente avec François, sans pour autant que ce soit une
véritable découverte pour elle, car elle semble rodée à ce mode
alimentaire. Pour Ackerman, en revanche, c’est une véritable révélation.
On le voit, lui le Juif, se régaler de plats africains tels le "tchobi" au
"massepe" avec du riz cuisiné à l’africaine (133), le poulet bicyclette aux
champignons (195), le ndolè, les ignames, le plantain, le tilapia (198)
3mitonnés amoureusement par sa dulcinée . Et si elle le fait, c’est parce
que son éducation africaine le lui a enseigné, et elle le lui commande.
En Afrique, un adage vulgarisé veut que la femme s’attache et
parvient à garder un homme en s’occupant de son ventre et de son
bas4ventre. La narratrice, elle-même, le reconnaît lorsqu’elle confesse
appartenir « à cette génération d’Africaines qui pilaient le manioc avec
un sourire aussi bruyant qu’une boîte de musique et qui écrasaient
l’arachide en dansant la salsa, parce que cuisiner pour un homme permet
à la femme de le confisquer » (99). Il faut croire que cette réalité n’est
pas une exclusivité africaine si l’on se fie à l’exemple de François dont le
domicile conjugal ne représente plus qu’une sorte de dortoir. On peut
aisément le comprendre car son mariage est stérile dans tous les sens du
qualificatif. En effet, sa femme ne sait pas cuisiner ; elle n’est pas friande
de sexe et leur union n’a pas produit d’enfant ; en somme, elle ne fait rien

2Suzanne Gehrmann et Janos Riesz (éditeurs), Le blanc du Noir : représentations de
l’Europe et des Européens dans les littératures africaines, Berlin –Hamburg, Manster,
Lit verlag, 2004.
3Ce qui ne peut manquer de rappeler le récit de Beyala, Comment cuisiner son mari à
l’africaine, Paris, Albin Michel, 2000, où son personnage Aïssatou, une Noire, s’attelle
à récupérer son mari et « sauver son couple » en lui cuisinant les plats qu’il affectionne,
histoire de rivaliser avec les maîtresses qui accaparent son époux.
4Le meilleur artiste féminin de l’année au Cameroun pour l’année 2007 est une jeune
femme, Lady Ponce, sacrée pour son album dont le titre phare est « Le ventre et le
basventre ». Le refrain est un distique qui reprend ce poncif : « l’homme, le ventre et le
bas-ventre : le tour est joué/ l’homme, le ventre et le bas-ventre : le compte est réglé ».
30

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents