Outrages, insultes, blasphèmes et injures
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Description

"Bougnoule, niakoué, raton, youpin/crouillat, gringo, rasta, ricain" chante un Jacques Dutronc désabusé, dans l'Hymne à l'Amour. Autant de termes, de violences langagières, susceptibles d'un traitement pénal. Juristes, linguistes, historiens du droit, psychanalystes et spécialistes de littérature confrontent ici leurs analyses. Si l'approche juridique privilégie la définition de catégories aux frontières parfois ténues (outrage, injure, blasphème, diffamation), les approches linguistique et littéraire interrogent la production du sens en contexte et les effets de réception de ces paroles qui font acte.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juillet 2008
Nombre de lectures 550
EAN13 9782336269818

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Outrages, insultes, blasphèmes et injures
violences du langage et polices du discours

Eric Desmons
Marie-Anne Paveau
© L’Harmattan, 2008
5-7, rue de l’Ecole polytechnique ; 75005 Paris
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wandoo.fr
9782296059368
EAN : 9782296059368
Sommaire
Page de titre Page de Copyright Avant-propos Les insultes par ricochet ( fils de, cocu et consorts) : de quelques avanies du lexique insultant - quels critères pour l’outrage verbal ? Injure à Dieu, outrage au roi. Le blasphème à la fin du Moyen Age et au début de l’époque moderne : un crime limite Du blasphème considéré comme une infraction politique (sur la production juridique du communautarisme) L’injure dans la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse Le trait ‘privé’/’public’ en matière d’injure et de délits connexes : Remarques linguistiques sur une distinction du droit français. Critique du juge et outrage à l’aune de la démocratie et des droits de la défense « J’irai cracher sur ta France ». Discours d’outrage aux emblèmes et symboles de l’État Injures et outrages aux forces de police Outrages contre outrage : les lettres adressées à Noël Mamère à l’occasion du mariage de Bègles - Hugues DE CHANAY Des visées de l’injure
Avant-propos
Cet ouvrage réunit les contributions issues du colloque « Outrages, insultes, blasphèmes et injures : violences du langage et polices du discours », organisé par le Centre d’études et de recherches administratives et politiques de l’Université Paris 13 (CERAP), les 15 et 16 mars 2007. Cette entreprise est née d’une initiative commune de linguistes et de juristes de l’Université Paris 13, curieux de confronter leurs analyses sur cet aspect particulier de l’usage transgressif des mots. Juristes — magistrats, avocats ou universitaires -, linguistes, historiens, psychanalystes, politistes ou littéraires ne tirent pas les mêmes conclusions du caractère performatif du langage : à partir de quand le langage fait-il violence ? Celle-ci peut-elle être cathartique ou au contraire être toujours le prélude à la violence physique ? Et par conséquent, jusqu’à quel point cette violence du langage peut-elle être tolérée ? Ils ne s’attachent pas non plus aux mêmes caractéristiques des propos outrageants ou injurieux : alors que les linguistes sont attentifs aux formes souvent stéréotypées des violences langagières et à leurs contextes d’emploi, les juristes prennent en compte les effets produits sur le plan juridique alors que les historiens sont sensibles à l’évolution des pénalisations. Sur le plan linguistique en effet, il n’y a pas véritablement d’en-soi des termes injurieux ou considérés comme trangressifs, mais l’acte langagier violent est fonction du contexte d’emploi et des effets de réception. Juridiquement, les vues sur le traitement des injures, blasphèmes ou outrages oscillent entre deux pôles : celui de la ferme répression et celui de la relative impunité ou du libre usage des mots ; le droit positif, donnant en quelque sorte raison aux uns comme aux autres, emprunte une voie moyenne qui tente de ménager au mieux la liberté d’expression et le respect dû aux personnes...
On remerciera ici tout particulièrement le professeur Thierry Lambert — directeur du CERAP — ainsi que Claudine Moutardier, ingénieur d’études à l’Université Paris 13, pour son aide précieuse tant pour l’organisation du colloque que pour la publication de ses actes.

Marie-Anne Paveau Professeur de linguistique française à l’Université Paris 13
Éric Desmons, Professeur de droit public à l’Université Paris 13
Les insultes par ricochet ( fils de, cocu et consorts) : de quelques avanies du lexique insultant - quels critères pour l’outrage verbal ? 1
Dominique LAGORGETTE
Maître de conférences en Sciences du Langage Université de Savoie Equipe « Pragmasémantique de l’insulte », laboratoire L.L.S. Institut Universitaire de France
Alors que la liberté d’expression est un droit du citoyen, on peut s’étonner de voir à quel point le nombre de procès pour « injure » ou « diffamation » a augmenté ces dernières années. La question qui se pose pour un linguiste face à ces diverses manifestations pénales est de savoir quels sont les critères retenus par le pénaliste puis le magistrat lorsqu’ils sont face à un cas précis. Les éléments pris en compte pour analyser un énoncé peuvent paraître au linguiste extrêmement réduits quand on s’en tient à la loi la plus souvent invoquée dans les procès, ainsi que le rappelleront bon nombre des contributions de ce volume. La jurisprudence, elle aussi rappelée ici même dans de nombreux articles, paraît s’appuyer en fait plus sur une analyse sémantique que strictement pénale. A partir de là, il peut ne pas paraître incongru de tenir compte des outils élaborés par les sciences du langage, et en particulier deux de ses domaines : la sémantique lexicale et la pragmatique. Les nombreuses recherches sur l’insulte montrent clairement une très grande diversité des paramétrages, dépassant largement la simple consultation du dictionnaire afin de vérifier le sens d’un mot 2 . Si la loi s’attache à évaluer l’intention du locuteur (producteur de l’énoncé incriminé), il est clair néanmoins que ce seul critère ne peut suffire — tant s’en faut. Le contexte, la réaction de celui auquel s’adresse l’énoncé, celle éventuelle du public sont autant d’éléments importants si l’on veut savoir à quel type d’acte on a à faire - démarche méthodologique qu’ont déjà à leur actif de nombreux avocats et magistrats, rendons-leur justice. Le dialogue entre linguistique et droit est non seulement nécessaire mais urgent ; les pays anglo-saxons ont, depuis une vingtaine d’années, reconnu la nécessité d’une expertise linguistique (« forensic linguistics »), fait que la France ne paraît pas même soupçonner 3 . Nous montrerons ici quelques cas extrêmes, traditionnellement peu analysés du point de vue de leur fonctionnement sémantico-pragmatique diachronique : nous isolerons en effet une catégorie d’insultes particulières, les insultes du type fils de, enfant de et bâtard pour le domaine de la filiation ainsi que cocu et mal baisée dans le domaine conjugal. Ce type d’insultes est très courant, paraît banal même tant que l’on ne s’arrête pas sur ses détails et ses mécanismes ; il s’agit d’insultes qui visent l’autre mais en incriminant les actions d’un tiers, d’où ce nom d’ « insulte par ricochet » dont nous les baptisons.

I) « Insultes par ricochet », définition : insulter L2 en parlant de L3
Là où un « connard ! » bien senti paraît difficile à refouler quand on en est le récipiendaire, tant la mise en équivalence entre le terme et celui qui l’a inspiré semble aller de soi, un certain nombre d’expressions sont au contraire très étonnantes comme injures dès que l’on s’arrête sur leur sens précis, puisqu’après tout celui qui s’en trouve décoré n’a strictement aucune prise sur l’acte reproché, commis par un tiers : ainsi, l’insulte filiale la plus vieille de la littérature (on l’atteste dès les plus anciennes chansons de geste, soit dès le 12 e siècle) ne renvoie-t-elle à rien que l’enfant puisse faire pour modifier l’évaluation :

(1) Tremblant, je me rangeai contre le trottoir et descendis de mon véhicule. Le conducteur de la Seat ne m’avait pas attendu, repartant après m’avoir traité de fils de pute, ce que je n’étais de toute évidence pas, ma pauvre mère n’ayant guère eu le loisir de s’amuser. Du moins, je le supposais . (Michel Del Castillo, La Nuit du décret, 1981, p.155)
Comme on le notera avec cet exemple, le résultat du processus incriminé ne dépend pas de celle ou de celui qui le subit mais bien plutôt de son agent putatif, en l’occurrence la mère. Celui qui reçoit l’insulte ne peut en rien influer sur ce que l’on stigmatise mais en rougit néanmoins.
Si l’on résume les mécanismes mis en oeuvre dans l’interprétation de cet énoncé comme injure, on s’aperçoit que ce n’est pas le sens littéral qui blesse (on serait alors face à de la diffamation,

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